17
fév

Journée pro-hystéries

Lectures de mon temps présent.

 

In the 1950s, competition among pharmaceutical firms boosted amphetamine consumption dramatically, after expiration of the Alles and Smith, Kline and French patent in 1949..jpg

09:54 17/02/2016 | Lien permanent | Tags : girlz |  Facebook

14
fév

future lecture du futur

Mise en page 1

"Il arrive que l’on ne souhaite plus communiquer, ni se projeter dans le temps, ni même participer au présent ; que l’on soit sans projet, sans désir, et que l’on préfère voir le monde d’une autre rive : c’est la blancheur. La blancheur touche hommes ou femmes ordinaires arrivant au bout de leurs ressources pour continuer à assumer leur personnage. C’est cet état particulier hors des mouvements du lien social où l’on disparaît un temps et dont, paradoxalement, on a besoin pour continuer à vivre. David Le Breton signe là un livre capital pour essayer de comprendre pourquoi tant de gens aujourd’hui se laissent couler, sont pris d’une “passion d’absence” face à notre univers à la recherche de la maîtrise de tout et marqué par une quête effrénée de sensations et d’apparence. Voilà qu’après les signes d’identité, c’est cette volonté d’effacement face à l’obligation de s’individualiser, c’est la recherche d’un degré a minima de la conscience, un “laisser-tomber” pour échapper à ce qui est devenu trop encombrant, qui montent. La nouveauté est que cet état gagne de plus en plus de gens et qu’il est de plus en plus durable. David Le Breton, avec cet ouvrage en forme de manifeste, fait un constat effrayant et salutaire de notre engourdissement généralisé. Nous sommes tous concernés par ce risque d’une vie impersonnelle."
 

17:34 14/02/2016 | Lien permanent | Tags : lis tes ratures |  Facebook

12
fév

neverending story

Girls' talk...

13:25 12/02/2016 | Lien permanent | Tags : girlz, humoeurs |  Facebook

interstices - pauses - da coda - gouffres - et autres lieux d'absences.

Capture d’écran 2016-02-11 à 14.43.34

L'amour est pour les hommes quelque chose de tout à fait différent de ce qu'entendent les femmes

"Lou Andréas Salomé (12 février 1861-5 février 1937), grande femme de lettres, est la figure même de l’égérie, déchaînant de nombreuses passions amoureuses sur son passage. Lorsque Nietzsche la rencontre à Rome, alors qu’elle n’avait que 21 ans, il en tombe littéralement fou amoureux : il la demande en mariage par deux fois mais Lou le quittera pour Rée, leur ami commun. C’est plus tard qu’elle deviendra la muse de Rilke puis de Freud. Dans cette lettre, datée de l’année de leur rencontre, Nietzsche dresse la liste des différences fondamentales entre l’homme et la femme en ce qui concerne l’amour…" (in deslettres.com)
 

[8/24 août 1882]

 

1. Les hommes qui aspirent à la grandeur sont habituellement des gens méchants ; c’est la seule manière qu’ils ont de se supporter.

2. Qui ne trouve plus la grandeur en Dieu ne la rencontre plus et ne peut alors que la nier ou — la créer (contribuer à la créer).

3. [+++]

4. L’immense attente en matière d’amour sexuel pervertit, chez les femmes, leur vision de toutes les perspectives plus lointaines.

5. Héroïsme — c’est la disproportion où se trouve un homme qui vise un but par rapport auquel lui-même n’entre plus du tout en ligne de compte. L’héroïsme est la bonne volonté de la disparition de soi.

6. Le contraire de l’idéal héroïque est l’idéal de l’harmonieux développement universel — un beau contraire est très souhaitable ! Mais c’est un idéal qui ne vaut que pour des êtres fondamentaux bons (Goethe, par ex.)

L’amour est pour les hommes quelque chose de tout à fait différent de ce qu’entendent les femmes.

Pour la plupart, l’amour est sans doute une forme d’avidité ; pour le reste des hommes, c’est le culte d’une divinité souffrante et masquée.

Si l’ami Rée lisait cela, il me tiendrait pour fou.

Comment allez-vous ? Il n’y a jamais eu, à Tautenbourg, une journée plus belle que celle-là. L’air épuré, doux, puissant : comme il faudrait que nous soyons tous.
Cordialement,

F.N.

09:21 12/02/2016 | Lien permanent |  Facebook

5
fév

dico intime

Silence (n.m.) : fascination pour le chant d'un bourreau sans nom. DSC01841.JPG

ex. il désirait le silence comme elle le haïssait. il invoquait l'interstice et son pointillé tandis qu'elle vivait une ligne droite. il séparait le son du bruit mais elle n'avait pas de tempe assez souple que pour lui laisser le choix.  ce silence qui était comme un prologue à une mort n'était ni accueilli, ni fécond, mais il a fini par s'imposer, comme le reste déjà silencieux.

00:56 05/02/2016 | Lien permanent | Tags : humoeurs |  Facebook

30
jan

interstice

dans chaque brèche, une diastole.DSC08991.JPG

 

11:24 30/01/2016 | Lien permanent | Tags : luv, humoeurs |  Facebook

25
jan

Lettre de George Sand à Pietro Pagello (reset)

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" Nés sous des cieux différents, nous n'avons ni les mêmes pensées ni le même langage ; avons-nous du moins des cœurs semblables ?

Le tiède et brumeux climat d'où je viens m'a laissé des impressions douces et mélancoliques : le généreux soleil qui a bruni ton front, quelles passions t'a-t-il données ? Je sais aimer et souffrir, et toi, comment aimes-tu ?

L'ardeur de tes regards, l'étreinte violente de tes bras, l'audace de tes désirs me tentent et me font peur. Je ne sais ni combattre ta passion ni la partager. Dans mon pays on n'aime pas ainsi ; je suis auprès de toi comme une pâle statue, je te regarde avec étonnement, avec désir, avec inquiétude.

Je ne sais pas si tu m'aimes vraiment. Je ne le saurai jamais. Tu prononces à peine quelques mots dans ma langue, et je ne sais pas assez de la tienne pour te faire des questions si subtiles. Peut-être est-il impossible que je me fasse comprendre quand même je connaîtrais à fond la langue que tu parles.

Les lieux où nous avons vécu, les hommes qui nous ont enseignés, sont cause que nous avons sans doute des idées, des sentiments et des besoins inexplicables l'un pour l'autre. Ma nature débile et ton tempérament de feu doivent enfanter des pensées bien diverses. Tu dois ignorer ou mépriser les mille souffrances légères qui m'atteignent, tu dois rire de ce qui me fait pleurer.

Peut-être ne connais-tu pas les larmes.

Seras-tu pour moi un appui ou un maître ? Me consoleras-tu des maux que j'ai soufferts avant de te rencontrer ? Sauras-tu pourquoi je suis triste ? Connais-tu la compassion, la patience, l'amitié ?

On t'a élevé peut-être dans la conviction que les femmes n'ont pas d'âme. Sais-tu qu'elles en ont une ? N'es-tu ni chrétien ni musulman, ni civilisé ni barbare ; es-tu un homme ? Qu'y a-t-il dans cette mâle poitrine, dans cet œil de lion, dans ce front superbe ? Y a-t-il en toi une pensée noble et pure, un sentiment fraternel et pieux ? Quand tu dors, rêves-tu que tu voles vers le ciel ? Quand les hommes te font du mal, espères-tu en Dieu ?

Serai-je ta compagne ou ton esclave ? Me désires-tu ou m'aimes-tu ? Quand ta passion sera satisfaite, sauras-tu me remercier ? Quand je te rendrai heureux, sauras-tu me le dire ?

Sais-tu ce que je suis, ou t'inquiètes-tu de ne pas le savoir ? Suis-je pour toi quelque chose d'inconnu qui te fait chercher et songer, ou ne suis-je à tes yeux qu'une femme semblable à celles qui engraissent dans les harems ? Ton œil, où je crois voir briller un éclair divin, n'exprime-t-il qu'un désir semblable à celui que ces femmes apaisent ? Sais-tu ce que c'est que le désir de l'âme que n'assouvissent pas les temps, qu'aucune caresse humaine n'endort ni ne fatigue ?

Quand ta maîtresse s'endort dans tes bras, restes-tu éveillé à la regarder, à prier Dieu et à pleurer ?

Les plaisirs de l'amour te laissent-ils haletant et abruti, ou te jettent-ils dans une extase divine ? Ton âme survit-elle à ton corps, quand tu quittes le sein de celle que tu aimes ?

Oh ! quand je te verrai calme, saurai-je si tu penses ou si tu te reposes ?

Quand ton regard deviendra languissant, sera-ce de tendresse ou de lassitude ?

Peut-être penses-tu que tu ne me connais pas… que je ne te connais pas. Je ne sais ni ta vie passée, ni ton caractère, ni ce que les hommes qui te connaissent pensent de toi. Peut-être es-tu le premier, peut-être le dernier d'entre eux. Je t'aime sans savoir si je pourrai t'estimer, je t'aime parce que tu me plais, peut-être serai-je forcée de te haïr bientôt.

Si tu étais un homme de ma patrie, je t'interrogerais et tu me comprendrais. Mais je serais peut-être plus malheureuse encore, car tu me tromperais.

Toi, du moins, ne me tromperas pas, tu ne me feras pas de vaines promesses et de faux serments. Tu m'aimeras comme tu sais et comme tu peux aimer. Ce que j'ai cherché en vain dans les autres, je ne le trouverai peut-être pas en toi, mais je pourrai toujours croire que tu le possèdes. Les regards et les caresses d'amour qui m'ont toujours menti, tu me les laisseras expliquer à mon gré, sans y joindre de trompeuses paroles. Je pourrai interpréter ta rêverie et faire parler éloquemment ton silence. J'attribuerai à tes actions l'intention que je te désirerai. Quand tu me regarderas tendrement, je croirai que ton âme s'adresse à la mienne ; quand tu regarderas le ciel, je croirai que ton intelligence remonte vers le foyer éternel dont elle émane.

Restons donc ainsi, n'apprends pas ma langue, je ne veux pas chercher dans la tienne les mots qui te diraient mes doutes et mes craintes. Je veux ignorer ce que tu fais de ta vie et quel rôle tu joues parmi les hommes. Je voudrais ne pas savoir ton nom, cache-moi ton âme que je puisse toujours la croire belle."

14:17 25/01/2016 | Lien permanent | Tags : lis tes ratures, humoeurs |  Facebook

4
jan

de F à D

Sans titre

La béance de tes aisselles est mon refuge.

De Frida à Diego Rivera.
 
 

Diego,

Rien ne ressemble à tes mains,  rien ne ressemble non plus à l’or vert de tes yeux. Tu remplis mon corps, jour après jour. Tu es le miroir de la nuit. La lumière violette de l’éclair. L’humidité de la Terre.  La béance de tes aisselles est mon refuge. Ma joie entière est de sentir la vie jaillir de ta source-fleur que la mienne garde pour remplir tous les chemins de mes nerfs qui t’appartiennent, tes yeux, épées vertes dans ma chair, onde entre nos mains. Toi seul dans l’espace empli de sons. Dans la lumière et dans l’ombre, t’appellera auxochrome, celui qui capte la couleur. Moi, chromophore, celle qui donne la couleur. Tu es toute la combinaison de ces chiffres. La vie. Mon désir : en comprendre la ligne, la forme, le mouvement. Tu remplis et je reçois. Ta parole occupe tout l’espace et atteint mes cellules, qui sont mes astres et retourne aux tiennes qui sont ma lumière.

Frida.

20:00 04/01/2016 | Lien permanent | Tags : luv, humoeurs, lis tes ratures |  Facebook

Je hais le nouvel an, par Antonio Gramsci.

