21
jui

trou

ah oui

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je vagabonde entre les humeurs et les failles.
errance urbaine, extase du plomb
indescription vindicative du réseau sanguin,
frapper contre le derme, frapper contre le derme.
au coeur, les voiles,
vrilles cutanées et pores béants.
suées et râles

mais du silence face aux yeux.
mais du silence face aux corps qui déambulent.
rails des moteurs, vrombissent les cadences
et merde, c'est encore de la ville que tu manges ce midi

membres mâchés, organes mous, paupières techniques
se retirent les airs.

je vous raconte le pire pour
que les autres choses me parviennent, finalement.

 

 

 

(photo (c) Milady Renoir @ Verbeke Fondation)

15:36 21/06/2016 | Lien permanent | Tags : textes, humoeurs |  Facebook

27
mai

Mer rousse

à Lisbonne, il y a plus ou moins un an, Norma et moi avons pris un peu de frais dans une église suite à une longue marche errante et joyeuse.
Dedans, quelques kitscheries, bondieuseries et du frais, du silence et des femmes-rondes-petites-habillées-de-noir qui priaient ou papotaient entre elles de celles qui ne viennent plus.
Sous une chaire, un moment de protection.
Un Jésus lilliputien et une longue femme océanique aux cheveux de nid.
Ma transposition m'a laissé croire à une force céleste (je suis athée) enrobant l'humanité, cherchant à jouer avec ses joies et ses déceptions. Sans ironie, sans jugement. Sans faute, surtout.
Quelque chose qui nous dit combien nous sommes des riens organisés, des néants juxtaposés et tout autant des végétaux animaux corps humains âmes esprits minéraux en attente de complétude.


Au delà des croyances, l'image nous a fait du bien, à Norma et à moi. Nous avons souri aux grenouilles de bénitier.
Après, nous avons été dévoré quelques pasteis... pour nous remettre de la métaphysique.

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11:24 27/05/2016 | Lien permanent | Tags : humoeurs, textes |  Facebook

22
mai

eau bénite

de quel jus ai-je été tirée. ce lien fébrile entre un homme à deux visages et une femme sans corps. un tissu orange drapant une Renault 5 deux portes et un cocker femelle portant le nom d'אוּרִיאֵל l'archange radieux. une claque dans la gueule de la femme. des quiproquos non-dits mensonges silences intimes. la route est longue jusqu'à l'enfance. on met le colis piégé chez les grand-parents. dépôt dégoût indécence de l'irresponsabilité. trop rude l'après bonheur. l'homme à deux visages banni interdit monstroïfié. 'il n'entrera pas ici'. un berceau sur une rivière molle, je 'grandis'/grossis entre mégots de cigarettes sur un sol linoléum d'un café de banlieue parisienne. des demis servis à la tirette comme une tombola du désastre. café-calvas et croissants et les devoirs à faire dans l'arrière salle. je suis bonne à l'école. je suis bonne souriante gentille polie comique pas comme d'autres. (ah oui?) les hommes-clients-piliers qui pissent passent derrière moi et trament le début de la femme. regards sur peaux et yeux attendris par l'innocence parfois complice, fillette testant le diable, parfois accomplie, admettant ce même diable. désirs du corps étranger. désirs d'être plus que ça. eux, chacun en mains yeux ventres. je vois ce qu'ils creusent en eux. le cantonnier, l'éboueur, l'ouvrier de VolksWagen, le chauffeur de la RATP, le gestionnaire du garage BMW, le cadre de chez IBM, l'entrepreneur de maçonnerie, le comptable chez AXA - aphorismes incestueux et acronymes de la foulure. les règles à dix ans. les seins (nénés) poussent. une vieille goudoue copine de la femme sans corps jettera un jour un coup d'oeil, ouvrant le col du T-shirt Snoopy pour voir l'avancée de la fébrile féminité "ça pousse dis donc". je lui ai piqué un Delacroix et offre une partie des frais à une copine congolaise violée par un oncle qui avorte chez une cousine. mûrir entre des murs, des cages d'immeubles et des tiroirs caisses, assise entre des dépits et les cruautés. mes cousins seront congolais, gabonais, marocains, algériens, portugais. tout grouille. la vie, en somme. dans le café-famille-cocon noir, des corps bannis de désir, frustrés comme des vieux fruits. pertes et fracas dans les familles. dans un café, tout se joue, tout se perd. W. -15 ans vient chercher sa mère bourrée à 21h39 avant que le père rentre. elle lui hurle qu'il n'est pas le fils. il lui répond qu'elle n'est pas la mère. S. -14 ans, fille de chasseur Lepeniste et de secrétaire de redirection, que je coince dans les toilettes à la turque contre les murs glacés et salis par les seins. griffures adolescentes, toute puissance du début des choses comprises. c'est moi qui décide l'entrée et la sortie. c'est moi qui ponce la peau, qui décape son duvet. des nuits sur le minitel à faire jaillir des hommes creux, des papas maris papis. partout. un après-midi, un égyptien vieux beau caresse pendant dix minutes au jardin des tuileries les poils qui vont de mon auriculaire au poignet. 'la quintessence du bonheur' souffle-t-il dans mon cou en sueur tel un hongre aux naseaux chauds. tout le temps. et à la maison, c'est foutu. le sexe flou d'un arrière grand-père à qui l'infirmière vide la sonde. le cul frileux d'une grand-mère qui se lave au lavabo avec le gant qui passe comme un train dans un tunnel. sans lenteur, sans sens. la femme sans corps qui se paralyse, son corps rigide qu'il a fallu laver partout pour lui éviter les infirmières à domicile. laver son corps de mère et lui dire que c'est pas grave, que ça fait rien. rien est tout. le souvenir crispé des poils incarnés des ongles oubliés et des veines violettes qui pètent à la surface des dermes. peaux blanches des draps. escarres nécroses plaies. la maladie comme anti-corps. le désir bien loin derrière. alors la compensation dans les lectures, Miller, Nin, Bukowski, Lunch, Gira, les choses sombres. Mishima, Bataille plus tard. pour sentir la douleur d'être au fond, comme des relents de ce qu'ils sont. mais pour mieux passer dessus. avant de crever, leur dire. qu'il y a un corps qu'ils ont foutu dans le monde. leur dire que je vais pas laisser le délétère le mortifère et le toxique s'emparer de mon sang de ma cyprine de mes glaires de mes sucs de ma salive oui mes larmes bien sûr. vitalité du surplus. désirs d'absolue nécessité d'aimer. ce texte comme un ferrofluide comme un jus de coeur fil tendu entre tripes et monde. 

(c) Milady Renoir

19:21 22/05/2016 | Lien permanent | Tags : textes |  Facebook

20
mai

éphémère

la place près de la rivière, la place sur le trottoir, la place dans le lit, la place dans le ventre, la place entre le mur et la table, la place devant son miroir, la place pêle-mêle, la place face à sa mère, la place dans l'immense creux, la place derrière le père, la place dans l'année, la place pour la peur, la place sur le planisphère, la place dans le son du piano, la place dans le cadre photo, à droite au fond, la place sur le banc, la place dans les rangs, la place sous la pulpe, la place du mort, la place dans l'idée, la place du silence dans le geyser, la place derrière la commode, la place contre la mort, la place de dieu, la place entre les algues vertes, la place de second, la place de la lampe de chevet, la place de l'écran dans la famille, la place sans poussière, la place du pied dans la sandale, la place de l'oeil dans le cyclone, la place du virage et du pointillé, la place de la virgule, la place de l'ongle dans le prépuce, la place, la place du sang entre les lèvres, la place de la mauvaise note, la place sous les montagnes, la place de la plante morte, la place du chien près du radiateur, la place dans le canyon, la place de la vague et de son flux, la place des livres lus, la place de l'hémisphère droit, la place du lézard sur la pierre, la place de l'immondice, la place du tétin sur le sein, la place des yaourts dans le réfrigérateur, la place du cancre, la place du panda devant les visiteurs du zoo, la place du rythme dans le couple, la place de l'horreur, la place du ciel dans le hasard, la place du colvert sur l'îlot, la place de l'entête dans la lettre d'huissier, la place du silence dans les yeux, la place dans le bus l'été, la place de l'été dans le désir, la place du désir dans la cité, la place de la cité dans les strates, la place de la bouche d'égout, la place de la voix dans le viol, la place du violon dans les publicités, la place des ratés dans la société, la place perdue, la place de concert épinglée dans la chambre, la place des étoiles à la naissance, la place du monde dans ce monde, la place du rasoir dans le verre à dents, la place contre soi, la place devant soi, la place derrière moi.

(c) Milady Renoir

textes

08:39 20/05/2016 | Lien permanent | Tags : textes |  Facebook

17
mai

FB 4 ever

ici, là, oui, je parle de moi, facebook et moi on parle de moi, avec ego et surmoi, cogito ergo sum, sub- et in-conscient, copains comme cochons, nous, on parle de moi, on est comme ça, nous tou-te-s, on évoque sa vie, ses cuisses, son éros, son thanatos, son vis-ta-vie et son vis-à-vis, ses rides et ses bourrelets, vagues à l'âme, oui, ça parle de soi en moi et ça sort de moi en ça, c'est ainsi la vie d'ici, virtuelle assise devant présentielle, y a de l'obsession, bien sûr, assurément, y a de l'addiction, du temps perdu à ne pas écrire, à ne pas contempler, à ne pas faire silence, à ne pas marcher dans la ville, on le sait, on le sent, la nuit, parfois, on a envie d'un mot de passe et du bleu pas Klein pas clean, on pense à ce papyrus infini qui donne du monde, qui donne du leste, des nouvelles légères, des pétitions pour des gens qu'on croisera pas mais qu'on espère sauver, ah oui, bonnes actions en un clic, mais si, c'est de soi qu'on parle quand on fait ça, on précise qu'on existe, on invite aux miroirs, alouette cacahuète, c'est du lien, ici, c'est du vivre ensemble, c'est l'entre-soi qu'on choisit, site de rencontres et de deuils, huggy les bons tuyaux et trolls des montagnes, on se souhaite les dates importantes par murs et par MP, on s'aime quand même, on se parle en vrai des choses qu'on a posté en faux, on dit tout, caca pipi sexy baby, on avale tout aussi, on digère peu, ça va vite, le soi s'en prend plein la gueule, on dit oui à qui veut venir, on accepte, on refuse, on éjecte, on reprend, on s'invite, on cherche la petite bête, on débat ou on s'ébat, on se brouille ou on s'ébroue, c'est de moi de toi de nous d'eux, un monde en soi, avec des limites de l'impossible, société de spectacle et spectacle de société, micro marché et macro cosmos, ici, là, tout le temps, 24/7, 365, archives d'un soi vieillissant, saisi par le froid de l'écran, des nous attendris par chats bébés dauphins humains dans le désordre, strates de soi et de voix, tout est nul tout est bon, on vrille le réel, on crache pas dans la soupe parce qu'on aime ça, on s'aime pas d'aimer ça mais on aime, et on écrira sa propre épitaphe par un statut mortel que tout le monde likera, ça sera comme ça et ça passera.

