27
jui

C'était mieux avant...

textes

Oui, nous en parlions, souvent. Les mots enflés des évidences qui nous encerclaient.
Oui, nous en parlions énormément. Il était sans cesse question des corps violentés, intimidés, mis de côté. C'était à la fois reconnu et inconnu.
Oui, nous en parlions, évidemment. Certains d'entre eux rapportaient les récits que nous avalions dans nos gorges exsangues et obsolètes. C'était cru, bien trop cru.
Oui, nous en parlions, à tout moment. Même au creux de nos silences amers, nous ne faisions qu'être dans ces états là, amoindris par les nouvelles autorités.
Oui, nous en parlions, pourtant. Certains d'entre nous espéraient qu'une étape retournant vers le vivant serait franchie, d'autres luttaient avec leurs idées entre les dents tandis que leurs abdomens pourrissaient, d'autres enfin, savaient que la gangrène morale faisait office de mérule dans les rues, les bureaux et sous les tables des instances.
Oui, nous en parlions, comme des enfants. Parce que nos jeux n'étaient pas tous ternis, parce nos amours n'étaient pas encore tous corrompus, parce que nos yeux n'étaient pas encore tout à fait cousus.
Oui, nous en parlions, absolument. C'est difficile de se souvenir de tous ces moments d'avant, j'en conviens.
C'est au moment où nous n'avons plus su en parler que nous avons compris que l'effondrement humain couronnait nos touts. C'est à ce moment que nos corps n'ont plus su marcher, pleurer, évoquer. Mais je jure que nous en parlions. Peut-être n'étions nous pas assez? Peut-être n'étions nous pas entiers? Peut-être n'étions-nous pas parés contre l'horreur? Peut-être aurions-nous dû fermer nos mots et attaquer en premier?
Aujourd'hui que tout est clos, qui peut dire ce qui était possible? Mais je crois me souvenir... oui, nous en parlions.

(c) Milady Renoir

Illu de Gabriel Von Max - Les Singes critiques d'art

19:58 27/06/2017 | Lien permanent | Tags : textes |  Facebook

15
jui

Illégal, illégale, est-ce que j'ai une gueule d'illégal.e?

Capture d’écran 2017-06-15 à 10.36.36.pngZinneke Parade et MEDEX - Musée éphémère de l'exil viennent, parmi tant d’autres, de gagner les Mixity Awards de Visit.brussels. Afin de célébrer les mixités et le démarrage de l’aventure Illegal, un rendez-vous attend les gen.te.s devant Zinneke, sous le porche et sur nos pistes de danse à Masui le vendredi 16 juin.

>>> A partir de 16h <<<
Goûter festif in/out - jeux illégaux

>>> A partir de 19h <<<
Taboulé et BBQ à plusieurs services et jusqu’à 23h

>>> A partir de 21h <<<
Zinneke & Medex préparent le plus brillant des dance floors de Belgique, jusqu’à pas d’heure...

Une scène poétique est ouverte et j'y participerai, en langues et voix, avec des textes illégaux. J'accompagnerai également Ali Talib, ami venu d'Irak devenu illégal en Belgique, qui lira des silences.

Pour l'heure de la scène, on dira entre le taboulé et le dance floor.

10:41 15/06/2017 | Lien permanent | Tags : act-u, textes |  Facebook

13
jui

Marina, Marina... tout ce qui a un nom brûle...

Lettre de Marina Tsvetaeva à un destinataire inconnu

Tsvetaeva1913

9 juillet [sans date]

À force d’attention (tension) j’ai subitement et violemment eu sommeil. Je guettais vos pas, je ne voulais pas qu’un jour je puisse me dire que je vous avais manqué — dans le triplement-triste sens de : manquer une chance, manquer à une Altesse et — comme une mère manque à son enfant — ne fût-ce qu’une seule fois — par ma faute. Je m’étendis par terre, la tête sur le pas du balcon, bien à plat, bien au dur, pour ne pas m’endormir. Je lève les yeux, es deux battants de la porte et tout le ciel. Il y avait beaucoup de pas, j’ai bientôt cessé d’écouter, quelque part quelque chose jouait, j’ai bientôt senti ma bassesse (celle de tous ces derniers jours avec vous — oh ! sans offense ! j’étais lâche, vous étiez vous). Je sais que je ne suis pas telle, ce n’est que parce que j’essaie de vivre.

