20
mai

Archipels #2 - revue de Culture & Démocratie - émission LANGUES ET HOSPITALITÉ @ la Balsamine

 

Émission de radio en public organisée par Culture & Démocratie, le Théâtre de La Balsamine et Le bruit et la fureur ASBL, conçue et animée par Caroline Berliner.

En octobre 2017, paraissait Langues d’exil, le deuxième numéro de la revue Archipels. Cette publication, éditée par Culture & Démocratie et L’Insatiable, proposait un travail de repérage et de mise en valeur de diverses pratiques d’artistes, de compagnies, d’associations qui s’emparent de la question migratoire.
La pensée d’Édouard Glissant, fil rouge de ce numéro, affirme un possible où « des différences s’ajoutent sans se détruire, et des identités varient en ne dépérissant pas ».
L'émission que nous vous proposons aujourd'hui «LANGUES ET HOSPITALITÉ» aura comme ligne directrice  cette notion de « créolisation » où s'exprimeront des voix qui font l'expérience de l'hétérogénéité et de l'altérité.
Artistes, juristes, philosophes, enseignantes, personnes concernées, membres d'association interrogeront leurs pratiques et ce que recouvre aujourd’hui la notion d’Hospitalité.
Comment celle-ci nous engage politiquement,  philosophiquement ? Comment la rencontre de l'Autre, de l'étrange, de l'Inconnu nous expose à la surprise, à l'imprévisibilité, à la remise en question de nos acquis et de nos certitudes plutôt qu'au repli, à la crainte, au retour sur soi? Et comment, dans ces brèches, naissent de possibles écritures du monde de demain ?

Avec
Hélène Hiessler – membre de l'équipe permanente de Culture et Démocratie
Jeddou Abdel Wahab – membre du Nimis Group, militant des droits de l'Homme,
Rabia Benkh  – membre  de la Coordination des Sans Papiers
Matthieu Lys – avocat notamment spécialisé en droits des étrangers et droits de l’Homme ,
Camille Louis – philosophe et dramaturge,
Marie Poncin – enseignante DASPA (Dispositif d’accueil des élèves primo-arrivants) au Campus Saint Jean,
Juliette Pirlet – fondatrice de La Petite École,
Patrick Monjoie – conseiller communal à Ittre et directeur du CRIBW,

Conclusion poétique par Milady Renoir, autrice, performeuse, animatrice d'ateliers d'écriture.

Musique Live interprétée par Juliette Lacroix (Violoncelle) et Mustapha Taleb (Kamânché) pour l'ensemble Eclats
Lecture : extraits de textes écrits lors de différents ateliers d'écriture mené par le Musée Ephémère de l'Exil lus par Rebecca, Abdul et Daniele

Aux manettes du Studio Volant : Lena, Patrice et Susie
Régie Son : Brice Agnès
Direction technique : Jef Philips

Emission enregistrée en public au foyer du Théâtre de La Balsamine le 21 avril 2018.
Culture et Démocratie et le Théâtre de la Balsamine sont associés au Label United Stages.

(Cliquer ici pour écouter le podcast)

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12:59 20/05/2018 | Lien permanent | Tags : arts, textes, poly-tiques |  Facebook

14
mai

origines (fiction et "vérité) - biopicture

J'ai toujours menti

par masque
par protection
par essence de la fiction
par lâcheté
par jeu
par provocation
par besoin de reconnaissance
par peur de ne pas savoir
par carapace
par nécessité d'ailleurs
 
j'ai toujours beaucoup menti
jusqu'à heurter de plein fois la mythomanie
et la pyromanie du souvenir
 
un bon mensonge est celui qui va loin en soi et en dehors de soi 
en même temps
une construction parallèle à la vérité mais qui joue des mêmes codes
 
j'ai rarement considéré le mensonge comme immoral ou amoral... mais plutôt comme un mécanisme plus complexe qu'un syndrome manichéen
 
