4
oct

idéaux tous égaux

tumblr_l8rvu3OgvH1qzq52eo1_500.jpgcertains hommes vivent dans la promesse qu'ils énoncent avant de conquérir un territoire. ils disent, je serai, alors le territoire ouvre ses cuisses, et ils entrent, en oubliant l'état précédent. il n'est alors plus question d'assouvir le passé, de respecter l'engagement, de vérifier l'état des lieux. ils arrivent, écrasent l'attente et souvent, font semblant que ce qui a été dit a été dit en un temps révolu et que du coup, le territoire est rébarbative, rabas-joie et chiante là à répéter tout comme ça comme si y avait que les mots qui comptent, ben oui, merde, t'es chiante comme territoire à la fin. laisse moi pisser sur ta bouche et après, je te prendrai dans mes bras, la bite en c(h)oeur, avec un nouvelle promesse, histoire de t'ouvrir grande comme l'espace sans temps, ouverte comme un grand champ de blé, tu verras, tu verras, on se rencontrera, tu verras, tu verras, l'amour, c'est fait comme ça, tu verrat, tu verrat.

22:35 04/10/2010 | Lien permanent | Tags : humoeurs |  Facebook

3
oct

progrès

Je tente souvent d'abandonner la loi du talion. Enfant et être d'après, c'est la surenchère et la revanche exponentielle qui furent et sont encore parfois les mamelles de ma bouche. J'aimerais qu'un jour, en réponse à une claque dans la gueule, je puisse tendre autre chose que l'autre coup.

 

golem.jpg

11:58 03/10/2010 | Lien permanent | Tags : humoeurs |  Facebook

24
sep

Mort au pilon! (technique commerciale)

Territoires du coeur - mort au pilon.JPGHier et mardi dernier, les wassoeurettes, amies des éditeurs l'Arbre à Paroles, la 5c, Maelström, ont vendu à prix libre des livres qui étaient destinés au pilon. (voir article ci-dessous).

Puisque l'image et la posture sont les mamelles de notre époque, voici un échantillon de ma technique d'approche rue du Midi, hier, vers 15h23.

C'est avant tout un hommage à Antonio Bertoli, auteur sublime et éditeur heureux, vous l'aurez compris.

et pas du tout, une invitation à aller acheter tous ces livres au prix que VOUS VOULEZ dans les points de vente et autour des actions en cours jusqu'à dimanche, non, pas du tout...

ou alors, c'est invitation est bien ficelée... tout comme ma robe, pour insister.

 

Pour ceux qui trouvent que ce blog est devenu un agenda culturel, un mini-facebook, ils ont peut-être raison. J'ai trouvé d'autres lieux de prédilection, un secret qui n'est pas lu même si c'est un blog, puis mon espace oeil, http://miladyrenoir-et-son-autre-oeil.skynetblogs.be/ qui a pris du jalon. Quant à mon roman en cours, vu que j'ai perdu mon carnet avec les 60 pages manuscrites, je vais m'en désénerver d'abord puis m'y remettre ou me mettre à autre chose.

voilà, c'était l'annonce publique avec des seins dedans.

15:15 24/09/2010 | Lien permanent | Tags : humoeurs |  Facebook

14
sep

pioche exotique du jour - légèreté subversive ridicule obsolète, bonjour

L’argument de la Substance

Bien et Être coïncident

Accident, Substance

Se révolter ou se conformer

Panthéisme

La Loi du Karma : le retour de l’accident à la substance

Tomasz Gudzowaty paradise crossing.jpg

(...)

Avant de pouvoir aimer, il faut "être conscient"
Qu'est-ce qu'avoir conscience du Soi ?

 


(...)

 

Energie efficiente du Principe, énergie céleste, aspect d'infinitude
        Les deux pôles de l'énergie : explositivité et attractivité
        Les deux énigmes du mouvement des corps célestes

 

(...)

 

Du devoir de se rendre utile à la société, mais quelle société ?
De l'altruisme s'opposant à la contemplation
Faire son devoir sans s'inquiéter de savoir si on réussira ou non

.

 

15:19 14/09/2010 | Lien permanent | Tags : humoeurs |  Facebook

11
sep

Marathon des mots - lecture de Jean Rochefort et lecture de Milady Renoir

me voilà intégrée, fini le statut de réfugiée politique de France, fini le temps du droit au sol, me voici poète belge...

et jeune de surcroît.

Les autres jeunes poètes d'Europe et moi serons à l'Orangerie du Botanique, vers 17h03, sur scène, en train de lire, de dire, de sourire nos mots face aux 100 personnes venues pour nos mots et nos culs, bien entendu...
et si Jean Rochefort est dans la salle (puisque, l'ayant rencontré le 08/10, je lui aurais proposé de venir me voir, et qu'il aura été ravi de me rencontrer et qu'il envisagerait bien de m'épouser, moi, sa belle petite galette de Pont-Aven...), promis, je montre un tétin.

rochefort que la fête commence.jpg

Quand je vais dire à ma mère que je vais récolter le sperme de Jean Rochefort et enfanter de lui un enfant à moustache, elle sera fière, ça oui.

 

00:09 11/09/2010 | Lien permanent | Tags : humoeurs, lis tes ratures |  Facebook

8
sep

changement d'heurts

22h22 se mute parfois en un 2h22 pernicieux, encombré... du coup, c'est l'heure de revendiquer un cul presque solide, des seins trop rapides et des yeux surendurcis. heureusement, reste ma vie. Raymond Depardon.jpg

02:36 08/09/2010 | Lien permanent | Tags : humoeurs |  Facebook

7
jui

univers

C’est un véritable trésor de données pour les astronomes, et une image fascinante pour tout un chacun : le satellite européen Planck a délivré sa première image de l’ensemble du ciel.

Une première vue d’ensemble de l’univers

AFP

« Cette image de l’ensemble du ciel envoyée par Planck est une véritable caverne d’Ali Baba pour les astronomes en quête de données inédites », a annoncé l’Agence spatiale européenne (Esa). Planck, conçu pour aider à mieux comprendre les débuts et le destin de l’Univers, enregistre le rayonnement de fond cosmologique, vestige de la première lumière échappée dans l’univers quelque 380.000 ans après le Big Bang. Ce rayonnement « fossile » baigne tout l’espace et constitue, selon les scientifiques, « la trace indélébile que l’Univers a laissée de sa jeunesse ».

La carte des fluctuations de ce rayonnement devrait permettre de faire progresser la connaissance sur la géométrie de l’univers, le rythme de son expansion et son avenir prévisible. « Le disque principal de notre galaxie s’étire au centre de l’image. Ce qui frappe immédiatement, ce sont les filaments de poussière froide présents au-dessus et en dessous de la Voie lactée », explique l’agence en commentant l’image. Là se trouve « le lieu de formation des étoiles, et Planck a décelé de nombreuses zones où des étoiles sont sur le point de naître ou entament tout juste leur cycle de développement ». « Moins spectaculaire mais peut-être plus énigmatique, l’aspect moucheté de l’arrière-plan », qui représente le « rayonnement de fond cosmologique hyperfréquence (CMBR), la plus ancienne lumière émise par l’Univers, issue de la grande explosion d’où notre Univers a émergé il y a 13,7 milliards d’années », indique l’Esa. « Le plus spectaculaire, c’est la voie lactée. Mais ce qui nous intéresse le plus, c’est ce qu’on devine derrière, le rayonnement fossile émis aux premiers temps de l’univers », a expliqué Jean-Michel Lamarre, responsable de la

partie instrumentale du projet Planck et directeur de recherches au CNRS.

Les chercheurs veulent enlever l’image de la Voie lactée de façon numérique afin de voir le rayonnement fossile dans son intégralité.

« Nous ouvrons la porte sur un eldorado où les scientifiques vont pouvoir rechercher des fragments de connaissance qui leur permettront de mieux comprendre la genèse de l’Univers et son fonctionnement actuel », explique dans le communiqué David Southwood, Directeur Science et Exploration robotique de l’ESA, qui relève que l’image est « d’une qualité remarquable ». Mis sur orbite en mai 2009, Planck, situé à 1,5 million de kilomètres de la Terre, va continuer à collecter des données jusqu’au début 2012.

