6
fév

Héritière - Pionnière.

Petite, je refusais le territoire et la famille que je côtoyais "de force". Grâce à mes gènes déficients (Trisomie), j'ai hérité d'un épicanthus, de yeux rapprochés, d'un faciès eurasien qui m'ont longtemps em-porté dans l'ailleurs que je recherchais. Je me suis inventée des héritages, des images venues de plus loin que je n'ai jamais été.
Un jour, imbibée de mes "mensonges" et de mon envie de ne pas répondre à ce qu'on projetait sur moi, j'ai "avoué" que j'étais en fait la descendante d'une princesse mandchoue.
Depuis, pour être autre, pour me singulariser, pour séduire, pour inventer ma vie (comme dit Sandra Kim) pour renier les emplacements obligatoires et les transmissions délétères, j'ai intégré cette alliance fictionnelle.
Je suis une princesse mandchoue, je suis une princesse mandchoue. Entre autres.

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12:38 06/02/2017 | Lien permanent | Tags : ego trip-e, textes |  Facebook

"Corps & Âmes" - Cycle d'ateliers d'écriture animé à Schaerbeek

 

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(cliquez sur les images pour voir grand) 

 

 

 

 

 

 

 

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Toutes les infos aussi sur le site du Réseau Kalame, .

11:49 06/02/2017 | Lien permanent | Tags : textes, atelier, agendada |  Facebook

27
oct

Effets (pensées pour tous les Ulysse de Calais et d'ailleurs)

Suite à la publication de ce texte (d'abord écrit dans une mouture plus longue pour l'expo Sur La Route (Aux Ateliers Mommen) à laquelle j'ai participé en septembre 2015) Capture d’écran 2016-10-24 à 10.04.48.pngdans la revue Espaces de Libertés, un lecteur attentif et remercié m'a envoyé ce mail: 

Poème écrit en grec moderne, en vers et divisé en 5 strophes, de Constantin Cavafy (1863-1933) écrit à Alexandrie en 1911... dans les traductions de Marguerite Yourcenar (en prose) et de Jacques Lacarrière (en vers).

Ithaque 

Quand tu partiras pour Ithaque, souhaite que le chemin soit long, riche en péripéties et en expériences. Ne crains ni les Lestrygons, ni les Cyclopes, ni la colère de Neptune. Tu ne verras rien de pareil sur ta route si tes pensées restent hautes, si ton corps et ton âme ne se laissent effleurer que par des émotions sans bassesse.Tu ne rencontreras ni les Lestrygons, ni les Cyclopes, ni le farouche Neptune, si tu ne les portes pas en toi-même, si ton cœur ne les dresse pas devant toi.

Souhaite que le chemin soit long, que nombreux soient les matins d'été, où (avec quelles délices!) tu pénétreras dans des ports vus pour la première fois. Fais escale à des comptoirs phéniciens, et acquiers de belles marchandises : nacre et corail, ambre et ébène, et mille sortes d'entêtants parfums. Acquiers le plus possible de ces entêtants parfums. Visite de nombreuses cités égyptiennes, et instruis-toi avidement auprès de leurs sages.

Garde sans cesse Ithaque présente dans ton esprit. Ton but final est d'y parvenir, mais n'écourte pas ton voyage : mieux vaut qu'il dure de longues années et que tu abordes enfin dans ton île aux jours de ta vieillesse, riche de tout ce que tu as gagné en chemin, sans attendre qu'Ithaque t'enrichisse.

Ithaque t'a donné le beau voyage : sans elle, tu ne te serais pas mis en route. Elle n'a plus rien à te donner. Si tu la trouves pauvre, Ithaque ne t'a pas trompé. Sage comme tu l'es devenu à la suite de tant d'expériences, tu as enfin compris ce que signifient les Ithaques.

Traduction de Marguerite Yourcenar

*****

Le chemin vers Ithaque

Quand tu prendras le chemin vers Ithaque

Souhaite que dure le voyage,

Qu'il soit plein d'aventures et plein d'enseignements.

Les Lestrygons et les Cyclopes,

Les fureurs de Poséidon, ne les redoute pas.

Tu ne les trouveras pas sur ton trajet

Si ta pensée demeure sereine, si seuls de purs

Émois effleurent ton âme et ton corps.

Les Lestrygons et les Cyclopes,

Les violences de Poséidon, tu ne les verras pas

A moins de les receler en toi-même

Ou à moins que ton âme ne les dresse devant toi.

Souhaite que dure le voyage.

