20
jui

Soulier de satin de Claudel

Doña Prouhèze monte debout sur la selle et se déchaussant elle met son soulier de satin entre les mains de la Vierge.

"Vierge, patronne et mère de cette maison,
Répondante et protectrice de cet homme dont le cœur vous est pénétrable plus qu’à moi et compagne de sa longue solitude,
Alors si ce n’est pas pour moi, que ce soit à cause de lui,
Puisque ce lien entre lui et moi n’a pas été mon fait, mais votre volonté intervenante :
Empêchez que je sois à cette maison dont vous gardez la porte, auguste tourière, une cause de corruption !
Que je manque à ce nom que vous m’avez donné à porter, et que je cesse d’être honorable aux yeux de ceux qui m’aiment.
Je ne puis dire que je comprends cet homme que vous m’avez choisi, mais vous, je comprends, qui êtes sa mère comme la mienne.
Alors, pendant qu’il est encore temps, tenant mon cœur dans une main et mon soulier dans l’autre,
Je me remets à vous ! Vierge mère, je vous donne mon soulier !
Vierge mère, gardez dans votre main mon malheureux petit pied !
Je vous préviens que tout à l’heure je ne vous verrai plus et que je vais tout mettre en œuvre contre vous !
Mais quand j’essayerai de m’élancer vers le mal, que ce soit avec un pied boiteux ! La barrière que vous avez mise,
Quand je voudrai la franchir, que ce soit avec une aile rognée !
J’ai fini ce que je pouvais faire, et vous, gardez mon pauvre petit soulier,
Gardez-le contre votre cœur, ô grande Maman effrayante !"

(...)

"Qu'ai-je voulu que te donner la joie ! Ne rien garder ! Etre entièrement cette suavité ! Cesser d'être moi-même pour que tu aies tout ! Là où il y a le plus de joie, comment croire que je suis absente ? Là où il y a le plus de joie, c'est là qu'il y a le plus Prouhèze ! Je veux être avec toi dans le principe ! Je veux épouser ta cause ! Je veux apprendre avec Dieu à ne rien réserver, à être cette chose toute bonne... "

Ecstasy-of-Angeles_1-edit

01:59 20/06/2010 Publié dans Général | Lien permanent | Tags : lis tes ratures |  Facebook

19
jui

Revue Dissonances

Dissonances #18 Entrailles est sorti

et j'en suis. http://revuedissonances.over-blog.com/


Dissonances 18

 

 

Ce numéro a été mis en images par Erick MASSÉ

 

 

Edito : 

 

LA TRIPE C'EST CHIC


On peut faire les malins avec nos grosses cervelles et nos bonnes manières, on en est tous sortis, petits, fripés, hurlant, êtres de chair, matière, fruits d'entrailles nous-mêmes irrémédiablement. On s'y était sentis bien : logés au chaud, flottant, stupides et innocents sous perfusion copieuse on y avait germé puis forci et grandi: attentives, enveloppantes, elles s'étaient distendues et nous avaient nourris tout ce qu'il avait fallu pour, sans nous avertir, nous expulser soudain et, en contrepartie des services rendus, nous condamner dès lors à devoir composer sans cesse avec les nôtres - leur clones, nos dedans - qu'il faudrait contenter quasi à chaque instant sous peine de les faire se nouer ou s'agiter, d'en souffrir tout de suite et très concrètement, de se mettre en danger : nous serions désormais esclaves de nos tripes. Car, comme les dieux anciens, celles-ci sont capricieuses, puissantes et sans pitié. Elles exigent comme eux de constants sacrifices et se rappellent durement à qui les négligerait. Dissonances 18 au contraire s'en empare, s'en pare et les célèbre, gonflé à trente-deux pages où vingt-et-un auteurs se sont ouverts en grand pour déballer les leurs.


 

Jean-Marc FLAPP

 

 

Sommaire :

 

Rapport d'A. de Guillaume VISSAC

 

Problème Majeur de Lionel FONDEVILLE

 

Vomissures de Michel REYNAUD

 

Genèse de la Procréation in vacuum de Eric DEJAEGER

 

Chant des entrailles qui plus ne chient de Pier Mayer-Dantec

 

L'Entaille de Pierre de Tristan FELIX

 

Celle qui Manque de Cathy GARCIA

 

Mula d'Alban ORSINI

 

Petit Précis de l'Entraille de Yann DALL'AGLIO

 

Nothing Important Happened Today de Rodrigue VERON

 

Les Fruits Gâtés de Vos d'Elodie Le Bail

 

Détricoter mes entrailles de Marlène T

 

Biographie de la Pudeur d'Alban LECUYER

 

Prise de Pouvoir de Marc BONETTO

 

Mes Abats de Cendres LAVY

 

Adoravoration de Basile ROUCHIN

 

Back Inside de Loïc MARCHAND

 

Chiarogne de Sylvio SOBRAL

 

Mon Ventre Rose de Milady RENOIR

 

Ventre à Terre de Jean-Marc FLAPP

 

Dernier Mouvement d'Alain GIORGETTI

 

Questions à : Hubert HADDAD

 

Regards Croisés : Jérôme (Jean-Pierre MARTINET)

 

Fenêtre sur : les Editions HERMAPHRODITE

 

A lire, à voir, à ouïr

 

 

23:39 19/06/2010 Publié dans Général | Lien permanent | Tags : lis tes ratures |  Facebook

13
jui

"la dernière pierre" - fiction de Christine Van Acker

avant hier soir, malgré sinusite et fatigue organique, me voici au milieu d'une bibliothèque aussi appelée Maison du Livre. 

J'y retrouve Christine, Thierry qui m'ont accueillie récemment chez leur chez eux doux, vert et ombré. Leur maison d'hôte est une recommandation, autant que leur table.

la soirée est une lecture. Deux parties. Je ne mentionnerai que la première (je suis pourtant restée pour la seconde mais je préfère ignorer celle-ci).

trois jours avant la lecture sus-mentionnée, j'avais trouvé par hasard à Pêle-Mêle un exemplaire de ce livre que je voulais découvrir ce soir là. Entre Garcia-Lorca et Lautréamont, Christine Van Acker. 

ce livre, petit mais costaud est La dernière pierre.la dernière pierre

La lecture est audio sans visuelle. On écoute les voix et on entre dans cette pierre, dans cette vague qui tourne dans le granit. On devient le pied, la main, le coeur qui marchent au creux de cette pierre. On (re-)devient la pierre qui roule, qui subit le frottement. On devient la poussière humaine que le sol recueille. C'est une histoire, une lecture, un texte infernal, moulé comme un poing. Ci-dessous, les choses autour du texte et là, la fiction en toutes oreilles qui dure 27 minutes. Prenez votre temps.

*****************************

Christine Van Acker – La dernière pierre.
Illustrations : 
Stéphanie Buttay. Préface : Chantal Couliou. Collection Pleine Lune. 38 pages sur Bouffant crème. Couverture sur Keay Colour.           Format 14 x 16 cm.
ISBN : 978.2.930.235.89.9. Prix : 
9,00 €

(Il y a longtemps, à Sintra, au Portugal, un homme fut emprisonné à vie dans une tour. La seule chose qu'il pouvait y faire c'était marcher en rond. Il a tant tourné que le sol, aujourd'hui, en garde la marque ronde et creuse.)

Christine Van Acker est née avec l'invention de la « priorité de droite » en 1961. Elle a vécu son enfance sur un bateau et, aujourd'hui, elle n'est pas encore certaine d'avoir tout à fait le pied terrien. La dernière fois qu'on l'a vue, elle habitait dans un joli village qui s'appelle Lacuisine, en Belgique. Son tempérament nomade nous empêche de vous en dire davantage à ce jour.
Lauréate du Grand Prix SGDL 2009 de la Fiction Radiophonique pour « La dernière pierre ».

Née en 1968 au bord du Léman, Stéphanie Buttay traversa le lac et découvrit les auteurs de la Collection de l’art brut (Lausanne). Elle commença alors à jeter ses fils et ses lignes sur le papier. En 2005, elle a présenté son travail dans le cadre des Visions et Créations Dissidentes du Musée de la Création Franche (Bègles, Gironde), où elle figure désormais en tant que « créatrice concernée ».

Editions 
Les Carnets du Dessert de Lune, 67 rue de Venise, 1050 Bruxelles -B- dessertdelune@skynet.be  http://www.dessertdelune.be 
ou chez l'auteur : 
les.grands.lunaires@skynet.be 

Un extrait : 

 Je suis autour, je ne suis pas dedans.
Il est dedans, dedans la tour.
Il tourne, il tourne. Il ne se retourne pas.
Droit devant.
Chaque pas est le premier.
Il en fait un, il en fait dix, il en fait cent.
Et un autre qu'il n'a pas encore fait.

Je suis dehors, je ne suis pas lui.
Il tourne depuis cent ans.
Le sommeil, il ne le trouve plus. Le sommeil, c'est
derrière lui.
Il ne se retourne pas. Droit. Devant. Il tourne.
C'est de l'air traversé, c'est de l'évasion bon marché.
Quand on marche comme ça, on va forcément quelque part.
Il y va.
Je suis entrée. Non, je ne suis pas lui.
Pour les pierres de sa cellule, des tailleurs ont tapé fort,
coups après coups, ils sont venus à bout de la roche
brute, de la veine sauvage.
Ils lui ont donné une forme.
Alignées, ajustées, ces dalles sont faites pour durer plus
que ne durent les hommes, les fils des hommes, les
petits fils des hommes.
Lui, il tourne, il marche, il court, il appuie ses pas, il les
glisse, il les frotte.
Et la pierre commence à s'émouvoir. Elle s'use, elle
cède, se laisse prendre par cet homme qui oublie de
dormir, qui a tant de chemin à accomplir devant lui
avant qu'on ne vienne, peut-être, demain, le sortir de là, les pieds devants.

La pierre s'incline sous cette route infinie qui le mène depuis un an, depuis dix ans, depuis cent ans.

Je suis là. L'homme n'y est plus.
Il y a si longtemps de ça.
C'était du temps des histoires de princesses qui
dorment cent ans, des princes libres de venir les
embrasser et de repartir au loin, droit devant, tout
droit, plus loin que le bout de la terre tant leurs coeurs s'emballent quand ils aiment.

Je regarde la pierre creusée, le cercle étroit, parfait, sur le sol de la prison.
J'y place mes pieds. J'avance. Je tourne.
Je ne suis pas là.
Je ne suis pas lui.
Je suis entrée, non, je ne suis pas lui.
Je suis là.
Il y est.
Encore.
Nous y sommes. Nous tournons.
Ensemble.
Un an, dix ans, cent ans.
Un pas, un autre.
Jamais.
Le même. 