10:13 17/05/2016 | Lien permanent | Tags : humoeurs |  Facebook

16
mai

pentecôte

ce que c'est de ne pas avoir d'avant, pas une mère vraiment, pas un père pourtant, ce que c'est, c'est une sorte de pointillés des valeurs, de hachure entre je sais et je sais pas, alors évidemment comme tout enfant c'est apprendre des gens toxiques, sentir quelque part qu'ils ne sont pas parents frères soeurs mais s'y accoler quelques minutes années pour sentir la crise le retrait le non à un moment et puis de virages en reculs, apprendre à subsister. lire des histoires des récits intérieurs et étrangers, leur voler les généalogies et les fictions dérogatoires. aux "grands" moments de sa vie, la tentation de rejoindre le nid, le oui, le et si et puis prendre les flèches recevoir les murs et les mots surs. sans croissance ni fenêtre on cherche les gens du banc de remplacement les joueurs en touche. substitutions et projections. qui veut être qui peut être qui saura sera tout ça. cercles vagabonds des miroirs. parades injustes d'attendre tant de ceux qui n'ont pas le même sang... mais âme soeur? ce que c'est de ne pas avoir de lignée, de tracés et de souvenirs changeants. photos figées dans un cadre plaqué or. lien kitsch veine crue. à des moments stratégiques, on joue à je suis, on plait à qui conforte, on donne à qui enrobe. au risque d'étouffer, au risque de se désosser. violences multiples de se cogner dans des entre corps tests. machine à gober. dévorance anti oubli. et puis il y l'après parfois qui surgit. un corps sorti de soi cherchant à dessiner l'arbre l'entreterre. graine de désordre à la recherche d'une logique. pour lui, on simule des vérités des principes des gammes. on se trompe de version, on égare les choix. exprès. invention d'un conte qui tient sa morale dans sa main. recréation des puissances. équilibrage mensonges / réalités. la force est de trouver son chaos valeureux, oui, imaginer Sisyphe heureux. pencher son écriture comme une relecture. valide. sa voix comme antre. son coeur comme cocon. on espère que l'avenir se taira moins. et on tatillonne les yeux moins bandés. 

" Le jour de la Pentecôte, ils étaient tous ensemble dans le même lieu. Tout à coup il vint du ciel un bruit comme celui d'un vent impétueux, et il remplit toute la maison où ils étaient assis. Des langues, semblables à des langues de feu, leur apparurent, séparées les unes des autres, et se posèrent sur chacun d'eux. Et ils furent tous remplis du Saint Esprit et se mirent à parler en d'autres langues, selon que l'Esprit leur donnait de s'exprimer."

— Actes 2:1-4

11:23 16/05/2016 | Lien permanent | Tags : textes |  Facebook

12
mai

Souffle 3.2 - Lecture performée hier soir au PianoFabriek dans le cadre du FiEstival #10 (Maelström)

Le texte "SOUFFLE" était une réponse à l'invitation de la revue PAPIER MACHINE.
Le texte "souffle" a été joué en corps-images avec Nicolas Marchant (qui a travaillé les photos aussi) et mise en page par Paul Marique pour la revue.
textes,agendada,lis tes ratures,luvLe texte "SOUFFLE", je l'aime bien. Je le joue à taux variable.
Il a été écrit pour être déconstruit, réhabilité à toutes les sauces, pour être lu par des gens et/ou par moi selon les états atmosphériques.
Le texte "souffle" prend les teintes de mes humeurs, il s'adresse à la vie que j'ai, il est donc oscillatoire, fluctuant, con et sublime (pour moi), radical ou commun. Souvent, en train de le lire, je pense à ce que j'ai voulu écrire originellement, d'autres fois, j'y trouve des nouvelles correspondances. 

Hier soir, au PianoFabriek, il a été lu-vécu-déclamé en hommage à toute forme de lien mortifère en amour, en sexualité, en lien. La toxicité de la non-réponse, de l'invisible trame que certains jouent pour écraser, vriller, anéantir le désir. Je n'y ai finalement pas mis de prénom ou nom dans mon corps, "ça" a tourné comme ça. Et comme c'était en public et que je me sentais à l'aise, j'y ai ajouté une chute, une finalité pour rire-pleurer-clôturer. 

(merci à Tom Nisse pour l'invitation - merci aux autres poètes (j'étais la seule gonzesse) et musiciens: Omar Youssef Souleimane, Antoine Boute, Tom Nisse, Fabrice Caravaca, Mathieu Gratedoux, Charles Dreyfus, Christophe Manon...)

Ce texte "SOUFFLE" n'est que ce texte réécrit pour hier, dans lequel j'ai glissé in situ des boutades, des borborygmes, des regards, des emphases, des adresses à des corps du public et des coupures pour être totalement là.

La version la plus loyale (mais pas fidèle) à hier:

"

Halète halète toi halète moi une partie de mon corps se détache prends ton temps aspire moi mais ne suis pas maison de paille loup où te crois tu ton haleine de tapir mort ne suffit pas à déporter mes organes en moi t'sais en moi chacune dent chacune mords mors fort t’sais tu cherches aux abois aux aguets dès l’orée t’sais pas comme ça qu'tu vas pénétrer mon corps pas frêle pas brêle ne suis pas petite cochonne t’sais amour suis gourgandine et glorieuse t’sais j’suis plutôt amoncellement de sillons sensoriels t’sais tu as beau être beau t’as beau ouvrir grand ta bouche imiter l’appel de la forêt houuuuuuuuuuuu tes miroirs de l’arme plantés dans ma saphène droite t’sais ma conscience est tendue vers les libertés désolée j’annihile toute géométrie d’écueil t’sais je suis pas un algorithme de l’échec t’sais ah mais ok ok un matin un matin seulement un matin cher loup mon lapin un seul matin ah oui ok un matin tu m’as surprise baudruche boursouflée les ovaires en nénuphars le cartilage autophage en mode tribulations en mode élucubrations d’un mental débordead de type coincé dans un corpus subdivisé mais t’sais t’inquiète pas loup loup si tu y es tu n’y es en fait pas t’sais t’inquiète c’était juste une mise au point (c) Jackie Quartz juste une équation purement éphémère une inadéquation même t’sais un truc on ne peut plus caduque t’sais parce qu’après t'sais dès le maquillage synthétique repouponnant repoumonant dès une cautérisation brute mais spirituelle c’était bye bye la sensation d’érosion bye bye la prise d’otage de la tête et après je suis partie dans la ville dans la vie haleter haleter haleter t’sais haleter à donf' garder la pression vers le haut t’sais retenir le cortex dans une confortable assise j’suis restée en marche le corps en marche t’sais le corps debout nuit debout et matin debout t'sais pour traverser les rues t’sais j’suis bien née t’sais je suis née des pieds à la tête je connais bien mes extrémités t’sais je connais bien le progrès de la marche t’sais et les logiques de survie en milieu hostile t’sais un matin tu me jettes un matin je cherche le fond du ciel mais t’sais après ben après je te pends au pieu t’sais et t’as du mal à remonter monter toujours t’sais tu penses qu’à ériger tes racines qu’à danser ta croissance végétale loup ton Priape généreux de tensions le petit oiseau veut sortir t’sais allez écoute chou tu t’prends pour un clocher d’église pénétrant dieu tu crois que tes bras en croix entuberont des vierges t’sais ta verge dans l’eau bénite ça reste un bois flotté bois bandé de la mer du Nord t'sais tu cherches l’émancipation via la trique et le podium t’sais moi je reste couchée sur l’horizon et les terres confortables j'me fais à l’idée du oui t’sais j’ai déjà vacillé t’sais j’ai beau être vaste la mort n’aura plus rien à aplatir t’sais j’ai déjà eu les nuques tordues dans les terriers j’ai déjà nagé même dans la boue dans l’argile dans les marnes et puis encore matin venant battu c’est le vertical qui l’emporte la gravité ascensionnelle t’sais je suis comme les gens des gens qui marchent certains golems de faïence certains loups à tête de caniches ou à caractère d'épagneuls t’sais ou des gens qui volent sans lever le pied vers le haut les gens ça monte ça descend ça jacasse de ventre à gorge moi aussi je suis les gens je marche à côté d'eux mais je voudrais qu'on fasse autre chose je voudrais qu'on glisse qu'on coule moi je coule souvent pleurs sueurs pisse cyprine prolactine glaire cervical toi tu coules pas assez allez fuis pffffuit vas-y fuis un coup que ça s’échoue autour de nous de toi moi nous ils elles eux on qu’il ne reste que nous toi moi en bas en pleines fuites d’eaux allez t’sais histoire que ça baigne dans le soi que ça suinte que ça exsude que ça s’épanche dégorge ta matière première éjacule tes fondations salvatrices vrille ton expansion sans contours sans arête ni angle ni orifice coule corps loup caniche épagneul donne du plat à ton ego allez t’sais ça sera que d’la coulée d’la lave serre dents fesses mords chavire et lâche conflue pleut pisse dans toute ma gorge au bord de nos corps hop hop hop rien n’est dit qui vient du plus loin t'sais les gens se diront tiens ça monte chez eux mais ça coule aussi tiens c’est bizarre c’est étrange c’est SWAG c’est cool c’est curieux c’est con c’est désir les gens prendront tout au premier dégré mais nous on s'ra au dessus des bombances existentielles en pleines jubilations escaladantes on niera les déclins exsangues t'sais on va s’rejouer la généalogie de la cellule photosynthétique ah t’sais loup regarde un peu le paysage viens loin l’horizon a du bon c’est con un horizon ça se pose pas la question de l’existence ni envers ni endroit surtout pas droit ça continue nous on va plonger allez mets toi tout nu admets toute mon envie d’être là t’sais c’est dingue ce que je déborde d’Eros ma mère disait déjà de moi petite que je séduisais que je voulais vivre face aux gens que je cherchais le regard je sais pas où tu viens toi t’sais mais moi je sais d’où je vais absolument t’sais si je te jure que t’auras beau me faire douter de ma place avec moi derrière moi y a ivresse colère recul gouffre extase avec moi y a de quoi faire et défaire en moi on est nombreux en termes d’armée de la vie viens t’sais loup chavirons je suis le portrait craché de personne ne m’en veux pas je suis pas le vide le trouble t’sais non pas du tout mes mots c'est du pur jus bio de terreau t’sais tire moi le corps étires nos intervalles tu verras je suis en jeux je dis je pars je quitte j’ai le vertige ça m’agace la mouche et la culotte mais c'est parce que ça fait dedans moi des flocons des grumeaux des geysers faut que la pâleur s’évacue dans les artères l'amour c’est une opération chirurgicale t'sais la naturel c’est des couilles la nature tout ça on s'en fout t'sais nous on va s'autodéterminer on est des esprits de lutte des forces coincées dans une arène ça s'ra pas simple mais ça s'ra humain c’est une démarche que d’exister en même temps qu’un autre surtout toi t’as tout pour toi mais t'as rien pour les autres alors t’sais laisse aller le sort de ma langue se faufiler dans ta salive ouvre ta bouche bien grand rond AAAA je vais venir tout pourrir dans ton royaume de la glotte t’sais le chaos c’est bon pour le karma (dédicace aux Saint-Gillois) et moi là je sens que si tu viens pas je vais avoir le sentiment qui se bouche je vais avoir la touffe qui s’effrite je vais avoir la dépouille conquérante t’sais loup c’est un calcul que d’avoir la vie comme chance tout ne sera pas comme avant alors là face à tes poils et ta queue je respire là je vomis ou avale couleuvres mais c'est pour sortir des caves t'sais l’air ambiant c’est le venin c’est l’amour viens loup t’sais je vais couler le cidre dans tes oreilles je vais mater le corps le cul la cicatrice que tu as et es bandons les arcs ciblons fatiguons nos foins nos fougères trompons nos enveloppes alourdies d’existence t’sais fuyons la pestilence de l’usure la déviance de l’habitude rien ne vaut la mort véritable nous obsessions je te souffle amour loup espèce de con redisposons nos organes tourne encore un peu dans mes colons oublie tes ailes archaïques dans mon foie déclame ta fragilité à l’embouchure de mon antre vire à l’absence escamote mon tremplin râle contre la boue collée à mes chaussures fais pas ton Icare imbécile j'ai sucé ton agneau j'ai ouvert mes cuisses vers le ciel nous sommes deux pendants d'une chair atroce vivace nous faisons ce que nous pouvons pour regarder au dessus des grilles dansons joute contre joute t'as réussi ton coup emportée la falaise sous tes ongles tu es debout t’sais cesse de me regarder avec tes yeux prêts à ronger ronge moi et tais toi tes yeux dans mon vivier joue pas l'apostolat de la disparition nous marchons nous courons vers le souvenir de toi et moi je suis euphorique de ne pas savoir qui tu es t’sais retire ton emballage enfile l’émanation sans aval sans aviron allons plutôt bien je te hurle je te jette par-dessus agrafe tes cheveux au pilon la balance des blancs est correcte t'inquiète les orgues jouent du vieux tu gigotes comme un cœur tout juste greffé t’sais j'expectore je remords phase zéro alpha je retrouve ta main sur ma bite tout joue retire le cadenas je vise l'écharde t’sais blasphème juste expier/expulser d'un coup de rein oublier ensuite le sperme qui sèche je respire ton aisselle je gratte je cherche je trouve  t’sais

T'SAIS 

 

 

....

finalement je ne fais pas ce geste pas en fait pas pas cet élan pas le besoin en fait pas l'envie mon sexe fermé t'sais toujours la même chose non en fait c'est écoutilles bouchées l'union fait l'effort mais j'ai pas envie en fait résine solstice musée cérémonie rétention évitement silence lâcher de lest tentative sève souche fissure trêve déchéance inaccessibilité reptation échange anniversaire gâchis vision entreprise deuil vacuité injure compensation détresse velléité doppelgänger âme soeur ta mère virulence rage incompatibilité libation masochisme retrait silence encore potentiel dépression lutte bof entrailles point final ou d'interrogation souffles.

