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oct

Bewitched...


humoeurs,lis tes ratures (art: Lilith by John Collier)

Sprenger dit (avant 1500) : « Il faut dire l’hérésie des sorcières, et non des sorciers ; ceux-ci sont peu de chose. » — Et un autre sous Louis XIII : « Pour un sorcier dix mille sorcières. »

« Nature les a fait sorcières

. » — C’est le génie propre à la Femme et son tempérament. Elle naît Fée. Par le retour régulier de l’exaltation, elle est Sibylle. Par l’amour, elle est Magicienne. Par sa finesse, sa malice (souvent fantasque et bienfaisante), elle est Sorcière, et fait le sort, du moins endort, trompe les maux.

Tout peuple primitif a même début ; nous le voyons par les Voyages. L’homme chasse et combat. La femme s’ingénie, imagine ; elle enfante des songes et des dieux. Elle est voyante à certains jours ; elle a l’aile infinie du désir et du rêve. Pour mieux compter les temps, elle observe le ciel. Mais la terre n’a pas moins son cœur. Les yeux baissés sur les fleurs amoureuses, jeune et fleur elle-même, elle fait avec elles connaissance personnelle. Femme, elle leur demande de guérir ceux qu’elle aime.

Simple et touchant commencement des religions et des sciences ! Plus tard, tout se divisera ; on verra commencer l’homme spécial, jongleur, astrologue ou prophète, nécromancien, prêtre, médecin. Mais au début, la Femme est tout.

Une religion forte et vivace, comme fut le paganisme grec, commence par la sibylle, finit par la sorcière. La première, belle vierge, en pleine lumière, le berça, lui donna le charme et l’auréole. Plus tard, déchu, malade, aux ténèbres du moyen âge, aux landes et aux forêts, il fut caché par la sorcière ; sa pitié intrépide le nourrit, le fit vivre encore. Ainsi, pour les religions, la Femme est mère, tendre gardienne et nourrice fidèle. Les dieux sont comme les hommes ; ils naissent et meurent sur son sein.

Que sa fidélité lui coûte !… Reines, mages de la Perse, ravissante Circé ! sublime Sibylle, hélas ! qu’êtes-vous devenues ? et quelle barbare transformation !… Celle qui, du trône d’Orient, enseigna les vertus des plantes et le voyage des étoiles, celle qui, au trépied de Delphes, rayonnante du dieu de lumière, donnait ses oracles au monde à genoux, — c’est elle, mille ans après, qu’on chasse comme une bête sauvage, qu’on poursuit aux carrefours, honnie, tiraillée, lapidée, assise sur les charbons ardents !…

Le clergé n’a pas assez de bûchers, le peuple assez d’injures, l’enfant assez de pierres contre l’infortunée. Le poète (aussi enfant) lui lance une autre pierre, plus cruelle pour une femme. Il suppose, gratuitement, qu’elle était toujours laide et vieille. Au mot Sorcière, on voit les affreuses vieilles de Macbeth. Mais leurs cruels procès apprennent le contraire. Beaucoup périrent précisément parce qu’elles étaient jeunes et belles.

La Sibylle prédisait le sort. Et la Sorcière le fait. C’est la grande, la vraie différence. Elle évoque, elle conjure, opère la destinée. Ce n’est pas la Cassandre antique qui voyait si bien l’avenir, le déplorait, l’attendait. Celle-ci crée cet avenir. Plus que Circé, plus que Médée, elle a en main la baguette du miracle naturel, et pour aide et sœur la Nature. Elle a déjà des traits du Prométhée moderne. En elle commence l’industrie, surtout l’industrie souveraine qui guérit, refait l’homme. Au rebours de la Sibylle, qui semblait regarder l’aurore, elle regarde le couchant ; mais justement ce couchant sombre donne, longtemps avant l’aurore (comme il arrive aux pics des Alpes), une aube anticipée du jour.

Le prêtre entrevoit bien que le péril, l’ennemie, la rivalité redoutable est dans celle qu’il fait semblant de mépriser, la prêtresse de la Nature. Des dieux anciens, elle a conçu des dieux. Auprès du Satan du passé, on voit en elle poindre un Satan de l’avenir.

L’unique médecin du peuple, pendant mille ans, fut la Sorcière. Les empereurs, les rois, les papes, les plus riches barons, avaient quelques docteurs de Salerne, des Maures, des juifs, mais la masse de tout état, et l’on peut dire le monde, ne consultait que la Saga ou Sage-femme. Si elle ne guérissait, on l’injuriait, on l’appelait sorcière. Mais généralement, par un respect mêlé de crainte, on la nommait Bonne dame ou Belle dame (bella donna), du nom même qu’on donnait aux Fées.

Il lui advint ce qui arrive encore à sa plante favorite, la Belladone, à d’autres poisons salutaires qu’elle employait et qui furent l’antidote des grands fléaux du moyen âge. L’enfant, le passant ignorant, maudit ces sombres fleurs avant de les connaître. Elles l’effrayent par leurs couleurs douteuses. Il recule, il s’éloigne. Ce sont là pourtant les Consolantes (Solanées), qui discrètement administrées, ont guéri souvent, endormi tant de maux.

Vous les trouvez aux plus sinistres lieux, isolés, mal famés, aux masures, aux décombres. C’est encore là une ressemblance qu’elles ont avec celle qui les employait. Où aurait-elle vécu, sinon aux landes sauvages, l’infortunée qu’on poursuivit tellement, la maudite, la proscrite, l’empoisonneuse qui guérissait, sauvait ? la fiancée du Diable et du Mal incarné, qui a fait tant de bien, au dire du grand médecin de la Renaissance. Quand Paracelse, à Bâle, en 1527, brûla toute la médecine, il déclara ne savoir rien que ce qu’il apprit des sorcières.

Cela valait une récompense. Elles l’eurent. On les paya en tortures, en bûchers. On trouva des supplices exprès ; on leur inventa des douleurs. On les jugeait en masse, on les condamnait sur un mot. Il n’y eut jamais une telle prodigalité de vies humaines. Sans parler de l’Espagne, terre classique des bûchers, où le Maure et le juif ne vont jamais sans la sorcière, on en brûle sept mille à Trèves, et je ne sais combien à Toulouse, à Genève cinq cents en trois mois (1513), huit cents à Wurtzbourg, presque d’une fournée, mille cinq cents à Bamberg (deux tout petits évêchés !). Ferdinand II lui-même, le bigot, le cruel empereur de la guerre de Trente ans, fut obligé de surveiller ces bons évêques ! ils eussent brûlé tous leurs sujets. Je trouve, dans la liste de Wurtzbourg, un sorcier de onze ans, qui était à l’école, une sorcière de quinze, à Bayonne deux de dix-sept, damnablement jolies.

Notez qu’à certaines époques, par ce seul mot Sorcière, la haine tue qui elle veut. Les jalousies de femmes, les cupidités d’hommes, s’emparent d’une arme si commode. Telle est riche ?… Sorcière. — Telle est jolie ?… Sorcière. On verra la Murgui, une petite mendiante, qui, de cette pierre terrible, marque au front pour la mort, la grande dame, trop belle, la châtelaine de Lancinena.

Les accusées, si elles peuvent, préviennent la torture et se tuent. Remy, l’excellent juge de Lorraine, qui en brûla huit cents, triomphe de cette terreur. « Ma justice est si bonne, dit-il, que seize, qui furent arrêtées l’autre jour, n’attendirent pas, s’étranglèrent tout d’abord. »

Sur la longue voie de mon Histoire, dans les trente ans que j’y ai consacrés, cette horrible littérature de sorcellerie m’a passé, repassé fréquemment par les mains. J’ai épuisé d’abord et les manuels de l’inquisition, les âneries des dominicains (Fouets, Marteaux, Fourmilière, Fustigations, Lanternes, etc., ce sont les titres de leurs livres). Puis j’ai lu les parlementaires, les juges lais qui succèdent à ces moines, les méprisent et ne sont guère moins idiots. J’en dis un mot ailleurs. Ici, une seule observation, c’est que, de 1300 à 1600, et au-delà, la justice est la même. Sauf un petit entr’acte dans le Parlement de Paris, c’est toujours et partout même férocité de sottise. Les talents n’y font rien. Le spirituel De Lancre, magistrat bordelais du règne d’Henri IV, fort avancé en politique, dès qu’il s’agit de sorcellerie, retombe au niveau d’un Nider, d’un Sprenger, des moines imbéciles du quinzième siècle.

On est saisi d’étonnement en voyant ces temps si divers, ces hommes de culture différente, ne pouvoir avancer d’un pas. Puis on comprend très bien que les uns et les autres furent arrêtés, disons plus, aveuglés, irrémédiablement enivrés et ensauvagés, par le poison de leur principe. Ce principe est le dogme de fondamentale injustice : « Tous perdus, pour un seul, non seulement punis, mais dignes de l’être, gâtés d’avance et pervertis, morts à Dieu même avant de naître. L’enfant qui tète est un damné. »



Jules Michelet

Extrait de : La sorcière

23:03 02/10/2012 | Lien permanent | Tags : humoeurs, lis tes ratures |  Facebook

17
sep

Je passe à Passa Porta le 19/10 en compagnie de Maky et... (Langue Schaerbeekoise)

Constant vzw et Entrez Lire asbl présente un dictionnaire hors du commun : Les Mots de la Cage aux Ours.

