13
déc

Nos cheveux blanchiront avec nos yeux - Lu en novembre

 

IMG_8403.JPG (vue en novembre)

Un monologue intérieur en deux temps.
Le premier part d’un départ, le protagoniste narrateur quitte quelque chose et quelqu’un pour aller voir ailleurs s’il s’y trouve.
Il rencontre des compères, des antagonistes, des compagnons (dont un oiseau chétif qu’il adopte en petite conscience, petite voix, tel Jiminy Cricket). Il trouve bientôt un but qui l’emmène vers un sud propice à la liberté, croit-il… Comble de l’histoire : migrer comme un oiseau avec un oiseau qui n’a pas besoin de migrer, lui.

 

Le second temps revient du départ, après une ellipse indéfinie. Le protagoniste narrateur crée, avec le quelqu’un qu’il avait quitté, un nid. Il en fait alors le tour, en dessine les contours, cherche aussi les limites intérieures de l’homme qui devient/est devenu.

 

Ce livre possède une écriture d’images, de rythmes fragmentés, comme dans la pensée avant qu’elle ne devienne analyse. Le lecteur regarde le monde du narrateur en se laissant imprégner, porter. L’auteur use sans abus de descriptions, factuelles ou lyriques. Sa réalité est simple, son regard est critique. Un itinéraire d’homme en vie, très doux à lire et à voir, donc.

 

de Thomas Vinau (http://etc-iste.blogspot.be/)  @ Alma Editions (2011)

 

l’entendre sur ici et voir/écouter des voix « le » lire :

 

 

 

16:50 13/12/2013 | Lien permanent | Tags : lis tes ratures |  Facebook

10
déc

Lourdes, lentes...

« Longtemps, je me suis couché de bonne heure – le matin. J’avais mes nuits ; je les ai toujours, mais sans comparaison.
Presque chaque soir, vers neuf heures, je prends un bouquin et m’allonge sur mon lit. Souvent, j’abandonne vite ma lecture ; commence alors l’étendue d’immobilité et de silence apparents où je découvre ma totale liberté. Nul guetteur sur les points culminants de la Ville noire et bleue ne se soucie du minuscule espace que j’occupe sous mon toit, rien ne me désigne à sa méfiance. Ils n’ont pas encore de machines à détecter les rêves subversifs, mais ça viendra : faisons leur, en ce domaine, le plus large crédit. Il me reste, je suppose, quelques bonnes années devant moi pour cet exercice de l’ombre et du secret.
Je me raconte des histoires, dont une quantité infime seulement verra le jour sur du papier. Écrire est un travail harassant : choisir, combiner les mots pour qu’ils ne s’éventent, ne pourrissent pas trop vite à la lecture ! Tâche tellement disproportionnée à nos forces que l’on se demande comment des hommes lucides ont osé l’entreprendre. Sans doute – je parle en mon nom – finissent-ils par se convaincre qu’ils aident ainsi à produire une réalité qui leur dispensera un peu de sa force, en retour. Ma pensée file, et se file, ignore toute contrainte, vire, plonge, se retourne avec l’exquise souplesse d’une loutre jouant dans l’eau. Nous avons tous du génie dans la position horizontale et les yeux clos. Quelles foulées d’une inimitable aisance sur la cendrée du sommeil ! (…) »

André Hardellet, Lourdes, lentes… (Jean-Jacques Pauvert 1974, UGE 10 x 18, 1977.)

10:53 10/12/2013 | Lien permanent | Tags : lis tes ratures |  Facebook

Antigone, Antigone...

"Antigone, murmure, le regard perdu
Le bonheur...

Créon, a un peu honte soudain.
Un pauvre mot, hein ?

Antigone, doucement.
Quel sera-t-il, mon bonheur ? Quelle femme heureuse deviendra-t-elle, la petite Antigone ?
Quelle pauvreté faudra-t-il qu'elle fasse elle aussi, jour par jour, pour arracher avec ses dents, son petit lambeau de bonheur ? Dites, à qui devra-t-elle mentir, à qui sourire, à qui se vendre ? Qui devra-t-elle laisser mourir en détournant le regard ?

Créon, hausse les épaules
Tu es folle, tais-toi.

Antigone
Non, je ne me tairai pas ! Je veux savoir comment je m'y prendrais, moi aussi, pour être heureuse.
Tout de suite, puisque c'est tout de suite qu'il faut choisir. Vous dites que c'est si beau la vie. Je veux savoir comment je m'y prendrai pour vivre.

Créon
Tu aime Hémon ?

Antigone
Oui, j'aime Hémon. J'aime un Hémon dur et jeune ; un Hémon exigeant et fidèle, comme moi.
Mais si votre vie, votre bonheur doivent passer sur lui avec leur usure, si Hémon ne doit plus pâlir quand je pâlis, s'il ne doit plus me croire morte quand je suis en retard de cinq minutes, s'il ne doit plus se sentir seul au monde et me détester quand je ris sans qu'il sache pourquoi, s'il doit devenir près de moi le monsieur Hémon, s'il doit apprendre à dire « oui » lui aussi, alors je n'aime plus Hémon !

Créon
Tu ne sais plus ce que tu dis. Tait- toi

Antigone
Si, je sais ce que je dis, mais c'est vous qui ne m'entendez plus. Je vous parle e trop loin maintenant, d'un royaume où vous ne pouvez plus entrer avec vos rides, votre sagesse, votre ventre (Elle rit) Ah je ris, Créon, je ris parce que je te vois à quinze ans, tout d'un coup ! C'est le même air d'impuissance et de croire qu'on peut tout. La vie t'a seulement ajouté tous ces petits plis sur le visage et cette graisse autour de toi.

Créon, la secoue
Te tairas-tu, enfin ?

Antigone
Pourquoi veux-tu me faire taire ? Parce que tu sais que j'ai raison ? Tu crois que je ne lis pas dans tes yeux que tu le sais ? Tu sais que j'ai raison, mais tu ne l'avoueras jamais parce que tu es en train de défendre ton bonheur en ce moment comme un os.

Créon
Le tien et le mien, oui, imbécile !

Antigone
Vous me dégoutez tous avec votre bonheur ! Avec votre vie qu'il faut aimer coûte que coûte. On dirait des chiens qui lèchent tout ce qu'ils trouvent. Et cette petite chance pour tous les jours, si on n'est pas trop exigeant. Moi, je veux tout, tout de suite, et que ce soit entier ou alors je refuse ! Je ne veux pas être modeste, moi, et me contenter d'un petit morceau si j'ai été bien sage. Je veux être sûre de tout aujourd'hui et que cela soit aussi beau que quand j'étais petite ou mourir.

Créon
Allez, commence, commence, comme ton père !

Antigone
Comme mon père, oui ! Nous sommes de ceux qui posent les questions jusqu'au bout. Jusqu'à ce qu'il ne reste vraiment plus la petite chance d'espoir vivante, la plus petite chance d'espoir à étrangler. Nous sommes de ceux qui lui sautent dessus quand ils le rencontrent, votre espoir, votre sale espoir !"

Antigone de Jean Anouilh

09:49 10/12/2013 | Lien permanent | Tags : lis tes ratures |  Facebook

Le Marathon des Autrices

Country clubs started as bastions of the privileged upper class. Here, ladies in formal corsets, petticoats and hats race geese at the New York Cedarhurst clubhouse in 1908.jpgC'est dès vendredi 13
et jusque samedi 14...

Quelques mots, voix du Marathon sur Charivari: http://www.rtbf.be/radio/podcast/player?id=1876095&channel=musiq3

Après Grenoble et Paris, le marathon des autrices* s’installe à Bruxelles ! Pendant 24h non stop, 72 auteures femmes de théâtre se passeront le relais de la scène à travers 72 lectures de textes. Autour de cette manifestation : réflexions, performances, projections et musique live en continu.

Qui s’étonne qu’en 2013, si peu de femmes autrices, metteuses en scène, compositrices de musique de scène soient à l’affiche de nos théâtres et institutions subventionnées ? Un rapport de la SACD France soulevait en 2012 des chiffres accablants : moins de 30% de représentativité féminine. Et la Belgique ne fait pas mieux aujourd’hui ! Pourtant les femmes composent plus de 50% des effectifs dans les écoles formant les futurs artistes du spectacle vivant ! Et malgré cela, l'art et la culture comptent encore parmi les milieux les plus inégalitaires de la société.

Devant ce constat, le marathon des autrices se veut un manifeste politique et artistique, porté par des acteurs de la profession désireux d’éveiller les consciences. La diversité de la pensée est une nécessité que l’art et la culture doivent se donner les moyens de défendre. Rêvons que cette manifestation transforme les réflexions et interrogations en priorités.

Venez nombreux soutenir les marathoniennes !

* L'utilisation de cette terminologie remonte au début de notre ère mais a été retiré de la langue française. Il fait l'objet d'une étude d'Aurore Evain qui ouvre l'événement.

EN PRATIQUE

L’accès est LIBRE et GRATUIT pour toute personne - homme, femme, enfant - qui désire soutenir les 72 autrices, les 30 musiciens, les 20 bénévoles… et la cause défendue. Le marathon sera précédé à 19h par des exposés et performances d’invités des milieux universitaires et artistiques, qui aborderont la question de la place des femmes dans la culture. Il se clôturera le lendemain à 22h01 par une grande fête ! Seront proposés durant toute la durée du marathon: un espace librairie, un coin théatrothèque, des projections, un espace garderie pour les enfants, des matelas pour les moins insomniaques, ainsi qu’une petite restauration et bien sûr le bar. De quoi vous tenir éveillés le plus longtemps possible !

Avec le soutien de Wallonie-Bruxelles Théâtre/Danse au titre de ses missions de Comité Mixte Chartreuse de Villeneuve-lez-Avignon/Fédération Wallonie-Bruxelles et la SACD

Lien vers événement Facebook

PROGRAMME

 

Vendredi 13 décembre:

de 19h00 à 21h30 : Rencontres & performances

  • Aurore Evain - chercheuse, dramaturge et comédienne - s'intéresse aux autrices de théâtre sous l'Ancien Régime. Elle a découvert toute une histoire oubliée, et pourtant nécessaire aux femmes d'aujourd'hui.
  • Isabelle Wéry - autrice, comédienne et metteuse en scène- soulève quelques subtilités de la langue française à travers un extrait de « Ceci est mon corps ».
  • Anne-Cécile Vandalem - autrice, comédienne et metteuse en scène – s’est entretenue avec Vincianne Despret, co-autrice de l’essai « Les faiseuses d’histoires - que font les femmes à la pensée ».
  • Antoine Pickels - autre hisse et performeur en talons - présente « Avoir la béguine » (Du devoir et du désir masculins de féminisme).
  • Emilie Maquest et Anne-Laure Lamarque - comédienne et danseuse - revisitent dans leur performance « Roubignolles », les archétypes de notre inconscient collectif.
  • Carole Thibault - comédienne, metteuse en scène et directrice de Confluence à Paris - propose une performance intitulée «Space Girl (ou comment maman ne pourra jamais s’envoyer en l’air).
  • Léa Rogliano - comédienne, performeuse et artiste visuelle – présente « Belles endormies », un film qui s’empare d’images fixes extraites de magazines de presse féminine, interroge leur silence et leur insuffle une nouvelle vie.