Vivre, c’est tailler et infailliblement manquer et puis rapiécer — et rien ne tient (et rien n’est tien, et on ne tient plus à rien — pardonnez-moi ce triste, ce grave jeu de mots).

Dès que j’essaie de vivre, je me sens une misérable petite couseuse qui jamais ne fera de belles choses, qui ne sait que gâcher et se blesser et qui, laissant là tout : ciseaux, lambeaux, bobines, se met à chanter. À une vitre où il pleut pour l’éternité.

Je suis encore toute pleine de ce ciel vide. Il passait, je restais, je savais que moi, rivée, passerais, que lui, passant, subsisterait, persisterait. Le ciel passe éternellement, incessamment — sur moi qui passe incessamment, éternellement. Moi — c’est toutes celles qui sont restées et ont regardé ainsi, resteront et regarderont ainsi. Vous le voyez, moi aussi je suis « éternelle ».

La moi de ce matin ? Je ne la connais même pas. Est-ce que moi, je puis biaiser et ruser ? Ce que je puis, moi, c’est clamer — oui ! — comme un enfant clame : vers toi ! — c’est lancer mes bras l’un à l’Orient et l’autre à l’Occident, mais plus… mais moins… C’est la vie, cette forceuse d’âmes, qui me force à jouer cette farce.

Ramasser à genoux les bribes qui nous restent après la coupe ?… Non, non et non. Mes deux mains derrière le dos. Et le dos bien droit.

Comment pourrais-je avoir besoin — fût-ce du Royaume des Cieux ! — dans une telle réalisation — à un tel prix ? Mon ami, il doit y avoir un ciel aussi pour l’amour. Un ciel autre que le ciel de lit. L’arc-en-ciel.

Mon ami, vous n’êtes pas venu ce soir parce que vous aviez à écrire (aux vôtres). De telles choses ne me font déjà plus mal, vous m’y avez habituée, vous et tous, car vous aussi vous êtes éternel : innombrable (comme l’autre moi, par terre et dans le ciel). C’est toujours le même vous qui ne vient pas vers la même moi qui l’attend toujours.

10:56 13/06/2017 | Lien permanent | Tags : textes |  Facebook

6
fév

Héritière - Pionnière.

Petite, je refusais le territoire et la famille que je côtoyais "de force". Grâce à mes gènes déficients (Trisomie), j'ai hérité d'un épicanthus, de yeux rapprochés, d'un faciès eurasien qui m'ont longtemps em-porté dans l'ailleurs que je recherchais. Je me suis inventée des héritages, des images venues de plus loin que je n'ai jamais été.
Un jour, imbibée de mes "mensonges" et de mon envie de ne pas répondre à ce qu'on projetait sur moi, j'ai "avoué" que j'étais en fait la descendante d'une princesse mandchoue.
Depuis, pour être autre, pour me singulariser, pour séduire, pour inventer ma vie (comme dit Sandra Kim) pour renier les emplacements obligatoires et les transmissions délétères, j'ai intégré cette alliance fictionnelle.
Je suis une princesse mandchoue, je suis une princesse mandchoue. Entre autres.

Princesse douairière mandchoue.jpg

12:38 06/02/2017 | Lien permanent | Tags : ego trip-e, textes |  Facebook

"Corps & Âmes" - Cycle d'ateliers d'écriture animé à Schaerbeek

 

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(cliquez sur les images pour voir grand) 

 

 

 

 

 

 

 

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Toutes les infos aussi sur le site du Réseau Kalame, .

11:49 06/02/2017 | Lien permanent | Tags : textes, atelier, agendada |  Facebook

27
oct

Effets (pensées pour tous les Ulysse de Calais et d'ailleurs)

Suite à la publication de ce texte (d'abord écrit dans une mouture plus longue pour l'expo Sur La Route (Aux Ateliers Mommen) à laquelle j'ai participé en septembre 2015) Capture d’écran 2016-10-24 à 10.04.48.pngdans la revue Espaces de Libertés, un lecteur attentif et remercié m'a envoyé ce mail: 

Poème écrit en grec moderne, en vers et divisé en 5 strophes, de Constantin Cavafy (1863-1933) écrit à Alexandrie en 1911... dans les traductions de Marguerite Yourcenar (en prose) et de Jacques Lacarrière (en vers).