Non, écoute, finalement, je me casse.

© Milady Renoir – souffle revisité le 10 mai 2016

 

09:43 12/05/2016 | Lien permanent | Tags : textes, agendada, lis tes ratures, luv |  Facebook

11
mai

Désobéissance nécessaire de Christine Van Acker

Par Ouï-Dire

La désobéissance nécessaire

On nous répète que nous vivons dans un monde libéral. Et pourtant que de règles et de codes, de répression et d'obligations... La liberté ne passerait-elle pas, à tout âge et en tout temps, par la désobéissance ? Christine van Acker questionne des militants d'hier et d'aujourd'hui sur cette question essentielle qu'il est urgent de poser à nouveau. La désobéissance nécessaire compte trois volets. Dans cette première partie, Christine Van Acker se concentre sur les déclencheurs, intimes ou sociaux, qui décident à se lancer dans l'action. Avec, parmi d'autres, Anne Morelli et Milady Renoir
Mixage : Thierry Van Roy
Une réalisation soutenue par le Fonds D'aide à la Création Radiophonique
 
http://www.rtbf.be/lapremiere/emissions_par-oui-dire?programId=272
 
Les trois épisodes de "La désobéissance nécessaire" seront diffusés respectivement les 23 mai, 30 mai et 6 juin  sur radio Campus, pour commencer : http://www.radiocampus.be/
Et, les 25 mai, 1er et 8 juin, sur la Première (RTBF) dans Par ouï dire, à 22h : http://www.rtbf.be/lapremiere/emissions_par-oui-dire?programId=272

10:42 11/05/2016 | Lien permanent | Tags : lis tes ratures, agendada |  Facebook

10
mai

les pages comparées

il y a deux livres sur ta table. l'un en allemand, l'autre en français. ah et aussi un Petit Robert avec scotch corné, brisures de reliures et pages ébouriffées. chaque ligne de chacune des deux livres est auscultée, tu la suis sous une tranche de revue (Le Point). chaque phrase, chaque fragment pénètre tes tempes. lecture, analyse, considération, ponctuation, décision. c'est bon ou c'est pas bon? je t'ai entendu à plusieurs reprises marmonner non, non, non, pas du tout et souffler aussi, et évoquer entre tes lèvres quelque chose qui n'a de sens que pour ta bouche. je me pose la question de ta question. que fais-tu? cette traduction datant de 1958 est-elle meilleure que celle de 1967? je te demande, donc je te dérange. mais tu dis un peu sans me regarder, parce que les choses sont en cours. ce sera ta question fondamentale pour les deux ou trois semaines (tu évalues ça à vue de nez) qui arrivent. c'est ça que tu fais. chaque matin, dès au plus tôt, tu poses séance ici, dans ce café qui n'est pas que bruit et fureur. ce sera les pages, les interstices, les similitudes. tu t'immisces dans les comparaisons, les variations et vérifies si oui ou non, pour ou contre, avec ou sans. deux "mêmes" livres mais deux objets différents. je suis coite. ce qui m'étonne c'est que tu ne notes rien. que deviennent tes calculs, tes commentaires. tu le dis toi même, c'est pour la forme. pas question d'en faire quoi que ce soit, tu vérifies pour toi. l'auteur est mort ou le livre est commis, de toute façon. puis les traducteurs sont des auteurs libres, des adaptateurs comme tu m'expliques. parfois, on sent qu'ils sont auteurs à la place du calife, parfois tu sens qu'ils sont au service de la langue de l'autre. grand débat de la traduction, lequel on peut transposer à d'autres paradigmes que celui de la littérature. alors ce temps que tu passes n'est pas celui des moines copistes (même si ta tonsure et ton vêtement modeste pourraient évoquer les ordres), des correcteurs censeurs ou des éditeurs scrupuleux, non, ce temps n'est qu'à toi, qu'au temps qui passe et qui s'échappe. et personne ne profite donc de tes recherches. tu t'en fous peut-être de quitter l'ordre des choses, le quotidien et les urgences, les rendements, l'utilitarisme, l'organisation sociale et technique du monde. tu évoques que tes seules emplettes sont des livres, mais la quête est plus complexe, tu cherches les publications diverses, qu'elles soient dans la même langue, en traductions, en rééditions. tu cherches à savoir ce que c'est que le travail de la pensée des auteurs, tu décortiques les intentions, les époques et les courants. tu ne vas jamais à la mer du nord, ni même trop loin de Bruxelles. il y a tant pour toi déjà ici. c'est comme si ta grotte était voûte céleste ou Champs Elysées. peu importe les thèmes des livres, dis tu (je ne te crois pas). l'Histoire, la philosophie, les récits, les sciences ... sauf les biographies qui sont bien entendu trop subjectives que pour jouer à les comparer. tu fais une pause. ton meilleur souvenir si tu veux bien me répondre. une sorte de relecture de Don Quichotte il y a quelques années. tu l'avais lu, quand tu étais étudiant, tu en avais gardé un souvenir dense, lequel s'était figé dans tes références. bien entendu, tu avais lu une traduction, déjà et une version modernisée aussi, mais une énième traduction il y a quelques années t'a été offerte et ça t'a permis de relier Don Quichotte au monde moderne, d'y sentir les paraboles et ça t'a foutu un coup. tu n'en reviens encore pas du talent de Cervantès, de son universalité et de sa "modernité" - (je sens que ce mot t'énerve ou t'angoisse). tu n'écris pas, non, pas la peine quand on lit tant. je te déclare que quand je lis "trop", plus, je n'écris plus, je suis comme imbibée de ce que je lis et du coup, je crains le à la manière de (en toute modestie) mais qu'en même temps lire me rend impatiente d'écrire, me pousse à tisser derrière le livre en lecture un récit rien qu'à moi, un texte que pour le plaisir du texte. surtout que la publication autre que le blog ne m'intéresse pas ou je suis trop impatiente ou trop paresseuse. tu n'écoutes pas vraiment mon bavardage. tu écris "tout de même" des lettres, depuis toujours, à des correspondants et correspondantes un peu partout, des anciens étudiants avec qui tu as gardé contact et des détenus aussi. des gens pour qui la lecture rappelle le monde, quel qu'il soit. et les lettres parlent souvent de livres, hein? non, je projette et romantise. chacune de tes paroles m'atteint. tu es singulièrement étrange, anhistorique et fiction à la fois, anachronique et ancestral en même temps. ton verre d'eau plate est vide, tu suçotes le citron avec entrain. je te laisse replonger dans ta bibliothèque portative. en fait, tu as deux dictionnaires, un Petit Robert sur la cuisse gauche et un Larousse français-allemand sur la droite. tu es logiquement dans ton rituel, ton travail intérieur et je te remercie de m'insuffler, involontairement, un fragment de retrait, un morceau de silence. 

11:49 10/05/2016 | Lien permanent | Tags : textes |  Facebook

9
mai

C.U.M.A.A.I.T au Cocq'Arts Festival (1er juin)

CUMAAIT 3

Taillez tôt, taillez tard !

En 1936, Maxime Gorki proposait à tous les écrivains de décrire un jour dans le monde. Quand le journal Izvestia relance l’initiative en 1960, Christa Wolf répondra à cet appel et continuera, jusqu’à sa mort, à décrire chaque 27 septembre.
S’inspirant à son tour de l’appel de Gorki, le CUMAAIT propose à 6 autrices de décrire leur journée du 18 mars dans un texte de 6 minutes. La proposition est aussi faite à une photographe et à une créatrice sonore.
Au Moyen-Âge, on croyait que le monde avait été créé le 18 mars. En ce jour anniversaire du premier jour du monde, il était suggéré de tailler la vigne :Taillez tôt, taillez tard !

* Fondé en 2014, le C.U.M.A.A.I.T est le Collectif Utopique Militant d’Autrices et d’Auteurs Interplanétaire et Transgénérationnel. Composé de 13 articles, le manifeste du CUMAAIT interroge et répond à leurs besoins. Le CUMAAIT compte actuellement plus de 100 auteurs issus de la Francophonie mondiale.

Artiste: CUMAAIT
Lieu: POLY
Autrices: Céline Delbecq, Natacha De Pontcharra, Veronika Mabardi, Layla Nabulsi, Milady Renoir, Virginie Thirion
Photographe : Alice Piemme
Création sonore : Carine Demange
Crédit : Aurore Merlin 

21:23 09/05/2016 | Lien permanent | Tags : agendada, act-u |  Facebook

6
mai

FiEstival Maelström - d'autres moments dont le jour 3

DAY 3 : Samedi 14 mai 2016

fiEstival 10

ENTRE LES DEUX ARBRES DE L'EDEN, III

Roue des poètes, Banquet des artistes, Big FiEsta et Rassemblement, Slam-Jam finale
Boutique maelstrÖm, piétonnier de la place Jourdan, salle 1900 du Senghor
 

16h00 > La Roue des PoètesEntre les deux arbres de l'Eden
Textes dits en français, néerlandais, italien, anglais, turc, arabe, espagnol, hébreu et albanais...
Plus de 30 poètes pendant 1h30 se réuniront dans une vaste Roue composée de 9 emplacements qui constitueront autant de "stations" pour un itinéraire poétique pour le public circulant d'un emplacement à l'autre. La Roue des poètes aboutit au dixième et dernier emplacement à 18h dans les jardins du Senghor, avec Serge Pey et Chiara Mulas, poésie d'action dédiée à Antonio Bertoli

 18h30 > Banquet poÉthique
Buffet préparé par l'équipe de maelstrÖm et par les artistes et poètes invités, buffet qui bénéficie également d'une participation grandissante des commerçants (restos, snacks, etc.) du quartier Jourdan. Un grand classique et un moment de convivialité.

 20h30 > Méga Slam-Jam Finale
La Slam-Jam, présentée par Milady Renoir (FR-BE), sera lancée par le quatuor Ripostes composé de Mike Ladd (USA)Serge Teyssot-Gay (FR), Michel Bulteau (FR) et Krzysztof Styczynski (FR) qui présenteront en première belge leur livre-CD.
La Jam est également ouverte au public, par inscription sur place ! Avec accompagnement musical par la Troupe Poétique Nomade.

 

 Prix plein : 7€ - préventes et prix réduit : 5€ (Buffet compris!)

 voir le programme complet du fiEstival *10 :

DAY -2

> DAY -1

> DAY 0

DAY 1

> DAY 2

> DAY 4

18:10 06/05/2016 | Lien permanent | Tags : act-u, agendada |  Facebook

FiEstival Maelström - ça pré-ouvre...

