3
nov

Un livre collectif proposé à Mons2015 (d'autres lieux d'exposition suivront)

Le roman-photo-aléatoire-livre-objet "Fragments autour d'un Portrait" (ou la recherche d' un roman -photo-roman ouvert) sera exposé pour la première (mais pas la dernière) fois à Mons. Vernissage ce jeudi 5.

image003.jpg12 Artistes, poête(sse)s- écrivain(e)s- plasticien(s)- photographe- performeuses , se retrouvent autour d'un projet mettant en filiation travail plastique et écriture.

Participent à ce projet:

Christine Aventin Ecrivaine / Alain Dantinne Poète, Romancier / Rony Demaeseneer Auteur / Patrick Guaffi Plasticien / Paul Gonze Plasticien, « Impénitent touche-à-tout, se prétend anartiste-papowéte- romenteur » / Jacqueline L'Heveder Ecrivaine / Françoise Lison-Leroy Poète et novelliste, participe à une chronique culturelle / Rachid Madanis Ecrivain, poète / Colette Nys Mazure Poète, nouvelliste, romancière et essayiste/ Yvan Peeters Photographe / Milady Renoir « Lectrice, autrice, animatrice, accompagnatrice » / Jean Marie Stroobants Galeriste, commissaire, plasticien, écrivain.

Ce projet a comme regard porteur la réalisation d' un « roman-photo-roman aléatoire ». D'autres lieux d'exposition, d'exploration proposeront ce livre, entouré de lectures, de performances. Ce livre évolue en fonction du temps, de ses auteurs, de la volonté des choses et...

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19:08 03/11/2015 | Lien permanent | Tags : lis tes ratures, act-u |  Facebook

Potentia Gaudendi 2.0 à Liège

allez, on le dit

“L'ELECTRO GLAMOUR NIGHT…
ou quand des artistes féminines de la FWB se rencontrent et entremêlent leurs talents, leurs mots, leurs émotions, leurs gestes et leurs sons le temps d'une soirée inédite.

28 novembre 2015

22h00 • STEPH WUNDERBAR Dj set (BE)
22h30 • “POTENTIA GAUDENDI 2.0” : une lecture poétique performée par Milady RENOIR & Christine AVENTIN accompagnées de Vera Narque à la guitare électrique sur un habillage musical de Steph WUNDERBAR
23h30 • STEPH WUNDERBAR Dj set (BE)
01h00 • KARLA - Dj set (BE)

>> Entrée gratuite <<

Steph Wunderbar
https://www.facebook.com/StephWunderbarMusic

Karla
https://soundcloud.com/karla-b-hm

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Avec le soutien de la Ministre de l'Enseignement de promotion sociale, de la Jeunesse, des Droits des femmes et de l'Egalité des chances.

http://www.lesparlantes.be/
http://www.reflektor.be/

 

*********

 

La première étape de Potentia Gaudendi a eu lieu lors d'une résidence d'autrices (en Gaume). Christine Aventin et moi avons échangé, discuté, écrit à propos des termes et des intentions de Potentia Gaudendi (concept emprunté à Beatriz Preciado). Nicolas Marchant nous a rejoint pour alimenter le processus de restitution de nos écrits. Le blog http://potentiagaudendi.tumblr.com/ a reçu nos hésitations, nos désirs, nos rêves et nos perditions.
La seconde étape a eu lieu lors du FiEstival Maelström #8. Nicolas Marchant, Christine Aventin et moi avons expérimenté avec nos corps, des images, nos gorges, nos contrastes la mise en voix de ces élans.
Christine Aventin et moi sommes invitées à perpétuer l'échange et le désir du duo lors d'une soirée "Electro Glamour" à Liège le 28 novembre. Cette fois, nous serons accompagnées de Vera Narque, guitariste rock et Steph Wunderbar à l'habillage électro.

11:47 03/11/2015 | Lien permanent | Tags : act-u, lis tes ratures, place net |  Facebook

24
oct

lectures

Périphéries

Annie Leclerc, philosophe

Penser sans entraves

 

En 1974, avec Parole de femme, le féminisme faisait un pas de côté. Annie Leclerc s’y préoccupait davantage de revaloriser tout ce qui s’attache traditionnellement au féminin, et qui lui semblait précieux non seulement pour les femmes mais pour la société tout entière, que de s’emparer des prérogatives des hommes. Détestant les machos, elle revendiquait certes la liberté d’avoir accès, autant qu’un homme, à tout ce qui compte - la pensée, par exemple : elle est enseignante de philosophie. Mais elle se méfiait des bouffonneries vaines du carriérisme et du pouvoir, auxquelles elle préférait les joies obscures du quotidien. Récemment réédité, ce coup d’éclat d’une femme « entichée de vie » est plus que jamais d’actualité, au moment où le travail suscite des souffrances de plus en plus grandes et où le piège du carriérisme se referme sur les femmes comme sur les hommes. C’est aussi cette foi tenace dans la vie et ce goût de la réflexion sans concession qui ont animé Annie Leclerc, plus intéressée par ce qu’il y a à comprendre que par les jugements péremptoires, lors de ses quinze années d’atelier d’écriture en prison. Elle vient de les raconter dans un livre tranquillement subversif, d’une sagacité imparable : L’enfant, le prisonnier. Rencontre.

C’est un livre tout de sérénité et de clairvoyance ; rien de moins péremptoire, rien qui se fasse moins le complice de quelque violence que ce soit. Et pourtant, L’enfant, le prisonnier, sorti au printemps dernier, dans lequel Annie Leclerc raconte ses quinze ans d’atelier d’écriture en prison, est un livre éminemment subversif. Subversif, parce qu’il contredit, comme elle l’écrit elle-même, « l’arrogante affirmation selon laquelle un criminel est un criminel, un point c’est tout » ; affirmation qui s’est aujourd’hui imposée comme un dogme inébranlable. Il y a quelques jours encore, un présentateur de France-Inter, recevant la journaliste Dominique Simonnot pour ses Carnets de justice, dans lesquels elle rend compte du jeu de massacre des comparutions immédiates, lui assénait : « Oui, mais quand même ! Moi, si on me cassait la figure pour me voler mon portable, je ne serais pas très content !... » Annie Leclerc, pour sa part, observe : « Je sens très bien qu’il y a une résistance médiatique de fond à mon livre. Ça n’est pas dû seulement à la ligne politique actuelle, qui à mon avis est tout à fait désastreuse, mais aussi à un état d’esprit plus général, qu’on retrouve y compris chez ceux qui ne se croient pas dans cette ligne-là. Quelque chose s’est vraiment durci par rapport à tout ce qui se présente comme délinquance, relâchement des mœurs, petites agressions, mauvaise conduite... »

Sa perception des choses est toute différente. D’abord, elle ne perd jamais de vue le fait que la prison, « pierreuse concrétion de tous les maux du dehors », est le lieu du refoulé social par excellence : « On ne peut pénétrer l’univers putride de la prison sans éprouver la maladie du corps social tout entier qui a sécrété cela. » Elle s’y sent « en pays de vérité ». Sur l’extérieur, elle pose un regard d’une acuité impitoyable, décrivant « la pagaille innommable du dehors, étalée et sans bornes, l’hostilité confuse des intérêts, la violence de courte vue, l’inanité des commerces, la voracité tranquille des uns, le dénuement insondable des autres, l’absence résolue de pensée »... Ses prisonniers, la petite douzaine de ses « gars » avec qui elle se retrouve une fois par semaine à l’atelier, « au cœur large de la caverne sans violence », elle prend le parti, non de les idéaliser, mais de les accueillir « en non-criminels, en banals humains ». Elle refuse de savoir ce qui les a conduits en prison, de peur que cela ne l’empêche de bien faire son travail. Ils en sont les premiers surpris, comme elle l’écrit (dans le livre, elle parle d’elle à la troisième personne) : « Ils avaient le plus grand mal à la croire plus occupée d’eux, de leur être, de leurs paroles, de leur souffrance, de leur désir, que de leur crime. » Un jour, raconte-t-elle, quelqu’un - un surveillant, croit-on deviner - lui révèle que l’un d’entre eux, pour qui elle éprouve une sympathie particulière, est soupçonné d’être au cœur d’un réseau de prostitution enfantine : « Ce qu’on veut lui signifier, elle n’en doute pas, c’est combien elle est naïve, pour ne pas dire niaise. » Evidemment, elle est troublée : « Elle n’arrive plus à oublier ce qu’elle a raison - ça, c’est sûr - d’oublier d’habitude. »

 

« Je crois que ce qu’on accepte le moins,
c’est de se priver de la possibilité de se venger »

 

Oui, elle a raison. Certains s’indigneront sans doute, crieront à l’indécence, la sommeront de songer un peu aux victimes... Brandir les droits des victimes en les opposant à ceux des criminels, c’est la rhétorique classique des tenants de la tolérance zéro. En janvier 2003, devant les associations de victimes d’infractions, le ministre de l’Intérieur Nicolas Sarkozy déclarait par exemple : « Il n’est plus question de compromis. Les victimes méritent davantage de considération que les coupables. Avant de penser aux droits des délinquants, il faut penser aux droits des victimes et replacer celles-ci au centre des préoccupations de l’Etat. » Et pourtant... Si la démarche d’Annie Leclerc représentait au contraire le meilleur moyen de songer aux victimes ? Pour favoriser la réhabilitation et la réinsertion des détenus - ce qui est, après tout, l’une des missions officielles du système carcéral -, elle est persuadée qu’il faut solliciter d’autres parts d’eux-mêmes, les aider à s’épanouir. Ce qui est en même temps la meilleure manière de faire baisser le niveau de violence de la société et d’éviter de nouvelles victimes. « En prison, le détenu est réduit à son crime, explique-t-elle. Il n’est plus que cela ; il est enfermé dans la criminalité, en quelque sorte. Ce qu’on peut aider certains à acquérir, c’est une autre idée d’eux-mêmes. L’idée qu’ils ne sont pas forcément acculés à ce destin, qu’ils pourraient peut-être vivre autrement, envisager d’autres choses... Mais ce sont eux qui font le travail ; ce n’est pas moi. Simplement, à un moment, il se produit une conversion de l’image qu’on a de soi. »

Le problème, c’est que la prison, loin de favoriser la réinsertion, la rend impossible - « la prison apprend comment on y retourne », écrit-elle. Elle commente : « Je crois que ce qu’on accepte le moins, c’est de se priver de la possibilité de se venger. Il a fait du mal, il faut lui en faire : c’est là une conviction très obstinée, très ancrée dans l’humanité. D’ailleurs, le sens de la balance par laquelle on symbolise la justice, pour moi, il est là : le mal a été fait, il faut donc rééquilibrer en faisant du mal à celui qui en a fait... C’est évidemment désastreux, parce que c’est un cycle sans fin. Quand on considère tous les malheurs du monde à l’heure actuelle, que ce soit en Palestine ou en Tchétchénie, on entend partout et toujours : Nous vengerons nos morts. Or, bien sûr, c’est un cycle infini qui ne fait que tout aggraver. Ce qui ne veut pas dire qu’il ne faille rien faire quand le mal a été commis : bien sûr qu’il faut marquer le coup. Mais il ne faut pas, surtout pas, le concevoir comme une vengeance. » Or le système carcéral, les détenus le lui clament, n’est qu’une institutionnalisation de la vengeance : « Tout ce qu’ils veulent, c’est montrer qu’ils sont plus forts que toi, plus méchants que les méchants. C’est ça leur justice. »

 

« Est-ce qu’on peut essayer de comprendre
sans tomber immédiatement
sous la hache des censeurs
qui vous tranchent d’un coup la langue
pour pacte avec le crime ? »

 

 

 

Elle dit dans son livre la « grâce » que représente, pour les participants à l’atelier, le simple fait d’être appelés par leur prénom, pour une fois, et non par leur nom de famille, leur numéro d’écrou ou de cellule. Mais attention : elle prévient très vite qu’elle se garde bien de « raconter des histoires de salut. Ni la sienne, ni celle de quiconque ». « On ne mesure pas les résultats de tout cela, dit-elle. C’est impossible à mesurer. Et puis, en général, je perds de vue la plupart des détenus que j’ai rencontrés. Mais j’ai quand même eu - sans savoir ce que cela a pu donner par la suite - des témoignages de ce qu’il s’est réellement passé quelque chose ; des témoignages de fidélité formidables. J’ai gardé avec certains quelques contacts de pure abstraction, un coup de fil, une lettre, une petite rencontre de temps en temps ; mais, si un jour j’avais besoin d’un secours rapide, efficace, je sais que je penserais certainement à ces garçons-là autant qu’à des amis. L’un habite à Ibiza, un autre a une entreprise en région parisienne... Mais je suis sûre que, si je soulevais mon téléphone, ils accourraient dans l’heure. »

Que s’est-il passé pour justifier une telle foi dans les liens tissés ? Eh bien, avec ces hommes acculés à une « terrible clairvoyance », elle a eu des conversations. De vraies conversations philosophiques - elle est, par ailleurs, enseignante de philosophie. Avec eux, elle a pu poser des questions qui la taraudaient depuis longtemps, qu’elle n’avait jamais osé formuler à haute voix, et à laquelle eux s’attelaient avec le plus grand sérieux. Par exemple : « Comment expliquer que ça puisse faire du bien de faire du mal ? » Elle écrit : « Personne ne lui semble plus amical que ce prisonnier accueillant avec elle la question de la violence. Personne ne lui est plus hostile que ce penseur qui n’y pense jamais, ou cet homme politique qui veut la contenir sans savoir de quoi elle est faite. » Ce qui caractérise Annie Leclerc, c’est la passion de penser ; c’est le refus de la limite que la moralité, les convenances, les tabous, l’indignation, la paresse, posent en général à la pensée, tôt ou tard. Dans son livre, elle raconte par exemple ceci : un jour, à l’atelier d’écriture, on commente un fait divers survenu pendant la semaine : dans un train de banlieue, une jeune fille s’est fait violer par une bande de voyous sans que les autres passagers du wagon interviennent. Scandalisés, les prisonniers vitupèrent contre tant d’indifférence, de couardise, de lâcheté... Elle les laisse se défouler, et puis elle leur propose de réfléchir aux raisons qui ont fait à la fois que la jeune fille n’a pas appelé à l’aide et que les voyageurs n’ont pas bougé. « Est-ce qu’on peut essayer, oui ou non, d’arrêter un moment l’affreuse machine à ne pas penser, à ne pas connaître, à ne rien savoir, là où justement il y a tant à savoir ? (...) Est-ce qu’on peut essayer de comprendre le crime des passagers inertes et muets sans tomber immédiatement sous la hache des censeurs qui vous tranchent d’un coup la langue pour pacte avec le crime ? » La moisson sera bonne : le résultat de leurs investigations mérite largement le détour.