J'ai des traits mongoloïdes ou Eurasiens comme on dit plus poétiquement
Vu qu'on soupçonnait chez moi une maladie génétique, auto-immune ou héréditaire (moult maladies dont des auto-immunes) dans ma famille, une fois enceinte (c'était trop tard mais) je suis allée voir une généticienne
 
quand je suis entrée dans son bureau
- vous êtes d'origine asiatique?
- non, pas à ma connaissance
- alors vous êtes trisomique
 
j'ai pas tout de suite ri ou souri
j'ai même un peu pris mal cette "accroche" peu diplomatique
mais bon
on a quand même fait un bilan génétique
 
j'ai appris qu'une partie de ma physionomie, physiologie est liée à une ascendance, une hérédité eurasienne, à savoir en somme, une propriété commune à de nombreuses familles qui ont subi ancestralement les viols des invasions de Gengis Khan et confrères
le mélange génétique de peuplades de Mongolie (d'où le mot Mongol-ien.ne) et de Caucase ont créé des identités "atypiques".
 
Alors ce mensonge, Milady? ça vient?
oui oui j'arrive
 
Du coup, j'ai compris pour ma corpulence (dense et forte), ma densité osseuse qui ne me permettra jamais d'être mince ou légère, ma résistance physique (comme nombre de trisomiques), le rapprochement de mes yeux, la forme "amande" et mon épicanthus des paupières qui m'empêchent de mettre du fard à paupière, mon visage plat et rond, ... nombre de caractéristiques...
 
Je me suis replongée, suite à ce bilan, dans un souvenir prégnant de mon enfance
 
on m'appelait la chinoise à l'école maternelle et primaire
même que c'était une insulte qui se donnait à moi parfois plus qu'aux "véritables" personnes asiatiques
des adultes aussi pensaient malin de m'appeler ainsi ou de me faire un "compliment" "on dirait une petite asiatique"
et j'avais toujours un complexe qui naissait et je ne savais que rarement si c'était positif ou négatif
de plus, dans ma famille plutôt de type bourguignon, trapu et très franchouillard, cette inclinaison à l'ailleurs m'apportait souvent un décalage, un "je ne suis pas comme eux"
j'ai fini par préférer ne pas leur ressembler (mentalement et physiquement)
et vu que je ressemblais plus à mon père qui a été constamment diabolisé par ma mère (divorce douloureux à mes 3 ans) et éloigné du clan dans lequel je tentais de grandir, ce petit "jenesaisquoi" d'ailleurs, portait préjudice mais aussi validait la séparation que j'allais choisir plusieurs fois par la suite (fugues, rebellions fortes et violentes, rejet...)
 
et donc
(le mensonge le mensonge!)
je me suis inventée vers l'âge de 7 ans (je crois) une généalogie 
j'ai adopté une arrière arrière grand-mère Mandchoue fictive
j'avais vu le film "le dernier empereur" de Bertolucci et adoré le petit Pu Yi et avais été choquée par l'invasion du Japon en Mandchourie...
 
J'ai fini par développer un attachement fort à la Mandchourie et parler d'une aïeule Douairière (évidemment, j'allais pas prendre une gueuse (en tout cas à cette époque de ma vie, j'avais envie de "noblesse"), douairière déchue mais digne qui avait fui l'invasion japonaise...
 
ça donnait un caractère victimaire assumé
et un rapport historique qui en jetait un max
de sorte qu'on me foutait la paix avec le côté "asiatique" que ça transformait un rejet (conscient ou pas) des autres en une curiosité ébahie, voire admirative (alors que je n'aurais été que l'arrière arrière petite fille de l'héroïne)
 
ce mensonge a perduré longtemps, jusqu'à la fin de l'adolescence (bon et après aussi) où cet argument me servait aussi d'outil de séduction
parce que dire qu'on est trisomique est forcément moins bandant que descendante d'une princesse "exotique", aussi porteur d'appropriation culturelle que cela puisse t-il être
 
après, ce qui fait tissage entre le lien "vérité" et fiction est qu'au début de l'ère chrétienne, des nomades d'origine turco-mongole s'établissent en Mandchourie et se sédentarisent.
La boucle est bouclée
j'avais finalement comme "entendu" mon appartenance génétique et en ai fabriqué inconsciemment une construction identitaire floue mais vérifiée 25 ans plus tard.