"Chaque matin, à me réveiller encore sous la voûte céleste, je sens que c’est pour moi la nouvelle année. C’est pourquoi je hais ces nouvel an à échéance fixe qui font de la vie et de l’esprit humain une entreprise commerciale avec ses entrées et sorties en bonne et due forme, son bilan et son budget pour l’exercice à venir. Ils font perdre le sens de la continuité de la vie et de l’esprit. On finit par croire sérieusement que d’une année à l’autre existe une solution de continuité et que commence une nouvelle histoire, on fait des résolutions et l’on regrette ses erreurs etc. etc. C’est un travers des dates en général. On dit que la chronologie est l’ossature de l’Histoire; on peut l’admettre. Mais il faut admettre aussi qu’il y a quatre ou cinq dates fondamentales que toute personne bien élevée conserve fichée dans un coin de son cerveau et qui ont joué de vilains tours à l’Histoire. Elles aussi sont des nouvel an. Le nouvel an de l’Histoire romaine, ou du Moyen Âge, ou de l’Époque moderne. Et elles sont devenues tellement envahissantes et fossilisantes que nous nous surprenons nous-mêmes à penser quelquefois que la vie en Italie a commencé en 752, et que 1490 ou 1492 sont comme des montagnes que l’humanité a franchies d’un seul coup en se retrouvant dans un nouveau monde, en entrant dans une nouvelle vie. Ainsi la  date devient un obstacle, un parapet qui empêche de voir que l’histoire continue de se dérouler avec la même ligne fondamentale et inchangée, sans arrêts brusques, comme lorsque au cinéma la pellicule se déchire et laisse place à un intervalle de lumière éblouissante. Voilà pourquoi je déteste le nouvel an. Je veux que chaque matin soit pour moi une année nouvelle. Chaque jour je veux faire les comptes avec moi-même, et me renouveler chaque jour. Aucun jour prévu pour le repos. Les pauses je les choisis moi-même, quand je me sens ivre de vie intense et que je veux faire un plongeon dans l’animalité pour en retirer une vigueur nouvelle. Pas de ronds-de-cuir spirituels. Chaque heure de ma vie je la voudrais neuve, fût-ce en la rattachant à celles déjà parcourues. Pas de jour de jubilation aux rimes obligées collectives, à partager avec des étrangers qui ne m’intéressent pas. Parce qu’ont jubilé les grands-parents de nos grands parents etc., nous devrions nous aussi ressentir le besoin de la jubilation. Tout cela est écœurant." 

(Antonio Gramsci, 1er janvier 1916 sur l’Avanti!, édition de Turin, rubrique « Sotto la Mole ») Traduit par Olivier Favier.

 
 

Odio il capodanno

Ogni mattino, quando mi risveglio ancora sotto la cappa del cielo, sento che per me è capodanno.Perciò odio questi capodanni a scadenza fissa che fanno della vita e dello spirito umano un’azienda commerciale col suo bravo consuntivo, e il suo bilancio e il preventivo per la nuova gestione. Essi fanno perdere il senso della continuità della vita e dello spirito. Si finisce per credere sul serio che tra anno e anno ci sia una soluzione di continuità e che incominci una novella istoria, e si fanno propositi e ci si pente degli spropositi, ecc. ecc. È un torto in genere delle date.Dicono che la cronologia è l’ossatura della storia; e si può ammettere. Ma bisogna anche ammettere che ci sono quattro o cinque date fondamentali, che ogni persona per bene conserva conficcate nel cervello, che hanno giocato dei brutti tiri alla storia. Sono anch’essi capodanni. Il capodanno della storia romana, o del Medioevo, o dell’età moderna. E sono diventati cosí invadenti e cosí fossilizzanti che ci sorprendiamo noi stessi a pensare talvolta che la vita in Italia sia incominciata nel 752, e che il 1490 0 il 1492 siano come montagne che l’umanità ha valicato di colpo ritrovandosi in un nuovo mondo, entrando in una nuova vita. Così la data diventa un ingombro, un parapetto che impedisce di vedere che la storia continua a svolgersi con la stessa linea fondamentale immutata, senza bruschi arresti, come quando al cinematografo si strappa la film e si ha un intervallo di luce abbarbagliante.Perciò odio il capodanno. Voglio che ogni mattino sia per me un capodanno. Ogni giorno voglio fare i conti con me stesso, e rinnovarmi ogni giorno. Nessun giorno preventivato per il riposo. Le soste me le scelgo da me, quando mi sento ubriaco di vita intensa e voglio fare un tuffo nell’animalità per ritrarne nuovo vigore. Nessun travettismo(1). Ogni ora della mia vita vorrei fosse nuova, pur riallacciandosi a quelle trascorse. Nessun giorno di tripudio a rime obbligate collettive, da spartire con tutti gli estranei che non mi interessano. Perché hanno tripudiato i nonni dei nostri nonni ecc., dovremmo anche noi sentire il bisogno del tripudio. Tutto ciò stomaca.

 

(Antonio Gramsci, 1° Gennaio 1916 su l’Avanti!, edizione torinese, rubrica « Sotto la Mole »)

  1. La voce « travettismo » è derivata dal piemontesismo « travet » che designa un « impiegato di basso livello e mal retribuito che svolge scrupolosamente un lavoro monotono e, anche, poco gratificante (e, con valore ironico, ne indica la mancanza di personalità, di iniziativa e di motivazioni) » (Grande Dizionario della Lingua Italiana). Si tratta del nome del protagonista della commedia piemontese di Vittorio Bersezio Le miserie di Monsù Travet (1862) divenuto il paradigma dell’impiegato dalla vita grigia e con prospettive limitate. [

09:57 04/01/2016 | Lien permanent | Tags : humoeurs, lis tes ratures |  Facebook

3
jan

post-agocalypse

“If you imagine, friend, that I do not have those
black serpents in the pit of my body,
that I am not crushed in fragments by the tough
butterfly wing
broken and crumpled like a black silk stocking,
if you imagine that my body is not
blackened
burned wood,
then you imagine a false woman.”


Diane Wakoski DSC02211.JPG

 

 

(photo by NM with my sony)

22:16 03/01/2016 | Lien permanent | Tags : humoeurs |  Facebook

2
jan

alors on danse...

PoppysNTMFridaBoccaraLesInnocentsAfrikaBambaataRATMLouiseAttaqueColetteMagnyKoolAndTheGangMichaelJacksonQuincyJonesShirleyBasseyDaftPunkPharrellWilliamsPrinceTomJonesRitaMitsoukoYmaSumacElliMedeirosSaintPreuxFranceGallAznavourGainsbourg...

A chaque chanson passée lors de cette soirée, un bruit blanc, un acouphène cloitrait le moment présent.

 

21:07 02/01/2016 | Lien permanent | Tags : humoeurs |  Facebook

voilà, ça c'est fait

un manque cruel de poésie
un manque cruel de fluidité
un manque cruel d'espace de lien
un manque cruel de modestie
un manque cruel d'engagement
un manque cruel de persistance
un manque cruel d'appréciation et d'altérité
un manque cruel de liberté
un manque cruel de précision heureuse
un manque cruel de considération pour la traversée
un manque cruel d'écriture du soin
un manque cruel de dénouement heureux
vivement un remake de ce jour de l'an, de l'année juste décomposée
ou un trou dont naitrait autre chose que du néant.

heureusement il y a ce bien heureux amour qui s'est fait prendre l'arrière et le devant, mais qui résiste comme un labyrinthe qui assume sa finitude.

 

Doré_-_Styx.jpg

 

 

 

 

 

(G. Doré et un passage du Styx)

20:30 02/01/2016 | Lien permanent | Tags : act-u, humoeurs |  Facebook

28
déc

fin des temps - début des choses.

"Je n’irai jamais jusqu’au bout de moi,

N’irai jamais jusqu’au bout du monde,

Mais j’y vais !

...

Idiot, je suis mon propre inconnu,

Ma lucidité est la NUIT

Où j’habite, stupidement, son envers.

Je m’y terre, sans dire merci.

Mais j’erre et fais du bruit

Dans l’universelle cacophonie.

Personne n’existe ? Moi non plus !

J’écris parce que les mots se tuent.

Mais je parle dans ma mort

Comme la foudre dans les nuées.

Je sauve, vivant, le verbe voir.

Personne n’écoute ? Tant mieux !

Personne ne répond ? Mieux encore !

Je suis l’optimiste de la désespérance

Et me moque de tous les yeux !

Dieu ! — Tu le sais, mon vieux =

Le réel, qui te nie,

N’est pas délictueux, mais délicieux."

 

Alain Jouffroy

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(installation de Jan Fabre @ Verbeke Fondation - Photo de Son-Autre-Oeil)

12:14 28/12/2015 | Lien permanent | Tags : humoeurs, arts |  Facebook

3
nov

Un livre collectif proposé à Mons2015 (d'autres lieux d'exposition suivront)

Le roman-photo-aléatoire-livre-objet "Fragments autour d'un Portrait" (ou la recherche d' un roman -photo-roman ouvert) sera exposé pour la première (mais pas la dernière) fois à Mons. Vernissage ce jeudi 5.

image003.jpg12 Artistes, poête(sse)s- écrivain(e)s- plasticien(s)- photographe- performeuses , se retrouvent autour d'un projet mettant en filiation travail plastique et écriture.

Participent à ce projet:

Christine Aventin Ecrivaine / Alain Dantinne Poète, Romancier / Rony Demaeseneer Auteur / Patrick Guaffi Plasticien / Paul Gonze Plasticien, « Impénitent touche-à-tout, se prétend anartiste-papowéte- romenteur » / Jacqueline L'Heveder Ecrivaine / Françoise Lison-Leroy Poète et novelliste, participe à une chronique culturelle / Rachid Madanis Ecrivain, poète / Colette Nys Mazure Poète, nouvelliste, romancière et essayiste/ Yvan Peeters Photographe / Milady Renoir « Lectrice, autrice, animatrice, accompagnatrice » / Jean Marie Stroobants Galeriste, commissaire, plasticien, écrivain.

Ce projet a comme regard porteur la réalisation d' un « roman-photo-roman aléatoire ». D'autres lieux d'exposition, d'exploration proposeront ce livre, entouré de lectures, de performances. Ce livre évolue en fonction du temps, de ses auteurs, de la volonté des choses et...

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19:08 03/11/2015 | Lien permanent | Tags : lis tes ratures, act-u |  Facebook

Potentia Gaudendi 2.0 à Liège

allez, on le dit

“L'ELECTRO GLAMOUR NIGHT…
ou quand des artistes féminines de la FWB se rencontrent et entremêlent leurs talents, leurs mots, leurs émotions, leurs gestes et leurs sons le temps d'une soirée inédite.

28 novembre 2015

22h00 • STEPH WUNDERBAR Dj set (BE)
22h30 • “POTENTIA GAUDENDI 2.0” : une lecture poétique performée par Milady RENOIR & Christine AVENTIN accompagnées de Vera Narque à la guitare électrique sur un habillage musical de Steph WUNDERBAR
23h30 • STEPH WUNDERBAR Dj set (BE)
01h00 • KARLA - Dj set (BE)

>> Entrée gratuite <<

Steph Wunderbar
https://www.facebook.com/StephWunderbarMusic

Karla
https://soundcloud.com/karla-b-hm

———————————————
Avec le soutien de la Ministre de l'Enseignement de promotion sociale, de la Jeunesse, des Droits des femmes et de l'Egalité des chances.

http://www.lesparlantes.be/
http://www.reflektor.be/

 

*********

 

La première étape de Potentia Gaudendi a eu lieu lors d'une résidence d'autrices (en Gaume). Christine Aventin et moi avons échangé, discuté, écrit à propos des termes et des intentions de Potentia Gaudendi (concept emprunté à Beatriz Preciado). Nicolas Marchant nous a rejoint pour alimenter le processus de restitution de nos écrits. Le blog http://potentiagaudendi.tumblr.com/ a reçu nos hésitations, nos désirs, nos rêves et nos perditions.
La seconde étape a eu lieu lors du FiEstival Maelström #8. Nicolas Marchant, Christine Aventin et moi avons expérimenté avec nos corps, des images, nos gorges, nos contrastes la mise en voix de ces élans.
Christine Aventin et moi sommes invitées à perpétuer l'échange et le désir du duo lors d'une soirée "Electro Glamour" à Liège le 28 novembre. Cette fois, nous serons accompagnées de Vera Narque, guitariste rock et Steph Wunderbar à l'habillage électro.

11:47 03/11/2015 | Lien permanent | Tags : act-u, lis tes ratures, place net |  Facebook

24
oct

lectures

Périphéries

Annie Leclerc, philosophe

Penser sans entraves

 

En 1974, avec Parole de femme, le féminisme faisait un pas de côté. Annie Leclerc s’y préoccupait davantage de revaloriser tout ce qui s’attache traditionnellement au féminin, et qui lui semblait précieux non seulement pour les femmes mais pour la société tout entière, que de s’emparer des prérogatives des hommes. Détestant les machos, elle revendiquait certes la liberté d’avoir accès, autant qu’un homme, à tout ce qui compte - la pensée, par exemple : elle est enseignante de philosophie. Mais elle se méfiait des bouffonneries vaines du carriérisme et du pouvoir, auxquelles elle préférait les joies obscures du quotidien. Récemment réédité, ce coup d’éclat d’une femme « entichée de vie » est plus que jamais d’actualité, au moment où le travail suscite des souffrances de plus en plus grandes et où le piège du carriérisme se referme sur les femmes comme sur les hommes. C’est aussi cette foi tenace dans la vie et ce goût de la réflexion sans concession qui ont animé Annie Leclerc, plus intéressée par ce qu’il y a à comprendre que par les jugements péremptoires, lors de ses quinze années d’atelier d’écriture en prison. Elle vient de les raconter dans un livre tranquillement subversif, d’une sagacité imparable : L’enfant, le prisonnier. Rencontre.