La sortie du livre est lancé de manière festive en compagnie d'habitants du quartier, de l'écrivaine-performeuse Milady Renoir et le slammeur Maky qui improvisera un slam sur des mots choisis par le public.

Mots de la Cage aux Ours est une collection de mots de la langue parlée dans le quartier de la place Verboeckhoven à Schaerbeek. Le choix des mots a été dicté par l'intuition de trois artistes de Constant vzw lors de leurs rencontres avec les habitants du quartier entre 2009 et 2012, dans le cadre du contrat de quartier Navez-Portaels. Chaque mot est accompagné de la phrase enregistrée où le mot a été entendu pour la première fois, et la plupart des mots - pas tous - ont une définition, donnée par la personne qui nous a offert le mot.

Quelques personnes de renom ont donné leur vision sur la collection : Isabelle Doucet (urbaniste), Fatima Zibouh (politologue), In Koli Jean Bofane (écrivain), Jérémie Piolat (philosophe) et bien d'autres encore.

Tous les mots sont également repris sous forme d'enregistrements sonores dans le dictionnaire http://www.lalangueschaerbeekoise.be

Mots de la Cage aux Ours s'inscrit dans le projet La Langue Schaerbeekoise/De Schaarbeekse Taal dans le cadre du Contrat de Quartier Navez-Portaels, avec le soutien de la Région Bruxelles-Capitale et la Commune de Schaerbeek.

Titre: La langue schaerbeekoise
Quand: 19.10.2012 - 19.10.2012 19.00 h - 21.00 h
Passa Porta
Venue: Passa Porta - Site internet
Rue Antoine Dansaert 46
1000 - Bruxelles

15:40 17/09/2012 | Lien permanent | Tags : lis tes ratures, act-u |  Facebook

29
aoû

TAP on WATERWHEELS - Pascale Barret / Suzon Fuks with Milady Renoir's texts

Une eau / des eaux : un monstre, une question. IMG_0183.jpg

à l'abordage de la question de l'eau, Suzon Fuks propose depuis un an des ouvertures (des robinets) sur la question de l'eau. Des artistes, des scientifiques, des chercheurs, des gens questionnent, trouvent, vagabondent et dénoncent.

Pascale Barret et Suzon Fuks m'ont commandé un texte qui évoquerait la question du monstre marin.

La performance élaborant nos visions a été faite en ligne le 22 août. Une version enregistrée du livre est visible pour quelques temps (mais pas toujours) sur le lien suivant: http://activelayers.net/movies/WW/less-than-6feet.mov

Des extraits du texte écrit s'y trouvent en diapositives.
Des extraits du texte écrit se collent ci-dessous.

" Suite à cette découverte singulière (hallucinée ou hallucinante), des enquêteurs, des chasseurs, des scientifiques parcourent le monde des hommes, des livres et des pensées afin de cerner, d’approcher au moins, les hypothèses les moins fébriles quant à l’existence et l’importance de cette créature. Plusieurs hypothèses s’élaborent, se frottent, s’additionnent, s’annihilent. Emergent de nombreuses observations, lesquelles rappellent inlassablement nos ritournelles écrites à propos de monstres, qu’ils soient connus, reconnus, pressentis, anéantis.
Mais qui sont ces monstres qui soufflent sur nos terres et dans nos mers ?


Qu’est ce que c’est ? Un rocher souterrain formant une ombre sous l’onde ?

« C’est comme un être composite. Du genre de ceux dont on a lu les récits à l’école : les Faunes, les Centaures, les Griffons, les Chimères, les Sirènes, les Sphinges… je crois qu’on se rapproche des origines d’un monde, lequel a bien trop besoin de mystère. Vous savez, on ne croit plus en Dieu, on ne croit plus aux esprits, il faut bien qu’on se raccroche… On ne peut plus s’étonner du succès d’Harry Potter, par exemple. Il y en a qui retrouvent la trace de Jésus dans un morceau de fromage fondu ou l’icône de la Vierge Marie dans une tranche de pain grillée. On s’accommode du plus piètre mystère que l’on peut trouver de nos jours. En tout cas, moi, je n’ai pas l’impression qu’on doive craindre quoi que ce soit, à part l’interprétation utilisée à mauvais escient de gourous en mal de reconnaissance ou d’abus de pouvoirs de scientifiques trop proches des Etats. J’aurais en tout cas été bien content de tomber face à lui, ou à elle, moi »
- Anonyme interviewé dans un dossier d’enquête du New York Post du 16.07.1952
"

(...)

Qu’est ce que c’est ? Un tourbillon des fonds marins repris à l’unisson par les strates et les airs ?

« Et si ce monstre gardait un bien précieux, un trésor cosmique ou radicalement concret, typiquement vulgaire, de l’ordre monétaire ou foncier. S’il gardait mieux que l’épave du Titanic, mieux que les joyaux d’une Monarchie décatie, mieux que les dernières gouttes d’eau. Au pire, une énigme, une confidence ; au mieux une clé, une résolution. Si cette créature était une merveille, un prodige et qu’elle détenait un savoir réservé à quelques initiés. Sait-elle ce que sont devenus les gènes sans dérégulation endocrinienne des générations passées ? Connait-elle l’emplacement des graines des derniers arbres peut-être rescapés de nos atomisations ? Permettrait-elle à notre espèce de recouvrer l’usage de la reproduction « naturelle » ? Nous devrions nous pencher sur sa raison d’être plutôt que de persévérer dans nos schémas d’extermination. Si ses défauts nous renvoyaient la lumière, le reflet d’un nous plus abominables qu’elle. Et si, de notre rencontre, de notre confrontation à elle, nous tirions un enseignement, nous déduisions une transformation, une métamorphose jusqu’en nous en dégager plus grands, au sens de la puissance de l’agir, du changer. Etre autre ne serait pas une forme de célébration alors que nous n’avons cessé de vouloir être meilleur, ce qui nous a valu plus de déconvenues que la mort elle-même ? »

- déclaration de Milady Renoir, écrivaine métaphysico-papéticienne, pas encore morte, devant le parterre intergalactique de l’UNESCOP le 13 février 2146.

(...)

Qu’est ce que c’est ? Une absence de forme fécondée entre ciel et mer ?

« Cyclope ou Sphinge, Monstre des Eaux, pars. Quitte les sols des fonds
Prends ton être aux mille sourcils, au souffle profond et à l’envie démente
Fuis l’écho puissant, Océanide Perverse, Epouvantail à humains, Sein malade et noir
Dévastatrice néphélocentaure ou stupide Anémodrome
Retrousse tes pas et ta fureur, coupe les ailes de ton envergure,
n’offense plus ni la Voie Lactée ni le Sillon Central,
Furie enflée et frondeuse, tes senteurs de mort, charme le néant
fuis, pars, quitte, retire-toi, rebrousse chemins et halètements,
Nous, semblables à ce qui est nécessaire, n’acceptons pas ta venue.
 »     

– Intervention à échelle cosmique d’Ala Roza, Chaman déchue# de la Tribu des Nénètses suite à l’angoisse mondiale d’une invasion d’anguilles géantes en 1964.

Faut-il craindre ? Faut-il ameuter ? Faut-il combattre ? Faut-il geindre ? Faut-il assouvir ? Mauvais présage ou bonne fortune, qui saura lire ? Le futur, seul, dénoncera ou énoncera ce qu’il reste de secret dans l’horizon et le sous-terrain. Autrement dit, qui vivra verra."

14:03 29/08/2012 | Lien permanent | Tags : act-u, arts, lis tes ratures |  Facebook

24
jui

a eu lieu... N°6: Ne pas mourir idiot Texte: Milady Renoir - Gravure: Elisabeth Bronitz - Lancement à 100 Papiers le 1er juillet 2012

A eu lieu le 1er juillet à "ma" librairie 100 papiers, le lancement d'un des feuillets de corde...

Je vous laisse découvrir le texte ici: http://www.traverse.be/feuillets-de-corde.php

EB.jpeg.jpg

(merci à Elisabeth pour cette gravure pénétrante (les feuillets de corde ne mettent pas les deux intervenants (auteur & graveur) en contact au préalable donc, pas d'illustration de l'une ou l'autre)

Les photos et bientôt le podcast de ma lecture sont disponibles sur http://feuilletsdecorde.unblog.fr/

10:01 24/07/2012 | Lien permanent | Tags : lis tes ratures, ego-tripes |  Facebook

ah mais quand même...

je n'écris pas pour mes projets mais j'écris pour notre projet, nous étant Karen Guillorel, voyageuse tempérée à pieds ou à âne. Ses voyages arpentent le monde d'un regard fébrile et puissant. J'ai aimé son récit d'un voyage de Paris à Jérusalem (à pied et à vélo). J'ai aimé son Saint Jacques de Compostelle. J'ai aimé nos errances intérieures partagées entre vivre et subir.

Nous voici donc impliquées dans ce projet d'écriture à deux sens. Nous nous écrivons et nous publions notre itinéraire. Elle est en Russie, bientôt en Sibérie, bientôt en Mongolie. Moi, je suis à Bruxelles et serai bientôt en France. Quelque chose nous relie, notre envie de nous écrire, de nous dire là où nous bougeons et là où nous restons.

Notre réceptâcle à sensations et mots: http://correspondenses.tumblr.com/

N'hésitez pas à nous dire...

