6
mai

FiEstival Maelström - d'autres moments dont le jour 3

DAY 3 : Samedi 14 mai 2016

fiEstival 10

ENTRE LES DEUX ARBRES DE L'EDEN, III

Roue des poètes, Banquet des artistes, Big FiEsta et Rassemblement, Slam-Jam finale
Boutique maelstrÖm, piétonnier de la place Jourdan, salle 1900 du Senghor
 

16h00 > La Roue des PoètesEntre les deux arbres de l'Eden
Textes dits en français, néerlandais, italien, anglais, turc, arabe, espagnol, hébreu et albanais...
Plus de 30 poètes pendant 1h30 se réuniront dans une vaste Roue composée de 9 emplacements qui constitueront autant de "stations" pour un itinéraire poétique pour le public circulant d'un emplacement à l'autre. La Roue des poètes aboutit au dixième et dernier emplacement à 18h dans les jardins du Senghor, avec Serge Pey et Chiara Mulas, poésie d'action dédiée à Antonio Bertoli

 18h30 > Banquet poÉthique
Buffet préparé par l'équipe de maelstrÖm et par les artistes et poètes invités, buffet qui bénéficie également d'une participation grandissante des commerçants (restos, snacks, etc.) du quartier Jourdan. Un grand classique et un moment de convivialité.

 20h30 > Méga Slam-Jam Finale
La Slam-Jam, présentée par Milady Renoir (FR-BE), sera lancée par le quatuor Ripostes composé de Mike Ladd (USA)Serge Teyssot-Gay (FR), Michel Bulteau (FR) et Krzysztof Styczynski (FR) qui présenteront en première belge leur livre-CD.
La Jam est également ouverte au public, par inscription sur place ! Avec accompagnement musical par la Troupe Poétique Nomade.

 

 Prix plein : 7€ - préventes et prix réduit : 5€ (Buffet compris!)

 voir le programme complet du fiEstival *10 :

DAY -2

> DAY -1

> DAY 0

DAY 1

> DAY 2

> DAY 4

18:10 06/05/2016 | Lien permanent | Tags : act-u, agendada |  Facebook

FiEstival Maelström - ça pré-ouvre...

FIESTIVAL MAELSTRÖM

 

mer 11/05/2016 - 20:00 > 22:00

Pré-Ouverture du fiEstival maelstrÖm

Soirée en hommage au poète Luc-André Rey à l’occasion de la sortie posthume de Mon pote (l’Arbre à paroles).
Avec Omar Youssef Souleimane (poète en résidence aux Parvis poétiques de Paris), Antoine Boute, Tom Nisse, Fabrice Caravaca, Mathieu Gratedoux, Charles Dreyfus, Christophe Manon, Milady Renoir.
Accompagnement musical par Mathieu Robert et Audrey Lauro.

Tout le programme du fiEstival www.fiestival.net

gratuit

18:06 06/05/2016 | Lien permanent | Tags : act-u, agendada |  Facebook

27
avr

catch littéraire - Lucha Libro - 30 AVRIL

agendada Ce samedi 30 avril, le premier tournoi de catch littéraire aura lieu à Bruxelles : la LUCHA LIBRO.

Au cours de ce tournoi festif, vous verrez s’affronter des écrivains, blogueurs, journaliste, chroniqueuses dans des matchs d'écriture et c'est vous cher public qui déciderez qui remportera cette Lucha Libro.

Catherine Ronvaux : Chroniqueuse sur la rtbf ; Milady Renoir : autrice, conseil littéraire, performeuse ; Baudouin Van Humbeeck : Scénariste, coach, écrivain, éditeur ; Amélie Dewez : auteur, animatrice d'atelier d'écriture, blogueuse ; Nicolas Baras : comédien, journaliste à l'agence Belga, écrivain ; Nicolas Keszei : journaliste à l'Echo, écrivain ; Bill Billobill Bilquin-tintouin : publicitaire, comédien, improvisateur, poète, écrivain ; Marcel sel (écrivain, blogueur, journaliste et chroniqueur);

Samedi 30 avril Le Petit Chapeau Rond Rouge (Etterbeek) 0498 51 35 63

14:04 27/04/2016 | Lien permanent | Tags : agendada, lis tes ratures |  Facebook

Revues Papier Machine, Talweb & Soldes + Lecture soufflée

Jeudi à 18h45 : Lecture soufflerie courte de la bouche-gorge-buste du texte de Milady Renoir(Papier Machine n°1 - Souffle) par Milady Renoir(autrice-performatrice-animatrice d'ateliers d'écritures-lectrice) (Papier Machine n°1 - SOUFFLE).

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Lecture chute de mots dont le début serait Halète halète toi halète moi une partie de mon corps se détache prends ton temps aspire moi mais ne suis pas maison de paille loup où te crois tu haleine de tapir mort ne suffit pas à déporter chacune dent chacune mords mors fort tu cherches aux abois aguets dès l’orée pénétrer mon corps pas frêle pas brêle ne suis pas petite cochonne amour.

mais tout reste à souffler.
 
dans le cadre de:
 
 
Dans la Galerie située au sous-sol de la librairie, trois revues vous invitent à rentrer dans leur page, et toucher du regard des œuvres originales.  TALWEG, Almanach SOLDES, et PAPIER MACHINE optent pour le livre, choisissent la bibliothèque comme territoire de l'art.

— La transrevue TALWEG ne possède aucune contrainte technique ni formelle pérenne. Format, papier, impression, reliure, forment un système architectural propre à chaque numéro. TALWEG est publiée annuellement, éditée par Pétrole Éditions.
Basée à Strasbourg et Paris, la structure conçoit, produit, édite, expose et diffuse des multiples dont la forme et le contenu sont liés, s'apparentant aux « livres d'artistes », en collaborations avec des artistes et chercheurs de tous domaines.
www.petrole-editions.com
www.facebook.com/petroleeditions

— La revue SOLDES navigue dans le chaos de notre ère discount. La meilleure place pour SOLDES c'est l'étagère de vos toilettes. L'almanach paraît une fois l'an quand il est prêt. Derrière une parodie de la grande presse se cache un laboratoire de recherches unique en ses genres : un grand mix entre Sciences Humaines, Arts, BD, Philo, Humour, Littérature et Utopies Réalistes. La revue d'art et d'essais.
L'Interview d'un philosophe de renommée mondiale sera illustrée par un artiste paraplégique talentueux entre une enquête sur le goût des arthropodes et un recueil de poèmes. À lire tranquille.
SOLDES, la revue des ouvriers philosophes et des intellectuels bricoleurs.
http://www.almanach-soldes.net/
http://www.lespressesdureel.com/ouvrage.php?id=4372&menu

— PAPIER MACHINE est une revue bizarre qui ne souhaite rien de moins que de tutoyer les Dieux et rien de plus qu’un bon fauteuil pour s’auto-lire au calme. Partagé entre ces deux aspirations sinon antinomiques apparemment inconciliables, elle compte bien voguer sur la mer du doute et se laisser porter par les caprices d’un mot unique, deux fois par an.
http://papiermachine.be/
https://www.facebook.com/papiermachine.be


Vernissage le 28 avril de 18h à 21h
Ouverture de l’exposition du 29 avril au 22 mai 2016 aux horaires d’ouverture de la librairie, du mercredi au samedi de 10h30 à 19h.
Librairie Peinture Fraiche - 10 rue du Tabellion
http://www.peinture-fraiche.be/

La librairie Peinture Fraîche est spécialisée en art, architecture, photographie, design et graphisme. En plus des nouveautés, l'équipe cherche à proposer les catalogues des grandes expositions des villes de culture, et le plus possible de revues intelligentes et novatrices.
 

14:01 27/04/2016 | Lien permanent | Tags : act-u, agendada, lis tes ratures |  Facebook

22
avr

vous êtes vieux, je vieillis

Monsieur,  vous marchez doucement, parce que votre corps est doux, calmé par les années. Vous entrez et vous prenez le temps d'arriver sur la chaise, en la levant doucement plutôt que la traîner. Monsieur, je suis assise à quelques centimètres de vous à présent. Nos cafés se vident. Nos mains font les choses qu'elles font. Votre oeil gauche pleure, d'une allergie, d'une maladie, d'une sensibilité, d'une vieillesse. J'ai le nez qui coule, narine gauche. La musique nostalgique ne nous touche ni l'un ni l'autre. Les sons ne sont pas amis ici. Criards feulements et voix hautes. Votre peau est translucide. Je vois vos veines peiner à faire passer le flux. Des marques brunes et des petits sillons. Vous avez gardé votre manteau. Vous avez gardé votre corps. Je sens votre propreté et votre âge à la fois. Vos gestes sont habitués aux petites choses. Votre pardessus noir, votre pantalon à pinces, vos mocassins bruns. Seul votre pull-over permet d'entrevoir la fatigue. Vous me demandez si j'habite près d'ici. Non, je suis d'un peu plus loin que d'ici. Vous aimez dire juste après que c'est votre quartier. Les coins, les pavés, les échoppes, les croisements appartiennent à votre histoire, depuis 76 ans. Des amours, des amitiés, des incivilités, des déceptions, des promesses, des ruptures, des habitudes. Chez vous, en quelque sorte, c'est l'appartement et le quartier, ce fragment de cité et les regards qui vous voient chaque jour peut-être. Vous ne mettez jamais de sucre dans le café, vous aimez le chocolat noir de côte d'or mais ne rechignez pas sur le Dolfin. Vous aimeriez qu'il fasse beau demain car vous recevez un ami et iriez bien en terrasse. Vous avez une vie remplie, je vois la mienne dans vos mots. Elles ne sont pas soeurs, non, elles sont lointaines, peut-être mais votre âge me rend soucieuse. Quand perdrais-je la parole? Quels yeux me feront foi dans 35 ans? Quelle musique suivrais-je dans la rue? Qui comptera mes veines et mes rides? Quel fils-homme sera devenu mon "petit" ogre blond? Vos gestes sont doux, pas lents ou calmes ou tout ça. Le temps est avec vous, à ce moment. Je vais aller m'assoir à un bureau, engager des choses, compter mes heures, avaler un sandwich ou une salade, penser à l'une, aimer l'autre, danser dans mes nerfs, vouloir l'ailleurs, scander une peur, vivre dans ma culotte, dépenser du temps de ma vie à venir.
Je vous salue doucement, mon sourire vous influence. Vous me complimentez. Vous regardez même mes formes ou mon corps ou mon âge ou mon allure. Il n'y a rien d'autre à faire que vous écrire cette impression.