C’est un livre tout de sérénité et de clairvoyance ; rien de moins péremptoire, rien qui se fasse moins le complice de quelque violence que ce soit. Et pourtant, L’enfant, le prisonnier, sorti au printemps dernier, dans lequel Annie Leclerc raconte ses quinze ans d’atelier d’écriture en prison, est un livre éminemment subversif. Subversif, parce qu’il contredit, comme elle l’écrit elle-même, « l’arrogante affirmation selon laquelle un criminel est un criminel, un point c’est tout » ; affirmation qui s’est aujourd’hui imposée comme un dogme inébranlable. Il y a quelques jours encore, un présentateur de France-Inter, recevant la journaliste Dominique Simonnot pour ses Carnets de justice, dans lesquels elle rend compte du jeu de massacre des comparutions immédiates, lui assénait : « Oui, mais quand même ! Moi, si on me cassait la figure pour me voler mon portable, je ne serais pas très content !... » Annie Leclerc, pour sa part, observe : « Je sens très bien qu’il y a une résistance médiatique de fond à mon livre. Ça n’est pas dû seulement à la ligne politique actuelle, qui à mon avis est tout à fait désastreuse, mais aussi à un état d’esprit plus général, qu’on retrouve y compris chez ceux qui ne se croient pas dans cette ligne-là. Quelque chose s’est vraiment durci par rapport à tout ce qui se présente comme délinquance, relâchement des mœurs, petites agressions, mauvaise conduite... »

Sa perception des choses est toute différente. D’abord, elle ne perd jamais de vue le fait que la prison, « pierreuse concrétion de tous les maux du dehors », est le lieu du refoulé social par excellence : « On ne peut pénétrer l’univers putride de la prison sans éprouver la maladie du corps social tout entier qui a sécrété cela. » Elle s’y sent « en pays de vérité ». Sur l’extérieur, elle pose un regard d’une acuité impitoyable, décrivant « la pagaille innommable du dehors, étalée et sans bornes, l’hostilité confuse des intérêts, la violence de courte vue, l’inanité des commerces, la voracité tranquille des uns, le dénuement insondable des autres, l’absence résolue de pensée »... Ses prisonniers, la petite douzaine de ses « gars » avec qui elle se retrouve une fois par semaine à l’atelier, « au cœur large de la caverne sans violence », elle prend le parti, non de les idéaliser, mais de les accueillir « en non-criminels, en banals humains ». Elle refuse de savoir ce qui les a conduits en prison, de peur que cela ne l’empêche de bien faire son travail. Ils en sont les premiers surpris, comme elle l’écrit (dans le livre, elle parle d’elle à la troisième personne) : « Ils avaient le plus grand mal à la croire plus occupée d’eux, de leur être, de leurs paroles, de leur souffrance, de leur désir, que de leur crime. » Un jour, raconte-t-elle, quelqu’un - un surveillant, croit-on deviner - lui révèle que l’un d’entre eux, pour qui elle éprouve une sympathie particulière, est soupçonné d’être au cœur d’un réseau de prostitution enfantine : « Ce qu’on veut lui signifier, elle n’en doute pas, c’est combien elle est naïve, pour ne pas dire niaise. » Evidemment, elle est troublée : « Elle n’arrive plus à oublier ce qu’elle a raison - ça, c’est sûr - d’oublier d’habitude. »

 

« Je crois que ce qu’on accepte le moins,
c’est de se priver de la possibilité de se venger »

 

Oui, elle a raison. Certains s’indigneront sans doute, crieront à l’indécence, la sommeront de songer un peu aux victimes... Brandir les droits des victimes en les opposant à ceux des criminels, c’est la rhétorique classique des tenants de la tolérance zéro. En janvier 2003, devant les associations de victimes d’infractions, le ministre de l’Intérieur Nicolas Sarkozy déclarait par exemple : « Il n’est plus question de compromis. Les victimes méritent davantage de considération que les coupables. Avant de penser aux droits des délinquants, il faut penser aux droits des victimes et replacer celles-ci au centre des préoccupations de l’Etat. » Et pourtant... Si la démarche d’Annie Leclerc représentait au contraire le meilleur moyen de songer aux victimes ? Pour favoriser la réhabilitation et la réinsertion des détenus - ce qui est, après tout, l’une des missions officielles du système carcéral -, elle est persuadée qu’il faut solliciter d’autres parts d’eux-mêmes, les aider à s’épanouir. Ce qui est en même temps la meilleure manière de faire baisser le niveau de violence de la société et d’éviter de nouvelles victimes. « En prison, le détenu est réduit à son crime, explique-t-elle. Il n’est plus que cela ; il est enfermé dans la criminalité, en quelque sorte. Ce qu’on peut aider certains à acquérir, c’est une autre idée d’eux-mêmes. L’idée qu’ils ne sont pas forcément acculés à ce destin, qu’ils pourraient peut-être vivre autrement, envisager d’autres choses... Mais ce sont eux qui font le travail ; ce n’est pas moi. Simplement, à un moment, il se produit une conversion de l’image qu’on a de soi. »

Le problème, c’est que la prison, loin de favoriser la réinsertion, la rend impossible - « la prison apprend comment on y retourne », écrit-elle. Elle commente : « Je crois que ce qu’on accepte le moins, c’est de se priver de la possibilité de se venger. Il a fait du mal, il faut lui en faire : c’est là une conviction très obstinée, très ancrée dans l’humanité. D’ailleurs, le sens de la balance par laquelle on symbolise la justice, pour moi, il est là : le mal a été fait, il faut donc rééquilibrer en faisant du mal à celui qui en a fait... C’est évidemment désastreux, parce que c’est un cycle sans fin. Quand on considère tous les malheurs du monde à l’heure actuelle, que ce soit en Palestine ou en Tchétchénie, on entend partout et toujours : Nous vengerons nos morts. Or, bien sûr, c’est un cycle infini qui ne fait que tout aggraver. Ce qui ne veut pas dire qu’il ne faille rien faire quand le mal a été commis : bien sûr qu’il faut marquer le coup. Mais il ne faut pas, surtout pas, le concevoir comme une vengeance. » Or le système carcéral, les détenus le lui clament, n’est qu’une institutionnalisation de la vengeance : « Tout ce qu’ils veulent, c’est montrer qu’ils sont plus forts que toi, plus méchants que les méchants. C’est ça leur justice. »

 

« Est-ce qu’on peut essayer de comprendre
sans tomber immédiatement
sous la hache des censeurs
qui vous tranchent d’un coup la langue
pour pacte avec le crime ? »

 

 

 

Elle dit dans son livre la « grâce » que représente, pour les participants à l’atelier, le simple fait d’être appelés par leur prénom, pour une fois, et non par leur nom de famille, leur numéro d’écrou ou de cellule. Mais attention : elle prévient très vite qu’elle se garde bien de « raconter des histoires de salut. Ni la sienne, ni celle de quiconque ». « On ne mesure pas les résultats de tout cela, dit-elle. C’est impossible à mesurer. Et puis, en général, je perds de vue la plupart des détenus que j’ai rencontrés. Mais j’ai quand même eu - sans savoir ce que cela a pu donner par la suite - des témoignages de ce qu’il s’est réellement passé quelque chose ; des témoignages de fidélité formidables. J’ai gardé avec certains quelques contacts de pure abstraction, un coup de fil, une lettre, une petite rencontre de temps en temps ; mais, si un jour j’avais besoin d’un secours rapide, efficace, je sais que je penserais certainement à ces garçons-là autant qu’à des amis. L’un habite à Ibiza, un autre a une entreprise en région parisienne... Mais je suis sûre que, si je soulevais mon téléphone, ils accourraient dans l’heure. »

Que s’est-il passé pour justifier une telle foi dans les liens tissés ? Eh bien, avec ces hommes acculés à une « terrible clairvoyance », elle a eu des conversations. De vraies conversations philosophiques - elle est, par ailleurs, enseignante de philosophie. Avec eux, elle a pu poser des questions qui la taraudaient depuis longtemps, qu’elle n’avait jamais osé formuler à haute voix, et à laquelle eux s’attelaient avec le plus grand sérieux. Par exemple : « Comment expliquer que ça puisse faire du bien de faire du mal ? » Elle écrit : « Personne ne lui semble plus amical que ce prisonnier accueillant avec elle la question de la violence. Personne ne lui est plus hostile que ce penseur qui n’y pense jamais, ou cet homme politique qui veut la contenir sans savoir de quoi elle est faite. » Ce qui caractérise Annie Leclerc, c’est la passion de penser ; c’est le refus de la limite que la moralité, les convenances, les tabous, l’indignation, la paresse, posent en général à la pensée, tôt ou tard. Dans son livre, elle raconte par exemple ceci : un jour, à l’atelier d’écriture, on commente un fait divers survenu pendant la semaine : dans un train de banlieue, une jeune fille s’est fait violer par une bande de voyous sans que les autres passagers du wagon interviennent. Scandalisés, les prisonniers vitupèrent contre tant d’indifférence, de couardise, de lâcheté... Elle les laisse se défouler, et puis elle leur propose de réfléchir aux raisons qui ont fait à la fois que la jeune fille n’a pas appelé à l’aide et que les voyageurs n’ont pas bougé. « Est-ce qu’on peut essayer, oui ou non, d’arrêter un moment l’affreuse machine à ne pas penser, à ne pas connaître, à ne rien savoir, là où justement il y a tant à savoir ? (...) Est-ce qu’on peut essayer de comprendre le crime des passagers inertes et muets sans tomber immédiatement sous la hache des censeurs qui vous tranchent d’un coup la langue pour pacte avec le crime ? » La moisson sera bonne : le résultat de leurs investigations mérite largement le détour.

 

« La prison accule l’incarcéré à ses vieilles stratégies
de survie, de passage en force,
de violence et d’aveuglement »

 

 

Mais ce refus de mettre les choses à plat, de tenter de comprendre, n’a pas fini de laisser perplexe Annie Leclerc : « Cet arrêt délibéré de la pensée, c’est quelque chose qu’on rencontre même chez des gens très intelligents, très ouverts à la réflexion. J’ai par exemple une grande amie, une intellectuelle que j’aime beaucoup, dont j’apprécie beaucoup le travail ; récemment, elle m’a demandé ce que je faisais en ce moment, et je lui ai répondu que je m’intéressais à la tauromachie, à ce qui se passe lors d’une corrida... Il se trouve que je me suis mise à penser à des histoires de taureaux, en lisant les mythes de l’Antiquité, ou Gilgamesh, que vous voyez là, sur la table... J’ai lu des textes de toreadors tout à fait magnifiques. Je me sais absolument incapable d’assister à corrida : je ne pourrais pas, je crois que je pleurerais tout le temps, que je serais tout à fait insupportable... Mais voilà : ça m’intéresse quand même. Et mon amie m’a répondu, très choquée : “Quoi ! Mais comment... Je ne comprends pas comment tu peux faire ça, pour moi c’est l’horreur même...” Je me demande si ce moment où la pensée s’arrête - s’arrête volontairement - ne correspond pas à un refus de renoncer à la guerre, à l’idée que oui, vraiment, il y a des ennemis. J’ai écrit un livre, Exercices de mémoire, après avoir vu Shoah de Claude Lanzmann. Et je me suis demandé comment ça pouvait arriver... Disons que j’ai essayé de m’approcher le plus près possible de : comment cela peut-il arriver de devenir nazi - soit commanditaire, soit exécutant, ce qui n’est pas tout à fait la même chose. Alors, j’ai beaucoup lu. J’ai lu Mein Kampf, par exemple. Les gens autour de moi étaient horrifiés, ils s’exclamaient : “Mais c’est monstrueux !” Parce que, du coup, évidemment, dans ma bibliothèque, il y avait Mein Kampf. Eh bien, oui... Mais pourquoi ? Pourquoi ce refus ? Comme si essayer de comprendre, c’était déjà juger favorablement, ou trouver des excuses... Mais ça n’a rien à voir ! »

Au contraire, peut-être ? La violence, observe-t-elle, découle toujours d’un refus de penser, justement : « Se venger, c’est cesser de penser. La violence nazie, la décision d’extermination, c’est aussi : je ne pense plus ; c’est le moment où la pensée s’arrête. J’ai toujours eu l’impression que la violence et la fermeture d’esprit, ça allait ensemble. Mais c’est très difficile à faire passer auprès des gens. » A l’écouter, on songe tout à coup aux témoignages de bourreaux rwandais recueillis par Jean Hatzfeld dans son livre Une saison de machettes ; les tueurs vantent l’organisation génocidaire, qui pouvait être mise en œuvre « sans plus s’attarder derrière des questions ». L’un d’eux déclare : « On allait et on revenait, sans croiser une idée. »

