6
fév

Héritière - Pionnière.

Petite, je refusais le territoire et la famille que je côtoyais "de force". Grâce à mes gènes déficients (Trisomie), j'ai hérité d'un épicanthus, de yeux rapprochés, d'un faciès eurasien qui m'ont longtemps em-porté dans l'ailleurs que je recherchais. Je me suis inventée des héritages, des images venues de plus loin que je n'ai jamais été.
Un jour, imbibée de mes "mensonges" et de mon envie de ne pas répondre à ce qu'on projetait sur moi, j'ai "avoué" que j'étais en fait la descendante d'une princesse mandchoue.
Depuis, pour être autre, pour me singulariser, pour séduire, pour inventer ma vie (comme dit Sandra Kim) pour renier les emplacements obligatoires et les transmissions délétères, j'ai intégré cette alliance fictionnelle.
Je suis une princesse mandchoue, je suis une princesse mandchoue. Entre autres.

Princesse douairière mandchoue.jpg

12:38 06/02/2017 | Lien permanent | Tags : ego trip-e, textes |  Facebook

24
oct

lectures

Périphéries

Annie Leclerc, philosophe

Penser sans entraves

 

En 1974, avec Parole de femme, le féminisme faisait un pas de côté. Annie Leclerc s’y préoccupait davantage de revaloriser tout ce qui s’attache traditionnellement au féminin, et qui lui semblait précieux non seulement pour les femmes mais pour la société tout entière, que de s’emparer des prérogatives des hommes. Détestant les machos, elle revendiquait certes la liberté d’avoir accès, autant qu’un homme, à tout ce qui compte - la pensée, par exemple : elle est enseignante de philosophie. Mais elle se méfiait des bouffonneries vaines du carriérisme et du pouvoir, auxquelles elle préférait les joies obscures du quotidien. Récemment réédité, ce coup d’éclat d’une femme « entichée de vie » est plus que jamais d’actualité, au moment où le travail suscite des souffrances de plus en plus grandes et où le piège du carriérisme se referme sur les femmes comme sur les hommes. C’est aussi cette foi tenace dans la vie et ce goût de la réflexion sans concession qui ont animé Annie Leclerc, plus intéressée par ce qu’il y a à comprendre que par les jugements péremptoires, lors de ses quinze années d’atelier d’écriture en prison. Elle vient de les raconter dans un livre tranquillement subversif, d’une sagacité imparable : L’enfant, le prisonnier. Rencontre.

C’est un livre tout de sérénité et de clairvoyance ; rien de moins péremptoire, rien qui se fasse moins le complice de quelque violence que ce soit. Et pourtant, L’enfant, le prisonnier, sorti au printemps dernier, dans lequel Annie Leclerc raconte ses quinze ans d’atelier d’écriture en prison, est un livre éminemment subversif. Subversif, parce qu’il contredit, comme elle l’écrit elle-même, « l’arrogante affirmation selon laquelle un criminel est un criminel, un point c’est tout » ; affirmation qui s’est aujourd’hui imposée comme un dogme inébranlable. Il y a quelques jours encore, un présentateur de France-Inter, recevant la journaliste Dominique Simonnot pour ses Carnets de justice, dans lesquels elle rend compte du jeu de massacre des comparutions immédiates, lui assénait : « Oui, mais quand même ! Moi, si on me cassait la figure pour me voler mon portable, je ne serais pas très content !... » Annie Leclerc, pour sa part, observe : « Je sens très bien qu’il y a une résistance médiatique de fond à mon livre. Ça n’est pas dû seulement à la ligne politique actuelle, qui à mon avis est tout à fait désastreuse, mais aussi à un état d’esprit plus général, qu’on retrouve y compris chez ceux qui ne se croient pas dans cette ligne-là. Quelque chose s’est vraiment durci par rapport à tout ce qui se présente comme délinquance, relâchement des mœurs, petites agressions, mauvaise conduite... »

Sa perception des choses est toute différente. D’abord, elle ne perd jamais de vue le fait que la prison, « pierreuse concrétion de tous les maux du dehors », est le lieu du refoulé social par excellence : « On ne peut pénétrer l’univers putride de la prison sans éprouver la maladie du corps social tout entier qui a sécrété cela. » Elle s’y sent « en pays de vérité ». Sur l’extérieur, elle pose un regard d’une acuité impitoyable, décrivant « la pagaille innommable du dehors, étalée et sans bornes, l’hostilité confuse des intérêts, la violence de courte vue, l’inanité des commerces, la voracité tranquille des uns, le dénuement insondable des autres, l’absence résolue de pensée »... Ses prisonniers, la petite douzaine de ses « gars » avec qui elle se retrouve une fois par semaine à l’atelier, « au cœur large de la caverne sans violence », elle prend le parti, non de les idéaliser, mais de les accueillir « en non-criminels, en banals humains ». Elle refuse de savoir ce qui les a conduits en prison, de peur que cela ne l’empêche de bien faire son travail. Ils en sont les premiers surpris, comme elle l’écrit (dans le livre, elle parle d’elle à la troisième personne) : « Ils avaient le plus grand mal à la croire plus occupée d’eux, de leur être, de leurs paroles, de leur souffrance, de leur désir, que de leur crime. » Un jour, raconte-t-elle, quelqu’un - un surveillant, croit-on deviner - lui révèle que l’un d’entre eux, pour qui elle éprouve une sympathie particulière, est soupçonné d’être au cœur d’un réseau de prostitution enfantine : « Ce qu’on veut lui signifier, elle n’en doute pas, c’est combien elle est naïve, pour ne pas dire niaise. » Evidemment, elle est troublée : « Elle n’arrive plus à oublier ce qu’elle a raison - ça, c’est sûr - d’oublier d’habitude. »

 

« Je crois que ce qu’on accepte le moins,
c’est de se priver de la possibilité de se venger »

 

Oui, elle a raison. Certains s’indigneront sans doute, crieront à l’indécence, la sommeront de songer un peu aux victimes... Brandir les droits des victimes en les opposant à ceux des criminels, c’est la rhétorique classique des tenants de la tolérance zéro. En janvier 2003, devant les associations de victimes d’infractions, le ministre de l’Intérieur Nicolas Sarkozy déclarait par exemple : « Il n’est plus question de compromis. Les victimes méritent davantage de considération que les coupables. Avant de penser aux droits des délinquants, il faut penser aux droits des victimes et replacer celles-ci au centre des préoccupations de l’Etat. » Et pourtant... Si la démarche d’Annie Leclerc représentait au contraire le meilleur moyen de songer aux victimes ? Pour favoriser la réhabilitation et la réinsertion des détenus - ce qui est, après tout, l’une des missions officielles du système carcéral -, elle est persuadée qu’il faut solliciter d’autres parts d’eux-mêmes, les aider à s’épanouir. Ce qui est en même temps la meilleure manière de faire baisser le niveau de violence de la société et d’éviter de nouvelles victimes. « En prison, le détenu est réduit à son crime, explique-t-elle. Il n’est plus que cela ; il est enfermé dans la criminalité, en quelque sorte. Ce qu’on peut aider certains à acquérir, c’est une autre idée d’eux-mêmes. L’idée qu’ils ne sont pas forcément acculés à ce destin, qu’ils pourraient peut-être vivre autrement, envisager d’autres choses... Mais ce sont eux qui font le travail ; ce n’est pas moi. Simplement, à un moment, il se produit une conversion de l’image qu’on a de soi. »

