26
déc

Noël 2011 - archive irrationnelle

hydrophiles mai 09.JPG2011...


"Vendredi matin, hier, départ prévu en voiture de Bruxelles à Saint Paul, en Corrèze. (près de Tulle où François de Holland trône).
D'abord, la voiture (prêtée par ma grand-mère, immatriculée en France) a été emmenée à la fourrière parce que garée sur un des emplacements des ambulants du marché du vendredi, ce marché pourri au dessus de ma rue. 
Un flic sympa, petit et chauve comme de Funès mais plutôt de Tunis me rend service, esprit de noël ou amour de son prochain aidant. Je n'aurais pas besoin de papier de ma grand-mère, il me fait une fleur et me donne le document de délivrance du véhicule grâce à mon sourire pétri d'embarras de la situation et à sa volonté d'en finir avec sa journée de merde... peut-être était-il juste un bon samaritain coincé dans un uniforme. 

Une marche jusqu'à la déchetterie et 202 euros de moins plus tard... nous partons. Juste Cassius et moi (...).
Cassius chante et crie, nous pleurons tous un peu. Cassius et moi partons. Entre des non décisions et quelques non dits. ça, c'est dit. On y va. En route vers les Mamies.

Nous roulons longtemps, le simple fait de quitter le Brabant nous prend 1h... des poids lourds comme des plaies d’Égypte... par dizaines. La pluie, fine mais lourde. Cassius anime ses marionnettes, construit des objets futiles en Lego, me sourit quand je me retourne, entre deux dépassements de gros culs. Partis de Bruxelles à 12h03 plutôt qu'à 9h.
A 19h, Cassius s'endort, et je crains de faire pareil. Café, froid, vent, marche autour d'une poubelle de station service, musiques fortes et/ou chantantes, je suis fatiguée. Je n'ai pas envie de conduire. Je voudrais trouver un espace et un temps hors du monde, avec Cassius. Ne pas avoir d'urgence, d'obligation, de besoin.

Finalement, à 20h45, je me dis, encore 20 kms maximum et je m'arrête n'importe où. Nous passerons la nuit dans la voiture. 
16 kms plus loin, la Charité sur Loire. La Charité, un des plus beaux devoirs et des meilleurs droits. 
La Loire, mon fleuve favori, celui des bancs de sable, des arrachis, des ponts fortifiés... un fleuve que je connais bien. Et il s'avère que la C. s/Loire est une ville du livre... http://www.lacharitesurloire-tourisme.com/  (Lors de la guerre de Cent ans, Jeanne d’Arc tentera de prendre la ville, elle échouera face au redoutable Périnnet Gressard. Cette seule défaite lui sera reprochée lors de son jugement, « une envoyée de Dieu n’aurait connu aucune défaite ».)

Les deux hôtels à l'entrée de la ville sont fermés. Le troisième: des gens dans le resto de l'hôtel. Je tape mes clés sur la vitre. On n'entend rien, ou on m'ignore. Il pleut fort, j'ai oublié mon manteau à Bruxelles. Cassius dort dans la voiture. La proprio entrouvre la porte. On est fermé. Ah désolée, j'ai vu des gens dans le resto... n'est-il pas possible d'avoir une chambre pour mon petit garçon et moi?non, nous sommes fermés. Pour le prouver, elle referme la porte vitrée, tire le rideau orange et sort de la cuisine, deux grands plats de nourriture (heureusement, nous n'avions pas faim sinon, j'aurais refilé le scénario aux Frères Dardenne (rien à voir avec Michel Daerden, (http://www.youtube.com/watch?v=pBR2jL0lzoE) hein). 

Tant pis, la C. s/Loire n'allait pas être un de ces villages étapes que j'affectionne... Villedieu les Poêles il y a deux ans... Magnac Bourg l'an passé. Des expériences denses et douces. Je quitte la ville et passe sur un pont. 
En me retournant, je remarque un parking tranquille au bord de l'eau. Des arbres, quelques réverbères et un petit parc pour enfant aménagé. Ce serait notre espace de nuit. Demi tour. Je me gare et abaisse mon siège. 
Dans le rétroviseur, une lumière se reflète. Quelqu'un a allumé la lumière à l'extérieur de la maison. Je remarque de suite la coquille Saint Jacques sur le frontispice, éclairé par un spot blanc. Une dame en chaussons, sous un châle sort. Je comprends qu'elle vient vers moi. 
(...)
Ira Schultz a ouvert sa porte, a servi deux parts de gâteau au chocolat, un chocolat chaud à Cassius, un thé citron pour moi. Elle nous propose la chambre du premier. C'est la maison de la Loire http://maison-loire.de/, une maison d'hôte sur le chemin de Compostelle. Ira mentionne son choc d'entendre parler de génocide(s) made in Guéant, Kurdes et Algériens... Elle aime lire l'Histoire et mentionne d'emblée ceci:http://fr.wikipedia.org/wiki/Alliance_franco-ottomane. Puis, sans cesser de montrer des jouets de bois de l'Erzgebirge (connu depuis le XVIIè siècle.  Ils sont depuis cette époque toujours fabriqués en Allemagne et à la main, dans cette région de Thuringe dont le centre Sonneberg a longtemps eu la réputation de ville mondiale du jouethttp://www.museedujouet.eu/index.php/jouet/afficherleblog...) à Cassius, lequel finit par lui faire un câlin sur les genoux, Ira se dit, parle, écoute, questionne... Je suis poète, elle aime bien ça.

Ira écrit on récit de vieS. Sa famille a quitté l'Allemagne en 1933, certains ont 'échoué' en Afrique du Sud, en France et aux Etats Unis. Elle dit être la dernière à connaître les liens entre les morts, les vivants de sa famille, qu'elle doit raconter, écrire, faire savoir. Elle travaille dans le médical et aide des personnes âgés, du haut de ses 68-71 ans (je pense), elle crée des tables de conversations qui ont lieu tous les vendredis, elle participe à l'élaboration d'archives socio-culturelles du patrimoine historique de la région, elle est amie avec la directrice du Musée Bibractehttp://www.bibracte.fr/index.php?langue=fr et me parle des découvertes faites dans la région sur les mets raffinés que les Gaulois cuisinaient, elle précise aussi les influences botaniques des savoirs des druides sur la pharmacopée locale et son influence sur la recherche scientifique actuelle.
 Épuisés, Cassius et moi dormons dans ce lit du premier étage, sous un énooooorme édredon recouvert de dentelle de lin... Enfin, nous nous endormons devant Peter Pan. moi d'abord, Cassius ensuite. Nous n'avons plus dormi ensemble, tous les deux depuis trop longtemps. La chaleur de son dos, ses doigts tournicotant dans ses cheveux, son index dans la bouche qu'il suce parce qu'il rêve et ses pieds contre ma cuisse feront que je dormirais que trop peu mais veillerai si doux, si bon. 

8h10. On entend la Loire mener sa vie. Le chuchotement de Henry, le fils d'Ira, avive notre réveil. Cassius descend avant moi car Ira lui a promis la veille, que son fils, Henry, allumerait les bougies du manège de Noël (voir photo). Henry allume les 6 bougies et la manège tourne. Les rois mages et Marie, Joseph et le petit saucisson emmitouflé de Jésus au RDC, les berges et leurs brebis au 1er et les anges de la renommée en haut de la tour, sous les hélices du manège. La magie opère, Cassius hallucine. Un petit déjeuner est servi dans des assiettes de Brême, des sous assiettes et sous bols en argent, des Nussknackers en bois du XIXe. siècle autour de la couronne de l'Avent sur la table. Le sapin (faux mais bien vert) est recouvert de boules, de santons, d'objets qui viennent d'Iran, de Chine, de Turquie et de Grèce, pays où Ira et son défunt mari ont vécu. Enfin, son mari était grec, né à Constantinople. Ils ont vécu sur un bateau dans les Cyclades pendant dix ans... Ira collectionne les grands tableaux de scènes bibliques ou d'inspiration... les poêles réchauffent nos langues, nous parlons des mythes, des cycles et des traditions. Elle montre des objets, des meubles (ici, une bibliothèque de design scandinave, une armoire française, un banc sculpté de Prusse, des runes d'or, des sous verres de Téhéran... et des livres d'histoire et d'architecture en allemand (Henry est architecte). Tout est vieux, chargé, doux. La lumière n'est pas encore entrée et nous sommes dans la grotte de Bethléem. Il me manque un châle bleu ciel. Cassius n'est pas circoncis. Sinon, nous serions des avatars d'une histoire (en constante adaptation) vieille de 2011 ans.  

Ira se raconte un peu. Elle passe un 33T de Mireille Mathieu qui chante des chants de Noël en allemand... Ira chante fort. Cassius touche à tout, rit de tout et s'assied sur les genoux d'Ira. Et il n'y a pas que la convoitise vers le calendrier de l'avent duquel Henry a presque tout mangé les chocolats qui le maintient intéressé. C'est Noël. Elle insiste pour que nous appelions ma mère, M. ... je suis sûre qu'elle a le numéro de Dieu, d'un dieu.

Je visite le reste de la maison, Cassius montre à Ira comment faire pipi, comment fermer une porte, comment allumer une bougie. Et comment ouvrir les petites portes en carton du calendrier de l'avant qu'il ne cesse de "ranger", de remettre à sa place.

Nous sommes partis vers 11h, sans envie de quitter l'esprit de la maison. Ira m'a tenue la main de la maison à la voiture. Elle avait depuis le matin aidé un voisin à appeler un autre voisin et renseigné un passant perdu sur le chemin de l'hôpital en lui permettant de téléphoner de chez elle. 
J'offre des pâtes de fruits (bio), un peu de massepain pour Henry. et je paie 40 euros. Nous nous embrassons, elle caresse mon dos... mieux qu'une séance de Reïki.

Nous levons le camp, sans oublier de passer par la Confiserie du Prieuré où nous achetons des Faïencettes et du thé Sweet Granny pour les mamies. Des librairies jalonnent notre petite promenade. Sous un soleil blanc et chaud. La route vers Saint Paul trace encore quelques lignes. Bourges, Châteauroux, puis l'A20 jusqu'à Tulle. Encore 60 kms, Cassius s'endort. Je suis pressée d'arriver chez Anne-Marie et ma mère. Luna, Rêve et Carrie, les chiennes nous accueillent. Cassius est enfin avec ses mamies, y compris son arrière grand-mère. Nous relatons le périple, du noir au gris, du gris au blanc. 

Comment aurions-nous pu savoir que c'est à la Charité sur Loire que ma grand-mère, alors âgée de 10 ans, accompagnée de son oncle et de sa mère (qui allait mourir 4 ans plus tard, foudroyée de peur sur un quai de la gare de Pont sur Yonne) connaissait très bien le puits et une maison avec un grand porche près de l'église de la ville. Cette même église que Cassius et moi avons visitée et qui s'apprêtait à accueillir la messe de minuit (qui était prévue à 20h) avec la répétition de la naissance de Jésus avec des enfants de 6 à 12 ans, habillés en moutons, âne, bergers, Joseph et Marie (laquelle secouait d'ailleurs fortement le poupon qui devait servir d'ersatz à l'enfant divin). 
Comment aurais-pu savoir que lors de l'exode, pour échapper aux Allemands, ma grand-mère, sa mère et le frère de sa mère, fuyaient dans un Paccar. Ma grand-mère, assise sur un réservoir de 200L de pétrole, au milieu des bombardements, avait du sauter à plusieurs reprises du camion. Une fois, elle avait sauté dans des "toilettes publiques", à savoir les fossés des chemins enflés de merdes, de diarrhées (famine et ...) pour se cacher. 
C'est à Charité sur Loire qu'elle et sa mère ont caché l'oncle sous un matelas près de ce puits, dans un recoin derrière ce porche de cette maison qui avait été squattée/pillée par des français en exode, profitant d'une maison abandonnée par ses habitants eux-mêmes partis avant eux. C'est à Charité que mon grand grand oncle a été sauvé, bien caché, (il n'a pas bronché quand les Allemands ont tapé le matelas avec leurs fusils, de toute façon, y avait trop de détritus, de matelas sortis des maisons pour qu'ils s'attardent sur celui ci spécifiquement). 
Ma grand mère et sa mère ont du rentrer dans l'Yonne, elles, mais c'est à Charité sur Loire que cet oncle n'est pas mort (et qu'il a pu traverser la France). C'est à Charité qu'elles ont été renvoyées chez elles, grâce à l'échange d'un veau que mon grand grand oncle venait de faire tuer et de griller dans un feu derrière l'église (que j'ai visitée ce matin avec Cassius). Aussi parce que mon arrière grand père André Loyer  (père et mari des femmes sus mentionnées) avait disparu à la guerre et que mon arrière grand mère avait sur elle un document de la Croix Rouge suisse qui enquêtait sur la disparition d'André, son mari, et qui allait les tenir au courant s'il était retrouvé. (il le fut l'année d'après, vivant et résistant).

c'est Noël... je crois.

alors, joyeux..."