09:57 24/07/2012 | Lien permanent | Tags : lis tes ratures |  Facebook

Festival des Radiophonies

RADIOPHONIES.jpg

Grâce au projet de la Langue Schaerbeekoise auquel j'ai participé et grâce à la mise en onde des textes écrits par Daniel Martin Borret, je serai à Paris pendant le Festival des Radiophonies...

pour y écouter leurs vies et être fière, aussi.

09:52 24/07/2012 | Lien permanent | Tags : act-u, lis tes ratures |  Facebook

11
jui

Micro Fiction

Micro Fiction écrite hier à l'atelier de Laurence Baudhuin durant le Marathon des Mots. Atelier proposé par Kalame (le réseau).

On ne pouvait pas savoir que quelqu'un s'y serait réfugié. Quand le crépitement des flammes a été couvert par un cri, quand le mollet de Tom a été agrippé, on a compris.

Hommage à Félix Fénéon, Régis Jauffray, et quelques auteurs microfictionnels. (et à cette microfiction inaltérable de l'écrivain mexicain Luis Felipe Lomelí:

L'Émigrant (El Emigrante) 

« ¿Olvida usted algo? -¡Ojalá! »
« Oubliez-vous quelque chose ? - Pourvu que oui ! »)

cardon.jpg (art by Cardon)


17:15 11/06/2012 | Lien permanent | Tags : lis tes ratures |  Facebook

9
mai

vive les monstres qui ne sommeillent pas en nous

monstre photo.jpg fière d'être monstre aussi. (merci Cyril T.)

09:44 09/05/2012 | Lien permanent | Tags : act-u, textes, lis tes ratures |  Facebook

4
avr

Le Guide pratique du féminisme divinatoire (à ajouter sur la liste de livres à lire avant la fin du monde)

parution : 6/10/2011

Camille Ducellier

Le Guide pratique du féminisme divinatoire

Le guide pratique du féminisme divinatoire est un grimoire politique dans lequel théorie et pratique se mêlent pour faire jaillir un synchrétisme ouvert et joyeux. Le féminisme divinatoire est un croisement, une double hérésie pour brouiller les pistes. Un regard sur deux sensibilités culturelles qui évitent les contacts et se manquent de peu en France : un point de vue féministe radical et une clairvoyance spirituelle. Le guide pratique est accompagné d’un DVD du film Sorcières, mes sœurs, dont il est le descendant direct. Un film qui rassemble cinq portraits de femmes et/ou féministes qui s’autoproclament Sorcière aujourd’hui, sous un angle féministe et politique. Manifeste, incantations, recettes, arts divinatoires, voici douze rituels pour l’avènement du féminisme divinatoire.

21:41 04/04/2012 | Lien permanent | Tags : lis tes ratures |  Facebook

20
mar

Sorciers et psychanalyse - Claude Lévi-Strauss

SATAN.jpgLa cure du chamane n’est pas une quelconque magie : c’est l’analogue de la démarche du psychanalyste freudien. Alors que l’Europe pratique l’enfermement des fous, les peuples sans écriture ont découvert le pouvoir guérisseur du mythe.

À la plupart d’entre nous, la psychanalyse apparaît comme une conquête révolutionnaire de la civilisation du XXe siècle ; nous la plaçons sur le même plan que la génétique ou la théorie de la relativité. D’autres, plus sensibles sans doute au mauvais usage de la psychanalyse qu’à son véritable enseignement, persistent à la considérer comme une extravagance de l’homme moderne. Dans les deux cas, on oublie que la psychanalyse n’a fait que retrouver, et traduire en termes nouveaux, une conception des maladies mentales qui remonte probablement aux origines de l’humanité et que les peuples que nous appelons primitifs n’ont pas cessé d’utiliser, souvent avec un art qui étonne nos meilleurs praticiens.

Il y a quelques années, des ethnologues suédois ont recueilli et publié un très long rituel de guérison employé chez les Indiens Cunas de Panama, dans les cas d’accouchement difficile. Ce rituel consiste en un récitatif que le sorcier de la tribu – ou, comme disent les spécialistes, le chaman – déclame devant la patiente et pour son bénéfice. Il lui explique que son mal provient de l’absence momentanée de l’âme qui préside à la procréation ; car les Cunas croient en l’existence d’une multitude d’âmes, chacune préposée à une fonction vitale particulière. Cette âme a été attirée dans l’au-delà par des esprits malfaisants ; le sorcier raconte à la malade, avec un grand luxe de détails, comment il entreprend un voyage surnaturel à la recherche de l’âme perdue ; quels obstacles il rencontre ; à quels ennemis il s’oppose ; comment il les domine, par la force ou par la ruse, avant d’atteindre la prison de l’âme captive, pour finalement la libérer et lui faire réintégrer le corps souffrant et étendu.


La cure chamanistique, précurseure de la psychanalyse

Analysons brièvement les caractères de cette cure, dont nous n’avons aucune raison de supposer qu’elle ne soit pas efficace, au moins dans certains cas. Son premier caractère tient à sa nature purement psychologique : pas de manipulation du corps de la malade, pas de drogues. Le sorcier ne fait que parler, ou chanter ; il s’en remet au seul discours pour induire la guérison. En second lieu, le traitement implique un tête-à-tête entre deux personnes : malade et médecin, ce qui ne signifie pas, comme nous le verrons dans un instant, que les autres membres du groupe social ne puissent former un auditoire. Or, de ces deux personnes, l’une – le sorcier au pouvoir reconnu par la tribu entière – incarne l’autorité sociale et la puissance de l’ordre ; l’autre – le malade – souffre d’un désordre que nous appellerions physiologique, mais qui apparaît aux indigènes comme l’effet d’un avantage arraché par la société des esprits à celle des humains. Puisque ces deux sociétés doivent être normalement alliées, et que le monde des esprits est de même nature que celui des âmes assemblées dans chaque individu, il s’agit vraiment, dans la pensée indigène, d’un désordre sociologique provoqué par l’ambition, la malveillance ou la rancune des esprits, c’est-à-dire par des motivations de caractère psychologique et social. Enfin, en exposant les causes de la maladie, et en racontant ses aventures dans l’au-delà, le sorcier évoque, chez son auditoire, des représentations familières empruntées aux croyances et aux mythes qui sont le patrimoine du groupe social tout entier. D’ailleurs, c’est en assistant à de telles cures, qui ont un caractère public, que l’adolescent s’initie en détail aux croyances collectives.

Plusieurs caractères qui viennent d’être relevés ressemblent étrangement à ceux d’une cure psychanalytique. Dans ce cas aussi, la maladie est considérée comme ayant une origine psychologique et le traitement appliqué est exclusivement de cette nature. Par des symptômes qu’il ne peut maîtriser, ou plus simplement par le trouble de son esprit, le malade se sent exclu du groupe social et fait appel au médecin, dont l’autorité est sanctionnée par le groupe, pour l’aider à s’y réintégrer. Enfin, la cure vise à extraire du malade le récit d’événements enfouis dans son inconscient, mais qui, en dépit de leur ancienneté, continuent à régir ses sentiments et ses représentations. Or, qu’est-ce qu’une histoire assignée à une époque très ancienne, si ancienne souvent, que même son souvenir est perdu, mais qui continue, cependant, à expliquer – mieux que des événements plus récents – les caractères de ce qui se passe actuellement ? Très exactement, ce que les sociologues appellent un mythe.


Convergences et divergences

La grande différence entre une cure chamanistique comme celle que nous venons d’analyser, et une cure psychanalytique, tient donc au fait que dans le premier cas le médecin parle tandis que, dans le second, ce soin est dévolu au patient ; on sait qu’un bon psychanalyste reste pratiquement muet pendant la plus grande partie de la cure ; son rôle est d’offrir au malade la stimulation de la présence d’autrui, on pourrait presque dire la provocation, afin que le malade puisse investir cet « autre » anonyme avec toute l’hostilité dont il se sent inspiré. Mais, dans les deux cas, la cure consiste bien dans la production d’un mythe, avec cette différence que, chez les Cunas, il s’agit d’un mythe tout fait, connu de tous et perpétué par la tradition, que le sorcier se contente d’adapter à un cas particulier ; disons, pour être plus précis encore, de traduire dans un langage qui ait un sens pour le malade et lui permettant de nommer, et donc de comprendre – peut-être ainsi de dominer – des douleurs qui étaient jusqu’alors inexprimables, au propre et au figuré.
Dans la psychanalyse, au contraire, le malade a la charge d’élaborer son propre mythe. Mais, si l’on y réfléchit un instant, la différence n’est pas si grande, puisque la psychanalyse ramène l’origine des troubles psychiques à un très petit nombre de situations possibles, entre lesquelles le malade n’a guère que la liberté de choisir, et qui, toutes, se rapportent aux premières expériences de la vie et aux relations du jeune enfant avec son entourage familial. Ici aussi, c’est quand le malade sera arrivé à traduire des troubles inexprimables ou inavouables (cela revient au même), dans les termes d’un mythe approprié à son histoire particulière, qu’il se sentira libéré. (…)
Après le rapprochement qui précède, nous ne nous étonnerons pas que certains psychologues très avertis, visitant des sociétés indigènes pour mener des enquêtes à l’aide des plus modernes procédés d’investigation, se soient trouvés de plain-pied avec les sorciers indigènes, et même parfois, surpassés par eux.
Telle fut l’aventure, si joliment racontée par le psychologue et anthropologue Kilton Stewart, dans un ouvrage récent intitulé : Pygmies and Dream Giants (Les Pygmées et les Géants du rêve, New York, 1954). Il s’était rendu chez les Négritos, ou Pygmées, habitants très primitifs de l’intérieur des Philippines, pour étudier leur structure mentale par des méthodes voisines de celles de la psychanalyse. Non seulement les sorciers du groupe le laissèrent faire, mais ils le considérèrent aussitôt comme un des leurs ; mieux encore, ils intervinrent d’autorité dans ses analyses, en spécialistes compétents et parfaitement au courant des techniques utilisées. J’ai souligné tout à l’heure le caractère public des cures chamanistiques. Tous les membres du groupe acquièrent ainsi progressivement la croyance que leurs propres malaises, quand ils viendront à les éprouver, relèvent des mêmes procédés que ceux qu’ils auront si souvent vu appliquer. D’autre part, prévoyant toutes les étapes de la cure, ils y participeront volontiers, les scandant de leurs encouragements, aidant le malade à rassembler ses souvenirs.