Le problème, c’est que la prison, loin de favoriser la réinsertion, la rend impossible - « la prison apprend comment on y retourne », écrit-elle. Elle commente : « Je crois que ce qu’on accepte le moins, c’est de se priver de la possibilité de se venger. Il a fait du mal, il faut lui en faire : c’est là une conviction très obstinée, très ancrée dans l’humanité. D’ailleurs, le sens de la balance par laquelle on symbolise la justice, pour moi, il est là : le mal a été fait, il faut donc rééquilibrer en faisant du mal à celui qui en a fait... C’est évidemment désastreux, parce que c’est un cycle sans fin. Quand on considère tous les malheurs du monde à l’heure actuelle, que ce soit en Palestine ou en Tchétchénie, on entend partout et toujours : Nous vengerons nos morts. Or, bien sûr, c’est un cycle infini qui ne fait que tout aggraver. Ce qui ne veut pas dire qu’il ne faille rien faire quand le mal a été commis : bien sûr qu’il faut marquer le coup. Mais il ne faut pas, surtout pas, le concevoir comme une vengeance. » Or le système carcéral, les détenus le lui clament, n’est qu’une institutionnalisation de la vengeance : « Tout ce qu’ils veulent, c’est montrer qu’ils sont plus forts que toi, plus méchants que les méchants. C’est ça leur justice. »

 

« Est-ce qu’on peut essayer de comprendre
sans tomber immédiatement
sous la hache des censeurs
qui vous tranchent d’un coup la langue
pour pacte avec le crime ? »

 

 

 

Elle dit dans son livre la « grâce » que représente, pour les participants à l’atelier, le simple fait d’être appelés par leur prénom, pour une fois, et non par leur nom de famille, leur numéro d’écrou ou de cellule. Mais attention : elle prévient très vite qu’elle se garde bien de « raconter des histoires de salut. Ni la sienne, ni celle de quiconque ». « On ne mesure pas les résultats de tout cela, dit-elle. C’est impossible à mesurer. Et puis, en général, je perds de vue la plupart des détenus que j’ai rencontrés. Mais j’ai quand même eu - sans savoir ce que cela a pu donner par la suite - des témoignages de ce qu’il s’est réellement passé quelque chose ; des témoignages de fidélité formidables. J’ai gardé avec certains quelques contacts de pure abstraction, un coup de fil, une lettre, une petite rencontre de temps en temps ; mais, si un jour j’avais besoin d’un secours rapide, efficace, je sais que je penserais certainement à ces garçons-là autant qu’à des amis. L’un habite à Ibiza, un autre a une entreprise en région parisienne... Mais je suis sûre que, si je soulevais mon téléphone, ils accourraient dans l’heure. »

Que s’est-il passé pour justifier une telle foi dans les liens tissés ? Eh bien, avec ces hommes acculés à une « terrible clairvoyance », elle a eu des conversations. De vraies conversations philosophiques - elle est, par ailleurs, enseignante de philosophie. Avec eux, elle a pu poser des questions qui la taraudaient depuis longtemps, qu’elle n’avait jamais osé formuler à haute voix, et à laquelle eux s’attelaient avec le plus grand sérieux. Par exemple : « Comment expliquer que ça puisse faire du bien de faire du mal ? » Elle écrit : « Personne ne lui semble plus amical que ce prisonnier accueillant avec elle la question de la violence. Personne ne lui est plus hostile que ce penseur qui n’y pense jamais, ou cet homme politique qui veut la contenir sans savoir de quoi elle est faite. » Ce qui caractérise Annie Leclerc, c’est la passion de penser ; c’est le refus de la limite que la moralité, les convenances, les tabous, l’indignation, la paresse, posent en général à la pensée, tôt ou tard. Dans son livre, elle raconte par exemple ceci : un jour, à l’atelier d’écriture, on commente un fait divers survenu pendant la semaine : dans un train de banlieue, une jeune fille s’est fait violer par une bande de voyous sans que les autres passagers du wagon interviennent. Scandalisés, les prisonniers vitupèrent contre tant d’indifférence, de couardise, de lâcheté... Elle les laisse se défouler, et puis elle leur propose de réfléchir aux raisons qui ont fait à la fois que la jeune fille n’a pas appelé à l’aide et que les voyageurs n’ont pas bougé. « Est-ce qu’on peut essayer, oui ou non, d’arrêter un moment l’affreuse machine à ne pas penser, à ne pas connaître, à ne rien savoir, là où justement il y a tant à savoir ? (...) Est-ce qu’on peut essayer de comprendre le crime des passagers inertes et muets sans tomber immédiatement sous la hache des censeurs qui vous tranchent d’un coup la langue pour pacte avec le crime ? » La moisson sera bonne : le résultat de leurs investigations mérite largement le détour.

 

« La prison accule l’incarcéré à ses vieilles stratégies
de survie, de passage en force,
de violence et d’aveuglement »

 

 