à 22h00: Début du marathon en mots et en musique


à 22h00: Début du marathon en mots et en musique

22:00 Christine Delmotte
22:20 Laurence Vielle
22:40 Catherine Daele
23:00 Valériane De Maerteleire
23:20 Pascale Henry
23-40 Brigitte Bailleux

Samedi 14 décembre:

0:00 Sophie Magerat
0:20 Salomé Broussky
0:40 Milady Renoir
1:00 Astrid Mignon-De Man
1:20 Odile Matthieu
1:40 Adeline Rosenstein
2:00 Selma Alaoui
2:20 Isabelle Wéry
2:40 Auriane Abecassis
3:00 Odile Vansteenwinckel
3:20 Laurence Sendrowicz
3:40 Stéphanie Mangez
4:00 Cathy Min Jung
4:20 Julie Annen
4:40 Collectif Darouri
5:00 Dinaïg Stalle
5:20 Christiane Girten
5:40 Céline Delbecq
6:00 Roxane Lefebvre
6:20 Florence Klein
6:40 Geneviève Genicot
7:00 Elsa Poisot
7:20 Céline De Bo
7:40 Aurélie Vauthrin
8:00 Odile Ramelot
8:20 Céline Ohrel
8:40 Dominique Laroche
9:00 Alexandra Lazarescou
9:20 Karelle Ménine
9:40 Alice Ley
10:00 Christine Van Acker
10:20 Emmanuelle Menard
10:40 Fabienne Muet
11:00 Stéphanie Blanchoud
11:20 Corinne Hoex
11:40 Marie-Paule Kumps
12:00 Jeanne Dandoy
12:20 Nadège Prugnard
12:40 Christine Aventin
13:00 Suzanne Emond
13:20 Ariane Buhbinder
13:40 Sophie Landresse
14:00 Virginie Thirion
14:20 Sarah Brahy
14:40 Aurélie Namur
15:00 Laure Saupique
15:20 Julie Gilbert / Marie Fourquet
15:40 Claire Gatineau
16:00 Chantale Myttenaere
16:20 Vincianne Moeschler
16:40 Caroline Logiou
17:00 Florence Minder
17:20 Eve Calingaert
17:40 Marie Henry
18:00 Anne-Cécile Vandalem
18:20 Carole Thibaut
18:40 Coline Struyf
19:00 Françoise Mazérat
19:20 Marie-Laure Beraud
19:40 Rose-Marie François
20:00 Geneviève Damas
20:20 Laila Nabulsi
20:40 Sylvie Landuyt
21:00 Frédérique Dolphijn
21:20 Veronika Mabardi
21:40 Métaphore Muette / Johanne Saunier
22h00: Fin du marathon et soirée de clôture (DJ Julie Elvis/Funky Bompa)


Bassano. Betty Lindley, 1914..jpgà votre santé! à notre santé!

09:43 10/12/2013 | Lien permanent | Tags : arts, lis tes ratures |  Facebook

2
déc

Jeanne d'Arc / Emilie Guillaume / Sylvie Steppé / Nicolas Marchant

Tous ceux-ci (titrés) dans quelque chose qui se joue aux Riches-Claires.
Exposé d'un de ceux qui a déjà vu/vécu la "chose", ici.

Jusqu'au 14 décembre, quoi.

 

http://vimeo.com/79550860

22:59 02/12/2013 | Lien permanent | Tags : place net, lis tes ratures, agendada |  Facebook

25
nov

Le Marathon des Autrices - Me @ 00:40 on 13/12 (and many girlfriends)

marathon autrices I.jpg

00:40 - si. (13/12)

 

marathon autrices II.jpg

21
nov

C comme Courbe

Christine Van Acker a trouvé dans Le pyromane adolescent de James Noël ce truc donc...


"La courbe

 

Je ne suis pas du cercle

je suis de la courbe

entendons-nous

je ne suis pas du cercle

 

pour faire court

je peux être C

l'alphabet ouvert

d'une courbe nue

je peux être C

la lettre C juste pour rire

 

je ne suis pas

du cercle

c'est assez pour finir

je suis de la courbe"




book shelves.jpg

merci.

15:45 21/11/2013 | Lien permanent | Tags : lis tes ratures |  Facebook

14
nov

Again Vertébrale

"…Je vous écris avec la chair des mots accourus, haletants et rouges.
C’est bien vous qu’ils entourent. Je suis tous les mots qui m’habitent et chacun d’eux vous
magnifient avec ma voix.
J’ai besoin de vous pour aimer, pour être aimé des mots qui m’élisent.
J’ai besoin de souffrir de vos griffes afin de survivre aux blessures du poème.
Flèche et cible, alternativement. J’ai besoin d’être à votre merci pour me libérer de moi-même.
Les mots m’ont appris à me méfier des objets qu’ils incarnent.
Le visage est le refuge des yeux pourchassés. J’aspire à devenir aveugle."

— Edmond Jabès

Chironomie.jpg

18:38 14/11/2013 | Lien permanent | Tags : arts, lis tes ratures |  Facebook

8
nov

La Raison au risque de la pensée magique par Nayla Farouki - SPS n°304, avril 2013

La Raison au risque de la pensée magique

par Nayla Farouki - SPS n°304, avril 2013

L’existence, le rôle et l’importance de la raison ne peuvent être appréciés sans référence préalable à la pensée magique. Archaïque et toujours présente, celle-ci est le mode de pensée naturel, spontané1, de l’être humain. La raison n’en émane, ni n’en découle. Elle s’y oppose2.

La pensée magique est de nature sociale3, collective. Elle consiste, selon une formule rendue célèbre par Max Weber4, en un « enchantement du monde ». Ce n’est pas un émerveillement, loin de là. L’enchantement signifie la prise de possession par le sacré d’une étendue aussi grande que possible des actions et des croyances.

Aux origines, la pensée magique

Cette prise de possession – comme celle par les démons – engendre des émotions fortes qui incitent le collectif à se regrouper et à se défendre face aux ennemis réels ou supposés ; sur le plan social, cela aboutit à l’unification du groupe au travers de comportements d’insertion (au-dedans) et de répulsion (au-dehors). Les modalités d’action et les valeurs qui en découlent, nous ne les connaissons que trop bien : vendetta, désignation de boucs-émissaires, ritualisation de la vie sociale, surenchères, etc.

Sur le plan intellectuel, ces mêmes émotions fortes permettent de « remplir » le monde d’entités animées (forces du bien et forces du mal5), et de lier tout avec tout (holisme, culte des ancêtres), engendrant respect et servitude face aux puissances mystérieuses qui nous entourent. Respect, car elles nous dépassent. Servitude, car – comme elles nous dépassent – nous avons intérêt à leur obéir.

Enfin, et ceci découle de ce qui précède, sur le plan politique et social, la pensée magique entraîne la soumission – non réfléchie et non analysée – à ceux qui disent détenir une part du sacré (rois, sorciers, prêtres, astrologues, devins, etc.).

La pensée magique est accompagnée par des « préconcepts », formés d’une manière archaïque, une sorte de superstructure que l’on retrouve identique à elle-même, sous des formes variables. On y rencontre pêle-mêle le fatalisme et la croyance en une destinée préétablie, le sentiment du sacré face à la Nature et aux détenteurs du Pouvoir, l’animisme, le totémisme, une causalité débridée (faite de connaissances valides et de superstitions), la croyance aux pouvoirs cachés (vaudou, mana), à l’existence d’êtres anthropomorphes (divinités, esprits) et enfin, à l’efficacité surnaturelle ou sociale des sacrifices6. Si tout cela est mélangé, c’est que sans rationalité, pas de pensée analytique et par suite, pas de catégorisation.

Cette emprise serait-elle un jour devenue insupportable ? Toujours est-il que, un peu moins d’un millénaire avant notre ère, autant que les textes peuvent l’attester, la raison est née quelque part sur les bords de la Méditerranée.

Qu’est-ce que la raison ?

Très prosaïquement, il s’agit d’une méthode dont le but est de libérer l’être humain, à la fois sur le plan social et sur le plan intellectuel, de la domination de la pensée magique7. Sa finalité : vider le monde de tout ce qui produit de l’« enchantement » en réduisant à néant les entités listées plus haut et les comportements qui les accompagnent. Son commandement : n’ayez pas peur ! Sa principale activité : la connaissance et l’action dénuées de tout surnaturel et du poids excessif des émotions puissantes, mais non dénuées de méthode, de valeurs et – surtout – d’idéaux.

L’un des premiers livres rédigés dans une démarche rationnelle est La Guerre du Péloponnèse8, l’histoire d’un conflit entre Sparte et Athènes où, contrairement à l’Iliade et à l’Odyssée, on ne rencontre aucune divinité, aucune force surnaturelle, aucun destin écrit d’avance, rien que la grandeur et la misère de la condition humaine, avec ses passions et ses aspirations.

Comment la raison permet-elle de se dégager de la pensée magique ? Selon l’expression heureuse de Karl Popper, « en laissant nos hypothèses mourir à notre place ». En d’autres termes, la raison permet de créer des systèmes que nous allons « essayer » sur le monde en théorie, avant de les appliquer en pratique. Ces systèmes sont au départ un jeu de l’esprit. Ils sont vrais lorsqu’ils sont en adéquation avec le réel, mais ils peuvent également être faux9 ou approximatifs. Quand ils sont efficaces, ils donnent au monde une cohérence que la pensée magique n’autorise jamais (puisqu’elle fonctionne sans aucune méthode). On peut alors les utiliser d’une manière opérationnelle pour créer des outils, conceptuels ou matériels, qui permettent d’aller là où nos seules forces physiques ne nous permettent pas d’aller.

Aller au-delà de soi (de sa communauté, de son moi ou de sa pensée présente), voilà ce que la raison propose. Avec le risque de se tromper, bien entendu et avec la nécessité de la limite (savoir jusqu’où on peut aller), du doute (savoir qu’on peut se tromper) et de la réflexivité (savoir qu’on doit évaluer sa propre démarche à mesure)10. L’usage de la raison est donc par définition l’exercice conscient d’une méthode bien précise (inversement, l’usage hors champ ou hors méthode des conclusions atteintes par la raison, ou leur transformation en dogmes, est un retour vers l’irrationnel).

