10
jui

16/01/65 Minneapolis

 

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"Un insecte identifie la lumière avec l'air, la sortie - ainsi un insecte enfermé dans un tube se tuera à force de se jeter contre une paroi de verre éclairée par une lumière, ignorant l'issue qui se trouve derrière lui dans l'obscurité."

Susan Sontag, JOURNAUX- VOLUME II

13:05 10/06/2013 | Lien permanent | Tags : lis tes ratures, humoeurs |  Facebook

Marilyn désossée d'Isabelle Wéry - rencontre

Lecture de Marilyn désossée d'Isabelle Wéry il y a qqs jours à Ostende. Rencontre avec Isabelle Wéry autour du roman ce mardi 11 juin à La Librairie La Licorne 18h30, Chaussée d'Alsemberg 656 Uccle. Rencontrée animée par Milady Renoir. BIENVENUS tous, lecteurs amateurs ou aguerris.

 

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09:42 10/06/2013 | Lien permanent | Tags : act-u, lis tes ratures |  Facebook

4
jui

EnVie de LectureS

La sculpture du vivant / Le suicide cellulaire ou la mort créatrice
Éditions du Seuil, 1999 - mise à jour 2003

Nous sommes chacun une nébuleuse vivante, un peuple hétérogène de milliards de cellules, dont les interactions engendrent notre corps et notre esprit. Aujourd'hui, nous savons que toutes ces cellules ont le pouvoir de s'autodétruire en quelques heures. Et leur survie dépend, jour après jour, de leur capacité à percevoir les signaux qui empêchent leur suicide. Cette fragilité même, et l'interdépendance qu'elle fait naître, est source d'une formidable puissance, permettant à notre corps de se reconstruire en permanence. A l'image ancienne de la mort comme une faucheuse brutale se surimpose une image radicalement nouvelle, celle d'un sculpteur au cœur du vivant, faisant émerger sa forme et sa complexité.

Cette nouvelle vision bouleverse l'idée que nous nous faisons de la vie. Elle permet une réinterprétation des causes de la plupart de nos maladies et fait naître de nouveaux espoirs pour leurs traitements. Elle transforme notre compréhension du vieillissement.

C'est un voyage que propose ce livre. Un voyage à l'intérieur de nous-mêmes, de nos cellules et de nos gènes. Une plongée vers le moment où commence notre existence, à la rencontre du suicide cellulaire à l’œuvre dans la sculpture de notre corps en devenir ; mais aussi une plongée vers un passé plus lointain, au travers de centaines de millions d’années, à la recherche des origines du pouvoir étrange et paradoxal de s’autodétruire qui caractérise la vie. Un voyage à la découverte de l’une des plus belles aventures de la biologie de notre temps. Comme toute exploration d’un pan inconnu de notre univers, ce livre nous révélera des paysages d’une grande beauté. Il nous permettra aussi de ressentir combien la science peut parfois entrer en résonance avec nos interrogations les plus intimes et les plus anciennes.

Genèse et devenir
Echo scientifique et littéraire
Revue de presse

Jean Claude Ameisen présente :
La sculpture du vivant

1.                      -Le Monde,Débat
«Au coeur du vivant, l’autodestruction», 16 octobre 1999

Choix d’interventions radiophoniques :

1.                      -France Inter, Sur les épaules de Darwin Jean Claude Ameisen

2.    Episode 9 : «Le suicide cellulaire», 30 octobre 2010

3.    Episode 6 : «Le suicide cellulaire (2)», 9 octobre 2010

Choix d’interventions audiovisuelles :

1.                      -EHESS - XXIXe Conférence Marc-Bloch
EHESS, 12 juin 2007

2.                      -Arte, PhilosophieRaphaël Enthoven
Vie, 27 juin 2010

Choix d’interviews dans la presse écrite :

1.                      -La Recherche«Jean Claude Ameisen : apologie du suicide cellulaire», propos recueillis par Olivier Postel-Vinay, janvier 2001

2.                      -Lyon capitale, Culture : «La mort est un principe créateur du vivant», propos recueillis par Pierre Tillet, 5 avril 2000

3.                      -Science & Vie. Dossier hors série : La vie au tout début : «Mort cellulaire: un sculpteur inattendu», propos recueillis par Emmanuel Monnier, mars 2000

 

lis tes ratures,ego trip-e (Stills from Erró’s Mecamorphosis)

13:09 04/06/2013 | Lien permanent | Tags : lis tes ratures, ego trip-e |  Facebook

30
mai

de plus en plus (ou de moins en moins)

« Acceptez les plaisirs qui vous sont donnés et n’essayez pas de les retenir. Ils vous rendent dépendants.
Les plaisirs et les centres d’intérêt de l’intellect sont une eau jaillie d’est et d’ouest. Goûtez-la puis laissez-la ruisseler. Quand la douleur survient, n’essayez pas d’imaginer des moyens de l’empêcher de revenir. Elle reviendra.
Le chagrin se condense au-dessus de la tête comme une couverture nuageuse, fait pleuvoir la douleur, se dissipe et s’en va. Et n’envisagez pas votre subsistance comme de simples allocations journalières. Planifiez moins votre vie, soyez moins rationnels. Quand vous tétiez les seins de votre mère, comptiez-vous les alvéoles sur ses mamelons ? Vous aviez tout le lait dont vous aviez besoin. »

Bahauddin Valad (1152-1231), maître soufi persan et père du célèbre poète mystique Rumi.

 

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12:25 30/05/2013 | Lien permanent | Tags : lis tes ratures, humoeurs |  Facebook

13
mai

Ce qui ne se voit pas...

Visionner http://www.derives.tv/Undergrowth en lisant ça

Ce qui ne se voit pas

Par Fernand Deligny, 1990

L’ÈRE DE L’IMAGE. Le temps de l’image, quoi qu’ils disent, ce n’est pas le nôtre.

L’ère de l’image ! Alors que jamais on n’a été aussi loin de l’image. Nous sommes au siècle du langage, de la parlotte, de la reproduction verbalisante, de la parole débridée. Il faut parler.

L’image, c’est ce que Janmari, l’enfant autiste de Ce Gamin là, conçoit, c’est son mode de pensée, lui, chez qui il n’y a pas de langage... Je vis tout le temps aux prises avec cette absence, cette vacance, ce mode de pensée à part.

C’est évident qu’ils pensent, ces enfants qui n’ont aucunement l’usage du langage. Il faut leur foutre la paix, mais l’Institution ne supporte pas ça. Elle ne supporte pas l’absence du langage, rien à faire. Il faut du langage quelque part ou nous, on est perdu.

Ils tiennent à cette caractéristique du langage qui maintient l’homme singulier par rapport à l’animal... une vieille trouille...

L’IMAGE, L’ANIMAL. Or, il se pourrait que l’image soit du règne animal... c’est sans doute très vrai : elle est du ressort profond de la mémoire d’espèce et la mémoire d’espèce est quelque chose de commun entre toutes les espèces, y compris l’espèce humaine... Ils ne supportent pas ça, je ne sais pas pourquoi, on ne supporte pas qu’espèce humaine soit pris au sens littéral du terme, une espèce pas comme les autres qui...

L’image est ce par quoi l’espèce persiste malgré tout... c’est une trace... une trace qui attend, aux aguets...

Il y a de ça dans le cinéma, c’est à dire un enthousiasme immédiat et on ne sait pas pourquoi, mais on est touché par ce qu’on finit par appeler des images et qui ne sont pas des effets de langage, ça touche bien au delà... Y en a qui y sont arrivé, qu’ils le sachent ou non... Charlot y est arrivé, sans aucun doute : ça touche immédiatement très profond où tout le monde est dépassé.

Il n’y a pas de raison, pas de raison... si bien que dans un film, les images comme on dit ne sont pas sur la pellicule, elles ne sont pas dedans, elles se produisent entre qui a filmé et qui regarde. C’est un phénomène qui se produit « entre » et que vous ne pouvez pas maîtriser...

LIBRE, SUR L’ÉCRAN. L’image échappe à la connaissance... une image, si je parle mon propre vocabulaire ne se prend pas...

Une image ne peut pas se prendre, c’est à dire être prise par se (qui est une projection de on : un autre monde que le monde des images)... l’image est perçue mais pas par se : par un autre point de vue qui persiste plus ou moins accablé par l’éboulement perpétuel du on majestueux...

... dans l’absolu, on pourrait dire que l’image a lieu quand se est évacué. A ce moment, il y a certainement de l’image...

Les images ne se prennent pas et pourtant il arrive qu’elles y soient sur l’écran, et sur l’écran elles apparaissent comme délivrées. Elles ne se prennent pas d’un côté, elles apparaissent comme délivrées de l’autre, libres, elles sont libres, c’est formidable la caméra : l’image se développe et apparaît libérée sur l’écran.

Le preneur d’images qui en tant que se, s e, est sujet du langage, assujetti au langage, fatalement, il ne prend pas l’image. Tant qu’il n’est pas sorti du se, s, e, ... il n’y a pas d’image...

... ce qui pèse généralement c’est le poids du soi. Le mot même, le fait... le fait que chacun pense qu’il est soi.

LE MONDE DES IMAGES. C’est la différence entre agir et faire. Nous, nous faisons quelque chose, c’est l’intention ça, c’est le langage : on fait la soupe, on fait la vaisselle, on fait je ne sais pas quoi. Un gamin autiste ne fait rien : c’est de l’agir. Ça se voit très fort. Ça se voit pour qui a l’œil, pour qui vit avec des gamins autistes. De même pour l’image : une image ça ne se « fait » pas dans mon jargon. Une image arrive, elle n’est que coïncidence...

Or coïncidence, l’image au sens où je l’entends, l’image propre, est autiste. Je veux dire qu’elle ne parle pas. L’image ne dit rien ! Et... comme pour ce qui concerne les enfants autistes, raison de plus pour que tout le monde lui fasse dire je ne sais quoi... I’image aussi a bon dos...

UN MONDE SANS INTENTION. Tout le monde s’efforce d’atténuer le hasard. Plus ça va plus la civilisation nous protège, par les institutions multiples, du hasard... et si jamais dans un film pouvait s’entrevoir le hasard ? Il faudrait « désintentionnaliser », ôter l’intention... il peut y avoir de l’attrait pour des gens, des histoires, des situations, tout ce qu’on veut à condition que ce ne soit qu’un attrait et, pour peu qu’on soit un peu doué pour l’image (pour qui il serait resté quelques séquelles de l’autre monde), embarquer sur un thème qui sera riche en images... percevoir les coïncidences, avoir l’esprit libre, débarrassé de tout projet, et de la moindre conviction...

LE CINÉMA C’EST ÇA, C’EST CE QUI NE SE VOIT PAS. Ce Gamin là, c’est un documentaire ou une fiction ? C’est un documentaire pur jus. Et pour cause : vous ne pouvez pas faire faire autre chose à Janmari que ce qu’il effectue chaque jour. On peut pas faire plus documentaire. Eh bien ça fait fiction parce que les gens n’ont jamais vécu un truc pareil. Il n’y a ni documentaire, ni fiction, il y a du coutumier, ce coutumier étant assez réel pour surprendre... l’ultra coutumier surprend : c’est à dire la surprise peut venir de ce qui ne se voit pas. Un geste pour prendre un bout de pain peut surprendre si vous arrivez à « filmer » ce qui dans le geste ne se voit pas, et se met de telle manière que le se s’aperçoive de ce qu’il n’aurait pas vu.

Pourquoi c’est du cinéma ? Parce que ça ne se voit pas... je veux dire : c’est très courant, cela arrive tout le temps entre les gens, donc ils le perçoivent tacitement, mais ça n’a pas d’expression verbale, ou alors ça n’en finirait pas.

C’est ça le cinéma : c’est de venir en aide à tous ces couillons qui croient voir, alors qu’ils voient que dalle, ils ne voient rien... la tâche du cinéma est là, l’urgence du cinéma c’est ça : réanimer ce qui est engourdi, abruti, gâché, surnourri chez ceux là.

LES DIALOGUES DU CINÉMA MUET. Il y a eu le cinéma muet, et puis le cinéma s’est mis à parler. Les images ont commencé à être ravagées par le langage : puisque ça parle, on écoute ce que ça dit. Avant ça ne « disait » rien et du coup les cinéastes étaient contraints de s’en tenir à des choses plus sobres, plus claires.

Ce qui est saisissant, dans l’époque où nous sommes, c’est que l’homme de théâtre qui ressort... ne dit rien : Samuel Beckett, ça ne dit rien du tout et c’est remarquable. Ce qui est étonnant, c’est que ça marque l’époque à ce point... Samuel Beckett est le meilleur d’une époque vouée au langage, c’est merveilleux ça...

... si au cinéma le dialogue était du Beckett...