Que nombreux soient les matins d'été où

Avec quelle ferveur et quelle délectation

Tu aborderas à des ports inconnus !

Arrête-toi aux comptoirs phéniciens

Acquiers-y de belles marchandises

Nacres, coraux, ambres et ébènes

Et toutes sortes d'entêtants parfums

Le plus possible d'entêtants parfums,

Visite aussi les nombreuses cités de l'Égypte

Pour t'y instruire, t'y initier auprès des sages.

Et surtout n 'oublie pas Ithaque.

Y parvenir est ton unique but.

Mais ne presse pas ton voyage

Prolonge-le le plus longtemps possible

Et n'atteint l'île qu'une fois vieux,

Riche de tous les gains de ton voyage

Tu n 'auras plus besoin qu'Ithaque t'enrichisse.

Ithaque t'a accordé le beau voyage,

Sans- elle, tu ne serais jamais parti.

Elle n'a rien d'autre à te donner.

Et si pauvre qu'elle te paraisse

Ithaque ne t'aura pas trompé.

Sage et riche de tant d'acquis

Tu auras compris ce que signifient les Ithaques.

 

Traduction de Jacques Lacarrière

10:51 27/10/2016 | Lien permanent | Tags : textes, act-u |  Facebook

Bling Bling


Ce matin encore, la décélération de la colère ne me parvient pas, chaque pas sur un pavé entre les immeubles qui se font et se défont, bernant les arbres, les pigeons et les corps humains, chaque mât pénétrant l'espace public tire un trait sur la vision. Et les conducteurs solitaires des voitures de plus en plus bouffies trompent leur déréliction en éclats de gorges et de trompettes. Encore plus fort, ces bruits répétés des tiges métalliques qui ne savourent pas les glaises qu'elles engagent. Aucun temps pris dans le désir de l'incursion des sols. Qui mettra ses mains dans cette terre, maintes fois nommée gravats? Les hommes casqués, menottés à leurs machines, vrillent nos tempes, rouillent déjà. Les contrats enflés de jargon pensant, les lobbys des lobbys des lobbys, les strates spéculatives, les injonctions supranationales, les pertes de signes et de sens, l'emportement de la pulsion, l'âpre furie de la conquête. La guerre est animée de toute part. Les rues mutent en tunnels, les trottoirs en couloirs, les arbres en pivots, les pigeons en vigies, les corps humains en recrues. Il y a quelque chose de pourri au Royaume de (...).

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(Kali en pleine oeuvre)

09:16 27/10/2016 | Lien permanent | Tags : textes, humoeurs |  Facebook

10
jui

SMDOP - l'après

récit au plus proche du concret, de l'irréel, de l'intangible et de la métamorphose.

chaque fois, un corps.
chaque fois, mon corps.

chaque corps, des indices, des postures, des détails.
rapidement, parce que le contexte l'installe, une cérémonie, une parade.
j'ai pris les mains, parfois les coudes, les avant-bras, les épaules, les cous, les dos, les bustes, les hanches, les omoplates, les os, les peaux, les tissus, les sueurs, les poils, les granulés dermiques, les boutons, les échancrures, les armatures, les quadratures.
squelette sensible / posture graduée.

la playliste jouait ses ringardises, ses mémoires, ses injonctions.

et les pieds tournaient, s'emmêlaient, vrillaient, prenaient appui entre les confettis, la chaleur et le sombre écho d'un slow déjà dansé ou improvisé. 