13:00 14/05/2018 | Lien permanent | Tags : textes, ego-tripes |  Facebook

13
mai

Pourquoi la fête des mères me parait obsolète?

Que ce soit de mon histoire personnelle où les "mères" naturelles sont des vipères au poing matricielles dont la toxicité se transmet de génération en génération, bordant ainsi les rituels de soin dit "maternel" d'un venin contaminant encore les contours de ma sanité...

Que ce soit dans l'aspect patriarcal des origines de la "fête" où la mortalité infantile (aussi par manque de vision politique pour les femmes) baignait dans le sang de l'étendard "faites des enfants pour la nation, pour "nos" guerres, demandant aux matrices de reproduire des chairs à canon et des sujets à l'économie...

Que ce soit par regret que les visions d'Epinal hétéronormatives et autrement bourgeoises soient encore un modèle réduit mais intégré aux considérations familiales "productives" et "protectrices"...

Que ce soit par rejet immense de l'imagerie domestique que la fonction de mère revêt en ces temps (déjà trop longs) de consumérisme utilitaire...

Que ce soit par manque total d'imagination des partages des "tâches" maternelles/parentales, entre parents, entre femmes, au sein de communautés élargies afin que les liens bilatéraux enfant-parent ne deviennent pas tant des gouffres à malaises, mal-êtres et déterminismes...

Que ce soit par haine viscérale mais assumée des colliers de pâtes et autres gravures sur aluminium...

cette journée me fait cependant penser aux mères-sorors que j'ai choisies durant ma vie, aux femmes "modèles" qui m'ont ouvert des espaces sur la sexualité, la sensualité, la puissance, l'amour et le partage (oh tous les jolis gros mots), aux mères sacrifiées (pas d'autres termes, désolée) sur le calvaire des rôles, des dominations et des viols conjugaux, des postures sociales obligatoires....

Aujourd'hui, être nullipare ou être une "BONNE mère GENTILLE lissée" reste d'un binarisme que je cherche à évaluer, que je tente de ne pas subir dans la relation à celui que je nomme mon fils et qui me nomme mère.

Nous avons eu, il y a deux mois, entre femmes logeant à la Petite Zad de la Borie (Cévennes), une conversation qui cherchait en nous, avec nos véhicules identitaires et nos désirs d'ailleurs, nos injonctions paradoxales.

Des mots nous sont venus pour créditer la relation mère-enfant:

Complices.

Allié.e.s.

Equipe

Compagnie vertueuse

Alors, oui, nous étions entre femmes artistes - de classe moyenne - blanches - quarantenaires... et tout autant, nous avons envisagé ces mots comme pistes.he Unseen, 2015 (detail)  © Tereza Zelenkova .jpg

12:39 13/05/2018 | Lien permanent | Tags : textes, poly-tiques |  Facebook

9
mar

Mentir-Vrai, fiction du monde, Je est un autre, autofiction, etc.

miparis by ni.jpg

De nombreuses autrices et auteurs évoquent la fiction comme un mensonge nécessaire… la fiction de soi, et d'un soi du monde et d'un monde en soi qu’on entrevoit comme un droit élémentaire au mensonge, mensonge devenant vertueux, créatif, explosif, hors sol.
La fiction, cette nécessité de fabulation (fabuler est d’ailleurs un drôle de verbe, quand on l’emploi au transitif, il est “Construire (une œuvre) sous forme de fable, de récit d'imagination” et quand on l’emploi à l’ intransitif, il est “Présenter comme réels des faits imaginés par l'esprit”) façonne les contours d'un monde qu'on se met à diriger, à mener, à contredire, à signifier.

La fiction, elle encore, devenant le non vrai, validant par sa fonction même l’intensité d’un parallèle à la réalité, sans cependant gommer le pertinent, le dénonçant, le stimulant. Parfois bien au contraire, la fiction révèle, augmente, réalise ce que le témoignage, le documentaire ne situe pas ou démasque moins.