18:38 13/06/2010 Publié dans Général | Lien permanent | Tags : lis tes ratures |  Facebook

ah oui, j'ai oublié de vous dire que... je me sens écrire.

j'ai participé joyeusement à une ouvre collective (Avec Colette Nys-Masure, Nicolas Ancion, Veronika Mabardi, Rejane Peigny, Christine Van Acker, Alain Helissen, Vincent Tholomé, Vinciane Moeschler, Chantal Myttenaere, Françoise Lison-Leroy, Anne Schmitt) suite à la douce et enthousiaste invitation de Christine Van Acker. 
D'une phrase de môme, d'une réflexion, d'un sujet, ce livre(t) est né (merci Indications).

http://blog.lesgrandslunaires.org/je-me-sens-ecrire.html

je-me-sens écrire

Ce livre est distribué gratuitement. Si vous désirez le recevoir, c'est simple, vous envoyez les timbres. Contact : Christine Van Acker, les.grands.lunaires@skynet.be 

 

18:25 13/06/2010 Publié dans Général | Lien permanent | Tags : lis tes ratures |  Facebook

3
jui

"un homme qui dort" (Perec)

 

« Tu as tout à apprendre, tout ce qui ne s'apprends pas: la solitude, l'indifférence, la patience, le silence ». p62

 « Tu es seul, tu apprends à marcher comme un homme seul, à flâner, à voir sans regarder, à regarder sans voir. Tu apprends la transparence, l'immobilité, l'inexistence ».p64

FRAN HERBELLO ear wax
 
" En face du monde, l'indifférent n'est ni ignorant ni hostile. Ton propos n'est pas de redécouvrir les saines joies de l'analphabétisme, mais lisant, de n'accorder aucun privilège à tes lectures". p74

 « Qu’il fasse beau, qu'il fasse laid, que la pluie tombe ou que le soleil brille, que le vent souffle en rafales ou que nulle feuille ne bouge aux arbres...que tu sois perdu dans la foule ou seul sur une place déserte, tu marches encore, tu traines encore ».p79

 « Tu trouves, dans cette vie sans usure et sans autre frémissement ...un bonheur presque parfait, fascinant, parfois gonflé d'émotions nouvelles ».p87

 « Avec le temps, ta froideur devient fabuleuse ».p 97

 « Tu ne dis jamais s'il vous plait, bonjour, merci, au revoir. Tu ne t'excuse pas. Tu ne demandes pas ton chemin ».98

 « Tu n'es jamais pressé, jamais perdu. Tu ne regardes pas l'heure aux horloges. Tu n'as pas sommeil. Tu n'as pas faim. Tu ne bailles jamais. Tu n'éclates jamais de rire ».p98

 « L’indifférence n'a ni commencement ni fin: c'est un état immuable, un poids, une inertie que rien ne saurait ébranler ». p102

 « L’indifférence dissout le langage, brouille les signes. Tu es patient, et tu n'attends pas, tu es libre et tu ne choisis pas, tu es disponible et rien ne te mobilise »p103

 « Parfois, tu rêves que le sommeil est une mort lente qui te gagne, une anesthésie douce et terrible à la fois, une nécrose heureuse, le froid monte, lentement, t’engourdit, t’annihile » p148

 « Quelle merveilleuse invention que l’homme ! Il peut souffler dans ses mains pour les réchauffer et souffler sur sa soupe pour la refroidir ». p156

 « Le monde n’a pas bougé et tu n’as pas changé. L’indifférence ne t’a pas rendu différent ».p161

 

21:10 03/06/2010 Publié dans Général | Lien permanent | Tags : lis tes ratures, ego trip-e |  Facebook

31
mai

DEUX POÈTES DESCENDENT DE LA LUNE

DEUX POÈTES DESCENDENT DE LA LUNE

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• A La Maison du livre 24-28 rue de Rome, 1060 BRUXELLES
Vendredi 11 juin à 20h00
 accueil à 19h30

Une soirée-performances proposée par les Editions les Carnets du Dessert de Lune ! 

LA DERNIERE PIERRE
par Christine VAN ACKER
 

Christine VAN ACKER, lauréate du Grand Prix SGDL 2009 de la Fiction Radiophonique et du prix « Histoires courtes » au festival Les radiophonies, à Paris, pour La dernière pierre vous invite à venir écouter cet « ovni sonore ».
Pietro Pizzuti, dans le rôle du prisonnier, nous fait partager la folie de cet homme qui, à Sintra, au Portugal, il y a fort longtemps, fut emprisonné à vie dans une tour. La seule chose qu'il pouvait y faire c'était marcher en rond.
Il a tant tourné que le sol, aujourd'hui, en garde la marque ronde et creuse.
Une production de l’asbl Les Grands Lunaires
Design sonore et mixage : Thierry Van Roy
Durée : 27 minutes

 

NOUVELLES DU FRONT DE LA FIEVRE
par Jean-Marc FLAHAUT
Poésie électronique
 


"Le temps d'une soirée, musique, poésie & vidéo s'associent pour une lecture croisée avec l'Amérique comme toile de fond. Notes, souvenirs, combats, chansons, anonymes entr'aperçus de manière onirique, multiples éclats du miroir brisé du rêve américain comme autant de polaroïds susceptibles d'inventer une nostalgie pour un passé qui n'a jamais existé ou presque…"

Textes de Jean-Marc Flahaut
Création musicale : 8 Nonelabs
Illustration : Skyline (Yves Budin)
Vidéo : Steve Vrielynck
Avec la participation d'Anaïs Legrand 
Durée : 50 minutes

 

P.a.f. : 4 euros, 2,5 euros étudiants et chômeurs, 
entrée libre
pour les sans-papiers.
La première boisson est offerte !

22:06 31/05/2010 Publié dans Général | Lien permanent | Tags : lis tes ratures |  Facebook

1
mai

poème toi même


Luigi Serafini

LE TIGRE

je suis le tigre.
je te guette parmi les feuilles
aussi grandes que des lingots
de minerai mouillé.

le fleuve blanc grandit
sous la brume. te voici.

tu plonges nue.
j'attends.

alors d'un bond,
feu, sang et dents,
ma griffe abat
ta poitrine, tes hanches.

je bois ton sang, je brise
tes membres, un à un.

et je reste dans la forêt
à veiller durant des années
tes os, ta cendre,
immobile, à l'écart
de la haine et de la colère,
désarmé par ta mort,
traversé par les lianes,
immobile sous la pluie,
sentinelle implacable
de mon amour, cet assassin.






IL MEURT LENTEMENT CELUI QUI....

Il meurt lentement
celui qui ne voyage pas,
celui qui ne lit pas,
celui qui n’écoute pas de musique,
celui qui ne sait pas trouver
grâce à ses yeux.


Il meurt lentement
celui qui détruit son amour-propre,
celui qui ne se laisse jamais aider.


Il meurt lentement
celui qui devient esclave de l'habitude
refaisant tous les jours les mêmes chemins,
celui qui ne change jamais de repère,
Ne se risque jamais à changer la couleur
de ses vêtements
Ou qui ne parle jamais à un inconnu.


Il meurt lentement
celui qui évite la passion
et son tourbillon d'émotions
celles qui redonnent la lumière dans les yeux
et réparent les coeurs blessés


Il meurt lentement
celui qui ne change pas de cap
lorsqu'il est malheureux
au travail ou en amour,
celui qui ne prend pas de risques
pour réaliser ses rêves,
celui qui, pas une seule fois dans sa vie,
n'a fui les conseils sensés.

Vis maintenant!

Risque-toi aujourd'hui!

Agis tout de suite!

Ne te laisse pas mourir lentement!

Ne te prive pas d'être heureux!








Lamentation lente

Dans la nuit du coeur
la lente goutte de ton nom
glisse et tombe et brise et déploie
en silence son eau.

Légère sa blessure exige quelque chose
et sa déférence courte et infinie,
comme le pas d'un être qui s'égare
soudain entendu.

Soudain, soudain perçu
et dans le coeur répandu
avec l'insistance triste et le déploiement
d'un rêve froid d'automne.

La roue épaisse de la terre
fait rouler sa jante humide d'oubli
coupant le temps
en d'inaccessibles moitiés.

Ses dures voûtes couvrent ton âme
répandue dans la terre froide
avec ses pauvres étincelles bleues
volant dans la voix de la pluie.
 

Pablo Neruda 

23:14 01/05/2010 Publié dans Général | Lien permanent | Tags : lis tes ratures, ego trip-e |  Facebook

13
avr

chantiers

life so different from books
19-26/04/2010: Stage de butô avec Gyohei Zaitsu à Montreuil.
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04/05/2010: sortie du 2nd bookleg "la musique adoucit les morts" aux Editions maelström.
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06/05/2010: Performance d'encre et mots à l'espace Senghor (1040) lors du fiEstival #4
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08/05/2010: le kôAn du vIde pendant le fiEstival Maesltröm
*************************
21/05/2010 - 21/07/2010: Exposition de mes photos à la sublime vidéothèque Excellence, Bd Anspach - http://miladyrenoir-et-son-autre-oeil.skynetblogs.be/
*************************
30/05/2010: Concert du projet de l'asbl Remua pour le projet Choeur à l'école
*************************
Automne 2010: Sortie de mon roman "Bloody L"

 

11:23 13/04/2010 Publié dans Général | Lien permanent | Tags : lis tes ratures, ego trip-e |  Facebook

8
avr

Mireille (merci au blog de JR)

Sainte Mireille
 


Mireille Havet en 1927


Mireille Havet en 1931



Claire Paulhan publie le quatrième tome du magnifique Journal de Mireille Havet, qui témoigne d'une lente mais vertigineuse descente aux enfers de la « petite poyétesse » d’Apollinaire, méthodique et lucide organisation d'un suicide social (refus radical des conventions) et physique (polytoxicomanie effrénée): “Pas d’argent. Pas de rémission. Pas d’amis. Pas d’explication possible à leur donner qui, désormais, justifie que cet état se prolonge, du reste, et que je sois toujours empêchée de gagner normalement ma vie. Je ne suis plus un enfant qui attire la compassion et un intérêt attendri. Comme les autres, seule comme les autres, un cas entre des millions, sans autre singularité qu’un glorieux et étincelant début et une fin lamentable, complètement anonyme et obscure pour tout ce même monde qui, à 15, 16, 17 et jusqu’à 25 ans même, attendait de moi son divertissement intellectuel principal, m’accordait du génie et, en échange, me promettait une gloire sans précédent. (...) Progressivement, je le répète, comme un rouleau compresseur qui avance, ne connaît aucun obstacle et fait lentement son travail d’heure en heure, la morphine a tout détruit, tout sapé, tout anéanti, et j’ai tout perdu, mon amie, son argent, nos maisons, ma confiance, ma santé, mes années, mon talent, mon courage, ma fraîcheur, l’amour, même l’amitié, la poésie qui s’est retirée de moi comme la mer abandonne un rocher trop ingrat et qui, désormais, déchiqueté, rude, délaissé, presque effrayant dans son isolement dès lors éternel, s’élèvera seul des flots, sans oiseau et sans graine, sans terre surtout pour qu’y germent les graines apportées des oiseaux, sans rien à l’infini et dans l’Eternité que le ciel et la mer, tout deux aussi distants et aussi éloignés de lui.
J’ai tout perdu, ma vie, mon instinct de vivre, ma répugnance du mal, mon goût de me soigner. La morphine, cette écharde invisible du début, est devenue le poignard, la hallebarde qui, à travers mon corps, a transpercé mon cœur et m’a tuée, m’a clouée au sol le plus bas, à la terre boueuse où l’on m’enterrera… enfin ! La morphine, et sa sœur la cocaïne, et l’héroïne son aînée, sept fois plus dangereuse et toxique qu’aucun des poisons, ont peu à peu tout remplacé et maintenant me restent seules.
Comment voulez vous que, n’ayant plus rien, je n’aie pas fait le pacte du diable, de l’âme vendue, avec mes pires ennemies ? C’est pour les acheter que je donne mes derniers billets, que j’emprunte, mendie à n’importe qui. Je vendrai sans doute tout pour cette unique et dominante dépense qui me détruit, comme le vitriol dissout le squelette même de l’homme et ses bagues, car même tous les métaux sont détruits par lui et son acide inguérissable et brûlant.»

Mireille Havet est morte le 21 mars 1932 à Montana en Suisse dans le même sanatorium où son ami René Crevel avait séjourné. Elle sera enterrée au cimetière de Montana. Au fil du temps, sa tombe disparaîtra dans l'anonymat.

