9
oct

pré-occupations

fuck u col.jpgMes occupations

Je peux rarement voir quelqu'un sans le battre. D'autres préfèrent le monologue intérieur.
Moi non. J'aime mieux battre.
Il y a des gens qui s'assoient en face de moi au restaurant et ne disent rien, ils restent un certain temps, car ils ont décidé de manger.
En voici un.
Je te l'agrippe, toc.
Je te le ragrippe, toc.
Je le pends au portemanteau.
Je le décroche.
Je le repends.
Je le décroche.
Je le mets sur la table, je le tasse et l'étouffe.
Je le salis, je l'inonde.
Il revit.
Je le rince, je l'étire (je commence à m'énerver, il faut en finir), je le masse, je le serre, je le résume et l'introduis dans mon verre, et jette ostensiblement le contenu par terre, et dis au garçon: «Mettez-moi donc un verre plus propre.»
Mais je me sens mal, je règle promptement l'addition et je m'en vais.

Henri Michaux

16:34 09/10/2015 | Lien permanent | Tags : humoeurs |  Facebook

Anaïs & Antonin

Lettre d’Anaïs Nin à Antonin Artaud

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Le toi qui fait presque mal

 

Anais Nin (21 février 1903 – 14 janvier 1977), la dévoreuse d’intellectuels auteure de Venus Erotica, est connue pour sa liaison passionnée et sulfureuse avec Henry Miller qui déchaînera les passions et sera un grand motif d’inspiration pour l’écrivain. La relation que l’on connaît moins fut celle, troublante, qu’elle partagea, alors qu’elle était mariée, avec l’artiste prolifique Antonin Artaud. Selon son Journal, leur première nuit fut un échec, Artaud ne parvenant pas à lui faire l’amour. Il lui avoue prendre trop d’opium, et la somme de partir. 

 

 

 

 

"18 juin 1933.

Nanaqui,

Je voudrais revivre mille fois ce moment sur les quais, et toutes les heures de cette soirée. Je veux sentir encore cette violence et votre douceur, vos menaces, votre despotisme spirituel… toutes les craintes que vous m’inspirez, et les joies si aiguës. Craintes parce que vous attendez tant de moi… l’éternité, l’éternel… Dieu… ces mots… Toutes ces questions que vous m’avez posées. Je répondrai doucement à vos questions. Si j’ai semblé me dérober, c’est uniquement parce qu’il y avait trop à dire. Je sens la vie toujours en cercle, et je ne peux pas détacher un fragment parce qu’il me semble qu’un fragment n’a pas de sens. Mais tout semble se résoudre, se fondre dans l’étreinte, dans la confiance de l’instinct, dans la chaleur et la fusion des corps. Je crois entièrement à ce que nous sentons l’un en face de l’autre, je crois à ce moment où nous avons perdu toute notion de la réalité et de la séparation et de la division entre les êtres. Quand les livres sont tombés, j’ai senti un allègement. Après cela, tout est devenu simple… simple et grand et doux. Le toi qui fait presque mal, tellement il lie… le toi et tout ce que tu m’as dit, j’oublie les mots, j’entends la tendresse et je me souviens que tu as été heureux. Tout le reste ne sont que tortures de nos esprits, les fantômes que nous créons… parce que pour nous l’amour a des répercussions immenses. Il doit créer, il a un sens en profondeur, il contient et dirige tout. Pour nous il a cette importance, d’être mêlé, lié, avec tous les élans et les aspirations… Il a trop d’importance pour nous. Nous le confondons avec la religion, avec la magie.

Pourquoi, avant de nous asseoir au café, as-tu cru que je m’éloignais de toi simplement parce que j’étais légère, joyeuse, souriante un instant ? N’accepterais-tu jamais ces mouvements, ces flottements d’algue ? Nanaqui, il faut que tu croies à l’axe de ma vie, parce que l’expansion de moi est immense, trompeuse, mais ce n’est que les contours… Je voudrais que tu lises mon journal d’enfant pour que tu voies combien j’ai été fidèle à certaines valeurs. Je crois reconnaître toujours les valeurs réelles… par exemple quand je t’ai distingué comme un être royal dans un domaine qui a hanté ma vie.

Nanaqui, ce soir je ne veux pas remuer les idées, je voudrais ta présence. Est-ce qu’il t’arrive de choisir ainsi un moment précieux (notre étreinte sur les quais) et de t’y raccrocher, de fermer les yeux, de le revivre, fixement, comme dans une transe où je ne sens plus la vie présente, rien, rien que ce moment ? Et après, la nuit, la succession de tes gestes, et de tes mots, de la fièvre, de l’inquiétude, un besoin de te revoir, une grande impatience."

15:10 09/10/2015 | Lien permanent | Tags : lis tes ratures, humoeurs, luv |  Facebook

17
sep

Lettre d'André Breton aux voyantes

lis tes ratures, humoeurs"Mesdames,

Il est temps : de grâce faites justice. À cette heure des jeunes filles belles comme le jour se meurtrissent les genoux dans les cachettes où les attire tour à tour l'ignoble bourdon blanc. Elles s'accusent de péchés parfois adorablement mortels (comme s'il pouvait y avoir des péchés) tandis que l'autre vaticine, bouge ou pardonne. Qui trompe-t-on ici ?

Je songe à ces jeunes filles, à ces jeunes femmes qui devraient mettre toute leur confiance en vous, seules tributaires et seules gardiennes du Secret. Je parle du grand Secret, de l'Indérobable. Elles ne seraient plus obligées de mentir. Devant vous comme ailleurs elles pourraient être les plus élégantes, les plus folles. Et vous écouter, à peine vous pressentir, d'une main lumineuse et les jambes croisées.

Je pense à tous les hommes perdus dans les tribunaux sonores. Ils croient avoir à répondre ici d'un amour, là d'un crime. Ils fouillent vainement leur mémoire : que s'est-il donc passé ? Ils ne peuvent jamais espérer qu'un acquittement partiel. Tous infiniment malheureux. Pour avoir fait ce qu'en toute simplicité ils ont cru faire, encore une fois pour n'avoir pas pris les ordres du merveilleux (faute d'avoir su le plus souvent comment les prendre), les voici engagés dans une voie dont le plus douloureusement du monde ils finiront bien par sentir qu'elle n'était pas la leur, et qu'il dépendît d'un secours extérieur, aléatoire du reste par excellence, qu'ils refusassent dans ce sens d'aller plus loin. La vie, l'indésirable vie passe à ravir. Chacun y va de l'idée qu'il réussit à se faire de sa propre liberté, et Dieu sait si généralement cette idée est timide. Mais l'épingle, la fameuse épingle qu'il n'arrive quand même pas à tirer du jeu, ce n'est pas l'homme d'aujourd'hui qui consentirait à en chercher la tête parmi les étoiles. Il a pris, le misérable, son sort en patience et, je crois bien, en patience éternelle. Les intercessions miraculeuses qui pourraient se produire en sa faveur, il se fait un devoir de les méconnaître. Son imagination est un théâtre en ruines, un sinistre perchoir pour perroquets et corbeaux. Cet homme ne veut plus en faire qu'à sa tête ; à chaque instant, il se vante de tirer au clair le principe de son autorité. Une prétention extravagante commanda peut-être tous ses déboires. […] Il est bien entendu que la science officielle, une fois rassurée, un rapport accablant venant renforcer beaucoup d'autres rapports, de nouveau l'Evidence terrible s'imposait. Ainsi de nous, de ceux d'entre nous à qui l'on veut bien accorder quelque « talent », ne serait-ce que pour déplorer qu'ils en fassent si mauvais usage et que l'amour du scandale - on dit aussi de la réclame - les porte à de si coupables extrémités. Alors qu'il en reste de si jolis romans à écrire, et des œuvres poétiques même si, de notre vivant, seraient lues et qui seraient, on nous le promet, très appréciées après notre mort.

Qu'importe au reste ! Mesdames, je suis aujourd'hui tout à votre disgrâce. Je sais que vous n'osez plus élever la voix, que vous ne daignez plus user de votre toute-puissante autorité que dans les tristes limites « légales ». Je revois les maisons que vous habitez, au troisième étage, dans les quartiers plus ou moins retirés des villes. Votre existence et le peu qu'on vous tolère, en dépit de toute la conduite qu'on observe autour de vous, m'aident à supporter la vacance extraordinaire de cette époque et à ne pas désespérer. Qu'est-ce qu'un baromètre qui tient compte du « variable », comme si le temps pouvait être incertain ? Le temps est certain : déjà l'homme que je serai prend à la gorge l'homme que je suis, mais l'homme que j'ai été me laisse en paix. On nomme cela mon mystère, mais je ne crois pas (je ne tiens pas) et nul ne croit tout à fait pour soi-même à l'impénétrabilité de ce mystère. Le grand voile qui tombe sur mon enfance ne me dérobe qu'à demi les étranges années qui précéderont ma mort. Et je parlerai un jour de ma mort. J'avance en moi, sur moi, de plusieurs heures. La preuve en est que ce qui m'arrive ne me surprend que dans la mesure exacte où j'ai besoin de ne plus être surpris. Je veux tout savoir : je peux tout me dire.