Mais ce refus de mettre les choses à plat, de tenter de comprendre, n’a pas fini de laisser perplexe Annie Leclerc : « Cet arrêt délibéré de la pensée, c’est quelque chose qu’on rencontre même chez des gens très intelligents, très ouverts à la réflexion. J’ai par exemple une grande amie, une intellectuelle que j’aime beaucoup, dont j’apprécie beaucoup le travail ; récemment, elle m’a demandé ce que je faisais en ce moment, et je lui ai répondu que je m’intéressais à la tauromachie, à ce qui se passe lors d’une corrida... Il se trouve que je me suis mise à penser à des histoires de taureaux, en lisant les mythes de l’Antiquité, ou Gilgamesh, que vous voyez là, sur la table... J’ai lu des textes de toreadors tout à fait magnifiques. Je me sais absolument incapable d’assister à corrida : je ne pourrais pas, je crois que je pleurerais tout le temps, que je serais tout à fait insupportable... Mais voilà : ça m’intéresse quand même. Et mon amie m’a répondu, très choquée : “Quoi ! Mais comment... Je ne comprends pas comment tu peux faire ça, pour moi c’est l’horreur même...” Je me demande si ce moment où la pensée s’arrête - s’arrête volontairement - ne correspond pas à un refus de renoncer à la guerre, à l’idée que oui, vraiment, il y a des ennemis. J’ai écrit un livre, Exercices de mémoire, après avoir vu Shoah de Claude Lanzmann. Et je me suis demandé comment ça pouvait arriver... Disons que j’ai essayé de m’approcher le plus près possible de : comment cela peut-il arriver de devenir nazi - soit commanditaire, soit exécutant, ce qui n’est pas tout à fait la même chose. Alors, j’ai beaucoup lu. J’ai lu Mein Kampf, par exemple. Les gens autour de moi étaient horrifiés, ils s’exclamaient : “Mais c’est monstrueux !” Parce que, du coup, évidemment, dans ma bibliothèque, il y avait Mein Kampf. Eh bien, oui... Mais pourquoi ? Pourquoi ce refus ? Comme si essayer de comprendre, c’était déjà juger favorablement, ou trouver des excuses... Mais ça n’a rien à voir ! »

Au contraire, peut-être ? La violence, observe-t-elle, découle toujours d’un refus de penser, justement : « Se venger, c’est cesser de penser. La violence nazie, la décision d’extermination, c’est aussi : je ne pense plus ; c’est le moment où la pensée s’arrête. J’ai toujours eu l’impression que la violence et la fermeture d’esprit, ça allait ensemble. Mais c’est très difficile à faire passer auprès des gens. » A l’écouter, on songe tout à coup aux témoignages de bourreaux rwandais recueillis par Jean Hatzfeld dans son livre Une saison de machettes ; les tueurs vantent l’organisation génocidaire, qui pouvait être mise en œuvre « sans plus s’attarder derrière des questions ». L’un d’eux déclare : « On allait et on revenait, sans croiser une idée. »

Il y a la pensée, et puis il y a la parole - ce qu’elle appelle la « bénédiction native » de la parole. Dans les conversations de l’atelier, il s’établit un lien direct entre l’absence de parole et la punition. « Le malheur, le vrai malheur, disaient-ils, c’est quand on ne peut pas parler, alors même qu’on a les mots. C’est ce qui arrive, a dit Mohammed, quand on est puni, qu’on est seul dans son coin. » Elle remarque alors que la punition se présente comme « l’envers de la confiance établie dans la parole ». Ensemble, ils réfléchissent à la punition. Elle dit ses doutes : « Mais un enfant qui casse, qui frappe, qui fugue, qui ment, qui vole, il faut bien le punir, non ? Nasser avait éclaté de rire : un enfant qui fait tout ça, c’est qu’on l’a déjà trop puni. A propos, Annie, j’ai un petit garçon de deux ans, vous voudriez pas l’adopter ? » Elle poursuit la réflexion toute seule : « La punition, écrit-elle, ne vient pas après le crime, elle le précède, elle le figure, elle l’appelle. » Et aussi : « La prison réitère, pousse à leur paroxysme tous les enfermements d’enfance. Elle concrétise sur le mode du cauchemar toutes les vieilles oppressions, humiliations, impuissances archaïques. C’est la même chose qui recommence ; en pire. En béton, en radical. Confirmation inexorable de ce qu’on savait d’avance. La prison accule l’incarcéré à ses vieilles stratégies de survie, de passage en force, de violence et d’aveuglement. » De quoi jeter une lumière encore plus crue sur l’absurdité de la politique de répression à tout crin, menée en toute connaissance de cause : « Plus on construit de prisons, plus on y met de monde, plus il y a de monde à y mettre. » Elle conclut amèrement : « Qui peut imaginer qu’une surenchère de répression va prévenir le mal, réduire la délinquance, éduquer les enfants ? Eduquer ! »

 

« Il n’y a pas de mots plus forts, plus pénétrants,
plus aigus que ceux du prisonnier
en train d’écarter les barreaux qu’il a dans la tête »

 

 

Pour elle, son choix est fait : plutôt la confiance dans la parole que les leurres de la punition rédemptrice. Elle écrit : « Il n’y a pas de mots plus forts, plus pénétrants, plus aigus que ceux du prisonnier en train d’écarter les barreaux qu’il a dans la tête. » « On n’imagine pas, dit-elle, tout ce qu’on pourrait résoudre si on parlait plus, si on mettait les gens en confiance de parole, si on leur témoignait que, oui, ils sont intelligents, ils ont choses à dire. On a toujours du mal à me croire quand je dis ça, et pourtant, j’ai rencontré plus d’intelligence et de profondeur chez les détenus que chez mes élèves. Parce qu’un jeune élève de terminale, il a déjà une certaine idée de ce qu’il est, de ce qui est bien, de ce qui est juste... Les prisonniers, eux, contrairement à ce qu’on pourrait croire, ont une très mauvaise opinion d’eux-mêmes. Ils se considèrent comme de la sale engeance, ils se méprisent beaucoup. Mais quand on leur laisse la possibilité d’écrire ce qu’ils ont sur le cœur, comment ils voient les choses, en leur disant qu’on se fiche des fautes d’orthographe, qu’on n’est pas là pour ça, qu’on n’a pas de stylo rouge, qu’il n’y a pas de note, pas d’examen au bout... C’est formidable, ce que ça peut donner. J’ai l’impression que c’est ça qu’il faudrait faire, systématiquement. » Mais les ateliers comme les siens restent une goutte d’eau dans la mer : un par prison au meilleur des cas, deux à la rigueur s’agissant d’une très grande prison comme Fleury-Mérogis, chacun ne pouvant accueillir qu’une douzaine de personnes.