00:24 08/04/2010 Publié dans Général | Lien permanent | Tags : lis tes ratures |  Facebook

Performance courte mais brève de Milady Renoir au FiEstival de maelström le 6 mai à l'Espace Senghor

Le 6 mai 2010 à 20h00, MaelstrÖm reEvolution fiEstival

20h Lectures et Performances

Une soirée entièrement au féminin, 12 voix ,toutes singulières, de femmes en poésie et performance. Très heureux de recevoir encore la grande poétesse et performeuse états-unienne Anne Waldman que nous avions déjà rencontré lors du 2e fiEstival ! À côté de 
Anne Waldman, sa traductrice Marianne Costa (Fr), ainsi que les artistes suivantes : Sheri D. Wilson (Ca), Andrea Thompson (Ca), Laurence Vielle (Be) en vidéo, Julia Musté(Fr), Laurence Barrère (Fr), Maja Jantar (Be), Catherine Delasalle (Fr), Édith Azam (Fr), Nathalie Gassel (Be) et Milady Renoir 
Un vrai florilège accompagné en musiques improvisées par la
Troupe Poétique Nomade

22h30 : Signatures et dédicaces des livres par les auteures

 

00:04 08/04/2010 Publié dans Général | Lien permanent | Tags : ego trip-e, arts, lis tes ratures |  Facebook

24
mar

Textes d'un Braconnage vertueux

cara barer damagedbookÀ l'âge primaire, je lisais les X-Men, les Strange, les Comics, je me disais que les méchants étaient mes alliés favoris.

À 11 ans, je lisais les Paperbacks éroticopornocons de l'étagère trop haute dans le café de mes grands-parents, je me disais que l'Interdit était mon personnage favori.

À 13 ans, je lisais le Seigneur des Anneaux, le Cycle de Dune, les Robots, je me disais que l'Ailleurs était mon antre favori.

À 15 ans, je lisais Miller sous ses Tropiques et Burroughs avec sa pique, je me disais que l'Ivresse était mon trou favori.

À 18 ans, je lisais les Blacks qui voulaient le Power, poings levés, je me disais que la Lutte, finalement, était mon crédo favori.

À 22 ans, je lisais la Bâtarde, l'asphyxie, l'affamée, je me disais que la Laideur était mon matériau favori.

À 27 ans, je lisais Otomo, Shirow, Matsumoto et quelques autres Mangaku, je me disais que le Trafic d'organes était mon sport favori.

À 32 ans, je lisais les classiques au grand C, je me disais que la Norme pour la Norme était mon ennemi favori.

À l'âge de la Maternité, je lisais Pascal Quignard, ses Paradisiaques, ses Sordissimes, ses aphorismes, ses truismes, je me disais que le Bordel était mon empathie favorite.

À 46 ans, je lisais Nietzsche, Deleuze, Spinoza, Bourdieu, je me disais que la Crise allait être mon leitmotiv favori.

À 73 ans, je lisais des contes pour enfants, je me disais que l'Invisible serait mon V.I.T.R.I.O.L favori.

 

 

A 15 ans, le Tropique du Cancer de Miller, un Poche perdu dans la "bibliothèque" de mes grands-parents, me tombe sur le corps. Ni la couverture, ni le titre n'auraient pu plus m'attirer que l'encyclopédie des armes de chasse autrichiennes, le manuel de pêche à la mouche en Irlande ou les quelques 27 biographies du Général La Gaulle (dixit mon grand-père) dont les couvertures arboraient la Croix de Lorraine de Colombey-les-Deux-Eglises derrière un Général les bras en croix comme un Christ ressuscité. Chasse, Pêche, Tradition sur les étagères. Quelques animaux empaillés (trophées de chasse et animaux domestiques favoris), des années de poussière, et là, au milieu de tout ce monde décati, deux Tropiques. Cancer et Capricorne entre Poule Faisane et Perdreau. Ces deux tropiques vont ouvrir ce monde que j'appréhendais tant. Ce n'est pas tant le souffre, le mercure ou la rouille que je sentais dans ma bouche qui m'excitait, j'avais déjà lu quelques autres impuretés, mais bien le tout dicible, la liberté d'expression du corps et de l'esprit liés, la notion d'errance, de vagabondage.

À 18 ans, j'ai abandonné l'idée de l'école, je suis encore bonne élève mais c'est ma grande gueule et mes bons mots qui répondent aux injonctions des profs, mots hypocrites, joueurs, provocateurs, manipulateurs. Je ne veux pas réfléchir, ou fléchir sous le poids du cadre scolaire ou familial, je veux être dans les nuits, je veux sentir la sueur, me frotter aux murs, baiser, sortir, dériver, glander, errer, me perdre. Je lis la journée, je sors la nuit, je graffitise la ville de sucs et venins et salives. Je loupe des cours jusqu'à la veille de mon Bac que je passe avec une gueule de bois digne d'un vieux marin. Je veux de l'ébène, je veux de la transe, je veux du cliché, du référentiel, du clanique. Mes grands-parents, sentant la fugue, m'offrent à ma majorité un rosier blanc et une chevalière en or, m'avisant que si jamais je ramène un noir ou un arabe à la maison, ça chiera. Moi, je plonge, Sapphire, Saul Williams, Iceberg Slim, malcolm X, Gil Scott Heron, Maia Angelou, Racines, Wu Tan Clan, NTM, les Neg'Marrons. De lectures sombres (Lautréamont, Baudelaire, Verlaine, Corbière, ...), je tombe dans les lectures noires.

Je danse, je bouge mon bouldé, je touche des peaux, je teste, je mange, je capte, je tente, je suis la toubab des cainfs et la copine des mwinkas. Je suis plus noire que les blacks. Je dévore l'Afrique, les Antilles, Frantz Fanon, Aimée Césaire, l'AfroAmérique, les âmes d'ancêtres qui ne sont pas miens, des étrangers adoptés, apprivoisés, je change de sang. De cette période de mimétisme, de lutte (quand même aussi), de provocation (évidemment), de solidarité (universalisme doux), je garde le ventre, celui du clan, celui du monde, un ventre remuant, un ventre grandiloquent, un ventre noirci, pas encore calciné.

À 25 ans, une amie adoptive me prête un livre. La bâtarde de Violette Leduc. Tu aimeras, ça te ressemble, ajoute t'elle. Sur la quatrième de couv', des citations de la de Beauvoir et du Sartre. Je flippe, je ne vais rien piger. Existentialisme, Internationalisme. Féminisme. Mon-Cul-isme. Je lis un peu d’Hervé Guibert, un peu de poésie truc, un peu de roman machin. J'apprivoise mal le monde, je vis partout et nulle part. J'attends un truc. Et puis ce nom à la con, Violette Leduc, de quoi rebuter le plus rat des bibliothécaires.

Puis.

"Je suis un désert qui monologue".

Première phrase assassine, presque ridicule. Echo à celle de Jacques Rigaut "le jour se lève, ça vous apprendra".

La Leduc écrit d'un Soi dévergondé, en train d'être, entrain d'enfler, dégonfler, s'emplir, se vider. Va-et-vient du bien au mal, et le contraire. Une femme ligotée au monde par des liens filandreux, une forme organique de "l'enfer, c'est les autres", hein, Jean-Paul.
La Leduc en bave d'être vivante alors elle fait payer aux autres, la Leduc est une salope qui persécute sa dame de compagnie, qui castre des maris et allume des amantes.
Leduc, Super Laide aux pouvoirs du mot rageur. De ses livres, de sa langue, j'hérite d'une forme d'introspection violente, d'une écriture automatique fébrile, telle une lame d'assassin qui se menace du mauvais côté du couteau. Ecrire pour qui? Ecrire pourquoi? Leduc écrit, pas d'autre issue.

15:00 24/03/2010 Publié dans Général | Lien permanent | Tags : lis tes ratures, ego trip-e |  Facebook

Don Quichotte de Kathy Acker, publiée chez Désordres

Les Éditions Laurence Viallet, poursuivant le travail de la collection Désordres, sattachent à publier une littérature ambitieuse, à faire circuler des pensées, des formes originales et iconoclastes. Loin du consensus, du divertissement neutre, du produit de consommation courante rapidement oublié, il nous apparaît que la littérature a vocation à semer le désordre partout où lordre sinstalle. Notre catalogue abritera des textes et des auteurs radicaux et singuliers, dont les uvres élargissent les horizons de la pensée, bousculent les normes, repoussent les limites de la littérature, des idées, du langage. De ce débordement découlent une intense énergie et une régénération littéraires. Privilégiant des livres de fonds, destinés à sinscrire durablement dans le paysage culturel, les Éditions Laurence Viallet cherchent à témoigner dune vision au long cours, car les auteurs publiés aujourdhui figureront dans le patrimoine de demain.

Ainsi en est-il du premier texte que nous publions le 18 mars 2010, le chef-duvre de Kathy Acker, Don Quichotte, dont vous trouverez une présentation ci-dessous.

Bien cordialement à vous, et à bientôt,

Laurence Viallet

lv@editions-laurence-viallet.com 
http://www.editions-laurence-viallet.com
73-75, rue de la Plaine - 75020 Paris

KATHY ACKER

Don Quichotte

En librairie 
256 pages - ISBN : 978-2-918034-00-1 
Traduit de langlais (États-Unis) par Laurence Viallet

Chez Kathy Acker, don Quichotte est une femme qui, devenue folle après avoir subi un avortement, se lance dans une formidable aventure : se faire chevalier errant et combattre les enchanteurs malins de lAmérique moderne en poursuivant « lidée la plus insensée que jamais femme eût conçue. Cest-à-dire, aimer ». 
Accompagnée dans sa quête damour par le chien saint Siméon, son Sancho Panza, elle erre dans un monde de mensonges et de faux-semblants, marqué par la brutalité des rapports entre sexes, la violence sociale, lirrationnel religieux, loppression. Elle parcourt les rues de New York, de Londres, dun Saint-Pétersbourg désolé, guerroyant contre son époque, les figures masculines historiques, mythiques, et littéraires (le Christ, Machiavel, Richard Nixon, Thomas Hobbes…). Au cours de cette errance, elle cherche à découvrir son identité, à nouer des liens émotionnels et sexuels, et ce malgré les enchanteurs malins, ennemis de la libre expression, qui rendent lamour impossible et sont ici le capitalisme ravageur, le matérialisme, la pauvreté, laliénation, la servilité. 
Comme chez Cervantès, le roman de Kathy Acker est traversé dautres textes. Lon y rencontre des romans damour courtois revus et corrigés par Acker (Lulu, Pygmalion, Les Hauts de Hurlevent, mais aussi Le Guépard, LHistoire de Juliette…). Dans une folle explosion poétique et polyphonique, Kathy Acker pulvérise les frontières du genre littéraire (lautobiographie devient fiction, le théâtre essai philosophique, le récit se fait poésie), travestit les canons de la littérature et emprunte à la culture populaire (Prince, Godzilla…), sen prenant aux institutions sociales (famille, identité sexuelle, normes…) et littéraires (lauteur, le récit, le plagiat, la fiction…). 
Dans ce somptueux et magistral roman – dont nous proposons une nouvelle traduction –, qui est sans doute celui de Kathy Acker qui pose plus que tout autre la question du genre, du féminisme, et de la liberté féminine (préfigurant les problématiques queer) lauteur, dans sa volonté rimbaldienne de briser « linfini servage de la femme » par la poésie nous offre un texte visionnaire, drôle, fou, insolent, savant, reconnu comme un de ses livres majeurs, qui véhicule une énergie, une vivacité époustouflantes et corrosives.

Acker est une Colette postmoderne dont luvre a le pouvoir de refléter lâme du lecteurWilliam Burroughs

Il est très salutaire de lire Kathy Acker. Le Monde

Lun des plus audacieux et des plus brillants romanciers américains de ces trente dernières années. Los Angeles Times

 


Sa sensibilité à vif, son intelligence subversive, son esprit ravageur font de Kathy Acker un auteur qui ne ressemble à aucun autre. New York Times

13:26 24/03/2010 Publié dans Général | Lien permanent | Tags : lis tes ratures |  Facebook

22
mar

Une nouvelle Rock (publication)

couverture livre des nouvelles du RockUne nouvelle lauréate du concours de nouvelles rock que j'ai écrite avec mes souvenirs déglingués sera publiée dans un recueil intitulé "des nouvelles du Rock", la première édition.