La littérature en gros mot et, en son sein, la science fiction, les hyper- et para-boles (comme dans la Bible et autres textes premiers), le pamphlet, le fantastique et d’autres genres littéraires sont des exploits de la pensée, des paroxysmes de la vision du monde que l’auteur, l’autrice veut partager.


Ces formes d’exagération, d’amplification, de manipulation (jusqu’à la propagande bien entendu), de mystification fondent des strates de notre monde avec une liberté, une libération des cadres dont nous faisons proie et foi et impératif (sans ça, nous serions les robots ou des êtres monocellulaires d'un ennui séculier) et dont il nous est fait fatalité aussi (quand les fake news et des superstitions issues de la peur nous retirent notre sens critique et notre sens du commun).


Personnellement, j’ai appris à lire avec les comics américains et les romans-photos dans le café tabac journaux où j’ai grandi. C’est avec l’amplification des tempéraments, des traits de caractères des super héros et des super héroïnes que j’ai peut-être anticipé la joie d’exagérer, le bonheur de mentir sur moi, sur ce soi bien trop convenable que mes grand-parents (mes parents de substitution) désiraient fabriquer, avec leurs lois sociales très bourgeoises malgré leur origine très modeste. C’est aussi cette famille, enflée de non-dits et de mensonges, qui m’a encerclée. C’est avec leur autorisation tacite, leur modèle structurel de sous-vérité que j’ai entamé ma vie, très vite, dans un bonheur de la fable de soi.

Souvenirs revisités (plusieurs fois, je racontais un souvenir en en intensifiant l’une ou l’autre partie), vie inventée (je me suis auto-proclamée descendante d’une princesse douairière de Mandchourie quand on moquait mon profil eurasien (sachant que par la suite, j’ai découvert dans mon génome une trace signifiante d’ascendance mongole). Ma fiction, cette mise en forme d'un mensonge valeureux, une mise en scène de la pluralité du sens, une problématisation de l'identité et aussi une fuite de la réalité psychopompe.

Du mentir-vrai d’Aragon à l’autofiction de Doubrovsky, la fiction assume le mensonge et le désire même, le mensonge devient un principe esthétique positif que la vérité envie, coincée qu'elle est dans son corset.

Soyons donc fières, heureuses, chères Quenouilles* que le vice du mensonge nous soit octroyé, nous peut-être spécifiquement, nous, les porteuses de la clé de la boîte de Pandore, nous sorcières de l’ombre de la vérité, nous, conteuses crues aux cavernes vaginales dont on dit qu’elles sont les mensonges de Priape (oh la belle image), nous rêveuses hystériques récréant le monde entre les ovaires et les dents en l’air.

Je termine ces quelques élucubrations gothico-éco-féministes, entre évidence et introspection, par mentionner qqs mots d’intro de l’Espèce fabulatrice de Nancy Huston:

Ils disent, par exemple: Apollon. Ou: la Grande Tortue. Ou: Râ, le dieu Soleil. Ou: Notre Seigneur, dans Son infinie miséricorde. Ils disent toutes sortes de choses, racontent toutes sortes d'histoires, inventent toutes sortes de chimères. C'est ainsi que nous, humains, voyons le monde : en l'interprétant, c'est-à-dire en l'inventant, car nous sommes fragiles, nettement plus fragiles que les autres grands primates.

Notre imagination supplée à notre fragilité. Sans elle - sans l'imagination qui confère au réel un Sens qu'il ne possède pas en lui-même - nous aurions déjà disparu, comme ont disparu les dinosaures.

 

* http://www.radiopanik.org/emissions/les-quenouilles/

 

(illu by NM)

00:24 09/03/2018 | Lien permanent | Tags : textes, ego-tripes |  Facebook

21
fév

en lumineux

exhausted.jpg

" Ce pays n’est qu’un vœu de l’esprit, un
contre-sépulcre

Dans mon pays, les tendres preuves du printemps
et les oiseaux mal habillés sont préférés aux buts lointains.
La vérité attend l'aurore à côté d'une bougie.
Le verre de fenêtre est négligé.
Qu'importe à l'attentif.