LE BOULOT DU PRENEUR D’IMAGES. Filmer, c’est un mot qui a pris comme ça... ça m’a toujours géné... je sais bien qu’il s’agit d’un film, mais comment se fait il que c’est le matériau qui est devenu le verbe ? C’est vraiment faire un infinitif qui ne correspond pas, il ne faut pas gâcher les infinitifs... est ce qu’on dit d’une poule qu’elle à « œufé » ? Il faut faire attention que les mots ne deviennent pas malades...

D’habitude, ce qui peut devenir verbe c’est l’outil : marteau, marteler... caméra, camérer... L’éthique, c’est encore un mot nébuleuse... comme image, comme asile. C’est un mot dont je ne me suis jamais servi, sauf depuis que j’ai lu Wittgenstein. D’après lui, l’éthique c’est « l’élan qui nous pousse à aller donner de la tête contre les bornes du langage »... ben c’est exactement le boulot du preneur d’images, son boulot essentiel... c’est d’être imprégné de cette idée qu’il s’agit de dépasser les bornes du langage et de ne pas être asservi à je ne sais quel système symbolique. C’est ça l’éthique.

... les Cahiers du cinéma... des articles de Bazin... je trouve au hasard une citation de Malraux : « le moyen de lier l’homme au monde par un autre moyen que le langage ». Le cinéma pour Malraux c’est ça. Et là encore ça m’a beaucoup rassuré... avec mes histoires d’images je ne suis pas si machin que ça, je ne suis pas tout seul...

Il y a, à mon sens, une tradition qui s’est interrompue par la vogue de la psychanalyse et autres modes de pensée pour lesquels le langage est... tout...

... Et quoi qu’ils disent, le temps de l’image ce n’est pas le nôtre... 

Propos recueillis par Serge Le Péron et Renaud Victor Texte paru dans les Cahiers du cinéma n°428 (Février 90)
 
 
 
ou le contraire.

Deligny - Le moindre geste

Film: Le moindre geste (en 6 parties)
http://www.youtube.com/watch?v=EjwsMInjKwA
http://www.youtube.com/watch?v=5w8HxbRNasc
http://www.youtube.com/watch?v=E_ERL0YCaPA
http://www.youtube.com/watch?v=G16PqMeX5QY
http://www.youtube.com/watch?v=iPH_HbJKf6E
http://www.youtube.com/watch?v=LUi2DYzYacw

OH OUI. (Demain mardi 14 mai à la Maison du Livre, présentation du Fernand).

Deligny Deligny

12:45 13/05/2013 | Lien permanent | Tags : lis tes ratures, healfff, humoeurs |  Facebook

6
mai

une citation, une citation, une citation, ouiiii!!!

"L'homme de pouvoir est détruit par le pouvoir, l’homme d’argent par l’argent, l’homme servile par la servilité, l’homme de plaisir par le plaisir. Ainsi le Loup des Steppes fut-il détruit par sa liberté. Il atteignit son objectif, s’affranchit progressivement de toute contrainte. Personne ne pouvait lui donner d’ordres; il n’avait pas à se conformer à la volonté de quelqu’un; il décidait de sa conduite de façon libre et indépendante, car tout homme fort parvient infailliblement au but qu’un véritable instinct lui ordonne de poursuivre. Cependant, lorsqu’il fut installé dans cette nouvelle liberté, Harry s’aperçut tout à coup que celle-ci représentait une mort. Il était seul. Le monde le laissait étrangement tranquille, et, de son côté, il ne se souciait plus des gens, ni même de sa propre personne, s’asphyxiant lentement dans cette existence solitaire, sans attaches, où l’air se raréfiait. Désormais la solitude et l’indépendance ne constituait plus pour lui un souhait et un but, elles étaient son lot, sa punition. Il avait formulé un voeu magique qu’il ne pouvait retirer. Il ne lui servait plus à rien de tendre les bras vers les autres avec ardeur et bonne volonté, en se montrant prêt à retisser des liens, à retrouver la communauté; on le laissait seul maintenant. Ce n’était pas qu’il fût haï ou qu’il inspira de l’antipathie. Au contraire, il avait de très nombreux amis. Beaucoup de gens l’appréciaient, mais il ne rencontrait chez eux que de la sympathie et de la gentillesse. On l’invitait, on lui faisait des cadeaux, on lui écrivait des lettres aimables, mais personne ne se rapprochait de lui; jamais ne naissait un attachement, personne ne se montrait désireux et capable de partager son existence. Il vivait à présent dans l’univers des solitaires, dans une atmosphère silencieuse, dans l’éloignement du monde environnant, dans une incapacité à se lier contre laquelle toute sa volonté et son aspiration demeuraient impuissantes. C’était la une des caractéristiques principales de son existence."

Le Loups des Steppes - Herman Hesse

 

Et toc!

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23:17 06/05/2013 | Lien permanent | Tags : lis tes ratures |  Facebook

allez Senac, fais nous chialer.

 

 

 

Puis ne t’attarde pas, ne t’embarrasse pas des faux sentiments, des faux conseils. Les choses immobiles et muettes t’apprendront bien plus que les bavardages de l’homme. Trouve ton noyau, ton centre grave à toi. Tu seras seul. Avec tes démons, tes éblouissements, tes bagnes et ta paix. SEUL dans la communion fraternelle des autres. Sois sans pitié pour toi après seulement tu pourras revenir aux autres, te donner. Un matin comme ça tu seras vidé, troué, ouvert à la dernière détresse, un petit chant montera, fragile et dur – le tien- Tu le prendras comme une torche et tu iras éclairer le monde.

Sois ce comédien qui va apporter aux hommes, à ceux qui ont faim autant de beauté que de pain et ne leur apporte pas du linge qui a déjà été porté. Signifie par ta seule présence quelque chose d’essentiel. Peine, trime pour arriver à ça. Ça vaut le coup. Ça s’apprend, ça s’arrache dans la solidarité souterraine.

Si les larmes te viennent, pleure. Pour toi seul dans le secret de ta chambre. Garde le gout des larmes. C’est ta parcelle d’enfance, ta marelle. Après, face au miroir, fait péter le pathétique, regagne les terrains de sport où évolue l’humour. L’Humour, qu’il soit une arme contre la satisfaction et la suffisance.”


Lettre de Jean Senac à son fils

23:07 06/05/2013 | Lien permanent | Tags : lis tes ratures |  Facebook

11
avr

Blok Party

Alexander Blok is a major poet of the Russian Symbolism style.

***
A night, a street, a lamp, a drugstore
A meaningless and dismal light
A quarter century outpours – 
It’s all the same. No chance to flight.

You’d die and rise anew, begotten.
All would repeat as ever might:
The street, the icy rippled water,
The store, the lamp, the lonely night.

October 10th, 1912



             There is a man in flames.

                                                            Fet 

    How difficult it is to walk among people

    While pretending not to have been killed,

    And on the tragic play staged by desires

    Lecture those who've yet to begin to live.

    And scrutinizing your daily nightmare

    Find structure in feelings' confused whirl

    So that you may in art's pale glimmer

    Decipher this life's devastating fire. 

                                             10 May 1910

 

    As from the void – a blue fountain

    Of light splashed forth.

    Our heads raised up to the mountain –

    And it has fled north,

    Scattered above the black distance

    In golden hues,

    And here, again, an arch, a spiral,

    A sphere, a swirl,

    In green, yellow, fire-red, sky-blue –

    Night's lights go on...

    And, having stirred for no reason,

    Wither from view. 

                                             October 1913

Agitatorn by Hans Hammarskiold, London, 1955.jpg

(Agitatorn by Hans Hammarskiold, London, 1955)

09:38 11/04/2013 | Lien permanent | Tags : lis tes ratures |  Facebook

8
avr

The Insurrection Tour & Troupe Poétique Nomade en Gaume

afficheMiladyMuno 20 04 13.jpg

 

Une tournée poétique et insurrectionnelle propulsée par maelstrÖm reEvolution & l'Arbre à Paroles à partir du nouveau livre de Lawrence Ferlinghetti.
Invitation lancée par Les Grands Lunaires dans le cadre des ateliers et des soirées d'ivresses http://ivresses.ivresses.overblog.com/
avec
Sandrine Emmery
Milady Renoir
Benjamin Pottel
David Giannoni

Lectures, Musiques, Espaces de Chocs, Choix et Libertés, Scène Ouverte à qui lit, écrit, dit, veut.

Entrée Gratuite
Bar sur Place

Résa & Info: 0476 65 52 65 ou les.grands.lunaires@skynet.be

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Enfin en français! le "petit livre rouge" du grand poète de San Francisco

Je te fais signe à travers les flammes.
Le Pôle Nord a changé de place.
La Destinée Manifeste n’est plus manifeste.
La civilisation s’autodétruit.
Némésis frappe à la porte.
À quoi bon des poètes dans une pareille époque?
À quoi sert la poésie ?
L’imprimerie a rendu la poésie silencieuse, elle y a perdu son chant. Fais-la chanter de nouveau !
Si tu te veux poète, crée des oeuvres capables de relever les défis d’une apocalypse, et s’il le faut, prends des accents apocalyptiques.
Tu es Whitman, tu es Poe, tu es Mark Twain, tu es Emily Dickinson et Edna St Vincent Millay, tu es Neruda et Maïakovski et Pasolini, Américain(e) ou non, tu peux conquérir les conquérants avec des mots.
Si tu te veux poète, écris des journaux vivants. Sois reporter dans l’espace, envoie tes dépêches au suprême rédacteur en chef qui veut la vérité, rien que la vérité, et pas de blabla...

Recueil inédit en français… qui a déjà vendu plus de 10.000 ex aux USA!
A 93 ans, le grand auteur et éditeur de la Beat Generation ressent le besoin d’une adresse aux jeunes poètes dans un monde au bord d’un grand renouveau… C’est ainsi qu’il insuffle joie, esprit de combat, avec un maître-mot : Insurrection comme synonyme d’art poétique et d’art de vivre ! Dans ce livre, se retrouve aussi un work in progress historique : le texte «What is poetry?» une énumération – définition/
anti-définition de la poésie…

13:07 08/04/2013 | Lien permanent | Tags : act-u, arts, lis tes ratures, poly-tiques |  Facebook

4
avr

Kind kind child child

The song

In German

Lied Vom Kindsein – Peter Handke

Als das Kind Kind war,
ging es mit hängenden Armen,
wollte der Bach sei ein Fluß,
der Fluß sei ein Strom,
und diese Pfütze das Meer.

Als das Kind Kind war,
wußte es nicht, daß es Kind war,
alles war ihm beseelt,
und alle Seelen waren eins.

Als das Kind Kind war,
hatte es von nichts eine Meinung,
hatte keine Gewohnheit,
saß oft im Schneidersitz,
lief aus dem Stand,
hatte einen Wirbel im Haar
und machte kein Gesicht beim fotografieren.

Als das Kind Kind war,
war es die Zeit der folgenden Fragen:
Warum bin ich ich und warum nicht du?
Warum bin ich hier und warum nicht dort?
Wann begann die Zeit und wo endet der Raum?
Ist das Leben unter der Sonne nicht bloß ein Traum?
Ist was ich sehe und höre und rieche
nicht bloß der Schein einer Welt vor der Welt?
Gibt es tatsächlich das Böse und Leute,
die wirklich die Bösen sind?
Wie kann es sein, daß ich, der ich bin,
bevor ich wurde, nicht war,
und daß einmal ich, der ich bin,
nicht mehr der ich bin, sein werde?

Als das Kind Kind war,
würgte es am Spinat, an den Erbsen, am Milchreis,
und am gedünsteten Blumenkohl.
und ißt jetzt das alles und nicht nur zur Not.

Als das Kind Kind war,
erwachte es einmal in einem fremden Bett
und jetzt immer wieder,
erschienen ihm viele Menschen schön
und jetzt nur noch im Glücksfall,
stellte es sich klar ein Paradies vor
und kann es jetzt höchstens ahnen,
konnte es sich Nichts nicht denken
und schaudert heute davor.

Als das Kind Kind war,
spielte es mit Begeisterung
und jetzt, so ganz bei der Sache wie damals, nur noch,
wenn diese Sache seine Arbeit ist.

Als das Kind Kind war,
genügten ihm als Nahrung Apfel, Brot,
und so ist es immer noch.

Als das Kind Kind war,
fielen ihm die Beeren wie nur Beeren in die Hand
und jetzt immer noch,
machten ihm die frischen Walnüsse eine rauhe Zunge
und jetzt immer noch,
hatte es auf jedem Berg
die Sehnsucht nach dem immer höheren Berg,
und in jeder Stadt
die Sehnsucht nach der noch größeren Stadt,
und das ist immer noch so,
griff im Wipfel eines Baums nach dem Kirschen in einemHochgefühl
wie auch heute noch,
eine Scheu vor jedem Fremden
und hat sie immer noch,
wartete es auf den ersten Schnee,
und wartet so immer noch.

Als das Kind Kind war,
warf es einen Stock als Lanze gegen den Baum,
und sie zittert da heute noch.