FIESTIVAL MAELSTRÖM

 

mer 11/05/2016 - 20:00 > 22:00

Pré-Ouverture du fiEstival maelstrÖm

Soirée en hommage au poète Luc-André Rey à l’occasion de la sortie posthume de Mon pote (l’Arbre à paroles).
Avec Omar Youssef Souleimane (poète en résidence aux Parvis poétiques de Paris), Antoine Boute, Tom Nisse, Fabrice Caravaca, Mathieu Gratedoux, Charles Dreyfus, Christophe Manon, Milady Renoir.
Accompagnement musical par Mathieu Robert et Audrey Lauro.

Tout le programme du fiEstival www.fiestival.net

gratuit

18:06 06/05/2016 | Lien permanent | Tags : act-u, agendada |  Facebook

27
avr

catch littéraire - Lucha Libro - 30 AVRIL

agendada Ce samedi 30 avril, le premier tournoi de catch littéraire aura lieu à Bruxelles : la LUCHA LIBRO.

Au cours de ce tournoi festif, vous verrez s’affronter des écrivains, blogueurs, journaliste, chroniqueuses dans des matchs d'écriture et c'est vous cher public qui déciderez qui remportera cette Lucha Libro.

Catherine Ronvaux : Chroniqueuse sur la rtbf ; Milady Renoir : autrice, conseil littéraire, performeuse ; Baudouin Van Humbeeck : Scénariste, coach, écrivain, éditeur ; Amélie Dewez : auteur, animatrice d'atelier d'écriture, blogueuse ; Nicolas Baras : comédien, journaliste à l'agence Belga, écrivain ; Nicolas Keszei : journaliste à l'Echo, écrivain ; Bill Billobill Bilquin-tintouin : publicitaire, comédien, improvisateur, poète, écrivain ; Marcel sel (écrivain, blogueur, journaliste et chroniqueur);

Samedi 30 avril Le Petit Chapeau Rond Rouge (Etterbeek) 0498 51 35 63

14:04 27/04/2016 | Lien permanent | Tags : agendada, lis tes ratures |  Facebook

Revues Papier Machine, Talweb & Soldes + Lecture soufflée

Jeudi à 18h45 : Lecture soufflerie courte de la bouche-gorge-buste du texte de Milady Renoir(Papier Machine n°1 - Souffle) par Milady Renoir(autrice-performatrice-animatrice d'ateliers d'écritures-lectrice) (Papier Machine n°1 - SOUFFLE).

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Lecture chute de mots dont le début serait Halète halète toi halète moi une partie de mon corps se détache prends ton temps aspire moi mais ne suis pas maison de paille loup où te crois tu haleine de tapir mort ne suffit pas à déporter chacune dent chacune mords mors fort tu cherches aux abois aguets dès l’orée pénétrer mon corps pas frêle pas brêle ne suis pas petite cochonne amour.

mais tout reste à souffler.
 
dans le cadre de:
 
 
Dans la Galerie située au sous-sol de la librairie, trois revues vous invitent à rentrer dans leur page, et toucher du regard des œuvres originales.  TALWEG, Almanach SOLDES, et PAPIER MACHINE optent pour le livre, choisissent la bibliothèque comme territoire de l'art.

— La transrevue TALWEG ne possède aucune contrainte technique ni formelle pérenne. Format, papier, impression, reliure, forment un système architectural propre à chaque numéro. TALWEG est publiée annuellement, éditée par Pétrole Éditions.
Basée à Strasbourg et Paris, la structure conçoit, produit, édite, expose et diffuse des multiples dont la forme et le contenu sont liés, s'apparentant aux « livres d'artistes », en collaborations avec des artistes et chercheurs de tous domaines.
www.petrole-editions.com
www.facebook.com/petroleeditions

— La revue SOLDES navigue dans le chaos de notre ère discount. La meilleure place pour SOLDES c'est l'étagère de vos toilettes. L'almanach paraît une fois l'an quand il est prêt. Derrière une parodie de la grande presse se cache un laboratoire de recherches unique en ses genres : un grand mix entre Sciences Humaines, Arts, BD, Philo, Humour, Littérature et Utopies Réalistes. La revue d'art et d'essais.
L'Interview d'un philosophe de renommée mondiale sera illustrée par un artiste paraplégique talentueux entre une enquête sur le goût des arthropodes et un recueil de poèmes. À lire tranquille.
SOLDES, la revue des ouvriers philosophes et des intellectuels bricoleurs.
http://www.almanach-soldes.net/
http://www.lespressesdureel.com/ouvrage.php?id=4372&menu

— PAPIER MACHINE est une revue bizarre qui ne souhaite rien de moins que de tutoyer les Dieux et rien de plus qu’un bon fauteuil pour s’auto-lire au calme. Partagé entre ces deux aspirations sinon antinomiques apparemment inconciliables, elle compte bien voguer sur la mer du doute et se laisser porter par les caprices d’un mot unique, deux fois par an.
http://papiermachine.be/
https://www.facebook.com/papiermachine.be


Vernissage le 28 avril de 18h à 21h
Ouverture de l’exposition du 29 avril au 22 mai 2016 aux horaires d’ouverture de la librairie, du mercredi au samedi de 10h30 à 19h.
Librairie Peinture Fraiche - 10 rue du Tabellion
http://www.peinture-fraiche.be/

La librairie Peinture Fraîche est spécialisée en art, architecture, photographie, design et graphisme. En plus des nouveautés, l'équipe cherche à proposer les catalogues des grandes expositions des villes de culture, et le plus possible de revues intelligentes et novatrices.
 

14:01 27/04/2016 | Lien permanent | Tags : act-u, agendada, lis tes ratures |  Facebook

22
avr

vous êtes vieux, je vieillis

Monsieur,  vous marchez doucement, parce que votre corps est doux, calmé par les années. Vous entrez et vous prenez le temps d'arriver sur la chaise, en la levant doucement plutôt que la traîner. Monsieur, je suis assise à quelques centimètres de vous à présent. Nos cafés se vident. Nos mains font les choses qu'elles font. Votre oeil gauche pleure, d'une allergie, d'une maladie, d'une sensibilité, d'une vieillesse. J'ai le nez qui coule, narine gauche. La musique nostalgique ne nous touche ni l'un ni l'autre. Les sons ne sont pas amis ici. Criards feulements et voix hautes. Votre peau est translucide. Je vois vos veines peiner à faire passer le flux. Des marques brunes et des petits sillons. Vous avez gardé votre manteau. Vous avez gardé votre corps. Je sens votre propreté et votre âge à la fois. Vos gestes sont habitués aux petites choses. Votre pardessus noir, votre pantalon à pinces, vos mocassins bruns. Seul votre pull-over permet d'entrevoir la fatigue. Vous me demandez si j'habite près d'ici. Non, je suis d'un peu plus loin que d'ici. Vous aimez dire juste après que c'est votre quartier. Les coins, les pavés, les échoppes, les croisements appartiennent à votre histoire, depuis 76 ans. Des amours, des amitiés, des incivilités, des déceptions, des promesses, des ruptures, des habitudes. Chez vous, en quelque sorte, c'est l'appartement et le quartier, ce fragment de cité et les regards qui vous voient chaque jour peut-être. Vous ne mettez jamais de sucre dans le café, vous aimez le chocolat noir de côte d'or mais ne rechignez pas sur le Dolfin. Vous aimeriez qu'il fasse beau demain car vous recevez un ami et iriez bien en terrasse. Vous avez une vie remplie, je vois la mienne dans vos mots. Elles ne sont pas soeurs, non, elles sont lointaines, peut-être mais votre âge me rend soucieuse. Quand perdrais-je la parole? Quels yeux me feront foi dans 35 ans? Quelle musique suivrais-je dans la rue? Qui comptera mes veines et mes rides? Quel fils-homme sera devenu mon "petit" ogre blond? Vos gestes sont doux, pas lents ou calmes ou tout ça. Le temps est avec vous, à ce moment. Je vais aller m'assoir à un bureau, engager des choses, compter mes heures, avaler un sandwich ou une salade, penser à l'une, aimer l'autre, danser dans mes nerfs, vouloir l'ailleurs, scander une peur, vivre dans ma culotte, dépenser du temps de ma vie à venir.
Je vous salue doucement, mon sourire vous influence. Vous me complimentez. Vous regardez même mes formes ou mon corps ou mon âge ou mon allure. Il n'y a rien d'autre à faire que vous écrire cette impression.

 

11:15 22/04/2016 | Lien permanent |  Facebook

21
avr

pli-s

les interstices sont ces plis ouverts vers l'infini. le geste de plier sa vie impose les coulisses, l'arrière pensée, le double jeu. et le mouvement haut-bas, gauche-droite, avant-après. roues et grilles. chaque pli dans le corps et dans le lit précipite le silence. d'abord, le pli est une coupure, un indice-scission, une rupture. il tue la durée et et sa zone de confort. il tue aussi le rythme imposant lourdeur et destin. le pli est des virages que le corps investit. le pli est nid, source, creux, sexe, désir. qu'il soit involontaire ou déclaré, il fait attendre le corps, il lui demande de cesser ce qu'il faisait (dépérir). des gens tueraient pour un pli, d'autres se tueraient pour leur échapper. c'est aussi une question de feuilletage. d'années en nuits, le corps féconde un rôle, un récit, des faux semblants et toute parole s'encombre de ne plus heurter, de ne plus risquer, de ne plus convaincre. avant ça, c'est encore du trouble. les plis comme passion et fiction. à un moment, les plis s'amoncellent (de toute façon). du plâtre mouillé, de l'aliénation, de l'immuable et de l'ombre. aucun sens d'utilisation, aucune pénétration sans amertume, aucune verticale. c'est ce corps plié mais sans dimension qui meurt. puis la ligne émerge, unique et triste. on signe (après quelques heures déjà) d'un X sur la stèle. et la nature - qui n'est que plis, elle - recouvre tout.

 

jenny holzer madness.jpg

15:22 21/04/2016 | Lien permanent | Tags : humoeurs, textes |  Facebook

18
avr

atta me

touch me, touch me, I wanna feel your body...

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23:53 18/04/2016 | Lien permanent | Tags : luv, humoeurs |  Facebook

ben si

23:31 18/04/2016 | Lien permanent |  Facebook

une femme qui (ne) dort (plus) (hommage à G. Perec)

tu regardes les corps émergeant des trottoirs. tu les vois jaillir en fantômes et en chairs. tu te demandes s'ils jouissent souvent, s'il attendent la mort, s'ils croisent leurs luttes à chaque pas, s'ils investissent l'élan plutôt que la chute. tu mets ton corps en distance pour éviter la collision, pourtant chaque mouvement te fait viol. tu les sens avoir le but, avoir le choix. et toi, tu vacilles entre les lignes. tu traverses une rue, tu sens les regards des automobilistes qui ne te regardent peut-être pas. tu attends les signaux de fumée. tu cherches une bouée, un balise. tu entends une conversation absconse sur des séjours à l'étranger où le monde serait différent. tu acquiesces aux douleurs de tes pieds, de tes reins, de tes côtes. tu percoles les années d'hier. tu te demandes s'il y a quelqu'un qui te prêterait écoute, épaule au milieu des marches. tu te demandes si l'errance est encore possible dans une ville. tu as arpenté cette ville en compagnie de gens plus ou moins aimés. tu énumères les étapes de ta pensée. à voix basse pour le monde. à voix haute pour ta peur. tu avances encore un peu parce que tu as un RDV. tu conçois que ce n'est jamais important. ce que tu vis n'est rien ou moins que possible. tu abats la matière noire à coups de bruxisme. tu attends une surprise, du sol ou du ciel. tu traverses une autre rue sans regarder à droite ni à gauche. tu vois les déchets au pied des arbres. tu vois les déchets à tes pieds. tu sais les restes involontaires des amours. tu sais qu'à aucun moment tu récupèreras ta langue. tu attends que le feu verdisse. tu prends ton rôle de piétonne très au sérieux. tu arpentes. tu arpentes. tu attends qu'un mur te convienne. tu t'arrêtes devant. tu ne lèves plus la tête. c'est un chemin comme un autre. ça, tu le dis au dedans de toi pour consoler ton néant. tu fais demi-tour. tu ignores la nuit tombée sur ta tête. il y a peu de chance pour que tu retrouves tes marques. mais c'est sûrement mieux vu comment les empreintes t'ont fait peur récemment. 