 

11:15 22/04/2016 | Lien permanent |  Facebook

21
avr

pli-s

les interstices sont ces plis ouverts vers l'infini. le geste de plier sa vie impose les coulisses, l'arrière pensée, le double jeu. et le mouvement haut-bas, gauche-droite, avant-après. roues et grilles. chaque pli dans le corps et dans le lit précipite le silence. d'abord, le pli est une coupure, un indice-scission, une rupture. il tue la durée et et sa zone de confort. il tue aussi le rythme imposant lourdeur et destin. le pli est des virages que le corps investit. le pli est nid, source, creux, sexe, désir. qu'il soit involontaire ou déclaré, il fait attendre le corps, il lui demande de cesser ce qu'il faisait (dépérir). des gens tueraient pour un pli, d'autres se tueraient pour leur échapper. c'est aussi une question de feuilletage. d'années en nuits, le corps féconde un rôle, un récit, des faux semblants et toute parole s'encombre de ne plus heurter, de ne plus risquer, de ne plus convaincre. avant ça, c'est encore du trouble. les plis comme passion et fiction. à un moment, les plis s'amoncellent (de toute façon). du plâtre mouillé, de l'aliénation, de l'immuable et de l'ombre. aucun sens d'utilisation, aucune pénétration sans amertume, aucune verticale. c'est ce corps plié mais sans dimension qui meurt. puis la ligne émerge, unique et triste. on signe (après quelques heures déjà) d'un X sur la stèle. et la nature - qui n'est que plis, elle - recouvre tout.

 

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15:22 21/04/2016 | Lien permanent | Tags : humoeurs, textes |  Facebook

18
avr

atta me

touch me, touch me, I wanna feel your body...

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23:53 18/04/2016 | Lien permanent | Tags : luv, humoeurs |  Facebook

ben si

23:31 18/04/2016 | Lien permanent |  Facebook

une femme qui (ne) dort (plus) (hommage à G. Perec)

tu regardes les corps émergeant des trottoirs. tu les vois jaillir en fantômes et en chairs. tu te demandes s'ils jouissent souvent, s'il attendent la mort, s'ils croisent leurs luttes à chaque pas, s'ils investissent l'élan plutôt que la chute. tu mets ton corps en distance pour éviter la collision, pourtant chaque mouvement te fait viol. tu les sens avoir le but, avoir le choix. et toi, tu vacilles entre les lignes. tu traverses une rue, tu sens les regards des automobilistes qui ne te regardent peut-être pas. tu attends les signaux de fumée. tu cherches une bouée, un balise. tu entends une conversation absconse sur des séjours à l'étranger où le monde serait différent. tu acquiesces aux douleurs de tes pieds, de tes reins, de tes côtes. tu percoles les années d'hier. tu te demandes s'il y a quelqu'un qui te prêterait écoute, épaule au milieu des marches. tu te demandes si l'errance est encore possible dans une ville. tu as arpenté cette ville en compagnie de gens plus ou moins aimés. tu énumères les étapes de ta pensée. à voix basse pour le monde. à voix haute pour ta peur. tu avances encore un peu parce que tu as un RDV. tu conçois que ce n'est jamais important. ce que tu vis n'est rien ou moins que possible. tu abats la matière noire à coups de bruxisme. tu attends une surprise, du sol ou du ciel. tu traverses une autre rue sans regarder à droite ni à gauche. tu vois les déchets au pied des arbres. tu vois les déchets à tes pieds. tu sais les restes involontaires des amours. tu sais qu'à aucun moment tu récupèreras ta langue. tu attends que le feu verdisse. tu prends ton rôle de piétonne très au sérieux. tu arpentes. tu arpentes. tu attends qu'un mur te convienne. tu t'arrêtes devant. tu ne lèves plus la tête. c'est un chemin comme un autre. ça, tu le dis au dedans de toi pour consoler ton néant. tu fais demi-tour. tu ignores la nuit tombée sur ta tête. il y a peu de chance pour que tu retrouves tes marques. mais c'est sûrement mieux vu comment les empreintes t'ont fait peur récemment. 

 

12:24 18/04/2016 | Lien permanent |  Facebook

13
avr

darklyricscomewithmilkchocolate

Don't find me where I'm lost.

 

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23:45 13/04/2016 | Lien permanent |  Facebook

la véritable histoire de Maggie The Cat

J'habitais un squat avec 4 cuistots napolitains dans d'anciens bureaux au dessus de la station de métro Stockwell. Je bossais de nuit dans un resto-bar homo de Soho. J'y étais cheffe de rang et assistante sociale bénévole pour abonnés des fins de soirées déplumées. Des clients étaient Kate Moss, Carla Bruni (pré-chirurgie - pré-Sark(ap)ozy), l'égérie mec d'Hugo Boss (Werner Schreier), Etienne Daho, Patrick Juvet et sa maman (elle habitait South Kensington) et quelques autres personnalités "hype" des années 90. Un jour, le plafond du resto s'est effondré suite à une fuite d'eau tsunami des cuisines situées au premier étage. Des clients en descente d'XTC et autre substances (dont les Dandy Warhols cette nuit-là) continuaient à manger de la fusion food et des cocktails crétins en trouvant les trombes d'eau et les pals décalés des ventilateurs en train de vaciller hyper cool. Après l'évacuation et la fermeture par les deux patrons défoncés à la coke, trouvant les firemen so sexy so kinky, je suis rentrée chez moi à l'aube. Chômage technique et gueule de louve. Créatures nyctalopes, rues enflées, jambes et âme lourdes. Je marche de Soho vers le sud. Quand j'arrive devant chez "moi", une vieille voisine vivant entre rue et council flat (HLM) me donne une boîte à chaussures dont des pattes rousses débordent de chaque côté. Dedans, Tiger, mon jeune chat fou et drôle, froid comme un gant sur le bord du lavabo, raide comme un Y. Elle n'a pas trouvé de carton assez grand. Sa gueule écrasée-aplatie mesure le choc. Un camion l'aurait buté la veille, Georgia a vu la scène, a même entendu le crac mais elle n'avait pas les bonnes lunettes et n'a pas pu noter la plaque. Elle avait mis Tiger dans son frigo en m'attendant, pour pas qu'il sente la mort. Belle attention. Aube orange. Poils roux. Rire jaune.
Je prends la boîte à chaussures Marks & Spencer, le petit ruban que Georgia a passé autour de la boîte se défile sans cesse. Je vais l'enterrer à Holland Park, mon repaire sérénité où le garçon doux et coursier fou que j'avais tant aimé donnait des cours de tennis à de vieilles bourgeoises iraniennes imbibées d'ennui, d'or full carats et de Guerlain. 
In the underground, les gens entre City et shopping déjà s'embarrassent peu de mon allure post-apocalyptique, de mon chagrin et de mon chat-roux que l'odeur de mort a fini par engloutir. Il a plu, heureusement, l'humus est plus simple à creuser. J'ai pas de pelle. Je refourgue le bon compagnon à la terre, fabrique un petit fétiche natures & découvertes fait avec des machins trouvés dans le parc. Je dégage la boîte et le ruban dans une poubelle. Lapins, renards, écureuils gris, joggers, gamins en uniformes, vieux classieux. Clichés réparateurs.

Métro dans l'autre sens. Bondé. Je sens le chat roux et sa mort et la nuit vieillie et le besoin de lit. Une envie de lait frais, entier, cueilli du matin. Je passe par le newsagent pour choper une petite brick courte sur pattes, de celle qu'on engorge en deux trouées. Un peu de pain de mie pour tremper l'estomac noué. Breakfast pas at Tiffany's.

Je ne peux pas entrer, une femme colle une affichette sur la porte vitrée remplie de small ads du quartier, de babysitting à ménage, de bricolage à petites ventes pour finir les fins de mois. Les crack men du quartier tiennent déjà le mur. Sourires de manques, yeux blancs, mains sèches (la vaseline sert aux shoots pas aux phalanges craquelées). J'attends.
Sur l'affichette, une photo de chatons, 4 ou 5. Une chatte parturiente sous un flash de photo dans une boîte-lit- couche-coussin d'allaitement. "Kittens to give away. Half mainecoon half tortoiseshell angora for the mother. Unknown dad. Available now." La femme me laisse passer. Je demande si je peux venir chercher un des petits. On y va. En 9 minutes, j'ai un nouveau chat. Calfeutrée entre mes mains. Elle sent le lapin. Enfin, il sent le lapin. La femme m'a donné un mâle. Les femelles étaient réservées. Je le nomme Mowgli. 

Je rentre. Nous rentrons. Les cuistos encore au lit. Restes de Fiesta n' Coke dans le salon. Trous de boulettes dans la moquette. Frigo vide. Rideaux troués. Sauce tomate de la pasta du sol au plafond, sans rire. Envie de tout récurer, ma vie comprise.

Je place Mowgli près de mon lit. Nous dormons de suite. Après quelques jours, la vétérinaire m'apprend que Mowgli est une femelle. Ok, Maggie The Cat alors. En hommage à Maggie Simpson ET Maggie Thatcher - si vous connaiss-i-ez Maggie The Cat, vous savez pourquoi.