"Des nouvelles du Rock" (clic on pic for more info) sera présenté à l'occasion du salon du livre de musique à Lorient les 28, 29 et 30 mai 2010.

Pour information, la deuxième édition du concours de nouvelles Rock a débuté en octobre 2009 et se termine le 1er mai 2010.

La remise des prix aura lieu le samedi 12 juin 2010 à Lorient avec Patrick Eudeline et d'autres écrivains dont certains membres du jury. 

Qui sont ceux qui ont écrit du rock? (me included)

http://sites.google.com/site/mycafecastor/temoignages-participants

J'suis donc ravie, en plus d'être rockée comme un boat.

22:53 22/03/2010 Publié dans Général | Lien permanent | Tags : lis tes ratures, ego trip-e, muse hic |  Facebook

5
mar

Soutien au Frater Spartakus: Les Sigils, la magie du XXIème siècle de Spartakus FreeMann et Soror DS est paru

Message de Spartakus Freemann, père et frère:

please love me sigil

"Notre ouvrage, co-écrit avec Soror D.S., Les Sigils, la magie du XXIème siècle vient de paraître aux éditions Bussière ! Il s’agit là du premier livre sur les sigils et l’un des rares écrits relatifs à la magie du chaos en français.

En un peu moins de 150 pages, vous découvrirez l’origine talismanique de la magie contemporaine, de la Renaissance au XIXe siècle ; l’apport d’Austin Osman Spare et des magiciens de la chaos, avant de plonger dans les techniques spécifiquement sigillaires. Celles-ci sont simples et décrites de manière claire et concise afin que le magicien puisse passer de la théorie à la pratique en deux coups de crayon.

Vous pourrez vous le procurer prochainement chez votre libraire favori ou vous pouvez déjà le commander sur 
Amazon.fr.

Extrait du 4e de couverture :

« La magie des sceaux est probablement l’une des disciplines magiques les plus rapides et les plus faciles à apprendre. La plupart du temps, vous n’aurez besoin de rien d’autre que d’une feuille de papier et d’un crayon. Avec un peu d’expérience, vous aurez fini une opération entière, en comptant la “mise en route” et le bannissement final, en moins de cinq ou dix minutes. Impossible de faire plus vite — même magiquement ! » Frater U. D. — Practical Sigil Magic.

Les sigils (du latin sigillum, « signe ») dont il est question dans ce livre se rattachent aux sceaux et talismans classiques connus de tous les pratiquants de la magie. L’approche proposée ici est cependant inédite dans les pays francophones. Or il était grand temps de mettre à la portée du public une méthode considérée comme hautement efficace et facile à mettre en œuvre par ceux qui la pratiquent.

Grâce aux techniques que nous proposons, le lecteur pourra créer ses propres talismans tout aussi opérants, voire davantage, que les compositions traditionnelles. Pour élaborer des sigils, il n’est en rien indispensable d’étudier la talismanie traditionnelle, puisqu’il s’agit simplement d’inscrire une intention magique dans un glyphe, un dessin ou un son, puis de l’activer et le laisser agir.

Les sigils peuvent être mis en œuvre pour obtenir toutes sortes de résultats : trouver des solutions à des problèmes concrets, argent, amour, réussite professionnelle, mais également aider au développement personnel, entreprendre l’exploration de sa psyché, se débarrasser de mauvaises habitudes, déclencher des rêves prémonitoires… Les applications n’ont de limite que l’imagination du praticien.

Merci de faire circuler l’info autour de vous.

Spartakus"

Si vous voulez voir une application de Sigils faite maison, (vieille histoire), alors reportez-vous dans le passé vers ça...

10:21 05/03/2010 Publié dans Général | Lien permanent | Tags : lis tes ratures |  Facebook

18
fév

tonite, tonite... rappel

final small

14:17 18/02/2010 Publié dans Général | Lien permanent | Tags : arts, lis tes ratures, ego trip-e |  Facebook

11
fév

Troupe Poétique Nomade - Milady lira lira

final small


Mon prochain bookleg "la musique adoucit les morts" sort vers le printemps...

vous voulez un échantillon?

venez écouter ça et les autres à la Gougoutte à Ixelles... 

22:53 11/02/2010 Publié dans Général | Lien permanent | Tags : arts, lis tes ratures, ego trip-e |  Facebook

4
fév

Graine de Sable N°6 disponible

Un extrait du texte de la performance que j'ai faite dans l'atelier de Pascale Barret est publié dans Graine de Sable.
au commencement était le verbe - 22 nov 09
La vidéo de la performance sera un jour disponible.

http://caravanesproduction.com/dececotedumiroir/


texte entier:

(respiration)

au commencement était le verbe

et au commencement était le Verbe

et au commencement était le Verbe

et au commencement était le Verbe

et le Verbe

et le Verbe était tourné vers le verbe

et le Verbe était verbe

et il était au commencement tourné vers... (respiration)

et Tout fut par ...

(respiration)

et le verbe

et Tout fut par ...

(respiration)

et rien de ce qui fut ne fut sans verbe

et en le verbe était la vie,

et la vie était la lanterne des hommes,

et la lampe brille dans les ténèbres,

et les ténèbres ne l'ont pas comprise.

et le Verbe s'est fait chair

et le Verbe s'est fait chair

et le Verbe s'est fait chair

et il a planté sa tente en moi,

et j'ai vu sa ferveur, sa gloire

et le Verbe s'est fait chair

et le Verbe s’est

et

et au commencement était le glaive

et au commencement était le glaive

et le butin des violences court

et après quoi

et après

et les guerres font trame

et les voix disent chaos

et les cordes s'enroulent

et l'accalmie se fait la malle

et le verbe s'est fait cri

et le verbe s'est fait

et le verbe est fait

et le verbe fait

et

(respiration)

et au commencement était le corps

et au commencement était le corps

et le corps était tourné vers le corps

et le corps était verbe

et il était au commencement tourné vers le corps

et tout fut par le corps

et rien de ce qui fut ne fut sans le corps

(respiration)

et le verbe s'est fait chair

et il a planté sa pente en moi

et le verbe s'est fait double

et le corps fut défait sur un calque
et le corps fut défait, comme un souffle

et au commencement était le souffle

et au commencement était le souffle

et au commencement, ...

(respiration)

et le souffle divague,

et là, attends, es-tu vivant?

(respiration)

et au commencement était la peau

et au commencement étaient mes peaux

et les hommes dessinent sur les parois

et les femmes saignent en soi

et les corps sont déposés, désarmés

et les bouchers retournent leurs couteaux

et les lapins, leurs pyjamas,

et les crins font signe, signes

et les dermes vibrent, signes,

et le sang noir comme un avis d’expulsion

et derrière tout, tu l'as vue, l’encre ?

et derrière

et

(respiration)

et au commencement était l'ongle

et au commencement était l'ongle

et au bout de mes mains, des javelots

et l'ongle scarifiait le sol

et l'ongle scratchait les papiers,

et les papiers jouissaient,

et les papiers

et

(respiration)

et là, j'hésite

(respiration)

et là, j'hésite

(respiration)

et là,

et

(respiration)

et au commencement était le sol

et au commencement était le sol

et au début du sol, une encre

et l'encre était tournée vers la Terre

et l'eau prit peur, atterrée

et l'eau fendit la roche, à terre

et la boue germa

(respiration)

et cette glaise était le verbe

et la terre était tournée vers le verbe

et la terre était verbe

(respiration)

et elle était au commencement tournée vers ... (respiration)

et Tout fut par ... (respiration),

et rien de ce qui fut ne fut sans boue

et en la boue était la vie,

et en la boue,

et la boue,

et

et au commencement était le noir,

et au commencement était mon noir,

et tout fut par le noir

et rien de ce qui fut ne fut sans le noir

(respiration)

et en le noir était la vie,

et le noir était l’éclairage des hommes,

et un rayon X brille dans mes ténèbres,

et mes ténèbres ne l'ont pas compris,

et au commencement était le noir,

et le noir,

et

(respiration)

et au commencement était le sang,

et au commencement était mon sang,

et dans mes veines, un liquide fuit

et dans mes cuisses, un flux fugue,

et dans l'antre, une implosion dévale,

et tout fut par le sang,

(respiration)

et en le sang était la vie,

et le sang était l'eau des berceaux,

et le sang vrille dans mon tronc,

et mes ténèbres ne l'ont pas compris,

et au commencement... (respiration)

le sang était tourné vers... (respiration)

et

(respiration)

et au commencement était la Langue

et au commencement était ma langue

et l'homo loquens tira sur tout

et la serpe s'abattit sur la langue

et mais, au fond, dans la gorge vide,

et si la langue s'ennuie,

et tout, échec et mat,

et la langue se découpe

et la langue coule sur des virages

hé ! ne mange pas ton nerf sciatique,

hé ! ne mange pas,

et gardes-en pour la faim,

et au commencement était ma langue,

et le mensonge est roi,

et

(respiration)

et au commencement était la langue

et je la tire,

et je la tire,

et

(respiration)

et je tire sur ma langue,

et je tire,

et ma langue

et ma langue s'étire

et

(respiration)

et au commencement était l’ombre,

et au commencement était une lumière

et là, j'hésite

et là, j'hésite

et là,

et

(respiration)

et là, je dis, attends

et là, on rallumerait les lumières

et au commencement serait le verbe,

et l'orobouros aurait son saoul,

et la photosynthèse n'y aurait rien fait,

et la limace de mer, L’Elysia chlorotica

est un animal qui s'autoproduit

et son algue, la Vaucheria litorea

séquestrée dans l'épithélium digestif de cette limace est sa seule nourriture

(respiration)

et tout se fait comme si rien n'était écrit

(respiration)

et tout se fait comme si rien n'était écrit

(respiration)

et tout se passe sans que ça s'explique,

et tout se passe sans que ça s'explique

(respiration)

et tout continue, tout continue, tout, perpétué,

(respiration)

et tout fait tout,

(respiration)

et au commencement était le plancton

et ce putain de plancton à la con

et là, ça fait très chute de chanson,

et à la con,

(respiration)

et…

et…

et…

(respiration)

et au commencement était le verbe

et au commencement était le silence

et au commencement était le verbe

et au commencement était le silence

et au commencement était le verbe

et au commencement était le silence

et au commencement était le verbe

et au commencement était le silence

et au commencement était le verbe

(respiration)

et au commencement était le silence

et au commencement était le verbe

et au commencement était le silence

(respiration)

et au commencement était le verbe

et au commencement était le silence.
(ad lib.)