Le philosophe et le sophiste

Toute sortie intellectuelle de soi est une quête de transcendance11. Celle-ci n’est pas nécessairement divine. Elle peut être philosophique, scientifique, éthique, politique et même artistique. Dans tous les cas, elle équivaut à une appropriation de la raison. Sans transcendance, l’être humain ne peut pas penser (pas de concepts abstraits), ne peut pas planifier (pas de projet). Il est condamné à se débattre dans les aléas du quotidien, avec pour seules armes ses « forces obscures », les émotions puissantes qui l’habitent, ses superstitions, et sa culture collective, auxquelles il ne peut opposer aucun outil contradictoire, et éventuellement libérateur.

La recherche de transcendance a immédiatement été adoptée avec enthousiasme par les philosophes dès la première heure, suivis par les scientifiques pour qui cette démarche est devenue une condition sine qua non. Penser le Cosmos, sa logique, ses modes de régulation ; penser la Cité, ses institutions, penser la place de l’Homme dans tout cela, sont des projets qui ont été investis avec bonheur depuis le jour où Thalès puis les présocratiques, puis Platon, puis Aristote, etc. ont vu la potentialité immense de la conceptualisation et de la rationalité.

Cependant, et presque paradoxalement, en venant à l’existence, la raison a produit son alter ego, son côté sombre, incarné par le Sophiste. Le sophiste et le philosophe ont en commun la sortie de la pensée magique, qu’ils n’évoquent même plus ; ils s’affrontent en revanche sur la légitimité ou même l’opportunité de la quête de la transcendance (voir l’encadré « Le sophiste et le philosophe »).

Si le philosophe et le scientifique cherchent, en prenant le risque de commettre des erreurs, le Sophiste enseigne l’art de la parole, pour défendre tous les arguments, puisque la distinction entre le vrai et le faux n’a pour lui aucune signification, même partielle, même approximative. Chacun sa vérité !

Le sophiste et le philosophe

Alors que le philosophe (pratiquement tous, de Platon à Kant) construit un système dialectique de progression vers une Vérité postulée mais inconnue, ou un Idéal (le Beau, le Juste, le Bien) espéré, le Sophiste nie jusqu’à la possibilité d’une telle progression.

La confrontation entre Platon et certains sophistes est permanente, tout le long des Dialogues. Platon leur reproche deux choses : d’une part, d’enseigner la dialectique (argument et contre-argument) sans ambition d’en tirer une vérité ; d’autre part de donner à penser que la rhétorique seule (la force du langage) peut amener une conviction, sans tenir compte du contenu du discours. Les principaux dialogues où des sophistes sont représentés : Gorgias, Protagoras ou Le Sophiste.

Alors que le philosophe ou le scientifique est en recherche d’un sens au Monde, d’une signification qui soit autre chose qu’une description, le Sophiste ramène tout discours à la subjectivité, aux intérêts privés, ou à la seule rhétorique. Alors que les premiers produisent du sens, le Sophiste reste indifférent au contenu du discours, engendrant nihilisme et cynisme.

Il existe aujourd’hui des tentatives pour réhabiliter la pensée sophiste sous prétexte qu’elle était moins pernicieuse que Platon n’a bien voulu le dire. La principale critique faite à Platon est qu’il a exagéré – jusqu’à la caricature – le caractère nocif de la pensée des Sophistes. On met en avant le fait que cette École a engendré une longue tradition d’enseignement, utile et constructive.

Quel que soit l’apport des sophistes, de tout temps, leur immense erreur est d’avoir oublié l’existence de la pensée magique, d’avoir oublié la condition humaine qui veut que si on néglige la quête obstinée d’une forme quelconque de transcendance, on retombe dans les affres de cette forme de pensée, faisant ainsi courir à l’humanité un risque bien plus grand que celui de se tromper... celui du retour aux peurs et aux haines collectives, jamais réellement disparues. Car, il est toujours utile de le répéter, la pensée magique n’est pas un fait de civilisation, mais bien l’état naturel de l’être humain. C’est d’ailleurs ce qui rend difficile, voire impossible, l’espoir de la déloger d’une manière définitive.

Les Lumières

Les perspectives élaborées ci-dessus rendent simples et logiques les réponses à la question : qu’est-ce que les Lumières ? LES réponses, car un tel élan de pensée ne pouvait qu’être riche et diversifié. Ceci n’empêche pas les points communs.

Premièrement, les Lumières ont été l’expression d’un immense optimisme et d’une foi jamais égalée dans l’Homme et dans ses capacités à connaître le monde et à améliorer sa propre condition. On peut comprendre cet optimisme et cette nouvelle confiance lorsqu’on se met à la place de ceux qui, au XVIIIe siècle, s’aperçoivent que par la force de la pensée rationnelle, on pouvait expliquer, prédire et développer un système fait d’observations, d’expérimentations et d’élaborations mathématiques d’une sophistication et d’une efficacité jamais atteintes auparavant.

Grâce à la Mécanique et à ses succès en cascade, les penseurs des Lumières ont donc vu s’ouvrir une voie royale pour se dégager des carcans de la vieille rhétorique stérile des scholastiques, mais aussi pour libérer les esprits (et par suite les peuples) du joug d’anciens régimes incompatibles avec cette liberté de pensée soudain retrouvée.

Si – comme Newton le dit – on peut aller sur la Lune, pourquoi ne pourrait-on pas construire des États, et des systèmes économiques dans lesquels s’investirait cette énergie et cette liberté renouvelées ? Pourquoi ne pourrait-on pas imaginer que le futur puisse être meilleur que le présent ? Pourquoi ne lutterait-on pas pour que cela soit possible ?

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Présentation des membres de l’Académie Royale des Sciences par Colbert à Louis XIV en 1667.
Henri Testelin (1616–1695)

Deuxièmement, les penseurs des Lumières avaient inscrit la pensée de l’État, du pouvoir et de l’éthique au cœur de leurs programmes théoriques. Malgré leur enthousiasme et leur optimisme, ce n’étaient pas de grands naïfs. Ils savaient qu’il y aurait des difficultés à fonder des États en justice, alors que les pouvoirs en place s’accrochaient à leurs privilèges. Aussi la question de la légitimité politique était-elle au cœur de leurs réflexions. De même, ils avaient compris que toute connaissance se doit d’être accompagnée d’une éthique pour engendrer une action. D’ailleurs, il n’y a pas un philosophe qui, tout en construisant son propre système de science et de métaphysique, n’ait pas aussi rédigé sa propre théorie morale. On oublie souvent par exemple de mentionner le fait qu’Adam Smith12 n’était pas simplement l’adepte de la « main invisible ». Pour lui, pas de liberté de marché qui tienne si elle n’est accompagnée de droiture et d’honnêteté.

Troisièmement, l’institution de l’homme – de la personne humaine par la rationalité, la dignité et la liberté individuelles13 a été si bien mise au cœur du programme des Lumières que, dans un opuscule de 1784 intitulé Réponse à la question : Qu’est-ce que les Lumières ?, Kant en a fait la définition même – autant dire l’essence – de ce programme.

« Les Lumières, c’est la sortie de l’homme hors de l’état de tutelle dont il est lui-même responsable. L’état de tutelle est l’incapacité de se servir de son entendement sans la conduite d’un autre. On est soi-même responsable de cet état de tutelle quand la cause tient non pas à une insuffisance de l’entendement mais à une insuffisance de la résolution et du courage de s’en servir sans la conduite d’un autre. Sapere aude ! Aie le courage de te servir de ton propre entendement ! Voilà la devise des Lumières. »

Kant cherche à libérer l’être humain des autorités qui, à son époque encore, continuaient à imposer l’arbitraire de leur pouvoir. Il ne connaissait pas l’anthropologie, il ne connaissait pas la pensée magique. Il ne pouvait imaginer le degré d’esclavage et de soumission que l’être humain peut s’imposer à lui-même, face aux choses qu’il ignore, qui le terrifient, qui constituent le sacré par lequel il est enchaîné.

La raison sacrifiée

La détérioration du statut de la raison et des idéaux des Lumières14 est arrivée très vite et pour des raisons diverses, la première et non des moindres étant son instrumentalisation dans le Culte de la Raison à l’époque révolutionnaire.

Après l’idolâtrie, vint la critique et en premier lieu celle des Romantiques qui – depuis Jean-Jacques Rousseau, l’un des philosophes des Lumières ! – ont glorifié le bon sauvage et insisté, d’une manière de plus en plus poussée à mesure que le romantisme prenait forme au XIXe siècle, sur le caractère essentiellement « bon » de la Nature, de la vie selon ses règles et en harmonie avec elle. La Nature sacrée est ainsi revenue en force.

Puis, ce fut le tour des anthropologues, qui ont mis au jour le caractère ubiquitaire de la pensée magique en tant que fond commun de tous, le seul véritable universel humain, incitant ainsi à considérer les Lumières comme un moment particulier de la civilisation occidentale et d’elle seule.

Ensuite, ce sont les « philosophes du soupçon » – Marx, Nietzsche et Freud – qui expliquèrent que les évidences de la raison cachent des motivations de nature autre, non dites, parfois non conscientes : volonté de puissance, pulsions ou rapports de domination. Les découvertes, inventions et théories des Lumières devenaient ainsi toutes entachées d’un mal invisible, mais partout présent.

Au XXe siècle, arrivèrent les glissements sémantiques permettant la confusion entre rationalité et rationalisme15, entre raison et rationalisation (mot utilisé par Taylor et ses successeurs pour qualifier l’organisation soi-disant « scientifique » du travail). On se mit à confondre raison et calcul16 comme si l’on n’utilisait sa raison que pour calculer ou – pire – comme si les ordinateurs, machines à calcul, devenaient des êtres rationnels à part entière.

Enfin, nombreux furent ceux, de Jeremy Bentham aux penseurs des temps présents en passant par des anthropologues tels que Claude Lévi-Strauss, qui menèrent une attaque en règle, certes pour des raisons diverses, contre le Sujet cartésien, sous prétexte que ce sujet17 n’existe pas et que Descartes l’a inventé.

La pensée des Lumières, malgré sa richesse et sa diversité, fut ainsi perçue comme une idéologie que l’on se devait de démonter pièce par pièce.

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L’Académie de Platon.
Mosaïque de la ville de Pompéi.

Mais il restait la science ! Avec sa méthode, sa prétention à l’universalité, son ambition de dire le vrai, elle était le dernier bastion de la raison platonicienne, cartésienne, kantienne – celle qui permet aussi de croire en l’être humain et en ses capacités d’aller au-delà de sa condition.

Il ne restait plus qu’à saper les fondements de la science : cette opération se produit tous les jours18 sous nos yeux, d’autant plus facilement que certains scientifiques, parfois, s’en font complices au nom de la tolérance, de la diversité des opinions et du respect dû à chacun !