Et pourtant... Dans certains cas, on ne peut s’empêcher de penser qu’il suffirait de peu de choses pour sortir quelqu’un de la délinquance. « Un jour, à l’atelier, un jeune détenu d’une trentaine d’années m’a confié un gros manuscrit dans lequel il racontait “ses” différentes prisons - il en avait déjà connu six ou sept - ainsi que son entrée dans la délinquance. C’était absolument passionnant. Ce garçon faisait toujours la même chose : il volait des chéquiers. Or, le premier chéquier qu’il avait volé, c’était celui de son père. Il était l’aîné d’une famille nombreuse, et il aimait bien son père, mais il avait toujours eu des doutes sur le fait qu’il soit effectivement son père. Avec ce premier chéquier volé, la première chose qu’il avait faite, ça avait été d’acheter une voiture, parce que ses plus beaux souvenirs, c’était quand il était enfant et que son père les emmenait se promener en voiture... Bon. Moi, tout ce que je pouvais faire, c’était lui conseiller de réfléchir davantage à tout ça, mais, de toute évidence, il y avait là des choses très fortes, très flagrantes... Si on l’aidait à comprendre le sens de ses actes, est-ce que ça ne pourrait pas l’aider à cesser ces vols répétés ? Au lieu de cela, il recommence, encore et toujours, en sachant pertinemment que ça va mal se terminer et que ça va augmenter encore la dose. »

 

Du féminisme conçu
non comme une revendication catégorielle,
mais comme un bouleversement
des valeurs qui gouvernent la société

 

 

 

Il lui semble que tous ces refus de parole contribuent à grossir et à envenimer démesurément les problèmes, les poussant vers l’irrémédiable. Dans un tout autre domaine, elle l’observe dans la façon dont on traite les jeunes filles voilées, qu’on évoque devant elle : « Je suis très choquée par le comportement de certains responsables d’établissements scolaires, qui leur interdisent l’entrée de l’école, refusent tout dialogue... Je trouve cela effrayant. Pourquoi n’essaie-t-on pas de comprendre le sens que cela a ? On sait que certaines de ces jeunes filles portent le voile contre l’avis de leur famille : pourquoi ? Qu’essaient-elles de dire par-là ? C’est très intéressant ! Qu’est-ce qu’on gagne à leur interdire l’accès aux cours ? Bien sûr, il faut discuter : il y a un enseignement commun, il faut qu’on puisse faire la gymnastique... Mais y voir un signe d’ostentation religieuse agressive... C’est absurde ! » Dans L’enfant, le prisonnier, on lit : « Si on ne se comprend pas c’est qu’on ne s’est pas encore assez parlé. » S’en souvenir si un jour « Liberté, égalité, fraternité » ne fait plus l’affaire au fronton des édifices publics. Après tout, ça ne serait pas plus sacrilège qu’une animatrice de télé-poubelle en effigie de la République...

Pour autant, qu’on n’espère pas voir Annie Leclerc entrer dans l’arène, et se jeter dans la mêlée médiatique. Après le succès rencontré par son livre Parole de femme, en 1974, elle s’était mise à représenter un courant féministe dissident quasiment à elle toute seule. La voie tracée par le courant majoritaire - incarné notamment par Simone de Beauvoir - pourrait se comparer à une autoroute ; celle tracée par Annie Leclerc s’apparente davantage à un sentier qui se serait laissé envahir par les herbes folles - ce qui, après tout, n’est pas sans charme. Elle reste discrète, à la fois par choix (« je n’aime pas la polémique ») et parce que, comme elle l’explique sans détour, on ne vient pas la chercher : « Les féministes qui tiennent aujourd’hui le haut du pavé, comme Elisabeth Badinter, ne m’aiment pas du tout. » Les raisons de la réprobation qu’elle s’attire sont un peu contradictoires : les féministes classiques, d’une part, se défient des hommes, les jugeant suspects de velléités d’oppression ; d’autre part, elles envient leurs prérogatives. La position d’Annie Leclerc est exactement inverse. Elle n’a pas de ressentiment envers les hommes : elle est une grande amoureuse, elle ne rejette pas la maternité - Parole de femme contient l’un des plus beaux récits d’accouchement qui soient. Mais, en même temps, elle se préoccupe davantage de contrer le mépris dans lequel on tient tout ce qui s’attache au féminin que de s’emparer des prérogatives masculines. Elle se souvient : « Que les femmes acquièrent les privilèges des hommes, ça ne me semblait pas le plus intéressant. Moi, les hommes me faisaient un peu pitié. Je n’étais pas sûre que leur sort soit si enviable que cela. Je les voyais obligés d’être toujours performants, enchaînés à la réussite professionnelle à tout prix... Ces fameuses “prérogatives”, avant d’être revendiquées aussi pour soi, me semblaient dignes d’examen. » Là aussi, plutôt que de laisser cours à une quelconque vindicte, elle préfère exercer son goût de penser, de comprendre. Ce qui nous vaut par exemple une réflexion passionnante sur les raisons pour lesquelles la célébration du « Désir » (elle préfère la jouissance) est omniprésente chez les philosophes masculins...

 

Les tâches ménagères :
« Un travail qui a le sens même de tout travail heureux,
produire de ses mains tout ce qui est nécessaire à la vie,
agréable à la vue, au toucher, au bien-être des corps,
à leur repos, à leur jouissance... »

 

 

 

 

Elle définit rétrospectivement Parole de femme comme « un travail pour saper la déconsidération, le mépris, le désamour de tout ce qui s’attache au féminin » - un désamour partagé tant par les femmes que par les hommes. Ainsi, pour une Simone de Beauvoir, le corps féminin représentait un objet de dégoût, un esclavage à fuir autant que possible ; on a déjà cité ici cette phrase d’elle, relevée par Nancy Huston : « La femme est succion, ventouse, humeuse, elle est poix et glu, un appel immobile, insinuant et visqueux. » Annie Leclerc, elle, déniche chez Jean-Paul Sartre ces mots qui, sans concerner directement les femmes, transpirent la répulsion pour le féminin : « L’homme est un projet qui se vit subjectivement au lieu d’être une mousse, une pourriture, ou un chou-fleur. » Elle ajoute ce commentaire : « Qu’on lise bien la formule, puis qu’on ose prétendre devant moi que la mousse, la pourriture et le chou-fleur auxquels répugne le projet ne renvoient pas purement et simplement à la femme et je désespère à jamais de voir ébranler la mauvaise foi de l’homme. » Voilà pourquoi Parole de femme s’attache patiemment à réparer les dégâts, et revendique haut et fort, au contraire, la beauté et la noblesse de ce corps, explorant et exaltant les plaisirs dont il est le lieu - et cela, indépendamment du rapport sexuel qui, d’habitude, est seul à lui concéder une éphémère dignité aux yeux des femmes comme des hommes. Elle écrit par exemple : « Quand j’ai mes règles et que je me laisse faire comme je veux, c’est le moment le plus tendre, élémentaire, de ma conciliation à la vie. Je m’allonge sur mon lit, dans l’herbe, sur le sable (heureux temps des vacances !), je délie mes membres, mes muscles engourdis, je ferme les yeux. Mon ventre coule une tiède salive, un lait obscur. La vie s’épanche en vagues effleurées comme la mer paisible. Je touche la laine rêche de la couverture, l’herbe concise, le sable immense et minuscule. Je suis ce doux sang qui me quitte. Moi, plus moi. Le monde existe. Je m’y dilue dans l’infinité de la présence. Enfin je ne suis plus personne, ni une petite personne intéressante ni une grande personne affairée, personne. Je suis la continuité de la vie qui m’emporte et m’oublie. »