Maggie a vécu partout avec moi, avec d'autres, d'un squat dans d'anciens logements des gardiens de prison dont le chef de squat auto-proclamé proprio (faux) surfait sur un 45T de heavy métal qui avait fait les hits en 88 avec son groupe Screamin' Jesus aux cellules minimalistes d'un hangar squatté sur le mont de Brixton habitées par des paumés cachés du genre une chinoise sans papier qui remuait des sacs en plastique toute la nuit et un fou de dieu jamaïcain qui se faisait des pâtes chinoises déshydratées spicy chicken en chantant OH LORD avec un lecteur de K7 autour du cou et un marocain sorti des geôles de Hassan II avec des couilles cuites, en passant par une maison habitée par un travesti aborigène qui venait de perdre sa mère et qui portait amoureusement ses blouses en lycra fleuri en se puffant de poudre blanche (cosmétique cette poudre là) dans sa barbe rugueuse et qui me glissait des fausses déclarations de police m'accusant de tous les torts pour m'éjecter (et me remplacer par mon mec de l'époque qu'il prenait pour un prince libanais).

Maggie les a tous vus, tous connus. Les garçons et les filles de ma vie, les cartons et les sacs de lieu en lieu jusqu'à sa (dernière) demeure, ici, à Bruxelles. 19 ans de baroudage et de petits échecs et de grands câlins. 
Maggie est née le 14 avril 1998. Et c'est pas fini.

Ce soir, elle a reçu son plat préféré et un câlin du président de son fan club, lequel hésite encore entre l'empailler (lui-même) ou l'enterrer dans notre jardin quand elle sera morte.
Finalement, on a décidé qu'après l'anniversaire de 19 ans, elle devenait immortelle.
Gloire à Maggie, prosternons-nous.

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22:10 13/04/2016 | Lien permanent | Tags : act-u, family tree |  Facebook

11
avr

va et vient et va t'en et reviens et va et deviens.

Marion Fayolle coquins-train.jpg

(.)

 

23:10 11/04/2016 | Lien permanent | Tags : humoeurs, luv |  Facebook

Tea for Two and Three for too.

d'Allen à Pete

"20 janvier 1958

Cher Pete,

Ô mon Cœur, Ô mon Amour, tout se change soudain en or ! N’aie pas peur, ne t’inquiète pas, la plus étonnante et la plus belle des choses vient de se produire ici ! Je ne sais pas par où commencer, mais le plus important d’abord : quand Bill [nb. William Burroughs] est arrivé, j’ai pensé, nous avons tous pensé, qu’il était le même vieux fou de Bill, mais quelque chose est arrivé à Bill depuis qu’on l’a vu pour la dernière fois. Je ne l’ai pas réalisé le premier jour, ni le jour d’après que tu sois parti, mais la nuit dernière nous sommes restés debout jusqu’à 3h du matin à parler, comme toi et moi nous parlons, pour tout mettre au clair. Nous avons commencé par nous disputer en ne nous comprenant pas, comme d’habitude, j’avais peur qu’il vienne réclamer mon attention maintenant que tu étais parti, il avait toujours cette figure impassible comme Sherlock Holmes, je me disais qu’il torturait encore des chats, qu’il était inquiet, dépressif. Je me suis assis sur le lit et j’ai pleuré en réalisant que tu étais parti et que j’étais seul dans cette situation misérable, je me suis même défoncé au T ce qui a empiré les choses. Francine est venue lorgner sur moi et elle a essayé de me grimper dessus, j’étais au bout du rouleau et je suis tombé sur le lit dans un silence terrifiant. Puis on a frappé à la porte (ça s’est passé il y a deux nuits, samedi soir), et Gregory est entré avec de super journaux allemands (j’y reviendrai). J’étais tellement content de le voir, il m’était si familier et rassurant — le seul qui restait du moment où on était ensemble ici, quand tu étais encore là. Je pensais qu’il me sauverait des chagrins sordides causés par le Satanique Bill. Mais la nuit dernière, Bill et moi nous sommes enfin assis face à face autour de la table de la cuisine, nous nous sommes regardés dans les yeux et nous avons parlé. Je lui ai confié mes doutes et mes misères, et il s’est transformé en Ange sous mes yeux !

Que s’est-il passé pour lui pendant ces derniers mois à Tanger ? On dirait qu’il a arrêté d’écrire et qu’il s’est assis sur son lit tous les après-midi pour penser et méditer seul, en arrêtant de boire, et qu’il a enfin fait le point sur sa conscience, doucement et de façon répétitive, pendant plusieurs mois — conscience d’un « sentiment bienveillant au centre de la grande Création ». Il semblait avoir eu, à sa manière, cette chose qui m’obsède tellement chez toi et moi, cette vision d’une tête paisible, emplie d’amour. Puis doucement, comme une révélation, il m’a dit que ça lui donnait le courage de regarder toute sa vie, moi, lui, de manière plus impartiale — il avait fait une grande introspection. Il m’a dit que son voyage à Paris, ce n’était pas pour réclamer mon attention mais juste pour me rendre visite et pour voir un psychanalyste pour débloquer ce qui restait coincé, etc. Nous avons parlé longtemps, établi un échange formidable, très délicat, j’en tremblais presque, un échange qui ressemblait à ceux que nous avons, mais pas sexuel. Il a même commencé à creusé dans mes sentiments à ce sujet, à voir si j’en avais envie, mais comme je ne voulais pas, il a complètement arrêté de me mettre la pression pour coucher. Tout le cauchemar s’est dissipé dans la nuit, je me suis réveillé ce matin avec dans mon cœur un bonheur suprême, libre et heureux : Bill est sauvé, je suis sauvé, tu es sauvé, nous sommes tous sauvés. Tout n’a été que ravissement depuis ; ma seule tristesse est que tu sois parti inquiet quand nous nous disions au revoir, et que nous nous sommes embrassés de façon aussi maladroite. J’aurais aimé te dire un au revoir plus heureux, sans les inquiétudes et les doutes que j’avais dans ce crépuscule poussiéreux quand tu es parti, j’aurais aimé que tu puisses entendre la conversation, y prendre part. Je suis sûr qu’à l’avenir quand tu reviendras, il n’y aura plus d’anxiété entre toi et Bill, avec toutes ces choses dont il s’est débarrassé. Le premier jour ici, entre nous, quand nous étions tous les trois, Bill était très hésitant et pas sûr de lui, il n’avait encore rien avoué, il doutait peut-être encore mais il savait au fond de lui, alors que nous l’ignorions toujours, que tout irait bien. Mais il était encore trop renfermé pour savoir comment clarifier la situation, et je sais bien que maintenant il va bien, et par conséquent je me sens comme un million de colombes. Le comportement de Bill a changé mais c’est moi qui me sens le plus changé, de gros nuages se sont dissipés, comme quand toi et moi nous échangeons, et bien notre échange est resté en moi, avec moi, et plutôt que de le perdre, je ressens quelque chose du même ordre que ce qu’il y a entre nous avec tout le monde. Et toi ? Qu’est-ce qui se passe au fond de ce cher Pete ? J’ai lu tes poèmes à Bill, je les écrirai et te les enverrai bientôt, tout va tellement vite. J’ai l’impression que je n’arrive pas à écrire droit.

Tu vas bien ? Écris-moi des lettres joyeuses, ne sois pas triste, je t’aime, rien ne peut changer l’amour, le bel amour, une fois qu’on le possède. J’ai pleuré l’autre nuit en réalisant que tu étais parti, pensant que l’amour partirait avec toi et que je serais seul, sans connexion, mais désormais je vois que Bill est vraiment sur la même longueur d’onde que nous, et je commence à me sentir connecté à tout et à tout le monde, l’univers semble tellement heureux. J’ai couché avec lui l’autre soir, pour être gentil, sur de la camelote, avant que lui et moi ne parlions. Je l’ai pris avec douceur, comme toi avec moi l’autre fois, mais après notre discussion et notre nouvelle entente, il n’est plus besoin de ça, on s’entend sur un plan non-sexuel. Peut-être plus tard, si on déborde on le refera, mais il n’a plus besoin de moi comme avant, il ne pense plus à moi en tant qu’amant intime futur et partenaire sexuel permanent. Peut-être même qu’après les difficultés, il reviendra aux femmes. Nous avons dormi dans des chambres séparées hier soir, tous les deux heureux, et pour la première fois j’étais seul dans mon lit. J’étais heureux, tu me manquais (je me suis même branlé). Bill m’a réveillé ce matin, nous avons pris un petit-déjeuner joyeux, on a parlé de nouveau. Notre échange est réel, le changement de Bill est réel, et moi aussi j’ai changé, je ne suis plus suspicieux et inquiet pour lui, il ne touche même plus au chat.

Je continue de garder ton calendrier. Bill t’acceptera, n’aie plus peur. Souviens-toi que la Nature est vraiment bonne, qu’elle t’aime. Il commence à devenir aussi bon que toi et moi quand nous sommes au meilleur de nous-mêmes et que nous ne sommes pas inquiets. Il m’a dit qu’il sombrait et qu’il était irritable quand nous étions tous ensemble à Tanger — le doute et le manque de communication que ton départ avait créés planaient peut-être encore sur nous, mais c’est tout à fait résolu maintenant, tu peux dormir d’un sommeil paisible et plein de rêves. La vie est si belle, et le mieux dans tout ça c’est que Bill en est parfaitement conscient. […]

On a eu une grande discussion avec Bill sur les moyens qu’on pourrait mettre en œuvre pour étendre la félicité de l’amour aux autres et propager la connexion qu’il y a entre nous (je lui ai dit qu’on avait essayé de le faire avec lui à Tangier, même si ça n’avait pas marché), sans sacrifier notre intimité. Nous règlerons aussi ce problème avant qu’on en ait fini. Je me sens tellement bien aujourd’hui que ça ne semble pas difficile. C’est juste qu’il n’existe pas beaucoup de gens qui ont expérimenté la liberté que nous connaissons. La lettre de Jack d’aujourd’hui était sympa, et plus amicale, même si je pense qu’il est encore empli de doutes et de secrets, ou qu’il ne connait pas ce que nous connaissons, ou je ne sais quoi. Mais tout se changera en or plus tard et nous lui dirons les choses clairement à lui aussi, la prochaine fois qu’on le verra.