Comme le remarque à ce même propos K. Stewart, nous ne sommes plus sur le terrain de la psychanalyse, mais sur celui de l’un de ses développements récents : la psychothérapie collective, dont l’une des formes les plus connues est le psychodrame, où plusieurs membres du groupe acceptent de figurer les personnages du mythe du malade, pour aider celui-ci à mieux se le représenter et pouvoir ainsi pousser sa tragédie jusqu’au dénouement. Cette participation n’est possible qu’à condition que le mythe du malade offre déjà un caractère social. Les autres réussissent à y participer parce qu’il est aussi le leur, ou plus exactement parce que les situations critiques auxquelles notre société expose l’individu sont, très largement, les mêmes pour tous.


La transfiguration bénéfique du trouble en œuvre d’art

On voit donc combien illusoire est le caractère, intime et personnel, de la situation oubliée que la psychanalyse aide le malade à se remémorer. Même cette différence avec la cure chamanistique, que nous avions retenue tout à l’heure, s’évanouit. « Comme à Paris et à Vienne, écrit K. Stewart, les psychiatres négritos aidaient le malade à retrouver des situations et des incidents appartenant à un passé lointain et oublié, des événements douloureux enfouis dans les couches les plus anciennes de cette expérience accumulée qu’exprime la personnalité. »

Sur un point au moins, la technique indigène semble être plus audacieuse et plus féconde que la nôtre. K. Stewart relate une expérience qu’il eût pu faire n’importe où dans le monde, chez l’un de ces peuples que nous appelons primitifs. Quand il voulut tirer le malade de l’état de rêve éveillé où il se trouvait, racontant de façon désordonnée des incidents de son passé – conflit avec son père, transposé sous la forme mythique d’une visite au pays des morts –, ses collègues indigènes l’en empêchèrent. Pour être guéri définitivement, lui dirent-ils, il fallait que l’esprit de la maladie ait fait un présent à sa victime, sous forme d’un nouveau rythme de tambour, d’une danse ou d’un chant. Selon la théorie indigène, il ne suffit donc pas que l’infériorité sociale, due à la maladie, soit effacée ; elle doit se transformer en avantage positif, supériorité sociale de la nature de celle que nous reconnaissons à l’artiste créateur. Sans doute, cette relation entre un équilibre psychique inhabituel et la création artistique, n’est pas étrangère à nos propres conceptions. Il y a beaucoup de génies que nous avons traités comme des fous : Nerval, Van Gogh et d’autres. Au mieux, nous consentons parfois à excuser certaines folies pour la raison qu’elles sont le fait de grands artistes. Mais même les pauvres Négritos des jungles de Bataan ont vu beaucoup plus loin dans ce domaine ; ils ont compris qu’un moyen de dissiper un trouble mental, nuisible à l’individu qui en est victime et à la collectivité qui a besoin de la saine collaboration de tous, consiste à le transfigurer en œuvre d’art ; méthode rarement utilisée chez nous, mais qui est tout de même celle à quoi nous devons l’œuvre d’Utrillo. Il y a donc beaucoup à apprendre de la psychiatrie primitive. Toujours en avance sur la nôtre à bien des égards, de quel modernisme ne faisait-elle pas preuve à l’époque, récente encore et dont la tradition est pour nous si lourde à secouer, où nous ne savions rien faire d’autre des malades mentaux que les charger de chaînes et les affamer !


© Unesco, Courrier de l’Unesco, juillet-août 1956.

10:39 20/03/2012 | Lien permanent | Tags : lis tes ratures, humoeurs, healfff |  Facebook

24
fév

I Believe (JG Ballard, 1984)

dancing shadows.gif I believe in the power of the imagination to remake the world, to release the truth within us, to hold back the night, to transcend death, to charm motorways, to ingratiate ourselves with birds, to enlist the confidences of madmen.

 

I believe in my own obsessions, in the beauty of the car crash, in the peace of the submerged forest, in the excitements of the deserted holiday beach, in the elegance of automobile graveyards, in the mystery of multi-storey car parks, in the poetry of abandoned hotels.

 

I believe in the forgotten runways of Wake Island, pointing towards the Pacifics of our imaginations.

 

I believe in the mysterious beauty of Margaret Thatcher, in the arch of her nostrils and the sheen on her lower lip; in the melancholy of wounded Argentine conscripts; in the haunted smiles of filling station personnel; in my dream of Margaret Thatcher caressed by that young Argentine soldier in a forgotten motel watched by a tubercular filling station attendant.

 

I believe in the beauty of all women, in the treachery of their imaginations, so close to my heart; in the junction of their disenchanted bodies with the enchanted chromium rails of supermarket counters; in their warm tolerance of my perversions.

 

I believe in the death of tomorrow, in the exhaustion of time, in our search for a new time within the smiles of auto-route waitresses and the tired eyes of air-traffic controllers at out-of-season airports.

 

I believe in the genital organs of great men and women, in the body postures of Ronald Reagan, Margaret Thatcher and Princess Di, in the sweet odors emanating from their lips as they regard the cameras of the entire world.

 

I believe in madness, in the truth of the inexplicable, in the common sense of stones, in the lunacy of flowers, in the disease stored up for the human race by the Apollo astronauts.

 

I believe in nothing.

 

I believe in Max Ernst, Delvaux, Dali, Titian, Goya, Leonardo, Vermeer, Chirico, Magritte, Redon, Duerer, Tanguy, the Facteur Cheval, the Watts Towers, Boecklin, Francis Bacon, and all the invisible artists within the psychiatric institutions of the planet.

 

I believe in the impossibility of existence, in the humor of mountains, in the absurdity of electromagnetism, in the farce of geometry, in the cruelty of arithmetic, in the murderous intent of logic.

 

I believe in adolescent women, in their corruption by their own leg stances, in the purity of their disheveled bodies, in the traces of their pudenda left in the bathrooms of shabby motels.

 

I believe in flight, in the beauty of the wing, and in the beauty of everything that has ever flown, in the stone thrown by a small child that carries with it the wisdom of statesmen and midwives.

 

I believe in the gentleness of the surgeon’s knife, in the limitless geometry of the cinema screen, in the hidden universe within supermarkets, in the loneliness of the sun, in the garrulousness of planets, in the repetitiveness or ourselves, in the inexistence of the universe and the boredom of the atom.

 

I believe in the light cast by video-recorders in department store windows, in the messianic insights of the radiator grilles of showroom automobiles, in the elegance of the oil stains on the engine nacelles of 747s parked on airport tarmacs.

 

I believe in the non-existence of the past, in the death of the future, and the infinite possibilities of the present.

 

I believe in the derangement of the senses: in Rimbaud, William Burroughs, Huysmans, Genet, Celine, Swift, Defoe, Carroll, Coleridge, Kafka.

 

I believe in the designers of the Pyramids, the Empire State Building, the Berlin Fuehrerbunker, the Wake Island runways.

 

I believe in the body odors of Princess Di.

 

I believe in the next five minutes.

 

I believe in the history of my feet.

 

I believe in migraines, the boredom of afternoons, the fear of calendars, the treachery of clocks.

 

I believe in anxiety, psychosis and despair.

 

I believe in the perversions, in the infatuations with trees, princesses, prime ministers, derelict filling stations (more beautiful than the Taj Mahal), clouds and birds.

 

I believe in the death of the emotions and the triumph of the imagination.

 

I believe in Tokyo, Benidorm, La Grande Motte, Wake Island, Eniwetok, Dealey Plaza.

 

I believe in alcoholism, venereal disease, fever and exhaustion. I believe in pain. I believe in despair. I believe in all children.

 

I believe in maps, diagrams, codes, chess-games, puzzles, airline timetables, airport indicator signs. I believe all excuses.

 

I believe all reasons.

 

I believe all hallucinations.

 

I believe all anger.

 

I believe all mythologies, memories, lies, fantasies, evasions.

 

I believe in the mystery and melancholy of a hand, in the kindness of trees, in the wisdom of light.

 

JG Ballard

01:45 24/02/2012 | Lien permanent | Tags : humoeurs, lis tes ratures |  Facebook

21
fév

"Bruxelles midi". Recueil. OnLit - Edition numérique.

lis tes raturesJe suis ravie de participer à l'aventure de OnLit, site publiant des textes inédits... et qui ce soir, devient officiellement la première maison d'éditions numériques belge.
Un de mes textes se niche au sein du recueil "Bruxelles Midi", lequel est lisible en primeur, ici.