Dans mon pays, on ne questionne pas un homme ému.
Il n'y a pas d'ombre maligne sur la barque chavirée.
Bonjour à peine, est inconnu dans mon pays.
On n'emprunte que ce qui peut se rendre augmenté.
 
Il y a des feuilles, beaucoup de feuilles sur les arbres de mon pays. 
Les branches sont libres de n'avoir pas de fruits.
On ne croit pas à la bonne foi du vainqueur.
Dans mon pays, on remercie."
 
René Char (Qu'il vive / Les matinaux, Poésie Gallimard)

09:04 21/02/2018 | Lien permanent | Tags : textes |  Facebook

11
déc

Les Quenouilles - VOL-Age - Panik

quenouilles schéma.jpgDepuis quelques éditions-émissions, je suis honorée d'être une des Quenouilles, l'émission sur Radio Panik 105.4FM.

La dernière portait le doux nom de VOL-AGE. La rediffusion a lieu ce samedi 16 à 11h puis le podcast sera disponible for ever and ever.

Nous avons invité Sonia Verstappen, cofondatrice d'UTSOPI, entre autres. Vol - Volage - Age étaient nos lieux d'échange.

Nous avions aussi demandé à des autrices d'engager un peu de leur temps et langue sur le mot volage. Je les publie ici, certains ont été lus à l'antenne, d'autres pas.

Hymne à Vénus

Immortelle Vénus, fille de Jupiter, toi qui sièges sur un trône brillant et qui sais habilement disposer les ruses de l'amour, je t'en conjure, n'accable point mon âme sous le poids des chagrins et de la douleur.
Mais plutôt viens à ma prière comme tu vins autrefois, quittant le palais de ton père et descendant sur ton char doré. Tes charmants passereaux t'amenaient de l'Olympe à travers les airs qu'ils agitaient de leurs ailes rapides.
Dès qu'ils furent arrivés, ô déesse ! tu me souris de ta bouche divine ; tu me demandas pourquoi je t'appelais ; quels tourments ressentait mon cœur, en quels nouveaux désirs il s'égarait ; qui je voulais enchaîner dans les liens d'un nouvel amour : "Qui oserait te faire injure, ô Sappho ! S'il te fuit aujourd'hui, bientôt il te recherchera ; s'il refuse aujourd'hui tes dons, bientôt il t'en offrira lui-même s'il ne t'aime pas aujourd'hui, il t'aimera bientôt lors même que tu ne le voudrais plus."

O viens, viens donc aujourd'hui, déesse, me délivrer de mes cruels tourments ! Rends-toi aux désirs de mon cœur ! Ne me refuse pas ton secours tout-puissant !

Sappho

labile, changeant, un oiseau sur la branche
là où va le regard, suivra l'esprit
là où va l'esprit, le coeur suivra
et peut-être les lèvres
et l'action qui transformera le regard
alors, fermer les yeux, un moment
pour demander quelle action désire mon regard

Veronika Mabardi
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je vole en permanence vers un autre âge,
non, je ne suis pas instable,
je suis mouvement vers un nouvel équilibre,
mes oscillations sont vives
je suis en vie

Fabienne Bloc

 

Il y a tant à faire et tant à écrire et je suis tentée de ne ni faire ni écrire. Tentée par la peau, la chair, l’air, oui l’air, sur mes joues, la pluie glacée, le tronc de l’arbre, les vagues de vent, les roulis de pluie. Nez en l’air, au sol, pieds gelés, doigts glacés, et rire, parce que je sais que tu penses à moi, nez en l’air, je te regarde entre les nuages. C’est bien. C’est tout.

Fidéline Dujeu

 

Que fais-tu derrière mon dos?

Tu traînes? Tu putes? Tu salopes?

Et si tu ne l'as pas fait tu l'as pensé et si tu ne l'as pas pensé moi je l'ai pensé pour toi.

