18
mai

Felix Poetry Festival - 11&12 juin 2015

Alors voilà, des poètes-se-s des deux bords du bordel belge seront présents lors de ce festival qui se tient à Anvers.
Je suis honorée d'en être aux côtés de joyeux et heureux et talentueux comparses du recueil Belgium Bordelio. (11/06/2015)

antwerpenboekenstad.be/felix agendada, act-u, lis tes ratures

&

nationalstore.be/belgiumbordelio/ agendada, act-u, lis tes ratures

 

20:42 18/05/2015 | Lien permanent | Tags : agendada, act-u, lis tes ratures |  Facebook

5
mai

Héros d'Eros

hansbellmer.jpg (Hans Bellmer)

10:19 05/05/2015 | Lien permanent | Tags : humoeurs, arts |  Facebook

30
avr

Revue On peut se permettre

H/F collectif est composé de Milady Renoir & un vrai semblant.
Je vous le disais.

Il a participé à la revue On peut se permettre menée par Célestin de Meeûs et Tom Nisse.

Elle "sort" ce soir, avec des poètes vivants qui vont la faire vivre. Elle sera disponible dans quelques bonnes librairies de Bruxelles & Wallonie.

Capture d’écran 2015-04-30 à 11.45.18.png

 

11:51 30/04/2015 | Lien permanent | Tags : arts, lis tes ratures, act-u, agendada |  Facebook

27
avr

Street Art is The World

street-art-verites-derangeantes-3.jpg .

10:11 27/04/2015 | Lien permanent |  Facebook

RiTuELs #2 par le collectif H/F

H/F collectif est composé de Milady Renoir & un vrai semblant.
Il sévit sans habitude.
RiTuELs est un mélange de choses vraies, de gorges,
de fictions et d'objets crus.

Ici, c'est le second d'une série à vie.

09:53 27/04/2015 | Lien permanent | Tags : arts, luv |  Facebook

24
avr

FiEstival Maelström et moi, et moi, et moi...

Bon, act-ule FiEstival approche, et j'y serai à plusieurs endroits.

Le DIMANCHE 3 MAI 2015 - 16h - "Thé des écrivains, 1" @ Boutique maelstrÖm 4 1 4

Lectures et sorties de nouveautés dans le piétionnier de la Place Jourdan : le Dimanche 3 mai c’est le “Day – 1”, une sorte de pré-pré-lancement des fiEstivités à l’occasion de la sortie des nouveaux titres de la collection “Bruxelles se conte” dont les 2 de Karen Guillorel & Milady Renoir et d’autres titres (Arnaud Delcorte, Nell Yates...)

*** *** ***

Le samedi 9 mai à 16h à l'Espace Senghor à Etterbeek pour la Roue des Poètes « Belgium Bordelio », qui a pour thème « Babel des langues ». Plus de 30 poètes ayant, pour certains, participé à l'anthologie se réuniront dans une vaste Roue composée de 9 emplacements qui constitueront autant de « stations » pour un itinéraire poétique pour le public circulant d'une place à l'autre.  Le Belgium Bordelio (dont je fais partie en tant que "francophone") est d'ores et déjà disponible dans votre boutique maelstrÖm 4 1 4 à Etterbeek.

+

20h30 > 0h00 Méga Slam-Jam Finale...
La Slam-Jam, présentée par Milady Renoir (BE) et Andy Fierens (BE), sera lancée par le slammeur français Félix Jousserand et par quatre de nos meilleurs slammeurs belges: Joy, Youness Mernissi, L'Ami Terrien et Volauvent. La Jam est également ouverte au public, par inscription sur place ! Avec accompagnement musical par la Troupe Poétique Nomade. 

*** *** ***

Le dimanche 10 mai, de 13h30 à 17h00 en tant que directrice du Réseau Kalame qui propose cette année une Masterclass-e avec Hubert Haddad et Christine Van Acker à la Maison d'Erasme.

+++++

Les autres, la suite, les choses, la poésie, les livres... tous ceux là détaillés sur fiestival.net/

11:13 24/04/2015 | Lien permanent | Tags : act-u |  Facebook

FiEstival Maelström - amour, gloire, beauté...

le fiEstival maelstrÖm s'approche... 
View this email in your browser

Une Fête, un Festival d’Arts Littéraires, Poétiques et Musicaux. Quatre jours de performances, concerts, spectacles, animations, lectures et rencontres… 

neuF. Qu’est-ce qui est neuf ? Qu’est-ce que le neuf ? Et quel est son rapport à l’ancien ? Interroger la racine et la cime. Se nourrir du minéral et du fruit. Voir comment l’horizon se dessine déjà dans les pas que nous plantons sur la terre à chaque instant... (Dante Bertoni)

Lisez la brochure réalisée par Le Senghor avec le programme complet ou consultez notre site web pour plus de détails sur les performances ! 

Poche de Noir 

le roman de Gérard Mans a remporté le 21 avril le Prix de la première œuvre de la Fédération Wallonie-Bruxelles !  

Le fiEstival OUTdoor

commence déjà le 3 mai à la boutique maelstrÖm, une pré-ouverture au Pianofabriek le 6 mai 2015, des animations en ville... plus d'infos par ici

Le fiEstival INdoor

au Senghor prévoit, le jeudi 7 et vendredi 8, deux soirées de performances inédites, une grande journée de fête et rassemblement le 9 mai et une journée de clôture le 10 mai... plus d'infos par ici...

Le fiEstival c'est aussi le fiEstEnfants, des sorties de livres, des concerts, un buffet et un Belgium Bordelio ! 

Samedi 9 mai

Des ateliers avec Kalame, la Roue des Poètes (plus de 30 poètes répartis sur NEUF emplacements dans plus de 40 langues), un buffet, une Slam Jam NL-FR. Plus d'infos par ici...  

Un événement éditorial

Le premier livre-CD de Laurence Vielle, les nouveaux livres de Daniel De Bruycker, Kenan Görgün, Troy Balthazar, Otto Ganz et beaucoup d'autres ! Plus d'infos par ici... 

Le fiEstEnfants

Pour la première fois le fiEstival à destination des plus petits : ateliers d'écriture, animations et spectacles pour les enfants - les adultes sont aussi les bienvenus !  Plus d'infos par ici...
Invités d’Honneur  
Serge Pey (FR) . Chiara Mulas (IT) . Abdeslam Michel Raji (FR) . Laurence Vielle (BE) . Ivan Tirtiaux (BE) . Antoine Wauters (BE) .  Charles Ducal (BE) . Jean-Marc Desgent (CA) . Troy Von Balthazar (USA) . Petr Váša (CZ) . Félix Jousserand (FR) . Daniel De Bruycker (BE) . Détachement International du Muerto Coco (FR) . Rimbaud Mobile (FR) . Les éditions du Dernier Télégramme (FR) & le Belgium Bordelio (WA-BXL-VL)
Avec le soutien de
La Promotion des Lettres de la Fédération Wallonie-Bruxelles, la Commission Communautaire française (COCOF- Culture), Région de Bruxelles-Capitale, WBI-Wallonie-Bruxelles International, Service Culture de la Commune d’Etterbeek, Centre Tchèque et les et partenaires : Maison de la Poésie d’Amay, Sep Stigo Films, Les Midis de la Poésie, Kalame,  Lézarts Urbains, MEDEX - Musée éphémère de l'exil

11:03 24/04/2015 | Lien permanent | Tags : agendada, lis tes ratures, act-u |  Facebook

Atomic Kitten

JE est une putain femme amoureuse libérée vivier râtelier biotope ancre vieille conne déesse scum manifesto dazed & confuzed en doute vieille croûte salope virginale vaginale clitoridienne anus dei camionneuse néo-bobo post-goth ex-zoulette à mullet obèse à l'aise belle allure quarantenaire exigeante mal polie pas frileuse cellulite Lilith Jane Eyre sorcière aqueduc Violette Leduc angoissée pince-sans-rire peu-peine-à-jouir Epicure pas sinécure very insecure Diogène Cléopâtre 2/3-Parques Badebec Nyx ta mère ab libitum etc.

 

 

au moins.1953- The showgirl and the atom bomb 3.jpg

10:08 24/04/2015 | Lien permanent | Tags : humoeurs |  Facebook

19
avr

Sortie de "Correspondances d'immobiles voyages... de transparentes intentions" - Karen Guillorel & Milady Renoir

Karen Guillorel & Milady Renoir commettent leurs

"Correspondances 
d’immobiles voyages... 
de transparentes intentions".

Bookleg Bruxelles se conte #50 & #51 - En deux parties. 3 euros chacun. Sortie au fiEstival 9 (dès le 3 mai)

 

Elles sont amies – autrices – vivantes.
L’une marche dans le monde, habituellement. Dessine aussi.
L’autre marche dans Bruxelles et territoires connexes, souvent. Photographie aussi.
L’une part loin. L’autre reste là.
Une correspondance, une intention de lien et l’écriture de l’espace-temps entre les deux se tisse à travers un blog
(http://correspondenses.tumblr.com/).
Le mouvement des corps et des esprits sera la matière première de leurs échanges.
Carnets de voyages intérieurs, immobiles, grandiloquents, leur livret répond à l’étrange besoin d’écrire le chemin parcouru, d’espérer se perdre et se trouver.
Exercice de sérendipité appliquée.

11059771_10204812541286129_7490123656224439755_n.jpg 11149479_10204812549806342_8596519548580201883_n.jpg

 

 

10:59 19/04/2015 | Lien permanent | Tags : textes, lis tes ratures, agendada |  Facebook

25
mar

Résumé de la 48ème soirée filles avec un cerveau (chacune) chez Virginie à Molenbeek un vendredi 20 mars en 2015

Elle a eu lieu, elle aussi. La 48ème. Voici son résumé et les hyperliens que je voulais rouges mais qui ne sont pas que rouges.

La 49ème aura lieu un 22 mai, à la campagne. 

Et puis la 50ème, renommée Soirée Filles avec une Chatte (chacune) aura lieu le dimanche 21 juin. Si intéressée, écrire à Milady.


Nathalie
 : Bruxelles insolite, le guide co-écrit par Nathalie – métier « glam & sexy », reconnaissance sociale par la profession, lutte des classes socioprofessionnelles, réussite du savoir faire ou du savoir être ? 

girlz,agendada

 

 

 

Béatrice: Profils et filtres possibles de lecture via l’enéagramme. Helen Palmer et/ou  Sandra Maitri (+ formations en Belgique + test « gratuit » rapide ou par Béatrice)

Deborah : Jeûne thérapeutique (méthode Buchinger) - Documentaire : Le jeûne, une nouvelle thérapie ?" de Thierry Lestrade  future.arte.tv/fr/sujet/le-jeune + Extrait de 2 min : arte.tv/guide/fr/043980-000/le-jeune-une-nouvelle-therapie - Association avec laquelle Deborah est partie faire un jeûne au Pays Basque (France) : yoga-jeune.fr/ - ascèse, guérison, conscience des cellules, physiologie organique et intelligence collective.

Virginie : Syndrome Pierre Richard – concentration, attention, légèreté de l’être, conception du monde qui est inadapté à soi (ou le contraire ? non).

girlz,agendada

Hélène : La saison des bananes. Rhizome, bractée, pulpe amylacée, baie polycarpique, … 

 

Elsa: Miss Celie’s Blues (Sister) from The Color Purple. Sororité + Rituel-s de rupture-s. Silences ou éclats, pagailles ou retrouvailles.

Simone : Rêve sans tabac ou tabac sans rêve ? (Cf. Katsugen Undo)

Julia : photocopies d’une encyclopédie « femme-s » - page nudité, photo de corps, de femmes. Systèmes de valeurs, corps modèles et autres invalidités sociales et culturelles pour nos corps.

l'amour aux dames 1683.jpg


Catherine
 : jeu de poses (Cf. Yolanda Dominguez), fashion victims, interruptions urbaines interventions frontales. (cf. Vanessa Beecroft)

Milady : Le Times, journal de prison d’Albertine Sarrazin (ed. Chemin de fer). Destin, écriture, puissance. 

 

 

 

 

49ème chez Béatrice à Orbais (co-voiturage et autres arrangements possibles) le vendredi 22 mai 2015.
Aaaah la campagne... 

girlz,agendada

 

 

 

 

 

 

 

Concept ci-dessous à r-envoyer aux copines, potines, nouvelles, aguerries, râleuses, boudeuses, enthousiastes, hystériques, amoureuses, ...

 

Chères Toutes, 


filles, femmes, mères, sorcières, licornes, divorcées, hystériques, moribondes, vagabondes, post-soumises, néo-prostiputes, soeurs, copines, potines, coquines, ... (la suite sur http://miladyrenoir.skynetblogs.be/archive/2014/08/22/pet...)

Munissez-vous de votre corps, d'une autre fille, d'une alter femme, d'une partenaire particulière + d'un mets et/ou d'un liquide sans soupçon ainsi que d'une chose à partager (livre (ou pas)/CD/texte/objet fétiche/culte/débat/truc fabriqué/truc acheté/jouet/histoire/anecdote/sondage/ un truc à partager donc), que son nom soit masculin, féminin ou neutre ... 

RAPPEL: les garçons, les hommes sont INTERDITS mais pas haïs.

 

Concept éternel replacé ci-dessous pour le plaisir des aguerries et l'extase des néophytes.

Attention, soirée simple, sans scrupule, ni posture. Faites circuler. 

 

CONCEPT (simple mais expliqué longtemps)...

Quoi ? 
Depuis 2005, la soirée Filles avec un Cerveau (Chacune) rassemble des femmes de tous bords, de toute tendance dans un gynécée, dans un salon, dans une cave ou dans un atelier. 

Sans forcément se connaître, elles échangent leurs mots, dévoilent leurs objets,  (dé-)montrent des choses. Coup de cœur ou coup de gueule autour d’une assiette, d’un verre et d’une table (avec chaise).

 

Qui ? 
TOUTE FEMME EST LA BIENVENUE de 5 à 105 ans:

vous, votre moche-mère, votre demi-sœur, votre grand-mère entière, votre voisine d’en face, votre adolescente bougonne portable, …

Que vous soyez pro- ou anti- masculin, 
que vous soyez célibataire ou amoureuse sous des jardins suspendus d'amour éternel, 
que vous soyez agricultrice, chômeuse, carriériste, star du phonographe, ni muse ni soumise, 
que vous soyez féminine, chamelle, gourgandine, frigide ou fan de Brigitte Bardot, 
que vous soyez enceinte jusqu'aux yeux, déprimée jusqu'au noyau, débordead jusqu'au nœud, procrastinée jusqu'à demain, 
devenez une fille dotée d’un cerveau réfléchissant, simplement.


Comment ?
 Pour la réussite de la chose, chacune apporte du boire et du manger pour alimenter le buffet ouvert pour toutes. 

 

 

PUIS
- une MUSIQUE, un CD, une fanfare, une DJ, un instrument de musique, … 
OU
- un LIVRE, un TEXTE, un recueil, une encyclopédie, un bottin, un tarot, … (Femmes qui Courent Avec Les Loups a Déjà été apporté une dizaine de fois... ;-)
OU
- un OBJET d’enfance, d’adolescence, de femme, objet sujet d'une histoire, d'une ironie, comme une poésie, une nostalgie, …
OU
- UNE CHOSE que vous fabriquez, cuisinez, cousez, tricotez, crochetez, décorez, recyclez, troquez, vendez, inventez… (Ventes de vêtements, de bijoux et autres délices possibles)
OU
- une IDÉE de débat, de conversation, un concept, une envie, une utopie, une uchronie, …
OU
- une EXPÉRIENCE, un souvenir câlin ou une claque déclic, un truc à raconter, une chose à partager pour faire jurisprudence ou table rase… 
ou même un truc de filles!

PS I: RAPPEL: hommes interdits mais pas haïs.
PS II très didactique et complémentaire:

- pas de limite dans l'apport des objets (les livres ne sont pas les options primordiales)

- pas de limite dans l'apport de bonnes copines (pas de connes bobines!) mais faut quand même prévenir avant histoire que les chignons et les girons ne se mélangent pas trop au point de ne plus y voir qu’une seule toison…

- pas de limite dans l'apport de calories (on aura le temps de s'en préoccuper quand on s'ra pensionnées!)

- Mais une limite de retard, si vous arrivez plus/trop tard, tampix! on aura quand même débuté à déguster… oui, encore cette tenace loi naturelle des premières lionnes au point d'eau!

girlz,agendada

17:31 25/03/2015 | Lien permanent | Tags : girlz, agendada |  Facebook

12
mar

Coup de Pholie (article de la revue Espace de Libertés)

Parfois, j'écris des choses pour des revues. Qu'elles soient artistiques, socio-culturelles, thématiques, libres ou subsidiées, underground ou tous azimuts...

J'aime l'idée du contenant ponctuel et l'association de langues et plumes plurielles.