13:08 07/07/2010 Publié dans Général | Lien permanent | Tags : humoeurs |  Facebook

5
jui

coquilles

Gabriela Fridriksdottir, ex Ouroboros, 2007
"Le vent s'est levé, et a voiture a commencé à se balancer. Des flocons de neige passaient par les fentes et voletaient au-dessus de ma tête. A tâtons, j'ai ramassé le petit crâne d'un pauvre petit oiseau et je l'ai tenu longtemps dans ma main. Il semblait contenir tout ce que j'avais fait dans ma vie, bon et mauvais. Et puis je l'ai glissé, aussi fin et fragile qu'une coquille d'œuf, dans ma bouche."

Donald Ray Pollock, Knockemstiff 

09:06 05/07/2010 Publié dans Général | Lien permanent | Tags : humoeurs |  Facebook

1
jui

Dieuexiste.com

PIOTR ROSINSKI tool
Je sens le début d'une insomnie. J'alterne depuis quelques semaines entre des siestes peu crapuleuses et des nuits blanchies à la chaux.

Là, tout semble long, étiré et je ne suis pas exténuée malgré les nouvelles "crises" de mon ogre blond, who just turned 2.

et c'est le jeu du googleisme.

Une phrase entendue (télé, radio, plafond, crâne, ...) et Google en dit qqch.

Là, de Landru (le film de Chabrol qui passe sur Arte, j'entends: "vous êtes la preuve que Dieu existe".

ici, Google me donne une piste improbable et presque vénérable...

02:10 01/07/2010 Publié dans Général | Lien permanent | Tags : humoeurs |  Facebook

21
jui

le temps est un rêve stroboscopique

ode à l'objet allégorie ampoule
 Monsieur
m'intéresse. 

11:34 21/06/2010 Publié dans Général | Lien permanent | Tags : humoeurs |  Facebook

20
jui

poing de côté

Double-Suicide_1-edit

de la part de dieu et de la part de diable, de la part du centre et de la part des extrêmes, de la part d'en face et de la part du fond, de la part d'avant et de la part de devant, de la part du corps et de la part du double, aucune hésitation, il est question de date, de cycle, d'un Aïon omniscient et faible d'être mangé par un Chronos profanateur, glouton, grotesque. Il est la question du jour qu'il faut mémoriser. Il est la question de l'année à contester. Il faut donc que la joie revienne. Il faut donc que la photo soit bonne. Il faut donc que la préparation soit à base de réparation. A la question "êtes-vous heureux?", nulle réponse aussi valide que celle-ci "je ne sais pas".

Double-Suicide_4-edit1

01:54 20/06/2010 Publié dans Général | Lien permanent | Tags : humoeurs |  Facebook

19
jui

feel like dead weather?

don't worry girl, we've got songs for you.

55fa611e361afcc6e366aa63bafa62aa59627ab9_m
there, here u go.

21:42 19/06/2010 Publié dans Général | Lien permanent | Tags : humoeurs |  Facebook

13
jui

Ambulances

Gregory colbert exode des éléphants


 


Closed like confessionals, they thread
Loud noons of cities, giving back
None of the glances they absorb.
Light glossy grey, arms on a plaque,
They come to rest at any kerb:
All streets in time are visited.

Then children strewn on steps or road,
Or women coming from the shops
Past smells of different dinners, see
A wild white face that overtops
Red stretcher-blankets momently
As it is carried in and stowed,

And sense the solving emptiness
That lies just under all we do,
And for a second get it whole,
So permanent and blank and true.
The fastened doors recede. Poor soul,
They whisper at their own distress;

For borne away in deadened air
May go the sudden shut of loss
Round something nearly at an end,
And what cohered in it across
The years, the unique random blend
Of families and fashions, there

At last begin to loosen. Far
From the exchange of love to lie
Unreachable insided a room
The trafic parts to let go by
Brings closer what is left to come,
And dulls to distance all we are. 


Philip Larkin

17:55 13/06/2010 Publié dans Général | Lien permanent | Tags : humoeurs |  Facebook

7
jui

decorate decorate (ad lib.)


C
lic Claque on Pic.

Antoine d'Agata

16:33 07/06/2010 Publié dans Général | Lien permanent | Tags : arts, humoeurs |  Facebook

4
jui

"Vivre et penser comme des porcs, De l’incitation à l’envie et à l’ennui dans les démocraties-marchés" (merci Eric)

Gilles Châtelet : un berger-voyou dans la porcherieREMBRANDT slaughtered-ox

Gilles Châtelet, "Vivre et pe
nser comme des porcs, De l’incitation à l’envie et à l’ennui dans les démocraties-marchés", Folio Actuel, 1999

articlehttp://www.article11.info/spip/spip.php?article821
en écoutant ça par exemple: http://www.youtube.com/watch?v=9B67859sLjM 

 

10:02 04/06/2010 Publié dans Général | Lien permanent | Tags : humoeurs |  Facebook

2
jui

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Sentiment doux de la puissance du mot qui ne vient pas.

10:15 02/06/2010 Publié dans Général | Lien permanent | Tags : humoeurs |  Facebook

31
mai

Coma n'est pas léthargie

 

genecold
Coma

1) Aberration qui a pour effet de détruire la symétrie centrale de l'image d'un point qui prend la forme d'un V.

2) La coma d'une comète est une sorte d'atmosphère assez dense entourant le noyau, elle est constituée d'un mélange de poussières et de molécules de gaz éjectées du noyau : essentiellement des molécules d'eau, de monoxyde de carbone (CO) et de dioxyde de carbone (CO2).

3) C'est aussi un nom propre, le nom d'un amas de galaxies.

14:52 31/05/2010 Publié dans Général | Lien permanent | Tags : humoeurs |  Facebook

détail sublime

http://fr.wikipedia.org/wiki/Anoura_fistulata

14:07 31/05/2010 Publié dans Général | Lien permanent | Tags : humoeurs |  Facebook

24
mai

DIVISION FONDAMENTALE - Schopenhauer

Aristote (Morale à Nicomaque, I, 8) a divisé les biens de la vie humaine en trois classes, les biens extérieurs, ceux de l'âme et ceux du corps. Ne conservant que la division en trois, je dis que ce qui différencie le sort des mortels peut être ramené à trois conditions fondamentales. Ce sont:


1° Ce qu'on est: donc la personnalité, dans son sens le plus étendu. Par conséquent, on comprend ici la santé, la force, la beauté, le tempérament, le caractère moral, l'intelligence et son développement.

2° Ce qu'on adonc propriété et avoir de toute nature.

3° Ce qu'on représente: on sait que par cette expression l'on entend la manière dont les autres se représentent un individu, par conséquent ce qu'il est dans leur représentation. Cela consiste donc dans leur opinion à son égard et se divise en honneur, rang et gloire.

Les différences de la première catégorie dont nous avons à nous occuper sont celles que la nature elle-même a établies entre les hommes; d'où l'on peut déjà inférer que leur influence sur le bonheur ou le malheur sera plus essentielle et plus pénétrante que celle des différences provenant des règles humaines et que nous avons mentionnées sous les deux rubriques suivantes. Les vrais avantages personnels, tels qu'un grand esprit ou un grand cœur, sont par rapport à tous les avantages du rang, de la naissance, même royale, de la richesse et autres, ce que les rois véritables sont aux rois de théâtre. Déjà Métrodore, le premier élève d'Épicure, avait intitulé un chapitre: Les causes qui viennent de nous contribuent plus au bonheur que celles qui naissent des choses. — (Cf. Clément d'Alex., Strom., II, 21, p. 362 dans l'édition de Wurtzbourg des Opp. polem.)