1 L’être humain est un animal social dont la survie dépend de son intégration au groupe. Son intégration passe par son adhésion à la pensée (rituels, mythologie, symboles) de son collectif.

2 Ceci est une innovation colossale. Car les pensées magiques des diverses cultures, tout en étant différentes, acceptent volontiers le syncrétisme (ce qui est considéré comme une marque de tolérance de nos jours !)

3 L’un des ouvrages les plus fondamentaux écrits sur ce sujet est celui de Marcel Mauss Esquisse d’une théorie générale de la Magie.

4 Le Savant et le Politique.

5 Le dualisme symbolique est inhérent à la pensée magique. Ses représentants les plus célèbres sont le mazdéisme (religion perse de la dualité) et le pythagorisme (pensée holistique et duale de l’école pythagoricienne).

6 Le sacrifice étant le stade ultime de la pensée magique, puisque le sacré – in fine – est ce pourquoi on tue ou on accepte d’être tué.

7 Deux systèmes de « sortie de la pensée magique » sont apparus simultanément. Ils ont tous les deux pour finalité la libération de l’Homme par l’institution. Le premier, d’origine grecque, institue la Cité et la Connaissance. Le second, d’origine sémitique monothéiste, institue la Personne humaine individuelle. La Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen (1789), tente la synthèse des deux. Je ne développerai pas ici la rationalité monothéiste, mais nous aurons à revenir sur son impact au siècle des Lumières.

8 De Thucydide.

9 Contrairement aux mythologies, grandes ou petites, qui énoncent toujours le vrai mais ne connaissent pas l’erreur.

10 Ces trois critères sont essentiels à la raison. Le doute, la réflexivité et le positionnement de limites sont inconnus dans la pensée magique où tout est immédiatement existant, immédiatement vrai, et sans limitation a priori.

11 C’est bien là la signification première de l’Allégorie de la Caverne, de Platon. Elle permet de transcender (d’aller au-delà de) l’opinion (doxa) vers la véritable connaissance (épistémè). Ce faisant, Platon indique le chemin vers la connaissance véritable. Il ne prétend nullement l’avoir atteinte.

12 Outre Le Traité sur la Richesse des Nations, Smith a écrit La Théorie des Sentiments Moraux, que l’on mentionne rarement, alors que les deux ouvrages sont complémentaires et ne vont pas l’un sans l’autre.

13 La liberté individuelle est une invention/découverte du monothéisme, à visée universelle (tous naissent libres et égaux en droits). Les Anciens Grecs ne connaissaient que la liberté collective, celle de la Cité. L’éthique du citoyen d’Athènes était donc une éthique soumise au politique. La liberté individuelle du monothéisme se définit par une relation unique et privilégiée avec la Transcendance (Dieu, dans ce contexte).

14 Il convient de relativiser ce dernier point. L’attachement aux valeurs des Lumières est encore profondément ancré dans les esprits des peuples. Leur démolition en règle ne vient que de certaines écoles de pensée académiques et de certains médias.

15 Mouvement philosophique du XVIIIe siècle ; pro-cartésiens, les rationalistes, principalement continentaux, s’opposaient aux empiristes, principalement britanniques. Leibniz et Spinoza sont considérés comme des rationalistes. Bien entendu, les empiristes eux aussi étaient rationnels.

16 ... de même qu’on confond, dans la même veine, « technologie » et « technocratie ».

17 Le sujet (personne libre, dotée de volonté et de raison) est un concept issu du monothéisme. C’est Saint Augustin qui, le premier, a dit « je doute, donc je suis »... bien avant Descartes.

18 Principalement sous la forme du relativisme, résurgence (postmoderne !) du sophisme des concitoyens de Platon.

14:38 08/11/2013 | Lien permanent | Tags : lis tes ratures, humoeurs |  Facebook

7
nov

Dans la nuit survivante

bezdna.jpg

j’apprends très lentement à vivre à ciel ouvert
j’enterre la face humaine sous des gangrènes d’or
et j’ai abandonné des tessons de soleil
dans la chair oubliée des hommes inutiles

dans la nuit survivante les hommes sont contagieux
il y a des fusils plus lourds que les épaules
j’ai vu tomber la neige grise des phalènes
et le corps maternel excisé sous les arbres

mais quand l’écorce enfin aura pitié de l’arbre
quand les oiseaux aveugles chanteront malgré tout
les vagues arriveront jusqu’aux maisons ardentes

alors nous irons seuls dans nos vêtements de pierre
nues sous leur peau les femmes allumeront l’aurore
et j’irai parmi vous comme un crime qui revient

 

—  Tristan Cabral -

22:10 07/11/2013 | Lien permanent | Tags : textes, lis tes ratures |  Facebook

5
nov

pour dire, pour écrire...

http://www.scienceshumaines.com/la-litterature-comme-maniere-de-vivre_fr_31495.html#.UnjdRWFUkL8.facebook:


" La création littéraire suppose labeur et solitude, pour un résultat incertain. Pourtant, les écrivains écrivent, de plus en plus nombreux. 
Qu’est-ce qui les motive ?

Il existe des milliers de raisons d’écrire. Certains auteurs avancent des motifs nobles : distraire, instruire, transmettre une histoire, donner corps à une expérience et la partager. D’autres, plus triviaux, affirment qu’ils n’auraient jamais rien publié sans une fille à séduire, une soif de reconnaissance ou une difficulté financière. Michel Houellebecq en témoigne dans La Carte et le Territoire : «  On pourrait croire que le besoin de s’exprimer, de laisser une trace dans le monde, est une force puissante ; et pourtant en général ça ne suffit pas, soutient-il. Ce qui marche le mieux, ce qui pousse avec la plus grande violence les gens à se dépasser, c’est encore le pur et simple besoin d’argent. » D’autres enfin évoquent une nécessité vitale qu’ils peinent à expliquer. L’écriture s’apparente alors à cette « jalouse pratique », empreinte de mystère, décrite par le poète Jean-Michel Maulpoix, et qui « semble souvent, pour un écrivain, un projet aussi ancien qu’exister : une manie et un destin (1) ».

Face à cet écheveau de motifs, il n’est pas inutile de commencer par quelques observations sur la pratique d’écriture en elle-même. Dans tout texte (étymologiquement « tissu ») s’entremêlent technique et inspiration. Si l’humain a la propension à raconter des histoires, comme l’a montré Nancy Huston dans L’Espèce fabulatrice (2), tout le monde ne devient pas écrivain pour autant. Quelques conditions sont nécessaires : d’abord user de l’écrit comme mode d’expression privilégié, ce qui s’amorce généralement dès l’enfance, ensuite se monter suffisamment déterminé et discipliné pour aller au bout. Car l’écriture est un labeur : Philippe Roth parle même de « calvaire », Patrick Modiano d’activité « franchement désagréable », Georges Simenon concédait « une vie assez pénible car on n’est jamais satisfait de soi (3) »… La présence d’un éditeur (ou d’un lecteur privilégié) s’avère souvent utile : comme le professeur face au lycéen ou le rédacteur en chef face à la journaliste, l’éditeur contraint, rassure, terrorise ou canalise. Sans lui, c’est-à-dire sans contraintes ni retours, le texte risque de rester lettre morte.


Donner forme à l’informe


Ces conditions réunies, l’une des motivations fondamentales de l’écriture consiste à vouloir donner forme à l’informe, à clarifier ce qui est confus en soi : magma de perceptions diffuses, émotions enfouies, idées en vrac, entrelacs de souvenirs. Jean-Jacques Rousseau, dans le Manuscrit de Neufchâtel, précise ainsi vouloir « débrouiller ce chaos immense de sentiments si divers, si contradictoires » dont il fut agité toute sa vie. Les Confessions, l’une des premières entreprises autobiographiques moderne, se trouve ainsi justifiée. L’écriture joue ici à l’évidence une fonction cathartique… Elle aide à faire le point, à prendre du recul ; elle est l’instrument qui permet de mettre en mot une expérience que le langage oral, usé et approximatif, peine à dire.

Cette problématique ne concerne pas seulement l’autobiographie. Elle irrigue aussi des univers totalement fictifs. La romancière Sylvie Germain, auteur d’un essai sur le roman, en témoigne : « Tous les personnages sont des dormeurs clandestins nourris de nos rêves et de nos pensées (4). » Belle variante contemporaine du célèbre aphorisme de Gustave Flaubert : « Madame Bovary, c’est moi. » Fouiller, descendre en soi, donner une forme tangible à ses rêves comme à ses cauchemars, à ses amis imaginaires comme à ses démons, sont des images qui reviennent en boucle dans les témoignages d’auteurs. Écrire un roman, c’est comme « aller au fond d’un deuxième sous-sol très sombre dont vous ne connaissez pas l’issue », confiait récemment Haruki Murakami, auteur d’une Autobiographie de l’auteur en coureur de fond, dans une conférence intitulée « Voir l’âme et l’écrire ».


L’écriture représente alors, bien souvent, une tentative pour mieux comprendre « qui » l’on est, débrouiller par quels chemins l’on s’est « fabriqué » une identité personnelle. La famille constitue à cet égard une interrogation obsédante : des romanciers comme Emmanuel Carrère (Un roman russe), Delphine de Vigan (Rien ne s’oppose à la nuit) ou Olivier Adam (Les Lisières) en sont emblématiques. Mais plus largement, puisque « tout homme porte en soi la forme de l’humaine condition » (Montaigne), l’écriture romanesque vise à produire du savoir sur l’homme et la société. À la recherche du temps perdu, de Marcel Proust, raconte à la fois l’aventure d’une conscience en quête de sa singularité et le monde social qu’elle absorbe. Et que dire d’Honoré de Balzac, dont La Comédie humaine avait pour ambition de « concurrencer l’état civil » ? Sa vision de la société reste une source majeure de connaissances. L’économiste Thomas Piketty, dans Le Capital au XXIe siècle (2013), a d’ailleurs recours au Père Goriot pour comprendre les phénomènes d’héritage dans la France du XIXe siècle. De nombreuses fictions, de Victor Hugo à Tom Wolfe en passant par Émile Zola et Georges Pérec, s’appliquent à rendre plus lisibles la société, son fonctionnement, ses routines et ses failles.

Le philosophe Vincent Descombes parle d’« extraversion (5) » pour désigner la spécificité de ce savoir romanesque : il n’apparaît pas sous forme abstraite, mais est incarné par des personnages et des événements. Préférant l’impression au concept explicite, le romancier s’attache à révéler les atmosphères, les humeurs, les détails, les silences, la fragilité des liens, la maturation des êtres… Autant de phénomènes que les discours scientifiques peinent à embrasser. C’est pourquoi, souligne Paul Auster, l’écrivain ne doit « jamais théoriser » : «  Je veux juste essayer de montrer, de faire ressentir ce que c’est qu’être vivant. Voilà ma mission, en tant qu’écrivain. Rien de plus. La vie est à la fois merveilleuse et horrible et ma tâche est de capturer ces moments-là (6). »

Un jeu cognitif


Tentant de saisir la vie dans ses filets, le romancier aspire aussi à en expérimenter les possibles. Écrire est une manière de voyager dans des univers parallèles. On y joue, tel l’enfant, à « être quelqu’un d’autre ». Au gré de ses envies, l’auteur peut devenir bon ou brutal, gros, blonde, petit, barbu. Maître du jeu, il accède à ses fantasmes et affronte ses peurs… La fiction lui offre un espace de liberté totale où il peut tout faire sans se mettre en danger.