J'écris de temps à autre pour Espace de Libertés, la revue du Centre d'Action Laïque.
Je place ici qqs textes, courts mais denses.
Pour d'autres textes plus récents ou pas, z'avez qu'à vous abonner à la revue! Bouche cousue
(faut dire que la revue est téléchargeable gratuitement sur le site, aussi)

EdL transgression Milady Renoir.jpg

EdL quelle langue Milady Renoir.jpg

EdL II Milady Renoir.jpg

12:12 12/03/2015 | Lien permanent | Tags : textes |  Facebook

3
mar

Si je perdais mes oreilles... Je deviendrais aveugle

Ecoutez l'émission 59 minutes

Si je perdais mes oreilles... Je deviendrais aveugle 2

par Kaye Mortley, réalisation Manoushak Fashahi

prise de son et mixage: Jean-Baptiste Etchepareborde, Bernard Lagnel

Si je perdais mes oreilles... Je deviendrais aveugle © K.Mortley

Le son vient à l'oreille

L'oreille se tend vers le son...

dit le koan.

Et naît, ainsi,  à l'esprit (à l'âme, dirait Aristote).

Mais sous quelle forme...?

Rythmes... grands espaces... horizons... ciels... routes... plans... taches...couleurs....

Ou bien une image qui n'est pas une image... un film invisible qui compose à l'infini avec le réel inscrit en nous...

disent les uns.

Soit.

Mais... grâce à quelle alchimie...?

Un jour, il y a des années, j'ai rencontré une phrase dans une émission de radio qui parlait de la radio: 

Si je perdais mes oreilles, je deviendrais aveugle.

Je pensais l'avoir comprise.

Je pensais, en fait, qu'elle avait dit le dernier mot - de façon belle et paradoxale - sur le processus alchimique qui transforme son en matière sensible.

J'ai rangé la phrase dans ma tête.

Elle m'a souvent servi de guide dans ces pays hors champs que la radio me fait fréquenter.

D'autres années sont passées.

J'ai fait de nouvelles rencontres, rencontres singulières.

Des gens qui ne voyaient pas.

D'autres qui n'entendaient pas.

Et je me suis mise à réfléchir. 

Alexandre classe les sons selon des couleurs qu'il distingue à peine:

"Du plus grave au plus aigu, l'ordre serait rouge, jaune, bleu, vert"...

Marie (suite à un implant cochléaire) apprend à déchiffrer les sons qu'elle découvre:

" Est-ce que ça existe, des sons humides...?"

 

13 série 2014 © A. de la Selle

Quand Aurélie pose  sa main sur le corps du violoncelle elle entend "l'aiguille qui danse et le vent sur la dune du désert".

 Aurélie, vit dans le silence.

" Comme si j'étais aveugle... aveugle d'oreilles". 

Et voilà que la phrase qui dort au fond de ma mémoire se remue, se réveille, me taquine, me toise, me pousse sur le chemin accidenté/périlleux qui mène vers le royaume de la représentation.

                                    La représentation se distingue de la sensation et de la pensée.

                                   Mais sans représentation il n'y a ni sensation ni pensée.
                                   La représentation serait, toutefois, plus proche de la sensation.

                                   Et, ainsi, susceptible d'être vraie ou fausse.

                                   (Aristote, De l'Ame)

avec:

Aurélie de la Selle / Marie Sage / Roxane Jeseck et

Pierre, Mohammed, Alexandre et d'autres élèves de l'Institut National de Jeunes Aveugles

 Marion de Bergh (orthophoniste à l'Hôpital de la Pitié Salpetrière)

Françoise Michaelis / Michel Créis / Julie Berthier / Hélène Coeur / Emilie Mousset / Aline Pentitot / Chloé Sanchez

voix:

Véronique Brindeau / Chloé

textes:

Aristote: de l'Ame / Aurélie de la Selle: Rien ne sert de parler si fort / Marie Sage: des Bourdonnements

musiques

Improvisations pour violoncelle et voix: Julie Mondor/ Aurélie de la Selle

Arvo Part: Alina / Artur Zimjewsky: Tauber Bach

Lien(s)

Aurélie de la SelleAurélie de la Selle (diplômée de l'école Camondo en 1990) artiste plasticienne et poète De la main droite je manipule le pinceau... Je nage dans un mélange de pigments... Je cherche à rendre visible mon absence de bruits.
Marie SageMarie Sage (diplômée des arts plastiques, visuels et de l'espace de La Cambre, Bruxelles) est artiste plasticienne. "Des sons préhistoriques, venus je ne sais d'où, frappaient mon oreille", cette phrase de Robert Walser pourrait définir son travail en cours, sur sa surdité et sa découverte de nouveaux sons.

 

 

 

10:46 03/03/2015 | Lien permanent | Tags : society, arts |  Facebook

2
mar

Foire.

Chaque année, à la foire du livre (et dans des bureaux sérieux, des lieux néo-/post-cultureux), un éditeur ou une éditrice (*ex-promoteur immobilier requin ou VRP murène en encyclopédies) rappelle à l'un ou l'une auteur-e débutant-e qu'un livre apporte la légitimité, une sorte de mélange entre AmourGloireBeauté et Dallas. Être publi-é-e serait une avancée de type Rolex à la cinquantaine, un siège entre St Pierre et Dieu le Père, une promesse d'un blason ou d'une toison doré-e.
Paroles, Paroles, Promesse, Inconvenance.

Derrière cette idée persiste encore les relents des préceptes (souvent très français/francophones) du "talent", de l'inné, de l'inspiration (cette sorte d'extase réservée aux premiers), de don, d'élite.

Pour moi, écrire souvent, par fulgurances et par dépendances, écrire à des moments clés ou creux ou crus, écrire un peu quand on peut, écrire-réécrire, retravailler, relire, devenir lecteur de son texte, assumer l'édition de soi à soi dans le texte, accepter le deuil de morceaux entiers et de brindilles, visiter la défragmentation de son texte, qu'il soit court, long, hybride, mosaïque, fleuve, ru et terminer, finir, rassembler, définir, circonscrire sans fermer, sans enfler.

C'est le sens du texte pour soi et le lecteur en soi qui "prévaut" puis le sens du chemin vers "un" lecteur, idéal et sensible qui "vaut".
C'est l'écrit traversé du sang, de la chair, de la raison et du phénomène du monde dont il faut prévoir la légitimité.
Un livre n'est rien s'il n'a que la mise en page et le contenant pour corps.
Un livre n'est rien s'il n'a pas la revendication d'un soi pluriel, dense et épaissi de regards stratifiés, modestes et singuliers.

L'obscénité du tout-parvenu, la vulgarité du vite-fait, le prosaïsme du qu'en-dira-ton, la grossièreté de l'à-tout-prix ne doivent pas annihiler les visions fondamentales des travailleurs et des travailleuses du texte, qu'ils soient autrices, qu'elles soient auteurs, qu'ils soient éditeurs, qu'elles soient éditrices.

Courage (Cou & Rage) à ceux qui arrivent...

 

biscuit mode d'emploi.jpg

* je n'ai évidemment rien contre les professionnels qui exercent ces métiers.

11:43 02/03/2015 | Lien permanent | Tags : lis tes ratures, textes |  Facebook

8
fév

Glam' Night.

Mercredi 18 février à 21h
Au Manège de la Caserne Fonck

Dans le cadre des Afters du Festival de Liège

Une soirée inédite mêlant textes et musique électro sur le thème de la sensualité.

* 21h : lecture performée et organique par Milady Renoir
sur fond électronique de Steph Wunderbar

 
Deux corps-âmes :
MILADY RENOIR & PHILOMENE ZELTZ.
L'une boxe-danse-peint-rêve-cherche.
L'autre lutte-écrit-danse-cherche-rêve.

Sur les ondes de Steph Wunderbar, dans l'espace-temps des Parlantes, avant Noblesse Oblige, le public pluriel et volontaire pourra entendre-voir-chercher-rêver sur quelques mots, voix, corps. Tous invités à...

"Viens, on aborde les sommets par le haut
Viens, on serre les dents, les fesses, on rit 
Viens, on conflue
Viens, on pleut dans les gargouilles
Viens, on s’assied sur le bord de (nos) corps
Viens, on ferme nos bouches, le contraire pour nos culs
Viens, on se sent atrocement folles
Viens, on vit des galaxies, toutes ces allégories
Viens, on met nos pieds dans leurs plats"

Depuis une dizaine d'années, apprivoisant l'écriture par les formes de l'hybride, de l'expérimentation, sans léser le classique, sans nier les influences des autres artistes qu'elle respecte, admire ou abhorre selon la météo, Milady Renoir lit, écrit, performe, investit l'espace et le temps, élève un fils et des chats, fait bien la vaisselle, danse le makossa ou le buto, parle aux plantes grasses avec le même corps. Ses performances proposent une élaboration du lien avec le public, plaçant le curseur de la séduction à la provocation, du grandiloquent à l'intime.
 

* 22h : Noblesse Oblige (Berlin) - Live

* 23h : Steph Wunderbar - DJ set

Entrée : 5 euros

En collaboration avec Alliàge et PAC Saint-Léonard.

18:56 08/02/2015 | Lien permanent | Tags : agendada |  Facebook

Résumé de la 47ème soirée filles avec un cerveau (chacune) du 30 janvier chez Aliette

C'était le 30 janvier 2015... au Shabby Chic Palace.

Nathalie F. : Semences, graines de rêves… trouvées chez un ébéniste coiffeur (http://www.touchezdubois.be/?)

Nathalie C. : Catégories, Cases, Pré-conceptions… (Cf. Docu sur famille Empain / RATP / GPA / …)

Amélie  : Bees Coop, supermarché coopératif participatif… à Schaerbeek, d’abord et déjà.

 

girlz

Kate : Collectifs d’écrits, le collectif de la Ligne 10 autour d’Exil de soi, « Même pas peur» (et non pas même pas peur) + CONTRE le format d’un ou des projet-s de « participation citoyenne » de Bruxelles (hypocrisie / malhonnêteté intellectuelle et procédure)

Béatrice: Jeu de plateau « DIXIT » pour métaphores, hallucinations et jeux de penser.

Evelyne : Sur BXFM 104.3, découverte d’auteur-es belges - Un mardi sur deux à 12.30, Evelyne rencontre un écrivain belge autour de son dernier livre. + Recommandations d’ouvrages : Corinne Hoex ‘Décollation’, Véronique Bergen ‘Marilyn’, Caroline de Mulder ‘Bye Bye Elvis’ La déesse et le pingouin’ de Florence Richter

Virginie : Un carnet vide à remplir… - ‘Un été sans les hommes’ de Siri Hudsvedt – Une plume, une vraie, légèreté d’être et d’agir.

Alice : « la manucure de Palolem… » - conditions de femmes, histoires de vies, contrastes et décalages… (+ SweatShop, l’émission qui envoie 3 blogueurs MODE scandinaves dans une usine textile au Cambodge)

Perrine : SAUT comme re-bond de vie

saut nijinski.png

– Danser / écrire. Jean Manzon photographie Nijinski lors de sa rencontre avec Serge Lifar 


NIJINSKI LAST BOND.jpg


« Je lisais Dostoïevski. Dostoïevski me réussissait mieux, c'est pourquoi je le dévorais. Ce dévorement était immense, car en lisant L'Idiot, je sentais que l'Idiot n'était pas un "idiot", mais un homme bien. Je ne pouvais pas comprendre L'Idiot, car j'étais encore jeune. Je ne connaissais pas la vie. C'est maintenant que je comprends L'Idiot de Dostoïevski, car on me prend pour un idiot. J'aime que tout le monde pense que je suis un idiot. J'aime le sentiment, c'est pourquoi j'ai fait semblant d'être idiot. Je n'étais pas idiot, car je n'étais pas nerveux. Je sais que les gens nerveux sont sujets à la folie, c'est pourquoi j'avais peur de la folie. Je ne suis pas fou, et l'Idiot de Dostoïevski n'est pas idiot."

Vaslav Nijinski, Cahiers, (1919), Actes Sud, 1999, p. 161

Lifar rencontre Nijinsky.jpg

Aliette : Texte d’arrivée au Shabby Chic Palace, maison qui nous accueille ce soir là…

Aline : Aventures animales marines (Extrait de ‘le Grand Rêve Flibustier’de Daniel Defoe), obsessions poulpiennes (+ Octopus Garden et Oktapodi)

Joëlle : Exposition (à Paris) pas mièvre, pas « juste NANAS » de Niki de Saint-Phalle, performances, chocs, activisme, tirs, pensée-s de femme-s.

Novella : Mini dialogues « amoureux » en temps de « crise ». Tendances, modes, concepts, couples, trios, poly-amour, méta-distance, fondamentaux, acceptation d’un soi, d’autres, de choix. + Les Fesses de la Crémière

Pascale : L’amouramoureuseamoureux.

Vanessa : Ani Di Franco – 32 flavours.

Frédérique : Peigne à myrtilles comme symbole d’une efficacité agricole intrusive et irrespectueuse + lecture d’un texte court, dense… Cavalcade désenragée.

Antigone : à suivre…

Milady : BD Femme Floue de Dumontheuil et le flou comme valeur sûre, d’existence aux mondes, de traversées des chemins, comme principe et comme perception. Décocher les cases, identités plurielles et indéfinies, brouiller les pistes. + photo cadeau.

girlz



Prochaine, 48ème, le vendredi 20 mars dès 19h07 à Molenbeek (adresse par contact privé).
Toute fille/femme/mère/truc féminin bienvenue.

Google nous rend un bel hommage avec la recherche "soirée filles" en images... Oh oui, vraiment, le rose nous va si bien.

 

girlz

 

17:12 08/02/2015 | Lien permanent | Tags : girlz |  Facebook

6
fév

18/2 - Liège - Lectures Electroniques

Deux corps-âmes:
Milady Renoir & Philomène Zeltz.
L'une boxe-danse-peint-rêve-cherche.
L'autre lutte-écrit-danse-cherche-rêve.
 
Le 18/2, sur les ondes de Stef Wunderbar, dans l'Espace temps des Parlantes, avant Noblesse Oblige, le public pluriel et volontaire pourra entendre-voir-chercher-rêver sur quelques mots, voix, corps. 
Tous invités à...
 
* "Viens,                        on aborde les sommets par le haut
Viens,                            on serre les dents, les fesses, on rit 
Viens,                            on conflue
Viens,                            on pleut dans les gargouilles
Viens,                            on s’assied sur le bord de (nos) corps
Viens,                            on ferme nos bouches, le contraire pour nos culs
Viens,                            on se sent atrocement folles
Viens,                            on vit des galaxies, toutes ces allégories
Viens,                            on met nos pieds dans leurs plats" *

*Extrait* de Potentia Gaudendi, texte écrit à l'intention d'une performance avec Christine Aventin en mai dernier.

electro glamour night.jpg


13:10 06/02/2015 | Lien permanent | Tags : act-u, agendada, textes |  Facebook

13
jan

Luc Le Vaillant... président? ;-)

Ce que je n’aimerais pas devenir malgré le carnage de mercredi

13 janvier 2015 à 12:06

 

L'auteurLuc LE VAILLANTLuc LE VAILLANTBILLET

Imaginez ! Depuis mercredi, j’ai eu une pensée émue pour les CRS. Je ne me suis pas bouché les oreilles en entendant chanter la Marseillaise. J’ai trouvé Valls consistant. J’ai été ému par Hollande quand il a étreint Pelloux et il m’a fait sourire quand je l’ai vu bisouiller Villepin et lui claquer les fesses sur les marches de l’Elysée. Seulement, il faudrait voir à ne pas trop exagérer. Et il y a quelques panoplies que je n’endosserai pas.

1. Je ne veux pas faire bedeau à Notre-Dame à l’heure où sonne le glas en mémoire de ces bouffeurs de curés, d’imams et de rabbins qu’étaient les Charlies disparus. L’Eglise catholique s’est révélée assez magnanime dans l’affaire en rendant hommage à ses contempteurs les plus féroces et les moins cloches. A tout pardon miséricorde ? J’attends que l’évêché tende l’autre joue aux Femen dépoitraillées qui lui filent le bourdon pour en décider. La séparation de l’Eglise et de l’Etat date de plus d’un siècle et le temps long facilite la coexistence plus ou moins pacifique. N’empêche, il ne faut pas que le projet de paix perpétuelle et d’entente universelle rêvé ce dimanche fasse oublier les légitimes clivages de nos tribus gauloises.

A lire aussiCe que je n'aurais jamais imaginé faire avant mercredi dernier

2. Je ne veux pas faire alpiniste doloriste gravissant la colline du Panthéon derrière les cercueils drapés de bleu blanc rouge des nouveaux héros de la nation morts pour la France. Ils étaient moqueurs permanents des vanités de ce monde, ricaneurs à la barbe des grands hommes, réfractaires revendiqués des honneurs en légion et en grand cordon. Sauf Wolinski qui a pris la médaille. Comme quoi, là encore, ils n’étaient pas unanimes dans le rapport au pouvoir, à la jouissance, à l’ironie.

3. Je ne veux pas faire planton dans la cour des Invalides où le drapeau serait mis en berne et la sonnerie aux morts retentirait pour des antimilitaristes qui chargeaient avec ce sabre en bois qu’on nomme aussi crayon. Remarquez, je ne suis pas le gardien de la mémoire des Charlies. Ce sont autant d’individus avec leurs paradoxes. Il sera fait comme bon le voudront leurs proches. Ce ne sont pas les morts qui enterrent les morts.