Perrine Le Querrec

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Plus une écume dans le ciel. La brume de la veille a mit les voiles. Bleu orgasmique, c’est la couleur du jour. Il occupe le présent de tous, lui le désirer. Son absence les a rendu fou. Graziella a revêtu ses ongles de cassis. Elle se balade dans la maison, ses mains battent l’air. Le vernis sèche. Ses doigts de pieds, tendus pour ne pas effleurer la moquette, murmurent des syllabes brûlantes. Le feutre de son corps galope sur le tapis. Elle s’allonge Le long et tout contre la baie vitrée.
Ciel ciel ciel
Graziella connaît toute la gamme des soupirs. Parfois elle en cache dans les boites de spaghettis, contre les rayures dorées du sofa. Solstice d’été
Ciel ciel ciel.
Des rires bouler rouler sur la moquette. Petite robe peau moite glace à la pistache. Ce soir son professeur d’anglais viendra. C’est un ami de Graziella. Ses voisins utilisent des mots opaques : amant e s.
Graziella entre ouvert la baie vitrée, l’air est si gentil.

 

Frédérique Dolphijn

 

Bruits d’avion
D’ambulance
De frigo
D’horloge

Il ne serait pas question de morale
Il ne serait pas question de genre
Il ne serait pas question de limites ou de liberté
Il ne serait pas question de ce que l’on a nommé « moi » et de ce que l’on a nommé « toi» les rendant ainsi séparés
Il ne serait pas question de nos pommes, en fait
Il ne serait pas question de possession, d’appartenance ou de consommation
Il ne serait pas question de conte quelle qu’en soit l’orthographe
Il serait question
Dans chaque mouvement, il serait question
D’une tension
D’une émotion
D’instants inscrits dans d’autres instants
De gens dans d'autres gens
D’une tension entre ce que l’on a nommé « réel » et ce que l’on a nommé « imaginaire »
Entre la maison et le jardin
Il serait question
Elle serait question
Elle a dit : « Danser nous relie au cosmos »
Bruits d’avion
D’ambulance
De frigo
Le ventre s’agite
Les vent dehors résonne avec le souffle dedans

Léïla Duquaine

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Les passantes

Je veux dédier ce poème
A toutes les femmes qu'on aime
Pendant quelques instants secrets
A celles qu'on connait à peine

Qu'un destin différent entraîne
Et qu'on ne retrouve jamais
A celle qu'on voit apparaître
Une seconde à sa fenêtre
Et qui, preste, s'évanouit
Mais dont la svelte silhouette
Est si gracieuse et fluette
Qu'on en demeure épanoui
A la compagne de voyage
Dont les yeux, charmant paysage
Font paraître court le chemin
Qu'on est seul, peut-être, à comprendre
Et qu'on laisse pourtant descendre
Sans avoir effleuré sa main
A la fine et souple valseuse
Qui vous sembla triste et nerveuse
Par une nuit de carnaval
Qui voulu rester inconnue
Et qui n'est jamais revenue
Tournoyer dans un autre bal
A celles qui sont déjà prises
Et qui, vivant des heures grises
Près d'un être trop différent
Vous ont, inutile folie,
Laissé voir la mélancolie
D'un avenir désespérant

Chères images aperçues
Espérances d'un jour déçues
Vous serez dans l'oubli demain
Pour peu que le bonheur survienne
Il est rare qu'on se souvienne
Des épisodes du chemin
Mais si l'on a manqué sa vie
On songe avec un peu d'envie
A tous ces bonheurs entrevus
Aux baisers qu'on n'osa pas prendre
Aux cœurs qui doivent vous attendre
Aux yeux qu'on n'a jamais revus
Alors, aux soirs de lassitude
Tout en peuplant sa solitude
Des fantômes du souvenir
On pleure les lèvres absentes
De toutes ces belles passantes
Que l'on n'a pas su retenir

Paroles: Antoine Pol
Musique: Georges Charles Brassens

proposé par Manu Deloeul

 

Celles qui caressent longuement
Celles qui enveloppent chaudement
Celles qui ne s’attardent pas
Celles qui y reviennent
Celles qui tâtonnent
Les mains de C.
Les mains de K.
Les mains de R.
Les mains de T.