Et, sans contredit, pour le bien-être de l'individu, même pour toute sa manière d'être, le principal est évidemment ce qui se trouve ou se produit en lui. C'est là, en effet, que réside immédiatement son bien-être ou son malaise; c'est sous cette forme, en définitive, que se manifeste tout d'abord le résultat de sa sensibilité, de sa volonté et de sa pensée; tout ce qui se trouve en dehors n'a qu'une influence indirecte. Aussi les mêmes circonstances, les mêmes événements extérieurs, affectent-ils chaque individu tout différemment, et, quoique placés dans un même milieu, chacun vit dans un monde différent. Car il n'a directement affaire que de ses propres perceptions, de ses propres sensations et des mouvements de sa propre volonté: les choses extérieures n'ont d'influence sur lui qu'en tant qu'elles déterminent ces phénomènes intérieurs. Le monde dans lequel chacun vit dépend de la façon de le concevoir, laquelle diffère pour chaque tête; selon la nature des intelligences, il paraîtra pauvre, insipide et plat, ou riche, intéressant et important. Pendant que tel, par exemple, porte envie à tel autre pour les aventures intéressantes qui lui sont arrivées pendant sa vie, il devrait plutôt lui envier le don de conception qui a prêté à ces événements l'importance qu'ils ont dans sa description, car le même événement qui se présente d'une façon si intéressante dans la tête d'un homme d'esprit, n'offrirait plus, conçu par un cerveau plat et banal, qu'une scène insipide de la vie de tous les jours. Ceci se manifeste au plus haut degré dans plusieurs poésies de Gœthe et de Byron, dont le fond repose évidemment sur une donnée réelle; un sot, en les lisant, est capable d'envier au poète l'agréable aventure, au lieu de lui envier la puissante imagination qui, d'un événement passablement ordinaire, a su faire quelque chose d'aussi grand et d'aussi beau. Pareillement, le mélancolique verra une scène de tragédie là où le sanguin ne voit qu'un conflit intéressant, et le flegmatique un fait insignifiant.
Chocolate skull

Tout cela vient de ce que toute réalité, c'est-à-dire toute «actualité remplie» se compose de deux moitiés, le sujet et l'objet, mais aussi nécessairement et aussi étroitement unies que l'oxygène et l'hydrogène dans l'eau. A moitié objective identique, la subjective étant différente, ou réciproquement, la réalité actuelle sera tout autre; la plus belle et la meilleure moitié objective, quand la subjective est obtuse, de mauvaise qualité, ne fournira jamais qu'une méchante réalité et actualité, semblable à une belle contrée vue par un mauvais temps ou réfléchie par une mauvaise chambre obscure. Pour parler plus vulgairement, chacun est fourré dans sa conscience comme dans sa peau et ne vit immédiatement qu'en elle; aussi y a-t-il peu de secours à lui apporter du dehors. A la scène, tel joue les princes, tel les conseillers, tel autre les laquais, ou les soldats ou les généraux, et ainsi de suite. Mais ces différences n'existent qu'à l'extérieur; à l'intérieur, comme noyau du personnage, le même être est fourré chez tous, savoir un pauvre comédien avec ses misères et ses soucis.

Dans la vie, il en est de même. Les différences de rang et de richesses donnent à chacun son rôle à jouer, auquel ne correspond nullement une différence intérieure de bonheur et de bien-être; ici aussi est logé dans chacun le même pauvre hère, avec ses soucis et ses misères, qui peuvent différer chez chacun pour ce qui est du fond, mais qui, pour ce qui est de la forme, c'est-à-dire par rapport à l'être propre, sont à peu près les mêmes chez tous; il y a certes des différences de degré, mais elles ne dépendent pas du tout de la condition ou de la richesse, c'est-à-dire du rôle.

Comme tout ce qui se passe, tout ce qui existe pour l'homme ne se passe et n'existe immédiatement que dans sa conscience; c'est évidemment la qualité de la conscience qui sera le prochainement essentiel, et dans la plupart des cas tout dépendra de celle-là bien plus que des images qui s'y représentent. Toute splendeur, toutes jouissances sont pauvres, réfléchies dans la conscience terne d'un benêt, en regard de la conscience d'un Cervantès, lorsque, dans une prison incommode, il écrivait son Don Quijote.

La moitié objective de l'actualité et de la réalité est entre les mains du sort et, par suite, changeante la moitié subjective, c'est nous-même, elle est par conséquent immuable dans sa partie essentielle. Aussi, malgré tous les changements extérieurs, la vie de chaque homme porte-t-elle d'un bout à l'autre le même caractère; on peut la comparer à une suite de variations sur un même thème. Personne ne peut sortir de son individualité. Il en est de l'homme comme de l'animal; celui-ci, quelles que soient les conditions dans lesquelles on le place, demeure confiné dans le cercle étroit que la nature a irrévocablement tracé autour de son être, ce qui explique pourquoi, par exemple, tous nos efforts pour faire le bonheur d'un animal que nous aimons doivent se maintenir forcément dans des limites très restreintes, précisément à cause de ces bornes de son être et de sa conscience; pareillement, l'individualité de l'homme a fixé par avance la mesure de son bonheur possible. Ce sont spécialement les limites de ses forces intellectuelles qui ont déterminé une fois pour toute son aptitude aux jouissances élevées. Si elles sont étroites, tous les efforts extérieurs, tout ce que les hommes ou la fortune feront pour lui, tout cela sera impuissant à le transporter par delà la mesure du bonheur et du bien-être humain ordinaire, à demi animal: il devra se contenter des jouissances sensuelles, d'une vie intime et gaie dans sa famille, d'une société de bas aloi ou de passe-temps vulgaires. L'instruction même, quoiqu'elle ait une certaine action, ne saurait en somme élargir de beaucoup ce cercle, car les jouissances les plus élevées, les plus variées et les plus durables sont celles de l'esprit, quelque fausse que puisse être pendant la jeunesse notre opinion à cet égard; et ces jouissances dépendent surtout de la force intellectuelle. Il est donc facile de voir clairement combien notre bonheur dépend de ce que nous sommes,de notre individualité, tandis qu'on ne tient compte le plus souvent que de ce que nous avonsou de ce que nous représentons. Mais le sort peut s'améliorer; en outre, celui qui possède la richesse intérieure ne lui demandera pas grand'chose; mais un benêt restera benêt, un lourdaud restera lourdaud, jusqu'à sa fin, fût-il en paradis et entouré de houris. Gœthe dit:

    Volk und Kuecht und Ueberwinder,
    Sie gestehn, zu jeder Zeit,
    Höchstes Glück der Erdenkinder
    Sei nur die Persönlichkeit.

    Peuple et laquais et conquérant,
    En tout temps reconnaissent
    Que le suprême bien des fils de la terre
    Est seulement la personnalité. 
    (Gœthe, Divan Or. 0cc., Zulecka)
Que le subjectif soit incomparablement plus essentiel à notre bonheur et à nos jouissances que l'objectif, cela se confirme en tout, par la faim, qui est le meilleur cuisinier, jusqu'au vieillard regardant avec indifférence la déesse que le jeune homme idolâtre, et tout au sommet, nous trouvons la vie de l'homme de génie et du saint. La santé par-dessus tout l'emporte tellement sur les biens extérieurs qu'en vérité un mendiant bien portant est plus heureux qu'un roi malade. Un tempérament calme et enjoué, provenant d'une santé parfaite et d'une heureuse organisation, une raison lucide, vive, pénétrante et concevant juste, une volonté modérée et douce, et comme résultat une bonne conscience, voilà des avantages que nul rang, nulle richesse ne sauraient remplacer. Ce qu'un homme est en soi-même, ce qui l'accompagne dans la solitude et ce que nul ne saurait lui donner ni lui prendre, est évidemment plus essentiel pour lui que tout ce qu'il peut posséder ou ce qu'il peut être aux yeux d'autrui. Un homme d'esprit, dans la solitude la plus absolue, trouve dans ses propres pensées et dans sa propre fantaisie de quoi se divertir agréablement, tandis que l'être borné aura beau varier sans cesse les fêtes, les spectacles, les promenades et les amusements, il ne parviendra pas à écarter l'ennui qui le torture. Un bon caractère, modéré et doux, pourra être content dans l'indigence, pendant que toutes les richesses ne sauraient satisfaire un caractère avide, envieux et méchant. Quant à l'homme doué en permanence d'une individualité extraordinaire, intellectuellement supérieure, celui-là alors peut se passer de la plupart de ces jouissances auxquelles le monde aspire généralement; bien plus, elles ne sont pour lui qu'un dérangement et un fardeau. Horace dit en parlant de lui-même:


    Gemmas, marmor, ebur, Tyrrhena sigilla, tabetlas,
    Argentum, vestes Gaetuto murice tinctas,
    Sunt qui habeant, est qui non curat habere.