 

Dennis Stock. On the set of the «Planet of apes».jpg

In English

Song of Childhood – Peter Handke

When the child was a child
It walked with its arms swinging,
wanted the brook to be a river,
the river to be a torrent,
and this puddle to be the sea.

When the child was a child,
it didn’t know that it was a child,
everything was soulful,
and all souls were one.

When the child was a child,
it had no opinion about anything,
had no habits,
it often sat cross-legged,
took off running,
had a cowlick in its hair,
and made no faces when photographed.

When the child was a child,
It was the time for these questions:
Why am I me, and why not you?
Why am I here, and why not there?
When did time begin, and where does space end?
Is life under the sun not just a dream?
Is what I see and hear and smell
not just an illusion of a world before the world?
Given the facts of evil and people.
does evil really exist?
How can it be that I, who I am,
didn’t exist before I came to be,
and that, someday, I, who I am,
will no longer be who I am?

When the child was a child,
It choked on spinach, on peas, on rice pudding,
and on steamed cauliflower,
and eats all of those now, and not just because it has to.

When the child was a child,
it awoke once in a strange bed,
and now does so again and again.
Many people, then, seemed beautiful,
and now only a few do, by sheer luck.

It had visualized a clear image of Paradise,
and now can at most guess,
could not conceive of nothingness,
and shudders today at the thought.

When the child was a child,
It played with enthusiasm,
and, now, has just as much excitement as then,
but only when it concerns its work.

When the child was a child,
It was enough for it to eat an apple, … bread,
And so it is even now.

When the child was a child,
Berries filled its hand as only berries do,
and do even now,
Fresh walnuts made its tongue raw,
and do even now,
it had, on every mountaintop,
the longing for a higher mountain yet,
and in every city,
the longing for an even greater city,
and that is still so,
It reached for cherries in topmost branches of trees
with an elation it still has today,
has a shyness in front of strangers,
and has that even now.
It awaited the first snow,
And waits that way even now.

When the child was a child,
It threw a stick like a lance against a tree,
And it quivers there still today.

20:53 04/04/2013 | Lien permanent | Tags : lis tes ratures, humoeurs |  Facebook

28
mar

Editions de la Brigandine (merci au carrefour de l'étrange)

Editions du Bébé Noir


D
Philippe Despare. Les Emois de Marie
Frank Dopkine. Le Loup et la Gnole
Frank Dopkine. Dégelées précoces
Frank Dopkine. Science Friction
Frank Dopkine. Des diams de petite vertu
Gilles Derais. La Peau lisse des nurses
F
Sébastien Frac. Canebière pression
Virginie Floreffe. Eros et Camés
G
Jimmy Garcia. A corps et à crime
Judith Gray. Julie la rouste
L
Anne de Launay. L’île aux délices
Nicolas Le Scanff. Cris et Suçottements

M
Natacha Muller. Les Mensonges d’une nuit d’été
Georges Moreville. Des gars, des os
Georges Moreville. Pour une poignée de taulards
N
R. Numos. L’Argent n’a pas de pudeur
Numos. La motarde de Dijon
Numos. L’abbaye ne fait pas le moine
Dominique Nangis. Satyre à conséquences
P
Dan Perrot. Un vrai temps de tous seins
R
Claude Razat. Trafics de coquine
Claude Razat. Ciné à mateurs
Claude Razat. Frankenstein, de filles en aiguilles
V
Luc Vaugier. C’est pas toujours la veuve qui porte le deuil
Luc Vaugier. Le dernier Don Juan de la nuit
Luc Vaugier. Des coups et des douleurs



Editions La Brigandine :

 

A
Luc Azria. Les feux de la crampe
Luc Azria. Choyez gentille
Luc Azria. L’enfilosophie dans le boudoir
Luc Azria. Le droit à la caresse
B
Elisabeth Bathory. S.O.S mes deux seins
Hurl Barbe. Les sept mercenaires
Hurl Barbe. Pompe le mousse
Philarète de Bois Madame. Science et vit
Barboura Bajoie. L’étroit petit cochon
C
Julienne de Cherisy. La Vie secrète d’Eugénie Grandet
Pierre Charmoz. Cime et châtiment
Francis Carter. L’Enfer n’est plus de saison

D
Gilles Derais. Les sept merveilles du monstre
Frank Dopkine. Des chibres et des lettres
Frank Dopkine. Crapules au vert
Frank Dopkine. Salle des Vamps
Pierre Dubois. God save the crime
E
Jacques Erial. L’étrangère étranglée
F
Jérôme Fandor. Ton corps et tatoué.
Jérôme Fandor. L’Epiée nue
Barbara Feige. Une fille à la patte
G
Sébastien Gargallo. Chaud business
Sébastien Gargallo. Groupie mains rouges
Sébastien Gargallo. Tiens voilà du Bouddha
Sébastien Gargallo. Un vice à papa
Sébastien Gargallo. Marie chantage
Sébastien Gargallo. Rien faire et les séduire
Sébastien Gargallo. Le flambeur demi sel
Sébastien Gargallo. Le Kamikaze de l’Oncle Tom
Sébastien Gargallo. Le fossile et le marteau
Eric Guez. Le Feu occulte
Eric Guez. T’as d’beaux vieux tu sais
Eric Guez. Pelottes d’hellenes
Eric Guez. Des coups plein l’aïeul
Eric Guez. Oracle O désespoir
Eric Guez. Des Mutants de Panurge
Eric Guez. Pastille d’amante
Eric Guez. Le bal des petits vits blancs
Eric Guez. La Belge au bois dormant
Eric Guez. L’Homme des tavernes
Eric Guez. Le Savant de Marseille
Eric Guez. Les maléfices à papa
Eric Guez. Le Massacre du printemps
Sébastien Gargallo. Un vice à papa
Sébastien Gargallo. Tout pour l’égoût
Frédéric Georges. Tel père tel vice

L
Georges Le Gloupier. Sévices après vamps
Georges Le Gloupier. Les accidents de l’amer
Georges de Lorzac. La Loque à terre
Georges de Lorzac. Les Clystères de Paris
Francis Lotka. Le popotin de la commère.
Francis Lotka. La rousse au petits roberts
Francis Lotka. Pour qui sonne le gland
Francis Lotka. L’odeur du bookmaker
Francis Lotka. Dérèglement de compte
Francis Lotka. Ice crime
Francis Lotka. Des hommes sans cible
Francis Lotka. Louche écossaise
M
Florent Massada. L’agent n’a pas d’odeur
Florent Massada. Tapinage artistique
Florent Massada. Une femme dans chaque pore
Florent Massada. Strip à la mode de Caen
Frank Murdoch. Sucettes à la Nice
Frank Murdoch. Tétins Et Mi-Lourds
Frank Murdoch. Transes Eros Express
Frank Murdoch. Sans tabou ni trompette
P
Jonathan Pibrac. La Garce Champêtre
Jonathan Pibrac. Le vice dans la vallée
Philippe Packart. Les torchons et les soviets
Philippe Packart. Bloody mairie
Humphrey Paucard. L’ulster à l’estomac
R
Claude Razat. Sorcellerie rémoulade.
Julie Renoir. La peau sur le revenu
Benjamin Ruppert. Loin des yeux loin du tueur
Benjamin Ruppert. Faux mage ou dessert
Benjamin Ruppert. Déclic et des claques
Benjamin Ruppert. Les potins de la comète
Benjamin Ruppert. Chaud effroi
Benjamin Rupert. Les Trois Moustiquaires
Benjamin Rupert. Sabbat, ça vient
Benjamin Rupert. Trop poulet pour être honnête
Benjamin Rupert. Lubriques à braque
Benjamin Rupert. A poil et à vapeurs
S.
Gary Semple. Les hommes préfèrent les bombes
Gary Semple. La musique adouçit les meurtres
Gilles Soledad. Dollars ou du cochon
Gilles Soledad. Langes bleus
Gilles Soledad. Interdit aux mains de 16 ans
Gilles Soledad. La Maldonne des sleepings
Gilles Soledad. Un petit salé aux Antilles
Gilles Soledad. Attouchements sans douleurs
Gilles Soledad. Fêtes de fins damnés
Gilles Soledad. En avant l’amnésique !
Carlotta Simpson. L’éducation gentiment sale
V
Jean-Louis Villiers. Embrouilles à minettes

du meilleur goût... ;-)

21:12 28/03/2013 | Lien permanent | Tags : society, place net, luv, lis tes ratures |  Facebook

chupador...

Les illustrations de ce livre sont signées J.-P. Guillemot.

21:07 28/03/2013 | Lien permanent | Tags : lis tes ratures |  Facebook

10
mar

Frédéric Lecloux

Frédéric Lecloux a sorti Brumes à venir chez Le Bec en l'air en octobre 2012. Il est photographe à l'agence VU, il écrit de la poésie et il donne des stages de photographie au Népal et en Arles. Et c'est un bon garçon.

J'avais entendu son récit autour de L'usure du monde sur France Culture il y a un an.
Je l'ai ensuite rencontré à Schaerbeek (il en est originaire), en bas de chez moi.
Sa facilité d'allier images et textes a été un sujet de conversation dès le début.

Du coup, nous avons décidé de monter un atelier d'écriture et de photographie à deux. Il aurait lieu à Bruxelles du 12 au 14 juillet... AffaireS à suivre.

22:32 10/03/2013 | Lien permanent | Tags : atelier, lis tes ratures |  Facebook

6
mar

Copy/Paste idéal parfait, merci Weimar Art

Dante, Inferno XXVII, The Logician Devil

He must come down among my menials;
the counsel that he gave was fraudulent;
since then, I've kept close track, to snatch his scalp;

one can't absolve a man who's not repented,
and no one can repent and will at once;
the law of contradiction won't allow it.'

O miserable me, for how I started
when he took hold of me and said: 'Perhaps
you did not think that I was a logician!'


A Prototype

"So much has been done — more, far more, will I achieve: treading in the steps already marked, I will pioneer a new way, explore unknown powers, and unfold to the world the deepest mysteries of creation..." — Victor Frankenstein


James Whale, Frankenstein, 1931

"There is something at work in my soul which I do not understand. I am practically industrious — painstaking, a workman to execute with perseverance and labour..." (Mary Shelley, Frankenstein, 1818)


Fritz Kahn, Man as Industrial Palace, 1926

Boris Karloff as Dr. Jekyll (1953)

"If each, I told myself, could be housed in separate identities, life would be relieved of all that was unbearable..." - Henry Jekyll

Claude Rains as The Invisible Man (1933; dir. James Whale)

“Power, I said! Power to walk into the gold vaults of the nations, into the secrets of kings, into the Holy of Holies; power to make multitudes run squealing in terror at the touch of my little invisible finger. Even the moon’s frightened of me, frightened to death!”

John Frankenheimer, The Island Of Dr Moreau, 1996

Set in the year 2010, Dr. Moreau (Brando) has successfully combined human and animal DNA to make a crossbreed animal. Well, as usual, something goes wrong and David Thewlis must try to stop it before it is too late. Based on a story by H.G. Wells.

Frank-N-Furter unveils his creation — The brainless beauty Rocky Horror.


Joseph Green, The Brain That Wouldn't Die, 1962

Dr. Bill Cortner (Jason Evers) is a successful scientist with a beautiful fiancée named Jan Compton (Virginia Leith). After a horrible car accident decapitates Jan, Dr. Cortner collects her severed head and rushes it to his laboratory, where he revives it and manages to keep it alive in a liquid-filled tray. Cortner now decides to commit murder to obtain an attractive new body to attach to his fiancée's head...

Brigitte Helm as Maria in Fritz Lang's Metropolis (1926)

 Rudolf Klein-Rogge as Dr. Rotwang in Fritz Lang's Metropolis (1926)

Many aspects of Rotwang's appearance and character, particularly the black gloved "mechanical" hand, turn up in the title character of Dr. Strangelove (below). Rotwang was very influential in the iconography of the mad scientist archetype. His laboratory, with its profusion of Tesla coils and towering switch panels, baroque chemical equipment and pipework, became a stock feature of many later films, including many in the Frankenstein series. Like Victor Frankenstein, he attempts to "play God" by creating life, only to be defeated and destroyed in the end.

Peter Sellers as Dr. Strangelove in Stanley Kubrick's movie (1964)

President Merkin Muffley: How is it possible for this thing to be triggered automatically and at the same time impossible to untrigger?

Dr. Strangelove: Mr. President, it is not only possible, it is essential. That is the whole idea of this machine, you know. Deterrence is the art of producing in the mind of the enemy... the FEAR to attack. And so, because of the automated and irrevocable decision-making process which rules out human meddling, the Doomsday machine is terrifying and simple to understand... and completely credible and convincing.

Nikola Tesla

Robert and Shana ParkeHarrison

Chew, the eye manufacturer in Ridley Scott's Blade Runner (1982) 

Stanley Kubrick, A Clockwork Orange

Alex: You needn't take it any further, sir. You've proved to me that all this ultraviolence and killing is wrong, wrong, and terribly wrong. I've learned me lesson, sir. I've seen now what I've never seen before. I'm cured! Praise god!