22:45 26/12/2013 | Lien permanent | Tags : textes |  Facebook

24
déc

Noël(s)

Noëls…

IMG_0091.jpgUn des premiers souvenu. 1979 (je suis née en 1975). Un petit sapin vrai ou faux, des boules rouges, des guirlandes fanées, les animaux empaillés sur les étagères (héron, chat sauvage et proie faisan dans la gueule, grue, aigrette, chouette chevêche, loir, ...), l'odeur des plumes de l'édredon et une maladie enfantine, n'importe laquelle mais qui donne le droit de rester en pyjama en pilou. Ma grand-mère, nommée depuis mon adolescence la Colonelle, intérimaire de ma mère, me dit joyeux noël en me tendant un paquet lourd et cubique (une boîte de cubes images et lettres), c'est le dernier noël de tes parents mariés, ils divorcent mais nous (grands-parents) allons nous occuper de toi. Quelque chose du genre ou pas, c'est en tout cas la crucifixion et l’épiphanie en un seul court et éternel instant.

Un noël à la maison de campagne de mes grands-parents. Je porte une robe de laine grise, une ceinture verte en cuir, des grosses bottes. Ma grand-mère, comme chaque année, a cuisiné mille heures. Homard à l'armoricaine (mon grand-père et ma mère se battront la fin de la casserole), saumon, boudin blanc, foie gras et brioche grillée, huîtres et pain de seigle eu beurre demi-sel (ma tradition est de m'empiffrer le pain et le beurre) et la mousse au chocolat (que mon grand père prendra un malin plaisir à me tartiner les joues avec en fin de repas). Nous sommes 4 au complet plus un invité et c’est une table à la Brueghel, Picasso et Wim Delvoye… Un des fiancés de ma mère est la pièce de résistance. Un gars qui bosse chez EDF GDF, un cadre (je ne sais pas ce que veut dire cadre pour un humain). Il est grand, large, con. Une coupe de cheveux à la brosse. Lui et un vieux chat roux obèse vivent chez sa (leur) mère et le grand machin voudrait bien venir vivre chez la mienne. Il est fanatique de topographie et m'a déjà emmenée plusieurs dimanches faire des repérages en région parisienne à l'aide de cartes. J'ai crû mourir d'ennui plusieurs fois, même quand il énonçait les dimensions techniques de sa seconde passion, la géothermie.

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C'est le moment du champagne, je crois que j'ai dix, onze ou douze ans. Mon grand-père fait péter la bonne bouteille. Et là, le gaillard s'agenouille devant ma mère, peut-être a t-il gardé le tablier en plastique du homard. Il demande ma mère en mariage. J'oublie la réponse (mais ils ne se sont pas mariés au final). La marmule se retourne vers mon grand-père (à moins qu'il ait débuté avec mon grand-père) et demande la main de sa fille. Je file dans la cuisine rejoindre ma grand-mère partie chercher du pain grillé. Je pleure de rire. C'est confus pour la suite mais mon grand-père a sorti les képis, les musettes, les animaux empaillés, le cor de chasse, le coq pas empaillé, son épagneule bretonne et tout se retrouve sur la table, sur les chaises, sur nos têtes, dans nos oreilles. Tout se mélange, c'est la fête. C’est l’horreur.

J'ai 18 ans depuis 6 mois. Je suis encore vierge. J'ai touché énergiquement quelques priapes. J’ai vécu quelques avancées à la lisière de l'hymen, mais je me gardais, malgré l'environnement banlieusard trashy-comique sexuel omnipotent. J'ai un meilleur ami qui a un meilleur ami qui habite Bois-Colombes. Valentin, antillais de 38 ans. Beau, je crois. Musicien (pas que du zouk et de la biguine). Sa mère, lui, sa sœur jumelle, la petite sœur vivent dans une tour de 30 étages au milieu d'autres tours de 30 étages. La leur se nomme Rimbaud, pas loin de Verlaine, Apollinaire, Ronsard. Les eaux des vaisselles, les machines à laver la vaisselle, la vaisselle sont des ustensiles projectiles fréquemment lancés des fenêtres jusqu'en bas. Le bas étant une sorte de poubelle floue, jonchée de restes de soirées plein air, de bastons cloniques et de pique-niques sans nappes.

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J'appelle Valentin. Je suis seule à noël, je peux venir chez toi ?
Je rase ce que je crois nécessaire (trop), je mets le Jeans moulant, le décolleté. « J'emprunte » dans la maison des cadeaux à offrir à la famille, un best of des musiques caribéennes pour la maman de Valentin, un sweat shirt pour Valentin, un carré de soie pour la jumelle, un de mes anciens jouets pour la petite. Je prends le train, le RER, le bus. J'arrive vers 18h. Je rejoins la famille et leurs voisins à la salle des fêtes communale. Une soirée antillaise offerte par le Conseil régional des Hauts-de-Seine. Boudins antillais, Ti' Punch, nappes de madras, paniers tressés, biguines à fond les caissons. Je m’assieds auprès de Valentin à une grande table ronde. Ce soir, il me dépucellera. Il le comprend, aidé de stratagèmes grandiloquents. Il est doux et drôle. Ses mains me tripotent un peu pour me faire comprendre qu’il sera d’accord. Je n’aime pas sa moustache mais il danse bien. Une délégation de la ville s’installe à notre table. Charles Pasqua salue tout le monde. Il balance à Valentin deux mots de créole que son attaché relations publiques a du lui glisser à l’entrée ou qu’il a appris en campagne à la Martinique. Après les danses collectives, la chenille créole, le Joyeux Noël Bons Baisers de Fort de France de la Compagnie …. On rentre dans la tour. La chambre des enfants. Deux lits superposés pour les filles. Et un grand lit pour Valentin. Les deux espaces séparés par des cartons de claviers Yamaha tombés du camion. Doucement, gentiment, longtemps. Je passe la nuit de noël à me dire que je vais me rappeler de cette nuit de noël. Le lendemain, au petit déjeuner, la maman de Valentin me propose un café. J’ai envie de crier CHAMPAGNE, mais je bois mon premier café de ma vie. Un Noël des premières fois.

rage - London 17-19 mars.jpgUn noël londonien. Abdel et moi avons vécu à la rue pendant trois mois. Nous logeons dans un garage aménagé par un pakistanais qui tient un magasin de prises électriques. Des cloisons de deux mètres séparent 5 unités dans lesquelles habitent : - une chinoise sans papier qui collectionne les sacs plastiques de supermarchés qu’elle manipule, range chaque nuit dès 4h du matin. Elle poursuivra Abdel d’un couteau de boucher en pleine nuit, après qu’il ait pêté un plomb après 1 heure de la symphonie en plastique à deux mains d’une asiatique maniaco-dépressive, - un black gigantesque évangéliste (du type Michael Clarke Duncan) qui prophétise dans l’espace cuisine (il ne mange que des pommes de terre et du cheddar et du pain caribéen, pain tressé lourd et dense), dans sa chambre, dans la douche en chantant fort fort Oh Lord, Have Mercy, parfois accompagné d’un lecteur de cassette audio qu’il a accroché autour de son cou avec une corde, - deux frères algériens qui ont quitté la ferme familiale pour réussir à Londres, qui se torchent le derrière avec du papier journal (flyers d'Aldi ou The Loot, pareil au Vlan), acte qui me doit quelques séances de débouchage épiques, et qui me serrent dans le couloir quand j’ose sortir (je n’ai pas le droit d’être là, le propriétaire ne veut louer qu’à des hommes,… rien n’explique alors la présence de la chinoise clandestine mais bon) et Abdel, cet homme là. Le soir du réveillon, nous avons volé du champagne, du saumon, du chocolat chez Selfridge’s. Nous nous offrons nos larcins respectifs. Un Rouge Intense de Chanel pour mes lèvres gercées. Un robot japonais collector pour l’esprit infantile d’Abdel. Un Noël de paradoxes.

textesNoël à Matongé. Matthieu et moi plutôt heureux dans ce grand appartement. La veille de Noël, dans la nuit, alors que nous n'avions pas de co-locataire durant cette période, j'entends marcher dans le salon. Des pas feutrés mais décidés. Je m'auto-éjecte du lit, cours dans le salon et tombe nez à nez avec un homme trapu, manteau de cuir épais, bonnet noir, peau noire et gants noirs. Nous sommes tous les deux surpris, sauf que je prends rapidement le dessus en l'insultant de tout mon coffre. Enculé, dégage de chez moi!!!! Et je hurle si fort que je ne m'entends plus. Matthieu, alors réveillé, croyant que je m'étais fait mal (son sommeil était lourd, il n'avait pas réalisé que je ne disais pas enculé dégage de chez moi à une écharde de parquet ou à un pied de table qui aurait cogné mon pied), hurle à son tour de la force de la peur, tel un Troll des Montagnes enragé.
Le gars file en courant, j'ai envie de croire qu'il était penaud mais ici, mon orgueil laisse parler ma pensée. Matthieu saisit un couteau dans la cuisine et court nu après le gars. Je vérifie qu'aucun acolyte ne soit dans l'appartement. Rien n'a été volé, tout était là à portée de main mais rien. 3 portes d'entrée avaient été enfoncées et ce ne sont que les pas du gars que j'ai entendus. Nous avons regardé le Père noël est une ordure le soir même pour conjurer le sort.

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Cassius a 6 mois. Son père et moi avons organisé une rencontre au sommet entre les parents. Nous achetons une caméra pour filmer ce que nous croyons vivre. Evidemment, nous nous attendons à un mix entre Festen, Strip Tease et Le noël des Muppets. Seulement, tout se passe merveilleusement bien, comme si l’esprit de noël avait assommé tous les schémas délétères, les non-dits mortifères de nos familles. Un noël avec des jeux, des conversations douces et denses, les souvenirs des noëls précédents, des cadeaux pas trop à côté de la plaque, bref, quelque chose qui ressemble à l’osmose. Finalement, tout tourne autour de Cassius et de la nostalgie. Nous sommes évincés du processus magique et devenons spectateurs d’un Noël fabuleux… jusqu’au réveil. Un noël antidérapant.