 

12:24 18/04/2016 | Lien permanent |  Facebook

13
avr

darklyricscomewithmilkchocolate

Don't find me where I'm lost.

 

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23:45 13/04/2016 | Lien permanent |  Facebook

la véritable histoire de Maggie The Cat

J'habitais un squat avec 4 cuistots napolitains dans d'anciens bureaux au dessus de la station de métro Stockwell. Je bossais de nuit dans un resto-bar homo de Soho. J'y étais cheffe de rang et assistante sociale bénévole pour abonnés des fins de soirées déplumées. Des clients étaient Kate Moss, Carla Bruni (pré-chirurgie - pré-Sark(ap)ozy), l'égérie mec d'Hugo Boss (Werner Schreier), Etienne Daho, Patrick Juvet et sa maman (elle habitait South Kensington) et quelques autres personnalités "hype" des années 90. Un jour, le plafond du resto s'est effondré suite à une fuite d'eau tsunami des cuisines situées au premier étage. Des clients en descente d'XTC et autre substances (dont les Dandy Warhols cette nuit-là) continuaient à manger de la fusion food et des cocktails crétins en trouvant les trombes d'eau et les pals décalés des ventilateurs en train de vaciller hyper cool. Après l'évacuation et la fermeture par les deux patrons défoncés à la coke, trouvant les firemen so sexy so kinky, je suis rentrée chez moi à l'aube. Chômage technique et gueule de louve. Créatures nyctalopes, rues enflées, jambes et âme lourdes. Je marche de Soho vers le sud. Quand j'arrive devant chez "moi", une vieille voisine vivant entre rue et council flat (HLM) me donne une boîte à chaussures dont des pattes rousses débordent de chaque côté. Dedans, Tiger, mon jeune chat fou et drôle, froid comme un gant sur le bord du lavabo, raide comme un Y. Elle n'a pas trouvé de carton assez grand. Sa gueule écrasée-aplatie mesure le choc. Un camion l'aurait buté la veille, Georgia a vu la scène, a même entendu le crac mais elle n'avait pas les bonnes lunettes et n'a pas pu noter la plaque. Elle avait mis Tiger dans son frigo en m'attendant, pour pas qu'il sente la mort. Belle attention. Aube orange. Poils roux. Rire jaune.
Je prends la boîte à chaussures Marks & Spencer, le petit ruban que Georgia a passé autour de la boîte se défile sans cesse. Je vais l'enterrer à Holland Park, mon repaire sérénité où le garçon doux et coursier fou que j'avais tant aimé donnait des cours de tennis à de vieilles bourgeoises iraniennes imbibées d'ennui, d'or full carats et de Guerlain. 
In the underground, les gens entre City et shopping déjà s'embarrassent peu de mon allure post-apocalyptique, de mon chagrin et de mon chat-roux que l'odeur de mort a fini par engloutir. Il a plu, heureusement, l'humus est plus simple à creuser. J'ai pas de pelle. Je refourgue le bon compagnon à la terre, fabrique un petit fétiche natures & découvertes fait avec des machins trouvés dans le parc. Je dégage la boîte et le ruban dans une poubelle. Lapins, renards, écureuils gris, joggers, gamins en uniformes, vieux classieux. Clichés réparateurs.

Métro dans l'autre sens. Bondé. Je sens le chat roux et sa mort et la nuit vieillie et le besoin de lit. Une envie de lait frais, entier, cueilli du matin. Je passe par le newsagent pour choper une petite brick courte sur pattes, de celle qu'on engorge en deux trouées. Un peu de pain de mie pour tremper l'estomac noué. Breakfast pas at Tiffany's.

Je ne peux pas entrer, une femme colle une affichette sur la porte vitrée remplie de small ads du quartier, de babysitting à ménage, de bricolage à petites ventes pour finir les fins de mois. Les crack men du quartier tiennent déjà le mur. Sourires de manques, yeux blancs, mains sèches (la vaseline sert aux shoots pas aux phalanges craquelées). J'attends.
Sur l'affichette, une photo de chatons, 4 ou 5. Une chatte parturiente sous un flash de photo dans une boîte-lit- couche-coussin d'allaitement. "Kittens to give away. Half mainecoon half tortoiseshell angora for the mother. Unknown dad. Available now." La femme me laisse passer. Je demande si je peux venir chercher un des petits. On y va. En 9 minutes, j'ai un nouveau chat. Calfeutrée entre mes mains. Elle sent le lapin. Enfin, il sent le lapin. La femme m'a donné un mâle. Les femelles étaient réservées. Je le nomme Mowgli. 

Je rentre. Nous rentrons. Les cuistos encore au lit. Restes de Fiesta n' Coke dans le salon. Trous de boulettes dans la moquette. Frigo vide. Rideaux troués. Sauce tomate de la pasta du sol au plafond, sans rire. Envie de tout récurer, ma vie comprise.

Je place Mowgli près de mon lit. Nous dormons de suite. Après quelques jours, la vétérinaire m'apprend que Mowgli est une femelle. Ok, Maggie The Cat alors. En hommage à Maggie Simpson ET Maggie Thatcher - si vous connaiss-i-ez Maggie The Cat, vous savez pourquoi.

Maggie a vécu partout avec moi, avec d'autres, d'un squat dans d'anciens logements des gardiens de prison dont le chef de squat auto-proclamé proprio (faux) surfait sur un 45T de heavy métal qui avait fait les hits en 88 avec son groupe Screamin' Jesus aux cellules minimalistes d'un hangar squatté sur le mont de Brixton habitées par des paumés cachés du genre une chinoise sans papier qui remuait des sacs en plastique toute la nuit et un fou de dieu jamaïcain qui se faisait des pâtes chinoises déshydratées spicy chicken en chantant OH LORD avec un lecteur de K7 autour du cou et un marocain sorti des geôles de Hassan II avec des couilles cuites, en passant par une maison habitée par un travesti aborigène qui venait de perdre sa mère et qui portait amoureusement ses blouses en lycra fleuri en se puffant de poudre blanche (cosmétique cette poudre là) dans sa barbe rugueuse et qui me glissait des fausses déclarations de police m'accusant de tous les torts pour m'éjecter (et me remplacer par mon mec de l'époque qu'il prenait pour un prince libanais).

Maggie les a tous vus, tous connus. Les garçons et les filles de ma vie, les cartons et les sacs de lieu en lieu jusqu'à sa (dernière) demeure, ici, à Bruxelles. 19 ans de baroudage et de petits échecs et de grands câlins. 
Maggie est née le 14 avril 1998. Et c'est pas fini.

Ce soir, elle a reçu son plat préféré et un câlin du président de son fan club, lequel hésite encore entre l'empailler (lui-même) ou l'enterrer dans notre jardin quand elle sera morte.
Finalement, on a décidé qu'après l'anniversaire de 19 ans, elle devenait immortelle.
Gloire à Maggie, prosternons-nous.

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22:10 13/04/2016 | Lien permanent | Tags : act-u, family tree |  Facebook

11
avr

va et vient et va t'en et reviens et va et deviens.

Marion Fayolle coquins-train.jpg

(.)

 

23:10 11/04/2016 | Lien permanent | Tags : humoeurs, luv |  Facebook

Tea for Two and Three for too.

d'Allen à Pete

"20 janvier 1958

Cher Pete,

Ô mon Cœur, Ô mon Amour, tout se change soudain en or ! N’aie pas peur, ne t’inquiète pas, la plus étonnante et la plus belle des choses vient de se produire ici ! Je ne sais pas par où commencer, mais le plus important d’abord : quand Bill [nb. William Burroughs] est arrivé, j’ai pensé, nous avons tous pensé, qu’il était le même vieux fou de Bill, mais quelque chose est arrivé à Bill depuis qu’on l’a vu pour la dernière fois. Je ne l’ai pas réalisé le premier jour, ni le jour d’après que tu sois parti, mais la nuit dernière nous sommes restés debout jusqu’à 3h du matin à parler, comme toi et moi nous parlons, pour tout mettre au clair. Nous avons commencé par nous disputer en ne nous comprenant pas, comme d’habitude, j’avais peur qu’il vienne réclamer mon attention maintenant que tu étais parti, il avait toujours cette figure impassible comme Sherlock Holmes, je me disais qu’il torturait encore des chats, qu’il était inquiet, dépressif. Je me suis assis sur le lit et j’ai pleuré en réalisant que tu étais parti et que j’étais seul dans cette situation misérable, je me suis même défoncé au T ce qui a empiré les choses. Francine est venue lorgner sur moi et elle a essayé de me grimper dessus, j’étais au bout du rouleau et je suis tombé sur le lit dans un silence terrifiant. Puis on a frappé à la porte (ça s’est passé il y a deux nuits, samedi soir), et Gregory est entré avec de super journaux allemands (j’y reviendrai). J’étais tellement content de le voir, il m’était si familier et rassurant — le seul qui restait du moment où on était ensemble ici, quand tu étais encore là. Je pensais qu’il me sauverait des chagrins sordides causés par le Satanique Bill. Mais la nuit dernière, Bill et moi nous sommes enfin assis face à face autour de la table de la cuisine, nous nous sommes regardés dans les yeux et nous avons parlé. Je lui ai confié mes doutes et mes misères, et il s’est transformé en Ange sous mes yeux !

Que s’est-il passé pour lui pendant ces derniers mois à Tanger ? On dirait qu’il a arrêté d’écrire et qu’il s’est assis sur son lit tous les après-midi pour penser et méditer seul, en arrêtant de boire, et qu’il a enfin fait le point sur sa conscience, doucement et de façon répétitive, pendant plusieurs mois — conscience d’un « sentiment bienveillant au centre de la grande Création ». Il semblait avoir eu, à sa manière, cette chose qui m’obsède tellement chez toi et moi, cette vision d’une tête paisible, emplie d’amour. Puis doucement, comme une révélation, il m’a dit que ça lui donnait le courage de regarder toute sa vie, moi, lui, de manière plus impartiale — il avait fait une grande introspection. Il m’a dit que son voyage à Paris, ce n’était pas pour réclamer mon attention mais juste pour me rendre visite et pour voir un psychanalyste pour débloquer ce qui restait coincé, etc. Nous avons parlé longtemps, établi un échange formidable, très délicat, j’en tremblais presque, un échange qui ressemblait à ceux que nous avons, mais pas sexuel. Il a même commencé à creusé dans mes sentiments à ce sujet, à voir si j’en avais envie, mais comme je ne voulais pas, il a complètement arrêté de me mettre la pression pour coucher. Tout le cauchemar s’est dissipé dans la nuit, je me suis réveillé ce matin avec dans mon cœur un bonheur suprême, libre et heureux : Bill est sauvé, je suis sauvé, tu es sauvé, nous sommes tous sauvés. Tout n’a été que ravissement depuis ; ma seule tristesse est que tu sois parti inquiet quand nous nous disions au revoir, et que nous nous sommes embrassés de façon aussi maladroite. J’aurais aimé te dire un au revoir plus heureux, sans les inquiétudes et les doutes que j’avais dans ce crépuscule poussiéreux quand tu es parti, j’aurais aimé que tu puisses entendre la conversation, y prendre part. Je suis sûr qu’à l’avenir quand tu reviendras, il n’y aura plus d’anxiété entre toi et Bill, avec toutes ces choses dont il s’est débarrassé. Le premier jour ici, entre nous, quand nous étions tous les trois, Bill était très hésitant et pas sûr de lui, il n’avait encore rien avoué, il doutait peut-être encore mais il savait au fond de lui, alors que nous l’ignorions toujours, que tout irait bien. Mais il était encore trop renfermé pour savoir comment clarifier la situation, et je sais bien que maintenant il va bien, et par conséquent je me sens comme un million de colombes. Le comportement de Bill a changé mais c’est moi qui me sens le plus changé, de gros nuages se sont dissipés, comme quand toi et moi nous échangeons, et bien notre échange est resté en moi, avec moi, et plutôt que de le perdre, je ressens quelque chose du même ordre que ce qu’il y a entre nous avec tout le monde. Et toi ? Qu’est-ce qui se passe au fond de ce cher Pete ? J’ai lu tes poèmes à Bill, je les écrirai et te les enverrai bientôt, tout va tellement vite. J’ai l’impression que je n’arrive pas à écrire droit.