[…] Comme je te l’ai dit, on se voit dans 6 mois. Tu vas bien ? Écris-moi aussi vite que tu peux. J’ai peur que tu sois malheureux et qu’il y ait trop de problèmes qui t’attendent à NY. Ça va être difficile d’aider Julius. On verra ce qu’on peut faire. Mais ne laisse pas ton tendre et doux Pete être rongé par l’inquiétude. Je serai toujours avec toi, et il en sera de même des arbres, et de tous les arcs-en-ciel et des anges au Paradis qui chantent les dernières chansons de cow-boys enjouées en nous regardant de leurs yeux brillants.

Dis à Lafcadio d’arrêter de se prendre pour le Christ de Mars et j’arrêterai de me prendre pour le Christ malheureux de la poésie. Plus de crucifixions ! Pensées à ta maman et à Marie.

XXXXXXX. Comment se porte le navire ? Ne monte pas trop à cheval. J’ai arrêté le T pour de bon ; c’est une déception, je ne veux plus avoir de mauvais trips. Bill fume moins aussi. Mais ça dépend des gens avec qui il est. Black Mountain Review est sorti, Creeley l’a édité — tu peux te le procurer à la librairie de la 8ème rue, et éventuellement m’en envoyer un exemplaire.

Avec amour,

Allen (avec ton stylo vert)"

ou

d'Edith à Marcel

"Vendredi 3 juin 1949

Toi, mon chéri !

Quelle belle lettre j’ai reçue ce matin ! Jamais tu n’en as écrit une aussi touchante. Tu sais si tu es heureux d’être aimé de moi, crois que moi, je suis fière de l’être de toi. Tu es si merveilleux, tu as le génie d’un boxeur mais tu n’en as pas la mentalité. Tu es si beau dans ton âme. Oh chéri, tu ne peux savoir depuis que je te connais, combien j’ai changé ! Si j’avais encore quelques mesquineries au fond de mes pensées, tu les as tuées. Je ne pourrai plus être moche. J’admire tellement l’homme que tu es, mon chéri. Tu ne peux savoir tout ce qui se passe en moi depuis que j’ai ce grand bonheur d’être aimée de toi. Tu m’as rapprochée de Dieu et je n’ai qu’une envie, c’est de te ressembler, avoir ta simplicité et ta grandeur morale. Voilà ce que je souhaite avoir pour être entièrement digne de ton amour. Mon aimé, si tu savais, oh oui, si tu savais comme je t’aime. Je ne trouve jamais rien d’assez beau pour toi. Tous ceux qui te dont du mal, je les hais, « moi qui n’ai jamais haï personne ». Je te veux riche et heureux. Pour le bonheur, fais-moi confiance, je ferais n’importe quoi pour toi. Je t’aimerais n’importe comment, même assassin. Oh oui, je suis capable, si un jour tu avais des ennuis, de les partager en entier avec toi. Je quitterais tout pour toi, je renierais tout pour toi, je ferais n’importe quoi d’impossible, en un mot je ferais tout, absolument tout pour toi ! Comment es-tu physiquement ? Et moralement ? Je t’attends mon amour, reviens-moi vite que je te chérisse comme j’en ai envie. Je suis tout ce que tu as envie que je sois. Je t’aime, je t’appartiens à toi pour toujours si tu le veux. Amitiés à Jo et à ton frère. Momone t’embrasse et moi, mon amour, je fais exactement ce que tu as envie que je fasse. Tu es ma vie, mon souffle, tu es tout, tout. Je t’aime. Moi.

Édith Piaf"

 

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23:06 11/04/2016 | Lien permanent | Tags : humoeurs, luv |  Facebook

23
mar

les micro réparations, la vie dans les interstices...

aller au café l'Espérance et ignorer des journalistes qui cherchent la petite bête le p'tit scoop la parole sensationnelle qui sait? saluer les voisins avec qui on échange deux mots en français turc arabe roumain bulgare albanais truc maroxellois polonais flamand bobo pauvre machin européen oriental perse bidule hein? remercier pour les bonbons et les 5 euros filés à Cassius (sous angine) avec un "bonne chance" du monsieur à la chapka et au complet veste qui boit son café chaque jour là et qui a les yeux tout tristes ce matin tristes hein? et croiser les dames de la Maison des Femmes et évoquer les droits les femmes les choses de la vie les prises de conscience près du restaurant social Sésame qui est blindé de gens à côté du parc rasquinet avec le mâchicoulis hein? tenter de retrouver une forme de langue intérieure avec un psychisme atténué avec colère doute survie et recherche de sens tout ça emballé dans un sac poubelle qui traîne dans Bruxelles toujours belle? rentrer à la maison ouvrir des mails saisir les choses évidentes et tenter de faire ce pour quoi on est payé penser aux ados et aux adultes et aux enfants mélangés dans la mouise du monde entre frontières crues et états-nations trop cuits et sentir l'émergence des suffisances et des indifférences chercher le réveil pour décaler l'endormissement écrire un statut facebook comme athanor réceptacle vide grenier crachoir à balais gueuloir écho vide néant à écran plat et puis divulguer ses états émotions intestins égoïstement viscéralement à brûle gorge et étau tête vagabonder entre SMS paroles (oui papa tout va bien) et fils qui voudrait que Batman règle tout ça marathon des suites et fins et visages des gens morts dans chaque chewing gum sur trottoir empathie radicale envers les mères les pères les frères les soeurs de ces garçons foutus de ces ceintures noires ? sentir le rétrécissement des diaphragmes et des cornées et des libertés (y en avait?) visiter la frise des attentats d'Egypte au Mali de Côte d'Ivoire à Madrid ah oui "j'avais oublié Madrid" de Turquie et là on dit attentat alors qu'en Syrie en Afghanistan et d'autres mille pays on dira guerres attaques ciblées avec des mots des colonies de suprématies de "bons" droits et bonnes lois messieurs-dames couper la télé réalité et chercher la fiction dans une BD de Joann Sfar dans un folio de Lucien Suel trouvé dans une donnerie embrasser un grand garçon même s'il est trop compliqué faire des crêpes crasse avec du chocolat avec ou sans huile de palme et ouvrir la bouche pour (...)*
 
(à vous de remplir non pas la bouche mais l'interstice-gouffre).
 
 

La_grotte_ermite_étude 5 - Fabienne Verdier.png

Art by Fabienne Verdier - Étude n° 5 pour La Grotte de l’ermite, 2011

14:04 23/03/2016 | Lien permanent | Tags : humoeurs, act-u, luv |  Facebook

20
mar

Résumé de la 50ème soirée filles avec un cerveau (chacune) du 18 mars 2016

11 ans - 50 soirées - Environ 800 choses partagées en plus des mets et des breuvages - peut-être 350 filles-femmes venues - participantes âgées de 4,5 ans à 86 ans - diverses nationalités, cultures plurielles, lieux tendres, tièdes ou émus... et des cercles qui circulent, entr'ouverts, refermés...? Peut-être des redondances, des inconsistances et des inconvenances. En tout cas, une épopée féminine qui va encore se perpétuer.

  • Claire : Cervelle (nourriture pour femmes et chien mi-loup gawou) - Pêche au chalut - crevettes grises (pelage)...
  • Margo: Une histoire d'amour en Pologne autour d'un arbre... Chaga Power. Au bouleau!
  • Béatrice: chant de corps et de coeur...
  • Geneviève: Spectacle colon(ia)scopie  - ménagères et anciennes "manières"...
  • Marie: bonheur d'en être - interventions et intérêts...
  • Emma: de la solitude féminine, de la solitude des mères "seules", de la solitude du prince charmant, aussi... 
  • Anissa: Find my love... chant de midinette à trac et sans bile
  • Virginie: Le cake le plus vegan, le plus local, le plus "pur"... huile de sésame, graines de lin, farine d'avoine, yaourt soja EU, zeste citrons, courgettes, sirop de riz, fécule de maïs, poudre à lever homemade... goût inimitable.
  • Deborah: cours d'auto défense féministe (asbl Garance) et défilé de mode
  • Nathalie F.: expo en cours à la Villa Empain - art abstrait coréen...
  • Nathalie C.: Le rangement selon la méthode Marie Kondo... (après les vêtements, les ustensiles de cuisine... et les sex toys?) et les tutus de communiante des tiroirs.
  • Sophie: désir, beauté, corps, miroir, talons, désirs.
  • Delphine: acheter un hijab, le porter, attendre des effets (rires compris)... 
  • Amélie: Du doute et des certitudes - argumentation, convictions, valeurs...=> communication non-violente/BrainGym/EMDR/... + Ito Naga: JE SAIS.
  • Milady: Babayaga éternelle... et qui serons-nous à 85 ans...? Qui sont nos vieilles? Thérèse Clerc, insoumise mise à nue. (moment d'Elisabeth Schneider)
  • Kate: le roman sans nom ou Boulevards tout à fait? + procrastination mon amour.

 à la prochaine, en mai, dans un lieu d'une d'entre elles encore à confirmer...