    Il en est qui n'ont ni pierres précieuses, 
    ni marbre, ni ivoire, ni statuettes tyrrhéniennes, 
    ni tableaux, ni argent, ni robes teintes de pourpre gaétulienne; 
    il en est un qui ne se soucie pas d'en avoir. 

    (Horace, Ep. II, L. II, vers 180 et suiv.)


Et Socrate, à la vue d'objets de luxe exposés pour la vente, s'écriait: «Combien il y a de choses dont je n'ai pas besoin!»

Ainsi, la condition première et la plus essentielle pour le bonheur de la vie, c'est ce que noussommes, c'est notre personnalité; quand ce ne serait déjà que parce qu'elle agit constamment et en toutes circonstances, cela suffirait à l'expliquer, mais en outre, elle n'est pas soumise à la chance comme les biens des deux autres catégories, et ne peut pas nous être ravie. En ce sens, sa valeur peut passer pour absolue, par opposition à la valeur seulement relative des deux autres. Il en résulte que l'homme est bien moins susceptible d'être modifié par le monde extérieur qu'on ne le suppose volontiers. Seul le temps, dans son pouvoir souverain, exerce également ici son droit; les qualités physiques et intellectuelles succombent insensiblement sous ses atteintes; le caractère moral seul lui demeure inaccessible.

Sous ce rapport, les biens des deux dernières catégories auraient un avantage sur ceux de la première, comme étant de ceux que le temps n'emporte pas directement. Un second avantage serait que, étant placés en dehors de nous, ils sont accessibles de leur nature, et que chacun a pour le moins la possibilité de les acquérir, tandis que ce qui est en nous, le subjectif, est soustrait a notre pouvoir: établi jure divino, il se maintient invariable pendant toute la vie. Aussi les vers suivants contiennent-ils une inexorable vérité:
    Wie an dem Tag, der dich der Welt verliehen,
    Die Sonne stand zum Grusze der Planeten,
    Bist alsobald und fort und fort gediehen,
    Nach dem Gesetz, wonach du augetreten.
    So muszt du seyn, dir kannst du nicht entfliehen,
    So sagten schon Sybillen, so Propheten;
    Und keine Zeit und keine Macht zerstückelt
    Geprägte Form, die lebend sich entwichelt.

    Comme, dans le jour qui t'a donné au monde, 
    Le soleil était là pour saluer les planètes, 
    Tu as aussi grandi sans cesse, 

    D'après la loi selon laquelle tu as commencé. 
    Telle est ta destinée; tu ne peux t'échapper à toi-même; 
    Ainsi parlaient déjà les sibylles; ainsi les prophètes; 
    Aucun temps, aucune puissance ne brise la forme empreinte
    Qui se développe dans le cours de la vie. 
    (GoethePoésies, trad. Porchat, vol. 1, p. 312.)

Tout ce que nous pouvons faire à cet égard, c'est d'employer cette personnalité, telle qu'elle nous a été donnée, à notre plus grand profit; par suite, ne poursuivre que les aspirations qui lui correspondent, ne rechercher que le développement qui lui est approprié en évitant tout autre, ne choisir, par conséquent, que l'état, l'occupation, le genre de vie qui lui conviennent.

Un homme herculéen, doué d'une force musculaire extraordinaire, astreint par des circonstances extérieures à s'adonner à une occupation sédentaire, à un travail manuel, méticuleux et pénible, ou bien encore à l'étude et à des travaux de tête, occupations réclamant des forces toutes différentes, non développées chez lui et laissant précisément sans emploi les forces par lesquelles il se distingue, un tel homme se sentira malheureux toute sa vie; bien plus malheureux encore sera celui chez lequel les forces intellectuelles l'emportent de beaucoup et qui est obligé de les laisser sans développement et sans emploi pour s'occuper d'une affaire vulgaire qui n'en réclame pas, ou bien encore et surtout d'un travail corporel pour lequel sa force physique n'est pas suffisante. Ici toutefois, principalement pendant la jeunesse, il faut éviter l'écueil de la présomption et ne pas s'attribuer un excès de forces que l'on n'a pas.

De la prépondérance bien établie de notre première catégorie sur les deux autres, il résulte encore qu'il est plus sage de travailler à conserver sa santé et à développer ses facultés qu'à acquérir des richesses, ce qu'il ne faut pas interpréter en ce sens qu'il faille négliger l'acquisition du nécessaire et du convenable. Mais la richesse proprement dite, c'est-à-dire un grand superflu, contribue peu à notre bonheur; aussi beaucoup de riches se sentent-ils malheureux, parce qu'ils sont dépourvus de culture réelle de l'esprit, de connaissances et, par suite, de tout intérêt objectif qui pourrait les rendre aptes à une occupation intellectuelle. Car ce que la richesse peut fournir au delà de la satisfaction des besoins réels et naturels a une minime influence sur notre véritable bien-être; celui-ci est plutôt troublé par les nombreux et inévitables soucis qu'amène après soi la conservation d'une grande fortune. Cependant les hommes sont mille fois plus occupés à acquérir la richesse que la culture intellectuelle, quoique certainement ce qu'on est contribue bien plus à notre bonheur que ce qu'on a.

Combien n'en voyons-nous pas, diligents comme des fourmis et occupés du matin au soir à accroître une richesse déjà acquise! Ils ne connaissent rien par delà l'étroit horizon qui renferme les moyens d'y parvenir; leur esprit est vide et par suite inaccessible à toute autre occupation. Les jouissances les plus élevées, les jouissances intellectuelles sont inabordables pour eux; c'est en vain qu'ils cherchent à les remplacer par des jouissances fugitives, sensuelles, promptes, mais coûteuses à acquérir, qu'ils se permettent entre temps. Au terme de leur vie, ils se trouvent avoir comme résultat, quand la fortune leur a été favorable, un gros monceau d'argent devant eux, qu'ils laissent alors à leurs héritiers le soin d'augmenter ou aussi de dissiper. Une pareille existence, bien que menée avec apparence très sérieuse et très importante, est donc tout aussi insensée que telle autre qui arborerait carrément pour symbole une marotte.

Ainsi, l'essentiel pour le bonheur de la vie, c'est ce que l'on a en soi-même. C'est uniquement parce que la dose en est d'ordinaire si petite que la plupart de ceux qui sont sortis déjà victorieux de la lutte contre le besoin se sentent au fond tout aussi malheureux que ceux qui sont encore dans la mêlée. Le vide de leur intérieur, l'insipidité de leur intelligence, la pauvreté de leur esprit les poussent à rechercher la compagnie, mais une compagnie composée de leurs pareils, car similis simili gaudet. Alors commence en commun la chasse au passe-temps et à l'amusement, qu'ils cherchent d'abord dans les jouissances sensuelles, dans les plaisirs de toute espèce et finalement dans la débauche. La source de cette funeste dissipation, qui, en un temps souvent incroyablement court, fait dépenser de gros héritages à tant de fils de famille entrés riches dans la vie, n'est autre en vérité que l'ennui résultant de cette pauvreté et de ce vide de l'esprit que nous venons de dépeindre. Un jeune homme ainsi lancé dans le monde, riche en dehors, mais pauvre, en dedans, s'efforce vainement de remplacer la richesse intérieure par l'extérieure; il veut tout recevoir du dehors, semblable à ces vieillards qui cherchent à puiser de nouvelles forces dans l'haleine des jeunes filles. De cette façon, la pauvreté intérieure a fini par amener aussi la pauvreté extérieure.

Je n'ai pas besoin de relever l'importance des deux autres catégories de biens de la vie humaine, car la fortune est aujourd'hui trop universellement appréciée pour avoir besoin d'être recommandée. La troisième catégorie est même d'une nature très éthérée, comparée à la seconde, vu qu'elle ne consiste que dans l'opinion des autres. Toutefois chacun est tenu d'aspirer à l'honneur, c'est-à-dire à un bon renom; à un rang, ne peuvent y aspirer, uniquement, que ceux qui servent l'État, et, pour ce qui est de la gloire, il n'y en a qu'infiniment peu qui puissent y prétendre. L'honneur est considéré comme un bien inappréciable, et la gloire comme la chose la plus exquise que l'homme puisse acquérir; c'est la Toison d'or des élus; par contre, les sots seuls préféreront le rang à la richesse. La seconde et la troisième catégorie ont en outre l'une sur l'autre ce qu'on appelle une action réciproque; aussi l'adage de Pétrone: Habes, habeberis est-il vrai, et, en sens inverse, la bonne opinion d'autrui, sous toutes ses formes, nous aide souvent à acquérir la richesse.
ARTHUR SCHOPENHAUERAphorismes sur la sagesse dans la vie, trad. J. Cantacuzène, Paris, Félix Alcan, 1887

18:05 24/05/2010 Publié dans Général | Lien permanent | Tags : humoeurs |  Facebook

14
mai

l'enfer des vivants, nous disions donc...