[…] Tout ce qui m'est livré de l'avenir tombe dans un champ merveilleux qui n'est rien moins que celui de la possibilité absolue et s'y développe coûte que coûte. Que la réalité se charge ou non de vérifier par la suite les assertions que je tiens de vous, je n'accorderai pas une importance capitale à cette preuve arithmétique comme le feraient tous ceux qui n'auraient pas tenté pour leur compte la même opération. De ce calcul par tâtonnements qui fait que je suppose à chaque instant le problème de ma vie résolu, adoptant pour cela les résultats arbitraires ou non, mais toujours grands, que vous voulez bien me soumettre, il se peut que je me propose de déduire passionnément ce que je ferai. […] J'ai foi dans tout ce que vous m'avez dit.

Il vous appartient, Mesdames, de nous faire confondre le fait accomplissable et le fait accompli. J'irai même plus loin. Cette différence qui passait pour irréductible entre les sensations probables d'un aéronaute et ses sensations réelles, que quelqu'un se vanta jadis de tenir pour essentielle et d'évaluer avec précision, dont il s'avisa même de tirer, en matière d'attitude humaine, d'extrêmes conséquences, cette différence cesse de jouer ou joue tout différemment dès que ce n'est plus moi qui propose, qui me propose, et que je vous permets de disposer de moi. […] C'est à croire qu'il ne me manquait que d'être précipité par vous de tout mon long, sur le sol, non plus comme on est pour guetter, mais pour embrasser, pour couvrir toute l'ombre en avant de soi-même. […] On voit qu'à sa manière l'action me séduit aussi et que je fais le plus grand cas de l'expérience, puisque je cherche à avoir l'expérience de ce que je n'ai pas fait ! Il y a des gens qui prétendent que la guerre leur a appris quelque chose ; ils sont tout de même moins avancés que moi, qui sait ce que me réserve l'année 1939.

En haine de la mémoire, de cette combustion qu'elle entretient partout où je n'ai plus envie de rien voir, je ne veux plus avoir affaire qu'à vous. Puisque c'est à vous qu'il a été donné de nous conserver cet admirable révélateur sans lequel nous perdrions jusqu'au sens de notre continuité, puisque vous seules savez faire s'élancer de nous un personnage en tous points semblable à nous-mêmes qui, par-delà la table aux innombrables couverts autour de laquelle nous allons tenir nos vains conciliabules, ira nous précéder victorieusement.

C'est à dessein que je m'adresse à vous toutes, parce que cet immense service il n'est aucune d'entre vous qui ne soit capable de nous le rendre. Pourvu que vous ne sortiez pas du cadre infiniment vaste de vos attributions, toute distinction de mérite entre vous me paraît oiseuse, selon moi votre qualification est la même. Ce qui sera, par la seule vertu du langage : rien au monde peut s'y opposer. J'accorde que cela peut être plus ou moins bien dit, mais c'est tout.

Où réside votre seul tort, c'est dans l'acceptation de la scandaleuse condition qui vous est faite, d'une pauvreté relative qui vous oblige à « recevoir » de telle à telle heure, comme les médecins ; dans la résignation aux outrages que ne nous ménage pas l'opinion, l'opinion matérialiste, l'opinion réactionnaire, l'opinion publique, la mauvaise opinion. Se peut-il que les persécutions séculaires vous détournent à jamais de lancer à travers le monde, en dépit de ceux qui ne veulent pas l'entendre, la grande parole annonciatrice ? Douteriez-vous de votre droit et de votre force au point de vouloir paraître longtemps faire comme les autres, comme ceux qui vivent d'un métier ? Nous avons vu les poètes aussi se dérober par dédain à la lutte et voici pourtant qu'ils se ressaisissent, au nom de cette parcelle de voyance, à peine différente de la vôtre, qu'ils ont. Assez de vérités particulières, assez de lueurs splendides gardées dans des anneaux ! Nous sommes à la recherche,  nous sommes sur la trace d'une vérité morale dont le moins qu'on puisse dire est qu'elle nous interdit d'agir avec circonscription. Il faut que cette vérité soit aveuglante. À quoi pensez-vous, la voilà bien, la prochaine éruption du Vésuve ! Ne vous abandonnez pas ; nous vous reconnaîtrons dans la foule à vos cheveux dénoués. Donnez-nous des pierres brillantes, pour chasser les infâmes prêtres. Nous ne voyons plus de ce monde comme il est, nous sommes absents. Voici déjà l'amour, voici les soldats du passé !"

 

Un an après le Premier Manifeste du Surréalisme, André Breton écrit cette longue lettre aux Voyantes, ces femmes qui portent l’avenir. Appel lyrique à la puissance féminine et aux pouvoirs du surnaturel, plongeant dans les vestiges de l’inconscient, l’auteur de L’amour fou y exalte la vie folle, imprévue, la seule qu’il vaille la peine de vivre.

10:39 17/09/2015 | Lien permanent | Tags : lis tes ratures, humoeurs |  Facebook

28
aoû

Récolte de semelles et peaux et pages pour passagers du vent échoués à Calais.

bertoli coeur milady.jpgcette photo tenace est une promesse (ou une menace) pour une requête:

Nous récoltons des chaussures hommes - femmes - enfants de toutes tailles - pratiques pour la marche pour les passagers du vent arrivant à Calais depuis des années. Leurs chaussures sont confisquées par les autorités afin qu'ils ne puissent pas "repartir" facilement quand ils ont tenté une échappée. Entre autres pratiques d'humiliation.
Nous récoltons aussi des livres, de toutes sortes, en toutes langues afin de les apporter à Calais auprès de deux institutrices qui ont créé une bibliothèque nomade de la jungle..

Ces livres et ces chaussures peuvent être apportés aux Ateliers Mommen durant l'exposition Sur La Route surlaroutexpo.blogspot.be/ entre le 25 septembre et le 5 octobre. Les chaussures seront employées à "garnir" une installation que je propose pour l'expo.

Nous emporterons livres et chaussures mi-octobre vers Calais.

Nous remercions d'ores et déjà les premiers donateurs et les prochains, aussi.

11:21 28/08/2015 | Lien permanent | Tags : humoeurs, act-u |  Facebook

Anachronisme-s

anachronisme.jpg

Tout va bien.

11:18 28/08/2015 | Lien permanent | Tags : humoeurs, act-u |  Facebook

18
aoû

Nous cultivons le silence ensemble - Lettre de Fernand Léger à Simone Herman

5 septembre 1932

J'ai envie de bavarder avec vous, il est 10 h. du soir je suis seul ici avec une chienne et Misti le singe — on mange tous les trois des noisettes car c'est l'époque des noisettes il y en a dans les herbages — vous ne savez sans doute pas cela — que faites-vous aujourd'hui 10 h. samedi ? que fait-elle ? Je cherche elle n'est pas couchée naturellement. Elle évolue gracieusement dans des événements qu'elle invente pour son plaisir. — Elle cultive bien son plaisir. Vous tenez bien en main maintenant vos possibilités — après diverses épreuves — vous faites la mise au point. Elle a construit son cercle, la vie est ronde c'est un cercle fermé il faut savoir agir sans supporter les angles… surtout pour une femme — un angle c'est vilain c'est masculin — c'est la boucle qui est jolie et terminée — c'est-à-dire que une femme comme vous chérie doit tenir près d'elle sa vie qu'il n'y ait qu'à étendre le bras sans se lever autrement c'est pas joli. Je veux que tout ce que vous faites soit dans un ordre facile et gracieux — comme je suis loin de la conception amour = cocktail — qui est paraît-il le dernier snobisme —