Mélanie Lusetti, psychologue et auteure de quatre romans non publiés, y voit un « jeu cognitif » auquel on devient vite accro. « Cela me permet de me défouler psychiquement, comme d’autres se défoulent physiquement par le sport », explique cette jeune femme qui considère la reconnaissance littéraire comme secondaire. Simenon, auteur de 192 romans et autant de nouvelles, expliquait aussi sa graphomanie par cette soif de recouvrir d’autres identités. Dès qu’il passait deux mois sans écrire, il affirmait se sentir mal dans sa peau. Il inventait alors de nouveaux personnages, Maigret par exemple. Puis, à mesure que les personnages émergeaient, il construisait un roman comme on anime un théâtre de marionnettes, pour « être dans leur peau plutôt que dans la sienne (7) ».


Apprendre à vivre


Cette expérience n’est-elle qu’un jeu sans conséquence ou aide-t-elle à vivre ? L’écriture a ce pouvoir, répond Marthe Robert, de « remuer la vie pour lui recréer sans cesse de nouvelles conditions et en distribuer les éléments (8) ». Le sociologue Bernard Lahire, auteur de plusieurs enquêtes sur le sujet, va plus loin et considère qu’écrire est une façon d’apprendre à vivre (voir encadré ci-dessous). De fait, H. Murakami estime acquérir réellement de l’expérience au contact de ses personnages : il se juge différent à la fin un livre de ce qu’il était au commencement. E. Carrère, après Un Roman russe consacré à son histoire familiale, s’est intéressé à deux petits juges à la santé précaire, luttant contre les organismes de crédit. Il en a tiré D’autres vies que la mienne, récit par lequel il dit avoir aiguisé son sens de l’empathie et gagné en humanité.


Geste physique aussi bien que mental, le travail littéraire s’apparente alors peut-être à l’exercice spirituel, tel que le définit Pierre Hadot dans La Philosophie comme manière de vivre (9) : « Une pratique volontaire, personnelle, destinée à opérer une transformation de l’individu, une transformation de soi. » Qu’on cherche à s’y élucider, à s’y apaiser, à transmettre, à mieux connaître le monde ou endosser d’autres carapaces, écrire revient à choisir une forme de vie où l’on est plus attentif au monde, plus à l’écoute de soi.

Dans une étude sur l’écriture des femmes maghrébines (10), la sociologue Christine Détrez montre que l’écriture, créant un espace « à soi », est susceptible d’apporter un surcroît d’existence. Aux femmes qu’elle a rencontrées, en apparence soumises, assignées au statut de mère et d’épouse, l’écriture ne sert ni de fuite ni d’arme. Plus essentiellement, elle leur permet « d’exister au-delà, ou en plus » de leur rôle social. L’explication vaut vraisemblablement plus largement. S’extraire de la routine pour se sentir exister un peu mieux, un peu plus, et espérer en sortir grandi : quelle meilleure motivation pour commencer à écrire ? Elle rejoint les préoccupations du lecteur, qui cherche lui aussi, à travers les livres, d’autres manières quotidiennes d’exister.

Qu'est-ce que l'écriture littéraire ?

Tous les romans n’ont pas la même ambition littéraire. Qu’est-ce qui distingue les uns des autres ? Dans sa nouvelle Anthologie de la littérature contemporaine française, l’universitaire Dominique Viart propose de les classer en trois catégories.


Les premiers ont pour fonction de divertir et faire rêver. Ce sont les intrigues sentimentales dont se nourrissait Emma Bovary, ou les aventures au long cours d’un capitaine. Les ficelles sont grosses, mais peu importe : elles fonctionnent. « Le lecteur sait quel type de plaisir cela va lui procurer, comme les enfants qui aiment qu’on leur lise pour la énième fois la même histoire », souligne D. Viart.


La deuxième catégorie regroupe des « produits marketing ». Ce qui compte, c’est le « sujet » : un thème dans l’air du temps comme l’homoparentalité, la violence, la vie de bureau, Facebook… Leurs auteurs ont peu de préoccupations littéraires, mais ils perçoivent souvent avant les autres l’état du corps social.


Enfin, la littérature authentique, pour D. Viart, est celle qui « déconcerte ». La différence se joue dans l’écriture. Contrairement aux précédents, « les véritables écrivains n’utilisent pas la langue comme un simple outil à leur disposition, c’est leur matériau même : ils l’interrogent, la travaillent pour produire des significations neuves».

Aussi féconde soit-elle, cette distinction comporte toutefois un risque, celui de réduire la littérature à l’écriture, sans se soucier du fond. Dans un livre de dialogues avec Jean-Jacques Lecercle, Ronald Shustermann ironise sur cette obsession de la forme, typique des études littéraires françaises : « Cela pourrait nous amener à penser qu’un livre d’exercices grammaticaux est un texte littéraire.  » Tzvetan Todorov a quant à lui sonné l’alerte dans un petit livre, La Littérature en péril : «  Une conception étriquée de la littérature, qui la coupe du monde dans lequel on vit, s’est imposée dans l’enseignement, dans la critique et même chez nombre d’écrivains. Le lecteur, lui, cherche dans les œuvres de quoi donner sens à son existence. Et c’est lui qui a raison. » 

• Anthologie de la littérature contemporaine française. Romans et récits depuis 1980
Dominique Viart, Armand Colin, 2013.

• La Littérature en péril 

Tzvetan Todorov, Flammarion, 2007.

• L’Emprise des signes. 

Débat sur l’expérience littéraire 

Jean-Jacques Lecercle et Ronald Shustermann, Seuil, 2002.

Héloïse Lhérété

Le journal intime, miroir et gouvernail.
Entretien avec Bernard Lahire

Trois millions de Français, principalement de jeunes femmes, 
tiennent un journal intime. Pour le sociologue Bernard Lahire, cette pratique 
aide non seulement à mieux se connaître, mais aussi à mieux vivre.

Qui tient son journal ? Existe-il un profil sociologique spécifique ?


Les enquêtes statistiques nous apprennent que l’écriture du journal personnel est d’abord et avant tout le fait d’adolescentes. Ce n’est pas très étonnant dans la mesure où l’adolescence est un temps d’interrogations, et parfois de crises, où l’« ami idéal » auquel on peut tout dire peut être précisément ce journal. Par ailleurs, l’expression des sentiments personnels et le monde de l’intériorité renvoient dans nos sociétés à des réalités plus féminines que masculines. Enfin, pour compléter le profil, il va de soi que la tenue d’un journal personnel dépend de l’aisance relative entretenue avec l’écrit : plus on vient d’un milieu scolarisé et lettré, plus on est soi-même doté de ressources scolaires, et plus on a de chances de tenir l’écriture pour une affaire très « personnelle ».


Qu’est-ce qui motive le besoin d’écrire sur soi ?


L’écriture de soi est toujours indissociablement un défouloir, qui permet d’expulser hors de soi des expériences ou des questionnements existentiels, et un retour réflexif sur soi-même qui permet de se connaître et de maîtriser son existence. C’est pourquoi les pratiques de l’écriture personnelle sont souvent déclenchées par des moments de crises, de désajustements entre les personnes et les situations qu’elles sont amenées à vivre : temps de l’adolescence, expérience de la maladie, de la mort de proches, du divorce ou de la séparation, etc. L’écriture est alors un moyen d’exprimer des choses confuses, de clarifier des expériences et de mieux gouverner sa vie. C’est une fonction, à la fois réflexive et pragmatique, de l’écriture qui était consciemment visée par les élites grecques et romaines, comme l’a bien mis en lumière Michel Foucault dans son Histoire de la sexualité.


N’y a-t-il donc pas d’écriture heureuse ?


Elle est souvent l’outil dont on se sert en période de « gros temps », lorsque les routines sont remises en question par des chamboulements importants dans l’existence, mais elle n’est pas systématiquement associée au « malheur ». Le bonheur de l’écriture peut même se prolonger au-delà de la situation malheureuse de déclenchement.


De nombreux journaux personnels prennent aujourd’hui la forme de blogs. Écrit-on différemment selon que le texte reste confidentiel,
voire secret, ou vise à être publié ?


Ceux qui ont conscience de la différence entre le privé et le public n’écrivent pas la même chose sur ces deux scènes. L’écriture rageuse de l’adolescent en colère contre son entourage familial et même amical reste une affaire privée et cachée au regard extérieur. Elle ressemble au geste de l’enfant qui, puni par ses parents, peut les maudire entre ses dents. Rien à voir avec le journal tenu par un écrivain qui sait que le produit de son écriture terminera dans les rayons des librairies. Mais cette opposition entre privé et public n’a rien de naturel et s’apprend. On voit bien, avec tous les dérapages que l’on connaît, que beaucoup d’adolescents ne mesurent pas toujours les effets en retour de la publicisation d’informations personnelles. Cela est vrai pour les blogs comme pour les pages Facebook, les vidéos postées sur YouTube ou les participations à des émissions de téléréalité.

Propos recueillis par Héloïse Lhérété

Bernard Lahire

Sociologue, professeur à l’École normale supérieure de Lyon et directeur de l’équipe Dispositions, pouvoirs, cultures, socialisations du centre Max-Weber (CNRS). Il est l’auteur de nombreux livres, dont La Raison scolaire. École et pratiques d’écriture, entre savoir et pouvoir, Presses Universitaires de Rennes 2008 ; Franz Kafka. Éléments pour une théorie de la création littéraire, La Découverte, 2010.

NOTES

1. Jean-Michel Maulpoix, La Poésie malgré tout, Mercure de France, 1996.

2.Nancy Huston, L’Espèce fabulatrice, Actes Sud, 2008.


3.Interview de Georges Simenon sur son roman Le Chat, accessible sur le site de l’Ina : www.ina.fr/video/CAF97037763

4.Sylvie Germain, Les Personnages, Gallimard, 2004.


5.Vincent Descombes, Proust. Philosophie du roman, Minuit, 1987

6.Paul Auster, « Tout commence avec le corps », entretien avec François Busnel, Lire, n° 413, mars 2013.

7.Interview de Georges Simenon, op. cit.

8.Marthes Robert, Roman des origines, origines du roman, Gallimard, 1972


9.Pierre Hadot, La Philosophie comme manière de vivre, Albin Michel, 2001.