Il vous suffit de choisir le format de fichier adapté. (Besoin d'info?)
 
N'hésitez pas à diffuser ce recueil gratuit autour de vous ! (En privilégiant l'envoi du lien plutôt que d'envoyer simplement le fichier en pièce jointe)
 
La soirée de lancement se passe ce soir, en dessous de mon bureau, dans la librairie Passa Porta. Y aura du monde... tentez de pousser les murs si vous venez.

10:37 21/02/2012 | Lien permanent | Tags : lis tes ratures |  Facebook

14
fév

Demomaniac

06-Iela-Mari--The-World-Through-a-Lens-2_900.jpgThe history of the universe…is the handwriting produced by a minor god in order to communicate with a Demon.

Borges (always+all ways)

 

(art by Iela-Mari-The-World-Through-a-Lens

19:34 14/02/2012 | Lien permanent | Tags : lis tes ratures |  Facebook

13
fév

mais qui sont ces écrivains qui se disent sur nos têtes...

 

  • Ernest Hemingway:  Write drunk, edit sober.
  • Hunter S. Thompson:  The only thing to be said this time about Fear & Loathing is that it was fun to write and that’s fair, for me at least because I’ve always considered writing the most hateful kind of work. 
  • Elmore Leonard:  I try to leave out the parts that people skip.
  • Isaac Asimov:  If my doctor told me I had only six minutes to live, I wouldn’t brood.  I’d type a little faster.
  • Moliere:  A writer is congenitally unable to tell the truth and that is why we call what he writes fiction. 
  • William Faulkner:  Writing is like prostitution. First you do it for love, and then for a few close friends, and then for money.
  • Robert Frost:  Poets need not go to Niagara to write about the force of falling water.
  • Flannery O’Connor:  Everywhere I go I’m asked if I think the university stifles writers. My opinion is that they don’t stifle enough of them.
  • Robert Benchley:  It took me fifteen years to discover that I had no talent for writing, but I couldn’t give it up because by that time I was too famous.
  • George Orwell:  In certain kinds of writing, particularly in art criticism and literary criticism, it is normal to come across long passages which are almost completely lacking in meaning.
  • Steven Wright:  I’m writing an unauthorized autobiography. 
  • William S. Burroughs:  In my writing I am acting as a map maker, an explorer of psychic areas, a cosmonaut of inner space, and I see no point in exploring areas that have already been thoroughly surveyed.
  • Gustave Flaubert:  The art of writing is the art of discovering what you believe.

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20:07 13/02/2012 | Lien permanent | Tags : lis tes ratures |  Facebook

LES ECRIVAINS S'AUSCULTENT...

 A l'occasion de la sortie du «Journal d'un corps» de Daniel Pennac, des écrivains écrivains pensent de leur enveloppe. Aujourd'hui: Chloé Delaume.

Ecrivain. Dernier livre paru : "Une femme avec personne dedans" (Seuil) (Sipa/Sipa/Photomontage)

Ecrivain. 

 

 

Mon corps m'appartient, soit, les organes, ça, j'en doute. Parfois, régulièrement. Je n'ai pas la formule pour ralentir mon coeur, ni faire taire les entrailles, c'est autonome à l'intérieur. La viande souvent appelle, impose un ressenti, méfiance des tripes, de la barbaque, on peut dire c'est l'instinct, je crains que ce soit bien pire. Mon corps, une entité, en soi, plus qu'une enveloppe.

 

La carcasse de mon Je est, je le crains, déjà débordante d'autres voix caverneuses spongieuses et palpitantes, ont-elles besoin de moi, ces voix qui parlent du sang, je n'en suis pas certaine. J'habite une terre hantée, la chair est mémorielle, je ne peux rien y changer. L'épiderme porte la trace de menues ecchymoses, s'est cogné au réel, mon corps qui m'appartient alors que tout m'échappe.

 

Des poumons à la rate, nous sommes en désaccord, et cela très fréquemment. Nous ne faisons plus qu'un face à une seule question, maternité, reproduction. Corps et âme nullipare, jamais je n'ai accouché, jamais je n'enfanterai. Mon dedans, je le sens, acquiesce en soulagement: d'un point de vue physiopathologique, l'embryon est un cancer.

 

Chloé Delaume

(*) Vient de publier "Une femme avec personne dedans" (Seuil).

19:56 13/02/2012 | Lien permanent | Tags : lis tes ratures, society |  Facebook

6
fév

Mathias Domahidy Met Jean Tardieu En Scène

Dans la série, j'ai des supers copains... Mathias met en scène Tardieu... moi, j'dis...

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11:25 06/02/2012 | Lien permanent | Tags : lis tes ratures, act-u |  Facebook

5
fév

R'n'B

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ÉCRIRE
Écrire, c'est ébranler le sens du monde, y disposer une interrogation indirecte,  à laquelle l'écrivain, par un dernier suspens, s'abstient de répondre. La réponse, c'est chacun de nous qui la donne, y apportant son histoire, son langage, sa liberté ; mais comme histoire, langage et liberté changent infiniment, la réponse du monde à l'écrivain est infinie : on ne cesse jamais de répondre à ce qui a été écrit hors de toute réponse : affirmés, puis mis en rivalité, puis remplacés, les sens passent, la question demeure. Roland Barthes, Sur Racine, Seuil ed, 1963, p11

 

 

 

Il y a une division des langages, qu'aucune science simple de la communication ne peut prendre en charge; la société, avec ses structures socio-économiques et névrotiques, intervient qui construit le langage comme un espace de guerre.
Roland Barthes, Bruissement de la Langue, p127

 

 

 

SEUL

 

(...) l'écrivain est seul, abandonné des anciennes classes et des nouvelles. Sa chute est d'autant plus grave qu'il vit aujourd'hui dans une société où la solitude elle-même, en soi, est considérée comme une faute. Nous acceptons ( c'est là notre coup de maître) les particularismes, mais non les singularités ; les types, mais non les individus. Nous créons (ruse géniale) des chœurs de particuliers, dotés d'une voix revendicatrice, criarde et inoffensive. Mais l'isolé absolu ? Celui qui n'est ni breton, ni corse, ni femme, ni homosexuel, ni fou, ni arabe, etc. ? La littérature est sa voix, qui, par un renversement "paradisiaque", reprend superbement toutes les voix du monde, et les mêle dans une sorte de chant qui ne peut être entendu que si l'on se porte, pour l'écouter (comme dans ces dispositifs acoustiques d'une grande perversité), très haut au loin, en avant, par-delà les écoles, avant-gardes, les journaux et les conversations.
Roland Barthes, Sollers écrivain, p 8, Seuil ed, 1979

 

 

 

L'AUTRE LANGUE
L'autre langue  est celle que l'on parle d'un lieu politiquement et idéologiquement inhabitable : lieu de l'interstice, du bord, de l'écharpe, du boitement : lieu cavalier  puisqu'il traverse, chevauche, panoramise et offense.

Roland Barthes, Bruissement de la Langue, p200, in"L'Etrangère",1970

 

LA  BATHMOLOGIE
La bathmologie ce serait le champ des discours soumis à un jeu de degrés. Certains langages sont comme le champagne : ils développent une signification postérieure à leur première écoute, et c'est dans ce recul du sens que naît la littérature.
Roland Barthes, Bruissement de la Langue, p 285, "Lecture de Brillat-savarin"

 

 

 

LE PLURIEL DU TEXTE
Le Texte est pluriel. Cela ne veut pas dire seulement qu'il a plusieurs sens, mais qu'il accomplit le pluriel même du sens : un pluriel irréductible (et non pas seulement acceptable). Le Texte n'est pas coexistence de sens, mais passage, traversée ; il ne peut donc relever d'une interprétation, même libérale, mais d'une explosion, d'une dissémination. Le pluriel du Texte tient, en effet, non à l'ambiguïté de ses contenus, mais  à ce que l'on pourrait appeler la  pluralité stéréographique  des signifiants qui le tissent (étymologiquement le texte est un tissu) : le lecteur du Texte pourrait être comparé à un sujet désœuvré (qui aurait détendu en lui tout imaginaire) : ce sujet passablement vide se promène (c'est ce qui est arrivé à l'auteur de ces lignes, et c'est là qu'il a pris une idée vive du Texte) au flanc d'une vallée au bas de laquelle coule un oued (l'oued est mis là pour attester un certain dépaysement) ; ce qu'il perçoit  est multiple, irréductible, provenant de substances et de plans hétérogènes, décrochés : lumières, couleurs, végétations, chaleur, air ; explosions ténues de bruits, minces cris d'oiseaux, voix d'enfants, de l'autre côté de la vallée, passages, gestes, vêtements d'habitants tout prés ou très loin ; tous ces incidents sont à demi identifiables : ils proviennent de codes  connus, mais leur combinatoire est unique, fonde la promenade en différence qui ne pourra se répéter que comme différence. C'est ce qui se passe pour le Texte : il ne peut être lui que dans sa différence (ce qui ne veut pas dire son, individualité); sa lecture semelfactive (ce qui rend illusoire toute science inductive-déductive des textes : pas de "grammaire" du texte), et cependant entièrement tissés de citations, de références, d'échos: langages culturels (quel langage ne le serait pas ?), antécédents ou contemporains, qui le traversent de part en part  dans une vaste stéréophonie.
Roland Barthes, Bruissement de la Langue, p73, in "De l'œuvre au texte", 1971

 

 

 

TEXTE DE PLAISIR
Texte de plaisir : celui qui contente, emplit, donne de l'euphorie ; celui qui vient de la culture, ne rompt pas avec elle, est lié à une pratique confortable de la lecture.
Roland Barthes, Plaisir du Texte, 1973, p25, éd de 1982

 

 

 

TEXTE DE JOUISSANCE
Texte de jouissance : celui qui met en état de perte, celui qui déconforte (peut-être jusqu'à un certain ennui), fait vaciller les assises historiques, culturelles, psychologiques, du lecteur, la consistance de ses goûts, de ses valeurs, et de ses souvenirs, met en crise son rapport au langage. Or c'est un sujet anachronique, celui qui tient les deux textes dans son champ et dans sa main les rênes du plaisir et de la jouissance, car il participe en même temps et contradictoirement à l'hédonisme profond de toute culture (qui entre en lui paisiblement sous le couvert d'un art de vivre dont font partie les livres anciens) et à la destruction de cette culture : il jouit de la consistance de son  moi  (c'est son plaisir) et recherche sa perte (c'est sa jouissance) . C'est un sujet deux fois clivé, deux fois pervers.