Je suis très vieux truc avec une femme comme vous, me donner tout le mal pour le travail, éviter de rompre votre cercle, l'enjamber sans heurt — pénétrer dedans parce que vous y avez fait une place je m'y installe et j'en sors sanscasser le rond — avec vous c'est comme cela j'en suis sûr — j'adore cette position assez nouvelle pour moi, de délicatesse, d'attention. Vous méritez tellement cela, et comment être autrement je ne vois vraiment pas. J'ai quelquefois envie de marcher sur la pointe du pied, pas de bruit pour vous voir vous entendre. Nous cultivons le silence ensemble souvent. Vous avez sû m'arrêter, me fixer, c'est nouveau et je suis ravi de ce nouvel état des choses. Mon cher adorable objet, o mon délicieux petit objet que je puis tenir dans une main en entier — tout près le soir de près — dans tous ses jolis détails qui brillent même le soir. Vous brillez — le savez-vous — vous êtes lumineuse et cristalline jamais opaque et fixe — c'est une tenue mystérieuse pour moi et votre séduction votre action si forte sur moi est faite de choses qui échappent à une clairvoyance décourageante et brutale. C'est un état de transparence qui fait que l'on croit tenir et on ne tient pas tout — jamais tout  — ma chérie en transparence je vous adore et vous embrasse et arrête le bavardage je pourrais continuer toute la nuit demain, toute la semaine pour vous, car pour vous, où sont les limites — je ne les vois pas —

Je serai le 9 août sûrement à Paris oui — c'est décidé

à vous

F. LÉGER

 

 

(Fernand Léger (4 février 1881- 17 août 1955) est un immense peintre français qui  navigué parmi les avant-gardes du début du vingtième siècle pour trouver un style unique, entre gigantisme et  cubisme. De 1931 à 1940, Fernand Léger vécut une passion à demi secrète avec Simone Herman, son élève. Cette lettre, qui lui est adressée, est une ode à l’amour et livre la prose merveilleusement percutante et touchante d’un Léger métamorphosé.)

11:27 18/08/2015 | Lien permanent | Tags : lis tes ratures, humoeurs, luv |  Facebook

10
jui

... mais je voudrais bien chanter ...

"Tout est substituable. Tout est remplaçable. Tout peut mourir et disparaître : derrière, il y a toujours les remplaçants, un peu comme dans les fêtes foraines, ces figurines qui s'abattent après chaque tir de carabine et qui sont immédiatement remplacées par d'autres, d'autres toujours et encore. Il n'y a donc rien qui oblige à vivre et rien qui n'y oblige pas. Tout, ou presque tout est msensonge, puisque les choses tombent ou peuvent tomber. La seule chose fiable est cette soif de quelque chose qui fait vivre. Mais elle n'est pas totalement fiable car elle doit coexister avec d'autres faims, d'autres soifs, alterner avec elles, et elle peut disparaître plusieurs années avant de réapparaître.

 

Je ne crois en rien de ce qu'on m'a enseigné. Rien ne m'importe. Peu m'importent, en particulier, les conventions, et dieu sait comme on peut être conventionnels, jusqu'à en être infectés.

 

Même être jeune est pur conventionnalisme. Tout comme la rébellion et l'anarchie puériles. Le mythe du poème. Le mythe de la culture. Même le communisme et le socialisme de mes amis ne sont que pur conventionnalisme nauséabond. Comme s'ils pouvaient changer les choses en parlant et en refusant. Je suis contre. Ni religion ni politique ni ordre ni anarchie. Je suis contre ce qui nie la vraie vie. Et tout la nie justement. C'est pour ça que j'ai envie de pleurer et que je n'en ai pas honte, ou plutôt si, j'en ai honte et j'ai envie de me cacher et j'ai même honte de vouloir ne suicider.

 

Les luttes et les querelles poétiques de Bs. As. me font rire maintenant que je suis loin. Art d'avant-garde, sonnets de rimailleurs du dimanche. Tout ça est tellement imbécile. Minuscules, ponctuation et rime. C'est un peu comme si quelqu'un se réveillait un matin avec l'envie de s'asperger d'alcool et de s'immoler par le feu parce que les mots ne veulent rien dire et que le langage est pourri, qu'il est impuissant et sec. Mes jeunes amis avant-gardistes sont aussi conventionnels que les professeurs de littérature. Et s'ils aiment Rimbaud, c'est à cause de l'émerveillement que suscitent en eux certains mots qu'ils ne pourront jamais comprendre. D'ailleurs, ceux qui se prêtent à ces querelles littéraires sont ceux qui sont satisfaits et bien établis. Ce n'est là qu'une activité secondaire pour eux, un hobby nocturne, auquel ils se livrent en se prélassant dans leur lit et en sirotant du café ou du whisky.

 

Tout ça est tellement ridicule. Et moi alors, moi aussi j'ai parlé. Moi aussi j'ai ouvert ma gueule et elle s'est remplie de miasmes. Mais maintenant je sais. Je sais que tout m'est égal. Je sais que rien ne m'est égal et que je veux crever, brûler, exploser. Tout ça, ce n'est pas la vie. Ce n'est pas la poésie. Je veux chanter et il n'y a rien à chanter, personne pour qui chanter. Il n'y a que de la merde, et la merde, on l'insulte.

Mais je voudrais bien chanter"

 

Alejandra Pizarnik, Journal, 24 novembre 1960

 

DSC09294.JPG

 

 

 

 

 

 

 

 

 

(photo prise par NM)

21:41 10/06/2015 | Lien permanent | Tags : humoeurs, lis tes ratures |  Facebook

8
jui

à l'intérieur

des viscères visibles
des conditions perméables
quand le corps conjugue mouvement et restriction
supercherie volontaire
dissimulation des intentions, 
derrière la vague, l'errance perdure
flux, raffut, refus
poursuite d'une ombre
partout dedans
qu'est-ce que tu cherches,
corps barque
solution buvable
sang fumée
attention à la marche
dans la glotte, un son
bon voyage, corps
va à l'intérieur
et ne reviens qu'âme.

Georges Auguste Marbotte. Yunnan, China. c, 1903.jpg

 

 

 

 

 

 

(Georges Auguste Marbotte. Yunnan, China. c, 1903)

 

 

18:30 08/06/2015 | Lien permanent | Tags : textes, humoeurs |  Facebook

5
mai

Héros d'Eros

hansbellmer.jpg (Hans Bellmer)

10:19 05/05/2015 | Lien permanent | Tags : humoeurs, arts |  Facebook

24
avr

Atomic Kitten

JE est une putain femme amoureuse libérée vivier râtelier biotope ancre vieille conne déesse scum manifesto dazed & confuzed en doute vieille croûte salope virginale vaginale clitoridienne anus dei camionneuse néo-bobo post-goth ex-zoulette à mullet obèse à l'aise belle allure quarantenaire exigeante mal polie pas frileuse cellulite Lilith Jane Eyre sorcière aqueduc Violette Leduc angoissée pince-sans-rire peu-peine-à-jouir Epicure pas sinécure very insecure Diogène Cléopâtre 2/3-Parques Badebec Nyx ta mère ab libitum etc.

 

 

au moins.1953- The showgirl and the atom bomb 3.jpg

10:08 24/04/2015 | Lien permanent | Tags : humoeurs |  Facebook

31
déc

à chacune sa suite

texte publié dans la revue Espace de Libertés un été.

Qui sont ces femmes qui soufflent dans nos têtes ?

Mélusine, Jeanne d’Arc, Sœur Emmanuelle (ou Sourire), Lilith, Colette, Hildegarde de Bingen, Madame Claude, Hatchepsout, Cléopâtre, Aung San Suu Kyi, Camille Claudel, Pauline Kergomard, Emmeline Pankhurst, Louise Michel, Grisélidis Réal, Pénélope ne se sont pas rappelées à l’ordre. Elles, ces mâles ratés[1], ces morceaux peu choisis de la côte d’Adam. Elles n’ont pas écouté la distribution, la devise, l’ordre : « Tu devras toujours porter le deuil, être couverte de haillons, et abîmée dans la pénitence afin de racheter la faute d’avoir perdu le genre humain… femme, tu es la porte du diable. »[2]

On le sait, on le dit depuis belle lurette, elles sont des (…).Des fautes par millions, de leurs paroles à leurs actes. Des faits par milliers, de leurs bouches trop rouges à leurs vagins trop bavards. Naturellement, leurs menstrues empêchent les plantes de pousser, font rouiller le fer, donnent la rage aux chiens, c’est connu. Le pape Jean XII[3] a dressé la liste des cent deux vices des femmes (bavardes, criardes, querelleuses, insensées, désobéissantes, impudiques, inconvenantes …). Ces femmes, ces succubes, sont des corps ; des animales, des sensuelles, des tentatrices, des faible(sse)s.
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Et nous parlons ici des plus jeunes car dès qu’elles sont engrossées, qu’elles mettent bas, il faut encore les supporter vieillir. Leurs humeurs dangereuses non évacuées (ménopause… men, ô pause ?) les rendent plus nocives que les pires poisons, qu’elles sont. Vieilles, elles revendiquent parfois des droits à l’autorité, à la sagesse, à la gnose, ce qui profitablement n’est pas considéré, encore moins avalisé.