Parole de femme s’attache aussi à revaloriser les tâches ménagères, dans lesquelles Annie Leclerc voit un travail bien plus digne et moins absurde que celui du visseur de boulons à l’usine : « Mesquin ? sombre ? ingrat ? dégradant ? Un travail bigarré, multiple, qu’on peut faire en chantant, en rêvassant, un travail qui a le sens même de tout travail heureux, produire de ses mains tout ce qui est nécessaire à la vie, agréable à la vue, au toucher, au bien-être des corps, à leur repos, à leur jouissance... » Si ces tâches étaient devenues une malédiction, faisait-elle valoir, c’était parce que, méprisées, elles étaient rejetées entre les seules mains des femmes, qui s’y épuisaient : « Ce n’est pas balayer ou torcher le bébé qui est mesquin, dégradant, c’est balayer angoissée à l’idée de tout le linge qu’on a encore à repasser ; repasser en se disant que ça ne sera jamais prêt pour le repas du soir ; voir sans cesse différé le moment où l’on pourrait s’occuper des enfants, aérer l’humus de leur terre, les arroser, les porter à bout de bras, leur mettre des rires dans la voix et des questions sur les lèvres... » Elle commente : « Ça, ça a été très mal vu. Ça a peut-être été le point le plus difficile à faire avaler ! Mais, en même temps, je suis très contente de l’avoir fait. Je continue à tomber sur des textes qui considèrent que les tâches ménagères, il n’y a rien de plus con, rien de plus sale... Evidemment, parce que ça va à l’encontre de toutes les valeurs de prestige et de réussite de la société. Les tâches ménagères produisent des résultats discrets, modestes, invisibles socialement. A cause de cela, on les compte pour rien, on les traite par le mépris. C’est cela qui les rend très éprouvantes. »

 

Pas de plans sur la comète,
pas de fables rassurantes :
au contraire, une lucidité qui n’a rien à envier
à celle des nihilistes ricanants.
Mais une capacité à embrasser la vie,
à l’aimer pour elle-même

 

 

 

 

 

Ce livre a marqué sa rupture avec Simone de Beauvoir : « A une époque, j’avais écrit dans Les Temps modernes, la revue de Jean-Paul Sartre, et Beauvoir m’aimait bien. Je crois que je lui rappelais sa propre jeunesse : j’étais très remuante, curieuse, je lui racontais mes sorties, mes découvertes... Pourtant, je sentais que, sur le fond, quelque chose ne collait pas. Quand j’ai publié Parole de femme, il y a eu une critique très méchante dans Les Temps modernes, où je ne travaillais plus : on me reprochait d’être telle que les hommes souhaitaient les femmes, d’être dans une complicité petite-bourgeoise avec eux... » Grave erreur, évidemment. Son féminisme à elle, au contraire, s’avère bien plus ambitieux : elle le conçoit non comme une revendication catégorielle, mais comme un bouleversement des valeurs qui gouvernent la société ; bouleversement qui toucherait autant les hommes que les femmes. Concernant les tâches ménagères, par exemple, elle concluait :

« Si ce travail était perçu à sa juste et très haute valeur, il serait aimé, il serait choisi, convoité autant par les hommes que par les femmes. Il ne serait plus ce boulet, cette oppressante, irrespirable nécessité...
... Mais je rêve, j’utopographie, je sais.
Pour cela, il faudrait que soient crevées, ridiculisées, roulées dans la boue des plus pitoyables bouffonneries, toutes les valeurs mâles du pouvoir...
Mais il faudrait aussi que tout pouvoir soit arraché, brisé, réduit en cendres, laissant au peuple enfin non pas le pouvoir, mais sa seule puissance.
 »

Comme Nancy Huston (elles sont d’ailleurs amies), Annie Leclerc est une femme incroyablement accrochée à la vie, et qui avance dans le monde armée de cette foi indéfectible. Pas de plans sur la comète, pas de fables rassurantes : au contraire, une lucidité qui n’a rien à envier à celle des cyniques ou des nihilistes ricanants. Mais, en même temps, une capacité à embrasser la vie, à l’aimer pour elle-même, pour ce qu’elle offre, au ras du quotidien - sans rien non plus, attention, de l’autosatisfaction pantouflarde et consensuelle d’un Philippe Delerm et autres chantres de la « première gorgée de bière » : ces femmes-là, on croit l’avoir assez démontré, portent un pouvoir de contestation phénoménal. L’année dernière, Annie Leclerc a publié un sublime Eloge de la nage, inspiré par ses séances de natation à la piscine municipale. « C’est quelque chose dont je parlais souvent avec les prisonniers : qu’est-ce qui rend heureux, dans la vie ? Au début, je les laissais se déchaîner : avoir de l’argent !... Ne plus galérer !... Et puis, je les poussais à réfléchir : bon... Mais alors, qu’est-ce qu’on fait, quand on a beaucoup d’argent ? On s’achète une maison, d’accord. Et puis, comme on est encore riche, on en achète une deuxième : une résidence secondaire. Et après ? On fait quoi ? On court d’une maison à l’autre ?... Là, ils ne savaient plus trop. Alors, je leur racontais ce que moi je pensais au sujet du bonheur. Parce que c’est quelque chose que j’ai beaucoup cherché dans la vie - notamment dans mon livre Epousailles : qu’est-ce qui rend heureux, vraiment heureux ?... Je crois que, plutôt que de réfléchir aux moyens d’échapper à la souffrance, il faut interroger les moments où on a eu le sentiment d’être vraiment bien, et se demander ce qui faisait qu’on se sentait comme ça. Ce qui donne de la joie, c’est tout ce qui donne le sentiment d’augmenter la vie, la jouissance de la vie - mais de la vie elle-même, pas des possessions. Et ça, les prisonniers aimaient beaucoup. Ils en redemandaient ! J’ai vite compris qu’il ne fallait pas que je me prive. Souvent, ils me posaient la question : “Cette semaine, qu’est-ce qu’il y avait de mieux ?” En automne, en arrivant à la prison, je ramassais des feuilles mortes et je les leur apportais : “Vous avez vu comme c’est beau, ça ?” Alors, ils me demandaient de raconter comment c’était beau. Ou alors, ils me demandaient ce que j’avais mangé de bon. Je répondais, par exemple : un navarin... Et eux : “Mmmmh ! Un navarin !!!” Un jour, je leur ai demandé de se mettre d’accord et de me dire quel plat leur manquait le plus. Ils se sont concertés, et ils m’ont répondu : “Des œufs sur le plat bien grillés avec du pain frais, il n’y a rien de meilleur.” Alors, je leur ai promis qu’en rentrant chez moi, je me ferais des œufs sur le plat. »

 

Et si, maintenant que l’homme et la femme
sont tous les deux dans la même galère,
ils cherchaient ensemble comment en sortir ?