 

Un noël, seule, enfin. Un repas léger, une comédie musicale, un film d’amour, un livre ou un autre, nue dans un lit dans un lieu d’accueil monastique dans la campagne perdue. Un vent en rafales, une pluie en drache, un silence digne, une nuit devant moi. Je m’endors à l’aube, transportée par des pensées vers moi et le monde. Je n’ai pas parlé à personne pendant 3 jours avant et 3 jours après. La nécessité du silence comme garde-fou. Un noël en bonne compagnie, la mienne. vision de la dure mère 16 déc 2008.jpg







Là, Ce Lui dormant encore. Quelques petites choses à manger prêtes pour nos bouches et nos doigts. Un américain à Paris sur BBC. Une maison rangée, nettoyée. Des loupiotes allumées à l’intérieur, les rideaux encore un peu tirés. Une demie vue sur des gens s’affairant dans mon avenue. Des pensées vers ceux qui manifestent le lien. Mon bras, juste tatoué par certains, un peu enflé, bien vivant. Des documents administratifs en attente, des projets prévus pour 2013 qui attendront 2014 ou 2046. Des colères sans retenue pour quelques uns. Des amours sans retenue pour quelques autres. Une forme de justesse dans le corps, même si trop gros, trop large, trop dense. Bientôt la vie. Déjà la vie. Une envie de terminer ce texte, de rejoindre ses bras. Simplement. Là.

 

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Emmeline/Milady
24 décembre 2013.

12:57 24/12/2013 | Lien permanent | Tags : textes |  Facebook

23
déc

Le lendemain

La cicatrisation et les injonctions sont sous cellophane, pour l'instant.

Les encres s'agglomèrent, le cadavre exquis vit sa vie, je ne devine plus rien de précis.
Une organisation sous vide que je découvrirais plus tard... J'ai depuis ce matin, fait des choses. Conduit une voiture, récupéré mon fils chez une amie à 40 kms de Bruxelles, bu un café à 100 papiers, offert le cadeau de Noël à ce même fils avant qu'il ne rejoigne son père, pris 3 autostoppeurs allant à Strasbourg, bu du jus de légumes, relu le mythe de Sysiphe en résumé dans un hors série du Monde des religions, fait une lessive, embrassé Ce Lui sur son bras doux et dense, habillé mon corps transformé.

Je ne regarde pas le "résultat", il ne m'intéresse pas. Je le sens, sous la manche, vivant, vivace, sans douleur, sans douceur. D'ailleurs, je ne veux pas le montrer, il n'existe que s'il est raconté. Bien sûr, le bras sera vu, montré après, démontré même... mais là, il est en moi, comme si l'épiderme n'avait de réalité que dans l'expérience.

J'ai replacé le plastique pansement en me vêtant ce matin, que cet artifice de sauvegarde préserve tout ce qui est en dessous. Je ressens la sueur, l'encre, les choses, les enjeux, les déceptions, les truchements s'engager entre eux. Petite lutte intestine des éléments organiques et artificiels.

Ce qui est fort encore, c'est la présence de mon bras dans mon corps, la présence de vous (connus, proches et inconnus) dans mon bras, la présence de mon corps au sein des autres corps... vraiment, moments "pour toujours".

Ce soir, je doucherai le corps nouveau, je savonnerai le bras. Du bleu s'épuisera à travers le siphon.Et puis, ce sera le jeu du temps, d'effacements, de conjugaisons aléatoires, d'exactitudes et de similitudes, de disparitions et de transformations. Qui sera le groupe créé par la performance? Que deviendra le lieu d'accueil pour moi, pour Catherine qui y vit. Des questions de liaison, d'archives, de tendres envies arriveront sûrement.

Je remercie d'avoir reçu, je suis fière d'avoir donné, le principe du concept a trouvé corps. J'ai réussi à me convaincre de la légitimité de l'acte après l'acte. Je suis contente. Vraiment.


...

Quelques photos prises par des témoins... hier.

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Il Est Une Fois pour longtemps.

13:14 23/12/2013 | Lien permanent | Tags : act-u, textes, arts |  Facebook

21
déc

'tattoo me, meeting you' - jour de résidence (3/3 = veille)

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22:59 21/12/2013 | Lien permanent | Tags : act-u, textes, humoeurs, agendada |  Facebook

14
déc

Hier nuit, texte 3/3 lu entre 2 autrices/72

 

2013 dec 086.JPGMais qui sont ces femmes qui soufflent dans nos têtes ?

Mélusine, Jeanne d’Arc, Sœur Emmanuelle, Sœur Sourire, Lilith, Colette, Hildegarde de Bingen, Madame Claude, Madame Rêve, Hatchepsout, Cléopâtre, Aung San Suu Kyi, Camille Claudel, Pauline Kergomard, Emmeline Pankhurst, Louise Michel, Grisélidis Réal, Pénélope, Colette, Violette Leduc, Nadia Comaneci, La Goulue, Lady Di, Lucie Aubrac, Mère Denis, Mère Teresa, La Princesse de Clèves ou au Petit Pois, Virginia Woolf, Yma Sumac, Maria Soudaïeva, Марина Ивановна Цветаева, Chloé Delaume, Joséphine de Beauharnais ou Baker, Calamity Jane, Christine Delmotte, Laurence Vielle, Catherine Daele, Valériane De Maerteleire, Pascale Henry, Brigitte Bailleux, Sophie Magerat, Salomé Broussky, Milady Renoir, Astrid Mignon-De Man, Odile Matthieu, Adeline Rosenstein, Selma Alaoui, Isabelle Wéry, Auriane Abecassis, Odile Vansteenwinckel, Laurence Sendrowicz, Stéphanie Mangez, Cathy Min Jung, Julie Annen, Dinaïg Stalle, Christiane Girten, Céline Delbecq, Roxane Lefebvre, Florence Klein, Geneviève Genicot, Elsa Poisot, Céline De Bo,  Aurélie Vauthrin, Odile Ramelot, Céline Ohrel, Dominique Laroche, Alexandra Lazarescou, Karelle Ménine, Alice Ley, Christine Van Acker, Emmanuelle Menard, Fabienne Muet, Stéphanie Blanchoud, Corinne Hoex, Marie-Paule Kumps, Jeanne Dandoy, Nadège Prugnard, Christine Aventin, Suzanne Emond, Ariane Buhbinder, Sophie Landresse, Virginie Thirion, Sarah Brahy,  Aurélie Namur,  Laure Saupique, Julie Gilbert, Marie Fourquet, Claire Gatineau, Chantale Myttenaere, Vinciane Moeschler, Caroline Logiou , Florence Minder , Eve Calingaert, Marie Henry , Anne-Cécile Vandalem, Carole Thibaut, Coline Struyf, Françoise Mazérat,  Marie-Laure Beraud, Rose-Marie François, Geneviève Damas, Layla Nabulsi, Sylvie Landuyt, Frédérique Dolphijn, Veronika Mabardi, Métaphore Muette,  Johanne Saunier, lesquelles d’entre elles seront rappelées à l’ordre… ?
Elles, ces mâles ratés [1], ces morceaux peu choisis de la côte d’Adam. Elles n’ont pas écouté la distribution, la devise, l’ordre : « Tu devras toujours porter le deuil, être couverte de haillons, et abîmée dans la pénitence afin de racheter la faute d’avoir perdu le genre humain… femme, tu es la porte du diable. »[2]

On le sait, on le dit depuis belle lurette, elles sont des (…)(…)(…)(…) etc.
Commettant des fautes par millions, de leurs paroles à leurs actes. Des méfaits par milliers, de leurs bouches trop rouges à leurs vagins trop bavards. Naturellement, leurs menstrues empêchent les plantes de pousser, font rouiller le fer, donnent la rage aux chiens, empêchent la mayonnaise de monter, c’est connu. Le pape Jean XII [3] a dressé la liste des cent deux vices des femmes (bavardes, criardes, querelleuses, insensées, désobéissantes, impudiques, inconvenantes …).
Ces femmes, ces succubes, sont des corps ; des animales, des sensuelles, des tentatrices, des faible(sse)s.
Et nous parlons ici des plus jeunes car dès qu’elles sont engrossées, qu’elles mettent bas, il faut encore les supporter vieillir. Leurs humeurs dangereuses non évacuées (ménopause… men, ô pause ?) les rendent plus nocives que les pires poisons, poisons qu’elles sont. Vieilles, elles revendiquent parfois des droits à l’autorité, à la sagesse, à la gnose.

Heureusement qu’il y a eu des dociles, des convenables, des accommodantes, des gentilles. Les élégantes de Venise montées sur des semelles de cuir de dix-huit centimètres, avec leur deux servantes assistant mesdames pour marcher, les Précieuses Ridicules parfumées au musc de castor et aux petites fleurs afin de combler l’éros et la rose, les geishas, les concubines, les Vestales, les Sabines, les Loana, les Nabila… Quelques Vierges à l'enfant ayant donné et donnant encore des dauphins infantiles, recherchant le sein nourricier qu'une image maternelle toute-puissante voudra bien leur donner. Quelques Vénus « bien » proportionnées (ou callipyges en d’autres temps et lieux), icônes intouchables ou violables, entre les deux, les corps balancent.

Pourtant, rien ne résout le mystère. Qui sont ces hommes qui réussissent ou ratent à tour de bras, qui doivent sans cesse re-conquérir, ré-entreprendre, entrer en formation, faire le Chemin… leur Passion est le Silence [4] de la femme. Cet appel du vide, ce vertige des profondeurs insondables ne demande qu’à être comblé - sauf pour les Deep Throat [5] les plus honorées, les veinardes – et pourtant.
La jouissance des femmes est une vision de l’esprit, un territoire flou, une ombre tapie dans les cuisines, le monstre des placards (à balais).
S’épancher ou s’étancher, les femmes ne savent elles-mêmes pas toujours ce qu’il en est, alors les autres, pensez donc.
L’aliénation a encore des beaux jours devant elle(s).

© Milady Renoir



[1] Propos d’Aristote.

[2] Tertullien v230 – 240 - Genèse.

[3] En 954, Jean XII devient pape à l'âge de 18 ans. Il ne pense qu’à faire la cour aux femmes, à festoyer et à participer aux parties de chasse. Surnommé par les chroniqueurs de l’époque, l’Antéchrist siégeant dans le temps de Dieu.

[4] Synonyme de l’extase chez les moniales

[5] Deep throat (Gorge profonde), film pornographique États-Uniens - Une jeune femme, Linda, consulte un médecin pour lui faire part de ses difficultés à atteindre l'extase lors des rapports sexuels. Il l’informe que sa frigidité s’explique par le fait que son clitoris est localisé au fond de sa gorge. Le remède prescrit est simple : il lui suffira d'avaler un organe masculin pour atteindre la satisfaction - http://fr.wikipedia.org/wiki/Gorge_profonde_%28film%29

 

21:14 14/12/2013 | Lien permanent | Tags : act-u, textes |  Facebook

Hier nuit, texte 2/3 lu entre 2 autrices/72

 

 

IMG_8413.JPGPrétérition.