Dr. Brodsky: You're not cured yet, boy.

Michaël Borremans, The Pupils, 2001

Jake & Dinos Chapman, Disasters of War No.72, 2000

Herbert Ploberger, Untitled, c. 1930

Herbert List via Fantomatik
 
Laurence Olivier as Dr. Szell in John Schlesinger's "Marathon Man" (1976)

Manny Coto, Dr. Giggles, 1992

In the quiet neighborhood of the fictional town of Moorehigh in 1957, a physician named Dr. Rendell seems like a nice enough man, but there is one problem: his patients keep disappearing...

Dieter Asmus, Frog Test (Dr. Rock), 1983

19th century engraving of Homunculus from Goethe's Faust part II


It flashes, see! Now truly we may hold
That if from substances a hundredfold,
Through mixture - for on mixture all depends-
Man's substance gently be consolidated,
In an alembic sealed and segregated,
And properly be cohobated,
In quiet and success the labour ends.
Goethe, Faust
Gösta Ekman as Faust in F.W. Murnau's  1926 movie

 

"What lies beyond doesn't worry me.
Suppose you break this world to bits, another may arise." 

Joseph Wright of Derby, The Alchemist in Search of the Philosophers Stone, 1771

Paul Wegener and Lya de Putti in The Golem, 1920

The Golem is based on an old Jewish legend about rabbi Löw, who formed an immensely strong man out of clay to protect the getto of Prague. The protagonist Athanasius Pernath wanders through the distorted slums of the getto in a nightmare, restlessly in search of the golem. Finally he encounters the creature in a liberating vision as a doppelgänger in the labyrinth of his own soul.

Wernher von Braun, Inventor of the V1 Rocket, standing behind Heinrich Himmler

 

"Science does not have a moral dimension. It is like a knife. If you give it to a surgeon or a murderer, each will use it differently." - Wernher von Braun


 

Anonymous (Germany), Who is an Aryan?, 1933

Adam Cvijanovic, Love Poem (10 minutes after the end of gravity), 2005

Thomas Pynchon's "Gravity Rainbow" (1973) split the Pulitzer board to the extent that no award was given in 1974. American GI Tyrone Slothrop is hunted by a wing of British Scientists, media men, military personnel and lunatics called The White Visitation, after it comes to light that every time he has sex with a British woman, a V2 rocket hits the house within days and that his erections may be able to predict V2 attacks on London. 

Vincent Price in Tim Burton's Edward Scissorhands

Vincent Price in Edward Scissorhands might just be the kindliest Mad Scientist ever. His second-most-impressive creation (after Edward) is a giant cookie-making machine.

Johnny Depp as Edward Scissorhands

Peter Lorre as Dr. Gogol in Karl Freund's Mad Love (1935)

 

 Raoul Hausmann, Dada (Collage for the First International Dada Fair in Berlin), 1920

 


Artificial hand, from Ambroise Paré's Instrumenta chyrurgiae et icones anathomicae, Paris, 1564

 

Reeducation of mutilés de guerres at the Maison blanche reeducation camp for agricultural workers, January 8, 1919. Reproduced in Surrealist Masculinités.

 


DARPA prosthetic arms

DARPA, the US Government's official program to fund Mad Science. Their only mission is "radical innovation". They fund all sorts of seemingly off the wall projects. Among their successes are night-vision goggles, GPS, and a little thing called the Internet...

Micro Air Vehicle

 

Micro Air Vehicle by the Bionik Department of Berlin Technical University - Inspired by Ernst Jünger's novel "Glass Bees": Zapparoni, a brilliant businessman, has turned his advanced understanding of technology, and strategic command of the information and entertainment industries, into a discrete, and seemingly benign, form of global domination. But Zapparoni is worried that the scientists he depends on might take his secrets to a rival. He needs a chief of security, and Richard, a veteran and war hero who has fallen on hard times, is ready.

Optional

Béla Lugosi as Dr. Paul Carruthers in  The Devil Bat (1940) 

Dr. Paul Carruthers is a cosmetic company chemist who is upset at his wealthy employers, because he feels they have denied him his due share of company success. To get revenge, he breeds giant bats. He then conditions them to kill those wearing a special after-shave lotion he has concocted. He cleverly distributes the lotion to his enemies as a "test" product.

Jack Arnold, Tatantula, 1958

Professor Gerald Deemer, who is trying to prevent the food shortages is working on a nutrient which results in gigantic animals but turns humans into lumpy-faced mutants. One of his human experiments attacks him and tries to destroy his laboratory and, although the resulting fire means the death of a giant guinea pig, a monstrous tarantula manages to escape into the desert...

Kurt Neumann, The Fly, 1958

Scientist Andre Delambre is found dead with his head and arm crushed in a hydraulic press. His wife Helene confesses to the crime. She is obsessed with flies, particularly a white-headed fly...

Woody Allen, Everything You Wanted To Know About Sex... (1972)


Sure, there’s the giant boob attack and Dr. Bernado (Gene Wilder)  a mad sex analyst whose experiments include measuring premature ejaculation on a hippopotamus and building a 400-foot diaphragm. ("Contraception for the entire nation at once!") , but there is no other scene we could possibly love more than one where Woody Allen plays a neurotic sperm being fired out of a penis.

Fritz Kahn, The Male Erection System, 1937

Jake & Dinos Chapman, Disasters of War No.77, 2000

Blowjob

What happens when you take 76 images of blowjobs (as in fellatio, as in oral sex), and mathematically average them? What you get is a blurry fuzzy picture. This usage of math in art is by Jason Salavon. He aptly calls it 76 Blowjobs.

Gender Studies, Stanford 1958

Thomas Ruff, Nudes ru05, 2000

Hegel, Encyclopaedia of the Philosophical Sciences (1830), Introduction §5


Everybody allows that to make a shoe you must have learned and practised the craft of the shoemaker, though every man has a model in his own foot, and possesses in his hands the natural endowments for the operations required. For philosophy alone, it seems to be imagined, such study, care, and application are not in the least requisite. This comfortable view of what is required for a philosopher has recently received corroboration through the theory of immediate or intuitive knowledge.


Robert Rodriguez, Sin City, 2005

When you want to activate a Weapon Of Mass Destruction, a Mad Scientist's invention, an electricity-based method of execution (especially an electric chair), you have two options. One of them is the Big Red Button, and the other is the old-fashioned electric switch with a huge handle, which sends sparks flying when activated.

Martin Miller, "The Gadget", (Trinity Atomic Bomb), 1945

"Once ze rockets are up, who cares vhere zey come down? 

Zat's not my department," says Wernher von Braun."
Tom Lehrer, "Wernher von Braun"

Martin Miller, Minuteman II ICBM Launch Control Center Delta-01, 1965
"World Wide Delivery In 30 Minutes Or Less"

 Gerd Ludwig, Life Endures. Pripyat, Chernobyl Zone, Ukraine, 2005

BRL Nuclear Weapon Effects Computer (ca. 1960)

 

The Nuclear Weapons Effects Computer No. 1 was manufactured by Blundell Rules Limited of Weymouth England. Its purpose is to predict a variety of consequences of a nuclear explosion. The magnitude of the burst is specified (in kilotons or megatons) and the calculator estimates, for various distances from ground zero, the damage to buildings, the crater dimensions, the percent of the population killed, trapped, and seriously injured.

 

General McChrystal: “When we understand that slide, we’ll have won the war”

William Hogarth, The Reward Of Cruelty, 1799

Paul Ronard, The dissection of a young, beautiful woman, 1864

 

A Fine Childhood
by Gottfried Benn

The mouth of a girl who had long lain in the reeds
looked so chewed up.
When we broke open the torso, the esophagus was so full of holes.
Finally in a bower under the diaphragm
we found a nest of young rats.
One little sister rat lay dead.
The others were living off liver and kidney,
drinking the cold blood and enjoying
a fine childhood.
And fine and fast was their death too:
we threw the whole bunch into water.
Oh, how those little snouts squeaked!

Gabriel von Max, The Anatomist, 1869

Take off all your clothing,
We've only just begun.
We have no anaesthesia,
It's 1841!

Emilie Autumn, "Miss Lucy Had Some Leeches"

 


Georges Chicotot, The First Attempt to Treat Cancer with X-Rays, 1907

Dana Schutz, How we cured the plague, 2007

Dr. Barber: Hmmm...good news. You have the plague. 
Patient: Why is that good news? 
Dr. Barber: Because now I get to conduct medical experiments! 

The Marvelous Misadventures of Flapjack

Franz Sedlacek, Beim Moulagenmacher (Moulage Studio), 1932

Moulage is the art of applying mock injuries for the purpose of training Emergency Response Teams and other medical and military personnel. Moulage may be as simple as applying pre-made rubber or latex "wounds" to a healthy "patient's" limbs, chest, head, etc., or as complex as using complicated makeup and theatre techniques to provide elements of realism (such as blood, vomitus, open fractures, etc.) to the training simulation.

Buckminster Fuller

Buckminster Fuller  invented many things, few of which saw much use. He made up words by dicing up other words and sticking the parts together. He slept two hours a day, spread across four 30-minute naps, for two years. He kept a diary of his entire life, updating it every 15 minutes and including a family history, newspaper clippings, sketches, and copies of all bills and correspondence. From 1915 to 1983 he was still very influential, however.

 

New Math

Some of you who have small children may have perhaps been put in the embarrassing position of being unable to do your child's arithmetic homework because of the current revolution in mathematics teaching known as the New Math. 

Power of Mathematics

"Strange as it may sound, the power of mathematics rests on its evasion of all unnecessary thought" - Ernst Mach

Grey Villet, Tiny squirrel monkey strapped into capsule for space travel, 1958

Henry Stacy Marks, Science is Measurement

Gabriel von Max, Affe vor Skelett, c. 1890

Alfred Kubin, Science, 1901


19:10 06/03/2013 | Lien permanent | Tags : lis tes ratures, place net, society |  Facebook

PlayBioListoAutoGraphiectionnelle - Onlit.net

PlayBioListoAutoGraphiectionnelle

(PlayBioListoAutoGraphiectionnelle1)

 

Partir d’un principe erroné, soit l’émotion. L’émotion ? Comme être en musiques et en rythmes à chaque mot. A travers et avec les mots. Être ému-e ? Se sentir en chant en sons et finir par ne croire qu’en ce qui est joué, soufflé, murmuré, chantonné, tambouriné, cliqueté - finalement jamais expliqué. La musique ne s’explique pas, même si elle se compose, se décompose, se construit, se retire. Tout est musique et tout est silence.

 

Ce serait par les sens qu’on saurait mieux ce qu’on peut être, ce qu’on rêve d’être. Chanter et être chanté, comme la plus solide des vérités. La voix est l’organe, le mot est un traître, aussi docile et doué soit il.

 

Donc.

(la suite sur le site de Onlit Editions)

18:48 06/03/2013 | Lien permanent | Tags : lis tes ratures, place net, humoeurs |  Facebook

12
fév

Revue Sans Titres

Une revue qui sort, c'est une bonne nouvelle. toujours.

J'ai participé avec quelques mots à Sans Titres. ça vient de sortir...

DECOUVREZ 

UN MUSEE VIRTUEL
UNE REVUE NOVATRICE
UNE CREATION INTELLECTUELLE ET POETIQUE HORS-NORME

presse.jpg

11:21 12/02/2013 | Lien permanent | Tags : lis tes ratures |  Facebook

17
jan

Moi, Unica Zürn, La Poupée - par Véronique Bergen.