4. Je ne veux pas faire boy scout unioniste. Ce dimanche était somptueux de funèbre communion et de tendre ferveur. Mais j’ai bien vu la manœuvre politique de ces réalistes asservis à la reproduction de l’existant qui n’aiment rien tant que se coucher sous le joug de Tina. Ils fantasment une France univoque qui liquiderait droite et gauche, un centrisme de la raison économique qui, comme tout bon centrisme, finira à droite.

5. Je ne veux pas faire censeur de Dieudonné, antisémite récidiviste et délirant. Il faut qu’on arrête de le victimiser ! Liberté pour les ennemis de la liberté ! Le droit à la parole ne se divise pas. Il faut éduquer, débattre, convaincre et non sanctionner. L’école et les associations, l’édition et les médias doivent y prendre leur part à leur guise. Il serait détestable de se servir du meurtre des Charlies pour durcir des lois contre lesquelles ils ont pu batailler. Il faut en finir avec la loi Gayssot et cesser d’aller en justice contre ce blasphème d’un autre genre qu’est l’apologie du terrorisme. Sinon ça va devenir difficile de répondre aux lascars qui s’offusquent qu’il y ait deux poids, deux mesures. Et surtout que Valls cesse de jouer les matamores en ces matières où la loi n’est qu’un rapport de forces à géométrie variable.

6. Je ne veux pas être le «civilisé» face au «barbare». Je ne veux pas être le bon contre le méchant, l’humaniste compréhensif opposé à l’abruti à kalach. Il faut être prudent quand on emploie le mot «barbarie». Sinon, on file tout droit vers la guerre des civilisations. Il y a du barbare en moi comme on doit bien trouver une petite part civilisée chez Kouachi-Coulibaly. Bon, c’est vrai qu’il faut chercher longtemps…

7. Je ne veux être celui qui tuera Jaurès une deuxième fois. Je ne veux pas être Léon Jouhaux, le dirigeant de la CGT d’alors. Voici un siècle et quelques mois que Jouhaux prononçait l’éloge funèbre de Jaurès le pacifiste pour finir par l’enrôler dans le camp de la guerre. Si on pouvait éviter de faire le même coup aux Charlies disparus, ce serait agréable. Même si je reprendrais volontiers le débat avec Bernard Maris sur ce qu’aurait fait Jaurès s’il avait vécu. Bernard pensait qu’il se serait rallié à l’union sacrée, déjà elle. Je veux croire que non. Mais j’aimerais tant en débattre encore avec toi, Bernard…

Luc LE VAILLANT

16:01 13/01/2015 | Lien permanent | Tags : poly-tiques, act-u |  Facebook

Je suis Miladie, Il est Walt, etc.

"Chant de moi-même

 

 

 

Walt Whitman, un cosmos, de Manhattan le fils, Turbulent, bien en chair, sensuel, mangeant, buvant et procréant,

 

Pas sentimental, pas dressé au-dessus des autres ou à l’écart d’eux

 

Pas plus modeste qu’immodeste.

 

Arrachez les verrous des portes!

 

Arrachez les portes mêmes de leurs gonds!

 

Qui dégrade autrui me dégrade

 

Et rien ne se dit ou se fait, qui ne retourne enfin à moi.

 

A travers moi le souffle spirituel s’enfle et s’enfle, à travers moi c’est le courant et c’est l’index.

 

Je profère le mot des premiers âges, je fais le signe de démocratie,

 

Par Dieu! Je n’accepterai rien dont tous ne puissent contresigner la copie dans les mêmes termes.

 

A travers moi des voix longtemps muettes

 

Voix des interminables générations de prisonniers, d’esclaves,

 

Voix des mal portants, des désespérés, des voleurs, des avortons,

 

Voix des cycles de préparation, d’accroissement,

 

Et des liens qui relient les astres, et des matrices et du suc paternel.

 

Et des droits de ceux que les autres foulent aux pieds,

 

Des êtres mal formés, vulgaires, niais, insanes, méprisés,

 

Brouillards sur l’air, bousiers roulant leur boule de fiente.

 

A travers moi des voix proscrites,

 

Voix des sexes et des ruts, voix voilées, et j’écarte le voile,

 

Voix indécentes par moi clarifiées et transfigurées.

 

Je ne pose pas le doigt sur ma bouche

 

Je traite avec autant de délicatesse les entrailles que je fais la tête et le coeur.

 

L’accouplement n’est pas plus obscène pour moi que n’est la mort.

  Else Gabriel - Performance .jpg

 

 

J’ai foi dans la chair et dans les appétits,

 

Le voir, l’ouïr, le toucher, sont miracles, et chaque partie, chaque détail de moi est un miracle.

 

Divin je suis au dedans et au dehors, et je sanctifie tout ce que je touche ou qui me touche.

 

La senteur de mes aisselles m’est arôme plus exquis que la prière,

 

Cette tête m’est plus qu’église et bibles et credos.

 

Si mon culte se tourne de préférence vers quelque chose, ce sera vers la propre expansion de mon corps, ou vers quelque partie de lui que ce soit.

 

Transparente argile du corps, ce sera vous!

 

Bords duvetés et fondement, ce sera vous!

 

Rigide coutre viril, ce sera vous!

 

D’où que vous veniez, contribution à mon développement, ce sera vous!

 

Vous, mon sang riche! vous, laiteuse liqueur, pâle extrait de ma vie!

 

Poitrine qui contre d’autres poitrines se presse, ce sera vous!

 

Mon cerveau ce sera vos circonvolutions cachées!

 

Racine lavée de l’iris d’eau! bécassine craintive! abri surveillé de l’oeuf double! ce sera vous!

 

Foin emmêlé et révolté de la tête, barbe, sourcil, ce sera vous!

 

Sève qui scintille de l’érable, fibre de froment mondé, ce sera vous!

 

Soleil si généreux, ce sera vous!

 

Vapeurs éclairant et ombrant ma face, ce sera vous!

 

Vous, ruisseaux de sueurs et rosées, ce sera vous!

 

Vous qui me chatouillez doucement en frottant contre moi vos génitoires, ce sera vous!

 

Larges surfaces musculaires, branches de vivant chêne, vagabond plein d’amour sur mon chemin sinueux, ce sera vous!

 

Mains que j’ai prises, visage que j’ai baisé, mortel que j’ai touché peut-être, ce sera vous!

 

Je raffole de moi-même, mon lot et tout le reste est si délicieux!

 

Chaque instant et quoi qu’il advienne me pénètre de joie,

 

Oh! je suis merveilleux!

 

Je ne sais dire comment plient mes chevilles, ni d’où naît mon plus faible désir.

 

Ni d’où naît l’amitié qui jaillit de moi, ni d’où naît l’amitié que je reçois en retour.

 

Lorsque je gravis mon perron, je m’arrête et doute si ce que je vois est réel.

 

Une belle-de-jour à ma fenêtre me satisfait plus que toute la métaphysique des livres.

 

Contempler le lever du jour!

 

La jeune lueur efficace les immenses ombres diaphanes

 

L’air fleure bon à mon palais.

 

Poussées du mouvant monde, en ébrouements naïfs, ascension silencieuse, fraîche exsudation,

 

Activation oblique haut et bas.

 

Quelque chose que je ne puis voir érige de libidineux dards

 

Des flots de jus brillant inondent le ciel.

 

La terre par le ciel envahie, la conclusion quotidienne de leur jonction

 

Le défi que déjà l’Orient a lancé par-dessus ma tête,

 

L’ironique brocard: Vois donc qui de nous deux sera maître!

 

 

 

Walt Whitman (Traduction d’André Gide)"
(photo d'une performance de Else Gabriel).

 

 

 

14:26 13/01/2015 | Lien permanent |  Facebook

31
déc

à chacune sa suite

texte publié dans la revue Espace de Libertés un été.

Qui sont ces femmes qui soufflent dans nos têtes ?

Mélusine, Jeanne d’Arc, Sœur Emmanuelle (ou Sourire), Lilith, Colette, Hildegarde de Bingen, Madame Claude, Hatchepsout, Cléopâtre, Aung San Suu Kyi, Camille Claudel, Pauline Kergomard, Emmeline Pankhurst, Louise Michel, Grisélidis Réal, Pénélope ne se sont pas rappelées à l’ordre. Elles, ces mâles ratés[1], ces morceaux peu choisis de la côte d’Adam. Elles n’ont pas écouté la distribution, la devise, l’ordre : « Tu devras toujours porter le deuil, être couverte de haillons, et abîmée dans la pénitence afin de racheter la faute d’avoir perdu le genre humain… femme, tu es la porte du diable. »[2]

On le sait, on le dit depuis belle lurette, elles sont des (…).Des fautes par millions, de leurs paroles à leurs actes. Des faits par milliers, de leurs bouches trop rouges à leurs vagins trop bavards. Naturellement, leurs menstrues empêchent les plantes de pousser, font rouiller le fer, donnent la rage aux chiens, c’est connu. Le pape Jean XII[3] a dressé la liste des cent deux vices des femmes (bavardes, criardes, querelleuses, insensées, désobéissantes, impudiques, inconvenantes …). Ces femmes, ces succubes, sont des corps ; des animales, des sensuelles, des tentatrices, des faible(sse)s.
das magazin.jpg
Et nous parlons ici des plus jeunes car dès qu’elles sont engrossées, qu’elles mettent bas, il faut encore les supporter vieillir. Leurs humeurs dangereuses non évacuées (ménopause… men, ô pause ?) les rendent plus nocives que les pires poisons, qu’elles sont. Vieilles, elles revendiquent parfois des droits à l’autorité, à la sagesse, à la gnose, ce qui profitablement n’est pas considéré, encore moins avalisé.

Heureusement qu’il y a eu des dociles, des convenables, des accommodantes, des gentilles. Les élégantes de Venise montées sur des semelles de cuir de dix-huit centimètres - deux servantes assistent la dame pour marcher, les Précieuses Ridicules parfumées au musc et aux petites fleurs afin de combler l’éros et la rose, les geishas, les concubines, les Vestales, les Sabines, les Loana, … Quelques Vierges à l'enfant ayant donné et donnant encore des dauphins infantiles, recherchant le sein nourricier qu'une image maternelle toute-puissante voudra bien leur donner. Quelques Vénus « bien » proportionnées (ou callipyges en d’autres temps et lieux), des icônes intouchables ou violables, entre les deux, les corps balancent.

Pourtant, rien ne résout le mystère (encore une notion religieuse). Qui sont ces hommes qui réussissent-ratent à tour de bras (deux plus un), qui doivent sans cesse re-conquérir, réentreprendre, entrer en formation, faire le Chemin… leur Passion est le Silence[4] de la femme. Cet appel du vide, ce vertige des profondeurs insondables (sauf pour les Deep Throat[5] les plus honorées) ne demande qu’à être comblé. La jouissance des femmes est une vision de l’esprit, un territoire flou, une ombre tapie dans les cuisines, le monstre des placards (à balais). S’épancher ou s’étancher, les femmes ne savent elles-mêmes pas toujours, alors les Autres, pensez donc. L’aliénation a encore des beaux jours devant elle(s).

© Milady Renoir – août 2012

 



[1] Propos d’Aristote.

[2] Tertullien v230 – 240 - Genèse.

[3] En 954, Jean XII devient pape à l'âge de 18 ans. Il ne pense qu’à faire la cour aux femmes, à festoyer et à participer aux parties de chasse. Surnommé par les chroniqueurs de l’époque, l’Antéchrist siégeant dans le temps de Dieu.

[4] Synonyme de l’extase chez les moniales

[5] Deep throat (Gorge profonde), film pornographique États-Uniens - Une jeune femme, Linda, consulte un médecin pour lui faire part de ses difficultés à atteindre l'extase lors des rapports sexuels. Il l’informe que sa frigidité s’explique par le fait que son clitoris est localisé au fond de sa gorge. Le remède prescrit est simple : il lui suffira d'avaler un organe masculin pour atteindre la satisfaction - http://fr.wikipedia.org/wiki/Gorge_profonde_%28film%29

 

20:01 31/12/2014 | Lien permanent | Tags : girlz, humoeurs |  Facebook

PdV - Corps Sociaux - Voeux

norma et tervueren.jpgSouvent, j'ai cette conversation avec l'un-e ou l'autre avec vous, avec toi, entre nous, sur l'idée de la protection, de l'intégrité du corps, vis-à-vis de soi et vis-à-vis de l'autre, qu'il soit aimé, amant, amoureux, autre.

Ci-après, un article issu d'un blog que je suis régulièrement. Je le suis d'un point de vue temporalité mais aussi d'opinion. Le filtre de lecture de l'autrice est radical, féministe, politique, social, sociologique. Je sais quoi prendre, quoi saisir et quoi retirer.
 
L'article en deux moments: 
puis
 
En ce qui me concerne, j'élabore, depuis mes débuts de corps pénétré et de corps pénétrant, depuis mes inconvenances amoureuses et physiques, une pensée de libération/liberté.   
Je ne parviens pas toujours à connecter l'idée et le réel, l'intention et la réalité, sachant qu'il faut être deux et deux (au moins) êtres consentants pour servir sa pensée sexuelle, érotique, physique en termes de quotidien, de mise en oeuvre.
 
MAIS, MAIS, 
 
loin de trahir cette pensée, justement, je cherche, à l'orée de mes 40 ans, à vivre la fameuse pleine idée de mon corps, à dessiner les contours de ma silhouette symbolique et de, peut-être un jour, vivre les alternatives au modèle classique du coït vaginal, qu'il soit jouissif, extatique, hygiénique, plus habituellement et à ME protéger (même si je ne me sens pas en danger actuellement mais je l'ai souvent senti l'idée du danger du corps "habituel" de l'autre et des conséquences de la pénétration, que j'ai été "protégée" de latex ou pas, d'ailleurs), à vivre l'idée de moi hors "obligation", hors système, hors évidence.
 
Pour quoi?
 
Pour la joie d'être étrangère aux autres, d'être ailleurs que dans le moule (et la moule... ;-) sûrement mais aussi, surtout, pour éviter d'être la descendante directe de toute une gamme d'aïeules lointaines ou proches d'opprimées, de harpies castratrices, de serviles, d'hôtesses utiles et d'agréables, de femmes aux foyers éteints, de prostituées sociales, de bénévoles du corps social et familial et traditionnel et... et... et... 
 
pig catching.jpgAlors, à la lecture de cet article, d'autres penseuses et activistes, à la rencontre avec des amies, des filles, des copines, mères, machines... avec la relation amoureuse que je vis et aime, je me, je nous souhaite encore d'être sorcière-s (et sorciers). Le mot français sorcière, dérive du latin vulgaire sortiarius, proprement « diseuse de sorts », du latin classique sorssortis, désignant d’abord un procédé de divination, puis destinéesort. C'est donc à ça que j'en viens.
Ce message n'est pas une recette de cuisine interne, un modèle à monter soi-même, peut-être une sorte de récit d'expérience MAIS SURTOUT, il est un souhait, des voeux...
Soyez à vous-mêmes, protégées par vous-même, abritées, soumises à vos volontés, hors contexte, hors système d'habitude et de confort, 
Soyons destinataires de nos destinées (sans déterminisme). 
Soyons conscientes de notre désir, de notre potentialité de jouissance, de notre plaisir, de nos amours.
Debout.
thou shall not.jpg
Trouvons ceux et celles qui appréhendent, qui aiment, qui cherchent, qui se déplacent, qui augmentent nos vies, qui protègent, qui adoucissent, qui titillent, qui tatent, qui osent.
 
En 2015, année des sorcières?
 
 
Emmeline
et/ou
Milady 
dans une humeur beaucoup moins enragée ou dramatique ou grandiloquente ou chieuse que ce mail peut faire penser. 

En bonus: Les fortunes de la viande & Femmes Machines 

18:14 31/12/2014 | Lien permanent | Tags : girlz, humoeurs |  Facebook

26
déc

Noblesse oblige, Steph Wunderbar, Milady Renoir in Liège - 18/02/15

Mon corps, ma gorge, mon giron et moi nous produiront sur scène avec de la matière organique lue en première partie du groupe électro berlinois Noblesse Oblige.
Puis Steph Wunderbar fera son DJ set.
Puis la nuit sera dense.

 

Venez donc. 5€ la tonne de phéromones, c'est pas cher.

electro glamour night flyuer.jpg

15
déc

Le retour de Marsyas : la peau créatrice de Stéphane Dumas

Le retour de Marsyas : la peau créatrice [1].