© « Encre, Œuf, Texte » - texte & corps de Milady Renoir Musique/Jeu(x)/Lumière/Composition/Scène par Agoraphonic

18/11/2009 – No preview #1 (merci à Pascale Barret)

22:49 04/02/2010 Publié dans Général | Lien permanent | Tags : lis tes ratures, ego trip-e, arts |  Facebook

16
jan

ce soir

 lavant2

 







Vs.

m moreau













@ Poème - Saint-Gilles

 

18:49 16/01/2010 Publié dans Général | Lien permanent | Tags : lis tes ratures |  Facebook

15
jan

Extrait de STEPPE de Vincent Tholomé

 Christian Weaber sand











Nous serions nés il y a trente ou cinquante ans. Entre les pierres et les os des bêtes ras-du-sol. Humant l’air de nos narines humides. Indéfiniment. Nous serions des mâles en rut. Perpétuellement. Mesurant deux mètres au garot. Le crâne parfaitement lisse. Rasé de près. À la lame Gilette. Pesant deux cents livres et portant des bottes de peaux aux talons compensés. Ressemblant à des bêtes en somme. À des boeufs musqués de la plaine. Aux têtes dures des toundras. Petites fourmis pourtant naviguant dans la steppe. Errant au hasard d’un bord à l’autre de steppe. Transportant nos yeux crevés. Nos cicatrices. Taillant le soir nos dents en pointe. Limant nos barbes de trois jours. Nous roulerions des mécaniques. Avançant d’un pas lent et lourd. Enfonçant nos corps massifs dans les plaines. Les brouillards infinis recouvrant monde. Recommençant l’affaire tous les jours. Petits robots mécaniques ne connaissant ni fatigue ni douleur. Engoncés dans le mouvement perpétuel. La lente progression de la troupe parcourant terre. Un rien pourtant nous distrairait. Nous arrêterait au bord des routes. Des sales pistes gelées. Une canette vide ferait l’affaire. Déclenchant entre nous une guerre franche et sportive. Nous divisant soudain en deux clans. Expédiant alors nous autres des grands coups dans l’espace. Propulsant l’aluminium dans les airs. Tentant nous autres de marquer un but. De vaincre l’adversaire. La moitié d’entre nous torses nus. Les autres vêtus de leur casaque de cuir. Tout toujours se terminant en pugilat. Notre activité physique favorite. Cassant deux ou trois dents. Faisant sauter les plombs. Nous péterions pourtant la santé. Habitués nous autres à la vie saine. Au grand air. Aux longues heures passées tapis dans l’ombre. Observant à la jumelle infra rouge le mouvement des troupes. Nous confondant avec la terre. Laissant pousser sur nous les mousses et les fougères. Attirant sans le vouloir les ruminants. Les vaches maigres et musquées. Les bêtes broutant nos pétoires. Explosant soudain dans les airs. Se répandant alors en miettes. En poussières de bêtes. Entre les fleurs et les graminées. Manquant pourtant nous autres chaque hiver de claquer. Terminer notre course effrénée quelque part. Un lac de bitume ou un trou dans la terre. Une caverne rapidement improvisée. Supposée nous sauver du froid. Du gel et du vent. Épuisant nos réserves de conserves en quinze jours. Regrettant subitement de n’avoir pas fait les courses. De nous être une fois de plus disputés. Divisés sur l’affaire. Ne tenant jamais à jour le nombre de fois où chacun aurait pris sa bécane. Sa superbe moto japonaise. Oubliant dès lors qui se serait rendu dernièrement à l’hypermarché. Chacun accusant l’autre de noyer l’affaire. De chercher comme toujours à carotter. Échapper à la corvée. Suçant nous autres pour tuer le temps des graminées. Affectant ainsi les connections nerveuses. Assoupissant nos pensées. Ralentissant soudain nos gestes. Nous fragilisant soudain nous les chiens fous des toundras. Le petits soldats de l’armée Kouropatkine. Parcourant la terre. Effrayant les sédentaires. Les milliers de fermiers dispersés dans la plaine. Les milliers de fermières protégeant leurs arrières. Comme tout le monde nous choperions des maladies. Subirions des attaques en règle de bactéries. Nous moucherions dans nos manches chaque fois que nous prendrions d’assaut une usine chimique. Un laboratoire secret camouflé dans un champ. Une fausse discothèque à néons roses et bleus. Quelquefois nous serions temporairement hors service. Refusant soudainement de nous lever. De quitter la douce chaleur des yourtes. Le doux plaisir des draps. Prétextant n’importe quoi. La perte provisoire de l’usage d’une jambe. Une attaque cardiaque. N’importe quoi. Nos corps seraient tellement mis à rude épreuve. Nous passerions alors des heures au lit. Nous adonnant à la lecture de magazines. De catalogues anciens pour salle de bains. Admirant les tuyauteries. Prenant des notes sur les carrelages. Passant d’incroyables commandes. Nous demandant si tout cela toute cette affaire se réaliserait un jour. Nous adonnant à notre seul vice. Nous cassant parfois une jambe exprès. Gardant le lit. Gavés de bouillons gras. De petits plats en sauce. Habilement préparés par elles. Nos garçonnes. Nos petites chéries d’amour. Nos nanas en sucre d’orge. Nous refilant toujours de génération en génération les mêmes visages carrés. Inexpressifs. Les mêmes mains taillées pour la route. Les mêmes petits yeux porcins. Nous ressemblant tous comme des frères. Des amis sincères. Extraordinaires. Trinquant souvent ensemble dans les bars. Avalant des laits de chèvres. Comparant les nicotines. Les infimes variantes d’additifs et de goudron. Défendant bec et ongles telle ou telle marque. En venant aux poings. Étendant pour le compte l’adversaire. Le laissant pour mort sur les planches friables. L’abandonnant à son sort. Sortant alors nous autres du boui-boui. L’arme à bout de bras. Pétaradant sur les places publiques. Défonçant les fenêtres. Muscles bandés. Nous trébuchant pourtant toujours au retour. Nous prenant nous les pieds dans les tapis indiens vers minuit. Quand nous rentrerions de virée si possible sans bruit. Pénétrant le doigt sur la bouche dans nos yourtes. Nos belles maisons conjugales en toile de plastique blanc. Si étincelantes à l’horizon sous le soleil d’été. Incapables nous autres de lever nos chaussures et nos pieds à plus de cinq millimètres du sol. Recevant alors sur nos têtes un coup de bambou. Un rouleau à tarte. N’importe quoi. Nous expédiant tous sur le sol. Allongés pour le compte. À la merci de nos femmes. Nos garçonnes rieuses et colériques. Ne nous laissant rien passer. Aucun écart. Nous trouant la peau sinon. Diraient-elles. Feraient-elles. Nous envoyant rejoindre nos pères. Nos glorieux ancêtres. Ailleurs. Dans un autre temps.

Vincent Tholomé.

http://remue.net/spip.php?article3469
(illustration by Christian Weaber)

10:11 15/01/2010 Publié dans Général | Lien permanent | Tags : lis tes ratures |  Facebook

14
jan

Marie L. signe

Invitation









Rencontre/Dédicace
RED SOFIA SONG de Marie L.
Samedi 23 janvier 2010
17h30-20h00
Librairie LES CAHIERS DE COLETTE, 23/25 rue Rambuteau, Paris.

Red Sofia Song, je l'ai lu entre Noël cruel et Jour de l'An bienveillant. Je l'ai lu pour savoir, pour rencontrer, pour connaître un visage derrière un ou deux que je connais déjà de S. Marie L. J'ai mangé des phrases sans ponctuation, sans respiration. Il y a eu un creux dans mon sternum, convexe, complexe. Un jeu avec les envies, les espoirs. Il y a eu une dérive, un bord de mer jaune, un ciel rouge. Des images précises comme un rappel d'une vie abordée avec oubli. Le livre a été comme une mémoire, nue la nuit*, avec ce que je peux engendrer de retour. J'ai senti une proximité, un rapport nu au corps cloîtré dans un coeur pur, rude, noueux. J'ai fermé le livre avant la dernière page. J'ai vécu entre temps quelques fuites, quelques débordements, quelques conséquences. Il y a une semaine, j'ai reserré le livre, près d'un lit que je n'habite plus depuis des semaines, sauf pour y ranger le linge, les papiers, les objets trouvés. J'ai lu, enfin, en fin, la dernière page, puis celle qui lui succède, les mercis, les on dit. Une fin heureuse sans prince apprivoisé, ni dragon déchu, juste une putain envie de vivre avec, une salope de vision tournée vers le soleil, aussi brûlant, avide et aride soit-il. Un soleil avec un ver dedans, mais un soleil qui donne photosynthèse et hâle de miel, et finalement, quand le coeur aura cessé de battre, peut-être que nous serons heureux d'avoir un joli teint. Nous aurions le rictus enjoué grâce à cette peau qui se collera bientôt sur les os, fiers de celle qui nous aura le plus rendu service, la peau - nos dermes, nos couches.
Ce livre, S. Marie L., a été une seconde peau lors d'une fin d'année ridicule et puérile, je te remercie, chère, et t'embrasse sur un minuscule bout de cette peau, tatouée à l'or fin.


* et parler de la nuit alors qu'on ne dort jamais, nous le savons, quelle piètre imposture.

00:04 14/01/2010 Publié dans Général | Lien permanent | Tags : lis tes ratures, ego trip-e |  Facebook

13
jan

MM Le mot dit... (hum)

Diane Arbus asylum inmates

C'est grâce à quelques hommes qui paraissent inutiles qu'l y aura toujours un certain nombre d'hommes incontestablement utiles. La meilleure partie du bien qu'on fait autour de nous à cette heure, est née d'abord dans l'esprit de ceux qui négligèrent peut-être plus d'un devoir immdiat et urgent pour réfléchir, pour rentrer en eux-mêmes, pour parler.

Maurice Maeterlinck, la sagesse et la destinée.

11:41 13/01/2010 Publié dans Général | Lien permanent | Tags : ego trip-e, lis tes ratures |  Facebook

1
jan

l'amour, la poésie...

monstre-picasso
La poésie n’est qu’une longue lutte contre la mort ( qu’on tâche de connaître, avec l’idée qu’on acquerra ainsi un moyen de la dominer ). C’est en cela qu’elle se rapproche de la mystique, dont le seul but est d’acquérir étant vivant des gages tangibles d’immortalité.
La hantise de l’absolu n’est que la hantise d’un plan où le temps n’existerait pas, de sorte que la mort y serait niée. On se crée un monde poétique parce que dans ce monde tout paraît intangible et non soumis à la vicissitude des corps. A la base de toute évasion, ce n’est pas un désir de pureté qu’on trouve, mais la peur ; et même quand on croit vraiment aimer la pureté, ce n’est pas parce qu’étant intemporelle elle est plus noble, mais seulement « intemporelle » au sens strict du mot, c’est-à-dire non assujettie au temps et à la mort. Tout n’est que lâcheté religieuse ( comme dit [Carl] Einstein ).
( Il s’agit naturellement de processus qui sont très loin d’être nécessairement conscients.) Ainsi la poésie doit être conçue comme une drogue ou un vice dont le seul rôle est de faire oublier. Il y a aussi chez celui qui écrit une idée analogue à celle répandue autrefois, comme quoi si l’on était atteint de vérole on pouvait s’en guérir en la communiquant. Le désir qu’on a de propager son pessimisme n’a peut-être pas d’autre cause. Toute activité artistique quelle qu’elle soit a pour racine cette guerre contre la mort. Cela ressemble aux immenses travaux d’assèchement qu’effectuèrent les Hollandais au XVIIéme siècle pour conquérir des territoires sur la mer. Seulement, dans cette bataille que mène l’art, il n’y a jamais d’acquisition durable. Toutes les victoires sont illusoires et n’ont de force que la force même de cette illusion. Il faut sans cesse reconquérir, bâtir de nouveaux pilotis, jusqu’à ce que survienne le désastre final qui balaye tout et ne laisse surnager que quelques vagues et très maigres épaves.
C’est la même déroute qu’après l’amour, l’alcool, une ivresse quelconque et n’importe quelle velléité d’action. L’ennui et le dégoût d’une certaine forme artistique réintroduisent la mort, et c’est pourquoi il faut toujours inventer du nouveau, toujours surenchérir et ne jamais accepter de repos.

Michel Leiris

http://www.youtube.com/watch?v=eTakwOpWqG4

22:04 01/01/2010 Publié dans Général | Lien permanent | Tags : lis tes ratures |  Facebook

30
déc

autre sanguisomnolence


Partisan de la fougue, il emporte sa langue, la trempe dans l’eau de la valve aspirante. La cadence impose une succion sans hâte. Il entre, sort la tranche pleine en vrillant les charnières du palais. Les petits os nacrés, taillés en becs frappent les uns contre les autres. Le clapotis de l’écume ramollit les morceaux de chair. Chaque fragment devient onguent.

 Lynda Benglis tongue

Les particules de vie s’estompent, s’évaporent, puis se collent contre les bords du tuyau. Il racle ensuite les contours avec l’ongle, perce là une coque de lymphe, avale le jaune nervuré, mêlé au blanc ondulant. Le pigment carmin se désincarne. Les orbites se retournent sur leur axe déjanté. Les racines oculaires dévient, s’enroulent autour des duvets. Il observe-bande.