Ne m’embrasse pas m’enlace pas me rase campagne pas
Ne me baise pas pied malléole métacarpe
Ne me dis pas d’amour et d’eau et de fraîche comme si c’était le temps au beau fixe accalmie et anticyclone et anti-anxiolytique
Ne me remercie pas d’exister de respirer de vivre d’être là d’être là pour toi d’être à moi au monde d’être à toi d’être en moi
Ne me fige pas sans dégât ni complexe sans scrupule ni pute ni soumise
Ne me souhaite pas de me rétablir de ce dont personne ne guérit
de prendre soin de moi de mon corps brassé blasé cassé mal rasé
Ne me sexe pas tout de suite
Ne m’idôlattrines parabolises trépanéises pas
Ne me souhaite pas joyeuses fêtes quand les messies les enculés les premiers les derniers
Ne me prends pas dans tes bras entre tes cuisses contre tes joues dans ta bouche
contre ta queue même dure, même lavée, même seule, même gymnote même cobra
Ne me donne pas à voir du pays du sens du calme du grand écran du sur mesure
Ne me demande pas si je vais bien ou pire ou mieux ou tant pis
Ne trouve pas que j’ai un grand cœur pour aimer tout le comble que tu es n’es pas
n’es plus ne seras pas
Ne salue pas
ne garde à vous pas ne saut de l’ange pas mon cul trop lourd trop lourd trop lourd
ad libitum allegro legato crescendo avec ton bout bien érigé bien bien bien debout
Ne souris pas comme si nous étions heureux matin soir brunch aube
Ne te masque pas sous démon de midi on verra demain on s’rappelle
Ne t’avance pas sur l’avenir ni sur maintenant ni sur avant après surtout
N’avance pas d’un seul pas que si tu sais où tu viens d’où tu vas

Ne m’aime pas
Ne m’aime pas, c’est pourtant pas compliqué de ne pas m’aimer
y en a eu plein d’autres qui ont réussi, alors fais pas le malin

Ne me déborde pas d’indulgence de bienveillance d’intransigeance d’engeance  de diligence
Ne me populise pas le territoire l’espace le temps le ciel
Ne me randomly shuffle pas les poils
Ne me bonneannéebonnesantéise pas - tandis que les feux éclatent en ville -
Ne me rends pas chèvre chienne chatte bonobo levrette méduse
Ne joue pas avec mes pieds mes lèvres mes élans mes contrefaçons
Ne donne pas le change monnaie fretin friture
Ne viole pas mes airs vents bourrasques bruines brumes
Ne me destrier chevalier gentilhomme pas tant
Ne me percute pas l’utérus - comme la Comète de Halley la terre dans vingt-quatre ans -
Ne me raconte pas de balivernes sornettes foutaises carabistouilles des couilles
Ne vide pas ton sac dans mon vrac trac truc toc tiques
Ne dis pas tes regards ta langue ta voix ta vision comme ça - là
Ne répands pas tes sucs jus pus le long de mes veines apparentes saillantes jaillissantes vrombissantes
Ne prends donc pas mon mal en patience résilience ambiance
Ne me République de Weimarise
Ne me Kim Jung-inise ne me Pol Potise pas pas pas
Ne me BPM pas le corps sang cyprine diastole bile
Ne danse pas sur mes orteils oreillers envoyé c’est pesé
Ne me tiens pas la jambe le poteau l’amarre la bite
Ne me rappelle pas que je suis née que j’ai grandi que je vis
Ne m’intéresse pas qui es-tu que veux-tu loup y es-tu
Ne me rencontre pas dans le hall de gare la salle d’attente la réception le comptoir le sofa
le trottoir d’en face
Ne te confronte pas à mes tempes mes nerfs mes inconvenances
N’invite pas ce que tu dois dire de ta grande bouche dans la mienne
Ne me crois pas en Déesse Dieu Devin guess what Madame Soleil
Ne me jauge pas avec ta tirette ouverte cash converter bancontact 24 heures sur 7
Ne me comble pas de cadeaux comme si j’étais les Houris les Parques les Grâces en plein dans le mille tendance floue cible mouvante
Ne me Shivaise pas ton air Ganeshien Tantrique Zen New Age Lâcher prise
Ne me tue pas à petits feux foyers braises cendres fumées
Ne me tape pas Ne me tape pas sur le système matrice schéma effigie
Ne me tape tape tape pas même si c’est ta façon d’aimer
Ne me lève pas le lièvre le perdreau et l’épagneul en même temps
Ne m’aime pas comme si tu m’aimais voyais savais qu’en fait je suis la seule

Ne me virevolte pas la face
ne me rends pas la vie facile belle heureuse souriante jouissive imperfectible
Ne crois pas ce que tu crois
ne m’aime pas ce que tu crois
ne crois pas ce que tu m’aimes
non, non, tu n’as pas le choix, non, non, tu n’as pas le droit, c’est vraiment mais vraiment pas possible…
vraiment ! OK ?

 

© Milady Renoir, entre autre(s).
Texte écrit pour la revue sans-titres, revisité pour l'occasion de l'oralité de l'exercice du marathon.
Photo prise par Ce Lui.

20:53 14/12/2013 | Lien permanent | Tags : textes, act-u |  Facebook

25
nov

"Sur un air de jazz de seconde zone acheté dans une station essence" donc

Ce projet un peu f(l)ou est une collection collégiale de mots, textes, sons, bruits, intentions...
5 auteurs (dont je fais partie) de 5 pays (j'ai représenté la Belgique, hahahaha) avec 5 résidences (au moins) et 5 comédiens (non en fait 6) pour une scène, un roman photo, une pièce, des films, des musiques...

Après l'Espace Senghor, c'est au tour de la Fabrique de Théâtre d'accueillir cet Objet Non Volant Mais Identifié...

allez-y, amusez-vous-y et répercutez l'élan.
 
Le Collectif 6.35 vous présente sa dernière création: un roman-photo théâtral

"Sur un air de jazz de seconde zone

acheté dans une station essence"


le vendredi 6 décembre 2013 à 20h

à la Fabrique de Théâtre de Frameries

rue de l'Industrie, 128 - 7080 La Bouverie (BE)
 
réservations: + 32 (0) 65 61 34 60
Sur un air de Jazz…, c’est une aventure sur trois continents et à travers quatre pays. C’est surtout un spectacle loufoque teinté d’un humour noir photogénique.
Créé à travers six résidences, dans les 4 pays producteurs, dans une idée de partage et de création, écrit à 10 mains (5 auteurs signent le texte), le projet est logistiquement rigolo (euphémisme voulu). Tout comme l’objectif  qui est de chercher comment l'éclatement d'un film en divers postes (image, son, voix, bruitage) peut servir la théâtralisation d'un instant. Notons que le démembrement des images est total car les plans sont disséqués en images fixes la plupart du temps, faisant naître un roman-photo théâtral. Entre conférence et jeu d’acteur, entre photo et film, c’est plus de 1700 images qui accompagnent ce texte.
 

En résumé : un détective privé du nom de Dirk Britten et son acolyte de toujours, Steward Butterfly, un sachet de thé lubrique, partent sur les traces de Ashton Maughton, mari de Goldie Maughton, dit « l’homme au chapeau ». Sous ce couvre-chef se cachent des envies de gloire et de domination mondiale. Avec l’aide d’un ange gardien aux fesses d’acier (Jean-Claude Vandamme), Dirk et Steward suivront la piste laissée par cet homme mystérieux qui risque de faire bien des dommages grâce à une molécule secrète découverte dans le sirop d’érable. Qu’arrivera-t-il? Clônes, rituel, poursuites et palabres sophistiquées, qui constituent les étapes de cette enquête qui infuse lentement mais sûrement, seront au rendez-vous pour créer l’évènement.
 
 
À première vue, le ton suggère l’absurde, mais attention, car après que cette impression soit passée, nous vous confirmons que c’est vrai… Mais tout ceci est calculé, et amène bien plus qu’un simple rire. Sous une surface croustillante se cache une démarche sincère et réfléchie qui reflète une mondialisation grandissante, ainsi que toutes les pertes de sens et de repères que cela entraîne. Sur un air de Jazz… est un produit de consommation unique concocté d’ingrédients de partout. 
 

Un roman-photo théâtral retraçant une enquête sur fond de roman noir au dixième degré, une sorte de road movie dans des terres francophones raconté à la manière d’un orchestre de jazz, dans un bordel organisé.
 
 
Une création de Pascal Lazarus
Avec : Laurie Bellanca, Vinciane Geerinckx, Pascal Lazarus,Yéwol Maurice Nagalo, Raphaël Posadas et Sarah Rondao Pestana
 
Infos & réservations

 
Extraits vidéo: http://www.collectif635.eu/index.php?/roman/video/
Plus d'infos sur notre site: www.collectif635.eu



Produit par : la compagnie Exto-Colossal (FR), la Compagnie Sur le Fil (BE), la compagnie 7981 Théâtre (QC) et la compagnie Pakbo (BF).
 
Avec le soutien de : DRAC Alsace, PEDIDAM, Carrefour International du Théâtre francophone, Wallonie-Bruxelles International,  Espace Grün, préO, Fabrique de Théâtre, Espace Senghor, Institut Français et Théâtre Périscope.

12:50 25/11/2013 | Lien permanent | Tags : textes, act-u, place net, agendada |  Facebook

Le Marathon des Autrices - Me @ 00:40 on 13/12 (and many girlfriends)

marathon autrices I.jpg

00:40 - si. (13/12)

 

marathon autrices II.jpg

14
nov

Allez, avant.

 

Le parcours du combattant devant, j’avance et me débride, je me prends pour ce qui vient, je montre mes muscles, je regarde mes muscles, je ne divague pas, je suis une drôle de dame à tout prix, une sacrée nana, une vrombissante berline, je prends la route, je vais frôler les falaises, je gonfle les seins, j’écarte les cuisses, je vais marcher, Hannibal, Jésus, Moïse, je tapote mes talons, clapote les quadriceps, je vais y aller, vas-y, je vais franchir le Styx, le Rubicon, la Meuse, le ruisseau, traverser d’ici à là-bas, approfondir mon for intérieur, vaquer à la rencontre des gens du monde, par là-bas, errer et serrer les liens, Gandhi, Mère Teresa, Théodore Monod, Jonathan Livingstone, Commandant Cousteau, je lis vos pas, je quitte le nid, l’antre, je vais me paraboler, m’ampouler, me métaphoriser, m’ellipser, me faire pousser les ailes du désir, regarder ce qui est plus haut que ce qui est à ma hauteur, je vais aller de l’avant et du dehors, Lilith plutôt qu’Eve, chaque seconde sera une envie, chaque minute une surprise, toute la rage du monde, je veux la concevoir, je l’attends, la désire, je veux les chemins sinueux, les pentes abruptes, les vallons verdoyants, les passages escarpés, allier les bas et les hauts, être aimée d’un à la fois et de tous finalement, copier les muses, les égéries, je veux choisir sans piocher, je vais sortir, tellement sortir que le retour n’existe pas, et toute cette lumière, tout cet horizon qui promet, qui attend, qui vit sans moi, plus pour longtemps, je suis vaillante, corsaire, Jeanne d’Arc, Liberté, République, Révolution, ma porte cette barricade, je l’explose, le seuil ce gouffre,  sleeping wolf.jpg je le supplante, les murs ce Cerbère, je l’abas, j’avance, bottes de sept lieus et mille et une nuits, chatte bottée sur un toit brûlant, chienne hardie peu fidèle, jument verte sans peur, sans reproches, je fais des efforts de guerre, j’avance, j’avance, je ne m’assieds pas sur une chaise, je ne m’enfonce pas le corps dans le feutre et la peur, je ne place pas mon cul dans la peur et la mousse, au nord ou au sud, je file, je ne ferme pas les yeux, ni n’ouvre la bouche, je ne laisse pas le cri sortir, je ne réponds pas au noir, j’ai toutes mes pattes blanches, mon visage à découvert, je sors, je vais sortir, je ne vide pas mon sac de nœuds de vipère au poing, je ne reste pas là, comme ça, vide de sens, j’avance,  j’avance, je lère les jambes et leurs pieds, je lance le tout sur le sol, je ne perds pas l’équilibre, je ne vacille pas, je ne suis ni marionnette, ni équilibriste, je ne joue pas avec mes pieds, Alice, Cendrillon, Blanche Neige, remonte enfin, replace ton corps face au départ, je suis la sirène qui marche, je suis la reine des élans, je ne subis pas le rêve qui coule, j’attrape le chemin, je quitte les poils et les ongles, j'en veux de l'après, battement de cils et d’ailes, d’un coup, je m’élance, allez, allez, je vais flotter tellement j’en ai envie de ce succès, je ne serre pas ma gorge entre mes phalanges, je n'ai pas le choix du choix, je ne suis absolument pas éreintée, bien entendu que non que pas plus que ça, allez, va, allons, va, je place mes pions devant, je ne suis pas à bout mais au bord, j’avance, j’avance… enfin… je crois.