Image Hans Bellmer, La Poupée HansBellmerLaPoupee

 

Moi, Unica Zürn, La Poupée

 

 

Je ne vais pas bien car il n’y a que deux sexes, plus une pincée d’hermaphrodites. S’il en avait eu sept, j’en aurais goûté un chaque jour de la semaine. Quand ma grammaire ubiquitaire plaçait le Tu dans le Je turlututu chapeau framboise, l’institutrice me grondait tambour-major. Ton récit, je le détraque, Christa. Qui voudra lire des propos en charpie, une fiction démembrée ? J’ouvre la fenêtre, je m’apprête à sauter dans le vide mais tu n’es pas là pour m’asphalter du regard. Au docteur Ferdière, Hans Bellmer a écrit « j’appartiens au type d’hommes avec antennes qui repèrent à dix mille lieues leur future victime ; avec Unica, tous mes capteurs de chasseur se sont allumés. J’avais trouvé ma plus belle proie. Plus tard, quand elle se mit à fuguer, je savais que, accroc à ma personne, elle me reviendrait. Un chien sans son maître est perdu ». Au docteur Ferdière, j’ai confié ma peur d’accoucher d’un axolotl quand Hans m’engrossait de travers, au mauvais endroit. J’ai rajouté que dans les plis de mon anus seul un bébé-larve tiendrait…

 

La seule personne qui est moi, Hans l’a léguée à l’État français. Il paraît qu’elle est enfermée dans un coffre de verre au Centre Pompidou,. Pourtant, il voulait être enterré avec elle, avoir sa Poupée à portée de main, à portée de sexe, pour l’éternité. Au cours des années cinquante, je notais chaque soir dans un petit carnet les plaintes, les joies de la Poupée, nos dialogues, nos naufrages. Accrochée au mur, la seule personne qui est moi a failli mourir à deux reprises, une fois quand tu l’as jetée dans la cage d’escalier, Christa, une seconde fois, quand tu lui as fourré la tête dans le four, nous préparant une belle chambre nuptiale, une chambre à gaz effluves carboniques pour psychotiques. C’est parce que tu planifiais notre mort que nous sommes restées en vie. Ma jointure à boule, mes quatre seins, tu leur as tellement craché dessus qu’ils brillaient de plaisir. Les jours où Hans me recouvrait d’une chemise d’homme, m’ôtait ma petite culotte et plantait un nœud rose dans ma chevelure, je savais qu’on allait descendre dans la cave pour une séance photos. Plafond bas, sabbat de rats, dans un coin il me posait, une carafe d’eau à mes côtés, fixant au mur une corde reliée à ma cheville gauche, position debout durant des heures. Je préférais ça à trôner sur un urinoir, une bougie allumée dans la bouche…

 

Quand ma tête retombait caoutchouc, il l’amarrait à un anneau fiché dans la brique, les talons aiguilles me faisaient mal. Je pleurais car je voulais un rouge à lèvres plus éclatant, je pleurais car cela faisait longtemps qu’il ne m’avait pas emmenée dans la forêt pour me suspendre à une branche de chêne. Avec son frère Fritz, dans les années trente, il me promenait dans des bois noirs, m’exhibant aux passants impressionnés par mes deux paires de jambes. Une après-midi, alors qu’il m’avait déshabillée, me laissant mes escarpins, oui, la vue des pieds nus le cornichonnait panique, un homme l’injuria, le jeta à terre. La ligue des droits des humanoïdes il allait prévenir manu militari. De mon corps cet inconnu était fou, je passai ma langue sur mes lèvres et écartai mes jambes pour accueillir mon sauveur mais Hans m’empoigna par la cheville droite et me traîna sur les feuilles mouillées.

 

Les jours où Man Ray venait, Hans me nettoyait de fond en comble, cirait mes articulations, peignait mes rotules en rouge. Pour me punir, il me trempait dans l’eau froide puis m’accrochait par les épaules à un câble, me séchant comme on sèche le linge. Rolleiflex 6X6. Dans cette cave, Hans me mitraille. Je m’en veux d’avoir mordu mes lèvres car elles sont gonflées, j’en veux à Hans d’avoir raccourci ma frange, d’avoir collé une mèche de travers. Je suis son enfant qui cavale dans la nuit, je ferai la une du Minotaure, j’inspire des carrousels de poèmes à Paul Eluard, je suis religieusement érotique, je suis plus opium que toutes les fleurs de pavots. Ich bin psycho-sexuellement enfantine, sur les tirages Hans répandra de la peinture à l’aniline, si vous aviez été moins sodomisée, votre esprit serait moins brouillé Nacht und Nebel m’avait dit un psychiatre.

 

Hans aime les phrases androgynes, Hans aime m’ouvrir le nombril. J’aime provoquer mon artisan criminel, aiguiser ses désirs, ses rages et les téter dans le sens du vent. Je me jette à genoux et m’offre céphalopode à mon magicien noir qui me troue anagrammes et me donne la fessée. Le Rongo-Rongo, une écriture polynésienne de l’île de Pâques n’a jamais été déchiffré, ça m’empêche de manger. Hier, Jean Cocteau m’a trouvé l’air coquin des coquettes de la belle Époque mais maîtresse Jeanne de Berg m’a pincé les tétons, depuis que Hans a réalisé un frontispice pour son livre L’Image, elle me torture mercure saphique.

 

De décembre 1959 à février 1960, à la galerie Daniel Cordier, des centaines d’yeux m’ont dévorée. Suspendue au plafond j’ai ébloui Élisa Breton, ondulé cils et croupe pour que les visiteurs me kidnappent. Placée aux côtés des œuvres de Schroeder-Sonnerstern, exhibée à des amateurs de boutons d’or, j’étais bien. Quand tu m’exposais en même temps que ta Toupie, ma mélancolie tuberculosait bacilles de panique. Sortir ton œuvre la Mitrailleuse en état de grâce, c’était m’arcimbolder danse de l’angoisse sans portulans.

 

Au milieu des années soixante, tu m’as négligée, Hans. Je suis tombée malade, tu m’as recroquevillée nue et sale sous l’évier de la cuisine, sans plus changer mes socquettes blanches. Ma docilité ne te suffisait plus, te voir travailler durant l’été 1965 à la fabrication d’une nouvelle Poupée m’a rendue folle de jalousie, les dix exemplaires en aluminium que tu réalisas ne m’arrivaient pas au talon d’Achille. Mon air provocant de petite fille perverse, c’est ma spécialité maison, même à la souris qui vit derrière l’évier je décoche des œillades Marilyn. Jouer mandoline avec leurs prunelles tes dix marionnettes frigides en sont incapables. Les visites de Cécile Reims, c’était Byzance, les mains qu’elle passait sur mes épaules, sur mon ventre everestait ma libido, quand elle venait avec Fred Deux et un dealer mafioso, j’espérais une séance de bel canto, un viol collectif, mais seule l’eau qui fuyait d’une buse s’égouttait dans mon sexe. Tu m’as construite en 1933, papier mâché, plâtre sur armature de bois et de métal. En guise de matériaux, tu aurais pu trouver mieux. M’enfanter te permit de ne pas devenir fou. Hans, tu m’as idolâtrée pour mieux me détruire, tu m’as méprisée-adorée-humiliée devant tes amis, chaque fois qu’un visiteur susurrait « votre créature bimbo, votre lolita boudeuse, vous me la prêtez un soir ? », je priais pour que tu acquiesces, mais possessif tu me tenais le plus souvent en cage, le communisme des femmes, c’est pas ton fort. En 1956, à chacune de tes sorties, Joyce Mansour me rejoignait pour un safari érotique. La plasticité de mon anatomie électrisait ma belle Shéhérazade qui m’acrobatait rivière d’orgasmes en me revêtant d’un harnais. Tandis que tu illustrais son Jules César, j’étais sa Cléopâtre qu’elle épinettait jusqu’au sang. Elle au moins m’offrait des mini-jupes, des cuissardes que je portais durant tes absences, les vieilles chemises, les dentelles chiffonnées dont tu m’affublais, je les déchirais en douce, les bas résilles troués, je vomissais dessus, que ta loqueteuse rêve de tenues Courrèges, de robes Cardin, de chapeaux Balmain, ça ne t’a jamais effleuré l’auriculaire ? Avec toi, j’ai eu faim, j’ai eu froid, j’ai manqué de café noir et de Gauloises.

 

Hans, ne me confonds pas avec Pinocchio. La preuve, à chaque mensonge mes seins rétrécissent. Tu m’as démembrée si souvent qu’un troisième œil ne quitte plus ma vulve, que ma bouche-anus parle une langue fricassée de triphtongues. Quand tu m’as parlé des planches et de l’écriture du manuscrit Voynich, j’ai su que c’était l’œuvre de mon premier fœtus mort. Dommage que tu ne m’aies jamais emmenée à la piscine municipale, en présence de nageurs olympiques, je frétille de partout, du bas surtout. Heureusement, tu m’as donné à perpète un pubis imberbe de nymphette, cela m’évite de devoir le raser, j’épile déjà sans relâche mes idées folles… En janvier 1963, durant ta première cure de désintoxication, tu as oublié de me nourrir. Mes mollets fondaient, ma cage thoracique se creusait, je dévorais les camélias que ton amante Herta Hausmann t’apportait. Ce n’est qu’en 1967, lorsque Diane, une de tes filles jumelles, est venue de Colmar, que mes lèvres ont goûté pour la première fois des dragées que je laissais fondre car Dieu n’aime pas être croqué.

 

Mes longs cheveux blonds ondulés plaisaient à Lee Miller qui, à chacun de ses passages, maquillait mes paupières amoureuses de sa beauté. Quand tu es tombé malade en octobre 1969, j’ai ouvert la fenêtre, j’ai compté les nuages au cœur desquels je voulais plonger. Ta voix m’a retenue de sauter. À Cécile Reims, j’ai demandé de me tuer, trois petits coups de burin là où il faut, au galeriste André-François Petit de m’égorger avec une cravate de soie blanche mais ils m’ont pouponnée cocktails de tranquillisants XXL et de vitamines A, B, C, D. C’est pas avec ça que mes voyelles seront fortifiées en majuscules bloquées.

 

J’aurais aimé que tu me fasses naître avec une vingtaine de centimètres de plus, 1, 40 mètre, à l’état civil, ça ne faisait pas sérieux. J’ai regretté que tu ne m’aies jamais emmenée au Crazy Horse, aux concerts de Janis Joplin. Je tremblais castagnettes quand Jean Brun me désarticulait avec ton consentement, obligeant ma bouche à brouter mon sexe. Pourquoi n’as-tu jamais voulu comprendre que le rayon des alcools me laissait de marbre, que c’est la musique de l’opium qui tournesolait mes lunes ? Souvent, durant tes épisodes d’éthylisme aigu, j’ai cherché à mourir sous tes colères, sous ton désespoir. Les jours où la mélancolie te banquisait à fond, tu m’enfonçais un martinet dans le vagin, un fouet dans l’anus.

 

À tous ceux qui me convoitaient, je me suis offerte, petite poupée accroc aux sexes sadiques, contente de me livrer à C. l’impuissant qui me tortura des semaines durant lorsque tu étais au camp de Milles. Lors d’une descente de la Gestapo, tu m’emportas avec toi, me sauvant de justesse. Ce jour-là j’ai su que tu m’aimais. De moi, ta mineure, ta pupille, tu faisais une fille-phallus chaque fois que tu avais vu Joë Bousquet. Un organe en plus, ça m’était égal car mon corps fuit de partout et ne tient que par ton regard, un appendice fiché en plein centre me remettait dans l’axe. À Revel, chez Jean Brun, j’étais fière lorsque, me faisant porter une perruque à plumes noires et des bottines hautes, tu m’installais dans la salle de séjour, maintenant mes jambes grand ouvertes à l’aide d’une barre de fer, autorisant le fils du laitier à tordre mes tétons, à me dépecer. Tu as tellement sondé mon corps, Hans, que je n’en ai plus, trop de godes m’ont explosée, parois vagino-anales dynamitées par une taupe, j’ai peur de vomir un pénis à la fin d’une phrase, de cracher des poèmes bisexuels, rimes masculines hémistichées aux rimes féminines. Puisque tu m’as donné deux vulves, tu aurais pu me gratifier de deux doigts surnuméraires afin que j’épate Léonor Fini…

 

Tartinée de sperme, criblée de morsures, ton amie Rilka chez qui Nora et toi viviez ne m’a jamais vue autrement… Auprès du service de protection des mineurs, les plaintes pour maltraitance de poupées sont irrecevables s’offusquait Rilka qui droit-de-l’hommait à tout bout de champ alors que toute cruauté m’est douce, juste avec la faim qui me tenaillait j’avais du mal à pactiser. Certaines années tu me nourrissais un jour sur deux de betteraves assaisonnées de poivre noir… Tes tableaux, tes dessins Tour menthe poivrée à la louange des petites filles goulues, Rose ou verte la nuit, Fillette au phallus, Viol, c’est moi et encore moi, moi, ton idole idiote, ta Galatée fouettée chantilly, ta plasticine schizo. Sonnez grelots du masochisme monothéiste pour la Sainte Catin que je suis. En août 1938, ton amie, l’écrivain Joyce Reeves, m’a offert une brosse à dents, du dentifrice et un peigne. La colère t’a gouaché quand je barbouillai mes cheveux de cette pâte rose et plantai le peigne dans mes gencives. Pas ma faute si j’ai le sexe buissonnier. Tu m’a moins éduquée que la chienne du sculpteur B. et tu as souvent négligé de me faire porter une muselière.