10.Christine Détrez, Femmes du Maghreb, une écriture à soi, La Dispute, 2012.

 

19:36 05/11/2013 | Lien permanent | Tags : lis tes ratures, place net |  Facebook

4
nov

Camus et moi (rien que ça!)

Demain aux Midis de la poésie, Vincent Engel vient nous parler de "L'étranger" dAlbert Camus en compagnie du comédien Valéry Stasser.

De son vivant et longtemps après sa disparition, Camus a été victime d’une lecture mal orientée : considéré comme « existentialiste » alors qu’il s’en est toujours défendu, engagé dans une polémique avec Sartre dans laquelle ce dernier détenait les armes institutionnelles les plus efficaces, l’auteur de L’étranger a souffert de ce que son oeuvre ne soit lue longtemps qu’à travers un prisme déformant. En partant essentiellement de ce roman magistral, on essaiera de ré-innocenter le regard du lecteur sur un des auteurs majeurs de notre époque, plus que jamais notre contemporain.

Un poème de Milady Renoir sera distribué lors de cette séance : "LA POESIE!?!?!?!?! Enfin mais alors Bordel(le) donc quoi pas!"

Donc, je réitère: 
Demain aux Midis de la poésie, c'est Albert Camus et l'étranger au programme avec Vincent Engel en compagnie du comédien Valéry Stasser.

poésie bordel de Milady Renoir pour les midis de la poésie.jpg

11:54 04/11/2013 | Lien permanent | Tags : lis tes ratures, textes |  Facebook

1
nov

Ironie du sort...

 

babies nursery.gif

"La maïeutique, du grec μαιευτικη, par analogie avec le personnage de la mythologie grecque Maïa, qui veillait aux accouchements, est une technique qui consiste à bien interroger une personne pour lui faire exprimer (accoucher) des connaissances. La maïeutique consiste à faire accoucher les esprits de leurs connaissances. Elle est destinée à faire exprimer un savoir caché en soi. Son invention remonte au IVe siècle av. J.-C. et est attribuée au philosophe Socrate, en faisant référence au Théétète de Platon. Socrate employait l'ironie (ironie socratique) pour faire comprendre aux interlocuteurs que ce qu'ils croyaient savoir n'était en fait que croyance. La maïeutique, contrairement à l'ironie, s'appuie sur une théorie de la réminiscence pour faire ressurgir des vies antérieures les connaissances oubliées.

On attribue à la maïeutique un lien avec l'enfantement, faisant de Maïa une déesse de l'accouchement et des sage-femmes. Maïa, l'une des Pléiades, était mère d'Hermès, lui-même père de Pan, Dieu du Grand Tout, au cœur de la tradition orphique. On attribue à tort le terme maïeutique à Socrate, du fait que sa mère était sage-femme.

Cette technique est une évolution des savoir-faire orphiques, lesquels se fondaient sur la croyance en la réminiscence et la pratique de la catharsis, notamment par Pythagore.

Chez Platon, Socrate explique que la sage-femme n'enfante pas elle-même, elle se contente de faire accoucher la femme; le philosophe fait de même des opinions de ses interlocuteurs. Cependant, une fois ces opinions accouchées, encore faut-il s'inquiéter de savoir si l'enfant est viable, ou bien s'il renferme une contradiction, s'il est mort-né. Ainsi, dans le Ménon, le petit esclave de Ménon accouche de certaines vérités géométriques. En revanche, Ménon ne sait rien dire de valable du juste et de l'injuste. Pourtant, son âme a bien dû, autrefois, contempler, de près, ou peut-être de loin, ces Idées. Cependant, l'accoucheur ne connaît pas lui-même, il se contente d'éprouver la rationalité et la cohérence des prétendus savoirs; si Socrate est le plus sage des hommes c'est seulement en ce sens qu'il sait qu'il ne sait rien.

La maïeutique est appliquée aux personnes qui ignorent qu'elles savent.
"


merci à tous les acronymes, les anagrammes, les logogrammes qui me tombent dessus, constamment. (et à Pierre pour me dérironiser parfois)

 

 

20:40 01/11/2013 | Lien permanent | Tags : lis tes ratures, humoeurs |  Facebook

Satan - Louise Ackermann, Poésies Philosophiques

Ernst Haas jesus or chaos.jpg (Ernst Haas)

"Nous voilà donc encore une fois en présence,

Lui le tyran divin, moi le vieux révolté.

Or je suis la Justice, il n’est que la Puissance ;

A qui va, de nous deux, rester l’Humanité ?

Ah ! tu comptais sans moi, Divinité funeste,

Lorsque tu façonnais le premier couple humain,

Et que dans ton Éden, sous ton regard céleste,

Tu l’enfermas jadis au sortir de ta main.

Je n’eus qu’à le voir là, languissant et stupide,

Comme un simple animal errer et végéter,

Pour concevoir soudain dans mon âme intrépide

L’audacieux dessein de te le disputer.

Quoi ! je l’aurais laissée, au sein de la nature,

Sans espoir à jamais s’engourdir en ce lieu ?

Je l’aimais trop déjà, la faible créature,

Et je ne pouvais pas l’abandonner à Dieu.

Contre ta volonté, c’est moi qui l’ai fait naître,

Le désir de savoir en cet être ébauché ;

Puisque pour s’achever, pour penser, pour connaître,

Il fallait qu’il péchât, eh bien ! il a péché.

Il le prit de ma main, ce fruit de délivrance,

Qu’il n’eût osé tout seul ni cueillir ni goûter :

Sortir du fond obscur d’une étroite ignorance,

Ce n’était point déchoir, non, non ! c’était monter.

Le premier pas est fait, l’ascension commence ;

Ton Paradis, tu peux le fermer à ton gré ;

Quand tu l’eusses rouvert en un jour de clémence,

Le noble fugitif n’y fût jamais rentré.

Ah ! plutôt le désert, plutôt la roche humide,

Que ce jardin de fleurs et d’azur couronné !

C’en est fait pour toujours du pauvre Adam timide ;

Voici qu’un nouvel être a surgi : l’Homme est né !

L’Homme, mon œuvre, à moi, car j’y mis tout moi-même :

Il ne saurait tromper mes vœux ni mon dessein.

Défiant ton courroux, par un effort suprême

J’éveillai la raison qui dormait en son sein.

Cet éclair faible encor, cette lueur première

Que deviendra le jour, c’est de moi qu’il ta tient.

Nous avons tous les deux créé notre lumière,

Oui, mais mon Fiat lux l’emporte sur le tien !

Il a du premier coup levé bien d’autres voiles

Que ceux du vieux chaos où se jouait ta main.

Toi, tu n’as que ton ciel pour semer tes étoiles ;

Pour lancer mon soleil, moi, j’ai l’esprit humain !"

Louise Ackermann

(fragment - merci Céleste)

11:37 01/11/2013 | Lien permanent | Tags : lis tes ratures, humoeurs |  Facebook

21
oct

Radeau de Méduses

ape woman julia from mexico.jpg ape woman julia from Mexico


"Le clochard, comme le criminel, le toxicomane et la prostituée, est une des grandes figures de la transgression sociale. Il est la figure emblématique de l’envers ricanant de la normalité et de l’ordre social. Il en est le bouffon et le négatif. Il en est, de par son existence même, le radical critique. De plus, il présente l’apparence d’être libre, sans attaches et sans obligations. En cela, il est séducteur. En cela, il est dangereux. Séduction et dangerosité, dont se protège l’ordre social, en condamnant les clochards, comme les autres marginaux transgressifs, à une souffrance minimale, mais structurelle. Supportable, mais visible.
Il est nécessaire à l’ordre social que la vie des clochards soit structurellement difficile. Il faut que leur « choix » se paie. Tout comme il faut que la vie des prisonniers reste pénible au-delà des simples contraintes de l’enfermement ; que les prostituées aient une vie infernale (proxénètes, violences, absence de protection sociale, etc.) ; que les toxicomanes ne soient pas seulement considérés comme des malades, mais comme des délinquants… Ces souffrances visibles infligées aux transgressifs ont pour fonction de les stigmatiser et, par là, de décourager les vocations, que les fantasmes qu’ils font naître en nous pourraient susciter."

– Patrick Declerck, Les Naufragés, 2001

22:11 21/10/2013 | Lien permanent | Tags : lis tes ratures, society, humoeurs |  Facebook

Mthyse ou...

beuys_coyote.jpg (Beuys & Coyote)


"On nous a habitués dès l’enfance à craindre l’impureté du dehors. Quand ils proclament, au contraire, que “l’enfer, c’est nous-même”, les peuples sauvages donnent une leçon de modestie qu’on voudrait croire que nous sommes encore capables d’entendre. En ce siècle où l’homme s’acharne à détruire d’innombrables formes vivantes, après tant de sociétés dont la richesse et la diversité constituaient de temps immémorial le plus clair de son patrimoine, jamais, sans doute, il n’a été plus nécessaire de dire, comme font les mythes, qu’un humanisme bien ordonné ne commence pas par soi-même, mais place le monde avant la vie, la vie avant l’homme, le respect des autres êtres avant l’amour-propre ; et que même un séjour d’un ou deux millions d’années sur cette terre, puisque de toute façon il connaîtra un terme, ne saurait servir d’excuse à une espèce quelconque, fût-ce la nôtre, pour se l’approprier comme une chose et s’y conduire sans pudeur ni discrétion."

– Claude Lévi-Strauss, Mythologiques t. IV : L’Homme nu, Paris, Plon, 1971

21:30 21/10/2013 | Lien permanent | Tags : arts, lis tes ratures |  Facebook

Ralentie.

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"Ralentie, on tâte le pouls des choses; on y ronfle; on a tout le temps; tranquillement, toute la vie. On gobe les sons, on les gobe tranquillement; toute la vie. On vit dans son soulier. On y fait le ménage. On n’a plus besoin de se serrer. On a tout le temps. On déguste. On rit dans son poing. On ne croit plus qu’on sait. On n’a plus besoin de compter. On est heureuse en buvant; on est heureuse en ne buvant pas. On fait la perle. On est, on a tout le temps. On est la ralentie. On est sortie des courants d’air. On a le sourire du sabot. On n’est plus fatiguée. On n’est plus touchée. On a des genoux au bout des pieds. On n’a plus honte sous la cloche. On a vendu ses monts. On a posé son oeuf, on a posé ses nerfs."