 

© Milady Renoir - @Chantier(s) – Nov2013

23:30 14/11/2013 | Lien permanent | Tags : textes |  Facebook

Chaise

 

Igor Pozner.jpgcette chaise au milieu de ma pièce
cette chaise
au creux de l’espace, au centre du blanc
cette chaise, là
une chaise implacablement chaise, encore, enfin, toujours, chaise
chaque personne qui entre, sort, tourne autour, passe devant, entre à nouveau, ressort, virevolte, dodeline, paraphrase devant, chaise toujours
cette chaise
chaque fois qu’elle est chaise, tout le monde la sait chaise
la chaise, celle-là
cette chaise,
là pour moi, pour chacun, pour tous,
cette chaise,
chaque matin, chaque déjeuner, chaque sommeil, chaque faim
là, chaise,
encore hier, je ne pensais plus vraiment à elle, chaise pour elle, seule, sans moi
puis, je l’ai vue, évidemment, vraiment là qu’elle était, là encore, chaise pour elle et puis chaise pour moi,
cette chaise
vraisemblablement chaise de tout point de vue, sous tous les rapports
et chaise
chaise comme d’autres chaises comme moi d’autres personnes mais
chaise
chez moi, chaise hic et nunc
chaise unique, indivisible
chaise unique puisqu’à moi, puisque chez moi,
chaise salie ici, rien que par et pour moi, ici
chaise assise ici,
chaise entièrement à ma portée, à ma docilité, à ma volonté,
chaise vivant sous mon toit, chaise parfois sous moi et moi vivant autour de cette
chaise
ma chaise ?
cette chaise
cette chaise à cette chaise
mes pieds parfois entremêlés de ses pieds, mon cul écrasant le cul de cette chaise, celle-là, celle-ci de chaise, pas une autre, mon dos contre son dos, pas n’importe quelle chaise, pas comme d’autres pourtant aussi ici, pas loin de
cette chaise
cette chaise plutôt
cette chaise plus que
cette chaise comme moi au milieu de la pièce, de l’espace, de mon monde,
cette chaise,
chaise ici à chaque respiration, chaque moment où je suis et vis ici
cette chaise
du centre, la limite, le contour, le cercle,
cette chaise comme objet comme sujet, sujet chaise et chaise objet,
chaise sans autre point d’ancrage qu’elle
cette chaise et encore
cette chaise
et encore là, 
cette chaise
et moi, derrière
cette chaise
à me croire comme une chaise
à finir par me sentir
cette chaise
à me faire violence de ne pas être moins que
cette chaise
cette chaise
comme rien pourtant
comme tout surtout
chaise.

 

 

 

© Milady Renoir – Novembre 2013

(art by Igor Pozner)

 

22:03 14/11/2013 | Lien permanent | Tags : textes |  Facebook

Texte écrit dans un des atelier(s) chez Chantier(s)

 

Amoncellement à mon à ma selle mes scelles ma selle émue ment ment amont à mon aval à mon aimant à mon amant à monts amoncelle amoncellement mentir mentir ment celle qui ment mentais mens moi à moi à ma celle à mon celle celle qui ment à à à aaaamonmonmonmonmon velu vélo vêtu d’un véto et de velours velu sur le mont ventoux venteux qui monte qui serre qui monte à mort sur celle sur celle qui ment ment ment menthe à l’eau qui vole qui tombe qui frôle vole cellement tellement celle qui celle à mont c’est la vie c’est l’aval avale donc tout ce sel à celle qui scelle qui ment à mon amoncellement morceau mort de mensonge ellement si seulement selle et mont à celle amoncelle accumule scrupule de celles qui montent et descendent en sel et poivre et celles qui vermicelle cellophane fan d’amorce et de semonce amorcellement morcellation dans des mons de mensonges mensuels menstrues mensuelles aussi ah si mensuellement mortelles amore et amorce en amont montes y voir aval avale ton morceau qui ment qui m’ensorcelle qui s’amoncelle sur mes monts de vénus et de mars qui se mord qui s’endort qui mord celle qui monte en moi qui m’encercle qui m’encadre le mont le moi le mien de mont mon seau ma pelle mon mors mon morceau mon sceau qui monte qui, sot l’y laisse soliloque à mort à mont à mon cœur morcelé à mie à moi à mort à mi parcours mi réel mon réel amont à à à à à mon réel sur le fond qui rempile  devant la mort qui s’amoncelle qui est scelle scelles toi des amoncellements tu recèles à mon à mon si belle celle en moi qui monte le son qui monte le mensonge sur mon mont en morceau sans fiel ni miel amoncellement mon celle.

© Milady Renoir – Novembre 2013 – à Gherasim  @Atelier(s) en Chantier(s)

21:33 14/11/2013 | Lien permanent | Tags : textes |  Facebook

10
nov

Lumières.

 

À P.

Elle dit tout, si absolue, si résolue à pénétrer partout, même plus que partout, elle arrive par tout, par les bouts et les interstices, elle fait ce qu’elle veut et sait par les intermédiaires, entre chaque plume, chaque morceau, chaque os, chaque fente… chaque révélation est sienne.

Tu la connais mieux que moi.

Ceux qui l’oublient s’oublient, s’éteignent, s’avarient.
Ceux qui la percutent s’arrêtent là, pour toujours.
Ceux qui la volent ne s’en remettent pas, ni à eux-mêmes.

A travers elle, tout passe, rien n’est évité. L’eau, la fange ou l’air savent user de sa puissance pour n’être qu’eux.

Tu la reconnais mieux que moi.

Je n’ai jamais su la regarder, je n’ai jamais pu la regarder en face. Depuis née, je suis dans le repli de ce qu’elle crie. Aucunement je ne saurai lui dire combien j’envie sa distance, son lien à tout, son implacable intégrité.

Tu as l’air de la transporter entre tes tempes, souvent, quand je te vois bouger/danser/parler/regarder/taire/chercher, je me dis qu’elle est ta sœur, cette lumière.

Elle, elle dit tout, si absolue, si résolument complète, entière et toi, en elle, elle en toi, tu reçois, tu perçois, tu virevoltes à son ampleur.

Et tes objets, toi, longue marionnettiste, je les sens cherchant la lumière… je les crois, tes avatars trompant le semblant, ils m’impressionnent tes amis imaginaires battant le vent, je finis par les aimer (car d’abord, ils me troublent dans la peur) tes miroirs articulés...

Et la lumière, quand tu disparais derrière tes extensions palpables, elle n’a plus la même lumière.

 

© Milady Renoir / Ateliers Mommen / Atelier « Ecrire, choisir, … » - Toussaint2013

Hannes Kilian. Light scripture of dance, 1950.jpg

 

(Hannes Kilian. Light scripture of dance, 1950)

10:35 10/11/2013 | Lien permanent | Tags : textes, atelier |  Facebook

7
nov

Dans la nuit survivante

bezdna.jpg

j’apprends très lentement à vivre à ciel ouvert
j’enterre la face humaine sous des gangrènes d’or
et j’ai abandonné des tessons de soleil
dans la chair oubliée des hommes inutiles

dans la nuit survivante les hommes sont contagieux
il y a des fusils plus lourds que les épaules
j’ai vu tomber la neige grise des phalènes
et le corps maternel excisé sous les arbres

mais quand l’écorce enfin aura pitié de l’arbre
quand les oiseaux aveugles chanteront malgré tout
les vagues arriveront jusqu’aux maisons ardentes

alors nous irons seuls dans nos vêtements de pierre
nues sous leur peau les femmes allumeront l’aurore
et j’irai parmi vous comme un crime qui revient

 

—  Tristan Cabral -

22:10 07/11/2013 | Lien permanent | Tags : textes, lis tes ratures |  Facebook

5
nov

Tattoo me, meeting you : chercher le trou - Indice 2 (pré-22/12)

Bidloo, Govert muscles.jpg (Govard Bidloo)

Prétérition Illustration déc2012.jpg (Milady Renoir)

dali desire.jpg (Dali & Bunuel)

abecedarianmaze-postcard Julie Lassonde, Nilan Perera, and a.rawlings.jpg  (abecedarianmaze-postcard Julie Lassonde,
Nilan Perera, and Angela Rawlings)

Günter Brus dessin peinture photo.jpg (Günter Brus)

Lauren DiCioccio, The Great English Letter Writers (2009), Cross-stitch into found book.jpg (Lauren DiCioccio)

12:38 05/11/2013 | Lien permanent | Tags : textes, agendada, act-u |  Facebook

4
nov

Camus et moi (rien que ça!)

Demain aux Midis de la poésie, Vincent Engel vient nous parler de "L'étranger" dAlbert Camus en compagnie du comédien Valéry Stasser.

De son vivant et longtemps après sa disparition, Camus a été victime d’une lecture mal orientée : considéré comme « existentialiste » alors qu’il s’en est toujours défendu, engagé dans une polémique avec Sartre dans laquelle ce dernier détenait les armes institutionnelles les plus efficaces, l’auteur de L’étranger a souffert de ce que son oeuvre ne soit lue longtemps qu’à travers un prisme déformant. En partant essentiellement de ce roman magistral, on essaiera de ré-innocenter le regard du lecteur sur un des auteurs majeurs de notre époque, plus que jamais notre contemporain.

Un poème de Milady Renoir sera distribué lors de cette séance : "LA POESIE!?!?!?!?! Enfin mais alors Bordel(le) donc quoi pas!"

Donc, je réitère: 
Demain aux Midis de la poésie, c'est Albert Camus et l'étranger au programme avec Vincent Engel en compagnie du comédien Valéry Stasser.

poésie bordel de Milady Renoir pour les midis de la poésie.jpg

11:54 04/11/2013 | Lien permanent | Tags : lis tes ratures, textes |  Facebook

21
oct

Blason - old school

Mont sur la bouche de la fierté insolente,
Droit et digne des rebellions adolescentes,
Soit point d'honneur d'un délicieux minois,
Soit conjoint de tumeur d'un faciès pékinois,

Il expose la rigueur d'un dictateur
Ou affirme la pudeur d'un looser.
Témoin olfactif de quelques abandons
Martyr exclusif des mauvaises digestions

Qualifié, tour tour, d'île ou de péninsule
Parfois dénigré en un horrible monticule
Pourtant favori des parties qu'on embrasse
Même s'il est pourvu de cellules noires et grasses

Première victime des chutes d'infortune
Compagnon libertin des visites de dunes
Rescapé en hiver des virus du cerveau
Détail singulier de muses sur tableaux

Le nez, aguerri pour mugir de soupirs,
Abri gardien de tout arme de désir
Porte besicles ou obstacle au baiser
Il est de ces morceaux que j'aime croquer.