Tu vas bien ? Écris-moi des lettres joyeuses, ne sois pas triste, je t’aime, rien ne peut changer l’amour, le bel amour, une fois qu’on le possède. J’ai pleuré l’autre nuit en réalisant que tu étais parti, pensant que l’amour partirait avec toi et que je serais seul, sans connexion, mais désormais je vois que Bill est vraiment sur la même longueur d’onde que nous, et je commence à me sentir connecté à tout et à tout le monde, l’univers semble tellement heureux. J’ai couché avec lui l’autre soir, pour être gentil, sur de la camelote, avant que lui et moi ne parlions. Je l’ai pris avec douceur, comme toi avec moi l’autre fois, mais après notre discussion et notre nouvelle entente, il n’est plus besoin de ça, on s’entend sur un plan non-sexuel. Peut-être plus tard, si on déborde on le refera, mais il n’a plus besoin de moi comme avant, il ne pense plus à moi en tant qu’amant intime futur et partenaire sexuel permanent. Peut-être même qu’après les difficultés, il reviendra aux femmes. Nous avons dormi dans des chambres séparées hier soir, tous les deux heureux, et pour la première fois j’étais seul dans mon lit. J’étais heureux, tu me manquais (je me suis même branlé). Bill m’a réveillé ce matin, nous avons pris un petit-déjeuner joyeux, on a parlé de nouveau. Notre échange est réel, le changement de Bill est réel, et moi aussi j’ai changé, je ne suis plus suspicieux et inquiet pour lui, il ne touche même plus au chat.

Je continue de garder ton calendrier. Bill t’acceptera, n’aie plus peur. Souviens-toi que la Nature est vraiment bonne, qu’elle t’aime. Il commence à devenir aussi bon que toi et moi quand nous sommes au meilleur de nous-mêmes et que nous ne sommes pas inquiets. Il m’a dit qu’il sombrait et qu’il était irritable quand nous étions tous ensemble à Tanger — le doute et le manque de communication que ton départ avait créés planaient peut-être encore sur nous, mais c’est tout à fait résolu maintenant, tu peux dormir d’un sommeil paisible et plein de rêves. La vie est si belle, et le mieux dans tout ça c’est que Bill en est parfaitement conscient. […]

On a eu une grande discussion avec Bill sur les moyens qu’on pourrait mettre en œuvre pour étendre la félicité de l’amour aux autres et propager la connexion qu’il y a entre nous (je lui ai dit qu’on avait essayé de le faire avec lui à Tangier, même si ça n’avait pas marché), sans sacrifier notre intimité. Nous règlerons aussi ce problème avant qu’on en ait fini. Je me sens tellement bien aujourd’hui que ça ne semble pas difficile. C’est juste qu’il n’existe pas beaucoup de gens qui ont expérimenté la liberté que nous connaissons. La lettre de Jack d’aujourd’hui était sympa, et plus amicale, même si je pense qu’il est encore empli de doutes et de secrets, ou qu’il ne connait pas ce que nous connaissons, ou je ne sais quoi. Mais tout se changera en or plus tard et nous lui dirons les choses clairement à lui aussi, la prochaine fois qu’on le verra.

[…] Comme je te l’ai dit, on se voit dans 6 mois. Tu vas bien ? Écris-moi aussi vite que tu peux. J’ai peur que tu sois malheureux et qu’il y ait trop de problèmes qui t’attendent à NY. Ça va être difficile d’aider Julius. On verra ce qu’on peut faire. Mais ne laisse pas ton tendre et doux Pete être rongé par l’inquiétude. Je serai toujours avec toi, et il en sera de même des arbres, et de tous les arcs-en-ciel et des anges au Paradis qui chantent les dernières chansons de cow-boys enjouées en nous regardant de leurs yeux brillants.

Dis à Lafcadio d’arrêter de se prendre pour le Christ de Mars et j’arrêterai de me prendre pour le Christ malheureux de la poésie. Plus de crucifixions ! Pensées à ta maman et à Marie.

XXXXXXX. Comment se porte le navire ? Ne monte pas trop à cheval. J’ai arrêté le T pour de bon ; c’est une déception, je ne veux plus avoir de mauvais trips. Bill fume moins aussi. Mais ça dépend des gens avec qui il est. Black Mountain Review est sorti, Creeley l’a édité — tu peux te le procurer à la librairie de la 8ème rue, et éventuellement m’en envoyer un exemplaire.

Avec amour,

Allen (avec ton stylo vert)"

ou

d'Edith à Marcel

"Vendredi 3 juin 1949

Toi, mon chéri !

Quelle belle lettre j’ai reçue ce matin ! Jamais tu n’en as écrit une aussi touchante. Tu sais si tu es heureux d’être aimé de moi, crois que moi, je suis fière de l’être de toi. Tu es si merveilleux, tu as le génie d’un boxeur mais tu n’en as pas la mentalité. Tu es si beau dans ton âme. Oh chéri, tu ne peux savoir depuis que je te connais, combien j’ai changé ! Si j’avais encore quelques mesquineries au fond de mes pensées, tu les as tuées. Je ne pourrai plus être moche. J’admire tellement l’homme que tu es, mon chéri. Tu ne peux savoir tout ce qui se passe en moi depuis que j’ai ce grand bonheur d’être aimée de toi. Tu m’as rapprochée de Dieu et je n’ai qu’une envie, c’est de te ressembler, avoir ta simplicité et ta grandeur morale. Voilà ce que je souhaite avoir pour être entièrement digne de ton amour. Mon aimé, si tu savais, oh oui, si tu savais comme je t’aime. Je ne trouve jamais rien d’assez beau pour toi. Tous ceux qui te dont du mal, je les hais, « moi qui n’ai jamais haï personne ». Je te veux riche et heureux. Pour le bonheur, fais-moi confiance, je ferais n’importe quoi pour toi. Je t’aimerais n’importe comment, même assassin. Oh oui, je suis capable, si un jour tu avais des ennuis, de les partager en entier avec toi. Je quitterais tout pour toi, je renierais tout pour toi, je ferais n’importe quoi d’impossible, en un mot je ferais tout, absolument tout pour toi ! Comment es-tu physiquement ? Et moralement ? Je t’attends mon amour, reviens-moi vite que je te chérisse comme j’en ai envie. Je suis tout ce que tu as envie que je sois. Je t’aime, je t’appartiens à toi pour toujours si tu le veux. Amitiés à Jo et à ton frère. Momone t’embrasse et moi, mon amour, je fais exactement ce que tu as envie que je fasse. Tu es ma vie, mon souffle, tu es tout, tout. Je t’aime. Moi.

Édith Piaf"

 

?

23:06 11/04/2016 | Lien permanent | Tags : humoeurs, luv |  Facebook

23
mar

les micro réparations, la vie dans les interstices...

aller au café l'Espérance et ignorer des journalistes qui cherchent la petite bête le p'tit scoop la parole sensationnelle qui sait? saluer les voisins avec qui on échange deux mots en français turc arabe roumain bulgare albanais truc maroxellois polonais flamand bobo pauvre machin européen oriental perse bidule hein? remercier pour les bonbons et les 5 euros filés à Cassius (sous angine) avec un "bonne chance" du monsieur à la chapka et au complet veste qui boit son café chaque jour là et qui a les yeux tout tristes ce matin tristes hein? et croiser les dames de la Maison des Femmes et évoquer les droits les femmes les choses de la vie les prises de conscience près du restaurant social Sésame qui est blindé de gens à côté du parc rasquinet avec le mâchicoulis hein? tenter de retrouver une forme de langue intérieure avec un psychisme atténué avec colère doute survie et recherche de sens tout ça emballé dans un sac poubelle qui traîne dans Bruxelles toujours belle? rentrer à la maison ouvrir des mails saisir les choses évidentes et tenter de faire ce pour quoi on est payé penser aux ados et aux adultes et aux enfants mélangés dans la mouise du monde entre frontières crues et états-nations trop cuits et sentir l'émergence des suffisances et des indifférences chercher le réveil pour décaler l'endormissement écrire un statut facebook comme athanor réceptacle vide grenier crachoir à balais gueuloir écho vide néant à écran plat et puis divulguer ses états émotions intestins égoïstement viscéralement à brûle gorge et étau tête vagabonder entre SMS paroles (oui papa tout va bien) et fils qui voudrait que Batman règle tout ça marathon des suites et fins et visages des gens morts dans chaque chewing gum sur trottoir empathie radicale envers les mères les pères les frères les soeurs de ces garçons foutus de ces ceintures noires ? sentir le rétrécissement des diaphragmes et des cornées et des libertés (y en avait?) visiter la frise des attentats d'Egypte au Mali de Côte d'Ivoire à Madrid ah oui "j'avais oublié Madrid" de Turquie et là on dit attentat alors qu'en Syrie en Afghanistan et d'autres mille pays on dira guerres attaques ciblées avec des mots des colonies de suprématies de "bons" droits et bonnes lois messieurs-dames couper la télé réalité et chercher la fiction dans une BD de Joann Sfar dans un folio de Lucien Suel trouvé dans une donnerie embrasser un grand garçon même s'il est trop compliqué faire des crêpes crasse avec du chocolat avec ou sans huile de palme et ouvrir la bouche pour (...)*
 
(à vous de remplir non pas la bouche mais l'interstice-gouffre).
 
 

La_grotte_ermite_étude 5 - Fabienne Verdier.png

Art by Fabienne Verdier - Étude n° 5 pour La Grotte de l’ermite, 2011

14:04 23/03/2016 | Lien permanent | Tags : humoeurs, act-u, luv |  Facebook

20
mar

Résumé de la 50ème soirée filles avec un cerveau (chacune) du 18 mars 2016

11 ans - 50 soirées - Environ 800 choses partagées en plus des mets et des breuvages - peut-être 350 filles-femmes venues - participantes âgées de 4,5 ans à 86 ans - diverses nationalités, cultures plurielles, lieux tendres, tièdes ou émus... et des cercles qui circulent, entr'ouverts, refermés...? Peut-être des redondances, des inconsistances et des inconvenances. En tout cas, une épopée féminine qui va encore se perpétuer.