 

« La prison accule l’incarcéré à ses vieilles stratégies
de survie, de passage en force,
de violence et d’aveuglement »

 

 

Mais ce refus de mettre les choses à plat, de tenter de comprendre, n’a pas fini de laisser perplexe Annie Leclerc : « Cet arrêt délibéré de la pensée, c’est quelque chose qu’on rencontre même chez des gens très intelligents, très ouverts à la réflexion. J’ai par exemple une grande amie, une intellectuelle que j’aime beaucoup, dont j’apprécie beaucoup le travail ; récemment, elle m’a demandé ce que je faisais en ce moment, et je lui ai répondu que je m’intéressais à la tauromachie, à ce qui se passe lors d’une corrida... Il se trouve que je me suis mise à penser à des histoires de taureaux, en lisant les mythes de l’Antiquité, ou Gilgamesh, que vous voyez là, sur la table... J’ai lu des textes de toreadors tout à fait magnifiques. Je me sais absolument incapable d’assister à corrida : je ne pourrais pas, je crois que je pleurerais tout le temps, que je serais tout à fait insupportable... Mais voilà : ça m’intéresse quand même. Et mon amie m’a répondu, très choquée : “Quoi ! Mais comment... Je ne comprends pas comment tu peux faire ça, pour moi c’est l’horreur même...” Je me demande si ce moment où la pensée s’arrête - s’arrête volontairement - ne correspond pas à un refus de renoncer à la guerre, à l’idée que oui, vraiment, il y a des ennemis. J’ai écrit un livre, Exercices de mémoire, après avoir vu Shoah de Claude Lanzmann. Et je me suis demandé comment ça pouvait arriver... Disons que j’ai essayé de m’approcher le plus près possible de : comment cela peut-il arriver de devenir nazi - soit commanditaire, soit exécutant, ce qui n’est pas tout à fait la même chose. Alors, j’ai beaucoup lu. J’ai lu Mein Kampf, par exemple. Les gens autour de moi étaient horrifiés, ils s’exclamaient : “Mais c’est monstrueux !” Parce que, du coup, évidemment, dans ma bibliothèque, il y avait Mein Kampf. Eh bien, oui... Mais pourquoi ? Pourquoi ce refus ? Comme si essayer de comprendre, c’était déjà juger favorablement, ou trouver des excuses... Mais ça n’a rien à voir ! »

Au contraire, peut-être ? La violence, observe-t-elle, découle toujours d’un refus de penser, justement : « Se venger, c’est cesser de penser. La violence nazie, la décision d’extermination, c’est aussi : je ne pense plus ; c’est le moment où la pensée s’arrête. J’ai toujours eu l’impression que la violence et la fermeture d’esprit, ça allait ensemble. Mais c’est très difficile à faire passer auprès des gens. » A l’écouter, on songe tout à coup aux témoignages de bourreaux rwandais recueillis par Jean Hatzfeld dans son livre Une saison de machettes ; les tueurs vantent l’organisation génocidaire, qui pouvait être mise en œuvre « sans plus s’attarder derrière des questions ». L’un d’eux déclare : « On allait et on revenait, sans croiser une idée. »

Il y a la pensée, et puis il y a la parole - ce qu’elle appelle la « bénédiction native » de la parole. Dans les conversations de l’atelier, il s’établit un lien direct entre l’absence de parole et la punition. « Le malheur, le vrai malheur, disaient-ils, c’est quand on ne peut pas parler, alors même qu’on a les mots. C’est ce qui arrive, a dit Mohammed, quand on est puni, qu’on est seul dans son coin. » Elle remarque alors que la punition se présente comme « l’envers de la confiance établie dans la parole ». Ensemble, ils réfléchissent à la punition. Elle dit ses doutes : « Mais un enfant qui casse, qui frappe, qui fugue, qui ment, qui vole, il faut bien le punir, non ? Nasser avait éclaté de rire : un enfant qui fait tout ça, c’est qu’on l’a déjà trop puni. A propos, Annie, j’ai un petit garçon de deux ans, vous voudriez pas l’adopter ? » Elle poursuit la réflexion toute seule : « La punition, écrit-elle, ne vient pas après le crime, elle le précède, elle le figure, elle l’appelle. » Et aussi : « La prison réitère, pousse à leur paroxysme tous les enfermements d’enfance. Elle concrétise sur le mode du cauchemar toutes les vieilles oppressions, humiliations, impuissances archaïques. C’est la même chose qui recommence ; en pire. En béton, en radical. Confirmation inexorable de ce qu’on savait d’avance. La prison accule l’incarcéré à ses vieilles stratégies de survie, de passage en force, de violence et d’aveuglement. » De quoi jeter une lumière encore plus crue sur l’absurdité de la politique de répression à tout crin, menée en toute connaissance de cause : « Plus on construit de prisons, plus on y met de monde, plus il y a de monde à y mettre. » Elle conclut amèrement : « Qui peut imaginer qu’une surenchère de répression va prévenir le mal, réduire la délinquance, éduquer les enfants ? Eduquer ! »

 

« Il n’y a pas de mots plus forts, plus pénétrants,
plus aigus que ceux du prisonnier
en train d’écarter les barreaux qu’il a dans la tête »

 

 

Pour elle, son choix est fait : plutôt la confiance dans la parole que les leurres de la punition rédemptrice. Elle écrit : « Il n’y a pas de mots plus forts, plus pénétrants, plus aigus que ceux du prisonnier en train d’écarter les barreaux qu’il a dans la tête. » « On n’imagine pas, dit-elle, tout ce qu’on pourrait résoudre si on parlait plus, si on mettait les gens en confiance de parole, si on leur témoignait que, oui, ils sont intelligents, ils ont choses à dire. On a toujours du mal à me croire quand je dis ça, et pourtant, j’ai rencontré plus d’intelligence et de profondeur chez les détenus que chez mes élèves. Parce qu’un jeune élève de terminale, il a déjà une certaine idée de ce qu’il est, de ce qui est bien, de ce qui est juste... Les prisonniers, eux, contrairement à ce qu’on pourrait croire, ont une très mauvaise opinion d’eux-mêmes. Ils se considèrent comme de la sale engeance, ils se méprisent beaucoup. Mais quand on leur laisse la possibilité d’écrire ce qu’ils ont sur le cœur, comment ils voient les choses, en leur disant qu’on se fiche des fautes d’orthographe, qu’on n’est pas là pour ça, qu’on n’a pas de stylo rouge, qu’il n’y a pas de note, pas d’examen au bout... C’est formidable, ce que ça peut donner. J’ai l’impression que c’est ça qu’il faudrait faire, systématiquement. » Mais les ateliers comme les siens restent une goutte d’eau dans la mer : un par prison au meilleur des cas, deux à la rigueur s’agissant d’une très grande prison comme Fleury-Mérogis, chacun ne pouvant accueillir qu’une douzaine de personnes.

Et pourtant... Dans certains cas, on ne peut s’empêcher de penser qu’il suffirait de peu de choses pour sortir quelqu’un de la délinquance. « Un jour, à l’atelier, un jeune détenu d’une trentaine d’années m’a confié un gros manuscrit dans lequel il racontait “ses” différentes prisons - il en avait déjà connu six ou sept - ainsi que son entrée dans la délinquance. C’était absolument passionnant. Ce garçon faisait toujours la même chose : il volait des chéquiers. Or, le premier chéquier qu’il avait volé, c’était celui de son père. Il était l’aîné d’une famille nombreuse, et il aimait bien son père, mais il avait toujours eu des doutes sur le fait qu’il soit effectivement son père. Avec ce premier chéquier volé, la première chose qu’il avait faite, ça avait été d’acheter une voiture, parce que ses plus beaux souvenirs, c’était quand il était enfant et que son père les emmenait se promener en voiture... Bon. Moi, tout ce que je pouvais faire, c’était lui conseiller de réfléchir davantage à tout ça, mais, de toute évidence, il y avait là des choses très fortes, très flagrantes... Si on l’aidait à comprendre le sens de ses actes, est-ce que ça ne pourrait pas l’aider à cesser ces vols répétés ? Au lieu de cela, il recommence, encore et toujours, en sachant pertinemment que ça va mal se terminer et que ça va augmenter encore la dose. »

 

Du féminisme conçu
non comme une revendication catégorielle,
mais comme un bouleversement
des valeurs qui gouvernent la société

 

 

 

Il lui semble que tous ces refus de parole contribuent à grossir et à envenimer démesurément les problèmes, les poussant vers l’irrémédiable. Dans un tout autre domaine, elle l’observe dans la façon dont on traite les jeunes filles voilées, qu’on évoque devant elle : « Je suis très choquée par le comportement de certains responsables d’établissements scolaires, qui leur interdisent l’entrée de l’école, refusent tout dialogue... Je trouve cela effrayant. Pourquoi n’essaie-t-on pas de comprendre le sens que cela a ? On sait que certaines de ces jeunes filles portent le voile contre l’avis de leur famille : pourquoi ? Qu’essaient-elles de dire par-là ? C’est très intéressant ! Qu’est-ce qu’on gagne à leur interdire l’accès aux cours ? Bien sûr, il faut discuter : il y a un enseignement commun, il faut qu’on puisse faire la gymnastique... Mais y voir un signe d’ostentation religieuse agressive... C’est absurde ! » Dans L’enfant, le prisonnier, on lit : « Si on ne se comprend pas c’est qu’on ne s’est pas encore assez parlé. » S’en souvenir si un jour « Liberté, égalité, fraternité » ne fait plus l’affaire au fronton des édifices publics. Après tout, ça ne serait pas plus sacrilège qu’une animatrice de télé-poubelle en effigie de la République...

Pour autant, qu’on n’espère pas voir Annie Leclerc entrer dans l’arène, et se jeter dans la mêlée médiatique. Après le succès rencontré par son livre Parole de femme, en 1974, elle s’était mise à représenter un courant féministe dissident quasiment à elle toute seule. La voie tracée par le courant majoritaire - incarné notamment par Simone de Beauvoir - pourrait se comparer à une autoroute ; celle tracée par Annie Leclerc s’apparente davantage à un sentier qui se serait laissé envahir par les herbes folles - ce qui, après tout, n’est pas sans charme. Elle reste discrète, à la fois par choix (« je n’aime pas la polémique ») et parce que, comme elle l’explique sans détour, on ne vient pas la chercher : « Les féministes qui tiennent aujourd’hui le haut du pavé, comme Elisabeth Badinter, ne m’aiment pas du tout. » Les raisons de la réprobation qu’elle s’attire sont un peu contradictoires : les féministes classiques, d’une part, se défient des hommes, les jugeant suspects de velléités d’oppression ; d’autre part, elles envient leurs prérogatives. La position d’Annie Leclerc est exactement inverse. Elle n’a pas de ressentiment envers les hommes : elle est une grande amoureuse, elle ne rejette pas la maternité - Parole de femme contient l’un des plus beaux récits d’accouchement qui soient. Mais, en même temps, elle se préoccupe davantage de contrer le mépris dans lequel on tient tout ce qui s’attache au féminin que de s’emparer des prérogatives masculines. Elle se souvient : « Que les femmes acquièrent les privilèges des hommes, ça ne me semblait pas le plus intéressant. Moi, les hommes me faisaient un peu pitié. Je n’étais pas sûre que leur sort soit si enviable que cela. Je les voyais obligés d’être toujours performants, enchaînés à la réussite professionnelle à tout prix... Ces fameuses “prérogatives”, avant d’être revendiquées aussi pour soi, me semblaient dignes d’examen. » Là aussi, plutôt que de laisser cours à une quelconque vindicte, elle préfère exercer son goût de penser, de comprendre. Ce qui nous vaut par exemple une réflexion passionnante sur les raisons pour lesquelles la célébration du « Désir » (elle préfère la jouissance) est omniprésente chez les philosophes masculins...

 

Les tâches ménagères :
« Un travail qui a le sens même de tout travail heureux,
produire de ses mains tout ce qui est nécessaire à la vie,
agréable à la vue, au toucher, au bien-être des corps,
à leur repos, à leur jouissance... »

 

 

 

 

Elle définit rétrospectivement Parole de femme comme « un travail pour saper la déconsidération, le mépris, le désamour de tout ce qui s’attache au féminin » - un désamour partagé tant par les femmes que par les hommes. Ainsi, pour une Simone de Beauvoir, le corps féminin représentait un objet de dégoût, un esclavage à fuir autant que possible ; on a déjà cité ici cette phrase d’elle, relevée par Nancy Huston : « La femme est succion, ventouse, humeuse, elle est poix et glu, un appel immobile, insinuant et visqueux. » Annie Leclerc, elle, déniche chez Jean-Paul Sartre ces mots qui, sans concerner directement les femmes, transpirent la répulsion pour le féminin : « L’homme est un projet qui se vit subjectivement au lieu d’être une mousse, une pourriture, ou un chou-fleur. » Elle ajoute ce commentaire : « Qu’on lise bien la formule, puis qu’on ose prétendre devant moi que la mousse, la pourriture et le chou-fleur auxquels répugne le projet ne renvoient pas purement et simplement à la femme et je désespère à jamais de voir ébranler la mauvaise foi de l’homme. » Voilà pourquoi Parole de femme s’attache patiemment à réparer les dégâts, et revendique haut et fort, au contraire, la beauté et la noblesse de ce corps, explorant et exaltant les plaisirs dont il est le lieu - et cela, indépendamment du rapport sexuel qui, d’habitude, est seul à lui concéder une éphémère dignité aux yeux des femmes comme des hommes. Elle écrit par exemple : « Quand j’ai mes règles et que je me laisse faire comme je veux, c’est le moment le plus tendre, élémentaire, de ma conciliation à la vie. Je m’allonge sur mon lit, dans l’herbe, sur le sable (heureux temps des vacances !), je délie mes membres, mes muscles engourdis, je ferme les yeux. Mon ventre coule une tiède salive, un lait obscur. La vie s’épanche en vagues effleurées comme la mer paisible. Je touche la laine rêche de la couverture, l’herbe concise, le sable immense et minuscule. Je suis ce doux sang qui me quitte. Moi, plus moi. Le monde existe. Je m’y dilue dans l’infinité de la présence. Enfin je ne suis plus personne, ni une petite personne intéressante ni une grande personne affairée, personne. Je suis la continuité de la vie qui m’emporte et m’oublie. »

Parole de femme s’attache aussi à revaloriser les tâches ménagères, dans lesquelles Annie Leclerc voit un travail bien plus digne et moins absurde que celui du visseur de boulons à l’usine : « Mesquin ? sombre ? ingrat ? dégradant ? Un travail bigarré, multiple, qu’on peut faire en chantant, en rêvassant, un travail qui a le sens même de tout travail heureux, produire de ses mains tout ce qui est nécessaire à la vie, agréable à la vue, au toucher, au bien-être des corps, à leur repos, à leur jouissance... » Si ces tâches étaient devenues une malédiction, faisait-elle valoir, c’était parce que, méprisées, elles étaient rejetées entre les seules mains des femmes, qui s’y épuisaient : « Ce n’est pas balayer ou torcher le bébé qui est mesquin, dégradant, c’est balayer angoissée à l’idée de tout le linge qu’on a encore à repasser ; repasser en se disant que ça ne sera jamais prêt pour le repas du soir ; voir sans cesse différé le moment où l’on pourrait s’occuper des enfants, aérer l’humus de leur terre, les arroser, les porter à bout de bras, leur mettre des rires dans la voix et des questions sur les lèvres... » Elle commente : « Ça, ça a été très mal vu. Ça a peut-être été le point le plus difficile à faire avaler ! Mais, en même temps, je suis très contente de l’avoir fait. Je continue à tomber sur des textes qui considèrent que les tâches ménagères, il n’y a rien de plus con, rien de plus sale... Evidemment, parce que ça va à l’encontre de toutes les valeurs de prestige et de réussite de la société. Les tâches ménagères produisent des résultats discrets, modestes, invisibles socialement. A cause de cela, on les compte pour rien, on les traite par le mépris. C’est cela qui les rend très éprouvantes. »

 

Pas de plans sur la comète,
pas de fables rassurantes :
au contraire, une lucidité qui n’a rien à envier
à celle des nihilistes ricanants.
Mais une capacité à embrasser la vie,
à l’aimer pour elle-même

 

 

 

 

 

Ce livre a marqué sa rupture avec Simone de Beauvoir : « A une époque, j’avais écrit dans Les Temps modernes, la revue de Jean-Paul Sartre, et Beauvoir m’aimait bien. Je crois que je lui rappelais sa propre jeunesse : j’étais très remuante, curieuse, je lui racontais mes sorties, mes découvertes... Pourtant, je sentais que, sur le fond, quelque chose ne collait pas. Quand j’ai publié Parole de femme, il y a eu une critique très méchante dans Les Temps modernes, où je ne travaillais plus : on me reprochait d’être telle que les hommes souhaitaient les femmes, d’être dans une complicité petite-bourgeoise avec eux... » Grave erreur, évidemment. Son féminisme à elle, au contraire, s’avère bien plus ambitieux : elle le conçoit non comme une revendication catégorielle, mais comme un bouleversement des valeurs qui gouvernent la société ; bouleversement qui toucherait autant les hommes que les femmes. Concernant les tâches ménagères, par exemple, elle concluait :

« Si ce travail était perçu à sa juste et très haute valeur, il serait aimé, il serait choisi, convoité autant par les hommes que par les femmes. Il ne serait plus ce boulet, cette oppressante, irrespirable nécessité...
... Mais je rêve, j’utopographie, je sais.
Pour cela, il faudrait que soient crevées, ridiculisées, roulées dans la boue des plus pitoyables bouffonneries, toutes les valeurs mâles du pouvoir...
Mais il faudrait aussi que tout pouvoir soit arraché, brisé, réduit en cendres, laissant au peuple enfin non pas le pouvoir, mais sa seule puissance.
 »

Comme Nancy Huston (elles sont d’ailleurs amies), Annie Leclerc est une femme incroyablement accrochée à la vie, et qui avance dans le monde armée de cette foi indéfectible. Pas de plans sur la comète, pas de fables rassurantes : au contraire, une lucidité qui n’a rien à envier à celle des cyniques ou des nihilistes ricanants. Mais, en même temps, une capacité à embrasser la vie, à l’aimer pour elle-même, pour ce qu’elle offre, au ras du quotidien - sans rien non plus, attention, de l’autosatisfaction pantouflarde et consensuelle d’un Philippe Delerm et autres chantres de la « première gorgée de bière » : ces femmes-là, on croit l’avoir assez démontré, portent un pouvoir de contestation phénoménal. L’année dernière, Annie Leclerc a publié un sublime Eloge de la nage, inspiré par ses séances de natation à la piscine municipale. « C’est quelque chose dont je parlais souvent avec les prisonniers : qu’est-ce qui rend heureux, dans la vie ? Au début, je les laissais se déchaîner : avoir de l’argent !... Ne plus galérer !... Et puis, je les poussais à réfléchir : bon... Mais alors, qu’est-ce qu’on fait, quand on a beaucoup d’argent ? On s’achète une maison, d’accord. Et puis, comme on est encore riche, on en achète une deuxième : une résidence secondaire. Et après ? On fait quoi ? On court d’une maison à l’autre ?... Là, ils ne savaient plus trop. Alors, je leur racontais ce que moi je pensais au sujet du bonheur. Parce que c’est quelque chose que j’ai beaucoup cherché dans la vie - notamment dans mon livre Epousailles : qu’est-ce qui rend heureux, vraiment heureux ?... Je crois que, plutôt que de réfléchir aux moyens d’échapper à la souffrance, il faut interroger les moments où on a eu le sentiment d’être vraiment bien, et se demander ce qui faisait qu’on se sentait comme ça. Ce qui donne de la joie, c’est tout ce qui donne le sentiment d’augmenter la vie, la jouissance de la vie - mais de la vie elle-même, pas des possessions. Et ça, les prisonniers aimaient beaucoup. Ils en redemandaient ! J’ai vite compris qu’il ne fallait pas que je me prive. Souvent, ils me posaient la question : “Cette semaine, qu’est-ce qu’il y avait de mieux ?” En automne, en arrivant à la prison, je ramassais des feuilles mortes et je les leur apportais : “Vous avez vu comme c’est beau, ça ?” Alors, ils me demandaient de raconter comment c’était beau. Ou alors, ils me demandaient ce que j’avais mangé de bon. Je répondais, par exemple : un navarin... Et eux : “Mmmmh ! Un navarin !!!” Un jour, je leur ai demandé de se mettre d’accord et de me dire quel plat leur manquait le plus. Ils se sont concertés, et ils m’ont répondu : “Des œufs sur le plat bien grillés avec du pain frais, il n’y a rien de meilleur.” Alors, je leur ai promis qu’en rentrant chez moi, je me ferais des œufs sur le plat. »

 

Et si, maintenant que l’homme et la femme
sont tous les deux dans la même galère,
ils cherchaient ensemble comment en sortir ?