Heureusement qu’il y a eu des dociles, des convenables, des accommodantes, des gentilles. Les élégantes de Venise montées sur des semelles de cuir de dix-huit centimètres - deux servantes assistent la dame pour marcher, les Précieuses Ridicules parfumées au musc et aux petites fleurs afin de combler l’éros et la rose, les geishas, les concubines, les Vestales, les Sabines, les Loana, … Quelques Vierges à l'enfant ayant donné et donnant encore des dauphins infantiles, recherchant le sein nourricier qu'une image maternelle toute-puissante voudra bien leur donner. Quelques Vénus « bien » proportionnées (ou callipyges en d’autres temps et lieux), des icônes intouchables ou violables, entre les deux, les corps balancent.

Pourtant, rien ne résout le mystère (encore une notion religieuse). Qui sont ces hommes qui réussissent-ratent à tour de bras (deux plus un), qui doivent sans cesse re-conquérir, réentreprendre, entrer en formation, faire le Chemin… leur Passion est le Silence[4] de la femme. Cet appel du vide, ce vertige des profondeurs insondables (sauf pour les Deep Throat[5] les plus honorées) ne demande qu’à être comblé. La jouissance des femmes est une vision de l’esprit, un territoire flou, une ombre tapie dans les cuisines, le monstre des placards (à balais). S’épancher ou s’étancher, les femmes ne savent elles-mêmes pas toujours, alors les Autres, pensez donc. L’aliénation a encore des beaux jours devant elle(s).

© Milady Renoir – août 2012

 



[1] Propos d’Aristote.

[2] Tertullien v230 – 240 - Genèse.

[3] En 954, Jean XII devient pape à l'âge de 18 ans. Il ne pense qu’à faire la cour aux femmes, à festoyer et à participer aux parties de chasse. Surnommé par les chroniqueurs de l’époque, l’Antéchrist siégeant dans le temps de Dieu.

[4] Synonyme de l’extase chez les moniales

[5] Deep throat (Gorge profonde), film pornographique États-Uniens - Une jeune femme, Linda, consulte un médecin pour lui faire part de ses difficultés à atteindre l'extase lors des rapports sexuels. Il l’informe que sa frigidité s’explique par le fait que son clitoris est localisé au fond de sa gorge. Le remède prescrit est simple : il lui suffira d'avaler un organe masculin pour atteindre la satisfaction - http://fr.wikipedia.org/wiki/Gorge_profonde_%28film%29

 

20:01 31/12/2014 | Lien permanent | Tags : girlz, humoeurs |  Facebook

PdV - Corps Sociaux - Voeux

norma et tervueren.jpgSouvent, j'ai cette conversation avec l'un-e ou l'autre avec vous, avec toi, entre nous, sur l'idée de la protection, de l'intégrité du corps, vis-à-vis de soi et vis-à-vis de l'autre, qu'il soit aimé, amant, amoureux, autre.

Ci-après, un article issu d'un blog que je suis régulièrement. Je le suis d'un point de vue temporalité mais aussi d'opinion. Le filtre de lecture de l'autrice est radical, féministe, politique, social, sociologique. Je sais quoi prendre, quoi saisir et quoi retirer.
 
L'article en deux moments: 
puis
 
En ce qui me concerne, j'élabore, depuis mes débuts de corps pénétré et de corps pénétrant, depuis mes inconvenances amoureuses et physiques, une pensée de libération/liberté.   
Je ne parviens pas toujours à connecter l'idée et le réel, l'intention et la réalité, sachant qu'il faut être deux et deux (au moins) êtres consentants pour servir sa pensée sexuelle, érotique, physique en termes de quotidien, de mise en oeuvre.
 
MAIS, MAIS, 
 
loin de trahir cette pensée, justement, je cherche, à l'orée de mes 40 ans, à vivre la fameuse pleine idée de mon corps, à dessiner les contours de ma silhouette symbolique et de, peut-être un jour, vivre les alternatives au modèle classique du coït vaginal, qu'il soit jouissif, extatique, hygiénique, plus habituellement et à ME protéger (même si je ne me sens pas en danger actuellement mais je l'ai souvent senti l'idée du danger du corps "habituel" de l'autre et des conséquences de la pénétration, que j'ai été "protégée" de latex ou pas, d'ailleurs), à vivre l'idée de moi hors "obligation", hors système, hors évidence.
 
Pour quoi?
 
Pour la joie d'être étrangère aux autres, d'être ailleurs que dans le moule (et la moule... ;-) sûrement mais aussi, surtout, pour éviter d'être la descendante directe de toute une gamme d'aïeules lointaines ou proches d'opprimées, de harpies castratrices, de serviles, d'hôtesses utiles et d'agréables, de femmes aux foyers éteints, de prostituées sociales, de bénévoles du corps social et familial et traditionnel et... et... et... 
 
pig catching.jpgAlors, à la lecture de cet article, d'autres penseuses et activistes, à la rencontre avec des amies, des filles, des copines, mères, machines... avec la relation amoureuse que je vis et aime, je me, je nous souhaite encore d'être sorcière-s (et sorciers). Le mot français sorcière, dérive du latin vulgaire sortiarius, proprement « diseuse de sorts », du latin classique sorssortis, désignant d’abord un procédé de divination, puis destinéesort. C'est donc à ça que j'en viens.
Ce message n'est pas une recette de cuisine interne, un modèle à monter soi-même, peut-être une sorte de récit d'expérience MAIS SURTOUT, il est un souhait, des voeux...
Soyez à vous-mêmes, protégées par vous-même, abritées, soumises à vos volontés, hors contexte, hors système d'habitude et de confort, 
Soyons destinataires de nos destinées (sans déterminisme). 
Soyons conscientes de notre désir, de notre potentialité de jouissance, de notre plaisir, de nos amours.
Debout.
thou shall not.jpg
Trouvons ceux et celles qui appréhendent, qui aiment, qui cherchent, qui se déplacent, qui augmentent nos vies, qui protègent, qui adoucissent, qui titillent, qui tatent, qui osent.
 
En 2015, année des sorcières?
 
 
Emmeline
et/ou
Milady 
dans une humeur beaucoup moins enragée ou dramatique ou grandiloquente ou chieuse que ce mail peut faire penser. 

En bonus: Les fortunes de la viande & Femmes Machines 

18:14 31/12/2014 | Lien permanent | Tags : girlz, humoeurs |  Facebook

8
déc

Marche, marche, marche...

matsuifuyuko008.jpg

Aujourd'hui, j'ai marché dans Bruxelles, manifestant seule ET avec tous ceux qui veulent que "ça" s'arrête...

Deux heures de marche du nord au sud de la ville, pour voir comment les autres avancent et reculent, survivent et s'entrevoient.

Deux heures au moins, en marchant et en réfléchissant aux régressions et aux éternels faux-semblants de progrès que le libéralisme pénétrant et son arborescence putréfiée ont pu faire miroiter.

Le futur n'existe pas, le présent a besoin de nous.
Il n'y a jamais mieux mais il peut y avoir pire.

Au delà de ma mélancolie post-gothique néo-Romantique, j'entends des bottes et des Charentaises, le son des machines à produire, le bruit lourd des engrenages, le cliquetis des rétrécissements cérébraux et psychiques, le fracas de la peur qui, seule, relie les êtres effondrés du même monde, je reçois les ondes restrictives et fumantes des despotes peu éclairés.

Qui sème le néant récolte le néant.
Et puis, marchant...

Le long de la Toison d'Or, côté Ex-Hilton, les fourrures, les dorures, les enflures (si, si, ...) déambulaient, les sacs et les gestes "purs" de leurs mains manucurés en pleine curée de fin d'année, entre des carcasses noires aux vitres teintées et chauffeurs cheveux gominés pour atténuer leurs crolles et leurs accents.
Le long de la Toison d'Or, côté The Hotel, quelques miséreux adoptent des postures dramatiques pour titiller l'impôt des riches avec des cartons Lidl comme pancartes de ravitaillement.

Il y a des contrastes néphrétiques.