Milady Renoir

collage face.jpg

20:38 21/10/2013 | Lien permanent | Tags : textes |  Facebook

18
oct

Volucraire - texte écrit en juin 2006

Archive:

 

 

Le vautour : Vultur. Ysidore. Vultur ou Vaultour, ainsi nommé pour son vol tardif et pour la grandeur de son corps, il n'a point vol hatif. On dit qu'il vit jusques a cent ans. Les vaultours sentent les charoignes oultre la mer comme les aigles, ilz vollent moult hault tant qu'ilz voyent les choses mussees par l'obscurté des montaignes. Ambroise. On dit que les vaultours conçoivent et engendrent sans cohit, ilz ont aussi acoustumé de anoncer la mort des hommes par aucuns signes. Quant il est a advenir une grant et larmoiable bataille, les vaultours suivent a grant compaignie, et par ce signifient qu'il y aura grant multitude d'hommes mors en guerre qui leur sera en proye. La glose sur le Levitique. La loy deffend manger de vaultour qui se resjoyst de batailles et de mors. Phisiologue. Le vaultour se siet en ung lieu tres hault car il se retarde en montant de la terre, et monte si tres hault qu'il voit les lieux loingtains. Pource on dit que le vaultour seul est l'oyseau de Dieu, lequel poursuit les plus grans oyseaulx de proye. Aristote. Le vaultour est pesant et de maulvaise coustume, flamelique et grant cryeur. Il chasse en lieux moult loingtains de son nid, il va monte en lieu tres hault, et se assiet illecques, car l'elevacion de la terre est moult difficile. On dit que luy seul il est oyseau qui prent les lievres et les petis cerfz, les chievres, les regnars et les autres bestes qu'il peut retenir. Luy mesmes. Le vaultour fait son nid en lieux tres haultains, et souvent sur les arbres. Il a envye de ses petis quant ilz engraissent, et ne les paist si non des demourans de sa viande, en les chassant avant qu'ilz puissent voller, mais il y a ung autre oyseau qui apres qu'il les a chassé les nourrist avecques les fiens. Une paire de vaultours occupe ung grant lieu, et pour ce il ne permect point ung autre faire son nid avec luy. Il est de longue vie, ce qui est congneu, car son nid demoure tousjours ung. Et quant il devient vieil son bec se aslonge en hault et se fait a maniere d'arc, et en la fin meurt de faim. Les operacions de Vaultour. Esculapius. Les pennes d'ung vaultour bruslees chassent les serpens hors de la maison. Son gesier broyé avecques sang, et beu par dix jours, guerist de maladie caduque. Son sang avec jus de Marrubrium guerist l'obscureté des yeulx. Son sain guerist la douleur des yeulx et evacue la douleur des nerfz. Diascorides. La fiente d'icelluy est medicinale, car elle boute hors la secondine. Pline au livre XIX. L'amer du vaultour destrempé de eaue guerist les blancheurs des yeulx. F La penne du vaultour, si on en nectoye ses dens, elle fait l'alayne aigre.

11:40 18/10/2013 | Lien permanent | Tags : textes |  Facebook

10
oct

On the road

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4 passages d'une incroyable page de Boulet Corp.

4 moments que je peux relier à mes trajets d'enfance.

De Chelles à Fossoy, de Fossoy à Chelles, de Chelles à Lailly-en-Val, de Lailly à Beaugency, de la Somme à la Sologne, des Pays Cathares à Lailly, de Chelles à Paris, de Gagny à la Pomponette, de Chelles à ... et à ... surtout les odeurs de voiture transperçant les intensités familiales, les tensions entre les passagers, les repas sous vide ou dans boîte déballés, remballés, les paniers de choses entassés, compressés contre les cuisses et les bras, les insoutenables cigarillos de mon grand-père rallumés cent fois par un allume cigares crasseux, les interminables reproches et imperturbables paradoxes de ma grand-mère, les K7 audio de Chantal Goya ou d'Aimable, la queue de tigre en peluche suspendue au rétroviseur, les Comics que je dévorais en préférant Storm et Serval, les doigts entre mes cuisses en cachette, les regards vers les routards dans les camions que nous dépassions, mon envie d'étreinte et de liberté, un jour je conduirais et je prendrais cette route et toutes les autres, un jour, je pourrais être en partance sans qu'aucun but ne me rattrape, les moments où, allongée sur la banquette arrière, en évitant bien les regards des adultes dans le rétroviseur, je cherchais à compter chaque arbre du bord de route, où je pouvais sculpter dans les nuages les chimères les plus absurdes, où les bruits des passages à niveaux, des alarmes, des sirènes, des klaxons, des doubleurs à la Fangio, des râles de mon grand-père fatigué de tous ces autres qui ne savent pas conduire, des imperceptibles notions d'autres à toute vitesse, parfois aussi, observer du coin de l'oeil les autres passagers dans les autres voitures et souhaiter qu'ils soient exactement dans leurs vies comme on les imagine, ces autres forcément sublimes vivant forcément ce que je ne vivais pas...
Être exactement à la place de tous les autres en étant persuadée que ces moments vécus là, sans autre poids que la route à faire, là à ne pas être autre chose qu'une passagère, étaient pourtant privilégiés et tout à fait nécessaires à ma survie.

00:21 10/10/2013 | Lien permanent | Tags : textes, humoeurs |  Facebook

4
oct

tu n'est pas je

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tu es un oiseau
tu fonces sur les immeubles, tu remarques les vitres, tu esquives, tu te prends un virage, un courant d'air chaud, tu remontes, tu virevoltes, tu rigoles en matant les hommes en bas s'entasser dans les rues au dessus des égoûts et tu attends le printemps, toujours, la mort jamais

tu es un chien
tu circules entres les jambes, tu renifles des entre deux (raies, cuisses, creux), tu dégorges ta langue pour te rafraîchir ou te lécher les poils, tu gémis quand tu veux l'amour, tu gémis quand on te pince les babines, tu sais que tu es chien, on te le dit tout le temps

tu es un crabe
tu lis tout en diagonale, tu as le sablier pour univers et le calcaire pour structure, tu avances sans te retourner, sauf si un prédateur te pique en plein coeur, là, tu trépignes tel une tortue renversée et tu cherches l'eau de la mer comme le sel, tu es malheur pour ceux qui te porte

tu es un éléphant
tu n'épargnes aucune herbe, aucun tronc, tu as mille défenses et mille histoires, on mentionne ta mémoire et ta vision de ta propre mort comme d'une réussite, un mystère, finalement, tu dois bien t'emmerder avec tout ce poids légendaire, ton nez est un priape, tes yeux disparus sous l'écorce, tu es le château fort, la tour d'ivoire, le comble de la puissance, pourtant bientôt éteint

tu es un enfant
tu dis maman avec la salive au bord du nez à chaque pas, tu t'accroches aux jupes comme les tiques aux chiens de chasse, tu touches ton zizi, tu touches ton palais avec ton pouce préhenseur, tu penses en deux teintes et en deux temps, tu aimes les balles, les lignes droites et les obstacles pour les sauter, tu as le soleil dans les yeux et la main dans le slip, tu vas grandir te dit-on mais toi tu aimes déjà rester où tu en es, ça peut toujours servir de ne pas en faire plus

tu es un homme
tu as ce qu'il te faut la plupart du temps, ce qui équivaut à quelques plaisirs, quelques pulsions et quelques vérités ancrées entre tes poings, tu cherches, tu trouves, tu nies, tu pilles, tu mérites, tu parais, tu sais de moins en moins, tu vieillis, tu saisis des opportunités et eu crois que le vent ne t'entend pas avoir peur.

19:33 04/10/2013 | Lien permanent | Tags : textes |  Facebook

3
oct

horizon sans teint

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ne pas avoir ce qu'on croit, ne pas être aussi loin qu'on pense, être au point de départ, mais un départ sans autre limite que la ligne, laquelle quand on la retourne dans le sens contraire, est aussi l'arrivée, départ reporté à cet autre départ, répété constamment, résolument, comme si tout d'avant n'avait ni incidence ni conséquence sur le pendant, et que ce pendant bientôt nommé après (selon les rumeurs) n'a pas de place dans le processus, ni dans le résultat, que tout ce qui est là n'est là qu'à cet endroit là, sans variété de curseur, sans diversion d'intensité, juste un point, peu importe la couleur ou la profondeur, éternellement là, enfin dire là avec une forme d'optimisme mais savoir qu'en fait de là on parle plutôt d'ici, un ici d'ailleurs expressément sans là, un ici omnipotent, sans volonté de devenir là, en fait, un ici exclusivement petit, contrit, précisément visible, exactement dans le centre du corps, entre tout le mélange, les fluides et les équilibres, juste comme ça, posé au creux du monde, en plein soi, comme une intention perverse contre le temps, contre l'espace, une imperceptible violence qui retire l'élan, annihile le chemin,
oui, il y a bien quelques mouvements, oui, il y a bien quelques indices d'oscillations mais ce sont des courbes qui finissent par n'être que des cercles parfaits, des cercles qui, même agrandis, amplifiés, sont bien obturés, bien scellés, bien clôturés, de sorte que même si on a l'impression d'en pénétrer un pour la première fois, celui-ci finit par se découvrir infiniment connu, par développer en soi un sentiment de déjà vu mais on ne sait rien vraiment, ce déjà vu est un mensonge de l'espoir, une rature optimiste, pour sûr, c'est vérifié, on ne sait pas déceler l'impression de la réalité et ce doute, cette crainte d'avoir raison, 'et si j'avais été là avant d'être ici", cette potentielle faille s'estompe après quelques tours de cage, morte dans son œuf.
On en revient au premier point, petit comme l'infini qui n'existe pas (sinon, on l'aurait digéré) petit comme soi, petit comme le petit centre du grand cercle qui tourne sur lui et sur soi.

15:23 03/10/2013 | Lien permanent | Tags : textes, humoeurs |  Facebook

28
sep

efficace

t'es efficace, t'es au top au point au poil t'es efficace
dès qu'on en est là, au creux de la vague, dans le rêve des corps,
ben hop, t'es efficace, hop, au top, en plein dedans, directement,
doigt langue doigt chatte doigt cru doigt et autre extrémité semi-rigide,
t'es là, comme si c'était la première ou la dernière fois, je sais pas
mais on peut te dire efficace comme on me dirait utile
droit au but, droit comme un i droit debout comme une nécessité
t'es efficace, peut-être pas dans le reste de ta vie, mais là
peut-être que d'agir aussi bruptement aussi clairement
d'habitude ça t'emmerde, ou ça ne te concerne pas
peut-être que dans les autres sphères tu agis comme tu peux
tu n'es peut-être même pas dans l'agir mais dans l'être
oui, l'efficacité pourrait par exemple se concentrer là
quand tu me bourres, quand tu me vrilles, quand tu me possèdes,
faut dire que je te laisse faire comme si de rien n'est
comme si finalement ça m'était égal
alors évidemment t'es efficace
à chercher sûrement à ce que ça me fasse quelque chose
même autant qu'à toi, mais j'admets bien volontiers
t'es efficace, sans doute que tu aimerais que je te le dise
mais bon, je peux pas tout faire, être trou et plein
mais tu dois bien le voir dans mes yeux
que souvent ton efficacité m'applatit
qu'elle n'altère rien ni ne transforme
qu'elle est là pour elle, ton efficacité
et que si j'en rajoutais, aucun repère n'en sortirait
alors voilà, t'es efficace, c'est déjà mieux que rien.

A couple dances to Shirley Ellis’ «Nitty Gritty», 1961.jpg A couple dances to Shirley Ellis’ «Nitty Gritty», 1961

20:48 28/09/2013 | Lien permanent | Tags : textes |  Facebook

26
sep

liquides ou solides

McAdams, Found bird, 1952.jpg

 

Heure finale, interruption involontaire de grandeur, ici la nuit, c'est comme fini,
intervalles entre deux néants, attentions bernées, rien ne sert de mourir, il faut … au point.

Du gravier comme s’il en pleuvait sous leurs pieds ;
ils avancent le long des voitures et cherchent le souvenir qui dira le mieux ce qu’ils ne savent pas vraiment.
l’un d’entre eux,
l’autre est devant eux dans le temps,
derrière eux dans l’espace.

C’est pas d’chance.

Chaque brindille, chaque écharde, chaque nœud de bois évoque le parcours, la distance, le long chemin, - pas de calcul en nombre d’années -, et là, y a de quoi compter une nuit entière.

Personne s’attendait à.

Il y a les fleurs, en vrai ou en toc, des couleurs vivantes, elles, et des pierres marquées de tas de mots dérisoires, presque insensés.

Quand même…

De l’eau, du ciel, des commissures, des cils, des gorges, des pare-brises, des rosées. Et pourtant, beaucoup de sécheresse tout autour.

Merde quoi.

Le chuchotement est loi, le souffle est un art. Chacun cherche à comprendre pour le célébré mais surtout chacun compte les probabilités…

Si jamais.