 

 

 

 

Parole de femme a récemment été réédité. Il reste totalement d’actualité, à la fois parce que la gigantesque tâche de revalorisation du féminin qu’y entreprenait Annie Leclerc est toujours à remettre sur le métier, et parce que sa critique des valeurs de compétitivité, sa clairvoyance quant à ce qui compte vraiment dans la vie, peuvent plus que jamais être utiles aux hommes comme aux femmes, à une époque où le travail, sur lequel on a tout misé, est une source de souffrance toujours plus grande (y compris lorsqu’il manque, d’ailleurs, puisqu’on n’a pas appris à vivre sans lui). « Au fur et à mesure que je vieillis, je constate que les que gens les plus malheureux que je connaisse sont ceux qui ont le mieux réussi professionnellement, assène-t-elle. C’est tellement d’angoisse ! Et puis, pendant tout le temps où se bat pour sa carrière, on ne vit pas... » En l’écoutant, on repense à un événement dont on a un peu parlé dans les médias ces derniers mois : le suicide spectaculaire, en janvier 2003, de Vicky Binet, employée aux ressources humaines d’une entreprise de haute technologie du pôle de Sophia-Antipolis, mère de quatre enfants (dont un qu’elle venait d’adopter), qui s’est jetée d’un pont devant les fenêtres de son entreprise. Elle a laissé une lettre dans laquelle elle dénonçait le harcèlement moral qu’elle avait subi. Elle estimait qu’on lui faisait payer le passage à temps partiel qu’elle avait demandé après plusieurs années de présence dans l’entreprise. Elle écrivait : « Je paye beaucoup trop cher mon temps partiel (pris entre autres et surtout pour m’occuper des enfants), ma sensibilité, l’attachement à mes valeurs humanistes et de respect envers autrui, quel qu’il soit (...), mon refus d’être un “bon soldat” (je suis pacifiste), mon refus d’être traitée brutalement (eh oui, j’ai un affectif). Bien sûr, je manque d’ambition professionnelle, de volonté de “faire carrière”, je ne cherche pas à être chef à la place du chef, j’ai d’autres "choses" dans ma vie qui équilibrent l’investissement que j’ai dans mon travail. Mais vous savez tous combien mon travail compte pour moi (j’ai abrégé mon congé d’adoption), cela fait un mois que je trépigne pour reprendre le travail. Mais à travers ce travail, surtout aux RH, j’ai envie de soulager la “souffrance humaine” et non pas d’en créer (...). Doit-on forcément être “brutale” pour que l’entreprise fonctionne mieux ? Pour être respectée, reconnue aux RH ? Pourquoi ce manque de respect ? Pourquoi humilier ? (...) “Tu es trop sensible, ce n’est pas ce qu’on demande à un manager” : heureusement qu’il existe des managers sensibles ! Il ne faut pas d’affectif au travail. Je ne suis pas une machine (...). » Le mari de Vicky Binet a porté plainte. En attendant le procès, l’enquête interne et l’audit commandité par l’entreprise ont d’ores et déjà conclu qu’il n’y avait pas eu harcèlement moral. Mais si c’était le management ordinaire qui, tout simplement, causait suffisamment de dégâts pour relever du harcèlement moral ?...

A lire cette lettre à la lumière des écrits et du discours d’Annie Leclerc, on se dit que le piège s’est refermé. Les femmes ont acquis le droit de faire carrière comme les hommes. Comme pour eux, ça a été pour le meilleur... mais aussi pour le pire. Et si, maintenant que l’homme et la femme sont tous les deux dans la même galère, ils cherchaient ensemble comment en sortir ? S’ils le voulaient, nul doute que les livres d’Annie Leclerc pourraient leur servir de viatiques.

Propos recueillis
par Mona Chollet
Photo Actes Sud

Annie Leclerc, L’enfant, le prisonnier, Parole de femme, Eloge de la nage (mais aussi Toi, Pénélope), Actes Sud.

15:08 24/10/2015 | Lien permanent | Tags : humoeurs, ego trip-e, lis tes ratures |  Facebook

13
oct

Braquons l'existant - pensée nécessaire ... (pour moi)

"Nous n’attendons plus rien de cette société. Ce qu’elle nous impose nous dégoûte ; ce qu’elle nous offre ne nous intéresse pas. Nous ne voulons plus succomber à la routine du travail pour gagner quelques miettes en échange de notre obéissance ; nous ne voulons plus avoir comme seuls rêves ce que la télévision nous montre.

Ils nous ont déjà tués des milliers de fois. A l’école, où ils nous ont inculqué que suivre le troupeau est mieux que de créer obstinément son propre chemin. Au travail, où les rythmes de la production et les exigences de l’argent étouffent le battement de nos cœurs qui aspirent à la liberté. A la maison, où les antidépresseurs et la tradition familiale nous noient dans l’habitude de la résignation. En prison ou centre fermé, où la société nous confirme que nous sommes indésirables. A l’église, la mosquée ou la synagogue, où la promesse d’un paradis en échange d’une morale autoritaire fait oublier que c’est que dans le présent que nous vivons. Cette société aime la mort et refoule la vie.

Cette société tient tout le monde en laisse ; la seule différence, c’est la longueur. Nous ne sommes pas de ceux qui se battent pour un collier moins serré, un salaire plus élevé, une police moins brutale, des politiciens et des patrons plus soucieux et honnêtes. Nous voulons simplement ce que tout être tenu en laisse devrait avoir à cœur : nous voulons la couper, foutre le feu à la cage, écraser tous ceux qui nous tiennent ou voudraient nous tenir en laisse.

Ce déchaînement de la passion pour la vie n’est pas un grand moment final à attendre patiemment ; il est quotidien et s’intensifie à mesure qu’il incite et se diffuse. Peut-être est-il parfois confus, ne sachant pas toujours où frapper pour briser les chaînes de l’esclavage et de l’adhésion, mais il est vivant. La révolte, ce cri de vie contre une société de morts, s’exprime des milliers de couleurs d’un arc-en-ciel : des attaques contre les polices qui quadrillent les rues aux atteintes à la sacro-sainte propriété, des sabotages de structures de la domination comme les banques, les intérims, les supermarchés, les institutions en tout genre aux refus clairs et nets de se laisser contrôler, humilier, enrégimenter.

La révolte ne relève pas du simple dégoût, mais parle aussi de joie. La joie d’affirmer que malgré tout, nous sommes vivants. Que malgré l’aliénation régnante, nos chemins de révolte se croisent encore et que les possibilités de tisser des liens de complicité ne sont jamais entièrement anéanties.

Dans la fureur de l’action, nous forgeons, petit à petit, nos rêves d’un monde sans maîtres et sans esclaves. L’attaque est nécessaire car elle crée des fissures, mais ce sont les désirs qui sapent l’édifice social.

Que souffle le vent de la liberté.
Que se déchaîne la tempête de l’insurrection.

 

>Un texte "fondateur" du mouvement anarchiste... D'autres: non-fides.fr/?Braquons-l-existant

 

 

 

 

 

 

11:16 13/10/2015 | Lien permanent | Tags : humoeurs |  Facebook

9
oct

pré-occupations

fuck u col.jpgMes occupations

Je peux rarement voir quelqu'un sans le battre. D'autres préfèrent le monologue intérieur.
Moi non. J'aime mieux battre.
Il y a des gens qui s'assoient en face de moi au restaurant et ne disent rien, ils restent un certain temps, car ils ont décidé de manger.
En voici un.
Je te l'agrippe, toc.
Je te le ragrippe, toc.
Je le pends au portemanteau.
Je le décroche.
Je le repends.
Je le décroche.
Je le mets sur la table, je le tasse et l'étouffe.
Je le salis, je l'inonde.
Il revit.
Je le rince, je l'étire (je commence à m'énerver, il faut en finir), je le masse, je le serre, je le résume et l'introduis dans mon verre, et jette ostensiblement le contenu par terre, et dis au garçon: «Mettez-moi donc un verre plus propre.»
Mais je me sens mal, je règle promptement l'addition et je m'en vais.

Henri Michaux

16:34 09/10/2015 | Lien permanent | Tags : humoeurs |  Facebook

Anaïs & Antonin

Lettre d’Anaïs Nin à Antonin Artaud

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Le toi qui fait presque mal

 

Anais Nin (21 février 1903 – 14 janvier 1977), la dévoreuse d’intellectuels auteure de Venus Erotica, est connue pour sa liaison passionnée et sulfureuse avec Henry Miller qui déchaînera les passions et sera un grand motif d’inspiration pour l’écrivain. La relation que l’on connaît moins fut celle, troublante, qu’elle partagea, alors qu’elle était mariée, avec l’artiste prolifique Antonin Artaud. Selon son Journal, leur première nuit fut un échec, Artaud ne parvenant pas à lui faire l’amour. Il lui avoue prendre trop d’opium, et la somme de partir. 

 

 

 

 

"18 juin 1933.

Nanaqui,

Je voudrais revivre mille fois ce moment sur les quais, et toutes les heures de cette soirée. Je veux sentir encore cette violence et votre douceur, vos menaces, votre despotisme spirituel… toutes les craintes que vous m’inspirez, et les joies si aiguës. Craintes parce que vous attendez tant de moi… l’éternité, l’éternel… Dieu… ces mots… Toutes ces questions que vous m’avez posées. Je répondrai doucement à vos questions. Si j’ai semblé me dérober, c’est uniquement parce qu’il y avait trop à dire. Je sens la vie toujours en cercle, et je ne peux pas détacher un fragment parce qu’il me semble qu’un fragment n’a pas de sens. Mais tout semble se résoudre, se fondre dans l’étreinte, dans la confiance de l’instinct, dans la chaleur et la fusion des corps. Je crois entièrement à ce que nous sentons l’un en face de l’autre, je crois à ce moment où nous avons perdu toute notion de la réalité et de la séparation et de la division entre les êtres. Quand les livres sont tombés, j’ai senti un allègement. Après cela, tout est devenu simple… simple et grand et doux. Le toi qui fait presque mal, tellement il lie… le toi et tout ce que tu m’as dit, j’oublie les mots, j’entends la tendresse et je me souviens que tu as été heureux. Tout le reste ne sont que tortures de nos esprits, les fantômes que nous créons… parce que pour nous l’amour a des répercussions immenses. Il doit créer, il a un sens en profondeur, il contient et dirige tout. Pour nous il a cette importance, d’être mêlé, lié, avec tous les élans et les aspirations… Il a trop d’importance pour nous. Nous le confondons avec la religion, avec la magie.

Pourquoi, avant de nous asseoir au café, as-tu cru que je m’éloignais de toi simplement parce que j’étais légère, joyeuse, souriante un instant ? N’accepterais-tu jamais ces mouvements, ces flottements d’algue ? Nanaqui, il faut que tu croies à l’axe de ma vie, parce que l’expansion de moi est immense, trompeuse, mais ce n’est que les contours… Je voudrais que tu lises mon journal d’enfant pour que tu voies combien j’ai été fidèle à certaines valeurs. Je crois reconnaître toujours les valeurs réelles… par exemple quand je t’ai distingué comme un être royal dans un domaine qui a hanté ma vie.

Nanaqui, ce soir je ne veux pas remuer les idées, je voudrais ta présence. Est-ce qu’il t’arrive de choisir ainsi un moment précieux (notre étreinte sur les quais) et de t’y raccrocher, de fermer les yeux, de le revivre, fixement, comme dans une transe où je ne sens plus la vie présente, rien, rien que ce moment ? Et après, la nuit, la succession de tes gestes, et de tes mots, de la fièvre, de l’inquiétude, un besoin de te revoir, une grande impatience."

15:10 09/10/2015 | Lien permanent | Tags : lis tes ratures, humoeurs, luv |  Facebook

24
sep

lettre-de-gustave-flaubert-a-louise-colet

lis tes raturesVendredi soir, 11 heures [26 août 1853].

[…] Je me suis un peu retrempé dans la contemplation des flots, de l'herbe et du feuillage. Ecrivains que nous sommes et toujours courbés sur l'Art, nous n'avons guère avec la nature que des communications imaginatives. Il faut quelquefois regarder la lune ou le soleil en face. La sève des arbres vous entre au cœur par les longs regards stupides que l'on tient sur eux. Comme les moutons qui broutent du thym parmi les prés ont ensuite la chair plus savoureuse, quelque chose des saveurs de la nature doit pénétrer notre esprit s'il s'est bien roulé sur elle. Voilà seulement huit jours, tout au plus, que je commence à être tranquille et à savourer avec simplicité les spectacles que je vois. Au commencement j'étais ahuri ; puis j'ai été triste, je m'ennuyais. A peine si je m'y fais qu'il faut partir. Je marche beaucoup, je m'éreinte avec délices. […] Je commence à être débarrassé de moi et de mes souvenirs. Les joncs qui, le soir, fouettent mes souliers en passant sur la dune, m'amusent plus que mes songeries (je suis aussi loin de la Bovary que si je n'en avais écrit de ma vie une ligne).

Je me suis beaucoup résumé et voilà la conclusion de ces quatre semaines fainéantes ; adieu, c'est-à-dire adieu et pour toujours au personnel, à l'intime, au relatif. Le vieux projet que j'avais d'écrire plus tard mes mémoires m'a quitté. Rien de ce qui est de ma personne me tente. Les attachements de la jeunesse (si beaux que puissent les faire la perspective du souvenir, et entrevus même d'avance sous les feux du Bengale du style) ne me semblent plus beaux. Que tout cela soit mort et que rien n'en ressuscite ! A quoi bon ? Un homme n'est pas plus qu'une puce. Nos joies, comme nos douleurs, doivent s'absorber dans notre œuvre. On ne reconnaît pas dans les nuages les gouttes d'eau de la rosée que le soleil y a fait monter ! Evaporez-vous, pluie terrestre, larmes des jours anciens, et formez dans les cieux de gigantesques volutes, toutes pénétrées de soleil.

Je suis dévoré maintenant par un besoin de métamorphoses. Je voudrais écrire tout ce que je vois, non tel qu'il est, mais transfiguré. La narration exacte du fait réel le plus magnifique me serait impossible. Il me faudrait le broder encore.

Les choses que j'ai le mieux senties s'offrent à moi transposées dans d'autres pays et éprouvées par d'autres personnes. Je change ainsi les maisons, les costumes, le ciel, etc. Ah ! qu'il me tarde d'être débarrassé de la Bovary, d'Anubis et de mes trois préfaces (c'est-à-dire des trois seules fois, qui n'en feront qu'une, où j'écrirai de la critique) ! Que j'ai hâte donc d'avoir fini tout cela pour me lancer à corps perdu dans un sujet vaste et propre. J'ai des prurits d'épopée. Je voudrais de grandes histoires à pic, et peintes du haut en bas. Mon conte oriental me revient par bouffées ; j'en ai des odeurs vagues qui m'arrivent et qui me mettent l'âme en dilatation.