Chaque fil de vie se tord sous la puissance du cuir rétrécissant. La plante du front ternit, les eaux s’écoulent par l’entonnoir de la gorge.

 

 

                               - elle était belle.

Vivante.

Il pince le sel qui éjacule des pores, goûte la plénitude. Il enveloppe le Tout de sperme soyeux, tricote le cocon avec soins et suaires. Petit diamantaire lèche son caillou brut… il poncera les coins, biseautera les embouchures, simulera quelques ouvertures, décuplera les bouches, collera les phalanges entre elles. Créateur, novateur. Il doublera le fond de son sexe avec de la pâte rêche et y logera ces doigts, son membre supérieur et ses rêves.

Il dessine le puzzle gigantesque dans ses idées, un jour, Shiva étendue sur le sol, un autre, Gaïa planisphère lumière, ou encore, une rivière d’Ondine à braiser.

Il place les pièces sous le néon, compte les points blancs germant sous chaque crin brûlé. Il caresse l’horizontale à l’envers, il appuie, souffle sa glace sur la surface, observe-bande.

 

La première mouche étale ses pattes contre la glaire rouge, elle pompe l’odeur âcre du dépassement, le fer l’enivre. Il la saisit promptement, aisément, chastement. La mouche est alourdie de son butin, regorgeant de son dernier festin.

Il la colle au dessus d’une flammèche d’allumette, puis la dépose délicatement sur sa langue vigoureuse et croque les ailes et les yeux. L’insecte noir crépite, grésille, gît.

 

Tout est mouche dans le fond de ses yeux.

Il ressent la force de la liberté de la vie, il aime leurs vies, surtout quand elles lui appartiennent. Il regarde ses devoirs à faire, examine l’ampleur, observe-bande.

21:38 30/12/2009 Publié dans Général | Lien permanent | Tags : lis tes ratures |  Facebook

noces blanches

Dominic Rouse trim
Le dépeceur des noces blanches

Il avait tenté de lui révéler son appétit, en caressant l’enfant qu’elle n’avait pas eu avec lui. Il est beau, cet enfant qui n’est pas de moi - il pensait en revisitant l’histoire.

Si nous avions été entité, je ne t’aurais jamais abandonnée, moi.

Il a haï chacune des visites éphémères, chaque membre de famille bienveillant, chacun des amis tactiles et fidèles. Il a exécré les regarder l’embrasser, la cajoler, la gâter, lui rendre ce qu’il se devait de lui donner tout seul, entièrement.

Elle s’était mise à revivre, petit à petit, après la cassure de cet homme ignorant. Lui, il l’aurait éliminé, ce pleutre, ce puits d’angoisse, ce pilier craintif.

Lui, fort et bon, l’aimait, elle, avec l’enfant, le quotidien naissant, l’habitude de la présence, ça le fortifiait, le durcissait. Ses mains plus lestes, ses doigts plus serrés, ses gestes plus transparents.

Elle lui donnait des mots d’ordre, des listes de choses à faire, aimer, visiter, dire.

Leur lien était un fil à retordre.

Le scalpel est entré dans le blanc. Il a craqué les nerfs, décimé les envies, rattrapé le sang qui coule vite. Il a aimé ce corps inabordable, cela lui coûte tant de couper court à cet amour vierge.

Il a tiré la substance adulée sur la mousse, au passage, déraciné quelques arbrisseaux, écrasé quelques champignons. Il a entouré son euphorie de précision chirurgicale mais bientôt, la passion du geste amoureux l’a rendu tremblant. Tout a dû disparaître, des vêtements aux pouces, des vaisseaux aux charpentes, des synapses aux entrailles.

Il pensa à cet homme qui venait parfois entre ses draps pastel, touchant ses pointes, ses creux et ses devises qu’il adorait, dissimulé derrière son personnage latent.

Il trempa son doigt dans ses cheveux pour oublier l’affront de cet Autre horripilant et se promit de lui faire payer son imprudence.

Après avoir piétiné ce qui n’était plus qu’un tas de chairs et d’os désarticulés, il s’assit sur le bord de l’autoroute et signa sur le sol , du sang qu’elle lui avait laissé lécher: je t’ai tant aimé.

Il reprit son vélo, tourna à gauche au rond-point, prit la direction du centre ville et alla s’asseoir sur le banc en face de l’Autre en attendant l’astre blanc. Il faisait chaud. Sa chemise collait à ses poils. Il retira son deuil de ses paupières et frôla dans sa poche la pique d’acier de son index pour évaluer son endurance.

L’œuvre allait bientôt s’accomplir dans son intégralité.

21:03 30/12/2009 Publié dans Général | Lien permanent | Tags : lis tes ratures |  Facebook

24
déc

L'Ombre - Andersen (cadeau)

C’est terrible, comme le soleil brûle dans les pays chauds ! Les gens y deviennent bruns comme de l’acajou, et, dans les plus chauds, noirs comme des nègres. Un savant était arrivé de son pays froid dans un de ces pays chauds, où il pensait pouvoir se promener comme chez lui ; mais bientôt il fut persuadé du contraire. Comme les gens raisonnables, il fut obligé de s’enfermer toute la journée chez lui ; la maison avait l’air de dormir ou d’être abandonnée. Du matin jusqu’au soir, le soleil brillait entre les hautes maisons, le long de la petite rue où il restait. En vérité, c’était insuppor- table.

Le savant des pays froids, qui était jeune encore, se croyait dans une fournaise ardente ; il maigrit de plus en plus, et son ombre se rétrécit considérablement. Le soleil lui portait préjudice. Il ne revenait véritablement à la vie qu’après le coucher du soleil.

Que d’agréments alors ! Dès qu’on allumait la bougie dans la chambre, l’Ombre s’étendait sur tout le mur, même sur une partie du plafond ; elle s’étendait le plus possible, pour reprendre ses forces.

Le savant, de son côté, sortait sur le balcon pour

Vignette de Bertall


s’y étendre, et ; à mesure que les étoiles apparaissaient sur le beau ciel, il se sentait peu à peu revivre. Bientôt il se montrait du monde sur chaque balcon de la rue : dans les pays chauds, chaque fenêtre a un balcon, car il faut de l’air même aux gens de couleur acajou. Comme tout s’animait alors ! Les cordonniers, les tailleurs, tout le monde se répandait dans la rue. On y voyait des tables, des chaises, et mille lumières. L’un parlait, l’autre chantait ; on se promenait ; les voitures roulaient, les ânes passaient en faisant retentir leurs sonnettes, un mort était porté en terre au bruit des chants sacrés, les gamins lançaient des pétards, les cloches des églises carillonnaient ; en un mot, la rue était bien animée.

Une seule maison, celle qui se trouvait en face du savant, ne donnait aucun signe de vie. Cependant quelqu’un y demeurait, car des fleurs admirables s’épanouissaient sur le balcon, et pour cela il fallait absolument que quelqu’un les arrosât. Aussi, le soir, la porte s’ouvrait, mais il y faisait noir, une douce musique sortait de l’intérieur. Le savant trouvait cette musique sans pareille, mais peut-être était-ce un effet de son imagination : car il eût trouvé toute chose sans pareille dans les pays chauds, si le soleil n’y eût brillé toujours. Son propriétaire lui dit qu’il ignorait absolument le nom et l’état du locataire d’en face ; on ne voyait jamais personne dans cette maison, et, quant à la musique, il la déclarait horriblement ennuyeuse.

« C’est quelqu’un qui étudie continuellement le même morceau sans pouvoir l’apprendre, dit-il ; quelle persévérance ! »

Une nuit, le savant, se réveilla et crut voir une lueur bizarre sur le balcon de son voisin ; toutes les fleurs brillaient comme des flammes, et, au milieu d’elles, se tenait debout une grande demoiselle svelte et charmante, qui brillait autant que les fleurs. Cette forte lumière blessa les yeux de notre homme, il se leva tout d’un coup, et alla écarter le rideau de la fenêtre pour regarder la maison d’en face : tout avait disparu. Seulement, la porte qui donnait sur le balcon était entr’ouverte, et la musique résonnait toujours. Il fallait qu’il y eût quelque sorcellerie là-dessous. Qui donc habitait là ? où était donc l’entrée ? Tout le rez-de-chaussée se composait de boutiques ; nulle part on ne voyait de corridor ni d’escalier conduisant aux étages supérieurs.

Un soir, le savant était assis sur son balcon, et, derrière lui, dans la chambre, brûlait une bougie ; il était donc tout naturel que son ombre se dessinât sur le mur du voisin. Elle se montrait entre les fleurs, et répétait tous les mouvements du savant.

« Je crois que mon ombre est la seule chose qui vive là, en face : comme elle est gentiment assise entre les fleurs, près de la porte entr’ouverte ! Elle devrait être assez fine pour entrer, regarder ce qui se passe, et venir me le raconter. Va donc ! cria-t-il en plaisantant ; montre au moins que tu sers à quelque chose ; allons ! entre. »

Puis il fit un signe de tête à l’Ombre, et l’Ombre répéta ce signe. « Va ! mais ne reste pas trop longtemps. »

À ces mots, le savant se leva et l’Ombre fit comme lui. Il se tourna, et l’Ombre se tourna aussi. Quelqu’un qui eût fait attention aurait pu voir que l’Ombre entrait par la porte entr’ouverte chez le voisin, au moment où le savant entrait lui-même dans sa chambre en tirant derrière lui le grand rideau.

Le lendemain, lorsque ce dernier sortit pour prendre son café et lire les journaux, arrivé sous l’éclat du soleil, il s’écria tout à coup : « Qu’est-ce donc ? où est mon ombre ? serait-elle, en effet, partie hier au soir, et pas encore revenue ? C’est excessivement fâcheux. »

Grand était son dépit, non pas parce que l’Ombre avait disparu, mais parce qu’il savait l’histoire d’un homme sans ombre, comme tout le monde dans les pays froids, et si lui, revenu un jour, racontait sa propre histoire, on l’accuserait de plagiat sans qu’il le méritât le moins du monde. Il résolut donc de n’en parler à personne. Et bien il fit.

Le soir, il retourna sur son balcon après avoir bien posé la lumière derrière lui, pour faire revenir son ombre ; mais il eut beau se faire grand, petit, et répéter, hem ! hem ! l’ombre n’apparut pas.

Cette séparation le tourmenta beaucoup ; mais, dans les pays chauds, tout repousse bien vite, et, au bout de huit jours, il remarqua, à son grand plaisir, qu’une nouvelle ombre sortait de ses jambes lorsqu’il se promenait au soleil. La racine de l’ancienne y était probablement restée. Au bout

Vignette de Bertall


de trois semaines, il avait une ombre convenable qui, dans son voyage aux pays du Nord, crût tellement que notre savant aurait pu se contenter de la moitié.

Revenu dans son pays, il composa plusieurs livres sur ce que le monde a de vrai, de beau et de bon : et bien des années s’écoulèrent ainsi.

Un soir qu’il était assis dans sa chambre, quelqu’un frappa à la porte.

« Entrez ! dit-il.

Mais personne n’entra. Il alla ouvrir et vit un homme très-grand et très-maigre, du reste parfaitement habillé et de l’air le plus comme il faut.

« À qui ai-je l’honneur de parler ? demanda le savant.

— Je me doutais bien que vous ne me reconnaîtriez pas, répondit l’homme délicat ; voyez-vous ? c’est que je suis devenu corps ; j’ai de la chair, et je porte des habits. Ne reconnaissez-vous pas votre ancienne ombre ? Vous avez cru que je ne reviendrais plus. J’ai eu bien de la chance depuis que je vous ai quitté ; je suis riche et j’ai par conséquent les moyens de me racheter. »

Puis il fit sonner un tas de breloques attachées à la lourde chaîne d’or de sa montre, et ses doigts couverts de diamants lancèrent mille éclairs.