  • Claire : Cervelle (nourriture pour femmes et chien mi-loup gawou) - Pêche au chalut - crevettes grises (pelage)...
  • Margo: Une histoire d'amour en Pologne autour d'un arbre... Chaga Power. Au bouleau!
  • Béatrice: chant de corps et de coeur...
  • Geneviève: Spectacle colon(ia)scopie  - ménagères et anciennes "manières"...
  • Marie: bonheur d'en être - interventions et intérêts...
  • Emma: de la solitude féminine, de la solitude des mères "seules", de la solitude du prince charmant, aussi... 
  • Anissa: Find my love... chant de midinette à trac et sans bile
  • Virginie: Le cake le plus vegan, le plus local, le plus "pur"... huile de sésame, graines de lin, farine d'avoine, yaourt soja EU, zeste citrons, courgettes, sirop de riz, fécule de maïs, poudre à lever homemade... goût inimitable.
  • Deborah: cours d'auto défense féministe (asbl Garance) et défilé de mode
  • Nathalie F.: expo en cours à la Villa Empain - art abstrait coréen...
  • Nathalie C.: Le rangement selon la méthode Marie Kondo... (après les vêtements, les ustensiles de cuisine... et les sex toys?) et les tutus de communiante des tiroirs.
  • Sophie: désir, beauté, corps, miroir, talons, désirs.
  • Delphine: acheter un hijab, le porter, attendre des effets (rires compris)... 
  • Amélie: Du doute et des certitudes - argumentation, convictions, valeurs...=> communication non-violente/BrainGym/EMDR/... + Ito Naga: JE SAIS.
  • Milady: Babayaga éternelle... et qui serons-nous à 85 ans...? Qui sont nos vieilles? Thérèse Clerc, insoumise mise à nue. (moment d'Elisabeth Schneider)
  • Kate: le roman sans nom ou Boulevards tout à fait? + procrastination mon amour.

 à la prochaine, en mai, dans un lieu d'une d'entre elles encore à confirmer...

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22:19 20/03/2016 | Lien permanent | Tags : girlz |  Facebook

18
mar

Emile, ce Grand Père

enfant de campagnes, garçon sans école, marcheur sur les terres de mâche-fers de glaise et d'étangs, oeufs de grenouilles et lance-pierres, paysan sans terre dont la mère chante d'en haut du village jusqu'en bas et dont le père Aimé est l'taiseux aux yeux mouillés bleu ciel, culture d'une-beigne-ça-tue-personne, pas soldat mais pompier qui monte à Paris avec sa femme (mariée dans une grande ferme avec jeunes mariés volés dans la nuit pour noces et rires), allez, vous montez à Paris, 3 oranges et du brie chaque midi, elle enceinte accouchera d'une prémat' en carences, blindée de maladies qui sont encore là aujourd'hui, de conciergeries en petits Viniprix, des rires encore car toi, enfant de campagnes sans école, tu taquines, tu chipotes, tu aimes taper sur tes cuisses, tu es belle gueule, ton corps est robuste, tu aimes Lino V. et Jean G. et Fernandel et Bourvil, tu as un jour prétexté un incendie pour choper Joséphine Baker dans tes bras et la sortir en bikini bananes sur le boulevard, on dit aussi que tu as brisé le coeur d'une des Soeurs Etienne, en vogue, tu étais le pompier de service du Cirque Médrano. Ta femme (que tu regarderas pendant 53 ans et même que tu la remarieras après un vol de Concorde pour les noces d'or) et toi vous aimez les gens qui ont la classe (bourgeoise) d'au dessus de vous, ça vous attire et ça vous "monte", elle, orpheline de mère et fille de batelier-résistant, vous êtes aimés pour votre pugnacité, votre rigueur, vous bossez grave et on vous propose la gérance d'un grand café parisien, dans le 15ème, puis dans le 17ème, puis dans le 18ème, puis.. ça grandit, les clients vous disent un peu parents, dans vos lieux, les courses de caisses à savon, les batailles d'orange, les déguisements, les caissières et serveuses que vous aidez à sortir de la mouise, et vous aimez le Paris sauvés des nazis, la Mouffetard, vous logez derrière PolytechniK et vot' fille nommée comme une héroïne des misérables matera les jeunes cons expérimenter les corps par la fenêtre. Le jazz vous vous ne foutez, mais la musette et la java, ça vous va, vous dansez la valse à l'endroit ET à l'envers. Mille animaux sont compagnons, pigeons, lapins, tortues, mainates, perruches, même un caméléon crame un jour sur la cuisinière à bois (reste collé), des bergers allemands, des chats roublards, des Citroën (après Panhard et autres voitures gaullistes), et toi, tu décortiques tout, les postes de radio (comme ma chaîne hifi achetée avec mon premier salaire que je vais retrouver un jour TOUTE démontée car tu voulais voir comment c'était fait), tu tires les feux d'artifice des villes et villages qu'on connait, tu chasses, pêches, tu répares les armes, tu collectionnes les livres de guerre et les revues de nature et jardins, tu plantes des cosmos et des glaïeuls pour plaire à ta colonelle, nous, on élève deux chouettes hulottes avec de l'onglet de cheval quand j'ai 8 ans, j'amène un marcassin dans ma classe de CE2 et je le nomme Géo, y a ton cigarillo SENORITAS à ton bec tout le temps, y a les chiottes que tu occupes mille ans en faisant des mots fléchés de télé 7 jours, y a l'odeur de ta sueur dans tes cottes, et tes bretelles que je défais par jeu, y a le tuyau d'arrosage prêt à tirer ou le coq que tu tires jusqu'à ma chambre d'ado pour me réveiller de mon sommeil lourd d'ado, y tes poils drus et noirs sur ton nez, y a tes levers dans la nuit pour monter ton télescope et mater les étoiles, y a tes humeurs dégoutées de ta nature qui s'tue, s'tait, s'fait tuer, y a tes fatigues des gens, tes paroles ignorant les autres, peureuses d'un monde qui te crève, y a les arabes et les noirs que tu veux pas voir en couleurs (manque de pot, ils sont mes seuls potes), y a cette crainte que je sois pas comme ci et comme ça, y a toi et elle qui "m'élevez", qui comblez avec vos craintes, vos âges, les piliers de bar et les mégots du matin, et puis, y a tes regards perdus et tes phrases crues, y a les bons crus et les fusils que tu distribues sans ombrage, y a tes postes à soudure et tes scies et ton tracteur et ton motoculteur qui rouillent un peu même si tu serais capable de faire le grand écart sur le toit comme quand j'avais 8 ans, y a ton corps qui enfle, y a de l'eau et du sang qui vagabondent mal, y a tes veines qui s'altèrent, y a tes artères qu'ont plus d'veine, y a tes bras qui noircissent, y a tes poumons qui s'engorgent, y a ta gorge qui s'suffit plus. 50 ans de café, et 60 ans de bons vins mais surtout, y a la ville que tu veux plus et y a ton monde qui rétrécit... Y a tout ça que j'ai détesté et puis, là, le jour de ta naissance sans toi, 88 ans plus tard, y a ma gorge qui se serre, y a ta figure grand-paternelle qui m'embrasse et j'écris ça d'un café, qui sent pas le tabac et les caves, qui sent pas les moules-frites et le simili-cuir, y a pas de musette, y a pas le requiem de Fauré que j'ai laisser jouer à ta crémation, y a pas le son du feu de ta cheminée ou les pétards que tu me mettais trop près des fesses... y a juste une photo de toi dans mon porte-feuille, ton prénom comme second prénom mis sur la carte d'identité de mon fils et y a des montées de joie à l'idée que tu étais toi, Pépère.

 
 
 

11:53 18/03/2016 | Lien permanent | Tags : humoeurs, family tree, textes |  Facebook

10
mar

TRANSPORT - On y va.

"TRANSPORT: e-Festival de poésie édition 0.0 Lille, Marseille, Montréal, Littérature etc., la revue Muscle et Cousins de personne s’allient pour rapprocher les bords de l’Atlantique lors d’un événement poétique inédit.

Le samedi 19 mars 2016, le temps d’une soirée ou d’un après-midi, nous naviguerons d’une performance à l’autre entre Montréal, Lille et Marseille.

En fonction d’où il se trouve, le public découvrira tour à tour une performance en chair et en os et la retransmission en direct sur grand écran d’une performance venue de l’une puis de l’autre ville. Ce carrousel poétique et numérique rassemblera les voix fortes de la poésie contemporaine pour des lectures qui sauront renverser leurs publics.

Parmi elles, celles de Simon Allonneau, Antoine Boute, Cécile Richard et Eugène Savitzkaya à Lille, Maxime Hortense Pascal, Nat Yot, Annabelle Varaeghe, Arno Calleja et Noémie Lefebvre à Marseille ainsi qu’Hervé Bouchard, Renée Gagnon, Sébastien Dulude, Gabrielle Giasson-Dulude et Shawn Cotton à Montréal. Nous vous invitons à découvrir la programmation de l'événement en détail ici et à en suivre attentivement les préparatifs plutôt là.

Le rendez-vous est donné à 18h30 en France et à 13h30 au Québec (décalage horaire compris)

Lieu de l’événement :

Lille Mutualab 19 Rue Nicolas Leblanc
Marseille Centre de la Vieille Charité 2 rue de la Charité
Montréal Médiathèque Gaëtan Dostie 1214 rue de la Montagne "

 

J'aurais l'honneur-plaisir d'animer la section lilloise... Vous v'nez? (à l'un ou l'autre lieu?)

12:06 10/03/2016 | Lien permanent | Tags : act-u, agendada, place net |  Facebook

7
mar

Black is Beautiful

Quand j'étais ado, mes potines (Sénégal, Congo Brazza, Algérie, Guinée, Guadeloupe, Haïti, Maroc, ...) et moi nous posions les questions de l'esthétique. Poils pas poils. Crème anti acné ou pas. Ongles carrés ou ronds. Quelques unes d'entre elles se lissaient les cheveux. Deux d'entre elles (15 ans environ) allaient dans les MGC centres de Strasbourg-Saint-Denis pour évaluer (avec les cousines, les mères,les soeurs) quelle crème serait la plus efficace pour éclaircir la peau. Dans les rayons des MGC, 1 rayon gigantesque proposait des whitening creams (blanchiment) comprenant des agents oxydants, des produits blindés d'ammoniaque. Une de mes amies s'en badigeonnait le corps régulièrement. Elle se plaignait souvent de démangeaisons, de sensations de brûlures. Un jour, nous avons appris, entre copines dans une chambre, qu'elle se badigeonnait aussi les parties génitales pour que son petit copain (antillais) cesse de lui dire qu'elle était trop black et parce qu'elle voulait qu'il la déflore et craignait qu'il soit dégouté. Dark-Girls-poster-2.jpg
Certains modèles afro-américains dans les séries américaines, le hip hop, la Rn'B étaient claires (métisses ou pas). Dents blanches, peau claire, lentilles oculaires, cheveux lisses (perruques "blondes"). Pas juste un élément de mode ou d'esthétique, mais une réelle mutation lénifiée. Un colonisation "tacite" bordée d'une économie de masse (sous produits l'Oréal et d'autres géants des "soins" esthétiques.
Une loi est passée en France quand j'y habitais encore. Ces produits (enfin, les plus "dangereux pour la santé" seraient retirés du marché. Bien entendu, ils circulaient partout avant et après la "loi".
Suite à la bande annonce de ce film et pour ce que je vous raconte, je suis retournée à l'instant sur le site de MGC et je trouve ça: http://www.mgc.fr/soin-visage/eclaircissants.html

(

les produits éclaircissants se vendent toujours pour les "mêmes" raisons:

"Découvrez nos soins éclaircissants pour le visage, conçus pour atténuer les taches tout en douceur. Ils aident à estomper et à éclaircir les zones les plus foncées, les taches dues à l’âge et au soleil et les petites imperfections. Votre teint sera plus clair et unifié à la perfection."
 

 

)

13:57 07/03/2016 | Lien permanent | Tags : humoeurs, poly-tiques |  Facebook

23
fév

mère vénus à la fourrure première

Lettre de Sacher-Masoch à sa mère

 
Leopold_von_Sacher-Masoch,_portrait

“Tu me demandes pourquoi j'ai peur de l'amour ?"

Léopold Sacher-Masoch, auteur de La Vénus à la fourrure, est plus que le père spirituel du masochisme puisqu’il en connut en personne les jouissances. À la demande de sa mère, Sacher-Masoch explique dans cette lettre insoupçonnée sa crainte de l’amour qui n’est en fait rien d’autre que sa crainte de la femme et de la désillusion face à son idéalisme.

 

 

Chère mère,

Tu me demandes pourquoi j’ai peur de l’amour ?