Ne rien écrire et rêver de belles œuvres (comme je fais maintenant) est une charmante chose. Mais comme on paie cher plus tard ces voluptueuses ambitions-là ! Quels renfoncements ! Je devrais être sage (mais rien ne me corrigera). La Bovary, qui aura été pour moi un exercice excellent, me sera peut-être funeste ensuite comme réaction, car j'en aurai pris (ceci est faible et imbécile) un dégoût extrême des sujets à milieu commun. C'est pour cela que j'ai tant de mal à l'écrire, ce livre. Il me faut de grands efforts pour m'imaginer mes personnages et puis pour les faire parler, car ils me répugnent profondément. Mais quand j'écris quelque chose de mes entrailles, ça va vite. Cependant voilà le péril. Lorsqu'on écrit quelque chose de soi, la phrase peut être bonne par jets (et les esprits lyriques arrivent à l'effet facilement et en suivant leur pente naturelle), mais l'ensemble manque, les répétitions abondent, les redites, les locutions banales. Quand on écrit au contraire une chose imaginée, comme tout doit alors découler de la conception et que la moindre virgule dépend du plan général, l'attention se bifurque. Il faut à la fois ne pas perdre l'horizon de vue et regarder à se pieds. Le détail est atroce, surtout lorsqu'on aime le détail comme moi. Les perles composent le collier, mais c'est le fil qui fait le collier. Or, enfiler les perles sans en perdre une seule et toujours tenir son fil de l'autre, voilà la malice. […] Ce qui me semble, à moi, le plus haut dans l'Art (et le plus difficile), ce n'est ni de faire rire, ni de faire pleurer, ni de vous mettre en rut ou en fureur, mais d'agir à la façon de la nature, c'est-à-dire de faire rêver. Aussi les très belles œuvres ont ce caractère. Elles sont sereines d'aspect et incompréhensibles. Quant au procédé, elles sont immobiles comme des falaises, houleuses comme l'Océan, pleines de frondaisons, de verdures et de murmures comme des bois, tristes comme le désert, bleues comme le ciel. Homère, Rabelais, Michel-Ange, Shakespeare, Goethe m'apparaissent impitoyables. Cela est sans fond, infini, multiple. Par de petites ouvertures on aperçoit des précipices ; il y a du noir en bas, du vertige. Et cependant quelque chose de singulièrement doux plane sur l'ensemble ! C'est l'éclat de la lumière, le sourire du soleil, et c'est calme ! c'est calme ! et c'est fort, ça a des fanons comme le bœuf de Leconte.

[…] J'aime les œuvres qui sentent la sueur, celles où l'on voit les muscles à travers le linge et qui marchent pieds nus, ce qui est plus difficile que de porter des bottes, lesquelles bottes sont des moules à usage de podagre : on y cache des ongles tors avec toutes sortes de difformités. Entre les pieds du Capitaine ou ceux de Villemain et les pieds des pêcheurs de Naples, il y a tout la différence des deux littératures. L'une n'a plus de sang dans les veines. Les oignons semblent y remplacer les os. Elle est le résultat de l'âge, de l'éreintement, de l'abâtardissement. Elle se cache sous une certaine forme cirée et convenue, rapiécée et prenant eau. Elle est, cette forme, pleine de ficelles et d'empois. C'est monotone, incommode, embêtant. On ne peut avec elle ni grimper sur les hauteurs, ni descendre dans les profondeurs, ni traverser les difficultés (ne laisse-t-on pas en effet à l'entrée de la science, où il faut prendre des sabots ?). Elle est bonne seulement à marcher sur le trottoir, dans les chemins battus et sur le parquet des salons, où elle exécute de petits craquements forts coquets qui irritent les gens nerveux. Ils auront beau la vernir, les goutteux, ce ne sera jamais que de la peau de veau tannée. Mais l'autre ! l'autre, celle du bon Dieu, elle est bistrée d'eau de mer et elle a les ongles blancs comme l'ivoire. Elle est dure, à force de marcher sur les rochers. Elle est belle à force de marcher sur le sable. Par l'habitude en effet de s'y enfoncer mollement, le galbe du pied peu à peu s'est développé selon son type ; il a vécu selon a forme, grandi dans son milieu le plus propice. Aussi, comme ça s'appuie sur la terre, comme ça écarte les doigts, comme ça court, comme c'est beau !

[…] Bonsoir !

17:21 24/09/2015 | Lien permanent | Tags : lis tes ratures |  Facebook

17
sep

Lettre d'André Breton aux voyantes

lis tes ratures, humoeurs"Mesdames,

Il est temps : de grâce faites justice. À cette heure des jeunes filles belles comme le jour se meurtrissent les genoux dans les cachettes où les attire tour à tour l'ignoble bourdon blanc. Elles s'accusent de péchés parfois adorablement mortels (comme s'il pouvait y avoir des péchés) tandis que l'autre vaticine, bouge ou pardonne. Qui trompe-t-on ici ?

Je songe à ces jeunes filles, à ces jeunes femmes qui devraient mettre toute leur confiance en vous, seules tributaires et seules gardiennes du Secret. Je parle du grand Secret, de l'Indérobable. Elles ne seraient plus obligées de mentir. Devant vous comme ailleurs elles pourraient être les plus élégantes, les plus folles. Et vous écouter, à peine vous pressentir, d'une main lumineuse et les jambes croisées.

Je pense à tous les hommes perdus dans les tribunaux sonores. Ils croient avoir à répondre ici d'un amour, là d'un crime. Ils fouillent vainement leur mémoire : que s'est-il donc passé ? Ils ne peuvent jamais espérer qu'un acquittement partiel. Tous infiniment malheureux. Pour avoir fait ce qu'en toute simplicité ils ont cru faire, encore une fois pour n'avoir pas pris les ordres du merveilleux (faute d'avoir su le plus souvent comment les prendre), les voici engagés dans une voie dont le plus douloureusement du monde ils finiront bien par sentir qu'elle n'était pas la leur, et qu'il dépendît d'un secours extérieur, aléatoire du reste par excellence, qu'ils refusassent dans ce sens d'aller plus loin. La vie, l'indésirable vie passe à ravir. Chacun y va de l'idée qu'il réussit à se faire de sa propre liberté, et Dieu sait si généralement cette idée est timide. Mais l'épingle, la fameuse épingle qu'il n'arrive quand même pas à tirer du jeu, ce n'est pas l'homme d'aujourd'hui qui consentirait à en chercher la tête parmi les étoiles. Il a pris, le misérable, son sort en patience et, je crois bien, en patience éternelle. Les intercessions miraculeuses qui pourraient se produire en sa faveur, il se fait un devoir de les méconnaître. Son imagination est un théâtre en ruines, un sinistre perchoir pour perroquets et corbeaux. Cet homme ne veut plus en faire qu'à sa tête ; à chaque instant, il se vante de tirer au clair le principe de son autorité. Une prétention extravagante commanda peut-être tous ses déboires. […] Il est bien entendu que la science officielle, une fois rassurée, un rapport accablant venant renforcer beaucoup d'autres rapports, de nouveau l'Evidence terrible s'imposait. Ainsi de nous, de ceux d'entre nous à qui l'on veut bien accorder quelque « talent », ne serait-ce que pour déplorer qu'ils en fassent si mauvais usage et que l'amour du scandale - on dit aussi de la réclame - les porte à de si coupables extrémités. Alors qu'il en reste de si jolis romans à écrire, et des œuvres poétiques même si, de notre vivant, seraient lues et qui seraient, on nous le promet, très appréciées après notre mort.

Qu'importe au reste ! Mesdames, je suis aujourd'hui tout à votre disgrâce. Je sais que vous n'osez plus élever la voix, que vous ne daignez plus user de votre toute-puissante autorité que dans les tristes limites « légales ». Je revois les maisons que vous habitez, au troisième étage, dans les quartiers plus ou moins retirés des villes. Votre existence et le peu qu'on vous tolère, en dépit de toute la conduite qu'on observe autour de vous, m'aident à supporter la vacance extraordinaire de cette époque et à ne pas désespérer. Qu'est-ce qu'un baromètre qui tient compte du « variable », comme si le temps pouvait être incertain ? Le temps est certain : déjà l'homme que je serai prend à la gorge l'homme que je suis, mais l'homme que j'ai été me laisse en paix. On nomme cela mon mystère, mais je ne crois pas (je ne tiens pas) et nul ne croit tout à fait pour soi-même à l'impénétrabilité de ce mystère. Le grand voile qui tombe sur mon enfance ne me dérobe qu'à demi les étranges années qui précéderont ma mort. Et je parlerai un jour de ma mort. J'avance en moi, sur moi, de plusieurs heures. La preuve en est que ce qui m'arrive ne me surprend que dans la mesure exacte où j'ai besoin de ne plus être surpris. Je veux tout savoir : je peux tout me dire.

[…] Tout ce qui m'est livré de l'avenir tombe dans un champ merveilleux qui n'est rien moins que celui de la possibilité absolue et s'y développe coûte que coûte. Que la réalité se charge ou non de vérifier par la suite les assertions que je tiens de vous, je n'accorderai pas une importance capitale à cette preuve arithmétique comme le feraient tous ceux qui n'auraient pas tenté pour leur compte la même opération. De ce calcul par tâtonnements qui fait que je suppose à chaque instant le problème de ma vie résolu, adoptant pour cela les résultats arbitraires ou non, mais toujours grands, que vous voulez bien me soumettre, il se peut que je me propose de déduire passionnément ce que je ferai. […] J'ai foi dans tout ce que vous m'avez dit.

Il vous appartient, Mesdames, de nous faire confondre le fait accomplissable et le fait accompli. J'irai même plus loin. Cette différence qui passait pour irréductible entre les sensations probables d'un aéronaute et ses sensations réelles, que quelqu'un se vanta jadis de tenir pour essentielle et d'évaluer avec précision, dont il s'avisa même de tirer, en matière d'attitude humaine, d'extrêmes conséquences, cette différence cesse de jouer ou joue tout différemment dès que ce n'est plus moi qui propose, qui me propose, et que je vous permets de disposer de moi. […] C'est à croire qu'il ne me manquait que d'être précipité par vous de tout mon long, sur le sol, non plus comme on est pour guetter, mais pour embrasser, pour couvrir toute l'ombre en avant de soi-même. […] On voit qu'à sa manière l'action me séduit aussi et que je fais le plus grand cas de l'expérience, puisque je cherche à avoir l'expérience de ce que je n'ai pas fait ! Il y a des gens qui prétendent que la guerre leur a appris quelque chose ; ils sont tout de même moins avancés que moi, qui sait ce que me réserve l'année 1939.

En haine de la mémoire, de cette combustion qu'elle entretient partout où je n'ai plus envie de rien voir, je ne veux plus avoir affaire qu'à vous. Puisque c'est à vous qu'il a été donné de nous conserver cet admirable révélateur sans lequel nous perdrions jusqu'au sens de notre continuité, puisque vous seules savez faire s'élancer de nous un personnage en tous points semblable à nous-mêmes qui, par-delà la table aux innombrables couverts autour de laquelle nous allons tenir nos vains conciliabules, ira nous précéder victorieusement.

C'est à dessein que je m'adresse à vous toutes, parce que cet immense service il n'est aucune d'entre vous qui ne soit capable de nous le rendre. Pourvu que vous ne sortiez pas du cadre infiniment vaste de vos attributions, toute distinction de mérite entre vous me paraît oiseuse, selon moi votre qualification est la même. Ce qui sera, par la seule vertu du langage : rien au monde peut s'y opposer. J'accorde que cela peut être plus ou moins bien dit, mais c'est tout.

Où réside votre seul tort, c'est dans l'acceptation de la scandaleuse condition qui vous est faite, d'une pauvreté relative qui vous oblige à « recevoir » de telle à telle heure, comme les médecins ; dans la résignation aux outrages que ne nous ménage pas l'opinion, l'opinion matérialiste, l'opinion réactionnaire, l'opinion publique, la mauvaise opinion. Se peut-il que les persécutions séculaires vous détournent à jamais de lancer à travers le monde, en dépit de ceux qui ne veulent pas l'entendre, la grande parole annonciatrice ? Douteriez-vous de votre droit et de votre force au point de vouloir paraître longtemps faire comme les autres, comme ceux qui vivent d'un métier ? Nous avons vu les poètes aussi se dérober par dédain à la lutte et voici pourtant qu'ils se ressaisissent, au nom de cette parcelle de voyance, à peine différente de la vôtre, qu'ils ont. Assez de vérités particulières, assez de lueurs splendides gardées dans des anneaux ! Nous sommes à la recherche,  nous sommes sur la trace d'une vérité morale dont le moins qu'on puisse dire est qu'elle nous interdit d'agir avec circonscription. Il faut que cette vérité soit aveuglante. À quoi pensez-vous, la voilà bien, la prochaine éruption du Vésuve ! Ne vous abandonnez pas ; nous vous reconnaîtrons dans la foule à vos cheveux dénoués. Donnez-nous des pierres brillantes, pour chasser les infâmes prêtres. Nous ne voyons plus de ce monde comme il est, nous sommes absents. Voici déjà l'amour, voici les soldats du passé !"

 

Un an après le Premier Manifeste du Surréalisme, André Breton écrit cette longue lettre aux Voyantes, ces femmes qui portent l’avenir. Appel lyrique à la puissance féminine et aux pouvoirs du surnaturel, plongeant dans les vestiges de l’inconscient, l’auteur de L’amour fou y exalte la vie folle, imprévue, la seule qu’il vaille la peine de vivre.

10:39 17/09/2015 | Lien permanent | Tags : lis tes ratures, humoeurs |  Facebook

4
sep

UTOPIES – atelier résidentiel d’écriture de nouvelle à la Fondation (d’arts) Verbeke - 20-21-22 novembre 2015

UTOPIES – atelier résidentiel d’écriture de nouvelle à la Fondation (d’arts) Verbeke - 21 & 22 novembre 2015.

 

Le thème UTOPIES est proposé pour le concours de nouvelles de la Fédération Wallonie-Bruxelles, ouvert jusqu’au 11 décembre 2015. Le thème célèbre ainsi (en 2016) le 500ème anniversaire de la parution de l’Utopie de Thomas More.

L’atelier d’écriture pré-textes & sous-titres s’empare de ce prétexte et propose un week-end résidentiel d’écriture, de travail de l’écriture de textes qui peuvent amener à construire une nouvelle. L’écriture sera induite par plusieurs propositions et la potentialité de l’espace fabuleux de la Fondation Verbeke, elle sera ensuite retravaillée à l’aide des retours de l’animatrice (Milady Renoir) et du groupe, dans un espace de respect et d’échange. Chacun-e repartira avec un micro corpus de textes, voire un texte long qui pourra devenir nouvelle, ou l’être déjà.

La Verbeke Foundation constitue une initiative privée en faveur de l'art contemporain, elle offre plus de 20 000 m2 d'espaces couverts sur un terrain planté d'arbres de 12 hectares. Abritant une collection unique de collages et assemblages (plus de 2 000 pièces), majoritairement d'artistes belges du XXe et du XXIe siècle, elle propose un voyage à travers toutes les tendances artistiques modernes et contemporaines, depuis Dada jusqu'au Bio-art - verbekefoundation.com

 

Ce lieu unique en Belgique sera le terreau des écrits et des paroles d’utopies, de rêves éveillés, de permissions et de décalage horaire et mental. L’atelier est résidentiel, immersif. L’écriture se fera entre jour et nuit, entre rêve et réalité. Le logement sera rudimentaire et collectif sur place (dortoir dans container).

 

Détails  :

-       Atelier destiné à toute personne imprégnée d’un désir d’écrire, écrivant déjà, un peu ou beaucoup.

-       Atelier en résidence sur place du vendredi 20 novembre soir (accueil 19h) au dimanche 22 novembre soir (18h). Il est possible d’arriver le samedi matin avant 9h.

-       Le logement se fait en dortoir dans un des containers de la Fondation – prévoir couchage (matelas / sac de couchage / oreiller / …). Il est aussi possible de camper dans l’espace nature de la Fondation.

-       Le-s texte-s écrit-s (si nouvelles) durant cet atelier n’obtiendront évidemment pas un statut spécifique (prioritaire) lors de la sélection du jury du concours de nouvelles de la Fédération Wallonie-Bruxelles, laquelle n’est pas à l’origine de cet atelier.

-       Le paiement de la participation s’élève à 150 € (120 € artistes / dem. d’emploi) & peut s’effectuer en 1, 2 ou 3 versements. 1/3 d’arrhes ne sera pas remboursé après confirmation de participation.

-       Informations & inscriptions : miladyrenoirmiladyrenoir@gmail.com

-       Milady Renoir anime des ateliers d’écriture depuis une dizaine d’années auprès de publics scolaires, captifs, volontaires, stakhanovistes, amateurs. Elle cherche des questions sur la création et l’art du récit dans les livres d’autres, les œuvres d’art, les concepts, les sciences, et tisse des contemporanéités et des connivences pour écrire elle-même et faire écrire. Elle agit aussi de manière dilettante en photographie, en performance, en danse, en arts plastiques et de manière plus régulière avec la coordination du Réseau Kalame, l’art de l’oisiveté et du désir d’être au monde – miladyrenoir.be/ & son-autre-oeil.tumblr.com/

 

16:02 04/09/2015 | Lien permanent | Tags : atelier, act-u |  Facebook

SEPT 13 - Cosmos musical - "Les mouvements des cieux ne sont rien d'autre qu'une symphonie sans fin* " - espace-temps d'écoute de musiques et cosmos

Vangelis-The-Music-Of-Cosm-406230.jpgCher-e-s,

En 2015, un dimanche 13 septembre, vers 17h00, donnons-nous rendez-vous dans un jardin schaerbeekois (latitude 50.8583064 - longitude 4.3727692).