Arrivée dans les Marolles, je vois la pluie et le vent retirant les affiches No Parking des vitrines des commerçants anti-plan-Mayeur et cons-frères.
A la clé d'Or, côté gens vivants, une brochette de japonaises, deux vieux sentant le sapin et l'urée, des jeunes et vieux (d')à côté(s), quelques infiltrés. Soupe et pistoleis, boulettes et croques. Jean Ferrat à fond, un chien dansant.
A la clé d'or, côté gens d'avant, se dilue et se diffuse l'idée d'un îlot radeau perdu dans un océan aseptisé, la buée sur la vitre refusant de donner l'image probable que "ça" va s'arrêter.

Il y a des contrastes synthétiques.

Sensation plurielle d'être à la bonne et la mauvaise place, souvent.
Émotion purement informelle d'une marche à pieds et à poings fermés.

C'était une bien trop courte marche.

 

(art by Matsui Fuyuko)

16:59 08/12/2014 | Lien permanent | Tags : humoeurs |  Facebook

29
sep

Diane Arbus a dit...

DIANE ARBUS : 1923-1971, photographe américaine


"Rien n’est jamais comme on a dit que ce serait. Ce que je reconnais, c’est que je n’ai jamais vu avant."

 

"Ce que j’aime surtout, c’est aller où je n’ai jamais été avant."

 

"Si j’étais simplement curieuse, je pourrais difficilement dire à quelqu’un : " je veux venir chez vous et vous parler et vous faire raconter l’histoire de votre vie." Les gens me répondraient à coup sûr : "Vous êtes folle." En plus, ils seraient bigrement sur leurs gardes. Mais l’appareil photo est une sorte de passeport. Beaucoup de gens tiennent à ce qu’on s’intéresse à eux et ce moyen-là paraît raisonnable. (...)

 

Il se passe toujours deux choses : une impression de familiarité et puis le sentiment que c’est absolument unique. (...)

 

Tout le monde a ce désir de vouloir donner de soi une certaine image, mais c’en est une tout autre qui apparaît, et c’est cela que les gens remarquent. Vous voyez quelqu’un dans la rue et ce que vous remarquez essentiellement chez lui, c’est la faille. C’est déjà extraordinaire que nous possédions chacun nos particularités. Et non contents de celles qui nous ont été données, nous nous en créons d’autres. Toute notre attitude est un signal donné au monde pour qu’il nous considère d’une certaine façon, mais il y a un monde entre ce que vous voulez que les gens pensent de vous et ce que vous ne pouvez pas les empêcher de penser. Et cela a un rapport que j’ai toujours appelé le point de rupture entre l’intention et l’effet. Je veux dire que si vous observez la réalité d’assez près, si d’une façon ou d’une autre vous la découvrez vraiment, la réalité devient fantastique. Vous savez, c’est réellement fantastique que nous ressemblions à ce à quoi nous ressemblons et c’est cela qui ressort très clairement dans une photographie. Il y a quelque chose d’ironique dans la vie et cela vient du fait que l’effet que vous voulez créer ne ressort jamais comme vous l’aurez désiré.

 

Ce que j’essaie de décrire, c’est l’impossibilité de sortir de sa peau pour entrer dans celle d’un autre. Et c’est ce que tout cela tend à dire. Que la tragédie des autres n’est pas la même que la vôtre.

 

Autre chose : une photographie doit être spécifique. Je me souviens, il y a longtemps, quand j’ai commencé à photographier, je me suis dit : "il y a énormément de personnes dans le monde et ça va être bien difficile de les photographier toutes, donc, si je photographie une sorte d’être humain généralisé, tout le monde le reconnaîtra." Ce serait en quelque sorte ce que l’on appellerait "l’homme moyen" ou quelque chose du genre. Ce fut mon professeur Lisette Model qui m’a finalement fait comprendre que plus on est précis, plus on devient général. C’est une vérité qu’il faut regarder en face. Et il y a certaines évasions, certaines pudeurs dont je pense qu’il faut se débarasser.

 

Le procédé lui-même a une sorte d’exactitude, une sorte de pénétration, à laquelle nous ne sommes pas généralement soumis ; à laquelle nous ne soumettons pas notre prochain. Nous sommes plus indulgents envers les autres que l’appareil photo. L’appareil est un peu froid, un peu dur. (...)

 

J’ai beaucoup photographié les phénomènes de foire. Ce furent même les premiers sujets que j’ai photographiés et cela m’a toujours formidablement exaltée. Je les adorais. Et j’en adore encore certains. Je ne dirais pas que ce sont mes meilleurs amis, mais ils me font éprouver un sentiment de honte et de terreur. Il y a une qualité légendaire chez les monstres. Comme un personnage de conte de fées qui vous arrête pour vous demander la réponse à une énigme. La plupart des gens vivent dans la crainte d’être soumis à une expérience traumatisante. Les monstres sont déjà nés avec leur propre traumatisme. Ils ont déjà passé leur épreuve pour la vie. Ce sont des aristocrates. (...)

 

Je ne m’imagine pas qu’on puisse rendre la réalité exactement comme elle est, mais on peut s’en approcher davantage. (...)

 

Une des choses dont j’ai souffert depuis mon enfance, c’est que rien, aucune adversité ne pouvait m’atteindre. J’étais enfermé dans un climat d’irréalité qui pour moi n’était pas autre chose que l’irréalité. Et ce sentiment d’immunité était, aussi ridicule que cela puisse paraître, douloureux. Pendant longtemps, c’était comme si je n’avais pas hérité de mon propre royaume. Le monde me semblait appartenir au monde. Je pouvais apprendre des choses, mais elles ne paraissaient jamais être le fruit de ma propre expérience.

lis tes ratures, humoeurs

 

Je n’étais pas une enfant avec de grands désirs. Je n’avais pas le culte du héros. Je ne voulais pas jouer du piano ni rien d’autres. Je peignais mais je détestais peindre et j’ai abandonné tout de suite après mes études secondaires, parce qu’on ne cessait de me dire que j’étais formidable. C’était l’époque de l’expression individuelle, j’étais dans une école privée et la tendance était de demander : "Que voulez-vous faire ?" Alors vous faisiez quelque chose et ils disaient : "Formidable !" Cela m’a donné le trac. Je me souviens que je détestais l’odeur de la peinture et le bruit du pinceau sur le papier. Quelque fois, je ne regardais même pas, mais écoutais seulement l’horrible bruit du pinceau. Je ne voulais pas qu’on me dise que j’étais formidable. J’avais l’idée que si j’étais aussi douée, la peinture ne valait vraiment pas le coup.

 

Il m’a toujours semblé que la photographie a tendance à traiter de la réalité, alors que le cinéma tend plutôt à traiter de la fiction. (...)

 

Quelque fois, la connaissance de soi-même ne mène nulle part. Quelque fois, cela vous laisse seulement l’esprit vide. Comme : Me voilà, j’ai une histoire. Il y a des choses qui me semblent mystérieuses dans le monde. Il y a des choses qui m’embêtent dans le monde. Mais il y a des moments où tout cela n’a aucune importance.

 

Une autre chose qui m’a amenée à travailler, c’est la lecture. (...)

 

Autrefois, j’avais une théorie sur l’art photographique. C’était la sensation d’intervenir entre deux actions ou entre l’action et le repos. (...)

 

Dernièrement, j’ai découvert avec stupeur à quel point je peux aimer ce que l’on ne voit pas dans une photographie. Une obscurité véritablement physique. Et c’est très exaltant pour moi de retrouver l’obscurité.

 

Ce qui me passionne dans la technique - je déteste employer ce mot qui fait croire à un tour de passe-passe - mais ce qui m’émeut, c’est qu’elle semblait venir d’un endroit profond et mystérieux. Je veux dire que cela peut avoir affaire avec le papier et le révélateur, etc., mais cela vient, la plupart du temps, du choix profond que quelqu’un a fait après de longues réflexions et qui continue à le hanter.

 

L’invention est presque toujours ce genre de chose subtile et inévitable. On a tendance à s’approcher toujours un peu plus de la beauté de sa propre invention. On limite de plus en plus ses choix et on se spécialise. La lumière qui émane de chaque personne, la qualité du tirage, le choix du sujet, tout cela joue un rôle dans l’invention. Il y a un million de choix à faire. C’est une chance dans un sens, ou bien une malchance. Les uns détestent une certaine forme de complexité. D’autres ne veulent que cette complexité. Mais rien de cela n’est vraiment intentionnel. Je veux dire que cela ressort de votre propre nature, de votre identité. Nous avons tous une identité. On ne peut pas y échapper. C’est ce qui reste lorsque tout est enlevé. Je crois que les plus belles inventions sont celles auxquelles on a pas pensé.