 

Stéphane Dumas

 

Ill.1

 

 

 

 

 

Apollon écorche Marsyas

« La peau créatrice[2] » signifie ici la peau du créateur (terme dans lequel j’englobe l’artiste et le récepteur) métaphoriquement écorchée et retournée pour être offerte comme medium de nos représentations du monde. L’enveloppe cutanée d’un corps créateur ne se réduit pas à une simple surface d’inscription porteuse d’une image cosmétique ou gardienne soumise des traces apposées par un créateur démiurge. En tant qu’élément, la peau est un milieu en soi, intermédiaire entre le monde et les milieux internes du corps viscéral, du corps viande ou du corps sensitif. À travers notre peau, il en va de notre rapport au monde et à nous-mêmes. « La peau créatrice » est le milieu au sein duquel un corps prend forme et devient écriture. Plus encore qu’un écran de projection, elle est donc une épaisseur à travers laquelle la lisibilité est exsudée. Elle est une manière de faire surface, un bouquet de viscères affleurant en plein jour.

Le mythe grec de Marsyas offre un support d’une grande richesse pour une réflexion à la fois anachronique et très actuelle sur la création plastique. Le satyre musicien défie le dieu de la musique en une joute musicale. Marsyas joue de l’aulos, une sorte de hautbois. Apollon, quant à lui, chante tout en s’accompagnant à la cithare. Après avoir remporté la compétition, la divinité décide que le châtiment de son adversaire vaincu sera l’écorchement. Plus encore qu'une mise à nu, ce supplice est une mise à vif. La victime est totalement dépossédée de son enveloppe corporelle. Ce dévoilement radical entraîne la mort. L'écorché ruisselle et se vide de son sang[3]. L'affrontementmusical tourne au supplice radical, à l'annihilation du vaincu par mise à vif de l'intérieur de son organisme. Il y a là, à l'évidence, un excès, une disproportion entre l'enjeu du duel et le châtiment,  même si l'on considère que le satyre musicien a commis un crime impardonnable en se mesurant à un dieu.

J'avance l'hypothèse selon laquelle Apollon devient ici le prototype du « je », expression du sujet tel que le conçoit la civilisation occidentale. Un « je »sujet d'une action absolument transitive : « Je t'écorche ! » Cette hypothèse est liée (mais sans réelle causalité) à l'une des raisons pour lesquelles Apollon gagne ce duel : il superpose le chant au jeu instrumental, ce que son rival ne peut accomplir en jouant de la flûte[4]. Certes la voix d'Apollon n'est pas celle de l'ego moderne. Mais c'est une voix signifiante, celle du logos, face à la musique purement instrumentale de son rival.

 

Marsyas suspendu

 

Ill. 2

Le satyre, accroché par les poignets à un arbre, nu, le corps étiré de tout son long, les pieds ballants, est un motif fréquemment reproduit par la sculpture hellénistique, puis romaine. C'est la position la plus propice à l'écorchement. Dans les fragments sculpturaux en ronde-bosse qui nous sont parvenus, Marsyas est seul. Mais il semble qu'il pouvait être associé à un esclave se préparant à infliger le supplice en affûtant son couteau, et, peut-être, à Apollon, assis ou debout, faisant face à la scène, sa cithare posée à ses côtés, vêtu, calme, impérieux et en pleine possession de ses moyens[5].

Marsyas suspendu est souvent humanisé, ses attributs animaux étant réduits au minimum. Son corps est dans une position verticale, mais pas debout. Parfois représenté la tête en bas, à partir de la Renaissance, il est dans la posture d'un gibier ou dans celle d'un noyé auquel on tenterait de faire cracher le liquide emplissant ses poumons. On peut y voir le paradigme de la victime et l'expression d'une tragédie : l'être humain qui s'est confronté à un dieu mesure l'étendue de son impuissance de toute la longueur de son corps étiré. Mais il exprime aussi, et surtout, la pesanteur. On pourrait y voir le corps humain figuré comme simple sac à viscères ne demandant qu'à se vider pour se soulager de sa propre pesanteur.

Marsyas suspendu est le complément d'objet passif du verbe transitif « écorcher » dont le sujet est Apollon. Il me semble cependant que cette transitivité comporte une part de réflexivité. C'est même en cela qu'elle exprime l'action d'un véritable sujet. D'un certain point de vue, grâce au duel, puis à l'écorchement, Apollon et Marsyas forment un couple indissociable.

Edgar Wind a soutenu la thèse selon laquelle la Renaissance a fait de ce mythe une allégorie du « Connais-toi toi-même » apollinien : « […] l'écorchement était lui-même un rite dionysiaque, une tragique épreuve de purification consistant à dépouiller l'homme extérieur de sa laideur pour révéler la beauté de son moi intérieur[6] ». Dans l'allégorie de l'écorchement de Marsyas, le logos apollinien est mis en scène en tant que parole signifiante dévoilant le sens des choses au-delà de leur apparence. L'enveloppe corporelle est réduite au rôle d'écran opaque masquant le fonctionnement interne du corps, obstacle que l'anatomiste écarte pour pratiquer son exploration scientifique. De même, le philosophe néo-platonicien, dans sa quête de la « substantifique moelle[7] », ôte l'écorce pour s'approcher du noyau, de l'essence des choses. Marsyas suspendu devient alors le paradigme de l'objet de la connaissance exposé et offert au scalpel du savoir.

Si le sujet peut se positionner en tant que tel face au monde, c'est que la connaissance du monde lui permet de se connaître soi-même. Cette réflexivité du savoir est devenue fondamentale dans la pensée occidentale. On constate donc, dans le processus cognitif du sujet à l'égard de l'objet de son savoir, à la fois une mise à distance et un retour de force de l'objet sur le sujet produisant une sorte de contact avec soi-même. La fonction d'appropriation du monde, inhérente au processus cognitif occidental, est en grande partie basée sur le modèle sensori-moteur haptique. L'existence elle-même du sujet dépend de cet aller-retour, de cette respiration, qui peut confiner à la syncope : « Mais Je se touche en s'espaçant, en perdant le contact avec soi, justement à se toucher. Pour se toucher, il coupe le contact, il s'abstient de toucher. Ça se touche, un Je[8]. » Le sens du toucher, les interdits le concernant[9], et son dépassement dans l'haptique[10], sont largement à la base de la relation entre sujet et objet, et de sa remise en question à travers la notion de tact que nous aborderons plus loin.

Apollon, « le dieu dont le trait touche au loin[11] », me semble symboliser la posture cognitive du sujet face au monde. Les attributs divins sont l'arc et la cithare, instruments qui lui permettent d'atteindre et de toucher à distance, soit pour frapper violemment, soit pour effleurer en pénétrant l'auditeur d'une émotion artistique. À lui revient donc la capacité de toucher sans rentrer en contact. À Marsyas, par contre, dont l'instrument fusionne avec la bouche et devient presque une extension du système respiratoire, revient le toucher par contact direct. Le couple Apollon-Marsyas me paraît être la figure de la tension entre proximité et distanciation, entre fusion et arrachement.

 

Apollon dépèce sa victime à pleines mains

 

Ill. 3

L'hypothèse qui vient d'être énoncée fonde la lecture que je propose de la figure gémellaire peinte par Ribera dans son Apollon et Marsyas[12]. Le satyre est étalé au sol. Sa peau ridée et vallonnée sent la sueur et la terre. Il fait partie du terrain sur lequel se construit la scène. Son visage renversé nous interpelle de ses yeux exorbités. Il est sur le point de se vider de son être par la vanne béante de sa bouche, comme s'il allait être saisi par les spasmes d'un vomissement inexorable. Dans ce paroxysme ultime de sa vie, son visage incarne "un cri de peur qui voit", selon la saisissante expression de Georges Bataille[13].

Apollon, le sujet rayonnant, a la peau lisse et blanche. Il se déploie sur le ciel, qui est son domaine. Il déchire de ses propres mains la peau de sa victime[14]. Il est tellement concentré qu'il en ferme presque les yeux. Mais, si tout oppose les deux adversaires, ils sont pourtant dépeints dans un corps à corps aussi fusionnel qu'antagoniste. L'assistance, interdite, se tient à l'écart, rejetée au bord du tableau. La main gauche de la divinité écarte la peau déchirée, alors que sa main droite, qui tient le couteau, plonge dans la chair. Elle semble littéralement soudée au genou de Marsyas, comme si les deux personnages n'en formaient qu'un seul. La couleur vermillon de la face interne du tégument arraché est proche de celle du manteau enveloppant le corps divin. Les gonflements de l'étoffe évoquent  la  chair  pulpeuse d'un  fruit.  Son  mouvement part   du   ventre   du  satyre, sur lequel le tissu a glissé, pour s'enrouler autour du corps d'Apollon, avant de s'envoler, comme aspiré hors du tableau, dans un effet théâtral.

 

Apollon retourne la peau de Marsyas pour s'en revêtir

. . ......

. . . . . . . . . .. . . . ...  ..Ill. 4... . . .  . . .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .Ill. 5

 

 

En un retournement réflexif, le sujet lisse endosse    la   peau   de   son   complément   d'objet rugueux.  Sans   cet   événement   déchirant,   il   se pourrait bien que la réalité du sujet Apollon, trop distante, devienne tellement lissée qu'elle tende au non-événement. En échange de cette rugosité, le geste divin introduit un « écart dans le contact, le dehors dans le dedans du contact[15] », renversement matérialisé par le retournement de la peau du satyre, qui, transfigurée, devient un élément aérien.

On trouve un écho d'une telle mutation cutanée dans le roman de Michel Tournier intitulé Vendredi ou les limbes  du  Pacifique. Après avoir lutté corps à corps avec un bouc sauvage et l'avoir tué, Vendredi transforme sa peau tannée en un cerf-volant. Accrochée par une ficelle à sa jambe, la membrane aérienne le suit partout, inscrivant sur le ciel la chorégraphie de ses mouvements.

On observe également la figure de la peau aérienne, singulièrement déployée à une échelle architecturale, dans la sculpture tendue intitulée Marsyas qu'Anish Kapoor ancra pendant quelques mois, en 2002, aux parois de la Tate Modern de Londres.

De fait, cette figure de peau était déjà suggérée par certaines sources antiques du mythe. Nonnos de Panopolis écrit : « Mais le dieu le dépouilla de sa peau velue en le suspendant à  une branche  et  il en  fit  une outre  animée : souvent,  au sommet de l'arbre, le vent qui s'y engouffrait lui donnait forme à son image, comme si le pâtre babillard chantait à nouveau[16] ». Hérodote situe l'outre de la peau du satyre sur une place publique, alors que Xénophon la localise dans la grotte d'où jaillissait la rivière Marsyas[17]. Élien ajoute : « À Célainai, si quelqu'un joue de l'aulos sur le mode phrygien, près de la peau du Phrygien, la peau vibre. En revanche, s'il joue l'air pour Apollon, elle reste immobile et semble sourde[18]. »Marsyas survivrait ainsi à son écorchement sous les espèces de son enveloppe corporelle.

 

Ill. 6

 

Apollon, sans voix, est enveloppé de la peau de Marsyas

 

Ill. 7

Ill. 8 Ill. 9

Le rapport entre Apollon et Marsyas est pour le moins surprenant. Certes, d'un point de vue anthropologique, le fait d'imaginer le dieu se revêtant de la peau du satyre, tel Xipe Totec[19], est une totale invention de ma part. Mais cette hypothèse n'est pas sans échos dans les arts plastiques modernes.

En 1966, Joseph Beuys accomplit une performance au cours de laquelle il coud une couverture de feutre autour d'un piano à queue, comme pour l'habiller d'un vêtement grossier[20]. Le titre abrégé donné à la sculpture ainsi créée est Infiltration homogène. La forme luisante et polie de l'instrument raffiné disparaît entièrement sous son enveloppe faite de poils d'animaux foulés, ne laissant à voir qu'un corps pataud ayant la grâce de celui d'un éléphant.

À ma connaissance, Beuys n'a jamais parlé de Marsyas. Pourtant, au cours de cette performance, n'a-t-il pas soigneusement enveloppé le sujet Apollon avec la peau de son complément d'objet Marsyas  ?  Associer   le   dieu  grec de  la musique au piano,  instrument majeur de la  culture musicale européenne, ne me paraît pas abusif. Il reste à justifier l'état particulièrement inquiétant dans lequel est placé l'instrument apollinien, ne pouvant plus émettre aucun son, sous son enveloppe de feutre.

Le sculpteur allemand considérait la civilisation occidentale comme gravement malade. Le logos d'Apollon aurait perdu sa voix, à force d'être étouffé par une rationalité étriquée. Mais, dans la figure du piano emballé, la peau du satyre (la couverture de feutre) n'est pas seulement un grand étouffoir, cette pièce de feutre permettant d'arrêter la vibration d'une corde de piano. Beuys a souvent justifié l'usage abondant du feutre dans son travail par les propriétés que possède ce matériau d'emmagasiner la chaleur (notamment celle du corps humain), tout en laissant respirer les corps qu'il enveloppe. Un soi-disant épisode autobiographique, que l'artiste aimait à raconter, met en valeur le rôle lénifiant de la couverture de feutre. Loin de l'étouffer, la peau rêche de Marsyas viendrait donc s'appliquer autour du corps d'Apollon pour le réchauffer et laisser la vie s'infiltrer à nouveau en lui[21].

 

En l'écorchant, Apollon fusionne avec Marsyas, l'espace d'un instant

 

La mise en tension du mythe de Marsyas avec certaines œuvres plastiques modernes ou contemporaines me permet donc d'envisager une interprétation qui diffère largement de la lecture néoplatonicienne qui prévalait à la Renaissance.

Posons comme hypothèse que notre rapport au monde repose sur une sorte de toucher suspendu, ce que Jean Luc Nancy nomme le tact « d'avant tout sujet », « […] la pose et la dépose, le rythme de l'allée-venue du corps au monde. Le tact délié, partagé de lui-même[22]. » Le tact est plus une « pesée » qu'un simple toucher. Si notre rapport au réel est trop distant, trop lissé, trop suspendu, il finit par se scléroser. Si le virtuel perd toute relation à l'actuel, au corps actuel, il risque de disparaître ou bien de devenir une projection tendant à s'approprier le réel de façon tyrannique. Comme si Apollon, tel qu'il est représenté par Ribera, se détachait irrémédiablement du corps de Marsyas et du terrain sur lequel il prend appui. Comme si le savoir ne comportait plus une part d'inhérence à son objet, mais en devenait le survol, la pure mise à distance.

Plaçons-nous donc dans la perspective du tact comme contact syncopé avec le monde. La représentation que nous nous faisons de celui-ci, et de nous-mêmes comme partie du monde, n'existe que par tension avec quelque chose qui n'est pas de l'ordre de la représentation, quelque chose d'innommable situé en deçà ou au-delà du spectre de notre représentation, quelque chose qui a un rapport au corps - pas le corps idéalisé, mais plutôt le corps-viande - quelque chose qui échappe à la signification préétablie et à l'inscription définitive. Jean Luc Nancy invente le verbe « ex-crire » pour exprimer l'acte de rendre compte de cette chose étendue mais qui ne se sait pas étendue. L'« ex-cription » fonde une topologie créative et extrêmement délicate, car sans catégories connues, « à corps perdu[23] ».

L'« espace spasmé », entre déchirement et fusion, dans lequel a lieu le corps à corps entre Apollon et Marsyas tel que le dépeint Ribera, est-il autre chose que l'« espacement des corps, ce qui […] ne veut rien dire d'autre que l'in-finie impossibilité d'homogénéiser le monde avec lui-même, et le sens avec le sang[24] » ?

Il est également possible de pratiquer une lecture très précise du tableau de Ribera selon la pensée deleuzienne du pli, développée autour de la philosophie leibnizienne et de la vision baroque du monde[25]. Dans cette optique, il me semble qu'on pourrait reprendre la citation de Nancy en la modifiant : il ne s'agit pas d'« homogénéiser », mais de « plier » « le monde sur lui-même et le sens sur le sang ». Apollon et Marsyas semblent en effet se déplier de part et d'autre de l'horizon à partir d'un même tissu.

Le monde des corps, l' « immonde » opaque, est plié sur le sujet lui-même, comme le « sang » sur le « sens ». L'écorchement ferait-il sens ? « Cette pensée rend fou […] le monde est son propre rejet, le rejet du monde est le monde[26]. »

Mais comment relier l'écorchement de Marsyas et le tact ? Il est difficile d'imaginer qu'Apollon inflige au satyre quelque chose qui serait de l'ordre d'un toucher retenu, d'une caresse… fût-elle mortelle ! N'oublions pas, cependant, que la cithare est l'attribut d'Apollon, au même titre que l'arc, et que, si sa musique caresse l'oreille, elle n'en est pas moins une arme. D'un point de vue néoplatonicien et chrétien, cet écorchement, en tant que sacrifice et métamorphose, devient un ravissement, dans tous les sens du terme[27]. Apollon opère un rapt brutal et radical sur la personne de Marsyas, en lui retirant son enveloppe corporelle. Mais ce dépouillement est aussi la métaphore d'une extase mystique, d'une inextinguible soif du divin exprimée par Dante à l'orée de son Paradis :

O bon Apollon, pour ce dernier labeur,
fais de moi le vase de ta valeur […].
Entre dans ma poitrine et souffle, toi,
comme quand tu as tiré Marsyas
hors de la gaine de ses membres
[28].