Profitons d'une écoute, d'un récit, d'un chemin ... menés par Pierre Deruisseau sur le thème des connivences, des frottements entre la musique occidentale et le cosmos, son étude, son observation, l'extase qu'il développe, l'idée de néant qu'il procure. Nous pourrons tisser des fils entre les sons, les matières, les interstices au sein de cette proposition ... "Un cosmos musical"
(Plus de détails dans l'énoncé de Pierre ci-dessous).

Explorations et écoute sensible seront indices et moyens.
Questionnements et élagage d’œillères bienvenus.

Pratiquement:

- chacun-e apporte un coussin et/ou une assise (+ plaid si corps frileux)
- chacun-e apporte soft et/ou hard drinks
- chacun-e apporte de quoi (se) sustenter (auberge espagnole)
- chacun-e apporte du cash (prix libre dès 6€ pour l'orateur - entrée libre pour les enfants -12 ans)
- chacun-e confirme nombre et noms de qui vient sur miladyrenoirmiladyrenoir@gmail.com
- chacun-e prie / célèbre / influence Eole, Neptune, Sainte Rita pour que les cieux soient cléments.

Coor-données:

Espace ouvert de 17h à 22h (pause repas comprise)
Ecoute débutant à 17h30
à 1030 Bxl (proche arrêts 'COTEAUX' / 'ROBIANO' pour bus 59, 65, 66 & trams 25, 62, 92)
Sonnette Renoir (jaune).
Adresse complète après inscription.

Aux plaisirs d'entamer ce voyage ensemble. La pluie aura été annulée.
N'hésitez pas à faire circuler, du très proche au plus lointain.

Milady Renoir
Gentille Organisatrice de Moments Présents

&

Pierre Deruisseau
Concepteur d'une anthologie subjective et sonore de la musique afro-américaine: astrophonie.net/

* citation de Kleper (astronome 17è. s.)


Enoncé de Pierre Deruisseau:

UN COSMOS MUSICAL -
MUSIQUE OCCIDENTALE ET ASTRONOMIE

~ UNE RENCONTRE DE CES DEUX HISTOIRES ~
~ SEANCE D’ECOUTE ~

Il y a 1700 ans, s'exprimant à propos d'une conception déjà millénaire, l'empereur Julien écrira que la musique est un art de la modulation, à la rencontre de la géométrie, de l'astronomie et de la connaissance des nombres.

Une idée traversant les siècles - au 17ième, Kepler écrit : "Les mouvements des cieux ne sont rien d'autre qu'une symphonie sans fin".

Comment comprendre ces paroles? Saurait-on entendre le cosmos dans la musique? Serait-il son cœur battant?
Voici une exploration des liens surprenants entre histoire de la musique occidentale et histoire de l'astronomie.

La musique, depuis les anciennes rituelles jusqu'aux
populaires actuelles, en passant par le jazz, l’ambiant et
les différents styles de musiques dites 'classiques'. L'astronomie, des conceptions antiques grecques aux
recherches les plus actuelles, telles le son des étoiles en astrophysique.
Une séance laissant beaucoup de place à l’écoute, où nous pourrons aussi échanger nos impressions sur les

Séance présentée par Pierre Deruisseau - http://www.astrophonie.net/

La musique, pont sonore vers l’immensité
Venez-vous plonger avec nous dans le ciel étoilé.

 

 

(image d'un album de Vangelis)

15:55 04/09/2015 | Lien permanent | Tags : act-u, agendada, muse-hic |  Facebook

limites de l'entendement.

"De même que par ce monde qui est le mien (putain, charogne, misère, menace du massacre, etc.) je retourne à l'élémentaire, à la faim, au désir, à la défense du territoire, à l'animalité et à ce qui, dans l'homme, ne peut se résoudre à la seule animalité ou à la seule humanité, à la souffrance métaphysique en somme, de même s'est imposée à moi, musicalement, et logiquement, cette langue rapide (élision du e muet, disparition de prépositions de lieu, de temps inutiles, etc.), expressive (accentuation renforcée, désaccentuation, etc.), essentielle (contraction des mouvements, du temps, de l'espace, etc.). En quelque sorte, j'efface de la langue tout ce qui m'y paraît inutile, tout ce qui n'est pas expressif."

 

Pierre Guyotat

 

 

(art by Anaïs Boudot)

Anaïs Boudot - Sans titre, Série “ Fêlures “, 2014.jpg

15:53 04/09/2015 | Lien permanent | Tags : act-u, lis tes ratures |  Facebook

28
aoû

Récolte de semelles et peaux et pages pour passagers du vent échoués à Calais.

bertoli coeur milady.jpgcette photo tenace est une promesse (ou une menace) pour une requête:

Nous récoltons des chaussures hommes - femmes - enfants de toutes tailles - pratiques pour la marche pour les passagers du vent arrivant à Calais depuis des années. Leurs chaussures sont confisquées par les autorités afin qu'ils ne puissent pas "repartir" facilement quand ils ont tenté une échappée. Entre autres pratiques d'humiliation.
Nous récoltons aussi des livres, de toutes sortes, en toutes langues afin de les apporter à Calais auprès de deux institutrices qui ont créé une bibliothèque nomade de la jungle..

Ces livres et ces chaussures peuvent être apportés aux Ateliers Mommen durant l'exposition Sur La Route surlaroutexpo.blogspot.be/ entre le 25 septembre et le 5 octobre. Les chaussures seront employées à "garnir" une installation que je propose pour l'expo.

Nous emporterons livres et chaussures mi-octobre vers Calais.

Nous remercions d'ores et déjà les premiers donateurs et les prochains, aussi.

11:21 28/08/2015 | Lien permanent | Tags : humoeurs, act-u |  Facebook

Anachronisme-s

anachronisme.jpg

Tout va bien.

11:18 28/08/2015 | Lien permanent | Tags : humoeurs, act-u |  Facebook

25
aoû

Sur la route - expo pluri-multi-poly @ Ateliers Mommen - 25/9 - 4/10

Nous serons plusieurs à exposer nos visions, nos envies, nos choses et nos possibles...

Pour ma part, j'effectuerai une lecture marathon du dernier opus de Frédéric Boyer (Quelle terreur en nous ne veut pas finir?)
+
installerai une sculpture à base de sacs tissés - chaussures trouvées - fils - textes (nous récoltons des paires de chaussures (hommes - femmes - enfants) pour l'installation mais aussi pour apporter aux quelques migrants de Calais & Dunkerque à qui 'on' confisque les chaussures afin qu'ils ne tentent pas de "passer" vers un autre côté) - Apportez les durant l'exposition.
+
participerai à une performance collégiale avec Yun, Philomène Zeltz & Nicolas Marchant en tant qu'autrice le soir du finissage (4/10).
Plus d'infos sur les deux choses à ouvrir pour ça et le reste:

Le blog dédié aux choses en cours et à suivre: surlaroutexpo.blogspot.be/
+
l'image du flyer

act-u,arts

à diffuser sans scrupule. Vivement qu'on y soit.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

PS de maman fière: Cassius participera à l'exposition, aux côtés d'une marraine, d'un Tonton, d'une Tante et d'une Moona. En famille, en somme.

16:31 25/08/2015 | Lien permanent | Tags : act-u, arts |  Facebook

19
aoû

Projet de boîte collective (sculpture - textes - images) autour de portraits de Patrick Guaffi

"
Strates de chairs sous influence de tenségrité une aorte comme vessies corps glénoïdien glie globule polaire voire blanc membrane de tissus appendiciers lève arcade d’aréole carotidéenne cérébrale saillie pulmonaire (pas vulgaire) malléole somatopleure sommet du jarret soude les sourcil fourmiliers au mamelon sous-caudal téton zonulaire mammaire enfile un manchon mandibulaire vole ta marge anale en récupérant ce placenta marsupial qui te tirait le marteau mastoïdien vers la rate recto-vaginale tout est rectum lombaire et région tarsienne venant des reins succenturiaux en virant le releveur du menton matière blanche et grise utérus mâle d’utricule cristallinien en utricule prostatique jaillit l’uvée à tendance poplitée comme la pudendale profonde fente branchiale fessier comme un feuillet pariétal une viscérale tarsienne mais tentaculaire branle moi l’astragale et l’atlas omoplatonique ta mère au sein de l’axis buccal innominé inspirateur asternal de l’astome atrabilaire t’es canon avec ton épicanthus capillaire vers la lymphe biliaire ton sang comme une cloison rectosigmoïde enfonce ta crosse dans cette croupe cruorique pousse l’os pisiforme ET l’os pubien ...

"

La suite et les deux autres textes et ceux d'autres auteurs-autrices autour d'oeuvres de Patrick Guaffi seront à lire - découvrir - ouvrir lors de moments performatifs - d'expositions dans les mois à venir. Restez ouverts.

Une expo de Patrick Guaffi a lieu à l'atelier 340 en ce moment, c'est le moment, le bon. (les oeuvres exposées ne sont pas celles ayant inspiré ce texte.. quoique...)

lis tes ratures,arts,textes,ego trip-e

 

12:03 19/08/2015 | Lien permanent | Tags : lis tes ratures, arts, textes, ego trip-e |  Facebook

18
aoû

Nous cultivons le silence ensemble - Lettre de Fernand Léger à Simone Herman

5 septembre 1932

J'ai envie de bavarder avec vous, il est 10 h. du soir je suis seul ici avec une chienne et Misti le singe — on mange tous les trois des noisettes car c'est l'époque des noisettes il y en a dans les herbages — vous ne savez sans doute pas cela — que faites-vous aujourd'hui 10 h. samedi ? que fait-elle ? Je cherche elle n'est pas couchée naturellement. Elle évolue gracieusement dans des événements qu'elle invente pour son plaisir. — Elle cultive bien son plaisir. Vous tenez bien en main maintenant vos possibilités — après diverses épreuves — vous faites la mise au point. Elle a construit son cercle, la vie est ronde c'est un cercle fermé il faut savoir agir sans supporter les angles… surtout pour une femme — un angle c'est vilain c'est masculin — c'est la boucle qui est jolie et terminée — c'est-à-dire que une femme comme vous chérie doit tenir près d'elle sa vie qu'il n'y ait qu'à étendre le bras sans se lever autrement c'est pas joli. Je veux que tout ce que vous faites soit dans un ordre facile et gracieux — comme je suis loin de la conception amour = cocktail — qui est paraît-il le dernier snobisme —

Je suis très vieux truc avec une femme comme vous, me donner tout le mal pour le travail, éviter de rompre votre cercle, l'enjamber sans heurt — pénétrer dedans parce que vous y avez fait une place je m'y installe et j'en sors sanscasser le rond — avec vous c'est comme cela j'en suis sûr — j'adore cette position assez nouvelle pour moi, de délicatesse, d'attention. Vous méritez tellement cela, et comment être autrement je ne vois vraiment pas. J'ai quelquefois envie de marcher sur la pointe du pied, pas de bruit pour vous voir vous entendre. Nous cultivons le silence ensemble souvent. Vous avez sû m'arrêter, me fixer, c'est nouveau et je suis ravi de ce nouvel état des choses. Mon cher adorable objet, o mon délicieux petit objet que je puis tenir dans une main en entier — tout près le soir de près — dans tous ses jolis détails qui brillent même le soir. Vous brillez — le savez-vous — vous êtes lumineuse et cristalline jamais opaque et fixe — c'est une tenue mystérieuse pour moi et votre séduction votre action si forte sur moi est faite de choses qui échappent à une clairvoyance décourageante et brutale. C'est un état de transparence qui fait que l'on croit tenir et on ne tient pas tout — jamais tout  — ma chérie en transparence je vous adore et vous embrasse et arrête le bavardage je pourrais continuer toute la nuit demain, toute la semaine pour vous, car pour vous, où sont les limites — je ne les vois pas —

Je serai le 9 août sûrement à Paris oui — c'est décidé

à vous

F. LÉGER

 

 

(Fernand Léger (4 février 1881- 17 août 1955) est un immense peintre français qui  navigué parmi les avant-gardes du début du vingtième siècle pour trouver un style unique, entre gigantisme et  cubisme. De 1931 à 1940, Fernand Léger vécut une passion à demi secrète avec Simone Herman, son élève. Cette lettre, qui lui est adressée, est une ode à l’amour et livre la prose merveilleusement percutante et touchante d’un Léger métamorphosé.)

11:27 18/08/2015 | Lien permanent | Tags : lis tes ratures, humoeurs, luv |  Facebook

13
aoû

Alpha - Omega. Interstice.

arthur c clarke nouvelle 31 mots.png

Arthur C. Clarke.

 

 

SiseneG est disponible dans Odyssées : l'intégrale des nouvelles d'Arthur C. Clarke (Bragelonne, 2013),
dans lequel Denise Terrel s'est aventurée a proposer une traduction  :

 

Et Dieu dit : 

Ligne Aleph zéro à Aleph un : supprimer

Et l’univers cessa d’exister

Alors Elle réfléchit pendant éons et soupira. 

Annuler le programme Genèse, ordonna-t-Elle. 

Il n’avait jamais existé. 

10:10 13/08/2015 | Lien permanent | Tags : lis tes ratures |  Facebook

9
aoû

l'atelier pré-textes & sous-titres prend pied dès septembre à la librairie Livresse

atelier,act-u 
(donc: 29/9 + 27/10 + 24/11 + 29/12 2015
26/1 + 23/2 + 29/3 (vacances de printemps) + 26/4 + 31/5 + 28/6)



(clic on pic)

15:23 09/08/2015 | Lien permanent | Tags : atelier, act-u |  Facebook

30
jui

traversée d'Epictète hier, à une terrasse de café, en très bonne compagnie...

J'ai lu de l'Epictète et quelques idées du contentement intérieur, hier.
Du coup, nuit chaotique et matin pour "rien".

ah merci la Grèce hein!

(et Wikipédia, si, si)

" Principes du Manuel d'Epictète

Le Manuel invite à reconnaître l'impossibilité pour l'homme de contrôler ce qui ne dépend pas de lui : l'avis des autres, la richesse, la chance, les malheurs, la mort. L'idée à la racine de l'ouvrage est la nécessité de n'attacher d'importance qu'à ce qui dépend de nous : opinions, désirs, pensées, et autres « opérations de l'âme ». Le philosophe doit se concentrer sur ce qui est sous son contrôle, c'est-à-dire son âme, seule partie libre de son être. Vouloir changer ce qui ne dépend pas de lui rend l'homme malheureux, tandis qu'accepter son impuissance sur ces choses et ne s'occuper que de la partie de lui-même qu'il peut contrôler l'amène à un bonheur immuable et infini : cette distinction entre ce qui peut être contrôlé et ce qui échappe à la volonté humaine est la base fondamentale de la doctrine. Les trois principes pour l'ataraxie y sont développés, de manière à apprendre à distinguer ce qui dépend de soi et ce qui ne dépend pas de soi : concevoir et comprendre la fatalité, être indifférent aux événements extérieurs qui ne dépendent pas de soi, agir au mieux dans les domaines qui dépendent de soi.

L'ouvrage s'attache à décrire toute chose humaine comme étant essentiellement éphémère : chaque personne, mais aussi chaque chose à portée du philosophe sera détruite et oubliée. Le philosophe doit accepter cette nécessité et ne pas s'attrister de la disparition des choses périssables, qui sont dans l'ordre des choses, pas même de la mort de ses proches, qui ne peut pas être évitée. S'attacher aux choses matérielles est une erreur qui amène à la souffrance, alors même que le sage peut jouir des objets sans s'y attacher. De même, le corps, facilement dégradé, ne doit pas être l'objet de toute l'attention du sage car il est soumis aux aléas du monde, tandis que l'âme peut être contrôlée et amenée à un état de bonheur égal et éternel, non exposé à la dégradation du corps.

Les autres principes explicités dans le Manuel sont la nécessité de ne pas se perdre en discours philosophique, mais plutôt de vivre une vie philosophique, ce qui est beaucoup plus bénéfique au sage, ainsi que le devoir de conserver une distance avec les faits : rien, d'après Épictète, n'est bien ou mal par nature. Seule l'opinion qu'une chose est bonne ou mauvaise rend cette chose telle aux yeux de l'homme. En supprimant l'opinion du mal, l'homme supprime le mal et peut vivre libre et droit."

12:52 30/07/2015 | Lien permanent | Tags : act-u, ego trip-e |  Facebook

Notre besoin de narration est impossible à rassasier...

D’où vient donc notre addiction à la narration?