 

Certaines photos sont des raids de reconnaissance, sans même que vous le sachiez. Elles deviennent des méthodes. C’est important de faire de mauvaises photographies. Elles peuvent vous faire reconnaître quelque chose que vous n’aviez pas vu d’une façon qui vous le ferra reconnaître quand vous le reverrez.

 

J’ai horreur de l’idée de composition. Je ne sais pas ce qu’est une bonne composition. Je suppose que je dois savoir un peu de quoi il s’agit, car j’ai beaucoup tâtonné pour découvrir ce que j’aimais et ce que je n’aimais pas. Parfois, pour moi, la composition est liée à une certaine luminosité ou à une certaine tranquillité. Parfois, elle est le résultats d’erreurs idiotes. Il y a une certaine façon de bien faire et une certaine façon de mal faire et tantôt je préfère le bien fait et tantôt le mal fait. C’est cela la composition.

 

Récemment, j’ai fais une photo - ce n’était pas la première expérience - et j’en ai tiré une quantité d’épreuves expérimentales. Il y avait quelque chose qui clochait dans toutes. J’ai pensé que c’était plutôt raté et j’allais recommencer. Mais il y en avait une qui était tout à fait particulière. Une vraie photo d’amateur. Un peu comme si le mari de la dame l’avait prise lui-même. C’était terriblement direct et assez laid et il y avait quelque chose d’excitant dans cette image. Je me suis prise à l’aimer de plus en plus et à présent j’en suis secrètement folle. (...)

 

Très souvent, quand vous partez photographier, c’est comme si vous vous rendiez à une fête. Disons un concours de beauté. Vous vous faîtes une vague idée de la chose, il y aura des gens qui seront des juges et choisiront un gagnant parmi tous ces candidats et puis, quand vous êtes sur place, ce n’est pas ça du tout. (...)

 

Dans mon travail, je m’accommode de la maladresse. Par cela, je veux dire que je n’aime pas arranger les choses. Si je me trouve en face de mon sujet, au lieu de l’arranger, je m’arrange moi-même. (...)

 

Une chose curieuse : je n’ai jamais peur quand je regarde le verre dépoli. Une personne pourrait s’avancer vers moi avec un revolver, j’aurai les yeux collés au viseur et ce serait comme si je ne pouvais pas être vulnérable. Je trouverais ça tout simplement passionnant. Je veux dire que je suis sûre qu’il y a des limites. (...) Mais il y a un genre de pouvoir qui émane de l’appareil photo. Je veux dire que tout le monde se rend compte que vous avez un avantage. Il y a dans cet objet que vous portez une certaine magie qui leur fait quelque chose. Cela les fige d’une certaine façon. (...)

 

Les chinois ont une théorie selon laquelle l’ennui mène à la fascination et je pense que c’est vrai. Je ne choisirai jamais un sujet pour sa relation avec moi ou pour ce que j’en pense. Il faut simplement choisir un sujet, et ce que vous en ressentez, ce que cela représente pour vous commence à se préciser si vous vous contentez simplement de le choisir et de le traiter assez souvent. (...)

 

La chose importante à savoir c’est qu’on ne sait jamais rien. On tâtonne toujours pour trouver son chemin.

 

Une chose qui m’a frappée très tôt est que vous ne mettez pas dans une photographie ce qui va en sortir. Ou, vice versa, ce qui ressort n’est pas ce que vous y avez mis.

 

Je n’ai jamais pris la photo que j’avais l’intention de prendre. Elles sont toujours meilleures ou pires.

 

Pour moi, le sujet est toujours plus important que l’image. Et plus compliqué. J’ai de l’intérêt pour le tirage de l’épreuve, mais ce n’est pas sacré pour moi. Je pense vraiment que l’important, c’est ce que cela représente. Je veux dire qu’il faut que cela représente quelque chose. Et ce que cela représente est toujours plus remarquable que ce que c’est.

 

Je sens vraiment que j’ai une vague idée en ce qui concerne la qualité des choses. Je veux dire que c’est très subtil et ça me gêne un peu d’en parler, mais je crois vraiment qu’il y a des choses que personne ne verrait si je ne les photographiais pas."

 

« La photographie est un secret qui nous parle d’un secret. »

 

Toutes les citations précédentes sont tirées du livre "Diane Arbus", octobre 2011, éditions de La Martinière/Jeu de Paume.

10:27 29/09/2014 | Lien permanent | Tags : lis tes ratures, humoeurs |  Facebook

27
sep

Eluard donne à voir.

Donner à voir - Eluard.jpg

15:08 27/09/2014 | Lien permanent | Tags : lis tes ratures, humoeurs |  Facebook

Frontière trouble - Itinéraires flous - parcours humain.

Powerful Portraits of Individuals Before and Directly After Their Death

Walter_Schels_Andersen_01

Name: Jan Andersen.
Age: 27
Born: 21st of February 1978
Died: 14th June 2005, at Leuchtfeuer Hospice, Hamburg

Jan Andersen was 19 when he discovered that he was HIV-positive. On his 27th birthday he was told that he didn’t have much time left: cancer, a rare form, triggered by the HIV-infection. He did not complain. He put up a short, fierce fight – then he seemed to accept his destiny. His friends helped him to personalize his room in the hospice. He wanted Iris, his nurse, to tell him precisely what would happen when he died. When the woman in the room next to him died, he went to have a look at her. Seeing her allayed his fears. He said he wasn’t afraid of death. 

“You’re still here?”, he said to his mother, puzzled, the night he died. “You’re not that well,” she replied. “I thought I’d better stay.”

In the final stages, the slightest physical contact had caused him pain. Now he wants her to hold him in her arms, until the very end. “I’m glad that you stayed.”

Walter_Schels_Sangbastian_11

Name: Elmira Sang Bastian
Age: 17 months
Born: 18th October 2002
Died: 23rd March 2004, at her parent’s home

The tumor was probably already present when Elmira was born. Now it takes up almost the entire brain. “We cannot save your daughter”, the doctor told Elmira’s mother. Elmira has a twin sister. She is healthy. Their mother, Fatemeh Hakami, refuses to give up hope: how can God have blessed her with two children, only to take one of them away from her now? Surely God is the only one who decides whether we still breathe or not?

One sunny day, Elmira stops breathing. “At least she lived”, says her mother. She takes a small white dress from the cupboard, Elmira’s shroud. Her parents then read the Ya Sin – the 36th chapter of the Koran which describes the resurrection of the dead.

Photographer Walter Schels was terrified of death, so much so he refused to see his mother after she passed away. Upon entering his 70s, Schels finally decided to overcome his fear through a bold, bizarre project – photographing individuals before and directly after their death. The black and white portraits are a clinical confrontation with the the unknown, the proximity of the lens to subject unflinching and slightly macabre. Images are paired with startlingly frank accounts of the deceased right before their passing, each person dealing with the inevitable in their own way.

Schels and his partner Beat Lakotta began approaching potential individuals at hospices in Berlin and Hamburg, surprised to find few people said no. The pair were on constant alert, at times running out in the middle of the night to shoot before the undertaker would come. Though emotionally draining, Schels recognized that the series became an important epitaph to people before they actually died. With family and friends unable to cope with the looming truth, terminally ill patients often feel completely isolated.

“It’s so good you’re doing this”, Schels quoted a dying man to The Guardian, “No one else is listening to me, no one wants to hear or know what it’s really like.”

Schels is no longer terrified of death and now sees avoidance of the issue as a serious problem in contemporary society, people unable to be truly present for loved ones when they need them most. Life Before Death is an attempt to confront our worst fears and perhaps, to see those nearing the end in a more human light. When facing death, we all stop pretending.

“Everything that’s not real is stripped away,” he told The Guardian, “You’re the most real you’ll ever be, more than you’ve ever been before.”

Walter_Schels_Behrens_03

Name: Klara Behrens
Age: 83
Born: 2nd December 1920
Died: 3rd March 2004, at Sinus-Hospice, Hamburg

Klara Behrens can tell that she hasn’t got much longer. “Sometimes, I do still hope that I’ll get better,” she says. “But then when I’m feeling really nauseous, I don’t want to carry on living. And I’d only just bought myself a new fridge-freezer! If I’d only known…”

It is the last day of February, the sun is shining, the first bluebells are flowering in the courtyard. “What I’d really like to do is to go outside, down to the River Elbe. To sit down on the stony bank and put my feet in the water. That’s what we used to do when we were children, when we went to gather wood down by the river. If I had my life over again, I’d do everything differently. I wouldn’t lug any wood around. But I wonder if it’s possible to have a second chance at life? I don’t think so. After all, you only believe what you see. And you can only see what is there. I’m not afraid of death. I’ll just be one of the million, billion grains of sand in the desert. The only thing that frightens me is the process of dying. You just don’t know what actually happens.”