celui qui a peur de toucher la peau, celle qui cherche à déhancher, celui qui murmure et puis crie pour sortir du murmure, celle qui revient trois fois pour vivre, vivre, vivre, danser, celui qui s'endort dans son costume de super héros ravagé, celle qui porte le masque et la détresse et que je serre, déserrre, celui qui tremble et pleure, amour et peur, celle qui n'en revient pas qui n'en revient pas d'avoir pu faire ça, celle qui écrase le pied droit, chaque fois, chaque fois, celui qui prend Samantha Fox pour Nina Hagen, celui qui dit que les relations amoureuses sont toutes trop sexuelles et pas assez sensuelles, celle qui bande et cherche l'entrejambe, celui qui est grand si grand qu'il se prend le néon et dit pardon, pardon tout le temps parce qu'il ne sait pas danser slowly, celle qui a les seins, les mains, l'odeur rigides, celui qui s'est fait largué hier que je serre comme celle qui ne fera plus, celui qui demande si je suis thérapeute, celle qui demande si je fais comme Amma, celui qui ne connait qu'un poète (Pablo Neruda) et qui trouve toute cette danse étreinte "so poetic", celle qui a découvert un nouveau pan de son désir (récemment et là aussi) et qui remercie, remercie la vie, celui qui danse autour du cocon qui n'entre pas mais qui fout le dispositif en l'air, celui qui ressemble à un Boyz Band tout seul et qui me décoiffe à coup de danse de ballet électrique pas slow très show, celle qui y voit un sacrifice, une putification, un rapport sado-maso-catho, celle qui entre en étant déjà soeur, déjà amie, celle qui danse si lentement que les micros mouvements font tectonique des plaques, celle dont la peau est si abîmée que j'enlace la possible brûlure, celle dont je sais que le sein a été atteint par le crabe et qui simule la symétrie en appuyant fort son buste et son moins-que-bien contre mes seins épais, celui qui caresse l'avant bras en suant, en collant gentiment, vraiment gentiment, celui qui demande s'il peut remercier, s'il peut embrasser (joue-menton-front), s'il peut rester finalement, s'il peut évoquer les slows, l'ado, les sens, celle qui est venue comme ça, avec la curiosité et qui repart comme ça, avec ma curiosité, celui qui dit rien, qui regarde pas, qui tourne pas, qui s'laisse aller à ce que je mène, à ce que j'enveloppe, à ce que j'entame en lui, celle qui rit, qui rit, qui rit parce que quand même danser sur Richard Cocciante à une soirée anar-queer-punk, hein, celle qui cherche les mots pour nommer mon "ça" en termes-concepts, celle qui sent la bergamote et le pollen, celui qui a une chemise repassée comme amidonnée et qui a des mains rêches précises, celle qui plonge son front dans mon creux cou-épaule, collant, plaquant, cherchant, celui qui fait nid-oisillon-aigle, celle qui fait tout péter dans son coeur, celui qui a chaud, celui qui revient sur sa décision de ne pas capituler, celle qui est dressée comme un i d'abord puis lovée comme un s ensuite, celui qui sautille de gêne, celui qui aime bien Sinead O'Connor comme symbole queer même si religieuse, celle qui me connait que je connais qu'on s'aime, celui qui est venu juste pour ça qui pensait pas venir mais qui vient "comme à chaque fois", celle qui pense que c'est simple et pas si simple que ça, celui qui, celle avec, celui pour, celle contre, celui dont, 

et rien de tout ça est aussi précis et clair que ça, 
et rien de tout ça n'est assez subtil pour exprimer les corps, les dons, les appréhensions et leurs dilutions, les bonheurs crus, les variations, les légitimités de l'éphémère, les permissions de l'inconnu.

Je remercie Norma (monteuse-ouvreuse-camériste-rieuse), Cassius, Pierre (régisseur "balèze" (dixit Cassius), Nicolas Marchant (monteur de playliste-ramasseur de confettis-amoureux), Elsa, Virginie, Rebecca, Joëlle, Martine pour les mots doux, Collectif BitchCraft (kiss Vir/Camille) et Barlok pour accueil-hospitalité-amour, TonTon Thom pour les affaires d'ogre, les celleux qui sont venu.e.s danser joue contre épaule, buste contre coeur, peaux contre suées, yeux dans les paupières.

Mi-Lady
Mi-Emue

slow boum.jpg

22:06 10/07/2016 | Lien permanent | Tags : act-u, textes, ego-tripes |  Facebook

8
jui

l'avant

avant le corps en tension, il y a le propos qu'on divulgue, ça devient une intention mêlée à un dispositif dans un contexte et un espace-temps à attendre. 
avant le corps en tension, il y a aussi les envies stratifiées d'être complètement dedans, d'avoir à saisir, à assimiler, à engloutir, à intégrer. Chaque facette du corps neuro-transmetteur. 
avant le corps en tension, il y a l'attention aux détails qu'on placera, collera, agencera, proposera, aménagera, chez soi, et qu'on revisitera sur place, avec les choses, les murs, les sols et les creux.
avant le corps en tension, il y a tout ce qu'on aimerait mais qu'on n'a pas, les souhaits de tout gagner, plus de temps, d'espace, de coeur, moins de prévu, moins d'évident, moins de mesuré.
avant le corps en tension, il y a le désir, immarcescible, virulent, équilibré entre le penchant de disparaître et celui de surabonder. 
avant le corps en tension, il y a le retrait, les visions d'anéantissement, la pesanteur des déjà vus, des déjà faits, des avant-goûts, des arrières-salles. Tout comme rien, en résumé.
avant le corps en tension, il y a chaque chose à sa place, organes, membres, objets, mots, dents, heures.
avant le corps en tension.