"Que voyez-vous ici? Notre cerveau «utilise ce qu’il a sous la main et improvise le reste. La première explication qui semble faire du sens fera l’affaire.» (Shimla, Himachal Pradesh, Inde. Image: Getty)

Que voyez-vous ici? Notre cerveau «utilise ce qu’il a sous la main et improvise le reste. La première explication qui semble faire du sens fera l’affaire.» (Shimla, Himachal Pradesh, Inde. Image: Getty)

Pourquoi les humains sont-ils à ce point épris de récits? Le cerveau est une machine à sécréter des histoires – et la fiction nous habitue à lire dans les pensées d’autrui

Nous sommes, vous et moi, des animaux narratifs: Homo sapiens est «le grand singe avec l’esprit conteur», selon l’expression de Jonathan Gottschall, chercheur évoluant à la frontière entre la théorie littéraire et celle de l’évolution. Nous sommes la seule espèce, dit-on, à avoir cette passion – encore qu’il soit déconseillé d’y mettre sa main au feu, comme on le verra plus loin. Notre cerveau, dans tous les cas, passe son temps à fabriquer des récits et à avaler insatiablement ceux que produisent les autres. «La narration est pour un humain comme l’eau pour un poisson – complètement englobante et presque impalpable», note Gottschall dans The Storytelling Animal. How Stories Make Us Human (Mariner, 2012). Mais pourquoi?

En dehors de la biologie et des sciences du cerveau, des essayistes se sont attelés à décrire et à motiver cette compulsion, tels qu’Umberto Eco dans Six promenades dans les bois du roman et d’ailleurs (1994) ou Nancy Huston dans L’espèce fabulatrice (2008). La fréquentation de la fiction, écrivent-ils, permet d’apprivoiser le monde réel et de produire du sens à partir des événements plus ou moins disparates de notre vie. Le constat était là, donc. Restait à ouvrir la boîte noire du cerveau pour voir comment cette particularité de notre espèce s’inscrit là-dedans. Restait, aussi, à essayer de comprendre pourquoi notre histoire évolutive nous a doté d’une pareille étrangeté.

La théorie de l’interprète

Si nous sommes à ce point épris de narration, c’est parce que notre compréhension du monde et de nous-mêmes est fabriquée par un système cérébral qui nous raconte des histoires en permanence. Le neuroscientifique Michael Gazzaniga, qui l’étudie et le décrit depuis une quarantaine d’années, l’appelle «l’interprète»: un mécanisme qui «élabore une narration à partir de nos actions et nous donne l’impression d’avoir un esprit unifié», écrit-il dans son dernier livre, Tales from Both Sides of the Brain. A Life in Neuroscience (Ecco/Harper Collins, 2015).

Les histoires que nous raconte l’interprète sont-elles vraies? L’interprète lui-même, si l’on ose dire, s’en fiche: il suffit pour lui qu’elles aient un minimum de cohérence. «Il utilise ce qu’il a sous la main et improvise le reste. La première explication qui semble faire du sens fera l’affaire», écrit Gazzaniga. La vitesse prime donc sur l’exactitude: «Ce mode de fonctionnement a un effet néfaste sur la précision, mais il facilite en général l’élaboration de nouvelles informations.»

Le processus par lequel le phénomène a été mis au jour est devenu lui-même un récit presque légendaire. Nous sommes au début des années 70. Gazzaniga mène des tests cognitifs avec des patients dont les hémisphères cérébraux ont été séparés chirurgicalement pour soulager les effets d’une épilepsie incurable. Chez ces patients, les deux moitiés du cerveau ne communiquent donc plus entre elles: aucune des deux ne sait ce que l’autre fabrique. Ce qui n’empêche pas les propriétaires de ces cerveaux de fonctionner normalement – à quelques détails près.

Expérience: on montre deux images à ces patients, une pour chaque œil, en prenant soin de séparer les yeux avec une cloison qui isole les deux champs de vision. L’œil gauche, connecté au cerveau droit, voit une allée enneigée. L’œil droit, connecté à l’hémisphère gauche, voit un poulet. On ôte ensuite la cloison pour montrer une série d’autres images aux deux hémisphères, demandant au patient de pointer du doigt celle qui s’apparie le mieux à celle qu’il a vue avant. La main gauche, pilotée par le cerveau droit, choisit une pelle.

«Pourquoi ce choix?» demande le chercheur. Le cerveau droit l’a choisie pour déblayer l’allée enneigée: normal. Mais le cerveau gauche, celui qui contrôle le langage et donc qui répond au chercheur, ne le sait pas: il n’a pas vu la neige, lui, il a vu un poulet… Pourquoi veut-il la pelle, alors? La réponse correcte consisterait à dire qu’il n’en a pas la moindre idée. Mais ça, il ne peut l’admettre: c’est contre sa nature. Il répond donc: «Parce qu’il faut une pelle pour nettoyer le poulailler!» C’est ainsi que, attelé à «concocter une histoire pour expliquer le pourquoi», le cerveau gauche du patient «avait affabulé à partir des indices disponibles», commente Gazzaniga dans Le libre arbitre et la science du cerveau (Odile Jacob, 2013).

Voilà donc «ce que notre cerveau fait à longueur de journée: il prend les impulsions venues de ses différentes régions et de l’environnement extérieur, et il les synthétise en une histoire qui fait du sens», écrit le chercheur en revenant sur la question dans Tales from Both Sides of the Brain. Si tout va bien, l’explication sera juste. Dans tous les cas, elle aura satisfait notre besoin de narration. «Nous, les humains, sommes toujours en quête d’un pattern, d’une cause et d’un effet, du sens des choses. Ce faisant, nous trouvons notre bizarre unicité.»

La théorie de l’esprit

Lire les penseés des autres, ce n’est pas une faculté paranormale: c’est ce que nous faisons sans arrêt, depuis tout petit. Notre cerveau sait faire cela, car il possède ce qu’on appelle la «théorie de l’esprit». Chacun de nous «théorise», très jeune, que les autres êtres humains sont dotés d’un esprit, et que celui-ci fonctionne de la même manière que celui qu’on sent à l’œuvre à l’intérieur de soi. Cela permet de faire des théories sur l’esprit des autres, cueillant des indices et les tricotant ensemble pour imaginer ce que nos semblables ressentent, ce qu’ils cogitent, ce qu’ils mijotent.

Voici le deuxième pilier de notre relation passionnée à la narration. «La théorie de l’esprit est un ensemble d’adaptations cognitives qui nous permettent de naviguer dans notre monde social. Membres d’une espèce intensément sociale, nous lisons donc de la fiction parce qu’elle mobilise notre théorie de l’esprit d’une façon particulièrement intense. Nous lisons des romans parce qu’ils font travailler notre théorie de l’esprit», écrit la narratologue Lisa Zunshine dans Why We Read Fiction. Theory of Mind and the Novel (Ohio State University Press, 2006). Ancré dans notre nature, massivement amplifié par la culture, notre penchant pour le récit semble ainsi avoir été sélectionné par l’évolution parce qu’il entretient et développe notre capacité fondamentale de lire autrui.

La «théorie de l’esprit» est un phénomène inné, elle est inscrite dans l’équipement de base de notre cerveau. Puissamment «culturogène», elle donne lieu à de gigantesques quantités de culture. Cette dernière devient une partie prépondérante de l’environnement qui influence à son tour notre évolution: nature et culture sont ainsi prises dans ce qu’on appelle désormais «coévolution».

Les animaux simulateurs

Sommes-nous vraiment les seuls? L’unique espèce dotée d’un esprit narratif et d’un penchant pour le récit? «Probablement», suggère Michael Gazzaniga. Parmi les chercheurs qui étudient les primates non-humains, ils sont pourtant nombreux à être d’un autre avis. Chez les grands singes, et peut-être même chez d’autres mammifères, on rencontre en effet un mécanisme narratif élémentaire, consistant à créer une réalité fictive à côté du monde réel. Les chimpanzés, les bonobos et les orangs-outans se révèlent capables d’orchestrer des mises en scène, faisant semblant que les choses ne sont pas ce qu’elles paraissent.

Il en va ainsi de Kanzi, un bonobo étudié par la primatologue Sue Savage-Rumbaugh: «Il fait semblant de manger une nourriture qui n’est pas là, de nourrir les autres avec une nourriture imaginaire, de cacher cette nourriture, de la trouver, de la soustraire à d’autres individus, de la leur rendre, de s’enfuir avec une bouchée imaginaire.» Il en va de même pour Viki, la femelle chimpanzé que Cathy et Keith Hayes entreprennent d’élever chez eux comme un enfant humain dans les années 1940: la petite primate s’amuse, racontent-ils, à traîner derrière elle un jouet imaginaire, et même à faire semblant de l’avoir coincé quelque part, pour ensuite le dégager (exemples cités dans le recueil The Nature of Play: Great Apes and Humans, Guilford, 2005).

Que conclure? Si les prémices de la narration se rencontrent chez les grands singes (ou même chez les chiens, note Robert W. Mitchell dans Pretending and Imagination in Animals and Children, Cambridge University Press, 2002) et si le moteur de la littérature réside dans la biologie de notre cerveau, cela n’enlève rien à la grandeur et aux fourvoiements de la fiction, qui nous entoure dans des romans, des pièces de théâtres, des films et des séries TV, mais aussi des mythes religieux, des programmes politiques, des ragots, des théories du complot – et les récits de nos amis sur les réseaux sociaux."

12:47 30/07/2015 | Lien permanent | Tags : lis tes ratures |  Facebook

Antiracisme et lutte contre l’homophobie : retour aux convergences

Traduction inédite, en français, pour le site de la revue Ballast:

http://www.revue-ballast.fr/retour-aux-convergences/

À l'heure où certains s'interrogent et s'inquiètent de la montée de « l'homonationalisme » (« Toutes les Folles ne sont pas au Front », clamait très récemment, non sans provocation, l'affiche de la Gay Pride de Metz) et où le Parti des Indigènes de la République peut très tranquillement affirmer que « les habitants des quartiers ne souhaitent pas politiser leur sexualité », il n'est pas inutile de rappeler les convergences qui eurent lieu, dans les années 1970, entre les mouvements antiracistes, anticapitalistes, féministes et partisans de la lutte contre l'homophobie. Nous avons pour ce faire traduit ce texte, paru il y a quelques semaines dans la Socialist Review, sous la plume de Noel Halifax, auteur de l'ouvrage Out, Proud & Fighting. 


En août 1970, le cofondateur du Black Panther Party, Huey Newton, écrivit dans le journal des Panthers « Une lettre aux frères et sœurs révolutionnaires à propos de la libération des femmes et des gays ». Il y avançait que ces derniers mouvements étaient des causes sœurs et engageait les Panthers à soutenir la libération homosexuelle. Cela s'avérait inhabituel pour l'époque : dans les années 1970, le stalinisme et le maoïsme dominaient la gauche et tous deux percevaient l’homosexualité comme une déviation bourgeoise, un passe-temps de l'élite décadente. De quelle façon cela put-il dès lors se produire ?

Au printemps 1970, les Black Panthers se trouvaient en difficulté. Ils s'étaient construits en 1966 dans les quartiers noirs et, suite aux troubles politiques de 1968, l’État américain — et le FBI en particulier — décidèrent d'en finir avec eux. Ils furent assassinés, persécutés et harcelés ; le mouvement fut sur le point de s'effondrer. L'autre fondateur du BPP, Bobby Seale, attendait son second procès : il était incarcéré depuis deux ans. Vingt Panthers furent arrêtés à New York pour « conspiration contre leur pays » avec une caution placée à 2,1 millions de dollars.

« Le stalinisme et le maoïsme dominaient la gauche et tous deux voyaient l’homosexualité comme une déviation bourgeoise, un passe-temps de l'élite décadente. »

L'une des figures majeures du BPP, Eldridge Cleaver, avait fui à Cuba puis en Algérie, de crainte d'être assassiné ou arrêté. Les Panthers durent faire face à des frais de justice faramineux au moment même où leurs soutiens se faisaient rares. C'est dans ce contexte que l'écrivain français Jean Genet reçut un coup de fil : David Hilliard, également des Panthers, l'appelait pour solliciter son aide et son soutien. La réponse de l'écrivain fut immédiate : il demanda ce qu'il pouvait faire et, dans la semaine, effectuait déjà le tour des universités américaines et des grandes villes afin de lever des fonds. Il reprocha à la gauche, et surtout au SDS [Étudiants pour une société démocratique — la principale organisation étudiante de gauche], de ne pas se montrer plus vigoureux dans leur soutien aux Panthers. Cette tournée de trois mois fut remarquable — notamment car Genet séjournait illégalement aux États-Unis (on lui avait refusé son visa d'entrée puisqu'il avait été condamné pour des délits à plusieurs reprises et qu'il était l'homosexuel le plus mondialement célèbre — sans rien dire de ses liens avec la gauche révolutionnaire française...). Il s'était rendu au Canada, avait traversé discrètement la frontière pour faire ses apparitions lors de sa grande tournée, sous la surveillance permanente du FBI. Sa renommée était telle qu'il ne fut jamais arrêté. Jean Genet était un orphelin abandonné par une mère prostituée et un père inconnu, élevé dans l'horrible système semi-militaire des orphelinats de la France des années 1910. Il grandit en voleur, prostitué travesti, cambrioleur et vagabond, vivant dans les bas-fonds des cités de l'Hexagone et de l'Espagne des années 1930. On peut le dire : il exécrait la société française respectable. 

La prison

En 1948, il se trouvait en prison, condamné à perpétuité. Il écrivait dans les conditions les plus affreuses, souvent sur du papier toilette, mais finit par être lu par Jean-Paul Sartre, et bien d'autres : sa cause fut entendue. Il fut acquitté et relâché au terme d'une campagne menée pour sa libération. Son premier roman fut publié juste après la guerre, suivi par d'autres, dans les années 1950 et 60, ainsi que des pièces de théâtre. Genet était l'incarnation parfaite de l'écrivain existentialiste et n'éprouvait aucune honte pour son homosexualité : il narrait des descriptions sexuelles détaillées et des drames émotionnels à une époque où l'homosexualité était illégale et, au mieux, considérée comme une maladie (à l'exception des milieux bohèmes). Genet commença à s'intéresser vivement aux Panthers et les soutint aussitôt. Il avait écrit Les Nègres en 1958, une pièce à la distribution entièrement noire, mettant en scène la vengeance des opprimés à l'encontre de leurs oppresseurs — la première new-yorkaise se déroula en 1961 (et fut jouée jusqu'en 1963, avant de partir pour Montréal). Ce fut une pièce cruciale pour le développement du théâtre noir aux États-Unis : y figurèrent ceux qui deviendront la crème des acteurs afro-américains, à l'instar de James Earl Jones et Maya Angelou.

« Davis se souviendra également qu'il ne fit aucun secret de son homosexualité ; il provoqua même délibérément le débat et se querella avec les Panthers. »

Ce fut grâce à cette pièce que Genet obtint une certaine influence au sein de l'Amérique noire. Angela Davis l'assurera : Les Nègres fit de lui « un allié ». Il était également célèbre pour son soutien à l'Algérie indépendantiste, contre son propre pays, ainsi que sa dénonciation des impérialismes français et américain. L'unique autre fois où Genet s'était rendu aux États-Unis fut en août 1968, lorsqu'il participa au rassemblement de la gauche et à l'émeute qui éclata lors de la Convention démocrate de Chicago. Il fut témoin de ces événements, parla aux côtés d'écrivains tels que William Burroughs et Allen Ginsberg, et rencontra pour la première fois les Black Panthers. Angela Davis, en tant que traductrice de Genet lors de la tournée de 1970, racontera les problèmes auxquels les Panthers eurent à faire face en tentant de convaincre les Blancs radicaux, encore hésitants, de les soutenir. À l'UCLA [Université de Californie à Los Angeles], les affiches mentionnaient la présence de Genet mais n'indiquaient nullement qu'il s'exprimait au nom des Panthers. Une foule immense et majoritairement blanche vint le voir. Mais lorsqu'il fut clair que l'écrivain ne parlerait pas de ses travaux mais uniquement du parti afro-américain, plus de la moitié du public se leva pour s'en aller. Davis se souviendra également qu'il ne fit aucun secret de son homosexualité ; il provoqua même délibérément le débat (une fois, par exemple, en se travestissant) et se querella avec les Panthers du fait de leur homophobie et de l'usage qu'ils faisaient de certains termes, comme « tapette » [« faggot »]. Davis estimera que ce furent ces arguments qui poussèrent plus tard Huey Newton à écrire son article en faveur de la libération gay. Aujourd’hui, le mouvement LGBT est hautement respectable et dominé par la classe moyenne blanche — les Prides annuelles sont aux mains d'entreprises et lissées de presque tout contenu politique. Ceci n'a pas toujours été le cas. Mais les courageux efforts de Genet n'expliquent pas, à eux seuls, l'engagement des Panthers en faveur de la libération homosexuelle.