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22:19 20/03/2016 | Lien permanent | Tags : girlz |  Facebook

18
mar

Emile, ce Grand Père

enfant de campagnes, garçon sans école, marcheur sur les terres de mâche-fers de glaise et d'étangs, oeufs de grenouilles et lance-pierres, paysan sans terre dont la mère chante d'en haut du village jusqu'en bas et dont le père Aimé est l'taiseux aux yeux mouillés bleu ciel, culture d'une-beigne-ça-tue-personne, pas soldat mais pompier qui monte à Paris avec sa femme (mariée dans une grande ferme avec jeunes mariés volés dans la nuit pour noces et rires), allez, vous montez à Paris, 3 oranges et du brie chaque midi, elle enceinte accouchera d'une prémat' en carences, blindée de maladies qui sont encore là aujourd'hui, de conciergeries en petits Viniprix, des rires encore car toi, enfant de campagnes sans école, tu taquines, tu chipotes, tu aimes taper sur tes cuisses, tu es belle gueule, ton corps est robuste, tu aimes Lino V. et Jean G. et Fernandel et Bourvil, tu as un jour prétexté un incendie pour choper Joséphine Baker dans tes bras et la sortir en bikini bananes sur le boulevard, on dit aussi que tu as brisé le coeur d'une des Soeurs Etienne, en vogue, tu étais le pompier de service du Cirque Médrano. Ta femme (que tu regarderas pendant 53 ans et même que tu la remarieras après un vol de Concorde pour les noces d'or) et toi vous aimez les gens qui ont la classe (bourgeoise) d'au dessus de vous, ça vous attire et ça vous "monte", elle, orpheline de mère et fille de batelier-résistant, vous êtes aimés pour votre pugnacité, votre rigueur, vous bossez grave et on vous propose la gérance d'un grand café parisien, dans le 15ème, puis dans le 17ème, puis dans le 18ème, puis.. ça grandit, les clients vous disent un peu parents, dans vos lieux, les courses de caisses à savon, les batailles d'orange, les déguisements, les caissières et serveuses que vous aidez à sortir de la mouise, et vous aimez le Paris sauvés des nazis, la Mouffetard, vous logez derrière PolytechniK et vot' fille nommée comme une héroïne des misérables matera les jeunes cons expérimenter les corps par la fenêtre. Le jazz vous vous ne foutez, mais la musette et la java, ça vous va, vous dansez la valse à l'endroit ET à l'envers. Mille animaux sont compagnons, pigeons, lapins, tortues, mainates, perruches, même un caméléon crame un jour sur la cuisinière à bois (reste collé), des bergers allemands, des chats roublards, des Citroën (après Panhard et autres voitures gaullistes), et toi, tu décortiques tout, les postes de radio (comme ma chaîne hifi achetée avec mon premier salaire que je vais retrouver un jour TOUTE démontée car tu voulais voir comment c'était fait), tu tires les feux d'artifice des villes et villages qu'on connait, tu chasses, pêches, tu répares les armes, tu collectionnes les livres de guerre et les revues de nature et jardins, tu plantes des cosmos et des glaïeuls pour plaire à ta colonelle, nous, on élève deux chouettes hulottes avec de l'onglet de cheval quand j'ai 8 ans, j'amène un marcassin dans ma classe de CE2 et je le nomme Géo, y a ton cigarillo SENORITAS à ton bec tout le temps, y a les chiottes que tu occupes mille ans en faisant des mots fléchés de télé 7 jours, y a l'odeur de ta sueur dans tes cottes, et tes bretelles que je défais par jeu, y a le tuyau d'arrosage prêt à tirer ou le coq que tu tires jusqu'à ma chambre d'ado pour me réveiller de mon sommeil lourd d'ado, y tes poils drus et noirs sur ton nez, y a tes levers dans la nuit pour monter ton télescope et mater les étoiles, y a tes humeurs dégoutées de ta nature qui s'tue, s'tait, s'fait tuer, y a tes fatigues des gens, tes paroles ignorant les autres, peureuses d'un monde qui te crève, y a les arabes et les noirs que tu veux pas voir en couleurs (manque de pot, ils sont mes seuls potes), y a cette crainte que je sois pas comme ci et comme ça, y a toi et elle qui "m'élevez", qui comblez avec vos craintes, vos âges, les piliers de bar et les mégots du matin, et puis, y a tes regards perdus et tes phrases crues, y a les bons crus et les fusils que tu distribues sans ombrage, y a tes postes à soudure et tes scies et ton tracteur et ton motoculteur qui rouillent un peu même si tu serais capable de faire le grand écart sur le toit comme quand j'avais 8 ans, y a ton corps qui enfle, y a de l'eau et du sang qui vagabondent mal, y a tes veines qui s'altèrent, y a tes artères qu'ont plus d'veine, y a tes bras qui noircissent, y a tes poumons qui s'engorgent, y a ta gorge qui s'suffit plus. 50 ans de café, et 60 ans de bons vins mais surtout, y a la ville que tu veux plus et y a ton monde qui rétrécit... Y a tout ça que j'ai détesté et puis, là, le jour de ta naissance sans toi, 88 ans plus tard, y a ma gorge qui se serre, y a ta figure grand-paternelle qui m'embrasse et j'écris ça d'un café, qui sent pas le tabac et les caves, qui sent pas les moules-frites et le simili-cuir, y a pas de musette, y a pas le requiem de Fauré que j'ai laisser jouer à ta crémation, y a pas le son du feu de ta cheminée ou les pétards que tu me mettais trop près des fesses... y a juste une photo de toi dans mon porte-feuille, ton prénom comme second prénom mis sur la carte d'identité de mon fils et y a des montées de joie à l'idée que tu étais toi, Pépère.

 
 
 

11:53 18/03/2016 | Lien permanent | Tags : humoeurs, family tree, textes |  Facebook

10
mar

TRANSPORT - On y va.

"TRANSPORT: e-Festival de poésie édition 0.0 Lille, Marseille, Montréal, Littérature etc., la revue Muscle et Cousins de personne s’allient pour rapprocher les bords de l’Atlantique lors d’un événement poétique inédit.

Le samedi 19 mars 2016, le temps d’une soirée ou d’un après-midi, nous naviguerons d’une performance à l’autre entre Montréal, Lille et Marseille.

En fonction d’où il se trouve, le public découvrira tour à tour une performance en chair et en os et la retransmission en direct sur grand écran d’une performance venue de l’une puis de l’autre ville. Ce carrousel poétique et numérique rassemblera les voix fortes de la poésie contemporaine pour des lectures qui sauront renverser leurs publics.

Parmi elles, celles de Simon Allonneau, Antoine Boute, Cécile Richard et Eugène Savitzkaya à Lille, Maxime Hortense Pascal, Nat Yot, Annabelle Varaeghe, Arno Calleja et Noémie Lefebvre à Marseille ainsi qu’Hervé Bouchard, Renée Gagnon, Sébastien Dulude, Gabrielle Giasson-Dulude et Shawn Cotton à Montréal. Nous vous invitons à découvrir la programmation de l'événement en détail ici et à en suivre attentivement les préparatifs plutôt là.

Le rendez-vous est donné à 18h30 en France et à 13h30 au Québec (décalage horaire compris)

Lieu de l’événement :

Lille Mutualab 19 Rue Nicolas Leblanc
Marseille Centre de la Vieille Charité 2 rue de la Charité
Montréal Médiathèque Gaëtan Dostie 1214 rue de la Montagne "

 

J'aurais l'honneur-plaisir d'animer la section lilloise... Vous v'nez? (à l'un ou l'autre lieu?)

12:06 10/03/2016 | Lien permanent | Tags : act-u, agendada, place net |  Facebook

7
mar

Black is Beautiful

Quand j'étais ado, mes potines (Sénégal, Congo Brazza, Algérie, Guinée, Guadeloupe, Haïti, Maroc, ...) et moi nous posions les questions de l'esthétique. Poils pas poils. Crème anti acné ou pas. Ongles carrés ou ronds. Quelques unes d'entre elles se lissaient les cheveux. Deux d'entre elles (15 ans environ) allaient dans les MGC centres de Strasbourg-Saint-Denis pour évaluer (avec les cousines, les mères,les soeurs) quelle crème serait la plus efficace pour éclaircir la peau. Dans les rayons des MGC, 1 rayon gigantesque proposait des whitening creams (blanchiment) comprenant des agents oxydants, des produits blindés d'ammoniaque. Une de mes amies s'en badigeonnait le corps régulièrement. Elle se plaignait souvent de démangeaisons, de sensations de brûlures. Un jour, nous avons appris, entre copines dans une chambre, qu'elle se badigeonnait aussi les parties génitales pour que son petit copain (antillais) cesse de lui dire qu'elle était trop black et parce qu'elle voulait qu'il la déflore et craignait qu'il soit dégouté. Dark-Girls-poster-2.jpg
Certains modèles afro-américains dans les séries américaines, le hip hop, la Rn'B étaient claires (métisses ou pas). Dents blanches, peau claire, lentilles oculaires, cheveux lisses (perruques "blondes"). Pas juste un élément de mode ou d'esthétique, mais une réelle mutation lénifiée. Un colonisation "tacite" bordée d'une économie de masse (sous produits l'Oréal et d'autres géants des "soins" esthétiques.
Une loi est passée en France quand j'y habitais encore. Ces produits (enfin, les plus "dangereux pour la santé" seraient retirés du marché. Bien entendu, ils circulaient partout avant et après la "loi".
Suite à la bande annonce de ce film et pour ce que je vous raconte, je suis retournée à l'instant sur le site de MGC et je trouve ça: http://www.mgc.fr/soin-visage/eclaircissants.html

(

les produits éclaircissants se vendent toujours pour les "mêmes" raisons:

"Découvrez nos soins éclaircissants pour le visage, conçus pour atténuer les taches tout en douceur. Ils aident à estomper et à éclaircir les zones les plus foncées, les taches dues à l’âge et au soleil et les petites imperfections. Votre teint sera plus clair et unifié à la perfection."
 

 

)

13:57 07/03/2016 | Lien permanent | Tags : humoeurs, poly-tiques |  Facebook

23
fév

mère vénus à la fourrure première

Lettre de Sacher-Masoch à sa mère

 
Leopold_von_Sacher-Masoch,_portrait

“Tu me demandes pourquoi j'ai peur de l'amour ?"

Léopold Sacher-Masoch, auteur de La Vénus à la fourrure, est plus que le père spirituel du masochisme puisqu’il en connut en personne les jouissances. À la demande de sa mère, Sacher-Masoch explique dans cette lettre insoupçonnée sa crainte de l’amour qui n’est en fait rien d’autre que sa crainte de la femme et de la désillusion face à son idéalisme.

 

 

Chère mère,

Tu me demandes pourquoi j’ai peur de l’amour ?