Henri Michaux, La Ralentie, 1938

(merci à Vertébrale)

21:25 21/10/2013 | Lien permanent | Tags : humoeurs, lis tes ratures |  Facebook

19
oct

La métaphysique de la putain, causerie de Laurent de Sutter à PassaPorta

Dans le cadre de la semaine de la Pop Philosophie, Laurent de Sutter (LdS) a donné une causerie sur son propos tenu dans un livre à sortir intitulé "La métaphysique de la putain". J'ai surtout apprécié et compris la méthodologie et le chemin de pensée de LdS pour expliquer comment il est arrivé à ce "titre" / travail, j'ai encore aimé la précision de son regard à travers des rencontres qu'il a faites avec des "images" de la putain (dans le cinéma, la littérature, peut-être aussi dans d'autres lieux de cultures et de symboliques) et aussi la forme d'humilité qu'il a adopté tout le long de ce parcours sulfureux, autant parce qu'il est homme, parce qu'il est philosophe (penseur), parce qu'il n'est pas putain.

Au milieu des références qu'il faut saisir ou laisser derrière (je n'apprécie pas l'intertextualité, l'inter-référentiel, le name-dropping), j'ai entendu une parole qui replace le corps, l'image, le sujet de la putain dans un cadre social, politique, économique et conceptuel (et analytique).

Surtout, aussi, quand même, à la fin, une intervention de Sonia Verstappen, ex-pute et anthropologue, putain et amie d'autres, qui replace des contextes, des vérités (au contraire d'une seule), qui renie tout réglementarisme ou tout abolitionnisme à pensée unique. Une ouverture du regard, des yeux, de la vision du métier et de la corporalité de ces femmes... (quand on ne parle évidemment pas de traite d'êtres humains et d'esclavage, ce qui n'est pas de la prostitution).

On l'entend, la voit là: http://www.dailymotion.com/video/xa6rsr_la-lecon-d-amour-de-sonia-la-pute-d_people?start=4 + http://www.keek.fr/article/2263-36-ans-de-prostitution-thesarde-en-anthropologie

merci à Laurent de Sutter d'en être venu là... et d'ouvrir un pan de l'humanité souvent détérioré.

A stripper visits the trading floor of the Toronto Stock Exchange. Late 1970s..jpg A stripper visits the trading floor of the Toronto Stock Exchange.
Late 1970s.

16:00 19/10/2013 | Lien permanent | Tags : lis tes ratures |  Facebook

5
oct

Poésie & performance

Vais y réfléchir...

mars 2014:

09:44 05/10/2013 | Lien permanent | Tags : arts, lis tes ratures |  Facebook

Curiosités un jour j'espère dans mon cabinet

Entre le ManuscriVoynich
voynich I.jpget le Codex  Seraphinianus, Codex seraphinianus I.jpg j'hésite... ah oui, je n'ai pas 600€ à dépenser. Enfin, le loyer ou ça, un choix en somme.

 

 

09:15 05/10/2013 | Lien permanent | Tags : lis tes ratures, arts |  Facebook

1
oct

Licorne, mon amour

Vendredi 11 octobre, la TPN (Troupe Poétique Nomade) dont je fais partie sera au RDV de la Fureur de lire dans la soirée/nuit...

au milieu de lecteurs/auditeurs/spectateurs/orateurs/auteurs...

voilà:

licorne fureur de lire.jpg

00:43 01/10/2013 | Lien permanent | Tags : act-u, lis tes ratures |  Facebook

2
sep

Cendres/Feu/Langue

The urn of language is so fragile. It crumbles and immediately you blow into the dust of words which are the cinder itself. And if you entrust it to paper, it is all the better to inflame you with, my dear, you will eat yourself up immediately.



Jacques Derrida, Cinders

 

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10:20 02/09/2013 | Lien permanent | Tags : lis tes ratures, humoeurs |  Facebook

25
aoû

1ère vision du Scivias

 

Hildegarde

"Je vis comme une grande montagne couleur de fer, et sur elle quelqu'un était assis, resplendissant d'un tel éclat, que sa lumière offusquait ma vue ; et de chaque côté, le voilant d'une ombre douce, une aile, merveilleuse de largeur et de longueur, s'étendait. Et devant lui, au pied de la montagne, une figure toute pleine d'yeux se tenait, de laquelle je ne pouvais distinguer nulle forme humaine, à cause de la multitude d'yeux ; et devant elle, était une autre figure d'enfant, sombrement vêtue, mais chaussée de blanc, sur la tête de laquelle descendit une telle clarté, rayonnant de celui qui était assis sur la montagne, que je ne pouvais plus regarder sa face. Mais de celui-là même qui était assis sur la montagne, une infinité d'étincelles vivantes s'échappaient, qui enveloppaient ces figures, d'une grande suavité.

 

Dans la même montagne, on distinguait, comme de nombreuses lucarnes, dans lesquelles apparurent comme des têtes d'hommes, les unes sombres, les autres blanches. Et voici que celui qui était assis sur la montagne, s'écriait d'une voix forte et pénétrante, disant : O homme, poussière insaisissable de la poussière de la terre, et cendre de la cendre, crie et parle sur l'origine de l'incorruptible salut, jusqu'à ce que soient édifiés ceux qui connaissant la moelle des Écritures  ne veulent ni l'annoncer, ni la prêcher, parce qu'ils sont tièdes et languissants, pour la conservation de la justice de Dieu ; à ceux-là découvre-leur la clef des mystères, que, dans leur timidité, ils cèlent sans fruit dans le secret. Dilate-toi dans la fontaine d'abondance, et coule dans une mystique érudition ; afin que ceux qui te méprisent, à cause de la prévarication de la (première) Ève  soient ébranlés par le débordement de ta source. Car, ce n'est pas de l'homme que tu tiens la pénétration de ces mystères, mais tu reçois (ce don) d'en haut, du juge redoutable et suprême, par qui cette clarté brillera d'un éclat incomparable parmi les autres lumières. Lève-toi donc, fais entendre ta voix, et dis les choses qui se sont manifestées par la puissante vertu du secours divin ; parce que celui qui commande avec bonté et puissance à toutes ses créatures, pénètre ceux qui le craignent et qui le servent avec dilection, en esprit d'humilité, de la clarté de sa divine lumière ; et il conduit ceux qui persévèrent dans les voies de la justice, vers les joies de l'éternelle vision.  Cette grande montagne couleur de fer que tu vois, désigne la force et la stabilité de l'éternité du royaume de Dieu, laquelle ne peut être ébranlée par nul effort d'une mutabilité branlante ; et celui qui est assis sur la montagne, et dont la splendeur est si grande qu'elle offusque ton regard, t'indique dans le royaume de la béatitude, celui-là même qui, dans l'éclat de son indéfectible beauté, commande, comme suprême divinité, à tout l'univers, et est incompréhensible à l'esprit humain. Mais de chaque côté, cette ombre douce qui s'étend comme une aile merveilleuse de largeur et de longueur, signifie, dans l'admonition et le châtiment, la suave et douce protection de la bienheureuse défense, et démontre justement et pieusement l'ineffable justice, dans la persévérance de l'équité véritable. hildegarde2.jpgEt devant lui, au pied de la montagne, une figure pleine d'yeux se tient, qui, devant Dieu, en toute humilité, considère le royaume divin, et, fortifiée par la crainte du Seigneur, exerce sur les hommes avec la perspicacité d'une intention droite et juste, son zèle et son appui ; c'est pourquoi tu ne peux discerner en elle, à cause de la multitude de ses yeux, aucune forme humaine ; parce que, par l'acuité de son regard, elle déjoue à ce point tout oubli de la justice de Dieu, qu'éprouvent trop souvent les hommes dans l'hébétude de leur esprit, que l'inquisition des mortels, dans sa débilité, n'ébranle pas sa vigilance. Avant cette image, une autre figure d'enfant sombrement voilée, mais chaussée de blanc apparaît, parce que, précédés de la crainte du Seigneur, suivent les pauvres d'esprit ; car la crainte du Seigneur par le vœu d'humilité, possède pleinement la béatitude de la pauvreté de l'esprit, qui n'aime pas la jactance et l'exaltation du cœur  mais la simplicité et la modestie, ne s'attribuant rien à soi, mais à Dieu, dans l'abandon de la soumission en toutes ses œuvres ; (ce que signifie le peu d'éclat de sa tunique), pour suivre fidèlement les vestiges éclatants du fils de Dieu. Sur sa tête, une si grande clarté rayonne de celui qui est assis sur la montagne, que tu ne peux voir sa face ; parce que la sérénité de la visite de celui qui commande avec louange à toute créature, infuse une telle puissance et une telle force de béatitude, que tu ne peux en concevoir l'abondance dans tes mortelles et infirmes considérations ; car, celui qui possède toutes les richesses célestes se soumit humblement à la pauvreté. Mais que, de celui-là même qui est assis sur cette montagne, une multitude d'étincelles vivantes sortent, qui voltigent autour de ces mêmes images avec un charme infini, cela signifie que de la toute puissance de Dieu proviennent les diverses et fortes vertus, qui resplendissent dans la divine clarté, embrassent et flattent avec amour, (les entourant de leur aide et de leur protection), ceux qui craignent Dieu en vérité, et qui aiment fidèlement la pauvreté de l'esprit. Dans la même montagne, apparaissent de nombreuses lucarnes, à travers lesquelles se montrent comme des têtes d'hommes, les unes sans éclat, les autres rayonnantes de blancheur ; parce que, dans la suprême hauteur de la très profonde et très pénétrante connaissance de Dieu, ne peuvent être cachées les intentions des actes humains, qui démontrent souvent par eux-mêmes leur zèle ou leur tiédeur ; car les hommes que fatigue l'action et que lassent les désirs du cœur  tantôt s'endorment dans l'infamie, tantôt s'éveillent, revenus à eux-mêmes, pour leur honneur, comme en témoigne Salomon, lorsqu'il dit, selon ma volonté : La main molle aboutit à l'indigence, mais la main des forts prépare les richesses. Ce qui veut dire : que l'homme se rend pauvre et misérable, qui ne veut pas accomplir les œuvres de justice, effacer l'iniquité, remettre sa dette, et qui reste oisif dans les merveilles des œuvres de la béatitude. Mais celui qui accomplit les très puissantes œuvres du salut, courant dans la voie de la vérité, capte la source jaillissante de la gloire, et se prépare sur la terre et dans le ciel, les trésors les plus précieux. Et quiconque possède la science par le St-Esprit, et les ailes de la foi, ne transgresse pas mes avis, mais les reçoit avec amour pour en faire les délices de son âme."

noon fantôme nooon la mort.jpg


(merci PhiLoM...-)

15:39 25/08/2013 | Lien permanent | Tags : love, lis tes ratures, textes |  Facebook

16
aoû

Apkass sur SonaLitté - Silence

apkass.jpg

Apkass/// une belle claque/// un sacré délic /// langue et subtil /// corps et vibration - entendez la Capsule No 50 en mp3 pendant laquelle
Apkass nous lit un texte intitulé Silence.