Terres arables, jachères cardiaques, il est temps de rentrer dans ce qu’il reste à faire et à vivre.
Bientôt, on se reverra, on ne sait pas encore si baptême ou couronnement mais à coup sûr, le monde est si petit que ce sera surement encore là, comme ça.

Enfin.

21:46 26/09/2013 | Lien permanent | Tags : textes |  Facebook

tout est animal, surtout toi

d'odeurs musquées dessous aisselles sous cuisses dans creux poplités et plis sans vernis, tout revient à dire qu'on est exactement ce qu'on dit qu'on n'est pas pourtant on sent on renifle on enfle à quelques visions de mâle ou femmelles rituels de passage on invente peu on suit tant on parcourt les sols à coups de pattes tapées et sabots vrillés on torsade les poils comme si ça avait du sens un sens unique de l'humain mais bon finalement faut se le dire tout est animal surtout moi dans un cas comme le pire et toi comme en mille tout est animal du borborygme au crachat de l'onomatopée à la vision de la mort cimetière d'éléphants déjà morts crocodiles en larmes vues absonces de ce qui serait âme mort existence vie et à bas l'instinct le pur et la pulsion qui est animal? toi, oui moi aussi, t'inquiète pas, si je pense de toi animal c'est que je te reconnais que je me reconnais en toi animaux crus durs mais fébriles aussi vacillants aussi typiquement primaires sans encombre ni scrupule contre rien le chien sourit la hyène se moque le cheval renie la chèvre rejette l'âne aime la loi (pour la contrer) la poule pond la théorie qui porte son nom et les autres dans le monde humains déguisés en animaux et animaux déguisés en humains grande ferme grande arche grands possibles que toute cette histoire d'âme ne soit qu'une belle connerie mais bon ce genre de connerie ça sauve l'ego sûrement.

wrestling bear & man.jpg

01:07 26/09/2013 | Lien permanent | Tags : textes |  Facebook

20
sep

Humeur de gorge

Quelque chose est lourd, dans la gorge qui lui relie l'utérus à la glotte. Quelque chose de lourd mais dont le poids la soulage. C'est à dire qu'elle a reçu ça en plus d'elle, que c'est quelque chose d'étranger et d'étrange, quelque chose qu'elle n'a ni désiré, ni compris. Pourtant, plus le poids de cette greffe augmente, plus elle sent (bien) que le pire lui passera. Que grâce et à cause de cette nouvelle donne, ce sera vraiment plu simple pour respirer. Bien entendu qu'en envisageant la suite, qu'en comprenant que son corps va devoir vibrer autrement, parfois en cercles fermés, parfois en oscillations épileptiques, elle est fatiguée, bien applatie. Mais que faire avec le poids de ça sinon l'avaler, le digérer, l'accepter en toute somme de vie qu'il est, aussi. Alors, elle se déplace plus lentement. L'allégresse encore récente n'est plus viable. Des questions lui bouchent la vue. Le goût d'agrumes pourris amplifie sa regression. Quelque chose a de la chance, a trouvé une hôtesse. Tous les corps, réunis sans grande volonté, s'approchent d'une porte, ouvrent et laissent entrer la chaleur de l'après.

Milady
avant minuit.

Frida Kahlo's drawings.jpg

23:01 20/09/2013 | Lien permanent | Tags : humoeurs, textes |  Facebook

25
aoû

1ère vision du Scivias

 

Hildegarde

"Je vis comme une grande montagne couleur de fer, et sur elle quelqu'un était assis, resplendissant d'un tel éclat, que sa lumière offusquait ma vue ; et de chaque côté, le voilant d'une ombre douce, une aile, merveilleuse de largeur et de longueur, s'étendait. Et devant lui, au pied de la montagne, une figure toute pleine d'yeux se tenait, de laquelle je ne pouvais distinguer nulle forme humaine, à cause de la multitude d'yeux ; et devant elle, était une autre figure d'enfant, sombrement vêtue, mais chaussée de blanc, sur la tête de laquelle descendit une telle clarté, rayonnant de celui qui était assis sur la montagne, que je ne pouvais plus regarder sa face. Mais de celui-là même qui était assis sur la montagne, une infinité d'étincelles vivantes s'échappaient, qui enveloppaient ces figures, d'une grande suavité.

 

Dans la même montagne, on distinguait, comme de nombreuses lucarnes, dans lesquelles apparurent comme des têtes d'hommes, les unes sombres, les autres blanches. Et voici que celui qui était assis sur la montagne, s'écriait d'une voix forte et pénétrante, disant : O homme, poussière insaisissable de la poussière de la terre, et cendre de la cendre, crie et parle sur l'origine de l'incorruptible salut, jusqu'à ce que soient édifiés ceux qui connaissant la moelle des Écritures  ne veulent ni l'annoncer, ni la prêcher, parce qu'ils sont tièdes et languissants, pour la conservation de la justice de Dieu ; à ceux-là découvre-leur la clef des mystères, que, dans leur timidité, ils cèlent sans fruit dans le secret. Dilate-toi dans la fontaine d'abondance, et coule dans une mystique érudition ; afin que ceux qui te méprisent, à cause de la prévarication de la (première) Ève  soient ébranlés par le débordement de ta source. Car, ce n'est pas de l'homme que tu tiens la pénétration de ces mystères, mais tu reçois (ce don) d'en haut, du juge redoutable et suprême, par qui cette clarté brillera d'un éclat incomparable parmi les autres lumières. Lève-toi donc, fais entendre ta voix, et dis les choses qui se sont manifestées par la puissante vertu du secours divin ; parce que celui qui commande avec bonté et puissance à toutes ses créatures, pénètre ceux qui le craignent et qui le servent avec dilection, en esprit d'humilité, de la clarté de sa divine lumière ; et il conduit ceux qui persévèrent dans les voies de la justice, vers les joies de l'éternelle vision.  Cette grande montagne couleur de fer que tu vois, désigne la force et la stabilité de l'éternité du royaume de Dieu, laquelle ne peut être ébranlée par nul effort d'une mutabilité branlante ; et celui qui est assis sur la montagne, et dont la splendeur est si grande qu'elle offusque ton regard, t'indique dans le royaume de la béatitude, celui-là même qui, dans l'éclat de son indéfectible beauté, commande, comme suprême divinité, à tout l'univers, et est incompréhensible à l'esprit humain. Mais de chaque côté, cette ombre douce qui s'étend comme une aile merveilleuse de largeur et de longueur, signifie, dans l'admonition et le châtiment, la suave et douce protection de la bienheureuse défense, et démontre justement et pieusement l'ineffable justice, dans la persévérance de l'équité véritable. hildegarde2.jpgEt devant lui, au pied de la montagne, une figure pleine d'yeux se tient, qui, devant Dieu, en toute humilité, considère le royaume divin, et, fortifiée par la crainte du Seigneur, exerce sur les hommes avec la perspicacité d'une intention droite et juste, son zèle et son appui ; c'est pourquoi tu ne peux discerner en elle, à cause de la multitude de ses yeux, aucune forme humaine ; parce que, par l'acuité de son regard, elle déjoue à ce point tout oubli de la justice de Dieu, qu'éprouvent trop souvent les hommes dans l'hébétude de leur esprit, que l'inquisition des mortels, dans sa débilité, n'ébranle pas sa vigilance. Avant cette image, une autre figure d'enfant sombrement voilée, mais chaussée de blanc apparaît, parce que, précédés de la crainte du Seigneur, suivent les pauvres d'esprit ; car la crainte du Seigneur par le vœu d'humilité, possède pleinement la béatitude de la pauvreté de l'esprit, qui n'aime pas la jactance et l'exaltation du cœur  mais la simplicité et la modestie, ne s'attribuant rien à soi, mais à Dieu, dans l'abandon de la soumission en toutes ses œuvres ; (ce que signifie le peu d'éclat de sa tunique), pour suivre fidèlement les vestiges éclatants du fils de Dieu. Sur sa tête, une si grande clarté rayonne de celui qui est assis sur la montagne, que tu ne peux voir sa face ; parce que la sérénité de la visite de celui qui commande avec louange à toute créature, infuse une telle puissance et une telle force de béatitude, que tu ne peux en concevoir l'abondance dans tes mortelles et infirmes considérations ; car, celui qui possède toutes les richesses célestes se soumit humblement à la pauvreté. Mais que, de celui-là même qui est assis sur cette montagne, une multitude d'étincelles vivantes sortent, qui voltigent autour de ces mêmes images avec un charme infini, cela signifie que de la toute puissance de Dieu proviennent les diverses et fortes vertus, qui resplendissent dans la divine clarté, embrassent et flattent avec amour, (les entourant de leur aide et de leur protection), ceux qui craignent Dieu en vérité, et qui aiment fidèlement la pauvreté de l'esprit. Dans la même montagne, apparaissent de nombreuses lucarnes, à travers lesquelles se montrent comme des têtes d'hommes, les unes sans éclat, les autres rayonnantes de blancheur ; parce que, dans la suprême hauteur de la très profonde et très pénétrante connaissance de Dieu, ne peuvent être cachées les intentions des actes humains, qui démontrent souvent par eux-mêmes leur zèle ou leur tiédeur ; car les hommes que fatigue l'action et que lassent les désirs du cœur  tantôt s'endorment dans l'infamie, tantôt s'éveillent, revenus à eux-mêmes, pour leur honneur, comme en témoigne Salomon, lorsqu'il dit, selon ma volonté : La main molle aboutit à l'indigence, mais la main des forts prépare les richesses. Ce qui veut dire : que l'homme se rend pauvre et misérable, qui ne veut pas accomplir les œuvres de justice, effacer l'iniquité, remettre sa dette, et qui reste oisif dans les merveilles des œuvres de la béatitude. Mais celui qui accomplit les très puissantes œuvres du salut, courant dans la voie de la vérité, capte la source jaillissante de la gloire, et se prépare sur la terre et dans le ciel, les trésors les plus précieux. Et quiconque possède la science par le St-Esprit, et les ailes de la foi, ne transgresse pas mes avis, mais les reçoit avec amour pour en faire les délices de son âme."

noon fantôme nooon la mort.jpg


(merci PhiLoM...-)

15:39 25/08/2013 | Lien permanent | Tags : love, lis tes ratures, textes |  Facebook

13
mai

Ce qui ne se voit pas...

Visionner http://www.derives.tv/Undergrowth en lisant ça

Ce qui ne se voit pas

Par Fernand Deligny, 1990

L’ÈRE DE L’IMAGE. Le temps de l’image, quoi qu’ils disent, ce n’est pas le nôtre.

L’ère de l’image ! Alors que jamais on n’a été aussi loin de l’image. Nous sommes au siècle du langage, de la parlotte, de la reproduction verbalisante, de la parole débridée. Il faut parler.

L’image, c’est ce que Janmari, l’enfant autiste de Ce Gamin là, conçoit, c’est son mode de pensée, lui, chez qui il n’y a pas de langage... Je vis tout le temps aux prises avec cette absence, cette vacance, ce mode de pensée à part.

C’est évident qu’ils pensent, ces enfants qui n’ont aucunement l’usage du langage. Il faut leur foutre la paix, mais l’Institution ne supporte pas ça. Elle ne supporte pas l’absence du langage, rien à faire. Il faut du langage quelque part ou nous, on est perdu.

Ils tiennent à cette caractéristique du langage qui maintient l’homme singulier par rapport à l’animal... une vieille trouille...

L’IMAGE, L’ANIMAL. Or, il se pourrait que l’image soit du règne animal... c’est sans doute très vrai : elle est du ressort profond de la mémoire d’espèce et la mémoire d’espèce est quelque chose de commun entre toutes les espèces, y compris l’espèce humaine... Ils ne supportent pas ça, je ne sais pas pourquoi, on ne supporte pas qu’espèce humaine soit pris au sens littéral du terme, une espèce pas comme les autres qui...