J’en ai peur parce que j’ai peur de la femme.

Je vois dans la femme quelque chose d’hostile, elle me fait face comme un être purement sensuel, extérieur, comme la nature qui est sans âme. Toutes deux sont pour moi également attirantes et en même temps étrangement inquiétantes.

Tu sais combien j’aimais rester assis, par les calmes soirs d’été, à la lisière de notre forêt, lorsque passait de temps à autre un gémissement léger à travers les cimes au-dessus de moi et, au-dessous de moi, le murmure profond des abeilles, des bourdons et des mouches dorées et que, sur quelque branche perché, un petit pinson chantait, lorsque venait vers moi des bois sombres et denses le sifflement d’un merle, j’avais alors l’impression que je devais adresser la parole à la forêt sombre, mais je ne recevais aucune réponse ou bien dans une langue que je ne comprenais pas et je voyais que le lierre qui semblait enlacer le chêne dans une tendre étreinte aspirait lentement sa moelle, je voyais que le chêne en peu d’années pourrissait et se délitait, que le faible souffle au-dessus de moi devenait une tempête et abattait le chêne s’il ne l’était déjà par la foudre ; je voyais les moucherons danser dans le soleil du soir et je voyais le pinson fondre soudain parmi eux et le corbeau, lui faisant la chasse, coassait au-dessus de lui et l’aigle traçait ses cercles plus hauts encore, lui, dont, aujourd’hui ou demain, le grand corbeau aux serres aigües, au puissant plumage sera la proie.

Je marchais souvent à travers les champs, prenant plaisir aux coquelicots dont on voit l’éclat coloré entre les épis jaunes, aux petites fourmis qui ont construit ici leur pyramide, au perdreau brun qui couve ses œufs tachetés, mais les fleurs bleues et les rouges et pas moins les jaunes que l’on voit dans les blés sont une mauvaise herbe qui leur conteste la vie ; je vis un jour un escargot  sur lequel grouillaient les fourmis comme les Lilliputiens sur Gulliver endormi et l’escargot avait des mouvements spasmodiques sous leurs aiguillons en essayant en vain de s’échapper et le renard tuera le perdreau sur ses œufs.

Même le lac avec ses vagues paisibles et régulières, ses roses jaunes, son réseau blanc et vert d’algues, ses lys d’eau, ce lac qui semble m’appeler, lui aussi, se refermerait sur moi, froid et muet, si je suivais sa trompeuse séduction et rejetterait ensuite avec mépris mon corps sans âme sur le sable ; monotone, il murmure tendrement comme s’il chantait une berceuse, mais ce n’est que la plainte mortelle de la nature que j’entends, la voix de la putréfaction ; ses vagues chassent la terre et les pierres, elles creusent le rocher où se dresse la Croix et, lorsqu’un jour, la digue se brise, il noie la terre, les animaux et les hommes.

Et la femme, que veut-elle en m’attirant sur son sein sinon, comme la nature, prendre mon âme, ma vie, pour former d’autres créatures et me donner la mort. Ses lèvres sont comme les vagues du lac, elle séduisent, elles caressent — elles rendent fou — et la fin est l’anéantissement.

Tu peux te moquer de mon idéalisme, c’est pourtant la meilleure chose que l’on puisse avoir dans cette vie dont personne ne sait quel but elle poursuit, que personne ne peut sonder, la vie qui semble n’être là que pour elle-même et à qui l’amour a été impartit pour qu’elle se poursuive dans de nouveaux êtres qui se réjouissent de la terre et du soleil et de la lune et des étoiles et qui sont rendus en proie à la mort, comme nous.

Ton Henryk.

14:16 23/02/2016 | Lien permanent | Tags : humoeurs |  Facebook

de Martin à Hannah

Capture d’écran 2016-02-11 à 3.16.14 PM

“Que chacun de nous demeure à la hauteur de l’existence de l’autre."

C’est en 1924 que Martin Heidegger (1889-1976) croise le chemin de cette « jeune fille toujours en robe verte qu’on ne pouvait pas manquer de remarquer » : Hannah Arendt. L’étudiante n’a alors que 18 ans et elle assiste, fascinée, aux cours d’Heidegger sur Platon. Entre eux commence alors une liaison turbulente où se mêleront amour et philosophie, et qui aura pour théâtre un moment critique de l’histoire. Ils vivent une réelle passion jusqu’à ce qu’Heidegger rompe avec elle en 1928, mais continueront de s’écrire jusqu’au crépuscule de leurs vies…

 

10 janvier 1926

Ma chère Hannah,

La soirée dont je m’étais d’avance tant réjoui des semaines durant, et tes lettres pour couronner le tout ! Je peux comprendre, mais le fardeau n’en sera pas moins lourd à porter pour autant. D’autant moins que je suis bien placé pour savoir ce que mon amour exige de toi. Que tu aies été portée à une extrémité telle que tu as failli perdre foi en nous, cela ne s’écarte pas tant de la plus vive loyauté que veut bien le croire l’idéalisation romantique.

Je ne t’ai pas oubliée par indifférence, ni non plus parce que nombre de circonstances extérieures se sont interposées, mais parce qu’il me fallait t’oublier et que je t’oublierai aussi souvent que mon travail atteindra sa phase d’ultime concentration. Ce n’est pas là une question de jours ni d’heures, mais un processus dont la préparation peut durer des semaines, voire des mois entiers, pour ensuite s’évanouir.

Prendre un tel recul face à tout ce qui est humain, prendre ainsi congé de tous les rapports qui ont pu se nouer, c’est là ce que je connais de plus grandiose, en matière d’expériences humaines, pour ce qui est de la création, et c’est là, eu égard aux situations concrètes, la plus grande malédiction qui vous puisse atteindre. C’est là un arrache-cœur, et il arrive que l’on s’opère vivant.

Le plus difficile, c’est que cet isolement ne peut se chercher d’excuses en invoquant par exemple le labeur fourni, parce qu’il n’y a pas pour cela de critères, et parce qu’on ne peut lui trouver de commune mesure en s’en remettant au règne des affaires humaines. Tout cela, c’est un poids à porter, et encore de manière telle qu’on ne doit guère se confier, même aux proches.

Ployant sous le fardeau de ce nécessaire isolement, je forme chaque fois le vœu d’un complet isolement extérieur, en quelque sorte de ne retourner que pour la galerie parmi les hommes, et d’avoir la force de m’en éloigner une fois pour toutes. Car c’est seulement ainsi qu’ils pourraient demeurer préservés de tous les sacrifices auxquels il leur faut consentir, et ne pas devoir se voir repoussés. Mais ce vœu torturant n’est pas seulement irréalisable, il est oublié sitôt que les rapports humains vous ressourcent, et vous donnent le ressort nécessaire pour vous plonger à nouveau dans l’isolement. Ce qui vous tient le plus à cœur se trouve alors exposé à l’indélicatesse comme aux coups de force, et une telle vie ne cesse de faire valoir des exigences, sans jamais pouvoir en établir la légitimité. S’acquitter positivement d’une telle situation, sans fuir l’un de ses deux versants au profit de l’autre, c’est cela exister comme philosophe.

Ce que je te dis là ne peut et ne doit constituer en rien une excuse ; mais je sais qu’en parlant ainsi je vais du même coup te regagner encore plus fortement, parce que tu es en mesure d’entendre ce qu’implique de renforcer notre amitié en la poussant à ses ultimes limites – ne serait-ce que pour rendre plus insistante sa signification et sa nécessité. Parler du « tragique » inhérent à de telles situations, c’est se gargariser de mots ; cela n’a plus le moindre sens eu égard à la conscience positive que nous avons de notre existence, où la rupture est comprise et assumée comme ce qui lui donne en fin de compte sa force.

Passer tout cela sous silence, et t’assurer que tu t’étais simplement méprise, c’eût été nous masquer la situation.

Et si je te disais qu’actuellement toute activité extérieure me fait horreur, ce serait là exprimer ma requête d’un « congé » qu’aucun ministère n’est en mesure d’accorder, mais qu’on ne peut s’arracher à soi-même que comme un butin. Tout semblait baigner hier dans une symbolique presque inquiétante, lorsque tu m’as qualifié de « pirate » ; j’ai acquiescé en souriant – mais en réalité j’ai senti passer, avec « crainte et tremblement », le froid et la tempête auxquels sont exposés ceux qui écument les mers.

Lorsque tu me racontes vos plaisanteries, anecdotes et railleries diverses sur les « philosophes », je trouve cela tout à fait plaisant, et il serait bien sot d’en prendre ombrage, de condamner ce genre de choses, ou même de vouloir les bannir. Mais si d’aventure c’était là la principale attraction pour de jeunes esprits, à côté de l’aspiration à poursuivre et à terminer ses études, eh bien, une telle perspective ne serait guère réjouissante pour les jeunes générations.

Quant à ta résolution, j’y dis « non » si c’est à moi que j’ai cure, et j’y dis « oui » en songeant à moi-même dans l’isolement du travail. Mais seule une décision concrète peut ressortir comme quelque chose de positif, et ce ne sont pas de belles paroles, de cours ou de séminaire. Tout à fait indépendamment de toi et de moi, il est clair, à cet égard, que tu ne vas pas t’établir ici en tes jeunes années, ni végéter au gré des semestres et des cours auxquels il reste possible de s’inscrire. C’est toujours un signe de mauvais augure, chez les jeunes gens, lorsqu’ils n’ont pas la force de larguer les amarres. C’est le signe de l’extinction de leur instinctive liberté, et, même s’ils s’accrochent, il n’y a plus pour eux de développement en vue, même en faisant abstraction du fait que des élèves de ce genre ont tôt fait de contaminer toutes les nouvelles recrues dès leur arrivée, sans que cela les gêne le moins du monde de venir picorer à mes cours. J’imagine sans peine ce que peut avoir de fort déplaisant l’espèce répertoriée comme « élèves de Heidegger ». Ce qui se répand, de manière inquiétante, c’est une manière tout à fait crispée de penser, de questionner et de disputer. Le milieu se montre en l’occurrence plus opiniâtre que l’individu sur lequel il a déteint, et l’on se mine à vouloir lutter contre cela.