Ithaque 

Quand tu partiras pour Ithaque, souhaite que le chemin soit long, riche en péripéties et en expériences. Ne crains ni les Lestrygons, ni les Cyclopes, ni la colère de Neptune. Tu ne verras rien de pareil sur ta route si tes pensées restent hautes, si ton corps et ton âme ne se laissent effleurer que par des émotions sans bassesse.Tu ne rencontreras ni les Lestrygons, ni les Cyclopes, ni le farouche Neptune, si tu ne les portes pas en toi-même, si ton cœur ne les dresse pas devant toi.

Souhaite que le chemin soit long, que nombreux soient les matins d'été, où (avec quelles délices!) tu pénétreras dans des ports vus pour la première fois. Fais escale à des comptoirs phéniciens, et acquiers de belles marchandises : nacre et corail, ambre et ébène, et mille sortes d'entêtants parfums. Acquiers le plus possible de ces entêtants parfums. Visite de nombreuses cités égyptiennes, et instruis-toi avidement auprès de leurs sages.

Garde sans cesse Ithaque présente dans ton esprit. Ton but final est d'y parvenir, mais n'écourte pas ton voyage : mieux vaut qu'il dure de longues années et que tu abordes enfin dans ton île aux jours de ta vieillesse, riche de tout ce que tu as gagné en chemin, sans attendre qu'Ithaque t'enrichisse.

Ithaque t'a donné le beau voyage : sans elle, tu ne te serais pas mis en route. Elle n'a plus rien à te donner. Si tu la trouves pauvre, Ithaque ne t'a pas trompé. Sage comme tu l'es devenu à la suite de tant d'expériences, tu as enfin compris ce que signifient les Ithaques.

Traduction de Marguerite Yourcenar

*****

Le chemin vers Ithaque

Quand tu prendras le chemin vers Ithaque

Souhaite que dure le voyage,

Qu'il soit plein d'aventures et plein d'enseignements.

Les Lestrygons et les Cyclopes,

Les fureurs de Poséidon, ne les redoute pas.

Tu ne les trouveras pas sur ton trajet

Si ta pensée demeure sereine, si seuls de purs

Émois effleurent ton âme et ton corps.

Les Lestrygons et les Cyclopes,

Les violences de Poséidon, tu ne les verras pas

A moins de les receler en toi-même

Ou à moins que ton âme ne les dresse devant toi.

Souhaite que dure le voyage.

Que nombreux soient les matins d'été où

Avec quelle ferveur et quelle délectation

Tu aborderas à des ports inconnus !

Arrête-toi aux comptoirs phéniciens

Acquiers-y de belles marchandises

Nacres, coraux, ambres et ébènes

Et toutes sortes d'entêtants parfums

Le plus possible d'entêtants parfums,

Visite aussi les nombreuses cités de l'Égypte

Pour t'y instruire, t'y initier auprès des sages.

Et surtout n 'oublie pas Ithaque.

Y parvenir est ton unique but.

Mais ne presse pas ton voyage

Prolonge-le le plus longtemps possible

Et n'atteint l'île qu'une fois vieux,

Riche de tous les gains de ton voyage

Tu n 'auras plus besoin qu'Ithaque t'enrichisse.

Ithaque t'a accordé le beau voyage,

Sans- elle, tu ne serais jamais parti.

Elle n'a rien d'autre à te donner.

Et si pauvre qu'elle te paraisse

Ithaque ne t'aura pas trompé.

Sage et riche de tant d'acquis

Tu auras compris ce que signifient les Ithaques.