J’en ai peur parce que j’ai peur de la femme.

Je vois dans la femme quelque chose d’hostile, elle me fait face comme un être purement sensuel, extérieur, comme la nature qui est sans âme. Toutes deux sont pour moi également attirantes et en même temps étrangement inquiétantes.

Tu sais combien j’aimais rester assis, par les calmes soirs d’été, à la lisière de notre forêt, lorsque passait de temps à autre un gémissement léger à travers les cimes au-dessus de moi et, au-dessous de moi, le murmure profond des abeilles, des bourdons et des mouches dorées et que, sur quelque branche perché, un petit pinson chantait, lorsque venait vers moi des bois sombres et denses le sifflement d’un merle, j’avais alors l’impression que je devais adresser la parole à la forêt sombre, mais je ne recevais aucune réponse ou bien dans une langue que je ne comprenais pas et je voyais que le lierre qui semblait enlacer le chêne dans une tendre étreinte aspirait lentement sa moelle, je voyais que le chêne en peu d’années pourrissait et se délitait, que le faible souffle au-dessus de moi devenait une tempête et abattait le chêne s’il ne l’était déjà par la foudre ; je voyais les moucherons danser dans le soleil du soir et je voyais le pinson fondre soudain parmi eux et le corbeau, lui faisant la chasse, coassait au-dessus de lui et l’aigle traçait ses cercles plus hauts encore, lui, dont, aujourd’hui ou demain, le grand corbeau aux serres aigües, au puissant plumage sera la proie.

Je marchais souvent à travers les champs, prenant plaisir aux coquelicots dont on voit l’éclat coloré entre les épis jaunes, aux petites fourmis qui ont construit ici leur pyramide, au perdreau brun qui couve ses œufs tachetés, mais les fleurs bleues et les rouges et pas moins les jaunes que l’on voit dans les blés sont une mauvaise herbe qui leur conteste la vie ; je vis un jour un escargot  sur lequel grouillaient les fourmis comme les Lilliputiens sur Gulliver endormi et l’escargot avait des mouvements spasmodiques sous leurs aiguillons en essayant en vain de s’échapper et le renard tuera le perdreau sur ses œufs.

Même le lac avec ses vagues paisibles et régulières, ses roses jaunes, son réseau blanc et vert d’algues, ses lys d’eau, ce lac qui semble m’appeler, lui aussi, se refermerait sur moi, froid et muet, si je suivais sa trompeuse séduction et rejetterait ensuite avec mépris mon corps sans âme sur le sable ; monotone, il murmure tendrement comme s’il chantait une berceuse, mais ce n’est que la plainte mortelle de la nature que j’entends, la voix de la putréfaction ; ses vagues chassent la terre et les pierres, elles creusent le rocher où se dresse la Croix et, lorsqu’un jour, la digue se brise, il noie la terre, les animaux et les hommes.

Et la femme, que veut-elle en m’attirant sur son sein sinon, comme la nature, prendre mon âme, ma vie, pour former d’autres créatures et me donner la mort. Ses lèvres sont comme les vagues du lac, elle séduisent, elles caressent — elles rendent fou — et la fin est l’anéantissement.

Tu peux te moquer de mon idéalisme, c’est pourtant la meilleure chose que l’on puisse avoir dans cette vie dont personne ne sait quel but elle poursuit, que personne ne peut sonder, la vie qui semble n’être là que pour elle-même et à qui l’amour a été impartit pour qu’elle se poursuive dans de nouveaux êtres qui se réjouissent de la terre et du soleil et de la lune et des étoiles et qui sont rendus en proie à la mort, comme nous.

Ton Henryk.

14:16 23/02/2016 | Lien permanent | Tags : humoeurs |  Facebook

de Martin à Hannah

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“Que chacun de nous demeure à la hauteur de l’existence de l’autre."

C’est en 1924 que Martin Heidegger (1889-1976) croise le chemin de cette « jeune fille toujours en robe verte qu’on ne pouvait pas manquer de remarquer » : Hannah Arendt. L’étudiante n’a alors que 18 ans et elle assiste, fascinée, aux cours d’Heidegger sur Platon. Entre eux commence alors une liaison turbulente où se mêleront amour et philosophie, et qui aura pour théâtre un moment critique de l’histoire. Ils vivent une réelle passion jusqu’à ce qu’Heidegger rompe avec elle en 1928, mais continueront de s’écrire jusqu’au crépuscule de leurs vies…

 

10 janvier 1926

Ma chère Hannah,

La soirée dont je m’étais d’avance tant réjoui des semaines durant, et tes lettres pour couronner le tout ! Je peux comprendre, mais le fardeau n’en sera pas moins lourd à porter pour autant. D’autant moins que je suis bien placé pour savoir ce que mon amour exige de toi. Que tu aies été portée à une extrémité telle que tu as failli perdre foi en nous, cela ne s’écarte pas tant de la plus vive loyauté que veut bien le croire l’idéalisation romantique.

Je ne t’ai pas oubliée par indifférence, ni non plus parce que nombre de circonstances extérieures se sont interposées, mais parce qu’il me fallait t’oublier et que je t’oublierai aussi souvent que mon travail atteindra sa phase d’ultime concentration. Ce n’est pas là une question de jours ni d’heures, mais un processus dont la préparation peut durer des semaines, voire des mois entiers, pour ensuite s’évanouir.

Prendre un tel recul face à tout ce qui est humain, prendre ainsi congé de tous les rapports qui ont pu se nouer, c’est là ce que je connais de plus grandiose, en matière d’expériences humaines, pour ce qui est de la création, et c’est là, eu égard aux situations concrètes, la plus grande malédiction qui vous puisse atteindre. C’est là un arrache-cœur, et il arrive que l’on s’opère vivant.

Le plus difficile, c’est que cet isolement ne peut se chercher d’excuses en invoquant par exemple le labeur fourni, parce qu’il n’y a pas pour cela de critères, et parce qu’on ne peut lui trouver de commune mesure en s’en remettant au règne des affaires humaines. Tout cela, c’est un poids à porter, et encore de manière telle qu’on ne doit guère se confier, même aux proches.

Ployant sous le fardeau de ce nécessaire isolement, je forme chaque fois le vœu d’un complet isolement extérieur, en quelque sorte de ne retourner que pour la galerie parmi les hommes, et d’avoir la force de m’en éloigner une fois pour toutes. Car c’est seulement ainsi qu’ils pourraient demeurer préservés de tous les sacrifices auxquels il leur faut consentir, et ne pas devoir se voir repoussés. Mais ce vœu torturant n’est pas seulement irréalisable, il est oublié sitôt que les rapports humains vous ressourcent, et vous donnent le ressort nécessaire pour vous plonger à nouveau dans l’isolement. Ce qui vous tient le plus à cœur se trouve alors exposé à l’indélicatesse comme aux coups de force, et une telle vie ne cesse de faire valoir des exigences, sans jamais pouvoir en établir la légitimité. S’acquitter positivement d’une telle situation, sans fuir l’un de ses deux versants au profit de l’autre, c’est cela exister comme philosophe.

Ce que je te dis là ne peut et ne doit constituer en rien une excuse ; mais je sais qu’en parlant ainsi je vais du même coup te regagner encore plus fortement, parce que tu es en mesure d’entendre ce qu’implique de renforcer notre amitié en la poussant à ses ultimes limites – ne serait-ce que pour rendre plus insistante sa signification et sa nécessité. Parler du « tragique » inhérent à de telles situations, c’est se gargariser de mots ; cela n’a plus le moindre sens eu égard à la conscience positive que nous avons de notre existence, où la rupture est comprise et assumée comme ce qui lui donne en fin de compte sa force.

Passer tout cela sous silence, et t’assurer que tu t’étais simplement méprise, c’eût été nous masquer la situation.

Et si je te disais qu’actuellement toute activité extérieure me fait horreur, ce serait là exprimer ma requête d’un « congé » qu’aucun ministère n’est en mesure d’accorder, mais qu’on ne peut s’arracher à soi-même que comme un butin. Tout semblait baigner hier dans une symbolique presque inquiétante, lorsque tu m’as qualifié de « pirate » ; j’ai acquiescé en souriant – mais en réalité j’ai senti passer, avec « crainte et tremblement », le froid et la tempête auxquels sont exposés ceux qui écument les mers.

Lorsque tu me racontes vos plaisanteries, anecdotes et railleries diverses sur les « philosophes », je trouve cela tout à fait plaisant, et il serait bien sot d’en prendre ombrage, de condamner ce genre de choses, ou même de vouloir les bannir. Mais si d’aventure c’était là la principale attraction pour de jeunes esprits, à côté de l’aspiration à poursuivre et à terminer ses études, eh bien, une telle perspective ne serait guère réjouissante pour les jeunes générations.

Quant à ta résolution, j’y dis « non » si c’est à moi que j’ai cure, et j’y dis « oui » en songeant à moi-même dans l’isolement du travail. Mais seule une décision concrète peut ressortir comme quelque chose de positif, et ce ne sont pas de belles paroles, de cours ou de séminaire. Tout à fait indépendamment de toi et de moi, il est clair, à cet égard, que tu ne vas pas t’établir ici en tes jeunes années, ni végéter au gré des semestres et des cours auxquels il reste possible de s’inscrire. C’est toujours un signe de mauvais augure, chez les jeunes gens, lorsqu’ils n’ont pas la force de larguer les amarres. C’est le signe de l’extinction de leur instinctive liberté, et, même s’ils s’accrochent, il n’y a plus pour eux de développement en vue, même en faisant abstraction du fait que des élèves de ce genre ont tôt fait de contaminer toutes les nouvelles recrues dès leur arrivée, sans que cela les gêne le moins du monde de venir picorer à mes cours. J’imagine sans peine ce que peut avoir de fort déplaisant l’espèce répertoriée comme « élèves de Heidegger ». Ce qui se répand, de manière inquiétante, c’est une manière tout à fait crispée de penser, de questionner et de disputer. Le milieu se montre en l’occurrence plus opiniâtre que l’individu sur lequel il a déteint, et l’on se mine à vouloir lutter contre cela.

Peut-être ta résolution aura-t-elle valeur d’exemple, et m’aidera-t-elle à assainir l’atmosphère. S’il y a du bon à en attendre, c’est à la mesure du sacrifice qu’elle exige de nous deux.

La soirée passée ensemble, tes lettres me renforcent dans la conviction que tout se maintient comme il faut, et va comme il faut. De même qu’il arrive à l’oubli de s’imposer à moi, à toi de te réjouir de la situation qui est la tienne, comme seul peut le faire un cœur juvénile, confiant en son attente, et ferme dans sa foi en un monde nouveau chargé de promesses, où il y aura à apprendre et à grandir par grand vent. Que chacun de nous demeure à la hauteur de l’existence de l’autre, ou en d’autres termes, de la liberté d’accorder foi et de l’intime nécessité d’une confiance imperturbable, c’est là que réside la confirmation de notre amour.

Ma vie suit son cours, sans que j’y sois pour rien, ni qu’aucun mérite m’en revienne, avec une sûreté si inquiétante que je veux croire nécessaire le vide que ne manquera pas de créer ton départ. L’isolement croissant, depuis des semaines, en vue de mon travail, le vœu exprimé par Husserl que nous puissions nous voir plus longuement, ta dernière résolution : autant d’instances, si diverses soient-elles, qui m’aplanissent les voies pour que je prenne mon élan vers des projets et des travaux inédits. Aussi seront-elles de retour, ces froides journées solitaires où votre être, en mal de ses problèmes, se voit poussé en avant par un enthousiasme tout aussi invincible que la nécessité qui s’impose. Et de temps à autre trouveront un écho en ton cœur, si tu gardes sauve ta foi, le salut et la requête de la solitude, pour que tu t’en réjouisses et sois fidèle.

Ton Martin.

14:14 23/02/2016 | Lien permanent | Tags : luv, humoeurs |  Facebook