 

Si tu n’avais pas assisté aux Contes d’Hoffmann d’Offenbach à Berlin à l’automne 1932, je n’aurais sans doute jamais vu le jour sous tes mains d’étrangleur obsédé pansexuel. Le panorama rotatif que tu avais placé dans mon ventre en 1933, je tentais chaque soir de me l’ôter. Ridicule ce plateau avec sucreries, mouchoir, lampes colorées qui tournait quand tu pinçais mon sein gauche. Heureusement, tu as fini par me le retirer. Tu n’avais plus besoin d’examiner mes entrailles pour connaître mes rêves et mes pensées, tu lisais dans ta petite automate à sexe ouvert, si déréglée cotillons meringués que tu devais me régler en permanence. Comme tu ne m’as jamais appris où mettre mes mains je rangeais mes dix doigts dans ma bouche. Tu vomissais les polichinelles nazis actionnés par Hitler l’épileptique mais tu raffolais de ton pantin érotique… Quand tu tenais mes yeux ouverts au moyen de deux allumettes verticales, je me préparais au pire, je veux dire au meilleur. Les tiges métalliques que tu m’accrochais le long des bras, les cordes de chanvre qui me scoubidouaient les rotules annonçaient la suspension rupestre. Pour exciter Roberto Matta, tu me plaquais ventre au mur, laissant nues mes fesses de petit garçon, puis, me décrochant, tu m’obligeais à déambuler bras en croix, à débiter un poème d’Apollinaire quand Matta me pénétrait, ne jamais cesser de mâchouiller des vers en boucle, sans ça les mains du peintre me broyaient panaché de miettes de poupée. La Poupée, la plus belle des roulures surréalistes sera bientôt au MoMA, voilà ce que je me disais avec terreur, te suppliant de ne pas te séparer de moi, à la rigueur un prêt de quelques jours dans un bordel de Pigalle mais un musée jamais. Quand le marchand X venait nous voir, je tenais en mes paumes un cocktail Molotov de barbituriques. En 1959, alors que nous venions d’aménager dans notre nouvelle chambre à l’hôtel du Lion d’Or, au 86, rue Mouffetard, un antiquaire aux vibrisses rousses t’a suggéré de me vendre dans un sex-shop. Tu l’as poussé dans la cage d’escalier avant de m’enchaîner au lit quarante-huit demi-heures…

 

Comme tu m’interdisais de chanter, je lyriquais mes larmes en écoutant la Callas. Les épluchures de pommes de terre qui traînaient je les dévorais en cachette, ma syntaxe corporelle tellement atypique, tous les écrivains qui passaient en étaient fous, se juraient de la translater à leurs œuvres. Merci de m’avoir sauvée de Brauner qui voulut m’énucléer vingt ans après qu’un verre lancé Zeppelin par Oscar Dominguez lui eut crevé l’œil. Pour toujours, je garde l’aspect d’une nymphette allumant les nympholeptes au quart de tour. Rien qu’à me voir bouche entrouverte, les pédophiles rechutent haut et fort, récidive garantie 100%.

 

Avant de dévorer mes lèvres pulpeuses, Mandiargues plantait de fines aiguilles dans mes seins, mais c’est Max Ernst qui me grisait flamenco en m’apposant des banderilles à la base du cou, fichant un candélabre dans mon vagin. Le grand art de la corrida, c’est de faire chanter le sang une octave au-dessus du soleil. Trente ans après les faits, la vue de clous m’irise toujours panique golgothique. La nuit où tu m’en enfonças huit dans la paume des mains pour m’agrafer au mur, je me suis jurée de prendre le maquis dès que tu me détacherais, au premier hidalgo au sourire manouche je m’offrirais, mais toute la France serait placardée d’affiches « Recherche mineure en fugue, très bonne récompense ». Je ne pouvais pas te priver de ton petit Christ dressé au full-sex, tu en mourrais et sans tes sévices-délices je me désagrégerais gelée de groseilles bleues. Les bandes de gaz dont tu entouras mes mains, je les grignotai tant que tu collas du scotch sur mes stigmates, c’est pas parce que tu m’as fait sucer des sucres d’orge nuit après nuit que mes papilles sont accrocs aux betteraves. Petit papa incestueux, jamais tu ne m’as donné le jour exact de ma naissance…

 

Les cieux rouges au-dessus de la rue Mouffetard, j’aimais quand tu me les enfonçais goutte à goutte dans le corps. Les déjeuners où tu m’entrouvrais les lèvres pour les gazonner de confiture, je te demandais de me faire voir la mer. Dans un filet de pêcheur tu m’emmaillotais, ta verge tanguait en moi, roulis jusqu’au naufrage. Au fil des années, j’appris à prévoir tes colères mille décibels, à les atténuer à coups de strip-teases, de génuflexions-fellations, adorant pourtant provoquer tes foudres néroniennes. Avoir peur me maintient en forme. Qui s’adrénaline une heure par jour orgasmera jusqu’à la fin des temps. Te faire sortir de tes gonds rien de plus simple, rien de plus excitant… Une ineptie verbale, une moue de demeurée, une tache de café sur tes dessins, une réticence érotique et tes ires de matador se déchaînaient cuivres et timbale. Tes rages, une volupté pour moi…

 

Une pointe de mélancolie me ravage pourtant. Sans l’arrivée d’Hitler au pouvoir le 30 janvier 1933, dis-moi, Hans, m’aurais-tu donné la vie, froufroutée étoupe et rubans roses, lessivée sperme et vodka ? Moi, ta Fraülein artificielle, ta fille de joie dégrafée, déboutonnée de partout, qui tapine même en diagonale, moi, ta fleur de trottoir, je te confie mon secret : un jour d’automne, je m’unirai au macadam.

 

Christa, je compte sur la puissance surnaturelle de ta haine pour me rayer une fois pour toutes. Une irradiation sans reste. Un Hiroshima psychique à l’enseigne du chiffre six. J’ai confiance. Au montage, pas un zeste d’Unica ne subsistera, la pellicule, jamais, ne hoquettera mon nom, « rien » est le mot troglodyte par excellence. Dans aucun manga full manganèse, dans aucun long-métrage le quart de mes orteils ne tiendra, pas un de mes orgasmes ne sera archivé. Sur ton clavier, seule la touche « erase » me scaramouche. Naissance zéro, mort zéro, je n’entre dans aucune biographie. Tirer un personnage de mon désastre ? Mission impossible.

 

De n’avoir pas trouvé la porte d’entrée, je ne franchirai jamais la porte de sortie. Au XXIème siècle, je lancerai la mode de l’auto-extermination. Pas si simple que ça la self-suppression mais une aubaine pour les concepteurs de jeux vidéos pour kids abonnés à la dépression, une aubaine pour les seigneurs de la terre qui ne devront plus se charger de la besogne. Ich, Yo, I, Je, c’est bon pour les dyspepsiques de l’espace vital. En vérité, le commun diviseur des poupées c’est néant. Apprends au monde que U. Z. n’a jamais existé.

 

Extrait d’un roman inédit, Le Cri de la poupée.

20:32 17/01/2013 | Lien permanent | Tags : lis tes ratures |  Facebook

15
jan

Entre oui et non

«U-Boat hunting», 1941..jpg

S’il est vrai que les seuls paradis sont ceux qu’on a perdus, je sais comment nommer ce quelque chose de tendre et d’inhumain qui m’habite aujourd’hui. Un émigrant revient dans sa patrie. Et moi, je me souviens. Ironie, raidissement tout se tait et me voici rapatrié. Je ne veux pas remâcher du bonheur. C’est bien plus simple et c’est bien plus facile. Car des heures, que du fond de l’oublie, je ramène vers moi, s’est conservé surtout le souvenir intact d’un pure émotion, d’un instant suspendu dans l’éternité. Cela seul est vrai en moi et je le sais toujours trop tard. Nous aimons le fléchissement d’un geste, l’opportunité d’un arbre dans le paysage. Et pour recréer tout cet amour, nous n’avons qu’un détail mais qui suffit : une odeur de chambre trop longtemps fermée, le son singulier d’un pas sur la route. Ainsi de moi. Et si j’aimais alors en me donnant, j’étais moi-même puisqu’il n’y a que l’amour qui nous rende à nous-même. Lentes, pénibles et graves, ces heures reviennent, aussi fortes, aussi émouvantes – parce que c’est le soir, que l’heure est triste et qu’il y a une sorte de désir vague dans le ciel sans lumières. Chaque geste retrouvé me révèle à moi-même. On m’a dit un jour : « C’est si difficile de vivre. » Et je me souviens du ton. Une autre fois, quelqu’un a murmuré : » La pire erreur, c’est encore de faire souffrir. » Quand tout est fini, la soif de vie est éteinte. Est-ce là ce qu’on appelle le bonheur ? En longeant ces souvenirs, nous revêtons tout du même vêtement discret et la mort nous apparait comme une toile de fond aux tons vieillis. Nous revenons sur nous-mêmes. Nous sentons notre détresse et nous en aimons mieux. Oui, c’est peut-être ça le bonheur, le sentiment apitoyé de notre malheur.

Entre oui et non Albert Camus, extrait de L’envers et l’endroit (1937)

19:41 15/01/2013 | Lien permanent | Tags : lis tes ratures |  Facebook

11
jan

La grande Ourse

"Nous sommes maintenant assis dans la cuisine à la table carrée. Je suis dos à la fenêtre, elle me fait face, son visage est parfaitement éclairé par la lumière du dehors, elle resplendit, je pense : Elle est stellaire. 

after Deakin, 1953 (Joy Parker) - Frank Egloff.jpg

Puis, par référence au nom que les psychiatres donnent aux patients comme elle, bipolaires, je rectifie aussitôt : Elle est polaire. Oui, elle est perchée sur une des deux extrémités du monde." 

Marc Pautrel, Polaire, Coll. "L'Infini", Paris, Gallimard, 2013, p. 82. (merci Jean-Michel D. - art : after Deakin, 1953 (Joy Parker) - Frank Egloff)

08:14 11/01/2013 | Lien permanent | Tags : humoeurs, ego trip-e, lis tes ratures |  Facebook

6
jan

extrait de "Le silence des chiens" de Jacques Ancet

monstre recyclé.jpg

"une main te plaque sur le lit, le plastique est froid, tu te débats, le temps de l’horreur est immobile, le même instant, toujours, visages noirs dans la lumière crue, la tige de métal, lentement, tu ne cesses plus de trembler, non, tu fermes les yeux, l’attente fait de toi un nœud de douleur, planté dans ta gorge il y a comme un cri muet, la pointe de fer touche ta paupière droite, feu dans l’œil, tu hurles, ton corps saute, retombe, saute encore, le cœur, tu étouffes, tu n’y vois plus, mourir, mourir, ayez pitié, on t’arrache la peau, rouge, il y a un visage, tu ne sais plus, le bruit s’est arrêté, tu entends des voix, il recommence, tes lèvres éclatent, tes seins, tout est noir maintenant, tu sens quelque chose tout près de ton visage, un souffle peut-être, pourquoi ont-ils éteint, du blanc flotte pourtant, des mots aussi, tu voudrais les comprendre, tu t’appliques à remonter vers eux, ils sont très haut comme des oiseaux qui passent, ils s’en vont, d’autres les remplacent, artères durcies, tu t’interroges, sur toi il y a des mains, tu en es sûre, tu cherches à les voir, alors très vite tu te vois assise, tout tourne, tu es couchée, un plafond bouge, lampes, tuyaux, tu fermes les yeux, des bruits vont et viennent, des voix, des bruissements de pas comme apportés et emportés par le mouvement régulier qui te berce, quel long voyage, tu es si fatiguée, à un certain moment il t’a semblé voir le ciel, vaguement bleu, des murs aussi, c’est le matin, il doit faire froid mais tu ne sens rien, seul cet éblouissement qui te ferme les yeux tandis que le balancement s’accentue, un fort roulis, tu t’agrippes à quelque chose de dur, ensuite tout est calme, longtemps, tu dois mourir, tu as mal aux jambes, surtout ne te réveille pas, tu es bien tout de même, oui, tu dors, d’où viens-tu je te croyais très loin, il te souris, tu lui tends la main, il t’attire mais ce n’est pas lui, tu vois les petits yeux gris, tu te débats, tu cries, une voix parle, tu ne veux pas, calmez-vous, tu sens une piqûre aiguë à l’avant-bras, la voix encore, elle va dormir, oui, mais tu dors, tu dors, écoute, ce silence, c’est la nuit ou le jour, il y a un bruit maintenant, les cigales, de plus en plus fort, c’est devenu insupportable, arrêtez, non, ils disent regarde si tu ne parles pas, regarde, tu fermes les yeux mais tu vois quand même, l’homme appliqué qui scie, comme un simple menuisier, ce geste"

Jacques Ancet

00:39 06/01/2013 | Lien permanent | Tags : lis tes ratures |  Facebook

2
jan

Offres publiques de littératures partagées

From 31 December 2012 to 7 January 2013

Message de l'asbl CONSTANt/ kEEP YOURSELF INFORMED ./././ for free, surely.

"Happy New Year! Happy Public Domain Day!

Brussels

Our wishes are enriched by the impressive wealth of knowledge, information and beauty that today, like every year on this day, becomes freely available to humankind. Every year on New Year’s Day, due to the expiration of copyright protection terms on works produced by authors who died several decades earlier, thousands of works enter the public domain - that is, their content is no longer owned or controlled by anyone, but it rather becomes a common treasure, available for anyone to freely use for any purpose.