Peut-être ta résolution aura-t-elle valeur d’exemple, et m’aidera-t-elle à assainir l’atmosphère. S’il y a du bon à en attendre, c’est à la mesure du sacrifice qu’elle exige de nous deux.

La soirée passée ensemble, tes lettres me renforcent dans la conviction que tout se maintient comme il faut, et va comme il faut. De même qu’il arrive à l’oubli de s’imposer à moi, à toi de te réjouir de la situation qui est la tienne, comme seul peut le faire un cœur juvénile, confiant en son attente, et ferme dans sa foi en un monde nouveau chargé de promesses, où il y aura à apprendre et à grandir par grand vent. Que chacun de nous demeure à la hauteur de l’existence de l’autre, ou en d’autres termes, de la liberté d’accorder foi et de l’intime nécessité d’une confiance imperturbable, c’est là que réside la confirmation de notre amour.

Ma vie suit son cours, sans que j’y sois pour rien, ni qu’aucun mérite m’en revienne, avec une sûreté si inquiétante que je veux croire nécessaire le vide que ne manquera pas de créer ton départ. L’isolement croissant, depuis des semaines, en vue de mon travail, le vœu exprimé par Husserl que nous puissions nous voir plus longuement, ta dernière résolution : autant d’instances, si diverses soient-elles, qui m’aplanissent les voies pour que je prenne mon élan vers des projets et des travaux inédits. Aussi seront-elles de retour, ces froides journées solitaires où votre être, en mal de ses problèmes, se voit poussé en avant par un enthousiasme tout aussi invincible que la nécessité qui s’impose. Et de temps à autre trouveront un écho en ton cœur, si tu gardes sauve ta foi, le salut et la requête de la solitude, pour que tu t’en réjouisses et sois fidèle.

Ton Martin.

14:14 23/02/2016 | Lien permanent | Tags : luv, humoeurs |  Facebook

17
fév

Journée pro-hystéries

Lectures de mon temps présent.

 

In the 1950s, competition among pharmaceutical firms boosted amphetamine consumption dramatically, after expiration of the Alles and Smith, Kline and French patent in 1949..jpg

09:54 17/02/2016 | Lien permanent | Tags : girlz |  Facebook

14
fév

future lecture du futur

Mise en page 1

"Il arrive que l’on ne souhaite plus communiquer, ni se projeter dans le temps, ni même participer au présent ; que l’on soit sans projet, sans désir, et que l’on préfère voir le monde d’une autre rive : c’est la blancheur. La blancheur touche hommes ou femmes ordinaires arrivant au bout de leurs ressources pour continuer à assumer leur personnage. C’est cet état particulier hors des mouvements du lien social où l’on disparaît un temps et dont, paradoxalement, on a besoin pour continuer à vivre. David Le Breton signe là un livre capital pour essayer de comprendre pourquoi tant de gens aujourd’hui se laissent couler, sont pris d’une “passion d’absence” face à notre univers à la recherche de la maîtrise de tout et marqué par une quête effrénée de sensations et d’apparence. Voilà qu’après les signes d’identité, c’est cette volonté d’effacement face à l’obligation de s’individualiser, c’est la recherche d’un degré a minima de la conscience, un “laisser-tomber” pour échapper à ce qui est devenu trop encombrant, qui montent. La nouveauté est que cet état gagne de plus en plus de gens et qu’il est de plus en plus durable. David Le Breton, avec cet ouvrage en forme de manifeste, fait un constat effrayant et salutaire de notre engourdissement généralisé. Nous sommes tous concernés par ce risque d’une vie impersonnelle."
 

17:34 14/02/2016 | Lien permanent | Tags : lis tes ratures |  Facebook

12
fév

neverending story

Girls' talk...

13:25 12/02/2016 | Lien permanent | Tags : girlz, humoeurs |  Facebook

interstices - pauses - da coda - gouffres - et autres lieux d'absences.

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L'amour est pour les hommes quelque chose de tout à fait différent de ce qu'entendent les femmes

"Lou Andréas Salomé (12 février 1861-5 février 1937), grande femme de lettres, est la figure même de l’égérie, déchaînant de nombreuses passions amoureuses sur son passage. Lorsque Nietzsche la rencontre à Rome, alors qu’elle n’avait que 21 ans, il en tombe littéralement fou amoureux : il la demande en mariage par deux fois mais Lou le quittera pour Rée, leur ami commun. C’est plus tard qu’elle deviendra la muse de Rilke puis de Freud. Dans cette lettre, datée de l’année de leur rencontre, Nietzsche dresse la liste des différences fondamentales entre l’homme et la femme en ce qui concerne l’amour…" (in deslettres.com)
 

[8/24 août 1882]

 

1. Les hommes qui aspirent à la grandeur sont habituellement des gens méchants ; c’est la seule manière qu’ils ont de se supporter.

2. Qui ne trouve plus la grandeur en Dieu ne la rencontre plus et ne peut alors que la nier ou — la créer (contribuer à la créer).

3. [+++]

4. L’immense attente en matière d’amour sexuel pervertit, chez les femmes, leur vision de toutes les perspectives plus lointaines.

5. Héroïsme — c’est la disproportion où se trouve un homme qui vise un but par rapport auquel lui-même n’entre plus du tout en ligne de compte. L’héroïsme est la bonne volonté de la disparition de soi.

6. Le contraire de l’idéal héroïque est l’idéal de l’harmonieux développement universel — un beau contraire est très souhaitable ! Mais c’est un idéal qui ne vaut que pour des êtres fondamentaux bons (Goethe, par ex.)

L’amour est pour les hommes quelque chose de tout à fait différent de ce qu’entendent les femmes.

Pour la plupart, l’amour est sans doute une forme d’avidité ; pour le reste des hommes, c’est le culte d’une divinité souffrante et masquée.

Si l’ami Rée lisait cela, il me tiendrait pour fou.

Comment allez-vous ? Il n’y a jamais eu, à Tautenbourg, une journée plus belle que celle-là. L’air épuré, doux, puissant : comme il faudrait que nous soyons tous.
Cordialement,

F.N.

09:21 12/02/2016 | Lien permanent |  Facebook

5
fév

dico intime

Silence (n.m.) : fascination pour le chant d'un bourreau sans nom. DSC01841.JPG

ex. il désirait le silence comme elle le haïssait. il invoquait l'interstice et son pointillé tandis qu'elle vivait une ligne droite. il séparait le son du bruit mais elle n'avait pas de tempe assez souple que pour lui laisser le choix.  ce silence qui était comme un prologue à une mort n'était ni accueilli, ni fécond, mais il a fini par s'imposer, comme le reste déjà silencieux.

00:56 05/02/2016 | Lien permanent | Tags : humoeurs |  Facebook

30
jan

interstice

dans chaque brèche, une diastole.DSC08991.JPG

 

11:24 30/01/2016 | Lien permanent | Tags : luv, humoeurs |  Facebook

25
jan

Lettre de George Sand à Pietro Pagello (reset)

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" Nés sous des cieux différents, nous n'avons ni les mêmes pensées ni le même langage ; avons-nous du moins des cœurs semblables ?

Le tiède et brumeux climat d'où je viens m'a laissé des impressions douces et mélancoliques : le généreux soleil qui a bruni ton front, quelles passions t'a-t-il données ? Je sais aimer et souffrir, et toi, comment aimes-tu ?

L'ardeur de tes regards, l'étreinte violente de tes bras, l'audace de tes désirs me tentent et me font peur. Je ne sais ni combattre ta passion ni la partager. Dans mon pays on n'aime pas ainsi ; je suis auprès de toi comme une pâle statue, je te regarde avec étonnement, avec désir, avec inquiétude.

Je ne sais pas si tu m'aimes vraiment. Je ne le saurai jamais. Tu prononces à peine quelques mots dans ma langue, et je ne sais pas assez de la tienne pour te faire des questions si subtiles. Peut-être est-il impossible que je me fasse comprendre quand même je connaîtrais à fond la langue que tu parles.

Les lieux où nous avons vécu, les hommes qui nous ont enseignés, sont cause que nous avons sans doute des idées, des sentiments et des besoins inexplicables l'un pour l'autre. Ma nature débile et ton tempérament de feu doivent enfanter des pensées bien diverses. Tu dois ignorer ou mépriser les mille souffrances légères qui m'atteignent, tu dois rire de ce qui me fait pleurer.

Peut-être ne connais-tu pas les larmes.

Seras-tu pour moi un appui ou un maître ? Me consoleras-tu des maux que j'ai soufferts avant de te rencontrer ? Sauras-tu pourquoi je suis triste ? Connais-tu la compassion, la patience, l'amitié ?

On t'a élevé peut-être dans la conviction que les femmes n'ont pas d'âme. Sais-tu qu'elles en ont une ? N'es-tu ni chrétien ni musulman, ni civilisé ni barbare ; es-tu un homme ? Qu'y a-t-il dans cette mâle poitrine, dans cet œil de lion, dans ce front superbe ? Y a-t-il en toi une pensée noble et pure, un sentiment fraternel et pieux ? Quand tu dors, rêves-tu que tu voles vers le ciel ? Quand les hommes te font du mal, espères-tu en Dieu ?

Serai-je ta compagne ou ton esclave ? Me désires-tu ou m'aimes-tu ? Quand ta passion sera satisfaite, sauras-tu me remercier ? Quand je te rendrai heureux, sauras-tu me le dire ?

Sais-tu ce que je suis, ou t'inquiètes-tu de ne pas le savoir ? Suis-je pour toi quelque chose d'inconnu qui te fait chercher et songer, ou ne suis-je à tes yeux qu'une femme semblable à celles qui engraissent dans les harems ? Ton œil, où je crois voir briller un éclair divin, n'exprime-t-il qu'un désir semblable à celui que ces femmes apaisent ? Sais-tu ce que c'est que le désir de l'âme que n'assouvissent pas les temps, qu'aucune caresse humaine n'endort ni ne fatigue ?