L'enfer des vivants n'est pas chose à venir ; s'il y en a un, c'est celui qui est déjà là, l'enfer que nous habitons tous les jours, que nous formons d'être ensemble. Il y a deux façons de ne pas en souffrir. La première réussit aisément à la plupart : accepter l'enfer, en devenir une part au point de ne plus le voir. La seconde est risquée et elle demande une attention, un apprentissage, continuels : chercher et savoir reconnaître qui et quoi, au milieu de l'enfer, n'est pas l'enfer, et le faire durer, et lui faire de la place.

Italo Calvino, Les villes invisibles

22:02 14/05/2010 Publié dans Général | Lien permanent | Tags : humoeurs |  Facebook

Notre besoin de consolation est impossible à rassasier de Stig Dagerman (1923-1954) - rappel puissance dix

 Je suis dépourvu de foi et ne puis donc être heureux, car un homme qui risque de craindre que sa vie soit une errance absurde vers une mort certaine ne peut être heureux. Je n’ai reçu en héritage ni dieu, ni point fixe sur la terre d’où je puisse attirer l’attention d’un dieu : on ne m’a pas non plus légué la fureur bien déguisée du sceptique, les ruses de Sioux du rationaliste ou la candeur ardente de l’athée. Je n’ose donc jeter la pierre ni à celle qui croit en des choses qui ne m’inspirent que le doute, ni à celui qui cultive son doute comme si celui-ci n’était pas, lui aussi, entouré de ténèbres. Cette pierre m’atteindrait moi-même car je suis bien certain d’une chose : le besoin de consolation que connaît l’être humain est impossible à rassasier.

En ce qui me concerne, je traque la consolation comme le chasseur traque le gibier. Partout où je crois l’apercevoir dans la forêt, je tire. Souvent je n’atteins  que le vide mais, une fois de temps en temps, une proie tombe à mes pieds. Et, comme je sais que la consolation ne dure que le temps d’un souffle de vent dans la cime d’un arbre, je me dépêche de m’emparer de ma victime.

Qu’ai-je alors entre mes bras ? Puisque je suis solitaire : une femme aimée ou un compagnon de voyage malheureux. Puisque je suis poète : un arc de mots que je ressens de la joie et de l’effroi à bander. Puisque je suis prisonnier : un aperçu soudain de la liberté. Puisque je suis menacé par la mort : un animal vivant et bien chaud, un coeur qui bat de façon sarcastique. Puisque je suis menacé par la mer : un récif de granit bien dur. Mais il y a aussi des consolations qui viennent à moi sans y être conviées et qui remplissent ma chambre de chuchotements odieux : Je suis ton plaisir – aime-les tous ! Je suis ton talent – fais-en aussi mauvais usage que de toi-même ! Je suis ton désir de jouissance – seuls vivent les gourmets !  Je suis ta solitude – méprise les hommes ! Je suis ton aspiration à la mort – alors tranche ! Le fil du rasoir est bien étroit. Je vois ma vie menacée par deux périls : par les bouches avides de la gourmandise, de l’autre par l’amertume de l’avarice qui se nourrit d’elle-même. Mais je tiens à refuser de choisir entre l’orgie et l’ascèse, même si je dois pour cela subir le supplice du gril de mes désirs. Pour moi, il ne suffit pas de savoir que, puisque nous ne sommes pas libres de nos actes, tout est excusable. Ce que je cherche, ce n’est pas une excuse à ma vie mais exactement le contraire d’une excuse : le pardon. L’idée me vient finalement que toute consolation  ne prenant pas en compte ma liberté est trompeuse, qu’elle n’est que l’image réfléchie de mon désespoir. En effet, lorsque mon désespoir me dit : Perds confiance, car chaque jour n’est qu’une trêve entre deux nuits, la fausse consolation me crie : Espère, car chaque nuit n’est qu’une trêve entre deux jours. Mais l’humanité n’a que faire d’une consolation en forme de mot d’esprit : elle a besoin d’une consolation qui illumine. Et celui qui souhaite devenir mauvais, c’est-à-dire devenir un homme qui agisse comme si toutes les actions étaient défendables, doit au moins avoir la bonté de le remarquer lorsqu’il y parvient. Personne ne peut énumérer tous les cas où la consolation est une nécessité. Personne ne sait quand tombera le crépuscule et la vie n’est pas un problème qui puisse être résolu en divisant la lumière par l’obscurité et les jours par les nuits, c’est un voyage imprévisible entre des lieux qui n’existent pas. Je peux, par exemple, marcher sur le rivage et ressentir tout à coup le défi effroyable que l’éternité lance à mon existence dans le mouvement perpétuel de la mer et dans la fuite perpétuelle du vent. Que devient alors le temps, si ce n’est une consolation pour le fait que rien de ce qui est humain ne dure – et quelle misérable consolation, qui n’enrichit que les Suisses ! Je peux rester assis devant un feu dans la pièce la moins exposée de toutes au danger et sentir soudain la mort me cerner. Elle se trouve dans le feu, dans tous les objets pointus qui m’entourent, dans le poids du toit et dans la masse des murs, elle se trouve dans l’eau, dans la neige, dans la chaleur et dans mon sang. Que devient alors le sentiment humain de sécurité si ce n’est une consolation pour le fait que la mort est ce qu’il y a de plus proche de la vie – et quelle misérable consolation, qui ne fait que nous rappeler ce qu’elle veut nous faire oublier ! Je peux remplir toutes mes pages blanches avec les plus belles combinaisons de mots que puisse imaginer mon cerveau. Etant donné que je cherche à m’assurer que ma vie n’est pas absurde et que je ne suis pas seul sur la terre, je rassemble tous ces mots en un livre et je l’offre au monde. En retour, celui-ci me donne la richesse, la gloire et le silence. Mais que puis-je bien faire de cet argent et quel plaisir puis-je prendre à contribuer au progrès de la littérature – je ne désire que ce que je n’aurai pas : confirmation de ce que mes mots ont touché le coeur du monde. Que devient alors mon talent si ce n’est une consolation pour le fait que je suis seul – mais quelle épouvantable consolation, qui me fait simplement ressentir ma solitude cinq fois plus fort ! Je peux voir la liberté incarnée dans un animal qui traverse rapidement une clairière et entendre une voix qui chuchote : Vis simplement, prends ce que tu désires et n’aie pas peur des lois ! Mais qu’est-ce que ce bon conseil si ce n’est une consolation pour le fait que la liberté n’existe pas – et quelle impitoyable consolation pour celui qui s’avise que l’être humain doit mettre des millions d’années à devenir un lézard !

 

Pour finir, je peux m’apercevoir que cette terre est une fosse commune dans laquelle le roi Salomon, Ophélie et Himmler reposent côte à côte. Je peux en conclure que le bourreau et la malheureuse jouissent de la même mort que le sage, et que la mort peut nous faire l’effet d’une consolation pour une vie manquée. Mais quelle atroce consolation pour celui qui voudrait voir dans la vie une consolation pour la mort !

 

Je ne possède pas de philosophie dans laquelle je puisse me mouvoir comme le poisson dans l’eau ou l’oiseau dans le ciel. Tout ce que je possède est un duel, et ce duel se livre à chaque minute de ma vie entre les fausses consolations, qui ne font qu’accroître mon impuissance et rendre plus profond mon désespoir, et les vraies, qui me mènent vers une libération temporaire. Je devrais peut-être dire : la vraie car, à la vérité, il n’existe pour moi qu’une seule consolation qui soit réelle, celle qui me dit que je suis un homme libre, un individu inviolable, un être souverain à l’intérieur de ses limites.