Il y a la pensée, et puis il y a la parole - ce qu’elle appelle la « bénédiction native » de la parole. Dans les conversations de l’atelier, il s’établit un lien direct entre l’absence de parole et la punition. « Le malheur, le vrai malheur, disaient-ils, c’est quand on ne peut pas parler, alors même qu’on a les mots. C’est ce qui arrive, a dit Mohammed, quand on est puni, qu’on est seul dans son coin. » Elle remarque alors que la punition se présente comme « l’envers de la confiance établie dans la parole ». Ensemble, ils réfléchissent à la punition. Elle dit ses doutes : « Mais un enfant qui casse, qui frappe, qui fugue, qui ment, qui vole, il faut bien le punir, non ? Nasser avait éclaté de rire : un enfant qui fait tout ça, c’est qu’on l’a déjà trop puni. A propos, Annie, j’ai un petit garçon de deux ans, vous voudriez pas l’adopter ? » Elle poursuit la réflexion toute seule : « La punition, écrit-elle, ne vient pas après le crime, elle le précède, elle le figure, elle l’appelle. » Et aussi : « La prison réitère, pousse à leur paroxysme tous les enfermements d’enfance. Elle concrétise sur le mode du cauchemar toutes les vieilles oppressions, humiliations, impuissances archaïques. C’est la même chose qui recommence ; en pire. En béton, en radical. Confirmation inexorable de ce qu’on savait d’avance. La prison accule l’incarcéré à ses vieilles stratégies de survie, de passage en force, de violence et d’aveuglement. » De quoi jeter une lumière encore plus crue sur l’absurdité de la politique de répression à tout crin, menée en toute connaissance de cause : « Plus on construit de prisons, plus on y met de monde, plus il y a de monde à y mettre. » Elle conclut amèrement : « Qui peut imaginer qu’une surenchère de répression va prévenir le mal, réduire la délinquance, éduquer les enfants ? Eduquer ! »

 

« Il n’y a pas de mots plus forts, plus pénétrants,
plus aigus que ceux du prisonnier
en train d’écarter les barreaux qu’il a dans la tête »

 

 

Pour elle, son choix est fait : plutôt la confiance dans la parole que les leurres de la punition rédemptrice. Elle écrit : « Il n’y a pas de mots plus forts, plus pénétrants, plus aigus que ceux du prisonnier en train d’écarter les barreaux qu’il a dans la tête. » « On n’imagine pas, dit-elle, tout ce qu’on pourrait résoudre si on parlait plus, si on mettait les gens en confiance de parole, si on leur témoignait que, oui, ils sont intelligents, ils ont choses à dire. On a toujours du mal à me croire quand je dis ça, et pourtant, j’ai rencontré plus d’intelligence et de profondeur chez les détenus que chez mes élèves. Parce qu’un jeune élève de terminale, il a déjà une certaine idée de ce qu’il est, de ce qui est bien, de ce qui est juste... Les prisonniers, eux, contrairement à ce qu’on pourrait croire, ont une très mauvaise opinion d’eux-mêmes. Ils se considèrent comme de la sale engeance, ils se méprisent beaucoup. Mais quand on leur laisse la possibilité d’écrire ce qu’ils ont sur le cœur, comment ils voient les choses, en leur disant qu’on se fiche des fautes d’orthographe, qu’on n’est pas là pour ça, qu’on n’a pas de stylo rouge, qu’il n’y a pas de note, pas d’examen au bout... C’est formidable, ce que ça peut donner. J’ai l’impression que c’est ça qu’il faudrait faire, systématiquement. » Mais les ateliers comme les siens restent une goutte d’eau dans la mer : un par prison au meilleur des cas, deux à la rigueur s’agissant d’une très grande prison comme Fleury-Mérogis, chacun ne pouvant accueillir qu’une douzaine de personnes.

Et pourtant... Dans certains cas, on ne peut s’empêcher de penser qu’il suffirait de peu de choses pour sortir quelqu’un de la délinquance. « Un jour, à l’atelier, un jeune détenu d’une trentaine d’années m’a confié un gros manuscrit dans lequel il racontait “ses” différentes prisons - il en avait déjà connu six ou sept - ainsi que son entrée dans la délinquance. C’était absolument passionnant. Ce garçon faisait toujours la même chose : il volait des chéquiers. Or, le premier chéquier qu’il avait volé, c’était celui de son père. Il était l’aîné d’une famille nombreuse, et il aimait bien son père, mais il avait toujours eu des doutes sur le fait qu’il soit effectivement son père. Avec ce premier chéquier volé, la première chose qu’il avait faite, ça avait été d’acheter une voiture, parce que ses plus beaux souvenirs, c’était quand il était enfant et que son père les emmenait se promener en voiture... Bon. Moi, tout ce que je pouvais faire, c’était lui conseiller de réfléchir davantage à tout ça, mais, de toute évidence, il y avait là des choses très fortes, très flagrantes... Si on l’aidait à comprendre le sens de ses actes, est-ce que ça ne pourrait pas l’aider à cesser ces vols répétés ? Au lieu de cela, il recommence, encore et toujours, en sachant pertinemment que ça va mal se terminer et que ça va augmenter encore la dose. »

 

Du féminisme conçu
non comme une revendication catégorielle,
mais comme un bouleversement
des valeurs qui gouvernent la société

 

 

 

Il lui semble que tous ces refus de parole contribuent à grossir et à envenimer démesurément les problèmes, les poussant vers l’irrémédiable. Dans un tout autre domaine, elle l’observe dans la façon dont on traite les jeunes filles voilées, qu’on évoque devant elle : « Je suis très choquée par le comportement de certains responsables d’établissements scolaires, qui leur interdisent l’entrée de l’école, refusent tout dialogue... Je trouve cela effrayant. Pourquoi n’essaie-t-on pas de comprendre le sens que cela a ? On sait que certaines de ces jeunes filles portent le voile contre l’avis de leur famille : pourquoi ? Qu’essaient-elles de dire par-là ? C’est très intéressant ! Qu’est-ce qu’on gagne à leur interdire l’accès aux cours ? Bien sûr, il faut discuter : il y a un enseignement commun, il faut qu’on puisse faire la gymnastique... Mais y voir un signe d’ostentation religieuse agressive... C’est absurde ! » Dans L’enfant, le prisonnier, on lit : « Si on ne se comprend pas c’est qu’on ne s’est pas encore assez parlé. » S’en souvenir si un jour « Liberté, égalité, fraternité » ne fait plus l’affaire au fronton des édifices publics. Après tout, ça ne serait pas plus sacrilège qu’une animatrice de télé-poubelle en effigie de la République...

Pour autant, qu’on n’espère pas voir Annie Leclerc entrer dans l’arène, et se jeter dans la mêlée médiatique. Après le succès rencontré par son livre Parole de femme, en 1974, elle s’était mise à représenter un courant féministe dissident quasiment à elle toute seule. La voie tracée par le courant majoritaire - incarné notamment par Simone de Beauvoir - pourrait se comparer à une autoroute ; celle tracée par Annie Leclerc s’apparente davantage à un sentier qui se serait laissé envahir par les herbes folles - ce qui, après tout, n’est pas sans charme. Elle reste discrète, à la fois par choix (« je n’aime pas la polémique ») et parce que, comme elle l’explique sans détour, on ne vient pas la chercher : « Les féministes qui tiennent aujourd’hui le haut du pavé, comme Elisabeth Badinter, ne m’aiment pas du tout. » Les raisons de la réprobation qu’elle s’attire sont un peu contradictoires : les féministes classiques, d’une part, se défient des hommes, les jugeant suspects de velléités d’oppression ; d’autre part, elles envient leurs prérogatives. La position d’Annie Leclerc est exactement inverse. Elle n’a pas de ressentiment envers les hommes : elle est une grande amoureuse, elle ne rejette pas la maternité - Parole de femme contient l’un des plus beaux récits d’accouchement qui soient. Mais, en même temps, elle se préoccupe davantage de contrer le mépris dans lequel on tient tout ce qui s’attache au féminin que de s’emparer des prérogatives masculines. Elle se souvient : « Que les femmes acquièrent les privilèges des hommes, ça ne me semblait pas le plus intéressant. Moi, les hommes me faisaient un peu pitié. Je n’étais pas sûre que leur sort soit si enviable que cela. Je les voyais obligés d’être toujours performants, enchaînés à la réussite professionnelle à tout prix... Ces fameuses “prérogatives”, avant d’être revendiquées aussi pour soi, me semblaient dignes d’examen. » Là aussi, plutôt que de laisser cours à une quelconque vindicte, elle préfère exercer son goût de penser, de comprendre. Ce qui nous vaut par exemple une réflexion passionnante sur les raisons pour lesquelles la célébration du « Désir » (elle préfère la jouissance) est omniprésente chez les philosophes masculins...

 

Les tâches ménagères :
« Un travail qui a le sens même de tout travail heureux,
produire de ses mains tout ce qui est nécessaire à la vie,
agréable à la vue, au toucher, au bien-être des corps,
à leur repos, à leur jouissance... »

 

 

 

 

Elle définit rétrospectivement Parole de femme comme « un travail pour saper la déconsidération, le mépris, le désamour de tout ce qui s’attache au féminin » - un désamour partagé tant par les femmes que par les hommes. Ainsi, pour une Simone de Beauvoir, le corps féminin représentait un objet de dégoût, un esclavage à fuir autant que possible ; on a déjà cité ici cette phrase d’elle, relevée par Nancy Huston : « La femme est succion, ventouse, humeuse, elle est poix et glu, un appel immobile, insinuant et visqueux. » Annie Leclerc, elle, déniche chez Jean-Paul Sartre ces mots qui, sans concerner directement les femmes, transpirent la répulsion pour le féminin : « L’homme est un projet qui se vit subjectivement au lieu d’être une mousse, une pourriture, ou un chou-fleur. » Elle ajoute ce commentaire : « Qu’on lise bien la formule, puis qu’on ose prétendre devant moi que la mousse, la pourriture et le chou-fleur auxquels répugne le projet ne renvoient pas purement et simplement à la femme et je désespère à jamais de voir ébranler la mauvaise foi de l’homme. » Voilà pourquoi Parole de femme s’attache patiemment à réparer les dégâts, et revendique haut et fort, au contraire, la beauté et la noblesse de ce corps, explorant et exaltant les plaisirs dont il est le lieu - et cela, indépendamment du rapport sexuel qui, d’habitude, est seul à lui concéder une éphémère dignité aux yeux des femmes comme des hommes. Elle écrit par exemple : « Quand j’ai mes règles et que je me laisse faire comme je veux, c’est le moment le plus tendre, élémentaire, de ma conciliation à la vie. Je m’allonge sur mon lit, dans l’herbe, sur le sable (heureux temps des vacances !), je délie mes membres, mes muscles engourdis, je ferme les yeux. Mon ventre coule une tiède salive, un lait obscur. La vie s’épanche en vagues effleurées comme la mer paisible. Je touche la laine rêche de la couverture, l’herbe concise, le sable immense et minuscule. Je suis ce doux sang qui me quitte. Moi, plus moi. Le monde existe. Je m’y dilue dans l’infinité de la présence. Enfin je ne suis plus personne, ni une petite personne intéressante ni une grande personne affairée, personne. Je suis la continuité de la vie qui m’emporte et m’oublie. »

Parole de femme s’attache aussi à revaloriser les tâches ménagères, dans lesquelles Annie Leclerc voit un travail bien plus digne et moins absurde que celui du visseur de boulons à l’usine : « Mesquin ? sombre ? ingrat ? dégradant ? Un travail bigarré, multiple, qu’on peut faire en chantant, en rêvassant, un travail qui a le sens même de tout travail heureux, produire de ses mains tout ce qui est nécessaire à la vie, agréable à la vue, au toucher, au bien-être des corps, à leur repos, à leur jouissance... » Si ces tâches étaient devenues une malédiction, faisait-elle valoir, c’était parce que, méprisées, elles étaient rejetées entre les seules mains des femmes, qui s’y épuisaient : « Ce n’est pas balayer ou torcher le bébé qui est mesquin, dégradant, c’est balayer angoissée à l’idée de tout le linge qu’on a encore à repasser ; repasser en se disant que ça ne sera jamais prêt pour le repas du soir ; voir sans cesse différé le moment où l’on pourrait s’occuper des enfants, aérer l’humus de leur terre, les arroser, les porter à bout de bras, leur mettre des rires dans la voix et des questions sur les lèvres... » Elle commente : « Ça, ça a été très mal vu. Ça a peut-être été le point le plus difficile à faire avaler ! Mais, en même temps, je suis très contente de l’avoir fait. Je continue à tomber sur des textes qui considèrent que les tâches ménagères, il n’y a rien de plus con, rien de plus sale... Evidemment, parce que ça va à l’encontre de toutes les valeurs de prestige et de réussite de la société. Les tâches ménagères produisent des résultats discrets, modestes, invisibles socialement. A cause de cela, on les compte pour rien, on les traite par le mépris. C’est cela qui les rend très éprouvantes. »