Roland Barthes, Plaisir du Texte, (1973), p25-26, éd de 1982

 

 

 

THEATRALITE
“ Qu'est-ce que la théâtralité ? c'est le théâtre moins le texte, c'est une épaisseur de signes, de sensations qui s'édifie sur la scène à partir de l'argument écrit, c'est cette sorte de perception œcuménique des artifices sensuels, gestes, tons, distances, substances, lumières, qui submergent le texte sous la plénitude de son langage extérieur.”

Roland Barthes, "Le théâtre de Baudelaire", 1954, in Essais Critiques, p 41

 

 

 

"LE LIVRE DES RUSES" Comme j'aimerai trouver un livre (faute de le faire moi-même) où me seraient rappelés (sous forme d'une grande traversée historique)  les rapports de l'écrivain, le pouvoir et de l'argent ! Peut- être l'écrivain est-il toujours dépendant (d'un autorité, d'une économie, d'une morale, d'un sur-moi collectif, etc...). Peut-être  n'écrit-il , quel que soit le libéralisme de sa société, qu'en trichant avec la force ? Peut-être est-elle politique perverse ? Le  "Livre  des ruses", tel s'appellerait le nouveau manuel de littérature, si ce titre n'était déjà pris.
Roland Barthes, Chroniques du Nouvel Observateur du 5/II/79

 

22:28 05/02/2012 | Lien permanent | Tags : lis tes ratures |  Facebook

4
fév

c'est comme à la radio...

Radio

Passé

  • Radio La Cage #14: La langue ... oiseau

    jeudi 02 février 2012 | 19:00 – 19:30 | Radio Panik 105.4fm

    Avec Milady Renoir, auteure, performeuse et schaerbeekoise qui vient nous lire ses textes écris à partir du dictionnaire sonore.
    Et les créa-sons de Daniel Martin-Borret, artiste sonore, qui a mis en onde les textes de Milady Renoir.

    En réécoute ici : http://sound.constantvzw.org/Radio-Berenkuil_La-Cage/emis...

  • Poésie à l'écoute

    mercredi 01 février 2012 | 19:00 – 20:00 | Radio Panik 105.4fm

    Emission mensuelle consacrée à la poésie et diffusée sur les ondes de la radio libre bruxelloise Radio Panik. Inspirée par le titre du livre d’Henry Bauchau « L’Ecriture à l’écoute » qui met en évidence, dans une série d’essais, le rôle de la poésie comme champ d’exploration, l’émission Poésie à l’écoute a pour vocation de faire renouer la poésie avec un public varié en proposant de multiples sujets.

    Pour la 33ème émission, Mélanie Godin invite à entendre le dictionnaire sonore de la Langue schaerbeekoise, avec An Mertens, Clementine Delahaut et Milady Renoir.

    En podcast sur http://poesiealecoute.be

 

act-u, lis tes ratures

00:02 04/02/2012 | Lien permanent | Tags : act-u, lis tes ratures |  Facebook

2
fév

Poésie à l'écoute - Dictionnaire schaerbeekois et...

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Le projet Le dictionnaire sonore schaerbeekois est en cours depuis 2009 et officiellement jusqu'à la fin de l'année 2012. Je suis ravie d'y participer en tant qu'auteur et voleuse de mots... An Mertens, une des artistes co-fondatrices de l'asbl Constant, une association pour les arts et les media, a pu donner les éléments, les objectifs et les données philosophiques du projet. Clémentine Delahaut (du projet schaerbeekois), Mélanie Godin (co-fondatrice de l'émission Poésie à l'écoute), An Mertens et moi même avons LU un des textes que j'ai écrit pour ce projet. Vous entendrez également une mise en ondes d'un autre texte créée par Daniel Martin-Borret.

L'émission Poésie à l'écoute d'hier soir sera disponible en podcast sur le site très prochainement. L'émission a également reçu l’éditeur Anne Leloup pour parler des éditions Esperluète, Serge Meurant et Jacques Vilet pour parler du livre « Chemin d’Orient » qui paraitra à la Foire du livre 2012 et Gilles Martin des Editions Aden pour ses coups de coeur en tant qu’éditeur et libraire.


 

26 il faut confronter les idées vagues avec des images claire.jpg




09:53 02/02/2012 | Lien permanent | Tags : act-u, place net, lis tes ratures |  Facebook

30
jan

Go away!

"Anton Voyl n'arrivait pas à dormir. Il alluma. Son Jaz marquait minuit vingt. Il poussa un profond soupir, s'assit dans son lit, s'appuyant sur son polochon. Il prit un roman, il l'ouvrit, il lut; mais il n'y saisissait qu'un imbroglio confus, il butait à tout instant sur un mot dont il ignorait la signification. Il abandonna son roman sur son lit. Il alla à son lavabo; il mouilla un gant qu'il passa sur son front, sur son cou. Son pouls battait trop fort. Il avait chaud. Il ouvrit son vasistas, scruta la nuit. Il faisait doux. Un bruit indistinct montait du faubourg. Un carillon, plus lourd qu'un glas, plus sourd qu'un tocsin, plus profond qu'un bourdon, non loin, sonna trois coups. Du canal Saint-Martin, un clapotis plaintif signalait un chaland qui passait. Sur l'abattant du vasistas, un animal au thorax indigo, à l'aiguillon safran, ni un cafard, ni un charançon, mais plutôt un artison, s'avançait, traînant un brin d'alfa. Il s'approcha, voulant l'aplatir d'un coup vif, mais l'animal prit son vol, disparaissant dans la nuit avant qu'il ait pu l'assaillir."

"La disparition", de Georges Pérec
(roman- lipogramme ne comportant aucun e)


christine beau peaux1.jpg (dessin de Christine Beau)


16:22 30/01/2012 | Lien permanent | Tags : arts, lis tes ratures |  Facebook

23
jan

Prochaine lecture physique Chez Bruegel

Petite annonce lecture physique:

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Femme approchant la quarantaine d'années et la centaine de kilos souhaite rencontrer jeune public de tous bords lors d'un espace littéraire court mais enrobé de crépinette et d'animaux de la ferme... pour affinités et pire.
miladyrenoir.skynetblogs.be

@

Coiffure Liliane au sein du Centre Culturel Bruegel.

'  '  samedi18février2012 - à partir de 20h '  '

"
3 jours de Cabaret dans le théâtre du Centre Breugel. 3 jours de folie, d'humour, de charme et de musique. Exceptionnellement, l'entrée est payante (10€), et il est préférable de réserver ses places à l'avance (max 4 places par personnes), Ecrivez nous à : coiffureliliane@gmail.com. Ce Samedi soir là, le spectacle sera suivi d'une soirée dansante costumée dans le thème "glamour". "

 

20:42 23/01/2012 | Lien permanent | Tags : lis tes ratures, agendada, act-u |  Facebook

16
jan

HdelaF by MF

histoire de la folie Foucault.jpg

extrait de ça

beasts present.jpg

22:19 16/01/2012 | Lien permanent | Tags : lis tes ratures |  Facebook

13
jan

T'y es fou...