Le poète s'adresse à Apollon, largement identifié au Christ, lui demandant de le transformer en un simple « vase », pour s'emplir du souffle divin, quitte à être, au préalable, écorché vif et vidé comme l'« outre »de Marsyas…

Est-il envisageable de concilier cette soif mystique de transcendance, de purification foudroyante, de dépossession de soi-même, liée au christianisme de façon presque guerrière, de concilier, donc, cette soif d'absorption par le divin dans le martyre, avec une pensée du corps « d'avant tout sujet », une pensée du tact et de son aller-retour entre les corps et la conscience ? Peut-on penser d'un même mouvement l'écorchement et la caresse ?

Ce fut, me semble-t-il, l'une des entreprises tentées par Georges Bataille. Sa démarche est singulière, certes, et sans doute à la fois masculine et singulièrement peu masculine, pour atteindre l'autre, le féminin, ou l'autre du féminin, sans vraiment l'atteindre ; pour le manquer, donc, mais sans le viser - et c'est peut-être la seule façon d'« atteindre » :

Nous ne disposons pas de moyens pour atteindre : à la vérité, nous atteignons ; nous atteignons soudain le point qu'il fallait […] ; mais que de fois nous le manquons, pour cette raison précisément que le chercher nous en détourne, nous unir est sans doute un moyen… de manquer à jamais le moment du retour. Soudain, dans ma nuit, dans ma solitude, l'angoisse cède à la conviction : c'est sournois, non plus même arrachant (à force d'arracher, cela n'arrache plus), soudain le cœur de B. est dans mon cœur[29].

Comme l'écrit Jean Luc Nancy en regard de ce passage de Bataille : « Tout se passe peut-être exactement entre la perte et l'appropriation : ni l'une, ni l'autre […][30]. » « Perte » et « appropriation » sont, à coup sûr, deux mots-clés qualifiant la rencontre d'Apollon et de Marsyas. « Tout se passe » donc sur un seuil, à la lisière. Cette topographie de la lisière, de l'étendue réduite à une frange, une ligne de friction, voire à un point de contact - le point visé, le foyer, mais aussi le sommet du cône visuel, l'œil - cette topographie nous ramène à la peau, à sa sensibilité capable de distinguer un point infime, et à son pouvoir de faire image. « Et c'est là ce que Bataille lui-même devait bien entendre, dans L'Expérience intérieure, lorsqu'il parlait d''atteindre le point', ce point de déchirure, ce 'moment suppliciant' de l'image dans le creuset duquel 'voir' devait équivaloir à "un cri de peur qui voit" [31]».

 

La peau dépouillée de Marsyas frissonne sur son nouveau corps

 

Rien d'étonnant, dès lors, à ce que le « moment du retour » dans le mythe soit celui au cours duquel la peau écorchée du satyre frémit lorsqu'on joue près d'elle la musique de l'aulos, comme le relate Élien.

Ill. 10

Ill. 11

En 1972, Giuseppe Penone réalise une sculpture nommée Gant, dont il semble qu'on n'ait conservé que la trace photographique montrant les deux mains de l'artiste côte à côte, les paumes ouvertes. On ne voit a priori, dans cette photo, rien de particulier. Pourtant, la main droite, à gauche de l'image, produit l'impression étrange d'avoir une peau plus neuve que celle de sa voisine. Lorsqu'on regarde de près, on s'aperçoit que les sillons de sa peau, au lieu d'être en creux, sont en relief, formant un dermographisme à peine perceptible.

En fait, le sculpteur a réalisé un moulage de sa main gauche dont il a pris l'empreinte en relief dans une très fine membrane de latex. Une fois retournée comme un gant, cette seconde peau est enfilée par la main droite, à laquelle elle s'adapte. Celle-ci endosse donc le négatif de la peau prêtée par la main gauche. Nous avons ici une figure de la fusion, ou du moins de l'échange des téguments, dans une présentation du processus d'empreinte dont l'existence même dépend de la suspension d'un contact fusionnel.

Cette simultanéité du touchant et du touché advient grâce à une représentation du touché : la nouvelle peau endossée par la main droite n'est pas autre chose que l'infime interstice existant entre les deux mains lors du toucher de la première par la   seconde.  Représentation   aux  limites, cette membrane peut être vue comme  une  matérialisation    de   la    sensation   d'être touchée, éprouvée par la main gauche, comme si l'une et l'autre mains échangeaient ces propos : « - Touchée ! tu es touchée ! - Touchée ! je suis touchée… Tu es enveloppée de ma sensation d'être touchée par toi ! » Gant est un chiasme visuel, un chiasme de peau.

« - Touché ! », dit Apollon  en écorchant Marsyas.

« - Pourquoi m'écorches-tu ?, crie le satyre. En retour, je t'enveloppe ! »

Gant est une figure du tact, figure paradoxale car une sensation éprouvée n'a pas d'étendue (le tact est de l'ordre de la syncope), contrairement à la trace matérielle laissée par un geste, la touche picturale par exemple. Ce qui est important ici c'est bien la touche dans laquelle un ressenti de l'ordre de l'invisible finit par acquérir l'étendue d'un corps. Gant donne à voir quelque chose d'invisible et d'intime, comme au travers d'une greffe de peau qui serait presque trop littérale si elle n'était, justement, presque invisible.

 

 

 

 

L'artiste (Marsyas-Apollon) s'écorche et retourne sa peau, pour en offrir en partage l'épaisseur interne, innervée, comme support d'inscription du monde

Cette réflexion menée à partir du mythe de Marsyas nous conduit maintenant vers les prémices d'une topologie du partage créatif de l'expérience sensible du monde, partage fondé sur le tact. Cette topologie est en partie basée sur la peau. Ce besoin d'étendue, dans un rapport au monde fondé sur une conscience qui, en soi, n'a pas d'étendue, est assouvi par le tissage d'une seconde peau. Celle-ci correspond au retournement symbolique de la peau de l'artiste au cours de l'acte créateur.

La psychanalyse fournit de nombreux éléments d'interprétation de la création artistique en tant que seconde peau, corps de substitution, matérialisation d'une projection sur un écran cutané et paradigme du fond comme surface d'inscription. La théorie de la création littéraire élaborée par Jean Guillaumin à partir du mythe du centaure Nessos est particulièrement intéressante à cet égard[32].

Héraclès punit le centaure pour avoir tenté de séduire sa femme, Déjanire. Le héros lui décoche une flèche trempée dans le sang de l'Hydre de Lerne. Avant de mourir, et pour se venger, Nessos dévoile à Déjanire un charme qui lui garantira la fidélité de son mari : il lui conseille de faire cadeau à Héraclès d'une tunique imprégnée de son propre sperme et de son sang. Lorsque celui-ci s'en revêt, le vêtement magique se colle à sa peau et lui inflige les douleurs atroces d'une brûlure généralisée, à tel point que la seule issue pour le héros est de se suicider dans un brasier.

Selon Guillaumin, le mythe de Nessos exprime le cheminement du travail créateur, et la tunique chargée d'excrétions est une métaphore du véhicule de la création artistique. Cette seconde peau, qui fusionne avec celle d'Héraclès pour le consumer, est un détournement, un renversement de l'enveloppe protectrice maternelle qui sert d'étayage à la construction du moi (l'idée de Guillaumin est proche de celle du Moi-peau de Didier Anzieu). Le « retournement projectif » de l'intérieur de la peau sur l'extérieur correspond, selon le psychanalyste, à une posture créative. Nous nous constituons un système de filtre de protection psychique qui nous permet de canaliser sans les subir les agressions venues de l'extérieur, mais aussi de l'intérieur même du psychisme. Grâce à l'œuvre d'art, ce filtre est transformé en support, en corps dans lequel s'incarnent les fantasmes de l'écrivain.

Ce retournement cutané serait présent dans tout phénomène créatif : la peau, retenant les traces de la vie, devient la paroi de la caverne, le fond blanc du papier, l'écran tactile. On pourrait soutenir, dans le même élan, que le placenta, irrigué par la paroi utérine, devient la toile innervée du Web.

Mon hypothèse admet que ce sont ces surfaces inscriptives de traces elles-mêmes qui, arrêtant et retenant le négatif du mouvement actif de la projection, constituent à la fois l'analogon et le représentant concret (aux fins de donner une enveloppe à l'œuvre enfant) de la peau du corps de l'artiste, en même temps que de celle du corps de sa mère : plus précisément encore, de la paroi interne du corps propre et du corps maternel. Peau du dedans, retournée ensuite en enveloppe externe, qui devient le support quasi hallucinatoire de l'imaginaire de l'auteur en l'œuvre qu'il enfante[33].

La théorie de Guillaumin est très proche de celle à laquelle m'a conduit ma réflexion à partir du mythe de Marsyas. Toutefois, l'une des réserves que j'émets (elle vaut aussi pour la théorie d'Anzieu) concerne l'aspect résolument pelliculaire qu'y revêt la peau. Même si celle-ci y apparaît parfois comme une synecdoque du corps entier, elle y est généralement l'équivalent d'un tissu qui s'identifie peut-être trop facilement à l'image ou au texte.

N'oublions pas que la peau n'est une pellicule que par analogie avec l'enveloppe du corps en tant qu'image, simulacre. Au contraire, en tant qu'organe du toucher, mais aussi de la perspiration, l'épaisseur de la peau est peut-être aussi importante que sa superficie : elle fait partie quasi intégrante des systèmes nerveux et respiratoire (et peut-être digestif, mais à un bien moindre degré) [34]. Ces fonctions relient l'enveloppe et l'épaisseur corporelles.

Pour cette raison, mon approche d'une topologie de la création plastique à partir d'une réflexion sur le mythe de Marsyas, si proche soit-elle de la théorie de Guillaumin concernant l'écriture, s'en écarte notamment par cette notion d'épaisseur. La création artistique ne serait pas une seconde peau pelliculaire, mais une épaisseur de chair innervée, mise à nu lors du retournement de la peau de l'artiste. Et ce retournement ne serait pas une transposition, une mise à plat métaphorique d'une archéologie intérieure personnelle au travers de complexes mécanismes fictionnels. Ce retournement serait plutôt la mise en partage d'un support d'inscription non programmé et, dans une certaine mesure, asocial, d'un support d' « ex-cription », pour reprendre le néologisme forgé par Jean Luc Nancy, support-épaisseur dans lequel l'inscription esthétique du monde ne se figerait pas mais serait livrée dans son devenir.

 

Marsyas, à court de peau

 

Je poserai maintenant la question du rapport entre le virtuel et l'actuel, tel qu'il travaille notre relation à la peau en tant qu'image, simulacre (l'« eïdolon » de Leucippe et Démocrite) dans quelques œuvres de plasticiens actuels.

Ill. 12

En 1997, Maurice Benayoun crée l'installation interactive intitulée World skin : un safari photos au pays de la guerre[35].On y voit un écran sur lequel est projeté un montage virtuel fait à partir de matériaux photographiques tirés de la médiatisation de guerres (seconde guerre mondiale et Bosnie). Le public est muni d'appareils photos et accède à l'espace où est projeté ce paysage dramatique en trois dimensions. À chaque fois qu'un « touriste de la guerre » prend un cliché, un blanc apparaît dans le paysage, correspondant     au    cadrage    de    sa photographie, selon l'angle précis de sa prise de vue.

Alors que le public avance virtuellement dans le paysage, ce rectangle blanc se déforme selon la perspective. Par exemple, un personnage se détachera de son environnement, silhouetté par sa réserve blanche, puis, plus loin, un autre élément du paysage apparaîtra séparément, également gommé parce qu'il se trouvait dans le cadrage. « Ce sont des fragments d'images arrêtées qui jalonnent l'espace. Il en ressort l'impression étrange de parcourir un fantôme de guerre, un cimetière d'images qui n'en est pas moins profondément actuel[36]. »

Si le mitraillage photographique s'intensifie, le paysage en trois dimensions se réduit de plus en plus au profit de la réserve blanche, l'épiderme de l'écran de projection envahissant l'image. Toutefois, le déplacement du spectateur renouvelle le panorama, apportant des éléments « encore vierges du regard d'autrui[37]. » La matière sonore, quant à elle, introduit un décalage par rapport au mimétisme visuel : par exemple, le « clic »de l'appareil photo devient un coup de feu. À leur sortie de la pièce, les « touristes » ont le droit d'emporter les tirages sur papier des photographies qu'ils ont prises et qui deviennent ainsi les métaphores de prises de guerre.

« Nous prenons des photos. Par notre geste - agression puis plaisir à partager - nous arrachons la peau du monde. Celle-ci devient trophée et notre gloire augmente quand le monde disparaît[38]. » La dimension haptique de la photographie, mode d'appropriation du monde par l'image de substitution, est ici pleinement opératoire. L'appareil photo devient une arme qui s'ignore, « une arme à effacer[39] », permettant de frapper à distance. Encore Apollon écorchant Marsyas par la main de son esclave !

« Ce qui est en jeu ici, c'est la place de l'image dans notre prise de possession du monde[40]. » L'image qui s'intercale entre le monde et nous, surtout lorsqu'elle est démultipliée par les media, est d'abord un témoignage, parfois même un dévoilement : « Avec les médias, la guerre devient une scène publique - comme on dit "une fille publique" - obscène, où la souffrance se donne à voir[41]. »

Mais l'image photographique, en tant qu'arme, est à la fois une appropriation et une neutralisation : « [la guerre] participe de la réification de l'autre. La prise de vues dépossède de l'intimité de la douleur en même temps qu'elle en témoigne[42]. » Notre posture de spectateurs de la guerre contemporaine, par l'intermédiaire des media, pousse donc l'artiste à nous faire rejouer l'écorchement de Marsyas par Apollon : « nous arrachons la peau du monde. »

Utilisant un medium aussi lisse que les supports d'images servant habituellement au lissage médiatique de notre rapport au monde, cette mise en scène sophistiquée nous met en face du problème de notre réalité souvent plus virtuelle qu'actuelle. L'artiste prend position par rapport au phénomène de réduction du réel à un écran connecté à un réseau de communication :

L’autre problème lié à notre rapport contemporain à l’espace-temps mondial est la fluidité totale et l’absence de rugosité de l’espace de communication. Pour moi s’il n’y a pas de rugosité, de surface de friction, il y a un risque de sur-réaction. […] Le rôle de l’artiste est de réintroduire de la rugosité, le grain de sable[43].

En s'appropriant les nouveaux media, le but de l'artiste est d'adopter ces techniques lisses, pour leur insuffler un rapport au corps actuel : un peu de la « rugosité » de la peau du satyre… On peut se demander si les procédés électroniques interactifs sont vraiment capables, pour l'instant du moins, de redonner à l'art une dimension corporelle. Ils permettent en tout cas à l'artiste de composer une allégorie efficace de notre rapport au monde, dans une parodie dramatique de l'attitude du touriste plaçant son appareil photo comme un bouclier entre le monde et lui-même.

Les Trophées de Chasse Humains d'Olivier Goulet nous parlent également d'appropriation par la peau, mais dans un medium plus incarné et au sein d'une relation plus personnalisée. Cet artiste propose depuis quelques années de réaliser votre buste en plâtre par un procédé de moulage. Le terme employé, pour désigner l'effigie obtenue, est celui de « prise », qui joue entre les différents sens du mot : la prisedu plâtre (son durcissement, qui permet la prise d'empreinte), la prise de vue photographique (tirer le portrait), celle de la préhension (prise de judo, d'alpinisme, etc.) et enfin celle de l'appropriation (prise de guerre ou de chasse).

Ill. 13

Le tirage en plâtre est peint ou recouvert d'une peau en latex coloré, laissant souvent visibles certaines parties du support rigide. Le commanditaire peut accrocher au mur cette effigie, dans la position d'un « trophée de chasse ». La peau flasque peut également être présentée comme pendant du tirage en plâtre, comme si le buste original se dédoublait en un simulacre mou.

Il en va, ici, de notre identité et de notre rapport à l'autre ou à nous-même par l'image. Ces sculptures donnent  corps     à    la     notion    de    simulacre, en le transformant en dépouille, elle-même détournée en « trophée ». Cette peau écorchée, maquillée en objet décoratif, est à la fois une vanité, au sens que lui a donné la peinture du XVIIe siècle, et une métaphore des sentiments souvent troubles qui sous-tendent nos rapports sociaux, ainsi que l'image que nos nous faisons de nous-mêmes. Tout comme a pu l'être l'outre de Marsyas accrochée à son arbre, à la fois relique, masque mortuaire, trophée et baudruche dérisoire.

En tant que plasticien, je travaille moi-même sur la peau et l'image humaine. J'ai notamment réalisé une installation nommée La salle des peaux perdues, constituée de voilesrectangulaires en silicone de la hauteur d'un corps, portant des empreintes fragmentaires   d'organes   humains.  Ces « peaux » suspendues dans l'espace, éclairées par transparence, enveloppent le lieu dans lequel pénètre le public.

En fait, les empreintes ne sont pas moulées d'après des corps. Cela serait d'ailleurs très  délicat à réaliser, puisque, dans ces effigies hybrides, des images d'organes internes (intestin, estomac, etc.) côtoient les traces de parties externes du corps (main, visage, sein, etc.).