 

Pas de plans sur la comète,
pas de fables rassurantes :
au contraire, une lucidité qui n’a rien à envier
à celle des nihilistes ricanants.
Mais une capacité à embrasser la vie,
à l’aimer pour elle-même

 

 

 

 

 

Ce livre a marqué sa rupture avec Simone de Beauvoir : « A une époque, j’avais écrit dans Les Temps modernes, la revue de Jean-Paul Sartre, et Beauvoir m’aimait bien. Je crois que je lui rappelais sa propre jeunesse : j’étais très remuante, curieuse, je lui racontais mes sorties, mes découvertes... Pourtant, je sentais que, sur le fond, quelque chose ne collait pas. Quand j’ai publié Parole de femme, il y a eu une critique très méchante dans Les Temps modernes, où je ne travaillais plus : on me reprochait d’être telle que les hommes souhaitaient les femmes, d’être dans une complicité petite-bourgeoise avec eux... » Grave erreur, évidemment. Son féminisme à elle, au contraire, s’avère bien plus ambitieux : elle le conçoit non comme une revendication catégorielle, mais comme un bouleversement des valeurs qui gouvernent la société ; bouleversement qui toucherait autant les hommes que les femmes. Concernant les tâches ménagères, par exemple, elle concluait :

« Si ce travail était perçu à sa juste et très haute valeur, il serait aimé, il serait choisi, convoité autant par les hommes que par les femmes. Il ne serait plus ce boulet, cette oppressante, irrespirable nécessité...
... Mais je rêve, j’utopographie, je sais.
Pour cela, il faudrait que soient crevées, ridiculisées, roulées dans la boue des plus pitoyables bouffonneries, toutes les valeurs mâles du pouvoir...
Mais il faudrait aussi que tout pouvoir soit arraché, brisé, réduit en cendres, laissant au peuple enfin non pas le pouvoir, mais sa seule puissance.
 »

Comme Nancy Huston (elles sont d’ailleurs amies), Annie Leclerc est une femme incroyablement accrochée à la vie, et qui avance dans le monde armée de cette foi indéfectible. Pas de plans sur la comète, pas de fables rassurantes : au contraire, une lucidité qui n’a rien à envier à celle des cyniques ou des nihilistes ricanants. Mais, en même temps, une capacité à embrasser la vie, à l’aimer pour elle-même, pour ce qu’elle offre, au ras du quotidien - sans rien non plus, attention, de l’autosatisfaction pantouflarde et consensuelle d’un Philippe Delerm et autres chantres de la « première gorgée de bière » : ces femmes-là, on croit l’avoir assez démontré, portent un pouvoir de contestation phénoménal. L’année dernière, Annie Leclerc a publié un sublime Eloge de la nage, inspiré par ses séances de natation à la piscine municipale. « C’est quelque chose dont je parlais souvent avec les prisonniers : qu’est-ce qui rend heureux, dans la vie ? Au début, je les laissais se déchaîner : avoir de l’argent !... Ne plus galérer !... Et puis, je les poussais à réfléchir : bon... Mais alors, qu’est-ce qu’on fait, quand on a beaucoup d’argent ? On s’achète une maison, d’accord. Et puis, comme on est encore riche, on en achète une deuxième : une résidence secondaire. Et après ? On fait quoi ? On court d’une maison à l’autre ?... Là, ils ne savaient plus trop. Alors, je leur racontais ce que moi je pensais au sujet du bonheur. Parce que c’est quelque chose que j’ai beaucoup cherché dans la vie - notamment dans mon livre Epousailles : qu’est-ce qui rend heureux, vraiment heureux ?... Je crois que, plutôt que de réfléchir aux moyens d’échapper à la souffrance, il faut interroger les moments où on a eu le sentiment d’être vraiment bien, et se demander ce qui faisait qu’on se sentait comme ça. Ce qui donne de la joie, c’est tout ce qui donne le sentiment d’augmenter la vie, la jouissance de la vie - mais de la vie elle-même, pas des possessions. Et ça, les prisonniers aimaient beaucoup. Ils en redemandaient ! J’ai vite compris qu’il ne fallait pas que je me prive. Souvent, ils me posaient la question : “Cette semaine, qu’est-ce qu’il y avait de mieux ?” En automne, en arrivant à la prison, je ramassais des feuilles mortes et je les leur apportais : “Vous avez vu comme c’est beau, ça ?” Alors, ils me demandaient de raconter comment c’était beau. Ou alors, ils me demandaient ce que j’avais mangé de bon. Je répondais, par exemple : un navarin... Et eux : “Mmmmh ! Un navarin !!!” Un jour, je leur ai demandé de se mettre d’accord et de me dire quel plat leur manquait le plus. Ils se sont concertés, et ils m’ont répondu : “Des œufs sur le plat bien grillés avec du pain frais, il n’y a rien de meilleur.” Alors, je leur ai promis qu’en rentrant chez moi, je me ferais des œufs sur le plat. »

 

Et si, maintenant que l’homme et la femme
sont tous les deux dans la même galère,
ils cherchaient ensemble comment en sortir ?

 

 

 

 

Parole de femme a récemment été réédité. Il reste totalement d’actualité, à la fois parce que la gigantesque tâche de revalorisation du féminin qu’y entreprenait Annie Leclerc est toujours à remettre sur le métier, et parce que sa critique des valeurs de compétitivité, sa clairvoyance quant à ce qui compte vraiment dans la vie, peuvent plus que jamais être utiles aux hommes comme aux femmes, à une époque où le travail, sur lequel on a tout misé, est une source de souffrance toujours plus grande (y compris lorsqu’il manque, d’ailleurs, puisqu’on n’a pas appris à vivre sans lui). « Au fur et à mesure que je vieillis, je constate que les que gens les plus malheureux que je connaisse sont ceux qui ont le mieux réussi professionnellement, assène-t-elle. C’est tellement d’angoisse ! Et puis, pendant tout le temps où se bat pour sa carrière, on ne vit pas... » En l’écoutant, on repense à un événement dont on a un peu parlé dans les médias ces derniers mois : le suicide spectaculaire, en janvier 2003, de Vicky Binet, employée aux ressources humaines d’une entreprise de haute technologie du pôle de Sophia-Antipolis, mère de quatre enfants (dont un qu’elle venait d’adopter), qui s’est jetée d’un pont devant les fenêtres de son entreprise. Elle a laissé une lettre dans laquelle elle dénonçait le harcèlement moral qu’elle avait subi. Elle estimait qu’on lui faisait payer le passage à temps partiel qu’elle avait demandé après plusieurs années de présence dans l’entreprise. Elle écrivait : « Je paye beaucoup trop cher mon temps partiel (pris entre autres et surtout pour m’occuper des enfants), ma sensibilité, l’attachement à mes valeurs humanistes et de respect envers autrui, quel qu’il soit (...), mon refus d’être un “bon soldat” (je suis pacifiste), mon refus d’être traitée brutalement (eh oui, j’ai un affectif). Bien sûr, je manque d’ambition professionnelle, de volonté de “faire carrière”, je ne cherche pas à être chef à la place du chef, j’ai d’autres "choses" dans ma vie qui équilibrent l’investissement que j’ai dans mon travail. Mais vous savez tous combien mon travail compte pour moi (j’ai abrégé mon congé d’adoption), cela fait un mois que je trépigne pour reprendre le travail. Mais à travers ce travail, surtout aux RH, j’ai envie de soulager la “souffrance humaine” et non pas d’en créer (...). Doit-on forcément être “brutale” pour que l’entreprise fonctionne mieux ? Pour être respectée, reconnue aux RH ? Pourquoi ce manque de respect ? Pourquoi humilier ? (...) “Tu es trop sensible, ce n’est pas ce qu’on demande à un manager” : heureusement qu’il existe des managers sensibles ! Il ne faut pas d’affectif au travail. Je ne suis pas une machine (...). » Le mari de Vicky Binet a porté plainte. En attendant le procès, l’enquête interne et l’audit commandité par l’entreprise ont d’ores et déjà conclu qu’il n’y avait pas eu harcèlement moral. Mais si c’était le management ordinaire qui, tout simplement, causait suffisamment de dégâts pour relever du harcèlement moral ?...

A lire cette lettre à la lumière des écrits et du discours d’Annie Leclerc, on se dit que le piège s’est refermé. Les femmes ont acquis le droit de faire carrière comme les hommes. Comme pour eux, ça a été pour le meilleur... mais aussi pour le pire. Et si, maintenant que l’homme et la femme sont tous les deux dans la même galère, ils cherchaient ensemble comment en sortir ? S’ils le voulaient, nul doute que les livres d’Annie Leclerc pourraient leur servir de viatiques.

Propos recueillis
par Mona Chollet
Photo Actes Sud

Annie Leclerc, L’enfant, le prisonnier, Parole de femme, Eloge de la nage (mais aussi Toi, Pénélope), Actes Sud.

15:08 24/10/2015 | Lien permanent | Tags : humoeurs, ego trip-e, lis tes ratures |  Facebook

13
oct

Braquons l'existant - pensée nécessaire ... (pour moi)

"Nous n’attendons plus rien de cette société. Ce qu’elle nous impose nous dégoûte ; ce qu’elle nous offre ne nous intéresse pas. Nous ne voulons plus succomber à la routine du travail pour gagner quelques miettes en échange de notre obéissance ; nous ne voulons plus avoir comme seuls rêves ce que la télévision nous montre.

Ils nous ont déjà tués des milliers de fois. A l’école, où ils nous ont inculqué que suivre le troupeau est mieux que de créer obstinément son propre chemin. Au travail, où les rythmes de la production et les exigences de l’argent étouffent le battement de nos cœurs qui aspirent à la liberté. A la maison, où les antidépresseurs et la tradition familiale nous noient dans l’habitude de la résignation. En prison ou centre fermé, où la société nous confirme que nous sommes indésirables. A l’église, la mosquée ou la synagogue, où la promesse d’un paradis en échange d’une morale autoritaire fait oublier que c’est que dans le présent que nous vivons. Cette société aime la mort et refoule la vie.

Cette société tient tout le monde en laisse ; la seule différence, c’est la longueur. Nous ne sommes pas de ceux qui se battent pour un collier moins serré, un salaire plus élevé, une police moins brutale, des politiciens et des patrons plus soucieux et honnêtes. Nous voulons simplement ce que tout être tenu en laisse devrait avoir à cœur : nous voulons la couper, foutre le feu à la cage, écraser tous ceux qui nous tiennent ou voudraient nous tenir en laisse.

Ce déchaînement de la passion pour la vie n’est pas un grand moment final à attendre patiemment ; il est quotidien et s’intensifie à mesure qu’il incite et se diffuse. Peut-être est-il parfois confus, ne sachant pas toujours où frapper pour briser les chaînes de l’esclavage et de l’adhésion, mais il est vivant. La révolte, ce cri de vie contre une société de morts, s’exprime des milliers de couleurs d’un arc-en-ciel : des attaques contre les polices qui quadrillent les rues aux atteintes à la sacro-sainte propriété, des sabotages de structures de la domination comme les banques, les intérims, les supermarchés, les institutions en tout genre aux refus clairs et nets de se laisser contrôler, humilier, enrégimenter.

La révolte ne relève pas du simple dégoût, mais parle aussi de joie. La joie d’affirmer que malgré tout, nous sommes vivants. Que malgré l’aliénation régnante, nos chemins de révolte se croisent encore et que les possibilités de tisser des liens de complicité ne sont jamais entièrement anéanties.

Dans la fureur de l’action, nous forgeons, petit à petit, nos rêves d’un monde sans maîtres et sans esclaves. L’attaque est nécessaire car elle crée des fissures, mais ce sont les désirs qui sapent l’édifice social.

Que souffle le vent de la liberté.
Que se déchaîne la tempête de l’insurrection.

 

>Un texte "fondateur" du mouvement anarchiste... D'autres: non-fides.fr/?Braquons-l-existant

 

 

 

 

 

 

11:16 13/10/2015 | Lien permanent | Tags : humoeurs |  Facebook

9
oct

pré-occupations

fuck u col.jpgMes occupations

Je peux rarement voir quelqu'un sans le battre. D'autres préfèrent le monologue intérieur.
Moi non. J'aime mieux battre.
Il y a des gens qui s'assoient en face de moi au restaurant et ne disent rien, ils restent un certain temps, car ils ont décidé de manger.
En voici un.
Je te l'agrippe, toc.
Je te le ragrippe, toc.
Je le pends au portemanteau.
Je le décroche.
Je le repends.
Je le décroche.
Je le mets sur la table, je le tasse et l'étouffe.
Je le salis, je l'inonde.
Il revit.
Je le rince, je l'étire (je commence à m'énerver, il faut en finir), je le masse, je le serre, je le résume et l'introduis dans mon verre, et jette ostensiblement le contenu par terre, et dis au garçon: «Mettez-moi donc un verre plus propre.»
Mais je me sens mal, je règle promptement l'addition et je m'en vais.