lis tes ratures, humoeurs

(...)" Au monde il y a les crétins, les imbéciles, les stupides et les fous.
-Il ne va pas rester grand-chose !
-Si, nous deux par exemple. Ou au moins, sans vouloir vous offenser, moi. Mais en somme, quiconque, à y regarder de près, participe de l'une de ces catégories.Chacun de nous de temps à autre est crétin, imbécile, stupide ou fou. Disons que la personne normale est celle qui mêle en une mesure raisonnable toutes ces composantes, ces types idéaux. (...)  J'espère que vous n'avez pas pris ma théorie pour argent comptant. Je ne suis pas en train de mettre l'univers en ordre. Je m'explique sur ce qu'est un fou pour une maison d'édition. La théorie est ad hoc, d'accord ? Alors.
 -Le crétin ne parle même pas, il bave, il est spastique. Il plante son sorbet sur son front, par manque de coordination. Il prend la porte-tambour à contre-sens. 
-Comment fait-il ?
-Lui y arrive. Raison pourquoi il est crétin. Laissons-le à son sort.
-Laissons-le.
-Etre imbécile est plus complexe. C'est un comportement social. L'imbécile est celui qui parle toujours hors de son verre. (...) Lui il veut parler de ce qu'il y a dans son verre, mais sans savoir ni comment ni pourquoi, il parle en dehors.  Si vous voulez, en termes communs, c'est celui qui fait des gaffes, qui demande des nouvelles de sa charmante épouse au type que sa femme vient de larguer. Je rends l'idée ?
- Vous la rendez. J'en connais.
- L'imbécile est fort demandé, surtout dans les occasions mondaines. Il met tout le monde dans l'embarras, mais ensuite il offre matière à commentaires. Dans sa forme positive, il devient diplomate. Il parle hors de son verre quand ce sont les autres qui ont fait une gaffe, il fait dévier le propos. Mais il ne nous intéresse pas, il n'est jamais créatif, c'est du rapporté. L'imbécile ne dit pas que le chat aboie, il parle du chat quand les autres parlent du chien. Il se mêle les pinceaux dans les règles de la conversation, et quand il se les mêle bien il est sublime. (...)
-Et le stupide ?
-Ah. Le stupide ne se trompe pas dans son comportement. Il se trompe dans son raisonnement. C'est celui qui dit que tous les chiens sont des animaux domestiques et que tous les chiens aboient, mais que tous les chats sont aussi des animaux domestiques et donc qu'ils aboient. Ou encore, que tous les Athéniens sont mortels, tous les habitants du Pirée sont mortels, donc que tous les habitants du Pirée sont Athéniens.
-Ce qui est vrai. 
- Oui, mais par hasard. Le stupide peut même dire une chose juste, mais pour des raisons erronées. (...) Le stupide est plus insidieux. L'imbécile, on le reconnaît tout de suite (sans parler du crétin), tandis que le stupide raisonne presque comme vous et moi, sauf un écart infinitésimal. C'est un maître ès paralogismes. (...) On publie beaucoup de livres de stupides, parce que, de prime abord, ils nous convainquent. Le lecteur d'une maison d'édition n'est pas tenu de reconnaître le stupide. L'Académie des Sciences ne le fait pas, pourquoi l'édition devrait-elle le faire ? (...)
- Nous ne sommes pas encore arrivés aux fous. 
-J'y viens. Le fou, on le reconnaît tout de suite. C'est un stupide qui ne connaît pas les trucs.Le stupide, sa thèse il cherche à la démontrer, il a une logique biscornue mais il en a une. Le fou par contre ne se soucie pas d'avoir une logique, il procède par court-circuits. Tout pour lui démontre tout. Le fou a une idée fixe, et tout ce qu'il trouve lui va pour la confirmer.Le fou, on le reconnaît à la liberté qu'il prend par rapport au devoir de preuve, à sa disponibilité à trouver des illuminations. Et ça va vous paraître bizarre, mais le fou, tôt ou tard, met les Templiers sur le tapis.
-Toujours ?
-Il y a aussi les fous sans Templiers, mais les fous à Templiers sont les plus insidieux. Au début vous ne les reconnaissez pas, ils ont l'air de parler normalement, et puis tout à coup..."

Umberto Eco.  Le Pendule de Foucault.

(Merci M.)

15:15 13/01/2012 | Lien permanent | Tags : lis tes ratures, humoeurs |  Facebook

30
déc

Kerouac - croyances-et-techniques-pour-la-prose-moderne

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Liste des essentiels

 

- Carnets secrets noircis et pages sauvagement dactylographiées, pour votre propre plaisir.
- Soumis à tout, ouvert, à l’écoute.
- Essayez de ne jamais vous enivrer en dehors de chez vous.
- Soyez amoureux de votre vie.
- Ce que vous ressentez trouvera sa propre forme.
- Ayez l’intelligence d’un fol imbécile heureux.
- Exploser aussi intensément que vous le voulez (1).
- Écrivez ce que vous voulez, des tréfonds au fond de votre esprit.
- Les visions indicibles de l’individu.
- Pas le temps pour la poésie, mais exactement ce qui est.
- Des tics visionnaires qui secouent la poitrine.
- Accroché par la transe, rêvez de l’objet avant vous (2).
- Suppression des inhibitions de la littérature, de la grammaire et de la syntaxe.
- Comme Proust, soyez à la recherche du joint perdu  (3).
- Racontez la véritable histoire du monde dans un monologue intérieur.
- La perle des centres d’intérêt est l’œil à l’intérieur de l’œil.
- Écrivez pour vous-même, dans le recueillement et d’étonnement.
- Travaillez depuis la concision, moyennement, les yeux grands ouverts, en nageant dans la mer de la langue (4).
- Accepter la perte définitive.
- Croyez en les contours sacrés de la vie.
- Luttez pour tracer l’esquisse des flots intacts qui existent déjà dans votre esprit.
- Ne vous arrêtez pas pour penser aux mots, mais pour mieux voir une image.
- Gardez tous les jours la trace de la date ornée de vos matins.
- Pas de crainte ni de honte, dans la dignité de votre expérience, de votre langue et de vos connaissances.
- Écrivez pour que le monde lise et voie les photos exactes que vous prenez de lui.
- Un livrefilm est un film mis en mots, la forme visuelle de l’Amérique (5).
- Dans l’éloge des personnages, dans la désolation de la solitude inhumaine.
- Composition sauvage, indisciplinée, pure, venant du dessous, plus folle que meilleure.
-  Vous êtes un génie, tout le temps.
- Écrivains et réalisateurs de films truculents sur terre, sponsors et anges au paradis (6).

 

N-d-T : Kerouac manipule sa langue avec dextérité. Il joue constamment avec le vocabulaire, l’absence de ponctuation et les tournures des phrases. Souvent, plusieurs interprétations/traductions sont donc possibles, en voici quelques unes :

 

(1) « Soufflez aussi profondément que vous souhaitez souffler ».
(2) « Accroché par la transe, rêvez de l’objet devant vous ».
(3) Jeu de mots ici : Teahead peut désigner de la marijuana et faire ainsi allusion au livre À la recherche du temps perdu. Mais  Teahead peut également être une contraction de Tea et de Ahead. Tea, le thé, ferait alors référence aux madeleines que Proust trempait dans son thé. Ahead of time désignerait alors un précurseur. Traduction alternative : « Comme Proust et son thé, soyez un vieux drogué précurseur de votre époque »
(4) Pithy (concis) middle (milieu) eye out (un œil sur qqc ou un œil ouvert) : Succession de mots juxtaposés sans cohérence grammaticale évoquant l’idée d’un élargissement progressif.
(5) « Un livrefilm est un film mis en mots, la forme américaine visuelle »
(6) « Écrivains et réalisateurs de films terrestres sponsorisés et financés par les anges au paradis ». Outre cette double interprétation possible, on note un jeu de mots ici : earthly, peut être un néologisme anglais signifiant terrestre (earth+ly) et/ou quelque chose de truculent (earthy).

 

Texte de Jack Kerouac, auteur américain, Belief & Technique For Modern Prose: List of Essentials » extrait d’une lettre de 1958 écrite à Don Allen. Version originale.

 

08:29 30/12/2011 | Lien permanent | Tags : lis tes ratures |  Facebook

12
déc

mankind sur un air de manchild

01 Xooang Choi 2.jpgYou gentlemen who think you have a mission
To purge us of the seven deadly sins
Should first sort out the basic food position
Then start your preaching, that’s where it begins

You lot who preach restraint and watch your waist as well
Should learn, for once, the way the world is run
However much you twist or whatever lies that you tell
Food is the first thing, morals follow on

So first make sure that those who are now starving
Get proper helpings when we all start carving
What keeps mankind alive?

What keeps mankind alive?
The fact that millions are daily tortured
Stifled, punished, silenced and oppressed
Mankind can keep alive thanks to its brilliance
In keeping its humanity repressed
And for once you must try not to shriek the facts
Mankind is kept alive by bestial acts

William S. Burroughs reciting What Keeps Mankind Alive? (Kurt Weil / bertolt brecht, 1928) on the film September Songs (Hal Willner, 1997)


(art by Xooang Choi)

00:56 12/12/2011 | Lien permanent | Tags : act-u, lis tes ratures |  Facebook

11
déc

Iranian Documentary Film About a Leper Colony (The House is Black) - 1963

Documentary film made by Forough Farrokhzad.

Dave Simmons says:
"White people who romanticize other countries, other cultures and other races, have neither lived among them, nor have they ever been at their mercy and forced to live by their rules and standards of living. Western Civilization - aka white people - gave us the modern medicine that made leper colonies a thing of the past. All of the people who have ever lived without modern medicine - or any of the other things white people gave the world, e.g. scientific and technological advances - are thankful for it. None of the spoiled people who accuse whites of racism and like to shake them down with guilt trips, but who gorge their fat carcasses and marvelous physiques on three meals a day provided to them by modern agriculture that whites invented, have ever lived outside of a society that was run by white people, otherwise they would learn to be grateful.