Quand ta maîtresse s'endort dans tes bras, restes-tu éveillé à la regarder, à prier Dieu et à pleurer ?

Les plaisirs de l'amour te laissent-ils haletant et abruti, ou te jettent-ils dans une extase divine ? Ton âme survit-elle à ton corps, quand tu quittes le sein de celle que tu aimes ?

Oh ! quand je te verrai calme, saurai-je si tu penses ou si tu te reposes ?

Quand ton regard deviendra languissant, sera-ce de tendresse ou de lassitude ?

Peut-être penses-tu que tu ne me connais pas… que je ne te connais pas. Je ne sais ni ta vie passée, ni ton caractère, ni ce que les hommes qui te connaissent pensent de toi. Peut-être es-tu le premier, peut-être le dernier d'entre eux. Je t'aime sans savoir si je pourrai t'estimer, je t'aime parce que tu me plais, peut-être serai-je forcée de te haïr bientôt.

Si tu étais un homme de ma patrie, je t'interrogerais et tu me comprendrais. Mais je serais peut-être plus malheureuse encore, car tu me tromperais.

Toi, du moins, ne me tromperas pas, tu ne me feras pas de vaines promesses et de faux serments. Tu m'aimeras comme tu sais et comme tu peux aimer. Ce que j'ai cherché en vain dans les autres, je ne le trouverai peut-être pas en toi, mais je pourrai toujours croire que tu le possèdes. Les regards et les caresses d'amour qui m'ont toujours menti, tu me les laisseras expliquer à mon gré, sans y joindre de trompeuses paroles. Je pourrai interpréter ta rêverie et faire parler éloquemment ton silence. J'attribuerai à tes actions l'intention que je te désirerai. Quand tu me regarderas tendrement, je croirai que ton âme s'adresse à la mienne ; quand tu regarderas le ciel, je croirai que ton intelligence remonte vers le foyer éternel dont elle émane.

Restons donc ainsi, n'apprends pas ma langue, je ne veux pas chercher dans la tienne les mots qui te diraient mes doutes et mes craintes. Je veux ignorer ce que tu fais de ta vie et quel rôle tu joues parmi les hommes. Je voudrais ne pas savoir ton nom, cache-moi ton âme que je puisse toujours la croire belle."

14:17 25/01/2016 | Lien permanent | Tags : lis tes ratures, humoeurs |  Facebook

4
jan

de F à D

Sans titre

La béance de tes aisselles est mon refuge.

De Frida à Diego Rivera.
 
 

Diego,

Rien ne ressemble à tes mains,  rien ne ressemble non plus à l’or vert de tes yeux. Tu remplis mon corps, jour après jour. Tu es le miroir de la nuit. La lumière violette de l’éclair. L’humidité de la Terre.  La béance de tes aisselles est mon refuge. Ma joie entière est de sentir la vie jaillir de ta source-fleur que la mienne garde pour remplir tous les chemins de mes nerfs qui t’appartiennent, tes yeux, épées vertes dans ma chair, onde entre nos mains. Toi seul dans l’espace empli de sons. Dans la lumière et dans l’ombre, t’appellera auxochrome, celui qui capte la couleur. Moi, chromophore, celle qui donne la couleur. Tu es toute la combinaison de ces chiffres. La vie. Mon désir : en comprendre la ligne, la forme, le mouvement. Tu remplis et je reçois. Ta parole occupe tout l’espace et atteint mes cellules, qui sont mes astres et retourne aux tiennes qui sont ma lumière.

Frida.

20:00 04/01/2016 | Lien permanent | Tags : luv, humoeurs, lis tes ratures |  Facebook

Je hais le nouvel an, par Antonio Gramsci.

"Chaque matin, à me réveiller encore sous la voûte céleste, je sens que c’est pour moi la nouvelle année. C’est pourquoi je hais ces nouvel an à échéance fixe qui font de la vie et de l’esprit humain une entreprise commerciale avec ses entrées et sorties en bonne et due forme, son bilan et son budget pour l’exercice à venir. Ils font perdre le sens de la continuité de la vie et de l’esprit. On finit par croire sérieusement que d’une année à l’autre existe une solution de continuité et que commence une nouvelle histoire, on fait des résolutions et l’on regrette ses erreurs etc. etc. C’est un travers des dates en général. On dit que la chronologie est l’ossature de l’Histoire; on peut l’admettre. Mais il faut admettre aussi qu’il y a quatre ou cinq dates fondamentales que toute personne bien élevée conserve fichée dans un coin de son cerveau et qui ont joué de vilains tours à l’Histoire. Elles aussi sont des nouvel an. Le nouvel an de l’Histoire romaine, ou du Moyen Âge, ou de l’Époque moderne. Et elles sont devenues tellement envahissantes et fossilisantes que nous nous surprenons nous-mêmes à penser quelquefois que la vie en Italie a commencé en 752, et que 1490 ou 1492 sont comme des montagnes que l’humanité a franchies d’un seul coup en se retrouvant dans un nouveau monde, en entrant dans une nouvelle vie. Ainsi la  date devient un obstacle, un parapet qui empêche de voir que l’histoire continue de se dérouler avec la même ligne fondamentale et inchangée, sans arrêts brusques, comme lorsque au cinéma la pellicule se déchire et laisse place à un intervalle de lumière éblouissante. Voilà pourquoi je déteste le nouvel an. Je veux que chaque matin soit pour moi une année nouvelle. Chaque jour je veux faire les comptes avec moi-même, et me renouveler chaque jour. Aucun jour prévu pour le repos. Les pauses je les choisis moi-même, quand je me sens ivre de vie intense et que je veux faire un plongeon dans l’animalité pour en retirer une vigueur nouvelle. Pas de ronds-de-cuir spirituels. Chaque heure de ma vie je la voudrais neuve, fût-ce en la rattachant à celles déjà parcourues. Pas de jour de jubilation aux rimes obligées collectives, à partager avec des étrangers qui ne m’intéressent pas. Parce qu’ont jubilé les grands-parents de nos grands parents etc., nous devrions nous aussi ressentir le besoin de la jubilation. Tout cela est écœurant." 

(Antonio Gramsci, 1er janvier 1916 sur l’Avanti!, édition de Turin, rubrique « Sotto la Mole ») Traduit par Olivier Favier.

 
 

Odio il capodanno

Ogni mattino, quando mi risveglio ancora sotto la cappa del cielo, sento che per me è capodanno.Perciò odio questi capodanni a scadenza fissa che fanno della vita e dello spirito umano un’azienda commerciale col suo bravo consuntivo, e il suo bilancio e il preventivo per la nuova gestione. Essi fanno perdere il senso della continuità della vita e dello spirito. Si finisce per credere sul serio che tra anno e anno ci sia una soluzione di continuità e che incominci una novella istoria, e si fanno propositi e ci si pente degli spropositi, ecc. ecc. È un torto in genere delle date.Dicono che la cronologia è l’ossatura della storia; e si può ammettere. Ma bisogna anche ammettere che ci sono quattro o cinque date fondamentali, che ogni persona per bene conserva conficcate nel cervello, che hanno giocato dei brutti tiri alla storia. Sono anch’essi capodanni. Il capodanno della storia romana, o del Medioevo, o dell’età moderna. E sono diventati cosí invadenti e cosí fossilizzanti che ci sorprendiamo noi stessi a pensare talvolta che la vita in Italia sia incominciata nel 752, e che il 1490 0 il 1492 siano come montagne che l’umanità ha valicato di colpo ritrovandosi in un nuovo mondo, entrando in una nuova vita. Così la data diventa un ingombro, un parapetto che impedisce di vedere che la storia continua a svolgersi con la stessa linea fondamentale immutata, senza bruschi arresti, come quando al cinematografo si strappa la film e si ha un intervallo di luce abbarbagliante.Perciò odio il capodanno. Voglio che ogni mattino sia per me un capodanno. Ogni giorno voglio fare i conti con me stesso, e rinnovarmi ogni giorno. Nessun giorno preventivato per il riposo. Le soste me le scelgo da me, quando mi sento ubriaco di vita intensa e voglio fare un tuffo nell’animalità per ritrarne nuovo vigore. Nessun travettismo(1). Ogni ora della mia vita vorrei fosse nuova, pur riallacciandosi a quelle trascorse. Nessun giorno di tripudio a rime obbligate collettive, da spartire con tutti gli estranei che non mi interessano. Perché hanno tripudiato i nonni dei nostri nonni ecc., dovremmo anche noi sentire il bisogno del tripudio. Tutto ciò stomaca.

 

(Antonio Gramsci, 1° Gennaio 1916 su l’Avanti!, edizione torinese, rubrica « Sotto la Mole »)

  1. La voce « travettismo » è derivata dal piemontesismo « travet » che designa un « impiegato di basso livello e mal retribuito che svolge scrupolosamente un lavoro monotono e, anche, poco gratificante (e, con valore ironico, ne indica la mancanza di personalità, di iniziativa e di motivazioni) » (Grande Dizionario della Lingua Italiana). Si tratta del nome del protagonista della commedia piemontese di Vittorio Bersezio Le miserie di Monsù Travet (1862) divenuto il paradigma dell’impiegato dalla vita grigia e con prospettive limitate. [

09:57 04/01/2016 | Lien permanent | Tags : humoeurs, lis tes ratures |  Facebook

3
jan

post-agocalypse

“If you imagine, friend, that I do not have those
black serpents in the pit of my body,
that I am not crushed in fragments by the tough
butterfly wing
broken and crumpled like a black silk stocking,
if you imagine that my body is not
blackened
burned wood,
then you imagine a false woman.”


Diane Wakoski DSC02211.JPG

 

 

(photo by NM with my sony)

22:16 03/01/2016 | Lien permanent | Tags : humoeurs |  Facebook