Henri Michaux

16:34 09/10/2015 | Lien permanent | Tags : humoeurs |  Facebook

Anaïs & Antonin

Lettre d’Anaïs Nin à Antonin Artaud

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Le toi qui fait presque mal

 

Anais Nin (21 février 1903 – 14 janvier 1977), la dévoreuse d’intellectuels auteure de Venus Erotica, est connue pour sa liaison passionnée et sulfureuse avec Henry Miller qui déchaînera les passions et sera un grand motif d’inspiration pour l’écrivain. La relation que l’on connaît moins fut celle, troublante, qu’elle partagea, alors qu’elle était mariée, avec l’artiste prolifique Antonin Artaud. Selon son Journal, leur première nuit fut un échec, Artaud ne parvenant pas à lui faire l’amour. Il lui avoue prendre trop d’opium, et la somme de partir. 

 

 

 

 

"18 juin 1933.

Nanaqui,

Je voudrais revivre mille fois ce moment sur les quais, et toutes les heures de cette soirée. Je veux sentir encore cette violence et votre douceur, vos menaces, votre despotisme spirituel… toutes les craintes que vous m’inspirez, et les joies si aiguës. Craintes parce que vous attendez tant de moi… l’éternité, l’éternel… Dieu… ces mots… Toutes ces questions que vous m’avez posées. Je répondrai doucement à vos questions. Si j’ai semblé me dérober, c’est uniquement parce qu’il y avait trop à dire. Je sens la vie toujours en cercle, et je ne peux pas détacher un fragment parce qu’il me semble qu’un fragment n’a pas de sens. Mais tout semble se résoudre, se fondre dans l’étreinte, dans la confiance de l’instinct, dans la chaleur et la fusion des corps. Je crois entièrement à ce que nous sentons l’un en face de l’autre, je crois à ce moment où nous avons perdu toute notion de la réalité et de la séparation et de la division entre les êtres. Quand les livres sont tombés, j’ai senti un allègement. Après cela, tout est devenu simple… simple et grand et doux. Le toi qui fait presque mal, tellement il lie… le toi et tout ce que tu m’as dit, j’oublie les mots, j’entends la tendresse et je me souviens que tu as été heureux. Tout le reste ne sont que tortures de nos esprits, les fantômes que nous créons… parce que pour nous l’amour a des répercussions immenses. Il doit créer, il a un sens en profondeur, il contient et dirige tout. Pour nous il a cette importance, d’être mêlé, lié, avec tous les élans et les aspirations… Il a trop d’importance pour nous. Nous le confondons avec la religion, avec la magie.

Pourquoi, avant de nous asseoir au café, as-tu cru que je m’éloignais de toi simplement parce que j’étais légère, joyeuse, souriante un instant ? N’accepterais-tu jamais ces mouvements, ces flottements d’algue ? Nanaqui, il faut que tu croies à l’axe de ma vie, parce que l’expansion de moi est immense, trompeuse, mais ce n’est que les contours… Je voudrais que tu lises mon journal d’enfant pour que tu voies combien j’ai été fidèle à certaines valeurs. Je crois reconnaître toujours les valeurs réelles… par exemple quand je t’ai distingué comme un être royal dans un domaine qui a hanté ma vie.

Nanaqui, ce soir je ne veux pas remuer les idées, je voudrais ta présence. Est-ce qu’il t’arrive de choisir ainsi un moment précieux (notre étreinte sur les quais) et de t’y raccrocher, de fermer les yeux, de le revivre, fixement, comme dans une transe où je ne sens plus la vie présente, rien, rien que ce moment ? Et après, la nuit, la succession de tes gestes, et de tes mots, de la fièvre, de l’inquiétude, un besoin de te revoir, une grande impatience."

15:10 09/10/2015 | Lien permanent | Tags : lis tes ratures, humoeurs, luv |  Facebook

24
sep

lettre-de-gustave-flaubert-a-louise-colet

lis tes raturesVendredi soir, 11 heures [26 août 1853].

[…] Je me suis un peu retrempé dans la contemplation des flots, de l'herbe et du feuillage. Ecrivains que nous sommes et toujours courbés sur l'Art, nous n'avons guère avec la nature que des communications imaginatives. Il faut quelquefois regarder la lune ou le soleil en face. La sève des arbres vous entre au cœur par les longs regards stupides que l'on tient sur eux. Comme les moutons qui broutent du thym parmi les prés ont ensuite la chair plus savoureuse, quelque chose des saveurs de la nature doit pénétrer notre esprit s'il s'est bien roulé sur elle. Voilà seulement huit jours, tout au plus, que je commence à être tranquille et à savourer avec simplicité les spectacles que je vois. Au commencement j'étais ahuri ; puis j'ai été triste, je m'ennuyais. A peine si je m'y fais qu'il faut partir. Je marche beaucoup, je m'éreinte avec délices. […] Je commence à être débarrassé de moi et de mes souvenirs. Les joncs qui, le soir, fouettent mes souliers en passant sur la dune, m'amusent plus que mes songeries (je suis aussi loin de la Bovary que si je n'en avais écrit de ma vie une ligne).

Je me suis beaucoup résumé et voilà la conclusion de ces quatre semaines fainéantes ; adieu, c'est-à-dire adieu et pour toujours au personnel, à l'intime, au relatif. Le vieux projet que j'avais d'écrire plus tard mes mémoires m'a quitté. Rien de ce qui est de ma personne me tente. Les attachements de la jeunesse (si beaux que puissent les faire la perspective du souvenir, et entrevus même d'avance sous les feux du Bengale du style) ne me semblent plus beaux. Que tout cela soit mort et que rien n'en ressuscite ! A quoi bon ? Un homme n'est pas plus qu'une puce. Nos joies, comme nos douleurs, doivent s'absorber dans notre œuvre. On ne reconnaît pas dans les nuages les gouttes d'eau de la rosée que le soleil y a fait monter ! Evaporez-vous, pluie terrestre, larmes des jours anciens, et formez dans les cieux de gigantesques volutes, toutes pénétrées de soleil.

Je suis dévoré maintenant par un besoin de métamorphoses. Je voudrais écrire tout ce que je vois, non tel qu'il est, mais transfiguré. La narration exacte du fait réel le plus magnifique me serait impossible. Il me faudrait le broder encore.

Les choses que j'ai le mieux senties s'offrent à moi transposées dans d'autres pays et éprouvées par d'autres personnes. Je change ainsi les maisons, les costumes, le ciel, etc. Ah ! qu'il me tarde d'être débarrassé de la Bovary, d'Anubis et de mes trois préfaces (c'est-à-dire des trois seules fois, qui n'en feront qu'une, où j'écrirai de la critique) ! Que j'ai hâte donc d'avoir fini tout cela pour me lancer à corps perdu dans un sujet vaste et propre. J'ai des prurits d'épopée. Je voudrais de grandes histoires à pic, et peintes du haut en bas. Mon conte oriental me revient par bouffées ; j'en ai des odeurs vagues qui m'arrivent et qui me mettent l'âme en dilatation.

Ne rien écrire et rêver de belles œuvres (comme je fais maintenant) est une charmante chose. Mais comme on paie cher plus tard ces voluptueuses ambitions-là ! Quels renfoncements ! Je devrais être sage (mais rien ne me corrigera). La Bovary, qui aura été pour moi un exercice excellent, me sera peut-être funeste ensuite comme réaction, car j'en aurai pris (ceci est faible et imbécile) un dégoût extrême des sujets à milieu commun. C'est pour cela que j'ai tant de mal à l'écrire, ce livre. Il me faut de grands efforts pour m'imaginer mes personnages et puis pour les faire parler, car ils me répugnent profondément. Mais quand j'écris quelque chose de mes entrailles, ça va vite. Cependant voilà le péril. Lorsqu'on écrit quelque chose de soi, la phrase peut être bonne par jets (et les esprits lyriques arrivent à l'effet facilement et en suivant leur pente naturelle), mais l'ensemble manque, les répétitions abondent, les redites, les locutions banales. Quand on écrit au contraire une chose imaginée, comme tout doit alors découler de la conception et que la moindre virgule dépend du plan général, l'attention se bifurque. Il faut à la fois ne pas perdre l'horizon de vue et regarder à se pieds. Le détail est atroce, surtout lorsqu'on aime le détail comme moi. Les perles composent le collier, mais c'est le fil qui fait le collier. Or, enfiler les perles sans en perdre une seule et toujours tenir son fil de l'autre, voilà la malice. […] Ce qui me semble, à moi, le plus haut dans l'Art (et le plus difficile), ce n'est ni de faire rire, ni de faire pleurer, ni de vous mettre en rut ou en fureur, mais d'agir à la façon de la nature, c'est-à-dire de faire rêver. Aussi les très belles œuvres ont ce caractère. Elles sont sereines d'aspect et incompréhensibles. Quant au procédé, elles sont immobiles comme des falaises, houleuses comme l'Océan, pleines de frondaisons, de verdures et de murmures comme des bois, tristes comme le désert, bleues comme le ciel. Homère, Rabelais, Michel-Ange, Shakespeare, Goethe m'apparaissent impitoyables. Cela est sans fond, infini, multiple. Par de petites ouvertures on aperçoit des précipices ; il y a du noir en bas, du vertige. Et cependant quelque chose de singulièrement doux plane sur l'ensemble ! C'est l'éclat de la lumière, le sourire du soleil, et c'est calme ! c'est calme ! et c'est fort, ça a des fanons comme le bœuf de Leconte.

[…] J'aime les œuvres qui sentent la sueur, celles où l'on voit les muscles à travers le linge et qui marchent pieds nus, ce qui est plus difficile que de porter des bottes, lesquelles bottes sont des moules à usage de podagre : on y cache des ongles tors avec toutes sortes de difformités. Entre les pieds du Capitaine ou ceux de Villemain et les pieds des pêcheurs de Naples, il y a tout la différence des deux littératures. L'une n'a plus de sang dans les veines. Les oignons semblent y remplacer les os. Elle est le résultat de l'âge, de l'éreintement, de l'abâtardissement. Elle se cache sous une certaine forme cirée et convenue, rapiécée et prenant eau. Elle est, cette forme, pleine de ficelles et d'empois. C'est monotone, incommode, embêtant. On ne peut avec elle ni grimper sur les hauteurs, ni descendre dans les profondeurs, ni traverser les difficultés (ne laisse-t-on pas en effet à l'entrée de la science, où il faut prendre des sabots ?). Elle est bonne seulement à marcher sur le trottoir, dans les chemins battus et sur le parquet des salons, où elle exécute de petits craquements forts coquets qui irritent les gens nerveux. Ils auront beau la vernir, les goutteux, ce ne sera jamais que de la peau de veau tannée. Mais l'autre ! l'autre, celle du bon Dieu, elle est bistrée d'eau de mer et elle a les ongles blancs comme l'ivoire. Elle est dure, à force de marcher sur les rochers. Elle est belle à force de marcher sur le sable. Par l'habitude en effet de s'y enfoncer mollement, le galbe du pied peu à peu s'est développé selon son type ; il a vécu selon a forme, grandi dans son milieu le plus propice. Aussi, comme ça s'appuie sur la terre, comme ça écarte les doigts, comme ça court, comme c'est beau !

[…] Bonsoir !

17:21 24/09/2015 | Lien permanent | Tags : lis tes ratures |  Facebook

17
sep

Lettre d'André Breton aux voyantes

lis tes ratures, humoeurs"Mesdames,

Il est temps : de grâce faites justice. À cette heure des jeunes filles belles comme le jour se meurtrissent les genoux dans les cachettes où les attire tour à tour l'ignoble bourdon blanc. Elles s'accusent de péchés parfois adorablement mortels (comme s'il pouvait y avoir des péchés) tandis que l'autre vaticine, bouge ou pardonne. Qui trompe-t-on ici ?

Je songe à ces jeunes filles, à ces jeunes femmes qui devraient mettre toute leur confiance en vous, seules tributaires et seules gardiennes du Secret. Je parle du grand Secret, de l'Indérobable. Elles ne seraient plus obligées de mentir. Devant vous comme ailleurs elles pourraient être les plus élégantes, les plus folles. Et vous écouter, à peine vous pressentir, d'une main lumineuse et les jambes croisées.