Mais la liberté commence par l’esclavage et la souveraineté par la dépendance. Le signe le plus certain de ma servitude est ma peur de vivre. Le signe définitif de ma liberté est le fait que ma peur laisse la place à la joie tranquille de l’indépendance. On dirait que j’ai besoin de la dépendance pour pouvoir finalement connaître la consolation d’être un homme libre, et c’est certainement vrai. A la lumière de mes actes, je m’aperçois que toute ma vie semble n’avoir eu pour but que de faire mon propre malheur. Ce qui devrait m’apporter la liberté m’apporte l’esclavage et les pierres en guise de pain. Les autres hommes ont d’autres maîtres. En ce qui me concerne, mon talent me rend esclave au point de pas oser l’employer, de peur de l’avoir perdu. De plus, je suis tellement esclave de mon nom que j’ose à peine écrire une ligne, de peur de lui nuire. Et, lorsque la dépression arrive finalement, je suis aussi son esclave. Mon plus grand désir est de la retenir, mon plus grand plaisir est de sentir que tout ce que je valais résidait dans ce que je crois avoir perdu : la capacité de créer de la beauté à partir de mon désespoir, de mon dégoût et de mes faiblesses. Avec une joie amère, je désire voir mes maisons tomber en ruine et me voir moi-même enseveli sous la neige de l’oubli. Mais la dépression est une poupée russe et, dans la dernière poupée, se trouvent un couteau, une lame de rasoir, un poison, une eau profonde et un saut dans un grand trou. Je finis par devenir l’esclave de tous ces instruments de mort. Ils me suivent comme des chiens, à moins que le chien, ce ne soit moi. Et il me semble comprendre que le suicide est la seule preuve de la liberté humaine.

 

Mais, venant d’une direction que je ne soupçonne pas encore, voici que s’approche le miracle de la libération. Cela peut se produire sur le rivage, et la même éternité qui, tout à l’heure, suscitait mon effroi est maintenant le témoin de mon accession à la liberté. En quoi consiste donc ce miracle ? Tout simplement dans la découverte soudaine que personne, aucune puissance, aucun être humain, n’a le droit d’énoncer envers moi des exigences telles que mon désir de vivre vienne à s’étioler. Car si ce désir n’existe pas, qu’est-ce qui peut alors exister ?

Puisque je suis au bord de la mer, je peux apprendre de la mer. Personne n’a le droit d’exiger de la mer qu’elle porte tous les bateaux, ou du vent qu’il gonfle perpétuellement toutes les voiles. De même, personne n’a le droit d’exiger de moi que ma vie consiste à être prisonnier de certaines fonctions. Pour moi, ce n’est pas le devoir avant tout mais : la vie avant tout. Tout comme les autres hommes, je dois avoir droit à des moments où je puisse faire un pas de côté et sentir que je ne suis pas seulement une partie de cette masse que l’on appelle la population du globe, mais aussi une unité autonome.

 

Ce n’est qu’en un tel instant que je peux être libre vis-à-vis de tous les faits de la vie qui, auparavant, ont causé mon désespoir. Je peux reconnaître que la mer et le vent ne manqueront pas de me survivre et que l’éternité se soucie peu de moi. Mais qui me demande de me soucier de l’éternité ? Ma vie n’est courte que si je la place sur le billot du temps. Les possibilités de ma vie ne sont limitées que si je compte le nombre de mots ou le nombre de livres auxquels j’aurai le temps de donner le jour avant de mourir. Mais qui me demande de compter ? Le temps n’est pas l’étalon qui convient à la vie. Au fond, le temps est un instrument de mesure sans valeur car il n’atteint que les ouvrages avancés de ma vie. Mais tout ce qui m’arrive d’important et tout ce qui donne à ma vie son merveilleux contenu : la rencontre avec un être aimé, une caresse sur la peau, une aide au moment critique, le spectacle du clair de lune, une promenade en mer à la voile, la joie que l’on donne à un enfant, le frisson devant la beauté, tout cela se déroule totalement en dehors du temps. Car peu importe que je rencontre la beauté l’espace d’une seconde ou l’espace de cent ans. Non seulement la félicité se situe en marge du temps mais elle nie toute relation entre celui-ci et la vie. Je soulève donc de mes épaules le fardeau du temps et, par la même occasion, celui des performances que l’on exige de moi. Ma vie n’est pas quelque chose que l’on doive mesurer. Ni le saut du cabri ni le lever du soleil ne sont des performances. Une vie humaine n’est pas non plus une performance, mais quelque chose qui grandit et cherche à atteindre la perfection. Et ce qui est parfait n’accomplit pas de performance : ce qui est parfait oeuvre en état de repos. Il est absurde de prétendre que la mer soit faite pour porter des armadas et des dauphins. Certes, elle le fait – mais en conservant sa liberté. Il est également absurde de prétendre que l’homme soit fait pour autre chose que pour vivre. Certes, il approvisionne des machines et il écrit des livres, mais il pourrait tout aussi bien faire autre chose. L’important est qu’il fasse ce qu’il fait en toute liberté et en pleine conscience de ce que, comme tout autre détail de la création, il est une fin en soi. Il repose en lui-même comme une pierre sur le sable. Je peux même m’affranchir du pouvoir de la mort. Il est vrai que je ne peux me libérer de l’idée que la mort marche sur mes talons et encore moins nier sa réalité. Mais je peux réduire à néant la menace qu’elle constitue en me dispensant d’accrocher ma vie à des points d’appui aussi précaires que le temps et la gloire.

 

Par contre, il n’est pas en mon pouvoir de rester perpétuellement tourné vers la mer et de comparer sa liberté avec la mienne. Le moment arrivera où je devrai me retourner vers la terre et faire face aux organisateurs de l’oppression dont je suis victime. Ce que je serai alors contraint de reconnaître, c’est que l’homme a donné à sa vie des formes qui, au moins en apparence, sont plus fortes que lui. Même avec ma liberté toute récente je ne puis les briser, je ne puis que soupirer sous leur poids. Par contre, parmi les exigences qui pèsent sur l’homme, je peux voir lesquelles sont absurdes et lesquelles sont inéluctables. Selon moi, une sorte de liberté est perdue pour toujours ou pour longtemps. C’est la liberté qui vient de la capacité de posséder son propre élément. Le poisson possède le sien, de même que l’oiseau et que l’animal terrestre. Thoreau avait encore la forêt de Walden – mais où est maintenant la forêt où l’être humain puisse prouver qu’il est possible de vivre en liberté en dehors des formes figées de la société ? Je suis obligé de répondre : nulle part. Si je veux vivre libre, il faut pour l’instant que je le fasse à l’intérieur de ces formes. Le monde est donc plus fort que moi. A son pouvoir je n’ai rien à opposer que moi-même – mais, d’un autre côté, c’est considérable. Car, tant que je ne me laisse pas écraser par le nombre, je suis moi aussi une puissance. Et mon pouvoir est redoutable tant que je puis opposer la force de mes mots à celle du monde, car celui qui construit des prisons s’exprime moins bien que celui qui bâtit la liberté. Mais ma puissance ne connaîtra plus de bornes le jour où je n’aurai plus que le silence pour défendre mon inviolabilité, car aucune hache ne peut avoir de prise sur le silence vivant. Telle est ma seule consolation. Je sais que les rechutes dans le désespoir seront nombreuses et profondes, mais le souvenir du miracle de la libération me porte comme une aile vers un but qui me donne le vertige : une consolation qui soit plus qu’une consolation et plus grande qu’une philosophie, c’est-à-dire une raison de vivre.

 

Titre original: Vârt behov av tröst © Norstedt & Söners, Stockholm 1952

 

© ACTES SUD, 1981 pour la traduction française

 

21:37 14/05/2010 Publié dans Général | Lien permanent | Tags : humoeurs |  Facebook

17
mar

Un anonyme n’est pas un inconnu

anonyme

CLIC: Soyons anonyme(s)! (un texte que j'ai écrit sous influence(s).

Pour se procurer un DVD du film Anonyme, contactez :

- Sandra Démal 
- GSARA - DISC 
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Il est en vente au prix de 18€ TVAC.

N.B. Si vous avez raconté une histoire dans le cadre de l’appel lancé pour la bande son du film, vous pouvez demander 1 exemplaire gratuit.