 

 

 

 

Parole de femme a récemment été réédité. Il reste totalement d’actualité, à la fois parce que la gigantesque tâche de revalorisation du féminin qu’y entreprenait Annie Leclerc est toujours à remettre sur le métier, et parce que sa critique des valeurs de compétitivité, sa clairvoyance quant à ce qui compte vraiment dans la vie, peuvent plus que jamais être utiles aux hommes comme aux femmes, à une époque où le travail, sur lequel on a tout misé, est une source de souffrance toujours plus grande (y compris lorsqu’il manque, d’ailleurs, puisqu’on n’a pas appris à vivre sans lui). « Au fur et à mesure que je vieillis, je constate que les que gens les plus malheureux que je connaisse sont ceux qui ont le mieux réussi professionnellement, assène-t-elle. C’est tellement d’angoisse ! Et puis, pendant tout le temps où se bat pour sa carrière, on ne vit pas... » En l’écoutant, on repense à un événement dont on a un peu parlé dans les médias ces derniers mois : le suicide spectaculaire, en janvier 2003, de Vicky Binet, employée aux ressources humaines d’une entreprise de haute technologie du pôle de Sophia-Antipolis, mère de quatre enfants (dont un qu’elle venait d’adopter), qui s’est jetée d’un pont devant les fenêtres de son entreprise. Elle a laissé une lettre dans laquelle elle dénonçait le harcèlement moral qu’elle avait subi. Elle estimait qu’on lui faisait payer le passage à temps partiel qu’elle avait demandé après plusieurs années de présence dans l’entreprise. Elle écrivait : « Je paye beaucoup trop cher mon temps partiel (pris entre autres et surtout pour m’occuper des enfants), ma sensibilité, l’attachement à mes valeurs humanistes et de respect envers autrui, quel qu’il soit (...), mon refus d’être un “bon soldat” (je suis pacifiste), mon refus d’être traitée brutalement (eh oui, j’ai un affectif). Bien sûr, je manque d’ambition professionnelle, de volonté de “faire carrière”, je ne cherche pas à être chef à la place du chef, j’ai d’autres "choses" dans ma vie qui équilibrent l’investissement que j’ai dans mon travail. Mais vous savez tous combien mon travail compte pour moi (j’ai abrégé mon congé d’adoption), cela fait un mois que je trépigne pour reprendre le travail. Mais à travers ce travail, surtout aux RH, j’ai envie de soulager la “souffrance humaine” et non pas d’en créer (...). Doit-on forcément être “brutale” pour que l’entreprise fonctionne mieux ? Pour être respectée, reconnue aux RH ? Pourquoi ce manque de respect ? Pourquoi humilier ? (...) “Tu es trop sensible, ce n’est pas ce qu’on demande à un manager” : heureusement qu’il existe des managers sensibles ! Il ne faut pas d’affectif au travail. Je ne suis pas une machine (...). » Le mari de Vicky Binet a porté plainte. En attendant le procès, l’enquête interne et l’audit commandité par l’entreprise ont d’ores et déjà conclu qu’il n’y avait pas eu harcèlement moral. Mais si c’était le management ordinaire qui, tout simplement, causait suffisamment de dégâts pour relever du harcèlement moral ?...

A lire cette lettre à la lumière des écrits et du discours d’Annie Leclerc, on se dit que le piège s’est refermé. Les femmes ont acquis le droit de faire carrière comme les hommes. Comme pour eux, ça a été pour le meilleur... mais aussi pour le pire. Et si, maintenant que l’homme et la femme sont tous les deux dans la même galère, ils cherchaient ensemble comment en sortir ? S’ils le voulaient, nul doute que les livres d’Annie Leclerc pourraient leur servir de viatiques.

Propos recueillis
par Mona Chollet
Photo Actes Sud

Annie Leclerc, L’enfant, le prisonnier, Parole de femme, Eloge de la nage (mais aussi Toi, Pénélope), Actes Sud.

15:08 24/10/2015 | Lien permanent | Tags : humoeurs, ego trip-e, lis tes ratures |  Facebook

19
aoû

Projet de boîte collective (sculpture - textes - images) autour de portraits de Patrick Guaffi

"
Strates de chairs sous influence de tenségrité une aorte comme vessies corps glénoïdien glie globule polaire voire blanc membrane de tissus appendiciers lève arcade d’aréole carotidéenne cérébrale saillie pulmonaire (pas vulgaire) malléole somatopleure sommet du jarret soude les sourcil fourmiliers au mamelon sous-caudal téton zonulaire mammaire enfile un manchon mandibulaire vole ta marge anale en récupérant ce placenta marsupial qui te tirait le marteau mastoïdien vers la rate recto-vaginale tout est rectum lombaire et région tarsienne venant des reins succenturiaux en virant le releveur du menton matière blanche et grise utérus mâle d’utricule cristallinien en utricule prostatique jaillit l’uvée à tendance poplitée comme la pudendale profonde fente branchiale fessier comme un feuillet pariétal une viscérale tarsienne mais tentaculaire branle moi l’astragale et l’atlas omoplatonique ta mère au sein de l’axis buccal innominé inspirateur asternal de l’astome atrabilaire t’es canon avec ton épicanthus capillaire vers la lymphe biliaire ton sang comme une cloison rectosigmoïde enfonce ta crosse dans cette croupe cruorique pousse l’os pisiforme ET l’os pubien ...

"

La suite et les deux autres textes et ceux d'autres auteurs-autrices autour d'oeuvres de Patrick Guaffi seront à lire - découvrir - ouvrir lors de moments performatifs - d'expositions dans les mois à venir. Restez ouverts.

Une expo de Patrick Guaffi a lieu à l'atelier 340 en ce moment, c'est le moment, le bon. (les oeuvres exposées ne sont pas celles ayant inspiré ce texte.. quoique...)

lis tes ratures,arts,textes,ego trip-e

 

12:03 19/08/2015 | Lien permanent | Tags : lis tes ratures, arts, textes, ego trip-e |  Facebook

30
jui

traversée d'Epictète hier, à une terrasse de café, en très bonne compagnie...

J'ai lu de l'Epictète et quelques idées du contentement intérieur, hier.
Du coup, nuit chaotique et matin pour "rien".

ah merci la Grèce hein!