On this day we welcome the works of a.o. the Brussels author Neel Doff, the feminists Germaine Dulac, Violet Hunt and Tina Modotti, the sf-writers Ernest Bramah, Alexander Beliaev and Nictzin Dyalhis, the novelists Robert Musil, Roberto Arlt, Stefan Zweig and Bruno Schulz, the poets Olena Teliha and Jakob van Hoddis, the Russian futurist Daniil Kharms...

On this day we happily offer you our new year’s publication - available here http://constantvzw.org/publicdomainday/ on 1-1-13! - , a generative novel made with Python and nltk, based on texts of authors we welcomed last year. Karen Guillorel, Clémentine Delahaut, Peter Westenberg & An Mertens will perform the text live on Radio Panik at 17h, FM 105.4.

The print publication will be presented on the Public Domain Day event in March in Bibliothèque Royale.

More info: http://wiki.openrightsgroup.org/wik...

Los Angeles, December 20, 1929.jpg

12:57 02/01/2013 | Lien permanent | Tags : lis tes ratures |  Facebook

29
déc

Revue CABARET - cherche femmes.

       





# 1 Huit femmes - avril 2012


# 2 Les belles américaines - juin 2012



 

# 3 Le gang des Lyonnaises - septembre 2012


  # 4 2012 ou avant? -
décembre 2012

  Cabaret est une revue de création littéraire gérée par l'association Le Petit Rameur. Son originalité est de publier des auteurs féminins ainsi que des illustrations. Format A6 ; 20 pages.

Textes : poèmes, nouvelles, récits. Cabaret privilégie la forme libre, la prose, de la poésie sans rime.

Illustrations : de danseuses uniquement.

Rubrique Résidence : la revue invite ponctuellement une auteure à venir pour une résidence d’écrivain à la carte. Trouver des essences afin d'écrire un ou plusieurs textes qui seront publiés ensuite dans Cabaret ou s’entretenir autour de l’écriture, le monde du livre.

Rubrique Ecce homo : dans chaque numéro, un espace est réservé à un auteur masculin choisi par la revue.

Thèmes : les textes sont regroupés dans un numéro à partir d’un rapprochement géographique (ville de naissance, résidence, balade...), d’un mot-clé, ou à partir d’un titre de film ou de livre.

Cabaret cherche uniquement des auteurs féminins, la rubrique Ecce Homo étant sur invitation.

Casting
Pour ses prochains numéros Cabaret cherche notamment des textes qui puissent rentrer de manière suggestive, voir subjective, dans les thèmes suivants :

- hédonisme, épicurisme
- Femmes au bord de la crise de nerfs
- eau
- Russie (ou URSS…)
- auteures les pays de l'Est
- auteures du nord de la France et de la Belgique
- Sud
- Beach girls

Pour publier dans la revue Cabaret, envoyez vos textes et illustrations par courrier électronique ou papier, accompagnés d'une petite biographie et bibliographie de quelques lignes, avec l’adresse de votre site internet ou blog si vous en avez un.

Merci le lire attentivement la présentation de la revue ainsi que les consignes suivantes avant de nous faire parvenir vos textes ou vos dessins.


Consignes :

- Cabaret n'est pas amateur de rimes, même s'il peut arriver d'en publier, ni d'alexandrins. Textes inédits souhaités.

- textes plutôt courts, une page contenant environ 30 lignes, et au maximum 2 à 3 pages par auteur.

- pour les illustrations, style libre, couleurs non nécessaires (la revue n’est pas imprimée en couleur)

La revue n'est pas responsable des textes qu'elle reçoit, ne retourne pas les manuscrits sauf contre enveloppe timbrée.

11:57 29/12/2012 | Lien permanent | Tags : lis tes ratures |  Facebook

20
déc

reine(s) morte(s)

 

 DUNE reine morte.jpg

« Toutes les femmes tournent avec obstination autour de ce qui doit les brûler.  »

« Un remords vaut mieux qu'une hésitation qui se prolonge.  »

« Quand on vieillit, les colères deviennent des tristesses.  »

« La plupart des affections ne sont que des habitudes ou des devoirs qu'on n'a pas le courage de briser.  »

Extraits de « La Reine morte » de Henry de Montherlant

17:14 20/12/2012 | Lien permanent | Tags : lis tes ratures |  Facebook

10
déc

Le pire du sexe dans les romans édition 2012 : les meilleurs extraits

 

 

 


Des mains

« Mon sexe baignant dans la joie comme un poisson dans l’eau... » Grâce à ce type d’images, Nancy Huston a décroché le « Bad Sex in Fiction Award » 2012, avec son livre « Infrarouge » (éd. Actes Sud, 2010).

Le prix, décerné mardi par le magazine britannique le Literary Review, récompense « les passages grossiers, mal écrits, souvent superficiels et redondants, de scènes de sexe dans les romans contemporains, et les décourag[e] ». Extraits des huit prétendants au titre de Bad Sex in Fiction.

Lecture d’extraits (en anglais)

(Ces extraits proviennent du Guardian (traduits ci-dessous par l’auteure de l’article) et de Bibliobs.)

1

Nancy Huston, « Infrarouge »

« Mon sexe baignant dans la joie comme un poisson dans l’eau »

 

« C’est là que je prends ma photo. De l’intérieur de l’amant. Le Canon fait partie de mon corps. C’est moi, la pellicule ultrasensible. Capturant l’invisible, capturant la chaleur. [...]

Je ne me fatiguerai jamais de cette fluidité argentée, mon sexe baignant dans la joie comme un poisson dans l’eau. [...]

Ils avaient fait l’amour ce matin avant la sonnerie du réveil et elle avait voulu qu’il vienne sur son visage, c’était si fort le moment où, tenant son sexe dans ses deux mains, elle sentait soudain la semence traverser puis jaillir, crème de jouvence tiède et merveilleuse, elle l’avait étalée sur sa figure, son cou, ses seins, l’avait sentie sécher et se rafraîchir ; en se lavant ce matin elle avait tenu à garder, fine et transparente sous la mâchoire, à la naissance du cou, un peu de cette trace invisible de son amant : masque léger pour la protéger, l’aider à affronter l’épreuve... »

2

Ben Masters, « Noughties »

« Chacun a fouillé le corps de l’autre »

 

« Nous nous sommes levés de la chaise et elle m’a conduit à sa grotte féerique, parmi les oreillers et les draps frais. Chacun a fouillé le corps de l’autre pour chaque centimètre de l’histoire. J’ai fouillé ce que j’avais toujours imaginé et j’ai trouvé encore plus. »

3

Tom Wolfe, « Back to Blood »

« Il lui enfonça son gros membre reproducteur entre les jambes »

 

« Puis les bouts de ses seins se dressèrent tout seuls, et la crue de ses reins lava les morales, le désespoir, et tous ces autres jugements abstraits, dans un nuage de divine Cologne qu’est la sienne.

Et voilà que d’un coup de bassin qui rappelait celui du jockey sur sa selle, il lui enfonça son gros membre reproducteur entre les jambes, et il se mit à la chevaucher, à la chevaucher plus vite, plus fort et elle l’avalait, l’avalait, l’avalait avec ses propres lèvres de la selle – le tout sans un mot. »

4

Paul Mason, « Rare Earth »

« Il passa à des langages des anciennes steppes alors qu’il éjaculait »

 

« Il passa à des langages des anciennes steppes alors qu’il éjaculait, sanglotant et incohérent. Chun-li simula un orgasme, gardant son esprit concentré sur la tristesse des paroles du VIIIe siècle, et son visage restait tel un lac en hiver.

Khünbish s’effondra sous le cou du cheval, où il s’accrochait désormais, comme un triste cavalier de cirque, alors que la cacophonie de la steppe enchaînait doucement dans une sorte de musique ruisseau-filant-plus-chant-d’oiseau qu’ils jouent dans les hôpitaux psychiatriques pour calmer les choses. »

5

Nicola Barker, « The Yips »

« Il connaît son corps maintenant, même fermement gainé et glissant qu’il était »

 

« Il connaît son corps maintenant, même fermement gainé et glissant qu’il était ; une prune mûre, rouge, sa chair jaune pressant contre le doux arc de sa peau fraîche, parfumée. Il comprenait les fondations basiques, avait visité les vergers comme un fringillidé affamé, s’était gorgé de fruit et rejetait les pépins, avait exploré la géographie. »

6

Craig Raine, « The Divine Comedy »

« Et il a joui. Tel un trampoline hurlant. »

 

« Et il a joui. Tel un trampoline hurlant. Sa giclée a dépassé la longueur de son bras. Huit gouttes décroissantes. La première trop haute pour qu’elle puisse la lécher. Juste sur l’épaule. »

7

Nicholas Coleridge, « The Adventures : The Irresistible Rise of Miss Cath Fox »

« Mettez-la de toutes vos forces »

 

« En quelques secondes, le Duc avait baissé son pantalon et son caleçon, et s’était placé en face d’une malle en cuir, arborant les armoiries royales du château de Hohenzollern. “Pas de quartier”, ordonna-t-il. “Mettez-la de toutes vos forces”. Cath fit ce qu’il lui avait été ordonné, chuintant durement la brindille dans le derrière royal. »

8

Sam Mills, « The Quiddity of Will Self »

« Will Notre Bite est Epuisée »

 

« Clic-clac-clic Will Notre Bite est Epuisée hurlant aimant Will est ravi Will est sauvé je l’ai fait j’ai fait je suis l’Elu je suis son Elu oh Will pour toujours je suis tien pour toujours je suis tien pour toujours je suis. »

10:27 10/12/2012 | Lien permanent | Tags : lis tes ratures |  Facebook

18
nov

Terre, Désir. (sur un air de terre et de désir, une photo de Martine Cornil)

 

Terre, Désir.

La Terre a toujours eu ce fameux penchant pour la fusion. Naissante, mortelle, radicale, sublimée.  Union sacrée. Elle et ce principe s’animent sans jamais convaincre l’autre qu’une sera victorieuse.
La Terre a la mémoire des strates et des conjonctions, mais finalement peu d’emphase avec ce qui lui correspond au plus profond de ses entraves, le mouvement, cet aller retour entre ça et ça.
Il a y eu le temps et le vide pour que chaque espace se valide, s’autonomise, s’hallucine. Et tout autour de ces amalgames, entre néant et substance, le désir augmente.
De plus en plus vivace,  l’exigence de n’être que par le corps et l’impulsion plonge la Terre dans une implacable réalité : exister pour tout et par tout.
S’il devait une nuit n’exister plus rien d’autre que le domaine de l’immobilité, la Terre serait plongée dans sa fange, anéantie attendant que le creux avance. L’attente du désir n’a rien de prospère.
Espérons que ce désir, dieu sur la Terre, ne se soumette jamais au chantage d’être ou ne plus être.

 

© Milady Renoir – Juillet 2012

Un autre texte issu de mon oeil posé sur une photo de Martine Cornil, de ceux (textes) et celles (photos) qui n'ont pas été choisi pour le livre Bords de Mondes.

11:33 18/11/2012 | Lien permanent | Tags : lis tes ratures |  Facebook

J’avais laissé ma tête sur la table, finalement. (mépris)

 

J’avais laissé ma tête sur la table, finalement.
La nappe élimée, avec ces motifs pommes et fleurs de printemps, a retenu l'empressement que ma tête avait pris en chutant sur la table. Le poids, la gravité et la petite inclinaison que cette table de cuisine a toujours eu. 
Tout s’est accordé sans embuche.
A savoir. Un des pieds de la table plus court ou les tomettes du sol bien trop irrégulières. A savoir.
En tout cas, cela m’a permis de ne pas avoir le visage trop amoché.

Quand les convives sont arrivés, quand tu as sorti le Gevrey-Chambertin de l’année de notre rencontre, quand tu as fait revenir les petits fallafels que j’avais préparés dans de l’huile de sésame, tout était doux, à la faveur de l’été débutant.
C’est Daniel qui a remarqué que la table était encombrée. Lui, sa morale, son éternelle disposition de ne pas entrer en conflit. Il a délicatement repoussé ma tête jusqu’au milieu de la table, de sorte qu’elle touchait le pot de basilique frais, le dessous de table en liège. Quelques coques de nèfles laissées là, suite à une cueillette prospère. Au moins au centre, ma tête ne risquait pas de s’écraser sur le sol. Sol d’ailleurs un peu sale. Un peu de pluie la veille, quelques traces de terre…

Tu parlais fort, comme lorsque tu es heureux d’être vivant. Jeanne et Viviane, en bonnes voisines, avaient apporté du pain frais et des pêches de vigne. Jeanne a toujours cherché ta présence, ton contact. Là, elle déborde un peu. Elle porte une robe décolletée dans le dos, ce qui tire l’attention loin des rides creuses de son visage.
A vous observer tous ainsi être dans le sourire, la joie et l’humeur solaire, j’en aurais presque regretté d’être tuée. Vous trinquez à la santé, à l’amour. Ça me fait plaisir que ce sujet soit abordé. Ce sujet de l’amour. Ce que toi et moi n’avons finalement qu’abordé. Nous sommes restés à l’orée de notre penchant. Un sentiment profond, fort, proche de l’amour nous a tenu pendant ces années. Avons-nous été heureux ensemble ou en même temps ? Je me le demandais souvent. Terminé. La question ne se pose plus. J’ai perdu, si pas la raison, l’énergie de délibérer.