Celles du menuisier
Celles du musicien
Celles de l’informaticien
Celles du poète
Celles du cuisinier
Celles du jardinier
Les carrées
Les fines
Les tordues
Les abîmées
Les sensibles
Les douces
Les rugueuses
Je les ai toutes essayées
De l’une à l’autre
De l’autre à l’une
Tu me frisson
Je te catapulte
Tu me souvenir
Je te ciel
Et ensemble nous retrouvons cet instant suspension du temps.

Anne Guinot aka Madame Haïkaï

plume laurie.jpg

16:38 11/12/2017 | Lien permanent | Tags : textes, lis tes ratures, act-u, agendada |  Facebook

1
déc

P.eau.ésie - Un poème lisible sous l’eau a été écrit à l’Office des étrangers en soutien aux migrants

Dans le cadre du projet Bruxelles en p.EAU.ésie qui vise à réintroduire la poésie dans le quotidien des Bruxellois, un premier poème qui se révèle sous l’eau a été inscrit mercredi à 17h30 sur un trottoir à proximité de l’Office des étrangers, en solidarité avec les migrants.

Une trentaine de sans-papiers et de citoyens solidaires ont formé une chaîne humaine près de l’Office des étrangers pour se passer de l’eau et ainsi remplir des récipients. Les participants ont ensuite versé ensemble de l’eau sur le poème pour le révéler.

= - = - = - = - = - = - = - = - = - = - =
بحذر  شديد، تحت الماء تم فحص صندوق اسود 
اجساد غير شرعية 
 
Bi-Hathar Shadeed 
Taht Al-Ma’a, Sandoq Aswad tam fahsoh 
Ajssaad Ghair Sharra’aya

Il s’agit d’un haïku (forme poétique courte d’origine japonaise) écrit par la poétesse Milady Renoir. Le texte est le suivant :

« En prudence sous l’eau / une case noire se coche / le corps d’ « illégaux » ». Ces mots ont été lus en français, en anglais, en arabe, en wolof et en néerlandais.
« Ce premier poème, qui dénonce la situation des réfugiés, est clairement engagé, mais d’autres sensibilisent plus simplement au rôle de la poésie dans la vie », explique Mélanie Godin, fondatrice de L’ASBL L’Arbre de Diane. « L’idée est de créer des averses de poèmes sous la pluie ».

25 poèmes

Au total, 25 poèmes éphémères révélables à l’eau seront inscrits sur le territoire de la Ville de Bruxelles avec son accord. Le quartier des Marolles sera particulièrement ciblé. Le prochain poème sera révélé la semaine prochaine dans la rue Haute. Une exposition reviendra sur l’ensemble des textes le 7 décembre au Recycl’Art.

En mai 2018, une nouvelle série de poèmes prendra place dans l’espace public de la commune de Watermael-Boitsfort. Il est question de terminer par la commune de Molenbeek-Saint-Jean en septembre.

Auteurs et amateurs

Tous les poèmes sont éphémères. Certains ont été écrits par des auteurs et d’autres par des amateurs dans le cadre d’ateliers d’écriture à dimension sociale. Le projet « p.EAU.ésie » est porté par l’ASBL L’Arbre de Diane. Il a remporté le prix Bruocsella by Prométhéa 2017. Il est notamment organisé avec des étudiants de l’IHECS et de l’ERG (École de recherche graphique), avec le soutien du label United Stages.

poly-tiques, act-u, textespoly-tiques, act-u, textespoly-tiques, act-u, textespoly-tiques, act-u, textespoly-tiques, act-u, textespoly-tiques, act-u, textes(Merci à Rose-May, Thierno, Modou, Mohamad, Aliette Griz, Ali Talib, Laura, Pauline, Mélanie, Léïla, Claude, Laurie, ... )

08:57 01/12/2017 Publié dans Actualité | Lien permanent | Tags : poly-tiques, act-u, textes |  Facebook