Ill. 14

En réalité, les empreintes sont réalisées à partir d'ex-voto, objets moulés en cire, représentant des parties du corps humain, et accrochés dans les églises de certains pays latins en signe de gratitude pour une guérison. Le fait de travailler à partir de ces objets existants et chargés d'un secret, me permet de conférer à ces effigies une identité à la fois très personnelle (liée à la maladie) et entièrement anonyme (les personnes auxquelles se réfèrent ces ex-voto ne sont  pas  identifiées).  D'où  l'expression « peaux perdues » qui est intégrée dans le titre.

La technique de moulage nécessite un arrachement entre l'empreinte et sa matrice : la « peau » apparaît lorsqu'elle est pelée, dissociée de son moule, pour être suspendue. Cependant, loin d'arracher sa peau à quelqu'un, même virtuellement, mon processus de fabrication consiste plutôt à couler l'image (la matière est d'abord liquide), à fabriquer une sorte de tégument pour englober les fragments disparates des ex-voto en une seule entité.

 

La création plastique se situe quelque part entre la perte et l'appropriation, nous en parlions plus haut, « ni l'un, ni l'autre », ou plutôt l'un et l'autre en même temps, à la fois écorchement et cicatrisation.

 

Ill. 15

Ill. 16

Un certain nombre de plasticiens tentent actuellement d'utiliser les biotechnologies pour incarner leurs idées. Plusieurs d'entre eux semblent fascinés par les possibilités offertes par la culture biologique de cellules cutanées humaines. Le duo d'artistes Art Orienté objet a réalisé des cultures de peau humaine qui ont ensuite été tatouées avec divers motifs[44]. Ces morceaux de peau, supports de signes, sont exposés dans des boîtes de Pétri ou dans des bocaux en tant qu'œuvres d'art produites en laboratoire.

La démarche de Julia Reodica, quant à elle, est proche de la précédente, lorsqu'elle commercialise dans  des boîtes  transparentes des « hymens » constitués de tissus cellulaires cultivés à partir de ses propres cellules vaginales et dont les perforations forment des signes[45]. Son objectif est également de proposer une greffe d'hymen à l'acheteur qui, si les problèmes techniques et légaux peuvent être résolus, choisira l'orifice de son corps où il désire que cette nouvelle virginité lui soit implantée… avant la performance au cours de laquelle sera pratiquée la défloration. L'artiste, d'origine philippine, accomplit un travail critique et parodique sur la valeur sacrée attachée par certaines civilisations aux preuves de la virginité.

Orlan a commencé à confectionner un Manteau d'Arlequin à partir de pièces de peaux humaines cultivées en laboratoire grâce à des cellules données par des personnes de couleurs différentes. Ce vêtement représentera une étape supplémentaire dans son travail sur  l'hybridation. Les peaux créées par tous ces artistes  offrent  leur  support  physique  à  nos projections culturelles concernant surtout l'identité sociale, politique et sexuelle.

J'analyserai ici plus particulièrement la démarche de Kira O'Reilly, bien que je n'aie pas eu l'occasion de participer à l'une de ses performances. Cette artiste aborde le corps en tant que thème, à travers son corps qui devient site, medium et substance de l'œuvre. La question posée par son travail est : « Comment être un corps, MAINTENANT ? » Dans ses performances, elle fait passer sa peau du statut de territoire privé à celui de terrain d'expérimentation partagé avec le public. "La relation entre les espaces internes/externes du corps est explorée en tant que continuum. La frontière perméable de la membrane cutanée remet en question son statut de conteneur impénétrable d'un moi cohérent et figé[46]."

 

Ill. 17

L'artiste explore divers moyens de gommer cette barrière entre l'intérieur du corps et l'espace public. Ainsi, dans ses Blood Drawings, elle dessine avec son sang.  Elle s'inspire également de pratiques médicales et plus particulièrement chirurgicales. Parfois, elle offre au public participant à ses performances sa peau comme support d'inscription et même d'incision, "ses tissus corporels évoquant des notions de trauma (blessure) et de stigma (marque),  dans   le   sens  d'une  'souillure' et d'une ouverture du corps, suggérant l'altérité, le fait d'être autre." Son enveloppe cutanée, exposée aux regards, devient un voile dont "les fils, constituant la trame d'une histoire personnelle, sexuelle, sociale et politique, se nouent et se dénouent en des permutations variées[47]."

La notion d'événementestessentielle dans la pratique de Kira O'Reilly. Sa propre peau, transformée en un « palimpseste de coupures en passe d'être effacées, d'architectures cicatricielles de peau déchirée », suggère une topographie où la superficie devient écoulement temporel : chaque geste ayant laissé sa trace, a eu lieu « à l'endroit juste, à l'instant approprié pour investir le moment, l'action, l'évènement. » Il s'agit d'une « topographie inusitée de la proximité et de la distance, au sein de laquelle s'établissent des connexions autres, où des évènements émergent et s'enfoncent au même endroit, en un même instant. » Cette singulière cartographie du corps humain entraîne une façon de « reconsidérer le corps et l'incorporation[48] ».

Dans son travail intitulé Marsyas - running out of skin[49], l'artiste a tenté de réaliser une culture cellulaire de sa propre peau évoquant un motif de dentelle.

Fabriquer une dentelle suppose de générer des tensions au sein d'un réseau de motifs constitués de vides et de boucles. Ses connotations sont de l'ordre du domestique, de l'intime, du privé, du personnel, des sous-vêtements, du féminin, de l'excessif, de la préciosité et de l'éphémère[50].

La technique de cette œuvre est complexe et n'a pas permis pour l'instant d'obtenir le résultat escompté. Le tissu cellulaire doit croître en suivant une structure de dentelle réalisée en fils chirurgicaux dégradables. Plusieurs essais préalables, à partir de cellules de porc, ont été nécessaires. Kira O'Reilly pratique elle-même les prélèvements de tissu porcin par biopsie. Le scalpel en main, elle est en proie à d'étranges considérations identitaires sur sa relation avec ce cochon : « Utiliser le porc comme mannequin, associé, double, jumeau, autre moi, poupée, moi imaginaire ; s'identifier tendrement et férocement au cochon, imaginer que je fusionne avec lui, au travers d'une culture commune[51]. »

Lorsque Apollon pratiqua une biopsie bien plus radicale sur Marsyas, fut-il en proie à de tels sentiments ? L'apparence de distance insensible prêtée au dieu dans la plupart des représentations faites de la scène ne laisse pas supposer ce trouble. Pourtant, Diodore évoque un Apollon déprimé après que le supplice eut été infligé : « Mais rapidement pris de repentir et affligé de ce qu'il avait fait, il rompit les cordes de sa cithare et détruisit le type d'harmonie qu'il avait découvert[52]. » Avec l'écorchement du satyre, quelle trouble mutation identitaire s'opère-t-elle au plus profond du dieu ?

 

« La peau d'un insolent Satyre[53] »

En utilisant les biotechnologies, les artistes dont je viens de parler se confrontent à des questions d'identité non seulement personnelle, mais concernant l'espèce humaine. La réflexion théorique sur le post-humain est déjà très nourrie à partir, notamment, de la remise en cause des frontières entre l'humain, l'animal et même les autres règnesdu vivant. En incarnant leur projet dans un medium vivant, certains artistes font plus que franchir la limite entre le virtuel et l'actuel. Leurs motivations en cela plongent souvent leurs racines dans une remise en cause de la place dominante de l'homme par rapport à l'animal[54]. L'usage de cobayes de laboratoire n'est-il pas d'une cruauté comparable à celle de l'écorchement de Marsyas, l'homme-animal, par Apollon ?

Les artistes, travaillant à la matérialisation de leurs idées au moyen de cultures cellulaires ou d'autres processus corporels mettant en œuvre des techniques scientifiques, apportent depuis quelques années une dimension critique et une corporéité à l'essor de ces recherches scientifiques et de leurs applications dans la vie quotidienne. Les paroles suivantes de Kira O'Reilly concernant son travail à SymbioticA[55] n'ont rien à voir avec la méthode scientifique :

Dans ce travail, il y a un puissant désir de métisser l'intégrité de l'incorporation avec toutes ses associations agréables et repoussantes, avec tous ses à-côtés grouillant d'ambivalences et d'ambiguïtés. Dans cette optique, ce travail se place dans la continuité des récits concernant l'"autre", le "monstrueux" et les angoisses profondes enfouies dans la représentation que se fait notre société des innovations actuelles de la biomédecine et de la biotechnologie[56].

L'art franchit les frontières, et, notablement, celle qui a été dessinée entre l'humain et l'animal, de même qu'entre le sujet et son objet. Rilke ne disait-il pas de Cézanne, peignant d'après le motif : « Il a dû s'asseoir là-devant comme un chien, regardant avec simplicité, sans aucune nervosité ni la moindre arrière-pensée[57] » ? La peau retournée de l'« insolent satyre » ne nous apporte pas tant la projection d'un monde intérieur sur l'extérieur, que le retour, sans arrière-pensée, à la dimension du fait, à sa rugosité[58].

 

 

< Haut de page

 

Table des illustrations

 

 

 

Ill. 1       Marsyas suspendu. Copie romaine d’un modèle hellénistique du IIIe s. av. J.C., marbre, H : 2m05, Musée du Louvre, Paris. Photo Musée du Louvre.

Ill. 2       Raphaël et son atelier, Apollon et Marsyas, médaillon du plafond de la Stanza della Segnatura, entre 1508 et 1511, fresque et mosaïque, Musée du Vatican, Rome. Photo Musée du Vatican.

Ill. 3    Jusepe de Ribera, Apollon et Marsyas, 1637, huile sur toile, 185 X 242 cm., Musées Royaux des Beaux Arts, Bruxelles. Photo Musées Royaux des Beaux Arts.

Ill. 4     Détail du même.

Ill. 5    Montage à partir du même : la peau de Marsyas et le manteau d'Apollon.

Ill. 6      Anish Kapoor, Marsyas, 2002, PVC et acier, env. 30 x 130 x 20 m. Vue partielle. Tate Modern, Londres. Photo extraite du catalogue Anish Kapoor. Marsyas, Londres, Tate publishing, 2002.

Ill. 7      Joseph Beuys en train de réaliser Infiltration homogène. Action à l’Académie des Beaux Arts de Düsseldorf, le 28, 07, 1966. Photo extraite du catalogue Joseph Beuys, Caroline Tisdall, New York, The Solomon R. Guggenheim Museum, 1979.

Ill. 8      Joseph Beuys, Infiltration homogen für Konzertflügel, der gröste komponist der Gegenwart ist das Contergau Kind [Infiltration homogène pour piano à queue, le plus grand compositeur contemporain est l’enfant thalidomide], 1966, piano à queue et couverture de feutre cousue, Musée National d'Art Moderne, Centre national d'art et de culture Georges Pompidou, Paris. Photo extraite du catalogue Joseph Beuys, Caroline Tisdall, New York, The Solomon R. Guggenheim Museum, 1979.

Ill. 9     Joseph Beuys, Die Haut [La Peau], 1985, couverture de feutre cousue, Musée National d'Art Moderne,Centre national d'art et de culture Georges Pompidou, Paris. Photo Centre Ponpidou.

Ill. 10    Giuseppe Penone, Ganto [Gant], 1972, gant en latex. Collection particulière. Photo extraite du catalogue Giuseppe Penone, Paris,Centre national d'art et de culture Georges Pompidou, 2004.

Ill. 11    Détails agrandis du même.

Ill. 12   Maurice Benayoun, World skin : un safari photos au pays de la guerre, 1997,

installation vidéo interactive. Photo fournie par l'artiste.

Ill. 13     Olivier Goulet, Trophées de Chasse Humains, Plâtre et latex, 1998-2005. Photo fournie par l'artiste.

Ill. 14    Stéphane Dumas, La salle des peaux perdues. Latex et silicone. 1999-2003. Vue partielle. Photo fournie par l'artiste.

Ill. 15     Art Orienté objet (AOo), Skin Culture [Culture de peau], 1996, tatouage  sur tissu cellulaire, dans une boîte de Pétri. Photo provenant du site Internet des artistes, artorienteobjet.free.fr

Ill. 16     Julia Reodica, Unisex_Hymen @2weeks [Hymen_unisex @2semaines], culture de tissu musculaire aortique de rat et de cellules vaginales de l'artiste dans une boîte transparente, 2004. Photo fournie par l'artiste.

Ill. 17  Kira O'Reilly, Post Succour (legs), [Post Succour (jambes)], Peau portant des traces d'incisions. Photo prise à l'issue de la performance Succour, 2001. Photo de Manuel Vason, fournie par l'artiste.

 

 


[1] Une première version de cet article est parue en allemand sous le titre « Der Mythos des Marsyas. Ein Bild-Paradigma » [« Le mythe de Marsyas. Un paradigme plastique »] dans Häutung. Lesarten des Marsyas-Mythos [Écorchements. Lectures du mythe de Marsyas], ss. la dir. de Ursula Renner et Manfred Schneider, Munich, Wilhelm Fink, 2006, p. 263-289. Une seconde version est parue en anglais sous le titre "The return of Marsyas", dans Sk-interfaces. Exploding Borders - Creating Membranes in Art, Technology and Society, ss. la dir. de Jens Hauser, Liverpool University Press, 2008, p. 18-31.

[2] Voir Stéphane Dumas, Les peaux créatrices, Paris, Klincksieck – Les Belles Lettres, à paraître.

[3] Plusieurs sources antiques indiquent que Marsyas fut transformé en fleuve : Palaiphatos, Les histoires incroyables, 47 ; Hygin, Fables, CLXV ; Pausanias, X, 30, 9 ; Nonnos de Panopolis, Les Dionysiaques, XIX, 324

[4] Diodore de Sicile, III, LIX, 3-4 ; Plutarque, Propos de table, VII, 8. Dans Les vies des hommes illustres ("Alcibiade", IV) Plutarque apporte le témoignage d'Alcibiade sur le mépris de certains Athéniens à l'égard de l'aulos, qui ne permet pas de chanter à celui qui en joue.

[5] C'est ainsi que Raphaël et son atelier figurent l'évènement, sur le plafond de la Stanza della Segnatura, au Vatican. Le peintre de la Renaissance s'est inspiré de la composition d'un sarcophage romain, aujourd'hui perdu (cf. E.Wind, infra). D'autres bas-reliefs antiques représentant la scène nous sont parvenus.

[6] Edgar Wind, "L'écorchement de Marsyas", in Mystères païens de la Renaissance, trad. P. E. Dauzat, Paris, Gallimard, 1992 (1958), chapitre XI,p.187. Raphaël Cuir, en reprenant cette hypothèse, interprète la figure de la peau de saint Barthélemy, dans le Jugement Dernier de Michel-Ange, comme une injonction faite à l'artiste de s'écorcher soi-même ("Dissèque-toi toi-même, portrait de l'artiste en silène post-humain", in Ouvrir Couvrir, Paris, Verdier, 2004).

[7] Rabelais, Gargantua, "Prologue". L'auteur fait références aux Silènes d'Alcibiade, dans le célèbre passage du Banquet de Platon, au cours duquel Alcibiade compare Socrate à Marsyas. Tous deux sont comme ces boîtes sculptées en forme de Silène, très courantes à Athènes, et qui, sous une enveloppe grotesque, renfermaient un trésor précieux. Ce passage inspira, entre autres, Pic de la Mirandole ("Lettre à E.Barbaro"), Marsile Ficin (Commentarium in Convivium Platonis, de Amore,) et Érasme (Adage 2201, "Les Silènes d’Alcibiade").

[8] Jacques Derrida, Le toucher, Jean Luc Nancy, Paris, Galilée, 2000, p.47.

[9] Dans la théorie psychanalytique du Moi-peau de Didier Anzieu, certains de ces interdits sont décrits comme nécessaires pour que les autres sens puissent se développer chez l'enfant, tissant une intersensorialité  qui favorise le développement du langage symbolique. Didier Anzieu, Le Moi-peau, Paris, (Bordas, 1985), Dunod, 1995. 

[10] "Haptique est un meilleur mot que tactile, puisqu'il n'oppose pas deux organes des sens, mais laisse supposer que l'œil peut lui-même avoir cette fonction qui n'est pas optique." Gilles Deleuze et Félix Guattari, "Le lisse et le strié", dans Capitalisme et schizophrénie, Mille Plateaux, Paris, Éditions de Minuit, (1980) 2004, p.614. Voir aussi, concernant le rapport entre la main et l'œil, Gilles Deleuze, Francis Bacon. Logique de la sensation, Paris, (Différence, 1981), Seuil, 2002.

[11] "Hékèbolos", Homère, L'Iliade, I, 19, trad. M. Meunier, Paris, Le Livre de Poche, 1972, p. 1. C'était l'un des nombreux surnoms du dieu, lié à ses capacités d'archer. Voir G. Dumézil., "Les quatre pouvoirs d'Apollon dans le prologue de l'Iliade", dans Apollon sonore et autres essais. Esquisses de mythologie. Paris, Gallimard, 1982, chap. 6.