 

 

 

18:14 17/03/2010 Publié dans Général | Lien permanent | Tags : place net, humoeurs, arts |  Facebook

19
fév

HumOeurs

Emmet Gowin rennie booher, 1972

"C'est ainsi que je pénétrai dans la grotte du secret langage ; et ayant été saisi par la pierre et aspiré par le métal, je dus refaire les mille chemins de la captivité à la délivrance.
Et me trouvant aux confins de la lumière, debout sur toutes les îles de la nuit, je répétais de naufrage en naufrage ce mot, le plus terrible de tous : ici."

Psaume de la maturation - Oscar Vladislas de Lubicz Milos

20:50 19/02/2010 Publié dans Général | Lien permanent | Tags : humoeurs |  Facebook

13
jan

Sa nuit chez Maud

ma nuit chez Maud - Rohmer









 

Voilà qui est bon.

21:55 13/01/2010 Publié dans Général | Lien permanent | Tags : arts, ego trip-e, humoeurs |  Facebook

11
jan

the rifle

http://www.youtube.com/watch?v=sJFZUpmv62c

they are all running...

16:45 11/01/2010 Publié dans Général | Lien permanent | Tags : humoeurs |  Facebook

4
jan

"Évidence d’aujourd’hui, imagination d’hier."

Script de L'Ile aux fleurs, Jorge Furtado, Brésil, 1989. 
 

Ce film n'est pas une fiction.  Il existe un lieu appelé Ile aux fleurs.

Dieu n'existe pas.

Nous sommes à Belém Novo, banlieue de Porto Alegre, état du Rio Grande do Sul, à l'extrême sud du Brésil. Plus précisément à trente degrés douze minutes et trente secondes de latitude sud, et cinquante et un degrés, onze minutes et vingt-trois secondes de longitude ouest. Actuellement, nous marchons dans une plantation de tomates, et nous pouvons voir, debout devant nous, un être humain. En l'occurrence un Japonais.

 

Les Japonais se distinguent des autres êtres humains par la forme de leurs yeux, leurs cheveux noirs et leur nom caractéristique. Le Japonais en question s'appelle Suzuki.

 

Les êtres humains sont des animaux mammifères, bipèdes, qui se distinguent des autres mammifères comme les baleines, ou bipèdes comme la poule, principalement par deux caractéristiques : le télencéphale hautement développé et le pouce préhenseur. Le télencéphale hautement développé permet aux êtres humains d'emmagasiner des informations, de les mettre en relation, de les ordonner et de les comprendre. Le pouce préhenseur permet aux êtres humains un mouvement de pince des doigts. Celui-ci, à son tour, permet une manipulation de précision. Le télencéphale hautement développé, allié à la capacité de faire un mouvement de pince avec les doigts, donna à l'être humain la possibilité de réaliser d'innombrables améliorations sur sa planète. Entre autres, de cultiver des tomates.

 

La tomate, contrairement à la baleine, à la poule et au Japonais, est un végétal. Plante de la famille des solanacées, la tomate commença à être cultivée pour ses qualités alimentaires à partir de 1800. La planète Terre produit environ soixante et un millions de tonnes de tomates par an. Monsieur Suzuki, bien que travaillant environ douze heures par jour, est responsable d'une partie infime de cette production. L'utilité principale de la tomate est l'alimentation des êtres humains. Monsieur Suzuki est un Japonais, et donc, un être humain. Cependant, Monsieur Suzuki ne plante pas des tomates dans l'intention de les manger. Presque toutes les tomates produites par Monsieur Suzuki sont livrées à un supermarché en échange d'argent.

 

L'argent a probablement été créé à l'initiative de Gygès, roi de Lydie, grand royaume d'Asie mineure, au VIIème siècle avant Jésus-Christ.

 

Jésus-Christ était un Juif. Les Juifs ont le télencéphale hautement développé et le pouce préhenseur. Ce sont donc des êtres humains.

 

Jusqu'à la création de l'argent, l'économie se basait sur l'échange direct. La difficulté d'évaluer la quantité de tomates équivalant à une poule, et les problèmes de l'échange direct de poules contre des baleines ont été les motivations principales de la création de l'argent. Depuis le IIIème siècle avant Jésus-Christ, n'importe quelle action ou objet produit par les êtres humains, fruit de la conjugaison des efforts du télencéphale hautement développé et du pouce préhenseur, de même que toutes les choses vivantes ou non vivantes sur la Terre : tomates, poules et baleines, peuvent être échangées contre de l'argent.

 

Pour faciliter l'échange de tomates contre de l'argent, les êtres humains ont créé les supermarchés.

 

Madame Anete est un bipède mammifère catholique apostolique romain. Elle a le télencéphale hautement développé et le pouce préhenseur. Par conséquent, c'est un être humain. Elle est venue à ce supermarché pour, entre autres choses, échanger son argent contre des tomates. Madame Anete a obtenu son argent en échange du travail qu'elle effectue. Elle utilise son télencéphale hautement développé et son pouce préhenseur pour échanger des parfums contre de l'argent.

 

Les parfums sont des liquides normalement extraits des fleurs, et qui donnent aux êtres humains une odeur plus agréable qu'au naturel.

 

Madame Anete n'extrait pas le parfum des fleurs. Elle échange avec une entreprise une quantité déterminée d'argent contre des parfums. Après quoi, Madame Anete fait du porte à porte pour échanger ces parfums contre une quantité un peu supérieure d'argent. La différence entre ces deux quantités s'appelle : le profit.

 

Longtemps interdit aux catholiques, le profit aujourd'hui est libre pour tous les êtres humains. Le profit de Madame Anete est inférieur à celui d'une entreprise. Mais il est suffisant pour être échangé contre un kilo de tomates et deux kilos de viande. En l'occurrence, de porc.

 

Le porc est un mammifère, comme les êtres humains et les baleines, cependant quadrupède. Il sert d'aliment aux Japonais, aux catholiques et autres êtres humains, à l'exception des Juifs.

 

Les aliments que Madame Anete a échangés contre de l'argent, lui-même échangé contre des parfums extraits des fleurs, seront totalement consommés par sa famille en l'espace d'un jour.

 

Un jour, c'est l'espace de temps que met la planète Terre pour effectuer un tour complet sur son axe. La moitié d'un jour, c'est midi.

 

La famille est la communauté formée par un homme et une femme unis par le lien matrimonial, et par les enfants nés de ce mariage.

 

Quelques tomates que Monsieur Suzuki a échangées contre de l'argent et qui à leur tour ont été échangées contre l'argent que Madame Anete a obtenu grâce au profit dû à l'échange des parfums extraits des fleurs, ont été transformées en sauce pour la viande de porc. Une de ces tomates, que Madame Anete n'a pas jugée bonne pour la sauce, a été mise aux ordures.

 

Les ordures, c'est tout ce qui est produit par les êtres humains dans une conjugaison d'efforts du télencéphale hautement développé et du pouce préhenseur et qui, selon le jugement d'un être humain déterminé, n'est pas bon pour la sauce. Une ville comme Porto Alegre, habitée par plus d'un million d'êtres humains, produit environ cinq cents tonnes d'ordures par jour. Les ordures attirent tous les types de germes et bactéries qui, à leur tour, sont la cause de maladies. Les maladies nuisent sérieusement au bon fonctionnement des êtres humains. Même quand elles ne provoquent pas de maladies, l'aspect et l'odeur des ordures sont extrêmement désagréables. C'est pour cela qu'on emmène les ordures dans des endroits déterminés, très loin, où elles peuvent librement salir, sentir mauvais et attirer des maladies.

 

A Porto Alegre, un de ces endroits choisis pour que les ordures sentent mauvais et attirent des maladies s'appelle l'Ile aux fleurs.

 

Une île est une portion de terre entourée d'eau de tous côtés.

 

L'eau est une substance inodore, insipide et incolore, formée par deux atomes d'hydrogène et un atome d'oxygène.

 

Les fleurs sont les organes reproducteurs des plantes, généralement odorantes et de couleur vive. Des fleurs odorantes, on extrait les parfums, comme ceux que Madame Anete échangea contre de l'argent qu'elle échangea pour des tomates.