26
oct

Poème hormonal

de-retour-des-assises-du-cul-nov-2011.jpgOh belle prostate de hyène
aussi nommées glandes de skène
savions-nous, heureuses chiennes
que chacune possède la sienne?

plus que scrotum moins que rectum
mais de prostate moins grosse que la rate
nous pouvons faire usage ad libitum
de faire jaillir eau de nos petites patates

comment éduquer les gonades mâles?
comment appréhender la testostérone?
évider les pulsions d'un grand mal?
en frappant ou massant leur neurones?

non, en frappant, massant, percutant leur prostate,
qu'elle soit interne ou cérébrale, tout est bat

louons les glandes, leurs tensions
abolissons leurs écrasantes représentations.

#mondicoderimesestmonmaîtrespirituel

15:29 26/10/2017 | Lien permanent | Tags : textes, poly-tiques |  Facebook

27
jui

C'était mieux avant...

textes

Oui, nous en parlions, souvent. Les mots enflés des évidences qui nous encerclaient.
Oui, nous en parlions énormément. Il était sans cesse question des corps violentés, intimidés, mis de côté. C'était à la fois reconnu et inconnu.
Oui, nous en parlions, évidemment. Certains d'entre eux rapportaient les récits que nous avalions dans nos gorges exsangues et obsolètes. C'était cru, bien trop cru.
Oui, nous en parlions, à tout moment. Même au creux de nos silences amers, nous ne faisions qu'être dans ces états là, amoindris par les nouvelles autorités.
Oui, nous en parlions, pourtant. Certains d'entre nous espéraient qu'une étape retournant vers le vivant serait franchie, d'autres luttaient avec leurs idées entre les dents tandis que leurs abdomens pourrissaient, d'autres enfin, savaient que la gangrène morale faisait office de mérule dans les rues, les bureaux et sous les tables des instances.
Oui, nous en parlions, comme des enfants. Parce que nos jeux n'étaient pas tous ternis, parce nos amours n'étaient pas encore tous corrompus, parce que nos yeux n'étaient pas encore tout à fait cousus.
Oui, nous en parlions, absolument. C'est difficile de se souvenir de tous ces moments d'avant, j'en conviens.
C'est au moment où nous n'avons plus su en parler que nous avons compris que l'effondrement humain couronnait nos touts. C'est à ce moment que nos corps n'ont plus su marcher, pleurer, évoquer. Mais je jure que nous en parlions. Peut-être n'étions nous pas assez? Peut-être n'étions nous pas entiers? Peut-être n'étions-nous pas parés contre l'horreur? Peut-être aurions-nous dû fermer nos mots et attaquer en premier?
Aujourd'hui que tout est clos, qui peut dire ce qui était possible? Mais je crois me souvenir... oui, nous en parlions.

(c) Milady Renoir

Illu de Gabriel Von Max - Les Singes critiques d'art

19:58 27/06/2017 | Lien permanent | Tags : textes |  Facebook

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jui

Illégal, illégale, est-ce que j'ai une gueule d'illégal.e?

Capture d’écran 2017-06-15 à 10.36.36.pngZinneke Parade et MEDEX - Musée éphémère de l'exil viennent, parmi tant d’autres, de gagner les Mixity Awards de Visit.brussels. Afin de célébrer les mixités et le démarrage de l’aventure Illegal, un rendez-vous attend les gen.te.s devant Zinneke, sous le porche et sur nos pistes de danse à Masui le vendredi 16 juin.

>>> A partir de 16h <<<
Goûter festif in/out - jeux illégaux

>>> A partir de 19h <<<
Taboulé et BBQ à plusieurs services et jusqu’à 23h

>>> A partir de 21h <<<
Zinneke & Medex préparent le plus brillant des dance floors de Belgique, jusqu’à pas d’heure...

Une scène poétique est ouverte et j'y participerai, en langues et voix, avec des textes illégaux. J'accompagnerai également Ali Talib, ami venu d'Irak devenu illégal en Belgique, qui lira des silences.

Pour l'heure de la scène, on dira entre le taboulé et le dance floor.

10:41 15/06/2017 | Lien permanent | Tags : act-u, textes |  Facebook