Whites who are ungrateful for their own people's marvelous achievements, view these advances with no special appreciation, and see the advanced state of white people as evidence of their racism instead of appreciating it and seeing how wonderful it is, and saying "thank you" to their OWN PEOPLE for what they have received from them.
These are the people who will not let white people have their own thing, and who will destroy their uniqueness, and who will take from the world the milieu of an all white society that produced these marvelous improvements.
They must be resisted without fear, for the sake of preserving what is good."

house is black.jpg


Press said:

"The House is Black is an acclaimed Iranian documentary short film directed by Forough Farrokhzad.
The film is a look at life and suffering in a leper colony and focuses on the human condition and the beauty of creation. It is spliced with Farrokhzad's narration of quotes from the Old Testament, the Koran and her own poetry. It was the only film she directed before her death in 1967. During the shooting she became attached to a child of two lepers, whom she later adopted.
Although the film attracted little attention outside Iran when released, it has since been recognised as a landmark in Iranian film. Reviewer Eric Henderson described the film; "One of the prototypal essay films, The House is Black paved the way for the Iranian New Wave.

فیلم خانه سیاه‌است به کارگردانی فروغ فرخزاد و تهیه کنندگی ابراهیم گلستان در سال ۱۳۴۲ در پی دیدار از آسایشگاه جذامیان بابا داغی تبریز ساخته شد
و در همان سال در فستیوال فیلم آلمان غربی برندهٔ جایزهٔ بهترین فیلم مستند می‌شود
استفاده از جذامی‌ها به عنوان طرد شدگان جامعه که البته نمونه‌ای این طرد شدگان را در بیش تر قشرهای جامعه می‌توان دید، روزمرگی و انسان گرفتار به طور عام از "شاخص‌های مهم این فیلم است

lèpre.jpg

Musée de la Lèpre: http://www.bymuseet.no/?vis=80

 

13:20 11/12/2011 | Lien permanent | Tags : arts, lis tes ratures, poly-tiques |  Facebook

« Ayons les femmes le reste suivra »

Merci à T. pour ce passage d’un ouvrage de Frantz Fanon, L’an V de la révolution algérienne, datant de 1959, dans lequel ce dernier écrivait ce qui suit.

« Ayons les femmes le reste suivra »

Il y a chez l’Européen cristallisation d’une agressivité, mise en tension d’une violence en face de la femme algérienne. Dévoiler cette femme, c’est mettre en évidence la beauté, c’est mettre à nu son secret, briser sa résistance, la faire disponible pour l’aventure. Cacher le visage, c’est aussi dissimuler un secret, c’est faire exister un monde du mystére et du caché. Confusément, l’Européen vit à un niveau fort complexe sa relation avec la femme algérienne. Volonté de mettre cette femme à portée de soi, d’en faire un éventuel objet de possession.

Cette femme qui voit sans être vue frustre le colonisateur. Il n’y a pas réciprocité. Elle ne se livre pas, ne se donne pas, ne s’offre pas. L’Algérien a, à l’égard de la femme algérienne, une attitude dans l’ensemble claire. Il ne la voit pas. Il y a même volonté permanente de ne pas apercevoir le profil féminin, de ne pas faire attention aux femmes. Il n’y a donc pas chez l’Algérien, dans la rue ou sur une route, cette conduite de la rencontre intersexuelle que l’on décrit aux niveaux du regard, de la prestance, de la tenue musculaire, des différentes conduites troublées auxquelles nous a habitués la phénoménologie de la rencontre.

L’Européen face à l’Algérienne veut voir. Il réagit de façon agressive devant cette limitation de sa perception. Frustration et agressivité ici encore vont évoluer de façon permanente.


01 sophie jodoin.jpg

(photo par Sophie Jodoin)

5
déc

thyis is not the end, my fiend

07 m Harland Miller - waiting for nothing to end.png

"There is a satisfactory boniness about grammar which the flesh of sheer vocabulary requires before it can become a vertebrate and walk the earth."
Anthony Burgess

00:48 05/12/2011 | Lien permanent | Tags : lis tes ratures |  Facebook

1
déc

A la poursuite du Maître du Calame noir

"Il est un artiste mystérieux et à l’identité discutée, probablement actif au XVe siècle dans le monde tartare, entre Turkestan, Chine, Russie et Afghanistan, du côté de Tabriz ou de Herat. Ce Maître du Calame noir, qui surprit l’Europe lors d’une exposition munichoise en 1910, peignait les pauvres gens, les ascètes, les errants. Cinq cents ans plus tard, un couple de photographes vagabonds, épris d’Asie centrale, Roland et Sabrina Michaud, a parcouru les steppes à la recherche des archétypes peints par le Maître. Le résultat est surprenant : mêmes physionomies, mêmes regards, mêmes attitudes, mêmes habits (bonnets d’astrakhan et), mêmes activités (dressage de chevaux, scènes de forge et de marché) Comme un jeu de miroirs entre photos d’aujourd’hui et peintures d’hier, rien ne semble avoir changé : à croire que la globalisation n’a jamais eu lieu… "
L’Asie des Tartares, Rencontre avec Siyah Qalem, Maître du Calame noir, photographies de Roland et Sabrina Michaud, Gallimard, 2011, 160 p., 39 €

11:14 01/12/2011 | Lien permanent | Tags : lis tes ratures |  Facebook

30
nov

Rancière, copié collé.

9782913372054.jpg

TEXTE D'ANALYSE
L'intermittence et la question du sensible
Texte de Jacques Rancière

Pour le philosophe, dans le mouvement même des intermittents, ce n'est pas aux seuls artistes de la profession de s'approprier la question du sensible

Il est dans la logique du pouvoir d'assigner chacun à ce qui lui est attribué comme place. Cette logique détermine ainsi un certain partage du sensible, c'est-à-dire une répartition de ce qui revient à chacun en fonction de sa place. Le partage du sensible, c'est donc tout d'abord un repérage des identités (lesquelles passent avant tout par les catégories socio-professionnelles, telles que "intermittents" ou même "artistes"), une distribution des visibilités et des modes de parole en fonction des lieux dans lesquels tel ou tel comportement, telle ou telle prise de parole est autorisée (théâtre, café, lieu de débat, etc.).
La politique commence lorsque le partage du sensible est mis en question, c'est-à-dire lorsqu'il devient comme tel à la fois le terrain et l'enjeu de la lutte. Autrement dit, une lutte devient politique lorsque des individus et des groupes ne revendiquent plus leur place et leur identité. Lorsqu'ils assument de devenir indiscernables, et par là même, tendanciellement ingérables, là où le pouvoir se caractérise toujours plus par un souci de gestion, de faire de toute activité, invention ou forme de vie un objet de gestion.
Dans la lutte des intermittents, quelques personnes ont commencé à dire:
"il ne s'agit pas des intermittents comme profession, il ne s'agit pas des privilèges dus à l'artiste, qui n'est pas le seul à avoir besoin de temps pour penser et inventer; il s'agit de ce qu'il y a de commun au-delà des métiers et des places; il s'agit de la situation commune qui nous est faite, et qui détermine l'existence d'une communauté de fait".
Alors, nous sommes dans un régime de parole et d'action qui tend à brouiller les principaux éléments de gestion du pouvoir, c'est-à-dire qu'un régime d'énonciation politique est apparu.
Dans le cas de cette lutte, le problème du partage du sensible prend une acuité nouvelle, puisque dans nos sociétés, c'est aux artistes que revient la tâche de mettre en travail la sensibilité, et de constituer ainsi ce qu'on pourrait appeler une communauté sensible.

La question est alors double:
1. Comment ce travail sur le sensible peut-il aboutir à des formes d'apparition politique nouvelle, qui puissent aller plus loin dans la mise en crise de la gestion normalisée, identitaire, du partage du sensible?

2. Comment pour autant ne pas recréer ce qu'il s'agit de contester, à savoir une distinction entre "les artistes" (ce qui n'indique qu'un statut social) et les autres (techniciens, profs, sympathisants, etc.)?

Dans le mouvement même des intermittents, ce n'est certes pas aux seuls artistes de la profession de s'approprier cette question du sensible; c'est à ceux qui y participent de trouver là l'occasion pour libérer l'invention de puissances d'apparition renouvelées.

Jacques Rancière,
6 juillet 2003.

source : Les éditions du mouvement

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Loin d’être accessoire, la réalisation d’entretiens fait partie intégrante du travail de Jacques Rancière. D’entretien en entretien, Rancière s’est toujours attaché à commenter et à expliciter son parcours et ses interventions en en exposant les inflexions et les continuités ; à opérer un travail de définition, de redéfinition et de démarcation par rapport à d’autres interventions théoriques ; à montrer le caractère indissociable de ses textes sur la politique, l’esthétique, l’art, le cinéma et la littérature ; à apporter des réponses aux objections et interrogations soulevées par ses écrits.

Sorte de cartographie en mouvement de la pensée de Jacques Rancière, ce recueil, qui contient notamment des entretiens difficilement accessibles ou inédits en français, constitue un outil indispensable pour tous ceux qui s’efforcent de définir les termes d’une politique démocratique radicale aujourd’hui.

Jacques Rancière est professeur honoraire de philosophie à Paris-VIII. Il est notamment l’auteur de La Nuit des prolétaires, Le Maître ignorant, Aux bords du politiques, Les Noms de l’histoire, La Mésentente, La Parole muette. Essai sur les contradictions de la littérature, Le Partage du sensible, La Fable cinématographique, Le Destin des images, La Haine de la démocratie, Politique de la littérature, et Le Spectateur émancipé.


Lisez l'entretien avec Jacques Rancière
sur le site de La Revue Internationale des Livres et des Idées:

Critique de la critique du « spectacle » (entretien avec Jérôme Game)

20:00 30/11/2011 | Lien permanent | Tags : lis tes ratures |  Facebook