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Angela Davis (DR)

Le mouvement

Une figure centrale de l'émeute du bar Stonewall Inn, en 1969, se nommait Sylvia Rivera. À lire la description que cette dernière en fit, on saisit mieux ce qui put conduire les Panthers à s'identifier : « Nous avons été jetés hors du bar et ils [les policiers] nous ont rassemblés comme du bétail contre les camionnettes de police. Les flics nous ont poussés contre les grilles et les barrières. Les gens ont commencé à jeter des pièces de monnaie sur les flics. Puis ce furent les bouteilles... Nous ne pouvions plus supporter ces emmerdements. À l'avant se trouvaient les homos de la rue, les SDF qui vivaient dans le parc de Sheridan Square devant le bar, puis les drag queens derrière eux et tout le monde derrière nous. Les lignes téléphoniques du Stonewall Inn furent coupées et ils sont restés dans le noir. » Il est évident que bien des émeutiers étaient latinos, comme Rivera, ou noirs, comme son amie et camarade Marsha P. Johnson. Au lendemain de l'émeute, le Gay Liberation Front (GLF) émergea, avec son propre programme et ses appels à la révolution. Sylvia Rivera et Marsha P. Johnson aidèrent également à la création du STAR (Street Transvestites Action Revolutionaries), en occupant un bâtiment vide afin d'en faire une base pour les jeunes travestis sans domicile fixe.

À la Convention révolutionnaire du Peuple, à Philadelphie, en 1971, Rivera rencontra Huey Newton. Elle racontera plus tard qu'il reconnut le GLF et le STAR comme des groupes révolutionnaires. Alors que les Black Panthers s’engageaient de plus en plus dans le soutien à la libération homosexuelle, nombre d'autres groupes, d'inspiration stalinienne ou maoïste, voyaient encore le mouvement gay comme « décadent ». La gauche libérale tournait elle aussi en dérision le GLF. The Village Voice, alors journal de la gauche radicale, n'hésita pas à plaisanter au sujet des émeutes du Stonewall Inn, notant qu'elles éclatèrent probablement parce que les drag queens étaient tristes d'apprendre la mort de Judy Garland... Les Panthers et les premiers mouvements gays appartenaient en réalité à la même classe : ils étaient aussi, tous deux, des mouvements de rue — et souvent des mêmes rues et des mêmes bars. Avant que Malcolm X ne devînt Malcolm X, il avait été Malcolm Little, l'arnaqueur et le dealer qui fréquentait des bars de Boston similaires au Stonewall Inn — le futur leader se mélangeait aux drag queens comme aux dealers de drogue (il eut même, semble-t-il, des amants gays et un riche petit ami blanc).

« Le mouvement révolutionnaire noir des années 1960 et le mouvement gay avaient un gros point commun : la classe, non pas la classe prolétarienne industrielle organisée, mais le sous-prolétariat urbain désorganisé. »

Le mouvement révolutionnaire noir des années 1960 et le mouvement gay avaient un gros point commun : la classe, non pas la classe prolétarienne industrielle organisée, mais le sous-prolétariat urbain désorganisé. Sylvia Rivera était ainsi active au quartier gay Greenwich Village comme à Spanish Harlem, tout en étant membre du STAR, du GLF et du mouvement nationaliste portoricain the Young Lords. En apparence, il s'agit de mouvements d'opprimés très différents (s'identifiant au groupe opprimé en tant que groupe opprimé), mais organisés dans les mêmes rues et les mêmes quartiers. De la même manière, Marsha P. Johnson militait au sein du GLF et du STAR aussi bien qu'à Harlem. Par-delà les différences d'oppression, un même similarité de classe.

Sans domicile fixe 

Ces mouvements furent bâtis depuis la rue et dans la rue, « hors du placard et dans la rue », comme clamait le slogan. Les sans domicile fixe, les vagabonds et les jeunes qui fuyaient un contexte familial étouffant furent rejoints par un grand nombre d'objecteurs de conscience. Les États-Unis pratiquaient encore la conscription ; des centaines de milliers de pauvres, qui ne pouvaient l'éviter, durent fuir — prendre le maquis, en un sens. Existait là une armée potentielle de jeunes hommes et femmes insurgés, dans les grandes villes, en décalage par rapport à la société dominante. La politique des mouvements gays et noirs a depuis longtemps délaissé cette base originelle, au sein de cette classe révolutionnaire mais instable. Le capitalisme rose et la classe moyenne noire dominent leurs terrains respectifs depuis des décennies. Récemment, pourtant, leurs racines révolutionnaires ont été quelque peu retrouvées, des troubles qui entourèrent les meurtres de jeunes Noirs, par la police américaine, aux débats concernant la Gay Pride londonienne de cette année...

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(New York Public Library)

Jean Genet, extrait

« Tous étaient au courant de ma vie, et je peux affirmer que jamais je ne me suis heurté au moindre soupçon d’un reproche moral. Au contraire, ma biographie me rapprochait d’eux dans la mesure où j’étais moi aussi un paria marginalisé par la société. Un homme de la valeur de Jackson écrivit de sa prison qu’il regrettait de n’avoir pas menti, volé ou escroqué à cause de l’obéissance implicite aux canons de la morale occidentale qu’il représentait. David Milliard avait dans sa serviette un exemplaire du livre de Sartre et souvent il en discutait avec moi, pour rire. À mon retour en France, il m’a même demandé un article sur l’homosexualité et la révolution pour le journal des Panthers. Et cela n’était pas seulement dû à mon influence. Avant de me rencontrer, Huey Newton avait préconisé l’alliance des Panthers avec les différents groupes opprimés par la société américaine, entre autres les homosexuels du Gay Liberation Front. Les Panthers se sont débarrassés de ce puritanisme casse-pieds, d’essence chrétienne, que les pays socialistes avaient copié sur la bourgeoisie. »

Entretien entre Genet et Juan Goytisolo, 1971.


Huey P. Newton, extrait

« Quelles que soient vos opinions ou insécurités personnelles quant à l’homosexualité et les différents mouvements de libération des homosexuels et des femmes (et je parle des homosexuels et des femmes en tant que groupe opprimé), nous devrions essayer de nous unir à eux de manière révolutionnaire. […] N'oublions pas que nous n'avons pas établi de système de valeurs révolutionnaire ; nous sommes seulement en train de le mettre en place. Je n'ai pas souvenir que nous ayons défini des valeurs qui disent qu'un révolutionnaire doive tenir des propos insultants envers les homosexuels, ou qu'un révolutionnaire doive s'assurer que les femmes ne s'expriment pas à propos de leur oppression particulière. De fait, il s'agit de l'opposé : nous disons que nous reconnaissons le droit des femmes à être libres. Nous n'avons presque rien dit à propos des homosexuels, mais nous devons nous relier au mouvement homosexuel car il est bien réel. Je sais, de par mes lectures, mon expérience et mes observations que nul dans la société n'accorde de liberté ou d'autonomie aux homosexuels. Ils sont peut-être la population la plus opprimée de la société. […] Nous devrions discuter volontairement des insécurités que beaucoup de gens ont envers l’homosexualité. Quand je parle d’insécurités, je parle de la peur qu’ils soient une menace pour notre virilité. Je comprends cette peur. À cause du long procédé de conditionnement qui instille l’insécurité dans le mâle américain, l’homosexualité peut produire certains rejets en nous. J’ai moi-même des rejets vis-à-vis de l’homosexualité masculine. D’un autre côté, je n’en ai aucun envers l’homosexualité féminine. Cela est déjà un fait en lui-même. Je pense que c’est sans doute car l’homosexualité masculine est une menace pour moi, alors que l’homosexualité féminine ne l’est pas. Nous devrions être prudents lorsque nous employons des termes qui pourraient blesser nos amis. Les mots "pédale" et "salope" devraient être éliminés de notre vocabulaire, et nous devrions plus particulièrement ne pas utiliser de noms attribués aux homosexuels pour désigner les ennemis du peuple, comme Nixon ou Mitchell. Les homosexuels ne sont pas les ennemis du peuple. »

Discours de Huey Newton, fondateur des Black Panthers, 15 août 1970.


Texte publié en anglais dans la Socialist Review en juin 2015 (sous le titre « When gays and Panthers were united »), traduit pour Ballast, avec l'aimable autorisation de Noel Halifax, par Farid Belkhatir.


REBONDS

☰ Lire notre entretien avec Almamy Kanouté, « On doit fédérer tout le monde », juillet 2015
☰ Lire notre article « Pour un féminisme socialiste et inclusif », Johanna Brenner, juin 2015
☰ Lire notre entretien avec Angela Davis, « Nos luttes mûrissent, grandissent », mars 2015
☰ Lire notre article « Daniel Guérin, à la croisée des luttes », mars 2015
☰ Lire notre entretien avec Édouard Louis, « Mon livre a été écrit pour rendre justice aux dominés », janvier 2015

 

12:45 30/07/2015 | Lien permanent | Tags : act-u, lis tes ratures |  Facebook

Grande Question de Cet Eté...

ah!

Cette question nous aura posé question cet été...

 

https://www.youtube.com/watch?v=WrWcSdMj1aM

12:43 30/07/2015 | Lien permanent | Tags : ego trip-e |  Facebook

6
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Ateliers de l’Olivier - des journées pour écrire (relire) et écrire.

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Des journées d’écriture dans un jardin à Schaerbeek (Bruxelles), l’été.
Des espaces d’écriture variés, pluriels pour continuer à écrire ce qu’on a écrit ailleurs, de son côté et/ou "juste" écrire à partir de "rien" et de tout ce qu’on a / est / sait / veut.
Des propositions d’écriture pour des moments courts ou longs, pour s’échauffer ; pour bifurquer, pour déroger à ses règles, pour décrypter, pour se replacer, pour suivre une ligne et subir des virages.
Des thèmes, des obsessions, des rituels, des transversalités entre plusieurs pratiques et questions de l’écrit seront abordés.
Des retours sur les textes seront faits.
Un atelier, en somme.
Chaque journée est indépendante d’une autre. Il est possible de participer à 1 ou 2 ou toutes les journées.
L’atelier se confirme dès 5 participants, se ferme aux autres dès 8 participants.


Date(s) : jeudi 6, vendredi 7, samedi 8 août 2015
Prix : 35€ par jour - forfait 2 jours à 60€ - forfait 3 jours à 85€
Thés, cafés, eaux, oiseaux & chats compris.


Inscription obligatoire, quand même. ;-) (miladyrenoirmiladyrenoir @ gmail . com)
Pique nique à prévoir - possibilité de cuisiner /réchauffer mets sur place.

 

13:23 06/07/2015 | Lien permanent | Tags : atelier |  Facebook

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Exposition vivante, avec ou sans corps dedans.

La REVUE Sans-Titres, à laquelle Nicolas Marchant et moi avons contribué, propose ce soir une soirée micro-anthologie de l'usage de la parole poétique dans la performance (rien que ça!), avec une alternance de SONS (textes enregistrés et mis en scène sans présence humaine : Quentin Bambuck et Milady Renoir), de VIDEOS où la parole est la matière principale (Laurent D'Ursel, Julie Vacher, Vakkarm), et d'INTERVENTIONS physiques et vocales (Antoine Boute, Vincent Tholomé&Benjamin Pottel, Amel Benaissa) + une petite vidéo de clôture de Charley Case, muette.

Ce soir dès 19h à L'Harmonium - 293 rue vanderkindere à Uccle. Donc.

 

harmonium sans titres.jpg

11:18 03/07/2015 | Lien permanent | Tags : act-u, arts, lis tes ratures |  Facebook

10
jui

... mais je voudrais bien chanter ...

"Tout est substituable. Tout est remplaçable. Tout peut mourir et disparaître : derrière, il y a toujours les remplaçants, un peu comme dans les fêtes foraines, ces figurines qui s'abattent après chaque tir de carabine et qui sont immédiatement remplacées par d'autres, d'autres toujours et encore. Il n'y a donc rien qui oblige à vivre et rien qui n'y oblige pas. Tout, ou presque tout est msensonge, puisque les choses tombent ou peuvent tomber. La seule chose fiable est cette soif de quelque chose qui fait vivre. Mais elle n'est pas totalement fiable car elle doit coexister avec d'autres faims, d'autres soifs, alterner avec elles, et elle peut disparaître plusieurs années avant de réapparaître.

 

Je ne crois en rien de ce qu'on m'a enseigné. Rien ne m'importe. Peu m'importent, en particulier, les conventions, et dieu sait comme on peut être conventionnels, jusqu'à en être infectés.

 

Même être jeune est pur conventionnalisme. Tout comme la rébellion et l'anarchie puériles. Le mythe du poème. Le mythe de la culture. Même le communisme et le socialisme de mes amis ne sont que pur conventionnalisme nauséabond. Comme s'ils pouvaient changer les choses en parlant et en refusant. Je suis contre. Ni religion ni politique ni ordre ni anarchie. Je suis contre ce qui nie la vraie vie. Et tout la nie justement. C'est pour ça que j'ai envie de pleurer et que je n'en ai pas honte, ou plutôt si, j'en ai honte et j'ai envie de me cacher et j'ai même honte de vouloir ne suicider.

 

Les luttes et les querelles poétiques de Bs. As. me font rire maintenant que je suis loin. Art d'avant-garde, sonnets de rimailleurs du dimanche. Tout ça est tellement imbécile. Minuscules, ponctuation et rime. C'est un peu comme si quelqu'un se réveillait un matin avec l'envie de s'asperger d'alcool et de s'immoler par le feu parce que les mots ne veulent rien dire et que le langage est pourri, qu'il est impuissant et sec. Mes jeunes amis avant-gardistes sont aussi conventionnels que les professeurs de littérature. Et s'ils aiment Rimbaud, c'est à cause de l'émerveillement que suscitent en eux certains mots qu'ils ne pourront jamais comprendre. D'ailleurs, ceux qui se prêtent à ces querelles littéraires sont ceux qui sont satisfaits et bien établis. Ce n'est là qu'une activité secondaire pour eux, un hobby nocturne, auquel ils se livrent en se prélassant dans leur lit et en sirotant du café ou du whisky.

 

Tout ça est tellement ridicule. Et moi alors, moi aussi j'ai parlé. Moi aussi j'ai ouvert ma gueule et elle s'est remplie de miasmes. Mais maintenant je sais. Je sais que tout m'est égal. Je sais que rien ne m'est égal et que je veux crever, brûler, exploser. Tout ça, ce n'est pas la vie. Ce n'est pas la poésie. Je veux chanter et il n'y a rien à chanter, personne pour qui chanter. Il n'y a que de la merde, et la merde, on l'insulte.

Mais je voudrais bien chanter"

 

Alejandra Pizarnik, Journal, 24 novembre 1960

 

DSC09294.JPG

 

 

 

 

 

 

 

 

 

(photo prise par NM)

21:41 10/06/2015 | Lien permanent | Tags : humoeurs, lis tes ratures |  Facebook

8
jui

à l'intérieur

des viscères visibles
des conditions perméables
quand le corps conjugue mouvement et restriction
supercherie volontaire
dissimulation des intentions, 
derrière la vague, l'errance perdure
flux, raffut, refus
poursuite d'une ombre
partout dedans
qu'est-ce que tu cherches,
corps barque
solution buvable
sang fumée
attention à la marche
dans la glotte, un son
bon voyage, corps
va à l'intérieur
et ne reviens qu'âme.

Georges Auguste Marbotte. Yunnan, China. c, 1903.jpg

 

 

 

 

 

 

(Georges Auguste Marbotte. Yunnan, China. c, 1903)

 

 

18:30 08/06/2015 | Lien permanent | Tags : textes, humoeurs |  Facebook

7
jui

Real Windows - texte

 

6 6 2015
141
22h37
… voilà…

 

quelque chose s’allume…

 

quelque chose émerge.

 

quelque chose de clair se définit devant vous

 

nous ne savons pas encore

 

nous ne sommes pas encore

 

nous n’avons pas d’idée de nous devant vous

 

quelque chose à distinguer

 

une esquisse à estimer

 

nous arrivons devant vous

 

corps, signes, encres, mots

 

doucement, nous venons à ET vers vous

 

de signes en sens, de sens en signes… bonsoir.

 

 

 

d’un moment précis dans le temps, nous retiendrons que vous et nous avez été reliés

 

avons été reliés

 

nous pourrons situer dans le temps ce moment souvenir étape diapason… octaves de degrés serrés dans un temps précieux.

 

Nos corps, à l’unisson, entendus comme groupe, comme entité, développés devant vous… nous là, vous ici.
quelque chose se dessine, quelque chose s’évalue, quelque chose arrive et nous n’avons aucune envie d’en savoir plus.

 

Et vous, ça va? Pouvons-nous vous entendre? Pouvons-nous nous entendre ?

 

Pouvons nous vous voir? Pourriez vous nous crier que vous avez les yeux rivés sur nous? Que vous avez de la voix et des gorges ? êtes vous attentifs sur nos corps en mouvement? Et autour de nous, qui fait quoi ? Avez-vous un œil dans le feu et un œil dans un vagin?

 

Le rouge est il partout? Avez vous une idée de ce qui est en train d’être évacué? Auriez-vous une quelconque idée de ce que la transmission permet? Nous regarder vous permet d’exister en nos vœux. Vous penser nous permet de perpétuer l’élan.

 

Que pouvons-nous donc vous donner? Vous laisser voir? ici, en haut, pas loin de vous, finalement…

 

nous avons du silence quand vous avez des sons …

 

nous avons des signes quand vous avez des images, nous avons un corps chacun quand vous avez des émotions différentes… émotions… e-motion…

 

êtes-vous statiques?