[12] Juseppe de Ribera, Apollon et Marsyas, 1637. Il existe deux versions de cette composition. L'une, que j'analyse plus particulièrement ici, car j'étaye mon argumentation sur certains de ses éléments, se trouve aux Musées Royaux des Beaux Arts, Bruxelles. L'autre, d'une facture plus enlevée et sans doute plus forte, est au Musée San Martino, Naples.

[13] Georges Bataille, Le coupable, in Œuvres complètes, t.V, Paris, Gallimard, 1973, p. 296.

[14] Cette représentation n'apparaît sans doute qu'à partir du 16è siècle. Auparavant, le dieu ne semble pas infliger lui-même le supplice.

[15] Jacques Derrida, op.cit., p.148.

[16] Nonnos de Panopolis, Les Dionysiaques, XIX, 319-323, trad. J. Gerbeau, Paris, Les Belles Lettres,p.126. D'autres auteurs emploient le terme outre (askos), pour évoquer la peau dépecée du satyre : Hérodote, VII, 26 ; Platon, Euthydème, 385, c ; Aristide Quintilien, La Musique, II, XVIII ; Agathias, IV, 23.

[17] Hérodote, VII, 26 ; Xénophon, Anabase, I, 2, 8.

[18] Elien, Histoire variée, 13, 21, trad. A. Lukinovich et A. F. Morand, Paris, Les Belles Lettres, 1991, p.144.

[19] Xipe Totec, "notre seigneur l'écorché", est un dieu aztèque présidant notamment à la renaissance du cycle végétal. On lui sacrifiait des victimes humaines en les écorchant. Il était représenté vêtu d'une peau humaine. Voir Jacques Soustelle, L'Univers des Aztèques, Paris, Hermann, 1979.

[20] Joseph Beuys, Infiltration homogène pour piano à queue, le plus grand compositeur contemporain est l’enfant thalidomide. Action réalisée à l’Académie des Beaux Arts de Düsseldorf, le 28, 07, 1966. Acquisition du MNAM, Centre Pompidou, Paris, en 1976. La Thalidomide est un médicament contre la douleur, commercialisé dans les années 1960. Elle fut abondamment prescrite aux femmes enceintes, mais elle entraîna de graves malformations chez les nouveau-nés.

[21] Quelques années après l'acquisition d'Infiltration homogène par le Centre Pompidou, le sculpteur vient restaurer son œuvre : il dépouille le piano de son ancienne enveloppe, abîmée, pour la remplacer par une nouvelle ; puis il accroche la dépouille à la cimaise du musée, en lui donnant comme titre Die Haut [La peau]. En 1985, vers la fin de sa vie, il donne une nouvelle dimension à la relation entre le piano et sa peau de feutre, en créant l'environnement intitulé Plight.

[22] Jean Luc Nancy, Corpus, Paris, Métailié, (1992) 2000, p.85. et p.102.

[23] Ibid., p.9.

[24] Ibid., p.94.

[25] Gilles Deleuze, Le pli. Leibniz et le baroque, Paris, Minuit, 1988.

[26] Jean Luc Nancy, ibid., p.95.

[27] Voir Marianne Massin, "Figures de silène et troublants supplices", dans Les figures du ravissement, Paris, Grasset, 2001.

[28] Entra nel petto mio, e spira tue

si come quando Marsïa traesti

de la vagina de le membra sue.

Dante, "Le Paradis", I, 13-20, La Divine Comédie, trad. J. Risset, Paris, Flammarion, p.21.

[29] Georges Bataille, Histoires de rats, Œuvres complètes, III, Paris, Gallimard, 1971, p.114.

[30] Jean Luc Nancy, Être singulier pluriel, cité par Jacques Derrida, op.cit., p.136.

[31] Georges Didi Huberman, La ressemblance informe, ou le gai savoir visuel selon Georges Bataille, Paris, Macula, 1995, p.10-11. Les citations de Georges Bataille proviennent de L'Expérience intérieure (1943) et de "Le coupable" (1944).

[32] Jean Guillaumin, "La peau du centaure. Le retournement projectif de l'intérieur du corps dans la création littéraire", dans Corps création. Entre Lettres et Psychanalyse, Lyon, Presses Ubiversitaires de Lyon, 1980. Nous n'abordons pas ici la théorie du Moi-peau de Didier Anzieu, mais elle affleure dans plusieurs passages de ce texte. Cette théorie, selon laquelle le psychisme est étayé sur le modèle cutané, est très spécifiquement et ouvertement reliée à la lecture du mythe de Marsyas pratiquée par Anzieu. Cf. Didier Anzieu, op.cit. 

[33] Jean Guillaumin, ibid., p.257.

[34] Voir à ce sujet François Dagognet, La peau découverte, Paris, Les empêcheurs de penser en rond, 1993.

[35] Œuvre créée à l'Ars Electronica Center de Linz, dans des conditions techniques optimales : salle immersive, parois-écrans, vision stéréoscopique, son surround

[36] Maurice Benayoun, World skin : un safari photos au pays de la guerre, sur le site Internet de l'artiste, www.moben.net

[37] Ibid.

[38] Ibid.

[39] Ibid.

[40] Ibid.

[41] Ibid.

[42] Ibid.

[43] Entretien entre Maurice Benayoun et Julien Knebusch, mars 2003, sur le site Internet www.olats.org, projet Fondements Culturels de la Mondialisation (FCM).

[44] Art Orienté objet (AOo), Skin Culture, 1996.

[45] Julia Reodica, hymNextTM – Designer Hymen Project, produit par vivoLabs, 2004.

[46] Les citations suivantes de Kira O'Reilly sont extraites de la communication faite par l'artiste au cours de la Bio Difference conference, BEAP (Biennial of Electronic Arts Perth), Perth, 9/11/2004, disponible sur le site Internet www.beap.org. Je remercie l'auteur de m'avoir communiqué sa version de travail, plus complète, de ce texte. La traduction est réalisée par moi.

[47] Ibid.

[48] Ibid.

[49] Kira O'Reilley, Marsyas - running out of skin [Marsyas - à court de peau], projet sur lequel l'artiste a travaillé en 2003-04 au cours d'une résidence au laboratoire de SymbioticA, University of Western Australia, Perth.

[50] Kira O'Reilly, op.cit.

[51] Ibid. Plus tard, l'artiste a réinvesti ces expériences dans une performance impliquant un cochon mort.

[52] Diodore de Sicile, Bibliothèque historique, III, 59, 5, trad. B. Bommelaer, Paris, Les Belles Lettres, 1989, p.92.

[53] Dans le Banquet de Platon, Alcibiade, nous l'avons déjà noté, compare Socrate à Marsyas : sous des apparences frustes, le discours socratique, de même que la musique du satyre, recèlent des trésors. Cette topologie du noyau (l'âme) caché par l'écorce, ne correspond plus du tout à la question qui nous occupe à ce point de notre réflexion. C'est la peau rêche du satyre qui nous fait signe ici  : "[…] la peau d'un insolent Satyre […]", selon certaines traductions (Platon, Le Banquet, 221, trad. L. Robin, Paris, Gallimard, Folio, (1950) 2003, p.162).

[54] Voir, à ce sujet, l'article de Jens Hauser, "Derrière l'Animal l'Homme ? Altérité et parenté dans l'art biotech' ", dans Bernard Lafargue, "Animaux d'artistes", Figures de l'Art, n°8, Pau, 2005. Thomas Zaunschirn, a récemment publié deux grands articles intitulés "Im Zoo der Kunst" ("Au Zoo de l'art"), dans "Kunstforum" 174 et 175, 2005, p. 39-103 et 38-125, sur les artistes ayant travaillé avec des animaux vivants ou des matières biologiques, depuis les années 1960.

[55] SymbioticA est un laboratoire de collaboration art/science, géré par les artistes du Tissue Culture & Art Project, à la University of Western Australia.

[56] Kira O'Reilly, op. cit.

[57] Rainer Maria Rilke, Lettres sur Cézanne, trad. Ph. Jacottet, Paris, Seuil, 1991, p.47.

[58] Francis Bacon parle même de "brutalité du fait", expression dont David Sylvester a fait le titre de ses entretiens avec l'artiste : David Sylvester, The Brutality of Fact. Interviews with Francis Bacon, Londres, Thames and Hudson, 1975. Dans son bel article intitulé "Marsia scoiato", Claude Jamain, quant à lui, considère Marsyas, figure de "l'incongru", comme une incarnation de la dimension corporelle en art : la part du cri et la "raucité" du chant. Claude Jamain, « Marsia scoiato », dans L'Incongru dans la littérature et l'art, sous la direction de Pierre Jourde, Paris, Kimé, 2004, pp.99-109.

20:06 15/12/2014 | Lien permanent | Tags : arts |  Facebook

8
déc

Marche, marche, marche...

matsuifuyuko008.jpg

Aujourd'hui, j'ai marché dans Bruxelles, manifestant seule ET avec tous ceux qui veulent que "ça" s'arrête...

Deux heures de marche du nord au sud de la ville, pour voir comment les autres avancent et reculent, survivent et s'entrevoient.

Deux heures au moins, en marchant et en réfléchissant aux régressions et aux éternels faux-semblants de progrès que le libéralisme pénétrant et son arborescence putréfiée ont pu faire miroiter.

Le futur n'existe pas, le présent a besoin de nous.
Il n'y a jamais mieux mais il peut y avoir pire.

Au delà de ma mélancolie post-gothique néo-Romantique, j'entends des bottes et des Charentaises, le son des machines à produire, le bruit lourd des engrenages, le cliquetis des rétrécissements cérébraux et psychiques, le fracas de la peur qui, seule, relie les êtres effondrés du même monde, je reçois les ondes restrictives et fumantes des despotes peu éclairés.

Qui sème le néant récolte le néant.
Et puis, marchant...

Le long de la Toison d'Or, côté Ex-Hilton, les fourrures, les dorures, les enflures (si, si, ...) déambulaient, les sacs et les gestes "purs" de leurs mains manucurés en pleine curée de fin d'année, entre des carcasses noires aux vitres teintées et chauffeurs cheveux gominés pour atténuer leurs crolles et leurs accents.
Le long de la Toison d'Or, côté The Hotel, quelques miséreux adoptent des postures dramatiques pour titiller l'impôt des riches avec des cartons Lidl comme pancartes de ravitaillement.

Il y a des contrastes néphrétiques.

Arrivée dans les Marolles, je vois la pluie et le vent retirant les affiches No Parking des vitrines des commerçants anti-plan-Mayeur et cons-frères.
A la clé d'Or, côté gens vivants, une brochette de japonaises, deux vieux sentant le sapin et l'urée, des jeunes et vieux (d')à côté(s), quelques infiltrés. Soupe et pistoleis, boulettes et croques. Jean Ferrat à fond, un chien dansant.
A la clé d'or, côté gens d'avant, se dilue et se diffuse l'idée d'un îlot radeau perdu dans un océan aseptisé, la buée sur la vitre refusant de donner l'image probable que "ça" va s'arrêter.

Il y a des contrastes synthétiques.

Sensation plurielle d'être à la bonne et la mauvaise place, souvent.
Émotion purement informelle d'une marche à pieds et à poings fermés.

C'était une bien trop courte marche.

 

(art by Matsui Fuyuko)

16:59 08/12/2014 | Lien permanent | Tags : humoeurs |  Facebook

1
déc

pourquoi ce blog n'est plus le blog de l'écrit (question / réponse)

Je garde ce blog puisqu'il est le dépôt d'archives, de coups de coeur et de corps, de tentatives de mon regard sur les choses qui naissent et meurent, mais je n'y écris plus, il est devenu, après presque 10 ans, un espace culturel plus qu'artistique, un lieu d'autres plutôt que personnel. Je l'aime encore, quel qu'il soit, je le visite encore, aussi peu relié à ma vie soit-il parfois.

La photographie a pris une place plus aisée dans ma manière d'explorer ma langue et le silence a su être le gardien de bien de sombres lectures, écritures. Le silence pour ce blog, pas pour moi.

Alors voilà, sans tourner une page, j'avais envie de dire oui et non à ce blog, là, après presque dix ans.

observing.gif

12:37 01/12/2014 | Lien permanent | Tags : ego-tripes, ego trip-e, act-u |  Facebook

Alberto García-Alix, homme d'images devenu image

Article de Luc Desbenoit  / Télérama

"Mon côté féminin", autoportrait, 2002.

 


  • Alberto García Alix – De faux horizons
    Expo
    Alberto García Alix – De faux horizons - 22/10/2014 à 25/01/2015

  • Depuis quarante ans, Alberto García-Alix photographie les blessés de la vie qui l’entourent. Et lui-même, qui fut, dit-il, sauvé par son art.

 On l'avoue : on est inconditionnel de l'Espagnol Alberto García-Alix, l'un des meilleurs photographes contemporains. Jusqu'à se retrouver dans la posture d'une midinette intimidée avant de le rencontrer à Madrid. Le rendez-vous est fixé au cœur de la ville, au Circulo de Bellas Artes, le cercle historique des artistes depuis un siècle – jadis fréquenté par le jeune Picasso – où García-Alix expose depuis le début de l'été ses autorretratos (« autoportraits ») dans le cadre du festival PhotoEspaña.

Son œuvre laisse deviner qu'il n'est pas un lève-tôt. Ce jour-là, à 12h30, il commande son premier café de la journée, enchaînant sur un deuxième, s'empêchant pendant une bonne demi-heure d'allumer une cigarette. Lorsqu'il se l'autorise, il fume clope sur clope avec la gloutonnerie d'un noyé aspirant de l'oxygène.

“Mes autoportraits correspondent souvent à des épreuves”

Depuis quarante ans, Alberto García-Alix photographie son entourage : les marginaux, les rockers, les motards, et très souvent lui-même, à la façon du Rousseau des Confessions, cherchant à se dévoiler sans rien laisser dans l'ombre. Il ne se fait pas de cadeau, se fixe dans l'objectif, blessé, défait, malade, en proie au doute, à la souffrance, à la dépression, aux illusions. Une sorte de Don Quichotte moderne ayant troqué sa Rossinante contre une Harley-Davidson. Celle garée sur ce boulevard aux immeubles un rien pompeux qu'il enfourchera à la fin de l'entretien pour achever les tirages des images de ses deux expositions à Paris.

Sur certains clichés, l'artiste de 58 ans ressemble à un vieillard au visage parsemé de rides, en bout de course, le regard égaré, paumé, à la fois Christ crucifié et mater dolorosa. Rien à voir pourtant avec l'homme au regard clair et pétillant que nous découvrons. On s'en étonne : « Mes autoportraits correspondent souvent à des épreuves. Je les grave pour ne pas les oublier. » Lorsqu'on lui demande ce qu'il photographierait, ici, dans ce bar rococo au plafond peint, garni d'un piano à queue et d'un mur de verroteries, il choisit sans hésiter la statue de la femme nue allongée dans une pose alanguie, œuvre de Moisés de Huerta (El Salto de Léucade, 1910).

  • "Autorretrato Mi lado femenino", Alberto García-Alix, 2002 12 / 12
    "Autorretrato Mi lado femenino", Alberto García-Alix, 2002

    © Alberto García-Alix /Courtesy the artist, Kamel Mennour, Paris and galería Juana de Aizpuru, Madrid

  • "El Paraiso de los Creyentes", Alberto García-Alix, 2010 1 / 12
    "El Paraiso de los Creyentes", Alberto García-Alix, 2010

    © Alberto García-Alix /Courtesy the artist, Kamel Mennour, Paris and galería Juana de Aizpuru, Madrid

  • "Caché dans ma peur", Alberto García-Alix, 2009 2 / 12
    "Caché dans ma peur", Alberto García-Alix, 2009

    © Alberto García-Alix /Courtesy the artist, Kamel Mennour, Paris and galería Juana de Aizpuru, Madrid

  • "Autoportrait à Formentera", Alberto García-Alix, 2010 3 / 12
    "Autoportrait à Formentera", Alberto García-Alix, 2010

    © Alberto García-Alix /Courtesy the artist, Kamel Mennour, Paris and galería Juana de Aizpuru, Madrid

  • "El lamento de un perro", Alberto García-Alix, 2011 4 / 12
    "El lamento de un perro", Alberto García-Alix, 2011

    © Alberto García-Alix /Courtesy the artist, Kamel Mennour, Paris and galería Juana de Aizpuru, Madrid

  • "Monologue avec un corbeau", Alberto García-Alix, 2011 5 / 12
    "Monologue avec un corbeau", Alberto García-Alix, 2011

    © Alberto García-Alix /Courtesy the artist, Kamel Mennour, Paris and galería Juana de Aizpuru, Madrid

  • "Gema", Alberto García-Alix, 2003 6 / 12
    "Gema", Alberto García-Alix, 2003

    © Alberto García-Alix /Courtesy the artist, Kamel Mennour, Paris and galería Juana de Aizpuru, Madrid

  • "San Carlos", Alberto García-Alix, 2014 7 / 12
    "San Carlos", Alberto García-Alix, 2014

    © Alberto García-Alix /Courtesy the artist, Kamel Mennour, Paris and galería Juana de Aizpuru, Madrid

  • "Masque indélibile", Alberto García-Alix, 2010 8 / 12
    "Masque indélibile", Alberto García-Alix, 2010

    © Alberto García-Alix /Courtesy the artist, Kamel Mennour, Paris and galería Juana de Aizpuru, Madrid

  • "Expresionismo Feroz", Alberto García-Alix, 2014 9 / 12
    "Expresionismo Feroz", Alberto García-Alix, 2014

    © Alberto García-Alix /Courtesy the artist, Kamel Mennour, Paris and galería Juana de Aizpuru, Madrid

  • "El Tesoro de Bubu", Alberto García-Alix, 2010 10 / 12
    "El Tesoro de Bubu", Alberto García-Alix, 2010

    © Alberto García-Alix /Courtesy the artist, Kamel Mennour, Paris and galería Juana de Aizpuru, Madrid

  • "Témoin d'un crime", Alberto García-Alix, 2010 11 / 12
    "Témoin d'un crime", Alberto García-Alix, 2010

    © Alberto García-Alix /Courtesy the artist, Kamel Mennour, Paris and galería Juana de Aizpuru, Madrid

  • "Autorretrato Mi lado femenino", Alberto García-Alix, 2002 12 / 12
    "Autorretrato Mi lado femenino", Alberto García-Alix, 2002

    © Alberto García-Alix /Courtesy the artist, Kamel Mennour, Paris and galería Juana de Aizpuru, Madrid

  • "El Paraiso de los Creyentes", Alberto García-Alix, 2010 1 / 12
    "El Paraiso de los Creyentes", Alberto García-Alix, 2010

    © Alberto García-Alix /Courtesy the artist, Kamel Mennour, Paris and galería Juana de Aizpuru, Madrid

On aurait pu s'en douter, tant les femmes tiennent une place centrale dans son travail. Son cadrage briserait cependant l'académisme de l'œuvre, en se concentrant juste sur les mains qui flirtent avec les pieds. Un cliché sensuel à la García-Alix. Une image claire, simple, mystérieuse, comme tous ses tirages aux noirs et blancs très graphiques, et qui évoquent le coup de crayon d'un maître.