« Je n’en reviens pas ! dit le savant ; qu’est-ce que cela signifie ?

— Certes, cela est extraordinaire, en effet, mais vous-même, n’êtes-vous pas un homme extraordinaire ? Et moi, vous le savez bien, j’ai suivi, vos traces dès votre enfance. Me trouvant mûr pour faire seul mon chemin dans le monde, vous m’y avez lancé, et j’ai parfaitement réussi. J’ai eu le désir de vous voir avant votre mort, et, en même temps, de visiter ma patrie. Vous savez, on aime toujours sa patrie. Sachant que vous avez une autre ombre, je vous demanderai maintenant si je dois quelque chose à elle ou à vous. Parlez, s’il vous plaît.

— C’est donc véritablement toi ! répondit le savant. C’est extraordinaire ; jamais je n’aurais cru que mon ancienne ombre me reviendrait sous la forme d’un homme.

— Dites ce que je dois, reprit l’Ombre, je n’aime pas les dettes.

— De quelles dettes parles-tu ? tu me vois tout heureux de ta chance ; assieds-toi, vieil ami, et raconte-moi tout ce qui s’est passé. Que voyais-tu chez le voisin, dans les pays chauds ?

— Je vous le raconterai, mais à une condition ; c’est de ne jamais dire à personne ici, dans la ville, que j’ai été votre ombre. J’ai l’intention de me marier ; mes moyens me permettent de nourrir une famille, et au delà.

— Sois tranquille ! je ne dirai à personne qui tu es. Voici ma main, je te le promets. Un homme est un homme, et une parole....

— Et une parole est une ombre.

À ces mots, l’Ombre s’assit, et, soit par orgueil, soit pour se l’attacher, elle posa ses pieds chaussés de bottines vernies sur le bras de la nouvelle ombre qui gisait aux pieds de son maître comme un caniche. Celle-ci se tint bien tranquille pour écouter, impatiente d’apprendre comment elle pourrait s’affranchir et devenir son propre maître.

« Devinez un peu qui demeurait dans la chambre du voisin ! commença la première Ombre ; c’était une personne charmante, c’était la Poésie. J’y suis resté pendant trois semaines, et ce temps a valu pour moi trois mille ans. J’y ai lu tous les poëmes possibles, je les connais parfaitement. Par eux j’ai tout vu et je sais tout.

— La Poésie ! s’écria le savant ; oui, c’est vrai, elle n’est souvent qu’un ermite au milieu des grandes villes. Je l’ai vue un instant, mais le sommeil pesait sur mes yeux. Elle brillait sur le balcon comme une aurore boréale. Voyons ! continue. Une fois entré par la porte entr’ouverte....

— Je me trouvai dans l’antichambre ; il y faisait à peu près noir, mais j’aperçus devant moi une file immense de chambres dont les portes étaient ouvertes à deux battants. La lumière s’y faisait peu à peu, et, sans les précautions que je pris, j’aurais été foudroyé par les rayons avant d’arriver à la demoiselle.

— Enfin que voyais-tu ? demanda le savant.

— Je voyais tout, comme je vous le disais tout à l’heure. Certes, ce n’est pas par fierté ; mais comme homme libre, et avec mes connaissances, sans parler de ma position et de ma fortune, je désire que vous ne me tutoyiez pas.

— Je vous demande pardon ; c’est une ancienne habitude. Vous avez parfaitement raison, cela ne m’arrivera plus. Enfin que voyiez-vous ?

— Tout ! j’ai tout vu et je sais tout.

— Quel aspect vous offraient les salles de l’intérieur ? Ressemblaient-elles à une fraîche forêt, à une sainte église ou au ciel étoile ?

— Elles ressemblaient à tout cela. Il est vrai que je ne les traversai pas ; mais, de l’antichambre, je vis tout.

— Mais enfin, les dieux de l’antiquité passaient-ils par ces grandes salles ? Les anciens héros y combattaient-ils ? Est-ce que des enfants charmants y jouaient et racontaient leurs rêves ?

— Je vous répète encore une fois que j’ai tout vu. En y entrant, vous ne seriez pas devenu un homme ; mais moi j’en devins un. J’y appris à connaître ma véritable nature, mes talents et ma parenté avec la Poésie. Lorsque j’étais encore avec vous, je n’y réfléchissais jamais ; mais vous devez vous rappeler comme je grandissais toujours au lever et au coucher du soleil. Au clair de la lune, je paraissais presque plus distinct que vous-même, seulement, je ne comprenais pas alors ma véritable nature ; c’est dans l’antichambre que j’ai appris à la connaître. J’étais mûr au moment où vous m’avez lancé dans le monde, mais vous partiez tout à coup en me laissant presque nu. J’eus bientôt honte de me trouver dans un pareil état ; j’avais besoin de vêtements, de bottes, de tout ce vernis qui fait l’homme. Je me cachai, je vous le dis sans crainte, persuadé que vous ne l’imprimerez pas, je me cachai sous les jupons d’une marchande de gâteaux qui ignorait ma valeur. Le soir seulement, je sortais pour courir les rues au clair de la lune. Je montais et je descendais le long des murs, regardant par les grandes fenêtres dans les salons et par les lucarnes dans les mansardes. Je vis par où personne ne pouvait voir, et ce que personne ne pouvait voir ni ne devait voir. Pour vous dire la vérité, ce monde est bien vil ; et, sans ce préjugé qu’un homme signifie quelque chose, je ne me soucierais pas de l’être. J’ai vu des choses inimaginables chez les femmes, chez les hommes, chez les parents et les enfants charmants. J’ai vu ce que personne ne devait savoir, mais ce que tous brûlaient de savoir, le mal du prochain. Si j’avais écrit un journal, on l’aurait dévoré ; mais je préférais écrire aux personnes elles-mêmes, et dans toutes les villes où je passais, c’était une frayeur inouïe. On me craignait et on me chérissait. Les professeurs me firent professeur, les tailleurs me donnèrent des habits ; j’en ai en quantité ; le directeur de la monnaie me frappait de belles pièces ; les femmes me trouvaient gentil garçon. C’est ainsi que je suis devenu ce que je suis ; Là-dessus, je vous présente mes respects. Voici ma carte ; je demeure du côté du soleil, et, en temps de pluie, vous me trouverez toujours chez moi. »

À ces mots, l’Ombre partit.

« C’est cependant bien remarquable, » dit le savant.

Juste une année après, l’Ombre revint.

« Comment allez-vous ? demanda-t-elle.

— Hélas ! j’écris sur le vrai, sur le beau et sur le bon, mais personne n’y fait attention. J’en suis au désespoir.

— Vous avez tort ; regardez-moi ; j’engraisse, et c’est ce qu’il faut. Vous ne connaissez pas le monde. Je vous conseille de faire un voyage ; encore mieux, comme j’ai l’intention d’en faire un cet été, si vous voulez m’accompagner en qualité d’ombre, vous me ferez grand plaisir. Je paye le voyage.

— Vous allez trop loin.

— C’est selon. Je vous assure que le voyage vous fera du bien. Soyez mon ombre, vous n’aurez rien à dépenser.

— C’en est trop ! dit le savant.

— Il en est ainsi du monde, et il en sera toujours ainsi, » repartit l’Ombre en s’en allant.

Le savant se trouva de plus en plus mal, à force d’ennuis et de chagrins. Ce qu’il disait du vrai, du beau et du bon, produisait sur la plupart des hommes le même effet que les roses sur une vache.

« Vous avez l’air d’une ombre, » lui dit-on, et cela le fit frémir.

« Il faut que vous alliez prendre les bains, lui dit l’Ombre, qui était revenue le voir ; c’est le seul remède. Je m’y rendrai avec vous, car ma barbe ne pousse pas bien, et c’est une maladie. Il faut toujours avoir de la barbe. Je paye le voyage : vous en ferez la description, et cela m’amusera chemin faisant. Soyez raisonnable et acceptez mon offre ; nous voyagerons comme d’anciens camarades. »

Ils se mirent en route. L’Ombre était devenue le maître, et le maître était devenu l’ombre. Partout ils se suivaient à se toucher, par devant ou par derrière, suivant la position du soleil. L’Ombre savait toujours bien occuper la place du maître et le savant ne s’en formalisait pas. Il avait bon cœur, et un jour il dit à l’Ombre :

« Puisque nous sommes des compagnons de voyage et que nous avons grandi ensemble, tutoyons-nous, c’est plus intime.

— Vous parlez franchement, repartit l’Ombre, ou plutôt le véritable maître : moi aussi je parlerai franchement. En qualité de savant, vous devez savoir combien la nature est étrange. Il y a des personnes qui ne peuvent toucher un morceau de papier gris sans se trouver mal ; d’autres frémissent en entendant frotter un clou sur un carreau de vitre ; quant à moi, j’éprouve la même sensation à m’entendre tutoyer, il me semble que cela me couche par terre comme au temps où j’étais votre ombre. Vous voyez que chez moi ce n’est pas fierté, mais sentiment. Je ne peux pas me laisser tutoyer par vous, mais je vous tutoierai ; ce sera la moitié de ce que vous désirez. »

Dès ce moment, l’Ombre tutoya son ancien maître.

« C’est trop fort ! pensa celui-ci ; je lui dis ’’vous’’, et il me tutoie. » Néanmoins il prit son parti.

Arrivés aux bains, ils rencontrèrent une grande quantité d’étrangers ; entre autres, une belle princesse affectée d’un mal inquiétant : elle voyait trop clair.

Elle remarqua bientôt l’Ombre parmi tous les autres : « Il est venu ici pour faire pousser sa barbe, à ce qu’on dit ; mais la véritable cause de son voyage, c’est qu’il n’a point d’ombre. »

Prise de curiosité, elle entama conversation dans une promenade avec cet étranger. Comme princesse, elle n’avait pas besoin de faire beaucoup de façons, et elle lui dit : « Votre maladie est de ne pas produire d’ombre.

— Votre Altesse Royale se trouve heureusement bien mieux, répondit l’ombre ; elle souffrait de voir trop clair, mais maintenant elle est guérie, car elle ne voit pas que j’ai une ombre, et même une ombre extraordinaire. Voyez-vous la personne qui me suit continuellement ? Ce n’est pas une ombre commune. De même qu’on donne souvent pour livrée à ses domestiques du drap plus fin que celui que l’on porte soi-même, ainsi j’ai paré mon ombre comme un homme. Je lui ai même donné une ombre. Quoi qu’il m’en coûte, j’aime à avoir des choses que les autres n’ont pas.

— Quoi ! pensa la princesse, est-ce que vraiment je serais guérie ? Il est vrai que l’eau, dans le temps où nous vivons, possède une vertu singulière, et ces bains ont une grande réputation. Cependant je ne les quitterai pas encore ; on s’y amuse parfaitement, et ce jeune homme-là me plaît. Pourvu que sa barbe ne pousse pas ! car il s’en irait. »

Le soir, la princesse dansa avec l’Ombre dans la grande salle de danse. Elle était bien légère, mais son cavalier l’était encore davantage ; jamais elle n’en avait rencontré un pareil. Elle lui dit le nom de son pays, et lui le connaissait bien, car il y avait regardé par les fenêtres. Il raconta même à la princesse des choses qui l’étonnèrent on ne peut plus. Certes, c’était l’homme le plus instruit du monde ! Elle lui témoigna peu à peu toute son estime, et en dansant encore une fois ensemble, elle trahit son amour par des regards qui semblaient le pénétrer. Néanmoins, comme c’était une fille réfléchie, elle se dit : « Il est instruit, c’est bon ; il danse parfaitement, c’est encore bon ; mais possède-t-il des connaissances profondes ? C’est ce qu’il y a de plus important ; je vais l’examiner un peu à ce sujet. »

Et elle commença à l’interroger sur des choses tellement difficiles, qu’elle n’aurait pu y répondre elle-même. L’Ombre fit une grimace.