Walter_Schels_Kotzahn_09

Name: Wolfgang Kotzahn
Age: 57
Born: 19th January 1947
Died: 4th February 2004, at Leuchtfeuer Hospice, Hamburg

There are colorful tulips brightening up the night table. The nurse has prepared a tray with champagne glasses and a cake. It’s Wolfgang Kotzahn’s birthday today. “I’ll be 57 today. I never thought of myself growing old, but nor did I ever think I’d die when I was still so young. But death strikes at any age.”

Six months ago the reclusive accountant had been stunned by the diagnosis: bronchial carcinoma, inoperable. “It came as a real shock. I had never contemplated death at all, only life,” says Herr Kotzahn. “I’m surprised that I have come to terms with it fairly easily. Now I’m lying here waiting to die. But each day that I have I savor, experiencing life to the full. I never paid any attention to clouds before. Now I see everything from a totally different perspective: every cloud outside my window, every flower in the vase. Suddenly, everything matters.”

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Name: Maria Hai-Anh Tuyet Cao
Age: 52
Born: 26th August 1951
Died: 15th February 2004, at Leuchtfeuer Hospice, Hamburg

Maria Hai-Anh Tuyet Cao’s experience of dying would doubtless have been very different, had she not absorbed the teachings of the Supreme Mistress Ching Hai. The Mistress says: “All that is beyond this world is better than our world. It is better than anything we can or cannot imagine.”

Frau Cao wears the portrait of the Mistress round her neck. Under her guidance, she has already visited the afterlife in meditation. Her call to the next world cannot be far off: her pulmonary alveoli are failing. Yet she appears serene and cheerful. “Death is nothing”, says Frau Cao. “I embrace death. It is not eternal. Afterwards, when we meet God, we become beautiful. We are only called back to earth if we are still attached to another human being in the final seconds.” Hai-Anh Cao prepares for this moment every day. She wants to achieve a sense of total detachment at the moment of death.

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Name: Heiner Schmitz
Age: 52
Born: 26th November 1951
Died: 14th December 2003, at Leuchtfeuer Hospice, Hamburg

Heiner Schmitz saw the affected area on the MRI scan of his brain. He realized immediately that he didn’t have much time left. Schmitz is a fast talker, highly articulate, quick-witted, but not without depth. He works in advertising. Heiner’s friends don’t want him to be sad. They try to take his mind off things. At the hospice, they watch football with him just like they used to do. Beers, cigarettes, a bit of a party in the room. The girls from the agency bring him flowers. Many of them come in twos, because they don’t want to be alone with him. What do you talk about with someone who’s been sentenced to death? Some of them even say ‘get well soon’ as they’re leaving. ‘Hope you’re soon back on track, mate!’

“No one asks me how I feel”, says Heiner Schmitz. “Because they’re all shit scared. I find it really upsetting the way they desperately avoid the subject, talking about all sorts of other things. Don’t they get it? I’m going to die! That’s all I think about, every second when I’m on my own.”

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Name: Waltraud Bening
Age: 80
Born: 29th May 1922
Died: 26th January 2003, at Ricam Hospice, Berlin

When her time does come, Waltraud Bening seems to have a presentiment that this is the moment: she has to call her husband to come to her bedside immediately, otherwise it will be too late. She had been putting off this encounter till the very last minute. She would rather have died at home, but her husband didn’t feel he could cope with it. She was hurt. She felt that there was no need for him to come to the hospice at all. “He was always such a tyrant,” says Frau Bening, “I never could stand up to him.” She gets upset just thinking about it.

Frau Bening spends three weeks sitting up in the bed, on four down-filled quilts, just like the Princess and the Pea. She drinks champagne miniatures from her feeding cup, and is happy to be entertained by her children and banter with her carers. Then, one day she becomes restless and tearful. “I want my husband to come,” she says. He is sitting by her bedside soon after. After their final conversation, the contents of which remain a mystery, Frau Bening stops drinking; she dies the following day without any apparent distress.

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Name: Michael Föge
Age: 50
Born: 15th June 1952
Died: 12th February 2003, at Ricam Hospice, Berlin

Michael Föge, tall, athletic and eloquent, was appointed as Berlin’s first Commissioner of Cyclists. He was happy. A hundred guests attended his fiftieth birthday celebration. Soon after, he couldn’t remember his words when he was making a speech. The doctors discovered a brain tumor. Within a matter of months the tumor had destroyed his speech centre, paralyzed his right arm and the right side of his face. In the hospice, day by day Föge is becoming more sleepy. One day he won’t wake up.

Whilst Michael Föge retained the power of speech, he never talked about his feelings or his inner life. Now he is no longer able to do so. “I wonder what is going on inside his head,” his wife asks herself.

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Name: Elly Genthe
Age: 83
Born: 4th August 1919
Died: 11th January 2003, at Ricam Hospice, Berlin

Throughout her life Elly Genthe has been a tough, resilient woman. She has always managed on her own. Often she has said she would rather die than not be able to take care of herself. That time has now come and she remains undaunted. Full of praise for the hospice and the quality of the care she is receiving, she hopes death will come quickly.

A few days later she senses her strength is ebbing away. Suddenly she clutches her granddaughter’s hand: “Don’t go! I’m suffocating!” She begs the nurses: “Please, breathe for me!” Elly Genthe needs morphine – a drug secreted by the kidneys – but because her kidneys have been consumed by cancer, her morphine levels fluctuate: sometimes she sleeps all day; and there are moments when she sees little men crawling out of the flower pots – they’ve come to kill her. “Get me out of here”, she whispers as soon as anyone holds her hand. “My heart will stop beating if I stay here. This is an emergency! I don’t want to die!”

Walter_Schels_Lauermann_10

Name: Michael Lauermann
Age: 56
Born: 19th August 1946
Died: 14th January 2003, at Ricam Hospice, Berlin

Michael Lauermann was a manager. A workaholic. One day he just keeled over. At the hospital they said: “Brain tumour, inoperable.” That was six weeks ago.

Lauermann doesn’t want to talk about death, he’d rather talk about his life. How he managed to escape the narrow confines of his native Swabia and go to Paris. Studies at the Sorbonne. Baudelaire, street riots, revolution, women. “I really loved life,” says Lauermann. “Now it’s over. I’m not afraid of what’s coming.” There is no one by his side, that’s his choice. That’s not the way his life was. But he has no regrets. He even derives a certain enjoyment from this advanced stage of the illness. Free and easy, a kind of weightlessness. He feels as if his body were fading away. He is not in pain. “I will soon die”, Lauermann says.

Three days later there is a candle burning outside the door of his room. It indicates he has passed away.

All images © Walter Schels

14:59 27/09/2014 | Lien permanent | Tags : place net, arts, humoeurs |  Facebook

25
aoû

la légitimité d'une colère

Chère Colère,

tu es comme dedans et comme dehors à la fois. Contre le contour qu'on nomme peau, le long des dermes et des poils, tu hérisses, tu t'échines, tu entames, tu traverses. Tu as appris les détours, les angles morts car il est souvent question de dominer ses passions, de revisiter la tension sous un rapport social, familial... attendrir les viandes, peaufiner le regard jusqu'à extinction des feux.
Finalement, pourquoi te nier. Comment te nier.

Entre les dents et les cordes vocales, souvent, je t'ai sentie gronder. Il y a vingt ans, aucune gêne ne me retenait. Je savais te mettre au service de l'inutile, du vertical et de l'immédiat. La salve était le moyen. Le suc, ton chemin. J'ai craché pour expectorer. Finalement, ce n'était ni venin, ni remède. Une simple question d'être exacte et juste à l'endroit du corps.

Là, tu vois, je te sens, derrière ou devant. J'ai reconnu tes émissaires, tes envoyés spéciaux. Dans la mère, dans l'homme, dans l'enfant, dans le moment, je te sens ourdir. brasser, tresser mes nerfs. Je te tais pour la paix, je te situe, je t'analyse, je te maîtrise, comme j'aime croire que je t'annihile. Je te vois encore, ne te méprends pas. Ne me vois pas endormie. En réalité, je t'aperçois et te perçois beaucoup mieux qu'avant. Je sais tes racines, tes conséquences et tes impondérables. Je pourrais te justifier à chaque poussée, à chaque germination.