 

Il y a peu de fleurs sur l'Ile aux fleurs. Il y a par contre beaucoup d'ordures, et parmi elles, la tomate que Madame Anete jugea n'étant pas bonne pour la sauce de la viande de porc. Il y a aussi beaucoup de porcs, sur l'île. La tomate que Madame Anete jugea inadéquate au porc qui allait servir d'aliment pour sa famille peut devenir un excellent aliment pour le porc et sa famille, selon le jugement du porc. Il faut rappeler que Madame Anete a le télencéphale hautement développé, alors que le porc n'a pas même de pouce, et encore moins préhenseur.

 

Le porc a cependant un propriétaire. Le propriétaire du porc est un être humain avec le télencéphale hautement développé, le pouce préhenseur, et de l'argent. Le propriétaire du porc a échangé une petite quantité de son argent contre un terrain sur l'Ile aux fleurs. Il est ainsi devenu propriétaire du terrain.

 

Un terrain est une portion de terre qui a un propriétaire et une clôture. Ce terrain, où les ordures sont déposées, a été clos pour que les porcs ne puissent en sortir, et pour que les autres êtres humains ne puissent y entrer.

 

Les employés du propriétaire du porc séparent des ordures les matières d'origine organique qu'ils jugent adéquates à l'alimentation du porc.

 

D'origine organique est tout ce qui un jour a été vivant, sous la forme animale ou végétale. Les tomates, les poules, les porcs, les fleurs et le papier sont d'origine organique. Ce papier, par exemple, a été utilisé pour l'élaboration d'un contrôle d'histoire à l'école Notre Dame des douleurs, et soumis à l'élève Anne-Louise Nounes, un être humain.

 

Un contrôle d'histoire teste les capacités du télencéphale d'un être humain de se souvenir des données qui se réfèrent à l'étude de l'histoire. Par exemple, qui fut Gengis Khan ? Quels étaient les deux fleuves de la Mésopotamie ?

 

Se souvenir, c'est vivre.

 

Quelques matières d'origine organique, comme les tomates et les contrôles d'histoire, sont donnés aux porcs comme aliment. Ce qui a été considéré inadéquat à l'alimentation des porcs sera utilisé pour l'alimentation de femmes et d'enfants.

 

Les femmes et les enfants sont des êtres humains avec le télencéphale hautement développé, le pouce préhenseur, et sans argent.

 

Ceux-ci n'ont pas de propriétaire. Et pire encore, ils sont nombreux.

 

Parce qu'ils sont nombreux, ils sont organisés en groupes de dix par les employés du propriétaire du porc, et ont la permission de passer à l'intérieur de l'enclos. A l'intérieur de l'enclos, ils peuvent prendre tous les aliments que les employés du propriétaire du porc ont jugés inadéquats pour le porc. Les employés du propriétaire du porc ont stipulé que chaque groupe de dix êtres humains a cinq minutes pour rester à l'intérieur de l'enclos afin de ramasser les matières d'origine organique.

 

Cinq minutes, c'est trois cents secondes.

 

Depuis 1958, la seconde est définie comme étant équivalente à neuf milliards cent quatre-vingt-douze millions six cent trente et un mille sept cent soixante-dix cycles de radiation d'un atome de césium.

 

Le césium est une matière non organique trouvée dans les ordures de la ville de Goiania.

 

La tomate, plantée par Monsieur Suzuki, échangée contre de l'argent avec le supermarché, échangée contre l'argent que Madame Anete a échangé contre des parfums extraits des fleurs, refusée pour la sauce du porc, jetée aux ordures et refusée par les porcs comme aliment, est maintenant disponible pour les êtres humains de l'Ile aux fleurs.

 

Ce qui place les êtres humains après les porcs dans la priorité de choix des aliments, c'est le fait de n'avoir ni argent, ni propriétaire.

 

Les êtres humains se distinguent des autres animaux par le télencéphale hautement développé, par le pouce préhenseur, et par le fait d'être libres.

 

Libre est l'état de celui qui jouit de liberté.

 

Liberté est un mot que le rêve humain alimente. Il n'existe personne qui l'explique, et personne qui ne le comprenne.

http://www.dailymotion.com/video/x13fp_ile-aux-fleurs_creation

14:11 04/01/2010 Publié dans Général | Lien permanent | Tags : humoeurs |  Facebook

1
jan

Muse, hic.

Je m’adresse ici à cette femme uniquement parce qu’elle est absente (à qui écrirait-on sinon à une personne absente ?). De par son éloignement, elle se confond avec ma nostalgie, s’insinue entre moi et la plupart de mes pensées. Il n’est pas question, certes, qu’elle soit objet aimé, seulement substance de mélancolie, image – fortuite peut-être mais cependant appropriée – de tout ce qui me manque, c’est-à-dire de tout ce que je désire et qui me tient de ce besoin urgent de m’exprimer, de formuler en phrases plus ou moins convaincantes le toujours trop peu que je ressens et de le fixer sur un papier, pénétré que je suis de l’idée qu’une muse est nécessairement une morte, une inaccessible ou une absente, que l’édifice poétique – semblable à un canon qui n’est qu’un trou avec du bronze autour – ne saurait reposer que sur ce qu’on n’a pas, et qu’il ne peut, tout compte fait, s’agir d’écrire que pour combler un vide ou tout au moins situer, par rapport à la partie la plus lucide de nous-même, le lieu ou bée cet incommensurable abîme.

Michel Leiris, L’âge d’homme

pornographie-edouard-leve-2002

bienvenue?

21:58 01/01/2010 Publié dans Général | Lien permanent | Tags : humoeurs |  Facebook

21
déc

évidemment

Deepboy HAPPY DEAD SANTA 2

Personne ne peut lui échapper...

23:22 21/12/2009 Publié dans Général | Lien permanent | Tags : humoeurs |  Facebook

9
déc

Violette Leduc (merci C.), l'héroïne

vagina dentata


"Je ferme les volets, je dis bonjour, je dis adieu à la lune fragile.
Les contrevents de l'hôtel meublé : ma fierté. J'éteins l'électricité,
je me lave les mains à côté du bruit grelottant des salsifis.
Ah ! floconnement des familles.
Non, ce soir pas de plaisir solitaire en attendant le dîner.
C'est un coup de grâce quand ça commence à trente ans, quand vous avez été plaquée.
Plaisir solitaire, lumière dans un miroir à Cayenne.
Tu coules jusqu'aux genoux, tu serais donc une source, solitude.
Ce soir je me désole, ce soir je me désolerai parce que je ne comprends pas la philosophie. Désolation de quatorze années.
Lire Kant, Descartes, Hegel, Spinoza comme ils lisent les romans policiers. Plus j'insiste, plus je m'efforce, plus je pèse le paragraphe,
le mot, la ponctuation, la phrase, plus je me détache de la phrase,
de la ponctuation, du mot. Plus je me donne au texte, plus le texte est avare.
De la braise envoyant du froid, voilà ce qu'une sotte obtient.
Vingt fois, le titre de la troisième partie de l'Ethique de Spinoza m'a enivrée : "De l'origine et de la nature des affections".
J'ouvre le livre à la page 243, je lis au-dessous de "Définitions", qui me grise aussi :
"J'appelle cause adéquate celle dont on peut percevoir l'effet clairement et distinctement par elle-même; j'appelle cause inadéquate ou partielle celle dont on ne peut connaître l'effet
par elle seule." Je m'emballais avant de commencer et voici que, lancée à bride abattue, je tombe sur "cause adéquate".
J'ouvre Larousse et Larousse me sert. "Cause adéquate".
Cloques d'ignorance, j'ai au front pour l'adjectif rébarbatif.
Mon petit front, il me désolait; mon petit front, je le triturais
parce qu'il est chétif, dégénéré. "Cause adéquate. Cause inadéquate." L'affection commence mal. Je suis un vieux chêne, il est vieux,
je suis vieille. Adéquate, inadéquate.
Mes cheveux s'allongent, si c'étaient des glaçons...
je mourrais de froid avec mon désir inutile de devenir intelligente. (...)"

 

La Bâtarde

15:30 09/12/2009 Publié dans Général | Lien permanent | Tags : humoeurs, lis tes ratures |  Facebook

je connais un abribus qui a des odeurs de cage d'ours

(surprise, la porte a un TOC, elle s'ouvre sans être cognée).

April - July 05 696

http://www.youtube.com/watch?v=3Eb5SbC2VTo

00:22 09/12/2009 Publié dans Général | Lien permanent | Tags : humoeurs |  Facebook