(et Wikipédia, si, si)

" Principes du Manuel d'Epictète

Le Manuel invite à reconnaître l'impossibilité pour l'homme de contrôler ce qui ne dépend pas de lui : l'avis des autres, la richesse, la chance, les malheurs, la mort. L'idée à la racine de l'ouvrage est la nécessité de n'attacher d'importance qu'à ce qui dépend de nous : opinions, désirs, pensées, et autres « opérations de l'âme ». Le philosophe doit se concentrer sur ce qui est sous son contrôle, c'est-à-dire son âme, seule partie libre de son être. Vouloir changer ce qui ne dépend pas de lui rend l'homme malheureux, tandis qu'accepter son impuissance sur ces choses et ne s'occuper que de la partie de lui-même qu'il peut contrôler l'amène à un bonheur immuable et infini : cette distinction entre ce qui peut être contrôlé et ce qui échappe à la volonté humaine est la base fondamentale de la doctrine. Les trois principes pour l'ataraxie y sont développés, de manière à apprendre à distinguer ce qui dépend de soi et ce qui ne dépend pas de soi : concevoir et comprendre la fatalité, être indifférent aux événements extérieurs qui ne dépendent pas de soi, agir au mieux dans les domaines qui dépendent de soi.

L'ouvrage s'attache à décrire toute chose humaine comme étant essentiellement éphémère : chaque personne, mais aussi chaque chose à portée du philosophe sera détruite et oubliée. Le philosophe doit accepter cette nécessité et ne pas s'attrister de la disparition des choses périssables, qui sont dans l'ordre des choses, pas même de la mort de ses proches, qui ne peut pas être évitée. S'attacher aux choses matérielles est une erreur qui amène à la souffrance, alors même que le sage peut jouir des objets sans s'y attacher. De même, le corps, facilement dégradé, ne doit pas être l'objet de toute l'attention du sage car il est soumis aux aléas du monde, tandis que l'âme peut être contrôlée et amenée à un état de bonheur égal et éternel, non exposé à la dégradation du corps.

Les autres principes explicités dans le Manuel sont la nécessité de ne pas se perdre en discours philosophique, mais plutôt de vivre une vie philosophique, ce qui est beaucoup plus bénéfique au sage, ainsi que le devoir de conserver une distance avec les faits : rien, d'après Épictète, n'est bien ou mal par nature. Seule l'opinion qu'une chose est bonne ou mauvaise rend cette chose telle aux yeux de l'homme. En supprimant l'opinion du mal, l'homme supprime le mal et peut vivre libre et droit."

12:52 30/07/2015 | Lien permanent | Tags : act-u, ego trip-e |  Facebook

Grande Question de Cet Eté...

ah!

Cette question nous aura posé question cet été...

 

https://www.youtube.com/watch?v=WrWcSdMj1aM

12:43 30/07/2015 | Lien permanent | Tags : ego trip-e |  Facebook

26
déc

Noblesse oblige, Steph Wunderbar, Milady Renoir in Liège - 18/02/15

Mon corps, ma gorge, mon giron et moi nous produiront sur scène avec de la matière organique lue en première partie du groupe électro berlinois Noblesse Oblige.
Puis Steph Wunderbar fera son DJ set.
Puis la nuit sera dense.

 

Venez donc. 5€ la tonne de phéromones, c'est pas cher.

electro glamour night flyuer.jpg

1
déc

pourquoi ce blog n'est plus le blog de l'écrit (question / réponse)

Je garde ce blog puisqu'il est le dépôt d'archives, de coups de coeur et de corps, de tentatives de mon regard sur les choses qui naissent et meurent, mais je n'y écris plus, il est devenu, après presque 10 ans, un espace culturel plus qu'artistique, un lieu d'autres plutôt que personnel. Je l'aime encore, quel qu'il soit, je le visite encore, aussi peu relié à ma vie soit-il parfois.

La photographie a pris une place plus aisée dans ma manière d'explorer ma langue et le silence a su être le gardien de bien de sombres lectures, écritures. Le silence pour ce blog, pas pour moi.

Alors voilà, sans tourner une page, j'avais envie de dire oui et non à ce blog, là, après presque dix ans.

observing.gif

12:37 01/12/2014 | Lien permanent | Tags : ego-tripes, ego trip-e, act-u |  Facebook

13
jui

Bons anniversaires mes ateliers

Il y a 12 ans, j'ai mis mes pieds et mes mots pour la première fois dans un atelier d'écriture. Je m'y étais ennuyée tout autant que j'avais découvert une précision à mon propos. Ecrire pouvait se faire simplement, là, devant moi. J'ai fomenté une révolution en mon corps. J'écrirais et j'écrirais avec / au sein des ateliers. Et si je pouvais aussi écrire en dehors, en plus, autour de ces ateliers, c'était bonus.

Il y a eu le Littéméraire, un site d'ateliers d'écriture, une dérive souhaitable de RDV.be. Nous y avons exploré le pire et le meilleur, de l'écriture et des commérages.

Il y a 11 ans, un samedi 14 juillet, j'ai animé mon premier atelier d'écriture vraiment pensé atelier d'écriture.
Il y a 11 ans, il y avait Marine, Suzy, Lalou, Clau, Roger, Waltaire, Caro, Titi, Olivier et d'autres. C'était dans le bel et grand appartement à Matongé que je partageais avec Marine, petite soeur de coeur et beurre.
J'avais compris la nécessité d'être animée (pour moi), la nécessité et la joie d'animer dans un cadre tourné vers l'écriture, la découverte, le jeu. Des choses évidentes, simples ou pas vraiment, finalement.

Il y a 8 ans, j'ai rencontré Réjane Peigny et Pascale Fonteneau et le réseau Kalame. La nécessité de me former, d'intégrer les connivences d'avec des pairs (et d'explorer mes impairs), de chercher à comprendre des méthodologies, des pratiques, d'assimiler une éthique, d'appréhender une philosophie personnelle ET collective.
Je suis devenue membre dite active. Mes ateliers se sont multipliés, renouvelés, amplifiés (qualité pas quantité).

Du café le Greenwich (ancienne version) au cellier du Moeder Lambic (Saint Gilles), d'une salle obscure de l'Arenberg (R.I.P) à une bibliothèque dégarnie à Namur, d'un ancien café de village en Gaume à la Cité de la Musique à Paris, du Château de la famille d'Amélie Nothomb à une caravane devant une église occupée par des réfugiés, d'un hôtel de passe (Le Neutre) à la Maison d'Erasme, d'un squat liégeois à la librairie 100 papiers, de chez Suzy à chez moi, des lieux m'ont ouvert portes et fenêtres et esprits.