 

êtes vous dans un mouvement végétal ou animal?

 

êtes vous poreux?

 

avez vous des os à montrer? connaissez vous les articulations qui vous configurent? Connaissez vous le nom de votre première vertèbre ?

 

avez vous une vague idée de ce que la tenségrité osseuse autorise ?

 

La pesanteur et la légèreté sont sœurs… la flexibilité et la liberté sont jumelles.

 

 

 

Voyez-vous ce que nous tentons de vous montrer ?

 

 

 

Des ombres . comme des formes abstraites… en fait, nous sommes des morceaux d’humains, de corps… dans les ombres de nous mêmes… dans une lecture vivace d’une face assombrie. des bribes de nous émergent. et nous ne donnons pas grand chose finalement… JE (un des trois corps d’ici) aimerait que vous soyez là, avec nous, dedans, dans un chaud lumineux, proche de nos considérations premières, aimer, vous aimer…

 

Nous sommes dieu(x) à vous dire des choses sans qu’on vous entende.

 

Nous sommes dieu(-x) à vous montrer le meilleur vrai “meilleur” de nous-mêmes sans attendre de retour de vous, sans vous le permettre surtout… à force d’être seuls, nous deviendrions égoïstes, divinement inopportuns, carrément despotes.

 

à la limite, nous sommes suffisants, désobligeants, radicalement absents de vous… en haut, là haut, nous nous éclatons, nous éclatons… nous ne permettons rien de ce qui arrive, ‘ça’ nous arrive… en plein corps pour vous en pleine gueule…

 

et tout ce ça, cette absence de plan, de programme, ce choix de ne pas avoir déterminé les choses avant nous laisse dans l’improvisation, dans la subtilité de l’évènementiel… du ponctuel…

 

alors voilà, finalement, nous sommes éphémères et fiers de l’être…

 

“papillons de lumières” comme dirait Cindy… est-ce que vous riez? est-ce que vous aimez être là? est-ce que le moment que vous vivez là est différent de ce que vous avez déjà vécu? Vécu jusqu’ici ? de ce que vous connaissez? est ce que quelque chose dans ce que vous voyez vous permet d’être quelque chose d’autre? Vous sentiriez-vous altéré ensuite ? Augmenté ? Amplifié ?

 

Sentez-vous un mouvement de lymphe, de sang ou d’eau vriller en vous?

 

Est-ce que la peau qui fait cuirasse vous donne des frissons?

 

Libérez-vous des endorphines? êtes-vous dopés à la dopamine? quels yeux avez-vous ouvert? quelle distance avez-vous pris avec hier?

 

ce matin, avez-vous bandé assez fort pour que le corps posé là ce soir s’en rappelle à l’énoncé de ce que vous voyez? avez-vous quelque part, n’importe où une trace de jouissance qui vous tient le corps, là?

 

êtes-vous prêt à vous embarquer pour une extase, un orgasme à n’importe quel moment? hic et nunc?

 

êtes-vous heureuse, madame? monsieur, avez-vous dit bonjour à cette fille? au mec qui vous tape dans l’oeil? qui vous tape dans l’entre cuisse?

 

tsunamisez-vous… atomisez-vous…

 

incluez-nous dans votre parabole physiologique… sentez les creux et les reliefs des envies qui vous habitent… si, y en a… y en a… y en a … y en a… y en a…. y en a… parTOUT… par tous?

 

comme à la messe à la fin, embrassez-vous… dansez des slows, embrassez nous… … et après, ça suffit… assez… interstices et armistices. Réfléchissons… chaque geste effectué vers un corps est acte social. Pourtant nous sommes des êtres a-sociaux d’amour… nous avons la peur et l’amour comme moteur. a chaque geste…

 

A CHAQUE GESTE un acte politique… un acte de trahison ou un acte de permission. chaque geste est un acte religieux. un lien entre les corps.

 

Chaque geste est un acte poétique… une portion d’éternité. 

 

 

 

où en êtes-vous avec vous? où avez-vous mis votre vous?

 

et toi au milieu des vous, tu te sens comment? y a un toi qui se prend pour un JE au milieu des autres.

 

Y a des JE perdus dans les gens qui attendent qu’on les prenne pour des gens.

 

Y a des Superman et des Wonder Woman dans la foule. peu nombreux ou toutes les mêmes? Y a des râclures, des enflures aussi… parfois dans la même enveloppe… dédoublements. perverses attitudes doubles.

 

vies plurielles. nous sommes des corps mélangés aux morts.

 

les morts nous en veulent d’être si vivants et si cons à la fois. les messages de l’au-delà d’en dessous d’à côté sont des SMS actes manqués. Ecoutons.

 

 

 

Pour palier à notre connerie, il nous faudrait des morts vivants.

 

 

 

 

 

J’ai encore des questions pour vous, j’ai pas mal de réponses mal trouvées, aussi… tout ça me vient du fait que je ne vous vois pas… si je vous voyais, je me tairais, assurément.    Je serais enflée d’un tourbillon, le tourbillon … les gens foutent toujours le tourbillon dans le ventre des autres..

 

Eux

 

Nommés société… la société est tourbillon, virage, toboggan et nous sommes dans une vertigineuse chute invraisemblable et réaliste. ce qui chute est aussi valide que ce qui retient.

 

 

 

ceux qui chutent ont une tendance à comprendre mieux que les autres.  ceux qui ont tendance à comprendre mieux que les autres chutent de plus haut.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

ne quittez pas, une opératrice va vous donner le la et le bip après le gong.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

GONG. GONG. GONG.

 

 

 

des corps sont éparpillés dans le cadre.

 

il y a quelque chose de navrant à être un corps dans un espace aussi précis, aussi déterminé. comme dans nos chambres, nos lits, nos bureaux, nos jardins, nos champs, nos parcs, nos tables, nos chiottes, nos caves, nos routes, nos impasses, nos virages, nos falaises,

 

cadrés dans nos petits corps tout déjà morts ou flétris ou densifiés… mis à mal par le vent, l’iode et la glaise… avec le temps, va tout s’en va… sempiternelle mortalité des veines saphènes. héritage en jachère.

 

Avenir en sursis.

 

heureusement qu’il reste l’intention et le désir et le plaisir… qu’on est, de manière innée, obligé de se relever, de lever les yeux vers les ciels, de tremper nos organes dans du sang chaud, verticale survie…

 

heureusement qu’on a le noyau dur et le disque vide… heureusement qu’on a les odeurs, les sucs et les vapeurs pour se mettre au clair avec nos corps…

 

 

 

heureusement qu’on a la tendance à se gourer dans nos démarches… à refaire les mêmes conneries…  encore et encore.

 

 

 

Avant et après, même combat… un début sans sens… sans aucune fin. sans règle, sans paramètre, nous avons des chutes enregistrées dans l’histoire de nos corps mais rien ne s’arrime, rien ne s’affirme…

 

 

 

quelqu’un a mis le verbe au commencement mais en fait, c’est la chute le commencement…

 

 

 

tombons, tombez, tombe…

 

tombes

 

rien n’a plus d’importance que la chute, l’erreur, la connerie, la subtile erreur…

 

 

 

 

 

le bon interstice entre la réalité et la vérité…

 

putain, que c’est bon de tomber, c’est bon d’être con en recommançant… poupon très con recherche répétition.

 

OH

 

coquille, faute, connerie… putain de merde, écrire sans faute est une erreur magistrale.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

manipulez nous

 

voyez dans ce que vous voyez la totale imperfection

 

vagues, ombres, directions…

 

à chaque cliché, produisez une parabole, une métaphore… à chaque mouvement, prenez de l’élan.

 

SAUTEZ NOUS

 

SAUTEZ nous avec vos corps, les cons, les sons, sautez et dites aïe en retombant, en fauchant le sol, en vrillant vos nerfs, en simulant la mort… allez, amusez vous à jouer à la mort avec nous.

 

HOP. 

 

y a des gens qui vont pas se souvenir de ce qu’ils sont dans quelques temps… history repeats itself…

 

y a des gens parmi nous qui n’auront aucune idée de ce qui s’est passé…

 

y a des gens qui ne sont même pas des gens… alors…

 

imaginez une suite à votre vie… après là, comme ça. rien n’est drôle quand on a aucune idée de ce qui va se passer mais ça serait bien jouissif de continuer quand même… pour tester, défier, affronter, se tromper, encore. n’avoir qu’une chance et se tromper.

 

flux. flux. reflux. incommensurable flux. Marée humaine.

 

avoir une idée de la fin mais continuer… ça monte

 

ça monte, bordel

 

 

 

cette idée de terminer fait monter les choses

 

23h31

 

c’est comment avant l’apogée, cette extraordinaire pulsion de fin… cette bête histoire de fin… allez… ça va aller… on va continuer à vivre comme ça. ça va daller, hein. on va continuer à… peu importe la chute… on va continuer…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

HOP.

 

Hop

 

Hop

 

Hophophopopohopohopopohpoohophop

 

HOP.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Ceci est le texte écrit en direct hier soir lors de la performance Real Windows de la Cité Mommen qui fêtait ses 141 ans. Les fenêtres des ateliers étaient occupées par divers artistes, lesquels affichaient vidéos, corps dansants, images, ombres chinoises, ... entre 22h30 et 23h30.
Philomène Zeltz et NIcolas Marchant occupaient une des deux fenêtres de l'atelier de Philomène avec leurs corps en ombres avec signes et dessins animés réalisés en direct tandis que j'occupais l'autre fenêtre avec une écriture improvisée. Ce texte est donc l'impression signe et sens de ce que je voyais / vivais de l'atelier et le public en bas pouvait lire et faire ses liens. Pendant ce temps là, le groupe Why the Eye donnait du son.

 

 

11:48 07/06/2015 | Lien permanent | Tags : textes, act-u, arts |  Facebook

5
jui

Nicolas Marchant, Philomène Zeltz, Milady Renoir au sein des performances et intentions du 6 juin 2015 @ Mommen Cité

A l'occasion des 141 ans des Ateliers Mommen, une célébration des mondes sensibles se jouera dans tous les lieux de la cité pendant quelques jours dès ce soir.

Samedi soir, vers 22h30, des fenêtres vastes d'un 3ème étage, Nicolas Marchant, Philomène Zeltz et Milady Renoir proposent une élaboration plurielle des corps, des mots et des signes.
1 heure pour raconter l'histoire de 3 corps qui se disent, qui évoluent entre intérieur et extérieur, entre immédiateté et perpétuité. Voy(ag)eurs et rêveurs bienvenus.

prépa perf mommen.jpg

prépa perf mommen V.jpg

 

prépa perf mommen II.jpg

 

 

 

 

 

 

 

Quelques instantanés de la répétition de notre proposition d'intervention dans l'atelier de Philomène...

 

15:14 05/06/2015 | Lien permanent | Tags : act-u, arts, agendada |  Facebook

2
jui

141 ans de la Cité Mommen - Performance corps - mots - signes - dessins de Nicolas Marchant, Philomène Zeltz & Milady Renoir (6-6-15)

A l'occasion des 141 ans des Ateliers Mommen, une célébration des mondes sensibles se jouera dans tous les lieux de la cité pendant quelques jours.

Samedi soir, vers 22h30, des fenêtres vastes d'un 3ème étage, Nicolas Marchant, Philomène Zeltz et Milady Renoir proposent une élaboration plurielle des corps, des mots et des signes. 
1 heure pour raconter l'histoire de 3 corps qui se disent, qui évoluent entre intérieur et extérieur, entre immédiateté et perpétuité. Voy(ag)eurs et rêveurs bienvenus.

Le reste et la suite du programme de ce samedi soir 6 juin là:

22:30 « Real life windows » Installation/performance collective à la nuit tombée.

"Real life windows" ou la vie des artistes de la cité Mommen projetée dans les fenêtres de leurs espaces, comme si les entrailles de notre bâtiment s'illuminait d'un feu onirique qui donnerait à voir ce qui le constitue : des imaginaires qui cherchent à entrer en contact les uns avec les autres....!!! Coordoné par Fred Chemama avec Antje Van Wichelen, Armand Gfeller, Camille Escudero, Françoise Lacroix, Fred Chemama, Fred Marbaix, Gilles Petermans, Isabelle Rouquette, Joachim Devillé, Matthieu Ha, Pascal Baes, Perrine Grivaux, Milady Renoir, Nicolas Marchant, Philomène Zeltz, Stéfan Piat, Tessy Bauer, Yacine Sebti, Nicolas Fong.

+ Why the Eye (tribal-noisy- xprmtl)

Au même moment que toutes les baies vitrées des bâtiments central seront illuminées par toutes sortes, Why the Eye, un quatuor masqué réuni autour des instruments construits par DjP vous emportera dans des rythmes obsédants. De leur musique, aux teintes particulières des instruments D.I.Y. se dégage un alliage de sonorités tribal-noisy-expérimentales qui ébranlera vos corps en transe. Tout un programme garanti sans programmation, pour un résultat low-fi et velu ! Avec Djp, Damien Magnette, Nico Gitto et Thomas Giry.http://whytheeye.wordpress.com/

23:30 Degurutieni + Miravisions + guests : Manu Roland, Grégoire Tertiaux et Ndiaga (fantasmagoric japanese noisy garage rock + ...)

Icône dandy de la scène underground d’Osaka, Arco Degurutieni est un poète multi-instrumentiste qui mélange ces sons et les sons des autres musiciens dans une musique bien à lui oscillant entre garage rock, noisy jazzy et pop électro. Sa voix sombre, qui n’est pas sans rappeler celle de Tom Waits, nous emmène dans un univers fantasmagorique, décadent et mélancolique. Pour l'occasion, il sera accompagné par clarinettiste diabolique Yaburinko-Ne, du violoncelliste hystérique Atsuko Hatano, de deux souffleurs bienfaiteurs de la fanfare du Belgistan, Manu Roland et Grégoire Tertiaux et du percussionniste persistant Ndiaga.http://degurutieni.blogspot.com + Matthieu Ha (pop-utopik, swing, catho-punk) Bon ami de Dugurutieni, avec qui il a déjà eu souvent l'occasion de joué ensemble ou lors de mêmes manifestations, ce terrible accordéoniste avec ses mélodies enivrantes nous réservera une surprise ; un solo, une jam,?, des moments d'incantation pour ne pas savoir comment passer le relais aux dj's. www.youtube.com/watch?v=2f5ZNeWfKwc Et pour rendre ces spectacles encore plus psyché il y aura les Miravisions de Fred Chemama qui viendrons créer un univers visuel construit aux jonctions de leurs imaginaires, dans une mise en relation des corps, de la lumière, du lieux et des instants qui y sont partagés. https://vimeo.com/user4967962

01:00 John Dark + Degurutieni (djs)"

et encore plus sur http://ateliersmommen.collectifs.net/…/141-ans-11-ans-cel...

FAITES PASSER.

10:23 02/06/2015 | Lien permanent | Tags : act-u, arts, agendada |  Facebook

29
mai

Compte-Rendu de la 49ème soirée filles avec un cerveau (chacune) chez Béatrice un 22 mai 2015

 

La 49ème a eu lieu...

C'était dans un jardin anglais
Rue de la Gobie à Orbais.

Sont venues et ont apporté...

 

Dominique : Robert Pirsig – Traité du Zen et de l’entretien des motocyclettes, chez AVENTURE POINTS (+ Camille Claudel expo à Roubaix)

Béatrice : carnet de mamy – ode à la liberté dans le bon DROIT chemin…

Suzy: Lettre au carré, coup de gueule sur une plage, anti-ode à la vacuité. body sculpté.jpg

Evelyne : Débat sur l’expérience (et documentaire) ‘Leçon sur la discrimination’ menée au Canada dans une classe de primaire…

Alice : « à toi demain », le travail inexpliqué à ma fille – documentaire l’image en moins d’Eric Smesteers

Amélie : Parole ouvrière « je pensais que j’étais loin de l’écriture mais c’est peut-être l’usine qui m’en a éloigné » récit d’expérience-s d’ateliers d’écriture avecdes anciens employés des usines de sidérurgie Boël et Duferco de La Louvière

Virginie : Film « Le sel de la terre » – Wim Wenders & Juliano Ribeiro Salgado & le monde…  (Cf. Benoit Dervaux film)

Maeva : Frida Kahlo se forçait à rire 20 minutes par jour pour de très bonnes raisons… gué-rire ?Fallen-Princesses-1.jpg

Nathalie: L'une et l'autre (avec un passage sur le rapport de Sylvia Plath à sa mère)

Milady : Dors et fais pas chier +gonades.jpg martinet, objet d’autorité, de docilité et de maltraitance… la tentation du monologue intérieur.

 

 

 

 

 

Colportez donc ça, déjà et pour la prochaine, la 50ème , elle aurait lieu juste après les grandes vacances ou… qui sera saura.

 

 



 

19:31 29/05/2015 | Lien permanent | Tags : girlz, act-u, agendada |  Facebook