Je pense à tous les hommes perdus dans les tribunaux sonores. Ils croient avoir à répondre ici d'un amour, là d'un crime. Ils fouillent vainement leur mémoire : que s'est-il donc passé ? Ils ne peuvent jamais espérer qu'un acquittement partiel. Tous infiniment malheureux. Pour avoir fait ce qu'en toute simplicité ils ont cru faire, encore une fois pour n'avoir pas pris les ordres du merveilleux (faute d'avoir su le plus souvent comment les prendre), les voici engagés dans une voie dont le plus douloureusement du monde ils finiront bien par sentir qu'elle n'était pas la leur, et qu'il dépendît d'un secours extérieur, aléatoire du reste par excellence, qu'ils refusassent dans ce sens d'aller plus loin. La vie, l'indésirable vie passe à ravir. Chacun y va de l'idée qu'il réussit à se faire de sa propre liberté, et Dieu sait si généralement cette idée est timide. Mais l'épingle, la fameuse épingle qu'il n'arrive quand même pas à tirer du jeu, ce n'est pas l'homme d'aujourd'hui qui consentirait à en chercher la tête parmi les étoiles. Il a pris, le misérable, son sort en patience et, je crois bien, en patience éternelle. Les intercessions miraculeuses qui pourraient se produire en sa faveur, il se fait un devoir de les méconnaître. Son imagination est un théâtre en ruines, un sinistre perchoir pour perroquets et corbeaux. Cet homme ne veut plus en faire qu'à sa tête ; à chaque instant, il se vante de tirer au clair le principe de son autorité. Une prétention extravagante commanda peut-être tous ses déboires. […] Il est bien entendu que la science officielle, une fois rassurée, un rapport accablant venant renforcer beaucoup d'autres rapports, de nouveau l'Evidence terrible s'imposait. Ainsi de nous, de ceux d'entre nous à qui l'on veut bien accorder quelque « talent », ne serait-ce que pour déplorer qu'ils en fassent si mauvais usage et que l'amour du scandale - on dit aussi de la réclame - les porte à de si coupables extrémités. Alors qu'il en reste de si jolis romans à écrire, et des œuvres poétiques même si, de notre vivant, seraient lues et qui seraient, on nous le promet, très appréciées après notre mort.

Qu'importe au reste ! Mesdames, je suis aujourd'hui tout à votre disgrâce. Je sais que vous n'osez plus élever la voix, que vous ne daignez plus user de votre toute-puissante autorité que dans les tristes limites « légales ». Je revois les maisons que vous habitez, au troisième étage, dans les quartiers plus ou moins retirés des villes. Votre existence et le peu qu'on vous tolère, en dépit de toute la conduite qu'on observe autour de vous, m'aident à supporter la vacance extraordinaire de cette époque et à ne pas désespérer. Qu'est-ce qu'un baromètre qui tient compte du « variable », comme si le temps pouvait être incertain ? Le temps est certain : déjà l'homme que je serai prend à la gorge l'homme que je suis, mais l'homme que j'ai été me laisse en paix. On nomme cela mon mystère, mais je ne crois pas (je ne tiens pas) et nul ne croit tout à fait pour soi-même à l'impénétrabilité de ce mystère. Le grand voile qui tombe sur mon enfance ne me dérobe qu'à demi les étranges années qui précéderont ma mort. Et je parlerai un jour de ma mort. J'avance en moi, sur moi, de plusieurs heures. La preuve en est que ce qui m'arrive ne me surprend que dans la mesure exacte où j'ai besoin de ne plus être surpris. Je veux tout savoir : je peux tout me dire.

[…] Tout ce qui m'est livré de l'avenir tombe dans un champ merveilleux qui n'est rien moins que celui de la possibilité absolue et s'y développe coûte que coûte. Que la réalité se charge ou non de vérifier par la suite les assertions que je tiens de vous, je n'accorderai pas une importance capitale à cette preuve arithmétique comme le feraient tous ceux qui n'auraient pas tenté pour leur compte la même opération. De ce calcul par tâtonnements qui fait que je suppose à chaque instant le problème de ma vie résolu, adoptant pour cela les résultats arbitraires ou non, mais toujours grands, que vous voulez bien me soumettre, il se peut que je me propose de déduire passionnément ce que je ferai. […] J'ai foi dans tout ce que vous m'avez dit.

Il vous appartient, Mesdames, de nous faire confondre le fait accomplissable et le fait accompli. J'irai même plus loin. Cette différence qui passait pour irréductible entre les sensations probables d'un aéronaute et ses sensations réelles, que quelqu'un se vanta jadis de tenir pour essentielle et d'évaluer avec précision, dont il s'avisa même de tirer, en matière d'attitude humaine, d'extrêmes conséquences, cette différence cesse de jouer ou joue tout différemment dès que ce n'est plus moi qui propose, qui me propose, et que je vous permets de disposer de moi. […] C'est à croire qu'il ne me manquait que d'être précipité par vous de tout mon long, sur le sol, non plus comme on est pour guetter, mais pour embrasser, pour couvrir toute l'ombre en avant de soi-même. […] On voit qu'à sa manière l'action me séduit aussi et que je fais le plus grand cas de l'expérience, puisque je cherche à avoir l'expérience de ce que je n'ai pas fait ! Il y a des gens qui prétendent que la guerre leur a appris quelque chose ; ils sont tout de même moins avancés que moi, qui sait ce que me réserve l'année 1939.

En haine de la mémoire, de cette combustion qu'elle entretient partout où je n'ai plus envie de rien voir, je ne veux plus avoir affaire qu'à vous. Puisque c'est à vous qu'il a été donné de nous conserver cet admirable révélateur sans lequel nous perdrions jusqu'au sens de notre continuité, puisque vous seules savez faire s'élancer de nous un personnage en tous points semblable à nous-mêmes qui, par-delà la table aux innombrables couverts autour de laquelle nous allons tenir nos vains conciliabules, ira nous précéder victorieusement.

C'est à dessein que je m'adresse à vous toutes, parce que cet immense service il n'est aucune d'entre vous qui ne soit capable de nous le rendre. Pourvu que vous ne sortiez pas du cadre infiniment vaste de vos attributions, toute distinction de mérite entre vous me paraît oiseuse, selon moi votre qualification est la même. Ce qui sera, par la seule vertu du langage : rien au monde peut s'y opposer. J'accorde que cela peut être plus ou moins bien dit, mais c'est tout.

Où réside votre seul tort, c'est dans l'acceptation de la scandaleuse condition qui vous est faite, d'une pauvreté relative qui vous oblige à « recevoir » de telle à telle heure, comme les médecins ; dans la résignation aux outrages que ne nous ménage pas l'opinion, l'opinion matérialiste, l'opinion réactionnaire, l'opinion publique, la mauvaise opinion. Se peut-il que les persécutions séculaires vous détournent à jamais de lancer à travers le monde, en dépit de ceux qui ne veulent pas l'entendre, la grande parole annonciatrice ? Douteriez-vous de votre droit et de votre force au point de vouloir paraître longtemps faire comme les autres, comme ceux qui vivent d'un métier ? Nous avons vu les poètes aussi se dérober par dédain à la lutte et voici pourtant qu'ils se ressaisissent, au nom de cette parcelle de voyance, à peine différente de la vôtre, qu'ils ont. Assez de vérités particulières, assez de lueurs splendides gardées dans des anneaux ! Nous sommes à la recherche,  nous sommes sur la trace d'une vérité morale dont le moins qu'on puisse dire est qu'elle nous interdit d'agir avec circonscription. Il faut que cette vérité soit aveuglante. À quoi pensez-vous, la voilà bien, la prochaine éruption du Vésuve ! Ne vous abandonnez pas ; nous vous reconnaîtrons dans la foule à vos cheveux dénoués. Donnez-nous des pierres brillantes, pour chasser les infâmes prêtres. Nous ne voyons plus de ce monde comme il est, nous sommes absents. Voici déjà l'amour, voici les soldats du passé !"

 

Un an après le Premier Manifeste du Surréalisme, André Breton écrit cette longue lettre aux Voyantes, ces femmes qui portent l’avenir. Appel lyrique à la puissance féminine et aux pouvoirs du surnaturel, plongeant dans les vestiges de l’inconscient, l’auteur de L’amour fou y exalte la vie folle, imprévue, la seule qu’il vaille la peine de vivre.

10:39 17/09/2015 | Lien permanent | Tags : lis tes ratures, humoeurs |  Facebook

4
sep

UTOPIES – atelier résidentiel d’écriture de nouvelle à la Fondation (d’arts) Verbeke - 20-21-22 novembre 2015

UTOPIES – atelier résidentiel d’écriture de nouvelle à la Fondation (d’arts) Verbeke - 21 & 22 novembre 2015.

 

Le thème UTOPIES est proposé pour le concours de nouvelles de la Fédération Wallonie-Bruxelles, ouvert jusqu’au 11 décembre 2015. Le thème célèbre ainsi (en 2016) le 500ème anniversaire de la parution de l’Utopie de Thomas More.

L’atelier d’écriture pré-textes & sous-titres s’empare de ce prétexte et propose un week-end résidentiel d’écriture, de travail de l’écriture de textes qui peuvent amener à construire une nouvelle. L’écriture sera induite par plusieurs propositions et la potentialité de l’espace fabuleux de la Fondation Verbeke, elle sera ensuite retravaillée à l’aide des retours de l’animatrice (Milady Renoir) et du groupe, dans un espace de respect et d’échange. Chacun-e repartira avec un micro corpus de textes, voire un texte long qui pourra devenir nouvelle, ou l’être déjà.

La Verbeke Foundation constitue une initiative privée en faveur de l'art contemporain, elle offre plus de 20 000 m2 d'espaces couverts sur un terrain planté d'arbres de 12 hectares. Abritant une collection unique de collages et assemblages (plus de 2 000 pièces), majoritairement d'artistes belges du XXe et du XXIe siècle, elle propose un voyage à travers toutes les tendances artistiques modernes et contemporaines, depuis Dada jusqu'au Bio-art - verbekefoundation.com

 

Ce lieu unique en Belgique sera le terreau des écrits et des paroles d’utopies, de rêves éveillés, de permissions et de décalage horaire et mental. L’atelier est résidentiel, immersif. L’écriture se fera entre jour et nuit, entre rêve et réalité. Le logement sera rudimentaire et collectif sur place (dortoir dans container).

 

Détails  :

-       Atelier destiné à toute personne imprégnée d’un désir d’écrire, écrivant déjà, un peu ou beaucoup.

-       Atelier en résidence sur place du vendredi 20 novembre soir (accueil 19h) au dimanche 22 novembre soir (18h). Il est possible d’arriver le samedi matin avant 9h.

-       Le logement se fait en dortoir dans un des containers de la Fondation – prévoir couchage (matelas / sac de couchage / oreiller / …). Il est aussi possible de camper dans l’espace nature de la Fondation.

-       Le-s texte-s écrit-s (si nouvelles) durant cet atelier n’obtiendront évidemment pas un statut spécifique (prioritaire) lors de la sélection du jury du concours de nouvelles de la Fédération Wallonie-Bruxelles, laquelle n’est pas à l’origine de cet atelier.

-       Le paiement de la participation s’élève à 150 € (120 € artistes / dem. d’emploi) & peut s’effectuer en 1, 2 ou 3 versements. 1/3 d’arrhes ne sera pas remboursé après confirmation de participation.

-       Informations & inscriptions : miladyrenoirmiladyrenoir@gmail.com

-       Milady Renoir anime des ateliers d’écriture depuis une dizaine d’années auprès de publics scolaires, captifs, volontaires, stakhanovistes, amateurs. Elle cherche des questions sur la création et l’art du récit dans les livres d’autres, les œuvres d’art, les concepts, les sciences, et tisse des contemporanéités et des connivences pour écrire elle-même et faire écrire. Elle agit aussi de manière dilettante en photographie, en performance, en danse, en arts plastiques et de manière plus régulière avec la coordination du Réseau Kalame, l’art de l’oisiveté et du désir d’être au monde – miladyrenoir.be/ & son-autre-oeil.tumblr.com/

 

16:02 04/09/2015 | Lien permanent | Tags : atelier, act-u |  Facebook

SEPT 13 - Cosmos musical - "Les mouvements des cieux ne sont rien d'autre qu'une symphonie sans fin* " - espace-temps d'écoute de musiques et cosmos

Vangelis-The-Music-Of-Cosm-406230.jpgCher-e-s,

En 2015, un dimanche 13 septembre, vers 17h00, donnons-nous rendez-vous dans un jardin schaerbeekois (latitude 50.8583064 - longitude 4.3727692).

Profitons d'une écoute, d'un récit, d'un chemin ... menés par Pierre Deruisseau sur le thème des connivences, des frottements entre la musique occidentale et le cosmos, son étude, son observation, l'extase qu'il développe, l'idée de néant qu'il procure. Nous pourrons tisser des fils entre les sons, les matières, les interstices au sein de cette proposition ... "Un cosmos musical"
(Plus de détails dans l'énoncé de Pierre ci-dessous).