 

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22:39 08/07/2016 | Lien permanent | Tags : humoeurs, textes, ego-tripes |  Facebook

21
jui

trou

ah oui

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je vagabonde entre les humeurs et les failles.
errance urbaine, extase du plomb
indescription vindicative du réseau sanguin,
frapper contre le derme, frapper contre le derme.
au coeur, les voiles,
vrilles cutanées et pores béants.
suées et râles

mais du silence face aux yeux.
mais du silence face aux corps qui déambulent.
rails des moteurs, vrombissent les cadences
et merde, c'est encore de la ville que tu manges ce midi

membres mâchés, organes mous, paupières techniques
se retirent les airs.

je vous raconte le pire pour
que les autres choses me parviennent, finalement.

 

 

 

(photo (c) Milady Renoir @ Verbeke Fondation)

15:36 21/06/2016 | Lien permanent | Tags : textes, humoeurs |  Facebook

27
mai

Mer rousse

à Lisbonne, il y a plus ou moins un an, Norma et moi avons pris un peu de frais dans une église suite à une longue marche errante et joyeuse.
Dedans, quelques kitscheries, bondieuseries et du frais, du silence et des femmes-rondes-petites-habillées-de-noir qui priaient ou papotaient entre elles de celles qui ne viennent plus.
Sous une chaire, un moment de protection.
Un Jésus lilliputien et une longue femme océanique aux cheveux de nid.
Ma transposition m'a laissé croire à une force céleste (je suis athée) enrobant l'humanité, cherchant à jouer avec ses joies et ses déceptions. Sans ironie, sans jugement. Sans faute, surtout.
Quelque chose qui nous dit combien nous sommes des riens organisés, des néants juxtaposés et tout autant des végétaux animaux corps humains âmes esprits minéraux en attente de complétude.


Au delà des croyances, l'image nous a fait du bien, à Norma et à moi. Nous avons souri aux grenouilles de bénitier.
Après, nous avons été dévoré quelques pasteis... pour nous remettre de la métaphysique.

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11:24 27/05/2016 | Lien permanent | Tags : humoeurs, textes |  Facebook