Natif de Kinshasa, Apkass n'a jamais oublié le visage de la ville de son enfance. En témoigne, sa démarche artistique imprégnée de souvenirs et d'un amour passionné pour celle qui l'a vu naître, l'Afrique. Il n'a de cesse de proposer un regard poétique et humain sur le monde et de suggérer un échange, une discussion autour des valeurs qui nous unissent. Sur scène, entre slam et hip-hop, Apkass mêle à des textes riches en images, une instrumentation éclectique empreinte de jazz, de la soul des années 70 et de sonorités africaines.

Les paroles de certains textes de ses morceaux sont disponible sur son site - par exemple, ça.

Cet enregistrement a été effectué à Saint-Malo par Milady Renoir et Christine Van Acker.

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10:25 16/08/2013 | Lien permanent | Tags : lis tes ratures, muse-hic |  Facebook

Rêveries nocturnes 11 (06/08/2013)

Rêveries nocturnes 11 (06/08/2013) p1010523-300x180

Rêveries Nocturnes "SPECIAL FEUILLETS DE CORDE…"
       
Rêveries nocturnes (Radio Panik) vous plonge dans les feuillets de cordes (revue de marché peu marchande):
http://www.traverse.be/feuillets-de-corde.php / Merci Yannick Gueuning , Eric PietteSylvie GiraultMilady Renoir, Lauren Hertzfeld pour cette émission spécial(e) « Feuillets de corde »…

09:17 16/08/2013 | Lien permanent | Tags : act-u, lis tes ratures |  Facebook

26
jui

Constant (asbl) @ Variable - Ce Samedi 27/7/19:30

Projets / Constant Variable /

Samedi 27 juillet 19:30-23:00

Algolit rencontre Grapa : présentations autour de la table de cuisine

Constant Variable Rue Gallait 80 1030 Bruxelles

Une rencontre entre les résidents de Variable : Olivier Heinry et An Mertens, membresdu groupe de travail autour de l’algoritme et la littérature Algolit, et Olatz Otalora et Daniela Brill, membres du collectif Grapa, vous invitent à leur présentation autour de la table de cuisine à Variable pour de multiples échanges autour de la poésie spam, du python, des romans génératifs, des expérimentations en type setting et de possibles pratiques d’écriture.

Merci d’apporter une délice à boire & à manger !

Plus d’info : GRAPA est un collectif et site web transnational émergents, dédié à la promotion de l’édition et de la publication libre. Ce groupe de travail se réunit à Bruxelles pour continuer leur voyage vers la terre promise de l’édition avec des outils Libres. Ils vont experimenter sur et avec les logiciels, le hardware et les pratiques d’écriture afin de repenser la culture de l’imprimé. Avec des contributions de : Daniela Brill, Enrique César, Daniela Brill, Olatz Otalora et Diego Paonessa.

Algolit est un groupe de travail émergent de Constant dédié à l’étude, la création et l’échange de productions littéraires numériques libres. Ce groupe de travail se réunit deux fois par an afin d’échanger des expériences et d’experimenter avec de nouvelles idées, contraintes et outils.

13:24 26/07/2013 | Lien permanent | Tags : place net, arts, lis tes ratures |  Facebook

22
jui

après moi, un sublime déluge (Saul Williams)

 

saul_williams.jpg


Grande / Petite rencontre au Festival des Etonnants Voyageurs cette année... Saul Williams, apprécié hautement pour ce qu'il est/fait/dit/vit/pratique/débloque/déclame/dévie. Entre une tempête bretonne et un café serré trop cher, j'ai eu la chance d'enregistrer l'homme poètosophe pour SonaLitté.






Capsule No 47 - 22 juillet 2013 - 01:41 - mp3

Saul Williams nous lit un court texte en musique.

Saul Williams est un poète, écrivain, acteur et musicien américain proche du mouvement hip-hop alternatif. Chacune de ses prestations est une expérience unique qui mêle intimement spiritualité et violence, poésie et sociologie. Adepte du Spoken Word, Saul Williams revient, après un détour par le pop rock, à ses premières amours à l’occasion de la sortie de son anthologie de poésie actuelle Chorus.

Cet enregistrement a été effectué à Saint-Malo par Milady Renoir.

Aussi
Capsule précédente
   OU   Capsule suivante

Un projet de L'Arbre de Diane ASBL.

15:48 22/07/2013 | Lien permanent | Tags : arts, lis tes ratures, act-u, place net |  Facebook

17
jui

Sonalitté m'a pas tuer...

 

http://www.sonalitte.be/

Capsule No 46 - 15 juillet 2013 - 05:00 - mp3

 

Milady Renoir lit un texte inédit à la Maison de la Francité.

 

Milady anime des ateliers de désordre littéraire, créatif, expérimental et ludique (conséquemment...) pour des adultes, des adolescents et d'autres espèces.
Elle fait de son mieux pour réduire sa pile de livres à lire avant sa mort. A écrit un opéra écolo-trash et quelques recueils de poésie intestine publiée ici ou là. Rédige des textes pour des revues sociales, culturelles, artistiques. Son tumblr : photographie avec l'œil droit.
Lit des textes avec son grand corps lors de performances organiques. Et regarde pousser son ogre blond âgé d'à peu près 5 ans avec l'œil gauche.
Depuis l'hiver 2010, Milady coordonne à deux mains le réseau Kalame (animateurs d’ateliers d’écriture).

19:09 17/07/2013 | Lien permanent | Tags : lis tes ratures, act-u |  Facebook

5
jui

Stalker / Ciel/ciels/cieux (Merci Suzy)

brain eaters.jpg

Le saviez-vous, les Cieux sont une pure intériorité, un parfait dedans, large comme l’infini et profond des profondeurs mêmes de l’éternité ; mais encore faut-il pouvoir passer des apparences aux profondeurs de l’être ; dépasser la pesanteur du « Moi je » pour accéder à cet enjeu véritable qui est la vraie vie, par le jeu subtil des voiles, des miroirs et des transparences.

L’alpiniste qui a cette expérience des hauts sommets neigeux, ou le spéléologue aguerri aux profondeurs terrestres le savent, ils ont saisi par la chair autant que par intuition cette réalité-là, ils ont acquis par expériences multiples les données de ce subtil paradoxe : quels que soient le sens du voyage, les allées et venues, le fait de monter ou de descendre, qu’importe ! Ce n’est pas là une question de « logique » ou de sens particulier, mais une épreuve, une véritable épreuve « para - logique », où tous nos repères deviennent obsolètes comme un vélo sur Mars, c’est-à-dire que l’épreuve éprouvée y est la preuve même d’une topologie singulière et d’un voyage tout « intérieur » au cœur des choses.

Seuls les hauts sommets immaculés, couronnés d’épais nuages, peuvent mener à cette profonde intériorité ; seuls les pics montagneux peuvent ouvrir aux grandes profondeurs de l’âme humaine, car ce qui est dehors est aussi comme ce qui est dedans, mais en plus profond !

C’est là même toute la magie des mots qui est aussi celle des belles images, une précieuse alchimie que l’on-dit « du verbe » tellement les mots et les interprétations nous manquent face à de tels paysages ou devant de tels visages, des lieux où la grâce se pose comme la neige au faîte des montagnes.

Il faut semble-t-il se délier des chaînes de montagnes, des couchers de soleil sur l’océan, des enthousiasmes vains et des exaltations passagères pour se détacher de l’illusion de l’extérieur aux allures de miracles, afin de déchainer les apparences de toutes les éminentes convictions qu’elles portent en elles.

Entre le dedans et le dehors se joue une relation unique, parce qu’un grand principe établit qu’un fluide remplissant plusieurs espaces reliés entre eux par un boyau central est soumis à un effet de siphonnage, et ne dit-on pas d’ailleurs que certains hommes sont complètement siphonnés ! Entre les espaces telluriques et célestes, comme entre l’encre et le sang, c’est ce même jeu d’aspiration qui se joue et ce même principe des vases communicants qui règne en maître.

Ce principe coule de source et découle du fait que la pression existentielle entre le dedans et le dehors est proportionnelle à la profondeur de l’âme humaine, quelle que soit la couleur ou la forme de cet humain, l’effet de capillarité proviendrait lui-même de l'étroitesse d’esprit qui nous caractérise comme Homo Sapiens.

(…)

Stalker, le passeur de Ciel (extrait) -

3
jui

Edith Soonckindt interview Milady (alias me)

Noir sur noir, the one and only Milady Renoir !

 

Ceux qui vivent, lisent et respirent en Belgique la connaissent déjà et seront sûrement ravis d’en apprendre un peu plus sur elle ! Pour les autres, préparez-vous à une découverte en profondeur de cette artiste polymorphe, tour à tour performeuse, animatrice d’ateliers et auteur (plus tout ce que j’oublie). L’entretien est à la hauteur du personnage : hors normes, mais que cela ne vous empêche pas de le lire jusqu’au bout en 14 questions, vous y trouverez matière à satisfaire toutes vos curiosités !    

 

Milady Renoir / miladyrenoir.skynetblogs.be

 

  • Tente et tente encore d’être une animatrice d’atelier d’écriture, acharnée & enthousiaste depuis juillet 2003.
  • Organise ici ou là des événements culturels avec les organisations Kalame, EntrezLire, PassaPorta, Le Marathon des Mots, Bulex (OnZE Expo 2009), Le festival OFF du Livre de Bruxelles, MaesltrÖm reEvolution, LeMague.net, AhMonAmour, AuBordElle, Festival ReCycle (Urban Concept asbl), …
  • relit des textes en Compagnie des Lecteurs et des Auteurs (CléA) avec les mains qu’elle a denses, dit-on
  • fait de son mieux pour réduire sa pile de livres à lire avant sa mort
  • a écrit un opéra écolo-trash: http://www.electroopera.com/
  • photographie avec l’œil droit http://son-autre-oeil.tumblr.com/
  • étudie le mouvement à travers des danses et des pensées (Butô et autres considérations intérieures)
  • lit des textes grâce à son corps lors de performances publiques organiques
  • regarde pousser un ogre blond âgé d’environ cinq ans avec l’œil gauche

 

ENTRETIEN(s) :

 

Emmeline/Milady, tu écris (Intérieur cuir & La Musique adoucit les morts, publiés chez Maelström pour les choses personnelles en plus d’injonctions dans des revues et des blogs) et tu animes des ateliers d’écriture depuis 10 ans dont « on » m’a dit le plus grand bien. Vois-tu ces deux activités comme complémentaires l’une de l’autre, voire indissociables l’une de l’autre ?

J’ai commencé à écrire dans un atelier d’écriture en 2002. Auparavant, mon écriture n’était qu’intime, souvent désespérée, incroyablement nombriliste ou terriblementimages-1 abstraite. J’ai vécu...

(la suite sur le site d'Edith Soonckindt là)

23:10 03/07/2013 | Lien permanent | Tags : lis tes ratures, act-u, humoeurs |  Facebook