« Vous ne savez donc pas répondre ? dit la princesse.

— Je savais tout cela dans mon enfance, répondit l’Ombre, et je suis sûr que mon ombre, que vous voyez là-bas devant la porte, y répondra facilement.

— Votre ombre ! ce serait bien étonnant.

— Je n’en suis pas tout à fait certain, mais je le crois, puisqu’elle m’a suivi et écouté pendant tant d’années. Seulement, Votre Atesse Royale me permettra d’appeler son attention sur un point tout particulier ; cette ombre est tellement fière d’appartenir à un homme, que, pour la trouver de bonne humeur, ce qui est nécessaire pour qu’elle réponde bien, il faut la traiter absolument comme un homme.

— Je l’approuve, » dit la princesse.

Puis elle s’approcha du savant pour lui parler du soleil, de la lune, de l’homme sous tous les rapports ; il répondait convenablement et avec beaucoup d’esprit.

« Quel homme distingué, pensa-t-elle, pour avoir une ombre aussi sage ! Ce serait une bénédiction pour mon peuple, si je le choisissais pour époux. »

Bientôt la princesse et l’Ombre arrêtèrent leur mariage ; mais personne ne devait le savoir avant que la princesse fût de retour dans son royaume.

« Personne ! pas même mon ombre, » dit l’Ombre, qui avait ses raisons pour cela.

Lorsqu’ils furent arrivés dans le pays de la princesse, l’Ombre dit au savant : « Écoute, mon ami, je suis devenu heureux et puissant au dernier point, et je vais maintenant te donner une marque particulière de ma bienveillance. Tu demeureras dans mon palais, tu prendras place à côté de moi dans ma voiture royale, et tu recevras cent mille écus par an. Cependant j’y mets une condition ; c’est que tu te laisses qualifier d’ombre par tout le monde. Jamais tu ne diras que tu as été un homme, et une fois par an, lorsque je me montrerai au peuple sur le balcon éclairé par le soleil, tu te coucheras à mes pieds comme une ombre. Il est convenu que j’épouse la princesse, et la noce se fait ce soir.

— Non, c’en est trop ! s’écria le savant ; jamais je ne consentirai à cela ; je détromperai la princesse et tout le pays. Je veux dire toute la vérité : je suis un homme, et toi, tu n’es qu’une ombre habillée.

— Personne ne te croira : sois raisonnable, ou j’appelle la garde.

— Je vais de ce pas trouver la princesse.

— Mais moi j’arriverai le premier, et je te ferai jeter en prison. »

Puis l’Ombre appela la garde, qui obéissait déjà au fiancé de la princesse, et le savant fut emmené.

« Tu trembles ! dit la princesse en revoyant l’Ombre ; qu’y a-t-il donc ? Prends garde de tomber malade le jour de ta noce.

— Je viens d’essuyer une scène cruelle ; mon ombre est devenue folle. Figure-toi qu’elle s’est mis en tête qu’elle est l’homme, et que moi, je suis l’ombre.

— C’est terrible ! j’espère qu’on l’a enfermée ?

— Sans doute ; je crains qu’elle ne se remette jamais.

— Pauvre ombre ! dit la princesse ; elle est bien malheureuse. Ce serait peut-être un bienfait que de lui ôter le peu de vie qui lui reste. Oui, en y songeant bien, je crois nécessaire d’en finir avec elle secrètement.

— C’est une affreuse extrémité, répondit l’Ombre en ayant l’air de soupirer ; je perds un fidèle serviteur.

— Quel noble caractère ! » pensa la princesse.

Le soir, toute la ville fut illuminée, on tira le canon ; partout retentissaient la musique et les chants. La princesse et l’Ombre se montrèrent sur le balcon, et le peuple, enivré de joie, cria trois fois hourra !

Le savant ne vit rien, n’entendit rien, car on l’avait tué.

Hans Christian Andersen.

11:07 24/12/2009 Publié dans Général | Lien permanent | Tags : lis tes ratures |  Facebook

9
déc

Violette Leduc (merci C.), l'héroïne

vagina dentata


"Je ferme les volets, je dis bonjour, je dis adieu à la lune fragile.
Les contrevents de l'hôtel meublé : ma fierté. J'éteins l'électricité,
je me lave les mains à côté du bruit grelottant des salsifis.
Ah ! floconnement des familles.
Non, ce soir pas de plaisir solitaire en attendant le dîner.
C'est un coup de grâce quand ça commence à trente ans, quand vous avez été plaquée.
Plaisir solitaire, lumière dans un miroir à Cayenne.
Tu coules jusqu'aux genoux, tu serais donc une source, solitude.
Ce soir je me désole, ce soir je me désolerai parce que je ne comprends pas la philosophie. Désolation de quatorze années.
Lire Kant, Descartes, Hegel, Spinoza comme ils lisent les romans policiers. Plus j'insiste, plus je m'efforce, plus je pèse le paragraphe,
le mot, la ponctuation, la phrase, plus je me détache de la phrase,
de la ponctuation, du mot. Plus je me donne au texte, plus le texte est avare.
De la braise envoyant du froid, voilà ce qu'une sotte obtient.
Vingt fois, le titre de la troisième partie de l'Ethique de Spinoza m'a enivrée : "De l'origine et de la nature des affections".
J'ouvre le livre à la page 243, je lis au-dessous de "Définitions", qui me grise aussi :
"J'appelle cause adéquate celle dont on peut percevoir l'effet clairement et distinctement par elle-même; j'appelle cause inadéquate ou partielle celle dont on ne peut connaître l'effet
par elle seule." Je m'emballais avant de commencer et voici que, lancée à bride abattue, je tombe sur "cause adéquate".
J'ouvre Larousse et Larousse me sert. "Cause adéquate".
Cloques d'ignorance, j'ai au front pour l'adjectif rébarbatif.
Mon petit front, il me désolait; mon petit front, je le triturais
parce qu'il est chétif, dégénéré. "Cause adéquate. Cause inadéquate." L'affection commence mal. Je suis un vieux chêne, il est vieux,
je suis vieille. Adéquate, inadéquate.
Mes cheveux s'allongent, si c'étaient des glaçons...
je mourrais de froid avec mon désir inutile de devenir intelligente. (...)"

 

La Bâtarde

15:30 09/12/2009 Publié dans Général | Lien permanent | Tags : humoeurs, lis tes ratures |  Facebook

Shiro' Les enfants de silicum

La roman de David " SHIRO' LES ENFANTS DE SILICUM " (que je tente de lire entre deux temps de procrastination) sortira le 17 Février 2010 en librairie aux éditions " IMHO " (merci Chloé D.!)

www.davidspailier.net → Mise en scène numérique d'un auteur halluciné

www.myspace.com/9mg08 → Quelques bribes graphiques

Des pièces sonores, un court métrage expérimental, des morceaux y seront ajoutés au fil des collaborations avec différents artistes comme JulHight, Katarina Gogolevitch, Ishico, Absurde et autres joyeux kamikazes.

David Spailier HumAnotherAcidRain

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

...

14:36 09/12/2009 Publié dans Général | Lien permanent | Tags : lis tes ratures, arts |  Facebook

4
déc

Antoine Boute sort...

Message de l'Antoine:

"Bonjour,

le 6 décembre prochain sortira mon livre Blanche Rouge aux éditions de l’Arbre à Paroles. A l’occasion du Fiestival Maelström à l’Aquilone (Liège) je ferai une conférence à propos du dispositif scientifique expérimental très très complexe à l’origine de l’écriture de ce livre.

4ième de couverture : on fonce tête baissée brûlée et hors sens hors contexte complètement à l’arrache grosses louches de purées de mots et sans un poil de ponctuation on fonce comme ça à l’interne de lignes coulées pleines on fonce plein pot dans notre véhicule notre véhicule un peu particulier oui un peu particulier puisqu’il s’agit attention de rien de moins que du corps de Blanche-Neige oui on fonce à tombeau ouvert dans notre véhicule expérimental qu’est le corps de Blanche-Neige c’est très expérimental tout ceci notamment au niveau des affects oui l’affaire de Blanche-Neige est tout de même très expérimentale question affects question physique des affects n’est-ce pas voilà on est dans tout un dispositif nous ici tous ensemble autour de ce texte celui qui l’écrit et toute la clique de ceux qui le lisent broum broum on se retrouve tous ensemble dans notre véhicule expérimental corporel organique et en même temps verbalo-rythmique sonore textuel allez allez tout le monde allez allez tout le monde on y va on y va on va foncer fond de caisse à travers ce monde expérimentalo-corporel qu’est l’histoire de Blanche-Neige on y va oui on va explorer toutes les palettes de cruautés et d’agencements d’affects tous plus explosés les uns que les autres ah mes amis mes amies mais quelle fête qui s’annonce oui quelle explosion mystico-pétée de crépitation de mots on va vraiment vivre quelque chose nous là de viandu d’abstrait corporel et très très concret rendez-vous oui rendez-vous tous ensemble à l’intérieur du corps de Blanche-Neige tandis qu’elle vit son histoire oui sensations corporelles écorchées délabrées vives garanties oui garanties sur facture à la lecture de ce texte

à l'Aquilone à Liège
25 Bd Saucy - 4020 Liège
le 6 décembre 2009 à 15h07

Avec également, dans le cadre d’Europalia Chine, une performance de Yan Jun : Né en 1973 à Lanzhou, Yan Jun est diplômé en littérature chinoise et réside actuellement à Beijing. Fonctionnant sous le label Sub Jam depuis 1998, l’artiste crée du « bruit hypnotique » lors de performances live. En 2004, il co-fonde KwanYin, un label de musique expérimentale et d’exploration du son. Depuis 2005, il organise Waterland Kwanyin, un événement hebdomadaire de musique et sons expérimentaux, et le festival annuel Mini Midi. Par ailleurs, YAN Jun a publié cinq essais sur la musique chinoise contemporaine et trois recueils de poésie.
À cette occasion sortiront trois nouveautés belges
 : Blanche Rouge d’Antoine Boute (Arbres à Paroles)
C'est aussi mon histoire Bookleg de Pascal Leclerq (maelstrÖm reEvolution)
Le sexe et la main de Stéphane Lambert (Arbre à Paroles)

Avec la présence des auteurs et également : Antoine Wauters, Olivier Dombret, Frédéric Saenen, Rémy Disdero, Benjamin Pottel et David Giannoni.

Infos : 085/31.52.32  -  http://www.maelstromreevolution.org/

01:21 04/12/2009 Publié dans Général | Lien permanent | Tags : arts, lis tes ratures |  Facebook

19
nov

Pornographie, colloque à Bordeaux

Ce colloque débute aujourd'hui à 14h..., c'est la première année depuis 4 que je n'y serai pas, dommage, à l'an prochain, donc.

Bonne m... Jean-Michel!

pornographie

12:36 19/11/2009 Publié dans Général | Lien permanent | Tags : lis tes ratures, arts |  Facebook

17
nov

Trucalisme publiée...

Publication aux Editions Thélès de la nouvelle illustrée
"ça ira mieux hier"

Sortie officielle de la nouvelle illustrée "ça ira mieux hier",
aux Editions Thélès (Paris), de Catherine Domahidy et illustré par Trucalisme


"Nous sommes en 2118. Le monde va mal. 
Un jeune couple de musiciens décide de fuir l’Europe, devenue une dictature.
Ils fuient tout au nord du continent. Ils rêvent d’une vie nouvelle. 

Y a-t-il encore de l’espoir pour eux au-delà du cercle polaire ?"

commande possible en ligne sur le site des Editions Thélès
ou par bulletin de commande (ci-dessous)
 






ça ira mieux hier...





BD et Illustration, Trucalisme: www.trucalisme.blogspot.com
Portfolio en ligne:
www.tak.carbonmade.com



22:35 17/11/2009 Publié dans Général | Lien permanent | Tags : lis tes ratures |  Facebook