Il y a 4 ans, j'ai hérité d'un drôle de poste au sein du réseau Kalame. J'ai même hérité d'un calame de 2 mètres en bambou qui trône dans mon bureau. Coordinatrice du réseau au sein de la Maison des Littératures Passa Porta. Avec ça et des gens bien, j'ai aussi conceptualisé, coordonné, produit, assisté des festivals (Passa Porta, Marathon des Mots, Au Bord Elle, FiEstival, ...) où les textes, les mots, les voix sont amplifiés.

Depuis un an et des..., Kalame réside à la Maison de la Francité, est devenue asbl en octobre 2013, attend son site internet avec impatience et est mon occupation à tête pleine (et à mi-temps).

J'anime des ateliers d'écriture pour:

- faire écrire
- garder mon oeil hagard ou ouvert sur mon processus d'écriture
- partager des marottes, en attraper d'autres
- étudier des textes, des auteurs, des concepts en plus des études que j'ai arrêté "tôt"
- rencontrer des gens en écriture
- assimiler des univers, les digérer, les transformer
- gagner quelques sous en plus
- visiter des espaces temps hors quotidien
- écrire
- lire
- entrer en connivence avec le monde
- écouter gronder ou ronronner des gorges d'autres
- traverser

Je remercie les centaines de participants, la possible cinquantaine de lieux, les livres et ma vie pour tout ça. EN écrivant ça comme si je parlais de moi morte, je me dis que je n'ai encore aucune raison d'arrêter.

C'était la séquence émotion juste avant la grande finale de la coupe du monde de football.

francis-picabia-sans-titre-projet I.jpg (portrait de moi réalisé par Francis Picabia)

19:14 13/07/2014 | Lien permanent | Tags : atelier, ego trip-e |  Facebook

30
jui

au bord d'un temps

2014 june 322.JPG

Le solstice a l'éternelle manière d'être un point de repère. Un entre deux appaisant ou aléatoire, mais un interstice diluant l'amont et l'aval.
Là, comme vous le voyez, au sein d'un sanctuaire de mouettes, sur un chemin sans balise, interdit aux inconnus, j'ai marché. Je me suis assise face à la mer, puis remise debout, comme une femme de marin. J'ai trouvé un chant, un espace entre la gorge et le ventre. J'ai murmuré. Rien n'a été entendu par personne. Ou tout le monde. Mon corps a eu peur. Il était question de vents, de falaise, de mon vertige du haut d'une chaise mais pas de cette.
Il y avait le coucher de soleil, des adolescents nus dans un bain d'avant minuit, et des amoureux sur les galets sous des plaids.
J'ai pris mes images intimes. Poussées dedans, elles sont agi. Sur moi, sur ma vision. La peur de tomber est arrivée. Je l'ai laissée passer. Un homme a crié du parapet à une cinquantaine de mètres de là, m'interdisant de. Je n'ai eu aucune envie de sauter, ni de le rassurer. Je me suis échappée des terres. Les mouettes dérangées striaient le ciel au dessus de mon scalp. Je suis descendue par l'herbe quand j'étais montée par le blé barbu et les ronces.
Ecrire le sauvage, l'intime, la densité n'est pas anodin; ça dit de soi de la manière la plus simple et la plus vulgaire. Sans le filtre du faire beau, ce sont des mots peu valides.
Je place ce contenu là pour ne pas l'oublier, surtout. Je me suis aimée au bord de ce temps.

23:43 30/06/2014 | Lien permanent | Tags : humoeurs, ego trip-e |  Facebook

4
jui

EnVie de LectureS

La sculpture du vivant / Le suicide cellulaire ou la mort créatrice
Éditions du Seuil, 1999 - mise à jour 2003

Nous sommes chacun une nébuleuse vivante, un peuple hétérogène de milliards de cellules, dont les interactions engendrent notre corps et notre esprit. Aujourd'hui, nous savons que toutes ces cellules ont le pouvoir de s'autodétruire en quelques heures. Et leur survie dépend, jour après jour, de leur capacité à percevoir les signaux qui empêchent leur suicide. Cette fragilité même, et l'interdépendance qu'elle fait naître, est source d'une formidable puissance, permettant à notre corps de se reconstruire en permanence. A l'image ancienne de la mort comme une faucheuse brutale se surimpose une image radicalement nouvelle, celle d'un sculpteur au cœur du vivant, faisant émerger sa forme et sa complexité.

Cette nouvelle vision bouleverse l'idée que nous nous faisons de la vie. Elle permet une réinterprétation des causes de la plupart de nos maladies et fait naître de nouveaux espoirs pour leurs traitements. Elle transforme notre compréhension du vieillissement.

C'est un voyage que propose ce livre. Un voyage à l'intérieur de nous-mêmes, de nos cellules et de nos gènes. Une plongée vers le moment où commence notre existence, à la rencontre du suicide cellulaire à l’œuvre dans la sculpture de notre corps en devenir ; mais aussi une plongée vers un passé plus lointain, au travers de centaines de millions d’années, à la recherche des origines du pouvoir étrange et paradoxal de s’autodétruire qui caractérise la vie. Un voyage à la découverte de l’une des plus belles aventures de la biologie de notre temps. Comme toute exploration d’un pan inconnu de notre univers, ce livre nous révélera des paysages d’une grande beauté. Il nous permettra aussi de ressentir combien la science peut parfois entrer en résonance avec nos interrogations les plus intimes et les plus anciennes.

Genèse et devenir
Echo scientifique et littéraire
Revue de presse

Jean Claude Ameisen présente :
La sculpture du vivant

1.                      -Le Monde,Débat
«Au coeur du vivant, l’autodestruction», 16 octobre 1999

Choix d’interventions radiophoniques :

1.                      -France Inter, Sur les épaules de Darwin Jean Claude Ameisen

2.    Episode 9 : «Le suicide cellulaire», 30 octobre 2010

3.    Episode 6 : «Le suicide cellulaire (2)», 9 octobre 2010

Choix d’interventions audiovisuelles :

1.                      -EHESS - XXIXe Conférence Marc-Bloch
EHESS, 12 juin 2007

2.                      -Arte, PhilosophieRaphaël Enthoven
Vie, 27 juin 2010

Choix d’interviews dans la presse écrite :

1.                      -La Recherche«Jean Claude Ameisen : apologie du suicide cellulaire», propos recueillis par Olivier Postel-Vinay, janvier 2001

2.                      -Lyon capitale, Culture : «La mort est un principe créateur du vivant», propos recueillis par Pierre Tillet, 5 avril 2000

3.                      -Science & Vie. Dossier hors série : La vie au tout début : «Mort cellulaire: un sculpteur inattendu», propos recueillis par Emmanuel Monnier, mars 2000

 

lis tes ratures,ego trip-e (Stills from Erró’s Mecamorphosis)

13:09 04/06/2013 | Lien permanent | Tags : lis tes ratures, ego trip-e |  Facebook