L’image est ce par quoi l’espèce persiste malgré tout... c’est une trace... une trace qui attend, aux aguets...

Il y a de ça dans le cinéma, c’est à dire un enthousiasme immédiat et on ne sait pas pourquoi, mais on est touché par ce qu’on finit par appeler des images et qui ne sont pas des effets de langage, ça touche bien au delà... Y en a qui y sont arrivé, qu’ils le sachent ou non... Charlot y est arrivé, sans aucun doute : ça touche immédiatement très profond où tout le monde est dépassé.

Il n’y a pas de raison, pas de raison... si bien que dans un film, les images comme on dit ne sont pas sur la pellicule, elles ne sont pas dedans, elles se produisent entre qui a filmé et qui regarde. C’est un phénomène qui se produit « entre » et que vous ne pouvez pas maîtriser...

LIBRE, SUR L’ÉCRAN. L’image échappe à la connaissance... une image, si je parle mon propre vocabulaire ne se prend pas...

Une image ne peut pas se prendre, c’est à dire être prise par se (qui est une projection de on : un autre monde que le monde des images)... l’image est perçue mais pas par se : par un autre point de vue qui persiste plus ou moins accablé par l’éboulement perpétuel du on majestueux...

... dans l’absolu, on pourrait dire que l’image a lieu quand se est évacué. A ce moment, il y a certainement de l’image...

Les images ne se prennent pas et pourtant il arrive qu’elles y soient sur l’écran, et sur l’écran elles apparaissent comme délivrées. Elles ne se prennent pas d’un côté, elles apparaissent comme délivrées de l’autre, libres, elles sont libres, c’est formidable la caméra : l’image se développe et apparaît libérée sur l’écran.

Le preneur d’images qui en tant que se, s e, est sujet du langage, assujetti au langage, fatalement, il ne prend pas l’image. Tant qu’il n’est pas sorti du se, s, e, ... il n’y a pas d’image...

... ce qui pèse généralement c’est le poids du soi. Le mot même, le fait... le fait que chacun pense qu’il est soi.

LE MONDE DES IMAGES. C’est la différence entre agir et faire. Nous, nous faisons quelque chose, c’est l’intention ça, c’est le langage : on fait la soupe, on fait la vaisselle, on fait je ne sais pas quoi. Un gamin autiste ne fait rien : c’est de l’agir. Ça se voit très fort. Ça se voit pour qui a l’œil, pour qui vit avec des gamins autistes. De même pour l’image : une image ça ne se « fait » pas dans mon jargon. Une image arrive, elle n’est que coïncidence...

Or coïncidence, l’image au sens où je l’entends, l’image propre, est autiste. Je veux dire qu’elle ne parle pas. L’image ne dit rien ! Et... comme pour ce qui concerne les enfants autistes, raison de plus pour que tout le monde lui fasse dire je ne sais quoi... I’image aussi a bon dos...

UN MONDE SANS INTENTION. Tout le monde s’efforce d’atténuer le hasard. Plus ça va plus la civilisation nous protège, par les institutions multiples, du hasard... et si jamais dans un film pouvait s’entrevoir le hasard ? Il faudrait « désintentionnaliser », ôter l’intention... il peut y avoir de l’attrait pour des gens, des histoires, des situations, tout ce qu’on veut à condition que ce ne soit qu’un attrait et, pour peu qu’on soit un peu doué pour l’image (pour qui il serait resté quelques séquelles de l’autre monde), embarquer sur un thème qui sera riche en images... percevoir les coïncidences, avoir l’esprit libre, débarrassé de tout projet, et de la moindre conviction...

LE CINÉMA C’EST ÇA, C’EST CE QUI NE SE VOIT PAS. Ce Gamin là, c’est un documentaire ou une fiction ? C’est un documentaire pur jus. Et pour cause : vous ne pouvez pas faire faire autre chose à Janmari que ce qu’il effectue chaque jour. On peut pas faire plus documentaire. Eh bien ça fait fiction parce que les gens n’ont jamais vécu un truc pareil. Il n’y a ni documentaire, ni fiction, il y a du coutumier, ce coutumier étant assez réel pour surprendre... l’ultra coutumier surprend : c’est à dire la surprise peut venir de ce qui ne se voit pas. Un geste pour prendre un bout de pain peut surprendre si vous arrivez à « filmer » ce qui dans le geste ne se voit pas, et se met de telle manière que le se s’aperçoive de ce qu’il n’aurait pas vu.

Pourquoi c’est du cinéma ? Parce que ça ne se voit pas... je veux dire : c’est très courant, cela arrive tout le temps entre les gens, donc ils le perçoivent tacitement, mais ça n’a pas d’expression verbale, ou alors ça n’en finirait pas.

C’est ça le cinéma : c’est de venir en aide à tous ces couillons qui croient voir, alors qu’ils voient que dalle, ils ne voient rien... la tâche du cinéma est là, l’urgence du cinéma c’est ça : réanimer ce qui est engourdi, abruti, gâché, surnourri chez ceux là.

LES DIALOGUES DU CINÉMA MUET. Il y a eu le cinéma muet, et puis le cinéma s’est mis à parler. Les images ont commencé à être ravagées par le langage : puisque ça parle, on écoute ce que ça dit. Avant ça ne « disait » rien et du coup les cinéastes étaient contraints de s’en tenir à des choses plus sobres, plus claires.

Ce qui est saisissant, dans l’époque où nous sommes, c’est que l’homme de théâtre qui ressort... ne dit rien : Samuel Beckett, ça ne dit rien du tout et c’est remarquable. Ce qui est étonnant, c’est que ça marque l’époque à ce point... Samuel Beckett est le meilleur d’une époque vouée au langage, c’est merveilleux ça...

... si au cinéma le dialogue était du Beckett...

LE BOULOT DU PRENEUR D’IMAGES. Filmer, c’est un mot qui a pris comme ça... ça m’a toujours géné... je sais bien qu’il s’agit d’un film, mais comment se fait il que c’est le matériau qui est devenu le verbe ? C’est vraiment faire un infinitif qui ne correspond pas, il ne faut pas gâcher les infinitifs... est ce qu’on dit d’une poule qu’elle à « œufé » ? Il faut faire attention que les mots ne deviennent pas malades...

D’habitude, ce qui peut devenir verbe c’est l’outil : marteau, marteler... caméra, camérer... L’éthique, c’est encore un mot nébuleuse... comme image, comme asile. C’est un mot dont je ne me suis jamais servi, sauf depuis que j’ai lu Wittgenstein. D’après lui, l’éthique c’est « l’élan qui nous pousse à aller donner de la tête contre les bornes du langage »... ben c’est exactement le boulot du preneur d’images, son boulot essentiel... c’est d’être imprégné de cette idée qu’il s’agit de dépasser les bornes du langage et de ne pas être asservi à je ne sais quel système symbolique. C’est ça l’éthique.

... les Cahiers du cinéma... des articles de Bazin... je trouve au hasard une citation de Malraux : « le moyen de lier l’homme au monde par un autre moyen que le langage ». Le cinéma pour Malraux c’est ça. Et là encore ça m’a beaucoup rassuré... avec mes histoires d’images je ne suis pas si machin que ça, je ne suis pas tout seul...

Il y a, à mon sens, une tradition qui s’est interrompue par la vogue de la psychanalyse et autres modes de pensée pour lesquels le langage est... tout...

... Et quoi qu’ils disent, le temps de l’image ce n’est pas le nôtre... 

Propos recueillis par Serge Le Péron et Renaud Victor Texte paru dans les Cahiers du cinéma n°428 (Février 90)
 
 
 
ou le contraire.

10
mar

Espace de Libertés - RDV mensuel avec ma tête

Chaque mois, j'écris une bafouille dans Espace de Libertés,la revue du Centre d'Action Laïque...

j'y suis la Page 35 ou 38 ou même 41 selon la taille (ça ne vaudra jamais la page centrale du Sun, je sais) dans une rubrique nommée Coup de Pholie.

Clic pour le dernier numéro et piochez dans le shop (les numéros précédents sont gratuits et téléchargeables) sur cette page-ci.

Les sujets sont à la carte (blanche) et les articles sont courts. Je tente d'y délayer la sauce de mon crâne, celui qui est entre mes tempes et d'être comprise, enfin...

22:44 10/03/2013 | Lien permanent | Tags : textes, place net |  Facebook

9
mai

vive les monstres qui ne sommeillent pas en nous

monstre photo.jpg fière d'être monstre aussi. (merci Cyril T.)

09:44 09/05/2012 | Lien permanent | Tags : act-u, textes, lis tes ratures |  Facebook

21
fév

Femme qui parle avec les genoux - ...

As_time_passes_by_____by_D_Me.jpgJe connais des mots. Je sais que parler est signe de vie. Lalala-lallation, articulations, déferlement, siphons, alcools, grosse, rosse, os… Je dis les mots qui me font, les mots que je suis, exemples: j’ai-quarante-et-un-ans-si-si-on-dirait-plus-mais, j’ai soif, j’ai froid, j’ai pas faim, je voudrais, non, oui, putain de bordel, il y a des mots disparus, des mots que je sais prononcer mais que je dis plus, ils sont plus nombreux que ceux que je dis encore, je compte pas mais je sens leur manque, leur absence bien là, y a plus moyen de les récupérer, plus je m’accroche à ceux qui restent, plus les autres effacent leurs pas dans ma neige, j’ai plein d’place dans ma tête, pour les vapeurs, la pollution, les salauds et pour de l’amour bien sûr, ce n’est pas que ces mots qui me quittent deviennent flous, ils sont juste morts, enterrés sous les pierres, parfois l’accident, du jour au lendemain, ou c’est à force de les prononcer, de les balbutier, de leur manquer, que je ne sais plus les reconnaître, comme quand on a la jambe morte, pas les fourmis, d’la vraie mort, j’ai connu des longs, des forts et des étrangers, des mots comme les attouchements, comme les murmures ou comme des rugosités, là, à force de traîner par terre avec tout ce corps qui tient plus que couché, mon dictionnaire fond, les mots persiflent en dehors de ma bouche, ils s’cassent comme du cristal, trahissent, quand il m’en sort un, j’suis saisie, je le crie, je le bave, les gens m’entendent mal, m’écoutent pas, prennent peur ou alors j’ai rien dit, je l’ai senti monter mais il a freiné, palais fermé, je gobe un moucheron, j’laisse le vent m’fuir. Je me retiens ici, du midi au minuit, monticule serré sur trois carrés de ma chambre à nerf conditionné. Fermez les portes! Aux heures de pointe, c’est Waterloo (dép.05:19 arr. 05:37 – voie 11),  un vivier de crabes aux pinces dehors, ils marchent droit, frottent leurs chaussures sur mon tapis dur, laissent des traces que Berta lèchera. Quand vous passez, passez, balancez le sel par d’ssus votre épaule, ça réduira votre mauvais sort. J’mendie pas, j’observe. Gavée d’allers, regavée de retours, j’suis dans mon train train, bien calée, le mur froid dans le dos. Élevée au sol, veillée au grain, grosse, folle (mais j’ai mes papiers).

Là pour...

10:40 21/02/2012 | Lien permanent | Tags : textes |  Facebook

18
déc

His master's voice

Diane Arbus - Bartender at Home with a Souvenir Dog, New Orleans, 1964.jpg Dog's love

 

Le groupe Dead Sea Lions - le morceau “Yellow Books”. Réalisée par les Romains et Emmanuelle, cette vidéo propose de voir les signes d’amour de maîtres à leurs chiens.

 

(photo de Diane Arbus)

10:00 18/12/2011 | Lien permanent | Tags : arts, textes |  Facebook