22
mai

eau bénite

de quel jus ai-je été tirée. ce lien fébrile entre un homme à deux visages et une femme sans corps. un tissu orange drapant une Renault 5 deux portes et un cocker femelle portant le nom d'אוּרִיאֵל l'archange radieux. une claque dans la gueule de la femme. des quiproquos non-dits mensonges silences intimes. la route est longue jusqu'à l'enfance. on met le colis piégé chez les grand-parents. dépôt dégoût indécence de l'irresponsabilité. trop rude l'après bonheur. l'homme à deux visages banni interdit monstroïfié. 'il n'entrera pas ici'. un berceau sur une rivière molle, je 'grandis'/grossis entre mégots de cigarettes sur un sol linoléum d'un café de banlieue parisienne. des demis servis à la tirette comme une tombola du désastre. café-calvas et croissants et les devoirs à faire dans l'arrière salle. je suis bonne à l'école. je suis bonne souriante gentille polie comique pas comme d'autres. (ah oui?) les hommes-clients-piliers qui pissent passent derrière moi et trament le début de la femme. regards sur peaux et yeux attendris par l'innocence parfois complice, fillette testant le diable, parfois accomplie, admettant ce même diable. désirs du corps étranger. désirs d'être plus que ça. eux, chacun en mains yeux ventres. je vois ce qu'ils creusent en eux. le cantonnier, l'éboueur, l'ouvrier de VolksWagen, le chauffeur de la RATP, le gestionnaire du garage BMW, le cadre de chez IBM, l'entrepreneur de maçonnerie, le comptable chez AXA - aphorismes incestueux et acronymes de la foulure. les règles à dix ans. les seins (nénés) poussent. une vieille goudoue copine de la femme sans corps jettera un jour un coup d'oeil, ouvrant le col du T-shirt Snoopy pour voir l'avancée de la fébrile féminité "ça pousse dis donc". je lui ai piqué un Delacroix et offre une partie des frais à une copine congolaise violée par un oncle qui avorte chez une cousine. mûrir entre des murs, des cages d'immeubles et des tiroirs caisses, assise entre des dépits et les cruautés. mes cousins seront congolais, gabonais, marocains, algériens, portugais. tout grouille. la vie, en somme. dans le café-famille-cocon noir, des corps bannis de désir, frustrés comme des vieux fruits. pertes et fracas dans les familles. dans un café, tout se joue, tout se perd. W. -15 ans vient chercher sa mère bourrée à 21h39 avant que le père rentre. elle lui hurle qu'il n'est pas le fils. il lui répond qu'elle n'est pas la mère. S. -14 ans, fille de chasseur Lepeniste et de secrétaire de redirection, que je coince dans les toilettes à la turque contre les murs glacés et salis par les seins. griffures adolescentes, toute puissance du début des choses comprises. c'est moi qui décide l'entrée et la sortie. c'est moi qui ponce la peau, qui décape son duvet. des nuits sur le minitel à faire jaillir des hommes creux, des papas maris papis. partout. un après-midi, un égyptien vieux beau caresse pendant dix minutes au jardin des tuileries les poils qui vont de mon auriculaire au poignet. 'la quintessence du bonheur' souffle-t-il dans mon cou en sueur tel un hongre aux naseaux chauds. tout le temps. et à la maison, c'est foutu. le sexe flou d'un arrière grand-père à qui l'infirmière vide la sonde. le cul frileux d'une grand-mère qui se lave au lavabo avec le gant qui passe comme un train dans un tunnel. sans lenteur, sans sens. la femme sans corps qui se paralyse, son corps rigide qu'il a fallu laver partout pour lui éviter les infirmières à domicile. laver son corps de mère et lui dire que c'est pas grave, que ça fait rien. rien est tout. le souvenir crispé des poils incarnés des ongles oubliés et des veines violettes qui pètent à la surface des dermes. peaux blanches des draps. escarres nécroses plaies. la maladie comme anti-corps. le désir bien loin derrière. alors la compensation dans les lectures, Miller, Nin, Bukowski, Lunch, Gira, les choses sombres. Mishima, Bataille plus tard. pour sentir la douleur d'être au fond, comme des relents de ce qu'ils sont. mais pour mieux passer dessus. avant de crever, leur dire. qu'il y a un corps qu'ils ont foutu dans le monde. leur dire que je vais pas laisser le délétère le mortifère et le toxique s'emparer de mon sang de ma cyprine de mes glaires de mes sucs de ma salive oui mes larmes bien sûr. vitalité du surplus. désirs d'absolue nécessité d'aimer. ce texte comme un ferrofluide comme un jus de coeur fil tendu entre tripes et monde. 

(c) Milady Renoir

19:21 22/05/2016 | Lien permanent | Tags : textes |  Facebook

20
mai

éphémère

la place près de la rivière, la place sur le trottoir, la place dans le lit, la place dans le ventre, la place entre le mur et la table, la place devant son miroir, la place pêle-mêle, la place face à sa mère, la place dans l'immense creux, la place derrière le père, la place dans l'année, la place pour la peur, la place sur le planisphère, la place dans le son du piano, la place dans le cadre photo, à droite au fond, la place sur le banc, la place dans les rangs, la place sous la pulpe, la place du mort, la place dans l'idée, la place du silence dans le geyser, la place derrière la commode, la place contre la mort, la place de dieu, la place entre les algues vertes, la place de second, la place de la lampe de chevet, la place de l'écran dans la famille, la place sans poussière, la place du pied dans la sandale, la place de l'oeil dans le cyclone, la place du virage et du pointillé, la place de la virgule, la place de l'ongle dans le prépuce, la place, la place du sang entre les lèvres, la place de la mauvaise note, la place sous les montagnes, la place de la plante morte, la place du chien près du radiateur, la place dans le canyon, la place de la vague et de son flux, la place des livres lus, la place de l'hémisphère droit, la place du lézard sur la pierre, la place de l'immondice, la place du tétin sur le sein, la place des yaourts dans le réfrigérateur, la place du cancre, la place du panda devant les visiteurs du zoo, la place du rythme dans le couple, la place de l'horreur, la place du ciel dans le hasard, la place du colvert sur l'îlot, la place de l'entête dans la lettre d'huissier, la place du silence dans les yeux, la place dans le bus l'été, la place de l'été dans le désir, la place du désir dans la cité, la place de la cité dans les strates, la place de la bouche d'égout, la place de la voix dans le viol, la place du violon dans les publicités, la place des ratés dans la société, la place perdue, la place de concert épinglée dans la chambre, la place des étoiles à la naissance, la place du monde dans ce monde, la place du rasoir dans le verre à dents, la place contre soi, la place devant soi, la place derrière moi.

(c) Milady Renoir

textes

08:39 20/05/2016 | Lien permanent | Tags : textes |  Facebook