 

Traduction de Jacques Lacarrière

10:51 27/10/2016 | Lien permanent | Tags : textes, act-u |  Facebook

Bling Bling


Ce matin encore, la décélération de la colère ne me parvient pas, chaque pas sur un pavé entre les immeubles qui se font et se défont, bernant les arbres, les pigeons et les corps humains, chaque mât pénétrant l'espace public tire un trait sur la vision. Et les conducteurs solitaires des voitures de plus en plus bouffies trompent leur déréliction en éclats de gorges et de trompettes. Encore plus fort, ces bruits répétés des tiges métalliques qui ne savourent pas les glaises qu'elles engagent. Aucun temps pris dans le désir de l'incursion des sols. Qui mettra ses mains dans cette terre, maintes fois nommée gravats? Les hommes casqués, menottés à leurs machines, vrillent nos tempes, rouillent déjà. Les contrats enflés de jargon pensant, les lobbys des lobbys des lobbys, les strates spéculatives, les injonctions supranationales, les pertes de signes et de sens, l'emportement de la pulsion, l'âpre furie de la conquête. La guerre est animée de toute part. Les rues mutent en tunnels, les trottoirs en couloirs, les arbres en pivots, les pigeons en vigies, les corps humains en recrues. Il y a quelque chose de pourri au Royaume de (...).

kali.jpg

(Kali en pleine oeuvre)

09:16 27/10/2016 | Lien permanent | Tags : textes, humoeurs |  Facebook

10
jui

SMDOP - l'après

récit au plus proche du concret, de l'irréel, de l'intangible et de la métamorphose.

chaque fois, un corps.
chaque fois, mon corps.

chaque corps, des indices, des postures, des détails.
rapidement, parce que le contexte l'installe, une cérémonie, une parade.
j'ai pris les mains, parfois les coudes, les avant-bras, les épaules, les cous, les dos, les bustes, les hanches, les omoplates, les os, les peaux, les tissus, les sueurs, les poils, les granulés dermiques, les boutons, les échancrures, les armatures, les quadratures.
squelette sensible / posture graduée.

la playliste jouait ses ringardises, ses mémoires, ses injonctions.

et les pieds tournaient, s'emmêlaient, vrillaient, prenaient appui entre les confettis, la chaleur et le sombre écho d'un slow déjà dansé ou improvisé. 

celui qui a peur de toucher la peau, celle qui cherche à déhancher, celui qui murmure et puis crie pour sortir du murmure, celle qui revient trois fois pour vivre, vivre, vivre, danser, celui qui s'endort dans son costume de super héros ravagé, celle qui porte le masque et la détresse et que je serre, déserrre, celui qui tremble et pleure, amour et peur, celle qui n'en revient pas qui n'en revient pas d'avoir pu faire ça, celle qui écrase le pied droit, chaque fois, chaque fois, celui qui prend Samantha Fox pour Nina Hagen, celui qui dit que les relations amoureuses sont toutes trop sexuelles et pas assez sensuelles, celle qui bande et cherche l'entrejambe, celui qui est grand si grand qu'il se prend le néon et dit pardon, pardon tout le temps parce qu'il ne sait pas danser slowly, celle qui a les seins, les mains, l'odeur rigides, celui qui s'est fait largué hier que je serre comme celle qui ne fera plus, celui qui demande si je suis thérapeute, celle qui demande si je fais comme Amma, celui qui ne connait qu'un poète (Pablo Neruda) et qui trouve toute cette danse étreinte "so poetic", celle qui a découvert un nouveau pan de son désir (récemment et là aussi) et qui remercie, remercie la vie, celui qui danse autour du cocon qui n'entre pas mais qui fout le dispositif en l'air, celui qui ressemble à un Boyz Band tout seul et qui me décoiffe à coup de danse de ballet électrique pas slow très show, celle qui y voit un sacrifice, une putification, un rapport sado-maso-catho, celle qui entre en étant déjà soeur, déjà amie, celle qui danse si lentement que les micros mouvements font tectonique des plaques, celle dont la peau est si abîmée que j'enlace la possible brûlure, celle dont je sais que le sein a été atteint par le crabe et qui simule la symétrie en appuyant fort son buste et son moins-que-bien contre mes seins épais, celui qui caresse l'avant bras en suant, en collant gentiment, vraiment gentiment, celui qui demande s'il peut remercier, s'il peut embrasser (joue-menton-front), s'il peut rester finalement, s'il peut évoquer les slows, l'ado, les sens, celle qui est venue comme ça, avec la curiosité et qui repart comme ça, avec ma curiosité, celui qui dit rien, qui regarde pas, qui tourne pas, qui s'laisse aller à ce que je mène, à ce que j'enveloppe, à ce que j'entame en lui, celle qui rit, qui rit, qui rit parce que quand même danser sur Richard Cocciante à une soirée anar-queer-punk, hein, celle qui cherche les mots pour nommer mon "ça" en termes-concepts, celle qui sent la bergamote et le pollen, celui qui a une chemise repassée comme amidonnée et qui a des mains rêches précises, celle qui plonge son front dans mon creux cou-épaule, collant, plaquant, cherchant, celui qui fait nid-oisillon-aigle, celle qui fait tout péter dans son coeur, celui qui a chaud, celui qui revient sur sa décision de ne pas capituler, celle qui est dressée comme un i d'abord puis lovée comme un s ensuite, celui qui sautille de gêne, celui qui aime bien Sinead O'Connor comme symbole queer même si religieuse, celle qui me connait que je connais qu'on s'aime, celui qui est venu juste pour ça qui pensait pas venir mais qui vient "comme à chaque fois", celle qui pense que c'est simple et pas si simple que ça, celui qui, celle avec, celui pour, celle contre, celui dont, 