Vous passez dans la salle à manger. Le soleil semble être complice, il perce quand vous entrez. Je vous regarde tranquillement. Je suis soulagée de ne pas avoir à tenir le crachoir ce soir. Fatiguée, je plonge doucement dans un souvenir et laisse mes paupières s’enclore. Le soleil les traverse et réchauffe ce qu’il me reste de corps.

 

© Milady Renoir – Juillet 2012

La photo de Martine Cornil n'est pas visible et je ne la publie pas ici vu que je n'ai pas son accord et que le texte n'est pas une illustration.

11:31 18/11/2012 | Lien permanent | Tags : lis tes ratures |  Facebook

Bords de mondes

Martine Cornil photographie dans sa cuisine, son jardin et c'est à peu près le seul territoire qu'elle arpente avec son oeil précieux et son regard précis. Presque mille photos des petits riens qui composent un microcosmos vivace, voluptueux, tragique, sublimé.
Un appel a été lancé avant l'été: et si vous écriviez "autour" de ces photos.
Plusieurs auteurs ont répondu d'un ou plusieurs mots. J'ai dit oui, avec plaisir.
J'ai envoyé plusieurs textes. Un a été choisi pour ce livre qui est sorti.

Je parle d'ici du livre et dans deux autres articles, je place les textes en plus de celui publié.

Merci à Martine pour cette "belle" façon de dire le monde, aussi au bord de lui-même soit-il. (et aussi à Luc-André Rey qui m'a lancé l'appel dans la tronche et à David Giannoni pour ses inconsciences attardées).




BORDS DE MONDES de Martine Cornil

Prix: 20,00 €

Description:
Vingt-neuf auteurs
Une photographe
Trente regards
Et l’infini des possibles

Avec des textes de :
Luc Baba . Marianne Bastogne . Pascal Blondiau . Francis Dannemark . Xavier Deutsch . Sandrine Emmery . Michèle M Gharios . Théophile de Giraud . Alain Helissen . Paul Hermant . Corinne Hoex . Virginie Holaind . Jean Jauniaux . Michèle Lenoir . Françoise Lison-Leroy . Veronika Mabardi . Rony De Maeseneer . Daniel Martin-Borret . Serge Noël . Colette Nys-Mazure . Kenny Ozier-Lafontaine . Patrick Placentino . Vincent De Raeve . Milady Renoir . Luc-André Rey . Dana Shishmanian . Vincent Tholomé . Christine Van Acker . Catherine Ysmal

Ouvrage réalisé sous la direction de Luc-André Rey
Pages: 64 pp.
ISBN Maelström: 978-2-87505-138-7
Format: 20x25 cm
Genre: photographie, textes, poèmes

11:28 18/11/2012 | Lien permanent | Tags : lis tes ratures |  Facebook

8
oct

écrits du 8 octobre 2009

3 ans avant ou après:

Liana Filimonov letter.jpg

Cette première fois, la première fois que, c’était un dimanche ou un samedi, peu importe, ou presque, enfin, non, je ne crois pas que c’était la fin d’une semaine, à moins que ce fût pendant des congés, donc la première fois que j’ai écrit autrement, que j’ai changé d’abord, la première fois que j’ai senti l’écriture comme un engagement, une volonté propre, sans inconsistance, l’écriture comme un engagement au même titre qu’un vote ou qu’un don du sang, l’écriture sans intention de délestage, dans dimension d’exutoire, l’écriture comme une prise de risque extime, bref c’était un dimanche, oui, ça vient, ça me revient, un dimanche sans pluie, ni soleil, un jour neutre, un jour de petits riens, un peu de télévision, un peu de musique, un peu d’œufs sur le plat, un dimanche blanc, peut-être ai-je fait l’amour au réveil, je ne sais plus trop, faire l’amour le week-end, on dirait une chanson cruche, enfin c’était sûrement un bon dimanche avec un chouette samedi derrière, un week-end, mais pour raconter précisément, disons que je pense qu’il y eut d’abord l’écran, puis la tour de l’ordinateur, avec leur petite lumière, leur petite étincelle, oui, c’est pas très romantique l’électronique, j’ai depuis longtemps abandonné le Moleskine, sauf pour mon agenda, quant à l’éternel stylo plume qui crache son venin dans le sac quand on le ferme mal, oublions, on est d’une génération électronique ou on ne nait pas, donc, devant le PC, j’ai dû vouloir m’assoir confortablement mais finalement m’assoir n’importe comment, je prends toujours des positions de fakir pour écrire, je ne me rends pas compte, je me lance dans un texte, je perds la pesanteur, les membres contorsionnés finissent par « mourir », on se lève avec une hémiplégie éphémère, enfin, c’était un dimanche, oui, sûrement, comment j’ai fait pour écrire autrement ? Ai-je relu des vieux textes ? oui, j’ai dû vouloir retaper, reformater des textes écrits dans le carnet noir de l’âme, dans le journal de l’ado, des textes prophétiques dans lesquels on voit le tunnel, le tunnel, le tunnel et jamais son bout, oui, jeune et conne ou conne et jeune, abusant de mots déclamatoires creux comme mystérieux, bizarre, fou, curieux, alliés aux mots dramatiques, mort, suicide, masse, peuple, corps, veine, gorge, univers, rouge sang, noir corbeau, enfin ces connotations du creux de la vague, citant Monsieur Ducasse de Lautréamont dans des cahiers à spirale, bref, j’ai dû vouloir faire ça, retravailler, formuler, apaiser ou catapulter des perceptions obscures, il se peut même que j’ai eu envie de viser quelqu’un, la cible vivante, quelle bonne idée, lapider un « personnage » en chair et en os, on lui enlève le pyjama, comme aux lapins, oui, j’ai dû vouloir expectorer, j’aimais ça, vider les bronches et la gorge sur une victime virtuelle, faut pas croire que ça n’amuse pas d’écrire noir, sombre, gothique, exalté, l’écriture comme une régurgitation, le principe d’inimitié qui fait foi et loi, c’est bon, bon, un dimanche ? Oui, j’arrête de chercher, un dimanche, un dimanche où j’avais peut-être fait une tarte aux pommes avec de la compote de rhubarbe dessous les quartiers de pomme, je réussis bien cette tarte, et certains dimanches, je prends le temps de faire une tarte souvent, j’aime bien couper les pommes en quartier, j’aime un peu moins les éplucher, mais la tarte vaut la peine, un peu de cannelle, de cassonade, pas besoin d’avoir des invités, juste pour mon homme et moi, la tarte du dimanche, comme une recette du bonheur, tiens, d’ailleurs, était- ce un dimanche avec un homme ? Un dimanche de célibataire ? Peut-être que j’étais seule à ce moment là, être seule ou en couple n’a pas forcément influencé mon écriture, j’ai écrit des choses angoissantes en temps de félicité, et des récits doucereux en temps d’orages, alors ? Un dimanche avec ou sans homme, avec ou sans tarte, mais un dimanche, assurément, je n’ai plus de doute, à moins que c’eut été un mardi mais au mois d’août quand tout le monde est en vacances parce qu’un dimanche d’octobre égale un lundi d’août, alors la première fois que j’ai écrit autrement, oui, un dimanche de farniente ? Au mois d’août ? En hiver ? le souvenir de la chaleur n’est pas fort, même si en Belgique, la canicule est un mythe, bref, ça a dû être à peu près comme d’habitude, juste après ce moment imprécis, indécis, gonflé d’urgence, quand je mets la musique fort, que je visualise un passage d’un livre juste terminé, ou d’un film juste adoré, j’ai dû faire ça à ce moment là, « me mettre en route vers l’écriture », « me mettre en écriture », on dit ça, ici et là, et puis un dimanche est un bon jour pour la mise en route, tout débuter les lundis, c’est d’un ennui, voilà, un dimanche, un vrai bon dimanche, pur et dur, un dimanche bien trempé ça devrait être ça, sauf que là, il a dû se passer quelque chose, un objet familier qui grince ou un chat qui miaule, j’ai été happée dans un vortex, le temps d’un moment d’inattention, je ne sais pas trop, il y a bien eu une différence, une cassure, un non-retour, enfin, une charnière, bref… mais à part que… enfin c’était un dimanche, je n’ai plus tous les jalons de la situation, mais en tout cas, ce dimanche là, j’ai cessé de dire JE, j’ai abandonné l’ego, provisoirement, j’ai su y reprendre goût après, avec le choix en bandoulière, mais là, ce dimanche là, un débit nouveau a jailli, un flux non plus gastrique mais hystérique, une logorrhée proche de l’autohypnose a percé ma bouche, on peut visualiser une déviation sans panneau, un virage sans gouffre, tout ça, ces métaphores bien crues, tout ça pour un dimanche, c’était bien un dimanche, j’en suis persuadée à présent, mais pourquoi ce dimanche là, pourquoi à ce moment là ai-je décidé de changer de Je, de dire tu/vous/ils/on ? Parce qu’autant je suis sûre que c’était un dimanche, autant je ne sais plus si je l’ai décidé, je ne décèle pas la prise de position, à savoir si la conscience a joué un rôle dans cette nouvelle propension, la surprise a dû venir avec le résultat, j’ai dû m’échapper, creuser un trou noir avec une pioche flamboyante, les images sont arrivées sans que je me sente exposée, j’ai sûrement senti la liberté de ce dimanche, ce jour de messe où je n’ai prié ni Dieu, ni Diable, ni Sainte Rita, ce dimanche là, en tout cas, il y a eu un écho sans égo, une petite particule élémentaire sans neurone primordial, un électron libre nageant dans la gorge, j’ai sûrement perdu la trace du temps, de la forme, de l’écran, de la tour de l’ordinateur, ça m’arrive sciemment maintenant, c’est même devenu un rituel, une mise en condition, mais ce dimanche là, peut-être était-ce un tour de passe-passe avec les mots, peut-être en ai-je eu marre d’utiliser les mêmes empreintes, revisiter les chemins balisés, ai-je été dépassé par une émotion ? Mais dire que c’était un dimanche est la seule trace tangible de l’expérience, c’est bête enfin, comme ça, je voulais le raconter, mais je ne me rappelle juste que c’était un dimanche, un con de dimanche comme beaucoup de dimanches dans une vie, y coller une date, un contexte, un débroussaillage, vous donner une preuve, tout ceci m’est impossible, peut-être qu’un de mes chats était sur mes genoux, comme dans les photos d’écrivains prises au début du siècle dernier, c’est toujours bien vu pour un écrivain d’avoir un chat, surtout s’il est noir (le chat, pas l’écrivain), et que ce chat noir soit stoïque, c’est bien, ça, un chat stoïque et noir allongé nonchalamment sur un bureau, avec des étagères enflées de livres de toutes sortes, l’écrivain fume une cigarette qui n’est pas allumée, l’image idéale, l’image d’Epinal esquissée un dimanche, on peut dire, même si ce n’est pas sûr que j’avais un chat sur les genoux, mon chat noir qui vit encore aujourd’hui, par exemple, que l’appartement était embaumé de relents de pommes et de rhubarbe, bordé de ce soupçon de cannelle… avais-je brûlé du papier d’Arménie dans le salon, et d’ailleurs, était ce à l’époque où l’ordinateur était dans le salon ou dans le bureau, je ne sais plus, était-ce un de ces dimanches où j’avais d’abord fait le ménage, parce que j’aime faire le ménage le matin, tôt si possible, même le dimanche matin, la journée semble alors longue comme une semaine, un dimanche propre, prêt à l’emploi, donc, ce dimanche, un dimanche avec ou sans amour, avec ou sans ménage, avec ou sans tarte, mes activités dominicales favorites dévoilées, je ne mentionne pas la sortie en forêt, l’exposition artistique, le brunch entre potes, mais là, j’extrapole, je voulais, je devais vous raconter la première fois que j’ai écrit autrement, c’était un dimanche… c’était un dimanche… un bon dimanche de… j’ai écrit autrement un dimanche… ou un lundi… mince, un lundi, ça aurait été un lundi ? 

22:28 08/10/2012 | Lien permanent | Tags : lis tes ratures |  Facebook

7
oct

Des correspondenses toujours en cours...

Karen Guillorel marche encore et moi, je cause toujours. Notre blog de correspondance s'entretient, pas à pas.

http://correspondenses.tumblr.com/.

calcul surface corporelle peau.jpg

21:55 07/10/2012 | Lien permanent | Tags : lis tes ratures, act-u |  Facebook