Explorations et écoute sensible seront indices et moyens.
Questionnements et élagage d’œillères bienvenus.

Pratiquement:

- chacun-e apporte un coussin et/ou une assise (+ plaid si corps frileux)
- chacun-e apporte soft et/ou hard drinks
- chacun-e apporte de quoi (se) sustenter (auberge espagnole)
- chacun-e apporte du cash (prix libre dès 6€ pour l'orateur - entrée libre pour les enfants -12 ans)
- chacun-e confirme nombre et noms de qui vient sur miladyrenoirmiladyrenoir@gmail.com
- chacun-e prie / célèbre / influence Eole, Neptune, Sainte Rita pour que les cieux soient cléments.

Coor-données:

Espace ouvert de 17h à 22h (pause repas comprise)
Ecoute débutant à 17h30
à 1030 Bxl (proche arrêts 'COTEAUX' / 'ROBIANO' pour bus 59, 65, 66 & trams 25, 62, 92)
Sonnette Renoir (jaune).
Adresse complète après inscription.

Aux plaisirs d'entamer ce voyage ensemble. La pluie aura été annulée.
N'hésitez pas à faire circuler, du très proche au plus lointain.

Milady Renoir
Gentille Organisatrice de Moments Présents

&

Pierre Deruisseau
Concepteur d'une anthologie subjective et sonore de la musique afro-américaine: astrophonie.net/

* citation de Kleper (astronome 17è. s.)


Enoncé de Pierre Deruisseau:

UN COSMOS MUSICAL -
MUSIQUE OCCIDENTALE ET ASTRONOMIE

~ UNE RENCONTRE DE CES DEUX HISTOIRES ~
~ SEANCE D’ECOUTE ~

Il y a 1700 ans, s'exprimant à propos d'une conception déjà millénaire, l'empereur Julien écrira que la musique est un art de la modulation, à la rencontre de la géométrie, de l'astronomie et de la connaissance des nombres.

Une idée traversant les siècles - au 17ième, Kepler écrit : "Les mouvements des cieux ne sont rien d'autre qu'une symphonie sans fin".

Comment comprendre ces paroles? Saurait-on entendre le cosmos dans la musique? Serait-il son cœur battant?
Voici une exploration des liens surprenants entre histoire de la musique occidentale et histoire de l'astronomie.

La musique, depuis les anciennes rituelles jusqu'aux
populaires actuelles, en passant par le jazz, l’ambiant et
les différents styles de musiques dites 'classiques'. L'astronomie, des conceptions antiques grecques aux
recherches les plus actuelles, telles le son des étoiles en astrophysique.
Une séance laissant beaucoup de place à l’écoute, où nous pourrons aussi échanger nos impressions sur les

Séance présentée par Pierre Deruisseau - http://www.astrophonie.net/

La musique, pont sonore vers l’immensité
Venez-vous plonger avec nous dans le ciel étoilé.

 

 

(image d'un album de Vangelis)

15:55 04/09/2015 | Lien permanent | Tags : act-u, agendada, muse-hic |  Facebook

limites de l'entendement.

"De même que par ce monde qui est le mien (putain, charogne, misère, menace du massacre, etc.) je retourne à l'élémentaire, à la faim, au désir, à la défense du territoire, à l'animalité et à ce qui, dans l'homme, ne peut se résoudre à la seule animalité ou à la seule humanité, à la souffrance métaphysique en somme, de même s'est imposée à moi, musicalement, et logiquement, cette langue rapide (élision du e muet, disparition de prépositions de lieu, de temps inutiles, etc.), expressive (accentuation renforcée, désaccentuation, etc.), essentielle (contraction des mouvements, du temps, de l'espace, etc.). En quelque sorte, j'efface de la langue tout ce qui m'y paraît inutile, tout ce qui n'est pas expressif."

 

Pierre Guyotat

 

 

(art by Anaïs Boudot)

Anaïs Boudot - Sans titre, Série “ Fêlures “, 2014.jpg

15:53 04/09/2015 | Lien permanent | Tags : act-u, lis tes ratures |  Facebook

28
aoû

Récolte de semelles et peaux et pages pour passagers du vent échoués à Calais.

bertoli coeur milady.jpgcette photo tenace est une promesse (ou une menace) pour une requête:

Nous récoltons des chaussures hommes - femmes - enfants de toutes tailles - pratiques pour la marche pour les passagers du vent arrivant à Calais depuis des années. Leurs chaussures sont confisquées par les autorités afin qu'ils ne puissent pas "repartir" facilement quand ils ont tenté une échappée. Entre autres pratiques d'humiliation.
Nous récoltons aussi des livres, de toutes sortes, en toutes langues afin de les apporter à Calais auprès de deux institutrices qui ont créé une bibliothèque nomade de la jungle..

Ces livres et ces chaussures peuvent être apportés aux Ateliers Mommen durant l'exposition Sur La Route surlaroutexpo.blogspot.be/ entre le 25 septembre et le 5 octobre. Les chaussures seront employées à "garnir" une installation que je propose pour l'expo.

Nous emporterons livres et chaussures mi-octobre vers Calais.

Nous remercions d'ores et déjà les premiers donateurs et les prochains, aussi.

11:21 28/08/2015 | Lien permanent | Tags : humoeurs, act-u |  Facebook

Anachronisme-s

anachronisme.jpg

Tout va bien.

11:18 28/08/2015 | Lien permanent | Tags : humoeurs, act-u |  Facebook

25
aoû

Sur la route - expo pluri-multi-poly @ Ateliers Mommen - 25/9 - 4/10

Nous serons plusieurs à exposer nos visions, nos envies, nos choses et nos possibles...

Pour ma part, j'effectuerai une lecture marathon du dernier opus de Frédéric Boyer (Quelle terreur en nous ne veut pas finir?)
+
installerai une sculpture à base de sacs tissés - chaussures trouvées - fils - textes (nous récoltons des paires de chaussures (hommes - femmes - enfants) pour l'installation mais aussi pour apporter aux quelques migrants de Calais & Dunkerque à qui 'on' confisque les chaussures afin qu'ils ne tentent pas de "passer" vers un autre côté) - Apportez les durant l'exposition.
+
participerai à une performance collégiale avec Yun, Philomène Zeltz & Nicolas Marchant en tant qu'autrice le soir du finissage (4/10).
Plus d'infos sur les deux choses à ouvrir pour ça et le reste:

Le blog dédié aux choses en cours et à suivre: surlaroutexpo.blogspot.be/
+
l'image du flyer

act-u,arts

à diffuser sans scrupule. Vivement qu'on y soit.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

PS de maman fière: Cassius participera à l'exposition, aux côtés d'une marraine, d'un Tonton, d'une Tante et d'une Moona. En famille, en somme.

16:31 25/08/2015 | Lien permanent | Tags : act-u, arts |  Facebook

19
aoû

Projet de boîte collective (sculpture - textes - images) autour de portraits de Patrick Guaffi

"
Strates de chairs sous influence de tenségrité une aorte comme vessies corps glénoïdien glie globule polaire voire blanc membrane de tissus appendiciers lève arcade d’aréole carotidéenne cérébrale saillie pulmonaire (pas vulgaire) malléole somatopleure sommet du jarret soude les sourcil fourmiliers au mamelon sous-caudal téton zonulaire mammaire enfile un manchon mandibulaire vole ta marge anale en récupérant ce placenta marsupial qui te tirait le marteau mastoïdien vers la rate recto-vaginale tout est rectum lombaire et région tarsienne venant des reins succenturiaux en virant le releveur du menton matière blanche et grise utérus mâle d’utricule cristallinien en utricule prostatique jaillit l’uvée à tendance poplitée comme la pudendale profonde fente branchiale fessier comme un feuillet pariétal une viscérale tarsienne mais tentaculaire branle moi l’astragale et l’atlas omoplatonique ta mère au sein de l’axis buccal innominé inspirateur asternal de l’astome atrabilaire t’es canon avec ton épicanthus capillaire vers la lymphe biliaire ton sang comme une cloison rectosigmoïde enfonce ta crosse dans cette croupe cruorique pousse l’os pisiforme ET l’os pubien ...

"

La suite et les deux autres textes et ceux d'autres auteurs-autrices autour d'oeuvres de Patrick Guaffi seront à lire - découvrir - ouvrir lors de moments performatifs - d'expositions dans les mois à venir. Restez ouverts.

Une expo de Patrick Guaffi a lieu à l'atelier 340 en ce moment, c'est le moment, le bon. (les oeuvres exposées ne sont pas celles ayant inspiré ce texte.. quoique...)

lis tes ratures,arts,textes,ego trip-e

 

12:03 19/08/2015 | Lien permanent | Tags : lis tes ratures, arts, textes, ego trip-e |  Facebook

18
aoû

Nous cultivons le silence ensemble - Lettre de Fernand Léger à Simone Herman

5 septembre 1932

J'ai envie de bavarder avec vous, il est 10 h. du soir je suis seul ici avec une chienne et Misti le singe — on mange tous les trois des noisettes car c'est l'époque des noisettes il y en a dans les herbages — vous ne savez sans doute pas cela — que faites-vous aujourd'hui 10 h. samedi ? que fait-elle ? Je cherche elle n'est pas couchée naturellement. Elle évolue gracieusement dans des événements qu'elle invente pour son plaisir. — Elle cultive bien son plaisir. Vous tenez bien en main maintenant vos possibilités — après diverses épreuves — vous faites la mise au point. Elle a construit son cercle, la vie est ronde c'est un cercle fermé il faut savoir agir sans supporter les angles… surtout pour une femme — un angle c'est vilain c'est masculin — c'est la boucle qui est jolie et terminée — c'est-à-dire que une femme comme vous chérie doit tenir près d'elle sa vie qu'il n'y ait qu'à étendre le bras sans se lever autrement c'est pas joli. Je veux que tout ce que vous faites soit dans un ordre facile et gracieux — comme je suis loin de la conception amour = cocktail — qui est paraît-il le dernier snobisme —

Je suis très vieux truc avec une femme comme vous, me donner tout le mal pour le travail, éviter de rompre votre cercle, l'enjamber sans heurt — pénétrer dedans parce que vous y avez fait une place je m'y installe et j'en sors sanscasser le rond — avec vous c'est comme cela j'en suis sûr — j'adore cette position assez nouvelle pour moi, de délicatesse, d'attention. Vous méritez tellement cela, et comment être autrement je ne vois vraiment pas. J'ai quelquefois envie de marcher sur la pointe du pied, pas de bruit pour vous voir vous entendre. Nous cultivons le silence ensemble souvent. Vous avez sû m'arrêter, me fixer, c'est nouveau et je suis ravi de ce nouvel état des choses. Mon cher adorable objet, o mon délicieux petit objet que je puis tenir dans une main en entier — tout près le soir de près — dans tous ses jolis détails qui brillent même le soir. Vous brillez — le savez-vous — vous êtes lumineuse et cristalline jamais opaque et fixe — c'est une tenue mystérieuse pour moi et votre séduction votre action si forte sur moi est faite de choses qui échappent à une clairvoyance décourageante et brutale. C'est un état de transparence qui fait que l'on croit tenir et on ne tient pas tout — jamais tout  — ma chérie en transparence je vous adore et vous embrasse et arrête le bavardage je pourrais continuer toute la nuit demain, toute la semaine pour vous, car pour vous, où sont les limites — je ne les vois pas —

Je serai le 9 août sûrement à Paris oui — c'est décidé

à vous

F. LÉGER

 

 

(Fernand Léger (4 février 1881- 17 août 1955) est un immense peintre français qui  navigué parmi les avant-gardes du début du vingtième siècle pour trouver un style unique, entre gigantisme et  cubisme. De 1931 à 1940, Fernand Léger vécut une passion à demi secrète avec Simone Herman, son élève. Cette lettre, qui lui est adressée, est une ode à l’amour et livre la prose merveilleusement percutante et touchante d’un Léger métamorphosé.)

11:27 18/08/2015 | Lien permanent | Tags : lis tes ratures, humoeurs, luv |  Facebook

13
aoû

Alpha - Omega. Interstice.

arthur c clarke nouvelle 31 mots.png

Arthur C. Clarke.

 

 

SiseneG est disponible dans Odyssées : l'intégrale des nouvelles d'Arthur C. Clarke (Bragelonne, 2013),
dans lequel Denise Terrel s'est aventurée a proposer une traduction  :

 

Et Dieu dit : 

Ligne Aleph zéro à Aleph un : supprimer

Et l’univers cessa d’exister

Alors Elle réfléchit pendant éons et soupira. 

Annuler le programme Genèse, ordonna-t-Elle. 

Il n’avait jamais existé. 

10:10 13/08/2015 | Lien permanent | Tags : lis tes ratures |  Facebook