et rien de tout ça est aussi précis et clair que ça, 
et rien de tout ça n'est assez subtil pour exprimer les corps, les dons, les appréhensions et leurs dilutions, les bonheurs crus, les variations, les légitimités de l'éphémère, les permissions de l'inconnu.

Je remercie Norma (monteuse-ouvreuse-camériste-rieuse), Cassius, Pierre (régisseur "balèze" (dixit Cassius), Nicolas Marchant (monteur de playliste-ramasseur de confettis-amoureux), Elsa, Virginie, Rebecca, Joëlle, Martine pour les mots doux, Collectif BitchCraft (kiss Vir/Camille) et Barlok pour accueil-hospitalité-amour, TonTon Thom pour les affaires d'ogre, les celleux qui sont venu.e.s danser joue contre épaule, buste contre coeur, peaux contre suées, yeux dans les paupières.

Mi-Lady
Mi-Emue

slow boum.jpg

22:06 10/07/2016 | Lien permanent | Tags : act-u, textes, ego-tripes |  Facebook

8
jui

l'avant

avant le corps en tension, il y a le propos qu'on divulgue, ça devient une intention mêlée à un dispositif dans un contexte et un espace-temps à attendre. 
avant le corps en tension, il y a aussi les envies stratifiées d'être complètement dedans, d'avoir à saisir, à assimiler, à engloutir, à intégrer. Chaque facette du corps neuro-transmetteur. 
avant le corps en tension, il y a l'attention aux détails qu'on placera, collera, agencera, proposera, aménagera, chez soi, et qu'on revisitera sur place, avec les choses, les murs, les sols et les creux.
avant le corps en tension, il y a tout ce qu'on aimerait mais qu'on n'a pas, les souhaits de tout gagner, plus de temps, d'espace, de coeur, moins de prévu, moins d'évident, moins de mesuré.
avant le corps en tension, il y a le désir, immarcescible, virulent, équilibré entre le penchant de disparaître et celui de surabonder. 
avant le corps en tension, il y a le retrait, les visions d'anéantissement, la pesanteur des déjà vus, des déjà faits, des avant-goûts, des arrières-salles. Tout comme rien, en résumé.
avant le corps en tension, il y a chaque chose à sa place, organes, membres, objets, mots, dents, heures.
avant le corps en tension.

 

Ars memorativa 1.jpg

22:39 08/07/2016 | Lien permanent | Tags : humoeurs, textes, ego-tripes |  Facebook

21
jui

trou

ah oui

DSC01924.JPG
je vagabonde entre les humeurs et les failles.
errance urbaine, extase du plomb
indescription vindicative du réseau sanguin,
frapper contre le derme, frapper contre le derme.
au coeur, les voiles,
vrilles cutanées et pores béants.
suées et râles

mais du silence face aux yeux.
mais du silence face aux corps qui déambulent.
rails des moteurs, vrombissent les cadences
et merde, c'est encore de la ville que tu manges ce midi

membres mâchés, organes mous, paupières techniques
se retirent les airs.

je vous raconte le pire pour
que les autres choses me parviennent, finalement.

 

 

 

(photo (c) Milady Renoir @ Verbeke Fondation)

15:36 21/06/2016 | Lien permanent | Tags : textes, humoeurs |  Facebook