Fils de bonne famille, Alberto García-Alix est venu à la photo par hasard. En 1975, à 19 ans, il décide de plaquer ses études de droit à Madrid pour s'engouffrer, à la mort de Franco, dans la Movida, cette immense fiesta que célèbre alors la jeunesse espagnole. Comme tous ses amis, Alberto se shoote à l'héroïne et commence à saisir, sans intention précise, son entourage se plantant des seringues dans le bras, le milieu underground de la nuit, mais aussi des acteurs porno qui s'exhibent à poil dans des positions provocantes et que son objectif restitue par on ne sait quelle magie, en images d'une indicible pudeur.

“Mes références sont plus littéraires que photographiques”

Très cultivé, même s'il se décrit comme un « éternel voyou », le photographe en blouson de cuir, à la voix éraillée, se souvient des visites au musée du Prado commentées par sa mère : « Les dimanches, elle nous emmenait, mes cinq frères et sœurs et moi. Elle commentait les formes et les couleurs des tableaux de Velázquez, de Goya. Elle m'a appris à regarder, à réfléchir au sens d'une image. Mon père avait une bibliothèque incroyable. J'ai découvert Flaubert, Balzac, et surtout Céline et son Voyage au bout de la nuit. Je suis toujours un lecteur compulsif, insatiable. Mes références sont plus littéraires que photographiques. »

Régulièrement, des admirateurs sortant de l'exposition, toujours très fréquentée, viennent interrompre l'interview pour une signature de son livre d'autoportraits, ou l'apostropher d'un « ¡ Holà Alberto ! », ponctué d'une tape amicale sur l'épaule. Homme d'images, García-Alix s'est lui-même transformé en image. Il est tatoué des pieds à la tête. Il a commencé vers l'âge de 20 ans, bien avant que cela devienne une mode internationale, dans l'esprit des marins qui jadis racontaient les péripéties de leurs voyages en dessins sur le corps.

Sur sa tempe, une étoile. « Ça, c'est mon côté superstitieux. Elle me protège et m'empêche de m'effondrer. » La montre sur son poignet ? « Lorsque j'étais à Buenos Aires, on m'a braqué en pleine rue et volé une montre très importante pour moi. La seule chose qui me restait de mon père. J'étais complètement déprimé. Je voulais rentrer en Espagne. Et puis je me la suis fait tatouer sur la peau. Ça m'a aussitôt consolé. Personne ne pourra plus me la voler. » Ce curieux cadre sur la main duquel s'échappent des personnages à la Chagall ? « Ça date de mon séjour à Paris [en 2005 et 2006] pour un traitement contre l'hépatite C. Deux années noires, un cauchemar. Je voulais m'échapper de ce cadre, de la maladie, de Paris. M'échapper de tout, trouver une autre vie. »

Il aime par-dessus tout les rencontres, comme le racontent ses milliers de portraits. « La photographie m'a tout appris, à aimer, à me comprendre et à comprendre les autres, à regarder le monde. Elle m'a empêché d'aller trop loin, elle m'a sauvé de la mort quand j'aurais pu sombrer définitivement dans la drogue, comme mon frère et la plupart de mes amis. Je suis un survivant. » Il a raconté cette hécatombe dans une vidéo bouleversante, De donde no se vuelve (« D'où l'on ne revient pas »).

 L'un de ses plus beaux livres s'appelle Lo que dura un beso (« Ce que dure un baiser ») (1) . A ses débuts, il avait qu'un téléobjectif de 80 mm. Il l'a troqué contre un grand-angle, pour se rapprocher de ses modèles jusqu'à les toucher, à la distance d'un baiser. On ne peut mieux décrire la sensation que l'on ressent face à ses images. Celle d'un baiser.

 http://vimeo.com/34549728

(1) Lo que dura un beso, éd. Kamel Mennour, 136 p., 45 €.

12:05 01/12/2014 | Lien permanent | Tags : arts |  Facebook

24
nov

Femmes, je nous aime.

Branleuses
+
Tout le monde (le fait)
+
Les filles
+
Poésie

En cet’ soirée de mars, propice aux giboulets

Nous voulions partager, nous voulions diffuser

Un morceau de radio, tout fait de poésie

De nos voix étoffées, quelques poèmes choisis

***

Critiquer le verbiage, des auteurs reconnus

Qui n’ont eut que de cesse, de rabaisser les femmes

Et de croire chez elles, une absence de flamme

les enrimant en muses, ou en bas-bleus déçues

***

Vous allez écouter des poétesses rimer,

Créer imaginaire, décimer leurs colères,

Reprendre le hasard, ne plus se laisser faire

Et des vers féministes, vous pourrez admirer

bibliographie, discographie et tout le tralala

Sumyko. 2014.jpg (art by Sumyko)

 

Musique :

Théorie :

  • Création : où sont les femmes ? Nathalie Epron, édition terres d’éclat
  • Devenir poétesse à la belle époque, Patricia Izquierdo, édition l’Harmattan
  • femmes art et pouvoir Linda Nochlin, éditions Jacqueline Chambon

Poèmes lu :

  • Marina Tsvétaeva ( extrait de création, ou sopont les femmes, de Nathalie Epron)
  • Dans Anthologie de la poésie des femmes du Québec, Nicole Brossard et Lisette Girouard, les éditions du remue-ménage :
  • Les femmes, Pauline Julien
  • Pourquoi ?, Cécile Chabat
  • Archives distraites, Germaine Beaulieu
  • Réalité, Andrée Chaurette
  • Révolte, Marie Le Franc
  • La haine, Renée Vivien, oeuvre poétique compléte de renée vivien 1877-1909, édition régine desforges
  • Translations, adrienne rich, 1972
  • La poésie n’est pas du luxe, Audre Lorde, Sister outisder, Editions Mamamelis
  • The Bridge Poem, Donna Kate Rushin, This bridge called my back, edition persephone press ; traduction française Paola Bacchetta et Jules Falquet.
  • Révolte, Andrée Chedid, texte pour un poème, Flammarion
  • How to Tame a Wild Tongue, Gloria Anzaldúa Borderlands La Frontera the New Mestiza, third edition
  • Une femme sans homme c’est comme un poisson sans bicyclette, collectif, en manif
  • If only out of vanity, StceyanChin

et puis aussi on ne l’a pas mis dans l’emission masi voici un petit  bonus qu’on nous a envoyé et qui a été fait pout shiftcore (d’ailleur il y a une emission sur shiftcore !) :

 

Voir en ligne : pour telecharger : clic droit enregistrer la cible du lien sous...

girlz

article de filles bien avec qui j'approuve j'accorde je relie je trouve je peaufine je suis bien. ici.

23:51 24/11/2014 | Lien permanent | Tags : girlz |  Facebook

22
nov

Résumé de la 46ème soirée filles avec un cerveau (chacune) chez Nathalie à Schaerbeek.

Voilà, la 46ème a eu lieu... c'était bien, doux, dense, clair, bien, ... (ce qui apparait en gris est hyperliant, donc cliquez et laissez la magie agir)

Anissa : Youyou Vs. Yodel (performance @ BEURS le 28/11) + reprise de Fairyground Attraction … CLARE’s song avec la voix d’Anissa au dessus des / dans les corps.

Nathalie : Histoire d’amour courte mais intense de la grand-mère. Ampoulage et Déraison.

girlz, artsMarino : Bob & Bobette traduit, films East is East / Shower
et apprécier le Curry de Suzy

Christine: Extrait d’un manuscrit en route vers le monde… La vie secrète de Jiminy Cricket… et Jiminy lui-même apparu ce soir là.

Sophie : le destin, les choses à côté ou son joug, la parabole du zeppelin, des flammes, des voies impénétrables mais pénétrées.

Fatma : ma mère a trouvé les numéros de la loterie mais… texte sur soi, sur d’autres, pour chacun-e. Mixités et transversales.

Paloma : Le test de Bechdel et la possible lecture qu’il donne au regard sur les films, et autres récits.

Claire : L’odeur des arbres (spectacle écrit par Koffi Kwahulé et mis en scène par Isabelle Pousseur, vu à Ouagadougou (pendant la chute de Blaise Compaoré) dans le cadre des Récréatrales menées entre autres, par Etienne Minoungou alias Mohamed Ali – spectacle au Public début 2015) bientôt à l’Océan Nord.

Béatrice : Le petit peuple des mares, exposition (=> 30/11) et choix de vie et merveilles d’un village… (image jointe)

petit peuple des mares bea Duc.jpg

Linda : Prix Europa ou pas Prix Europa. She ist eine Berliner. Documentaire Petit T en tout cas.

Zoélie : Manifestation dans Bruxelles de loin, l’inquiétude et les sons des colères. Train et GSM.

Pauline est venue mais n’a pas eu l’énergie nécessaire pour rester et présenter ce qu’elle avait apporté – prochaine fois !

Alice : Chorale de lutteurs-chanteurs-lutteuses-chanteuses à former, à inventer. Une chorale qui dit, qui évoque, qui inspire, qui dénonce.

girlz, artsAliette : Dictaphoneuse avec la question « la rencontre, c’est… / ce serait… » + Mentions de jtebaise + rencontres du 3ème type (blog de Suzy)
ET extrait d’un livre sur la femme auteure-autrice de Caroline-Stéphanie-Félicité du Crest de Saint-Aubin, comtesse de Genlis.

Amélie : pas le débat sur la cohérence dans la vie, au travail mais bien un podcast à écouter mille fois sur l’amour et les restes d’un texte de Kristian Hallberg… True Love Will Find You In The End

Karine: Je ne suis pas / elles sont.

Suzy: chant d'enfance d'un Maroc pluriel, polysémique, mères, familles, clans, passerelles entre langues et peuples. (+ blogs sus-mentionnés)

Milady:la peur comme moteur social et politique et médiatique et humain et physique et comme frein social et politique et médiatique et humain et physique. Peur d'avoir peur, plus encore. + Expo photo "Oeil pour Oeil" à venir pour le 4ème anniversaire de la boutique Maelström.

Prochaine soirée filles fin janvier - chez qui? On verra.

10:33 22/11/2014 | Lien permanent | Tags : girlz, arts |  Facebook

13
nov

Breillat / Devésa (et puis Aventin pas loin)

"Cher(e)s Collègues,
Cher(e)s Etudiant(e)s,
Cher(e)s Ami(e)s,


Je me permets de vous informer que la vidéo (tournée par l'Equipe Mollat) de l'Entretien que m'a accordé la romancière et cinéaste Catherine BREILLAT le 10 octobre, et qui a été diffusé en ouverture du Colloque international "La Trahison des images, la déficience des langues" (Bordeaux, 17-18 octobre 2014), est désormais en accès libre sur YOUTUBE.

C'est un document important ayant trait à l'oeuvre de Catherine Breillat, à sa représentation du féminin, à son travail d'adaptation du texte à l'écran.

Vous le trouverez en suivant ce lien :

http://www.youtube.com/watch?v=HASRAP1fWhg

Je veux ici remercier l'artiste pour sa générosité. Et exprimer ma gratitude à M. Denis Mollat et à toute son équipe pour avoir consenti à tourner ce film.

Avec l'expression de me salutations les meilleures,

M. Jean-Michel Devésa"

+

http://www.ferulg.ulg.ac.be/pdf/aventin_dossier_presse.pdf

21:07 13/11/2014 | Lien permanent | Tags : lis tes ratures, arts |  Facebook

5
nov

Oeil pour Oeil - Expo photos de mon oeil - déc14 -> jan15

Oeil pour Oeil - expo milady renoir - Maelström Boutique - 20142015.jpg

23:07 05/11/2014 | Lien permanent | Tags : arts, agendada, act-u |  Facebook

Pacôme Thiellement écrit comme j'aimerais penser.

Le poème du management et de la mort

Écrivain et vidéaste. Collaborateur de Rock & Folk et de Chronic’art, il est chroniqueur pour ventscontraires.net (revue collaborative du théâtre du Rond-Point) et pour l’émission Mauvais genres de France Culture. Il est l’auteur de nombreux essais consacrés à la culture pop et vient de publier Les Cinq Livres du King avec l’illustrateur Jonathan Bougard, aux éditions Le Feu Sacré.

 

"La vie d’une langue ne dépend pas de ceux qui la parlent mais de ceux à qui elle s’adresse. Elle est d’abord une maille pour attraper les êtres invisibles, un masque à pensées et une boîte à rêves. À la source de chaque langue, il y a sa relation avec la « langue des ­oiseaux », c’est-à-dire la façon dont elle entre en relation avec d’autres états de notre être – ceux que l’on appelle les Anges. Et tous les poètes parlent la « langue des oiseaux », qui est parfois la simple découverte d’un rythme ou d’une syntaxe émotive inédite. Toute parole poétique, comme tout amour, est un passage vers l’au-delà.

Ce n’est pas son mélange avec les autres langues qui appauvrit le français ; même avec l’anglais des films et de la musique pop. C’est sa contamination par le langage de l’entreprise, le jargon des publicitaires et politiques, la langue de l’information et de la communication. Ce qui tue une langue c’est son usage « de communication », c’est sa volonté d’être « comprise » à tout prix, son obsession à pénétrer dans le cerveau de son interlocuteur. Cette langue-là, qu’on voit à l’œuvre dans n’importe quel débat d’idées, on peut la haïr comme un viol, parce qu’elle ne s’adresse qu’à ce qui nous rabaisse. Elle ne nous perçoit que comme de la viande à voter, acheter, payer le prix fort et recommencer. Et on ne peut jamais lui répondre, puisque c’est à cet usage polémique qu’elle cherche toujours à nous rabaisser. C’est comme les oiseaux mécaniques qui pourrissent la vie du président Schreber : ça ne sert à rien de les insulter ou de les frapper ; le névropathe doit leur répondre par d’étranges variations homophoniques pour qu’ils se taisent – qu’ils se taisent, enfin. On doit faire pareil avec les managers, les publicitaires et les experts : seule l’interruption poétique pourra mettre fin à leur règne. On doit les tuer par un mystère qui les enferme et les dépasse. Qui écrira enfin Le Poème du management et de la mort ?

On dit que les hommes d’autrefois, menés par Nemrod, le roi-chasseur, avaient construit une tour pour accéder au ciel. Le démiurge la détruisit ; et de cette destruction provint la multiplicité des langues. Franz Kafka et Raymond Abellio ont tous deux parlé de la fosse de Babel. Mais le monde de la communication et du management nous apprend que Babel n’est ni une tour ni une fosse. C’est une plateforme – et c’est sur la plateforme de Babel que nous marchons tous aujourd’hui, priant pour qu’un démiurge revienne afin de la mettre en pièces une bonne fois pour toutes.

Car on ne meurt ni dans l’unification titanesque des Anciens, ni dans la dissémination des Modernes. On meurt dans la langue aplatie des ministres et des hommes d’affaires, des technocrates et des chroniqueurs télévisuels. Une langue que tout le monde parle, mais que personne n’écoute. "

20:43 05/11/2014 | Lien permanent | Tags : lis tes ratures |  Facebook