Rien ne t'isole, rien de te camisole. Même pas les jouissances, même pas les intermèdes heureux, les délassements. Tout semble filtrer ton flux. Le leurre est sain, sûrement, même.
Mon corps te sait, virevolte de l'intérieur aux soubresauts de ta menace.
Si, c'est moi qui t'applatis, te mets au sol et te piétine, avec toute la bienséance vitale que l'esprit établit.

Tu arborres sûrement une couleur connue, une bile savante. Tu as la langue bien pendue. Les éclairs, ta foudre, ta lumière manquent, finalement. Finalement, je te préfère au moment où tu es plutôt que dans un formol que je chiade, bocal, feuille d'or pour l'étiquette. A chaque étouffement, déjà, mon regard de dessus de l'armoire te décortique, te défibrilise.

Ce soir, je t'écris, pour te dire que je t'aime, que je te désire violente et intense, pour te rappeler à moi, à tout ce qui fait moi. Que la tristesse ne t'arrive pas à la cheville, ni le pardon d'ailleurs.

Je te loue,

M.

3-viola-acceptance.jpg (art by Bill Viola - acceptance)

23:16 25/08/2014 | Lien permanent | Tags : humoeurs, textes |  Facebook

22
aoû

petit celles qui

entre celles qui ne sont pas rentrées, celles pas sorties, celles pas baisées, celles embrassées, celles boudeuses, celles râleuses, celles prêtes à tout, celles à cheval sur les principes, celles déterminées, celles en doutes perpétuels, celles peroxydées, celles qui ont le permis de conduire, celles qui ont été choisies, celles qui ont été élues, celles qui ont été maintenues à la surface, celles en chasse, celles en retard, celles en avant-garde, celles à gros arrière-trains, celles avec qui on aime prendre le train, celles qui dévient, celles qui viennent, celles qui vivent,celles qui sont en partance, celles qui n'obtiennent crédit qu'en remontrances, celles qui errent, celles qui gèrent, celles qui subsistent, celles qui résistent, celles qui ont le teint pâle, celles qui varient comme des femmes, celles qui causent comme des hommes, celles qui se foutent de la gueule du monde, celles qui se donnent un genre, celles qui annulent à la première minute, celles qui croisent les chemins comme du tricot, celles qui baisent à tire larigot, celles qui causent cru, celles qui préfèrent le vin cuit, celles qui ont des prunelles, celles qui font des étincelles, celles qui mangent de la merde, celles qui écorchent leurs chairs, celles qui prennent l'air, celles qui s'en donnent à corps joie, celles qui n'aiment rien, celles qui se contentent de peu, celles qui aiment mieux, celles qui aiment celles, celles qui boivent à la bouteille, celles qui creusent avec leurs mains, celles qui préfèrent les seins en poire, celles qui donnent le change, celles qui bouffent des yaourts après la date, celles qui se contrarient au moindre coup de vent, celles qui sont coupables, celles qui sont valables, celles qui ont envie de faire pipi chaque minute, celles qui pissent debout, celles qui ont des poils drus, celles qui pardonnent quand c'est mou, celles qui chantent des berceuses, celles qui se balancent sans réfléchir, celles qui sont fébriles à chaque battement de cil, celles qui n'ont aucune idée, celles qui terminent tout, celles qui ne savent pas dire oui, ...

body sculpté.jpg

19:23 22/08/2014 | Lien permanent | Tags : girlz, humoeurs |  Facebook

13
aoû

let's be witches of modern times... (Thanxxx Violaine / Nathalie / Catherine)

Witches by Erica Jong / 1981, Harry N. Abrams:

(...) Erica Jong’s association with second-wave feminism or her best-known, controversial book Fear of Flying. In Witches, she uses poetry and prose to collect some of witchcraft’s mythology, spells, and rituals, and finds in its history a source of women’s power. It’s not the most thorough Wiccan resource (take a look at books by Starhawk or Scott Cunningham (...).

Ladies sharing a secret. French postcard, 1910.jpg

 

I N T R O D U C T I O N

" When I was researching Witches fifteen years ago, it was considered rather kinky to talk about the female aspects of divinity or to attempt to rehabilitate witches from the libels perpetrated on them by their inquisitors. Witchcraft was a bog of myth, misinformation and Halloween gear. There were people who called themselves contemporary witches or Wiccans -- and I met plenty of them -- but they seem as confused about their origins as anyone else. Some called themselves goddess -- worshippers or contemporary pagans. Some were feminists rediscovering the female roots of divinity, and their rituals were as muddled as they were sincere. Nobody could quite decide whether to be a white witch and do good with herbs or -- more exciting -- to be a bad witch and go to bed with devils.

The popular image of the witch reflected this confusion. There were both good and bad witches in picaresque movies like The Wizard of Oz, and only bad witches in scary movies like Rosemary's Baby. Did witches worship Satan or did they worship a benevolent mother goddess? Hardly anyone would have posed the question that way. It fell to this book to put the question to a popular readership for the first time -- and that has been a large part of its appeal.

The truth is that the witch is a descendant of ancient goddesses who embodied both birth and death, nurturing and destruction, so it is not surprising that she has both aspects. But when religions decay and gods are replaced, there is a consistent dynamic: the gods of the old religion inevitably become the devils of the new. If serpents were once worshipped as symbols of magic power, they will later be despised as symbols of evil. If women were once seen as all-powerful, they will become relegated to obedience to men and feeling pain in childbirth. The symbols remain but their values are reversed. The snake in Genesis is now the devil. The first female, Eve, has gone from being a life-giver to a death-bringer. Good and evil are reversed. This is the way the politics of religion work.

The contemporary image of the witch incorporates detritus from many religious sects over many millennia. Like the wall of a Crusader castle in the Middle East, it rests upon a foundation of remnants from a variety of periods. Like Hecate and Diana, the witch is associated with the moon and lunar power. Like Aphrodite and Venus, she can make love potions and fly through the air. Each attribute of the witch once belonged to a goddess. 

All over the ancient world goddesses were worshipped. These goddesses represented womanhood distilled to its ultimate essence. Ishtar, Astoreth, Aphrodite (as she was eventually known) held sway over love, procreation, fecundity -- and most of the gods obeyed her urgings. Many-breasted, in love with flowers, wheat, all blossoming, she echoed something primal in the human heart. Born of woman ourselves, we find godhead natural in womanhood. Any faith that renounces the mother is bound to see her creep back in another form-as Mary perhaps, the mother of the sacrificed god.

Witchcraft in Europe and America is essentially this harkening back to female divinity within a patriarchal culture. If you insist long enough that God is the father, a nostalgia for the mother-goddess will be born. If you exclude women from church-rites, they will practice their magic in the fields, in forests, in their own kitchens. The point is, female power cannot be suppressed; it can only be driven underground.

Take a little honey in a jar. Write your deepest wish on a bit of brown paper and hide it in the honey. Focus all your energy on your intention (which must be sweet) and eventually your wish will be granted. Intention counts for everything. It must be positive. And the more witches there are sitting in a circle practicing communal intention, the more potency the magic will have. The desire for magic cannot be eradicated. Even the most supposedly rational people attempt to practice magic in love and war. We simultaneously possess the most primitive of brainstems and the most sophisticated of cortexes. The imperatives of each coexist uneasily.

We may even prefer to see the witch as an outsider, a practitioner of the forbidden arts because that makes her even more powerful. Perhaps we are slightly ashamed of our wish to control others and would rather pay a maker of magic than confess to these wishes ourselves. Perhaps we would rather not be in charge of magic that might backfire.

Since we believe witches can make wishes real, we both need and fear them. If they have the power to kill our enemies, couldn't they also kill us? If they have the power to grant love, couldn't they also snatch it away? Witches remind us of the darkness of human wishes. That is why we periodically find reasons to burn them. 

In The White Goddess, Robert Graves asserts that all real poetry is an invocation of the triple goddess of antiquity -- she who controls birth, death, procreation -- and that it is the poet's fealty to her that determines the authenticity of his work. "The main theme of poetry" Graves says, "is the relations of man and woman, rather than those of man and man, as the Apollonian classicists would have it." The male poet woos the goddess with words in order to partake of her magic. He is at once her supplicant and her priest. Where does this leave the female poet? She must become an incarnation of the triple goddess herself, incorporating all her aspects, creative and destructive. This is why it is so dangerous to be a female poet. It is a little like being a witch.

Adelaide Crapsey's poem "The Witch," evokes this well:

When I was a girl by Nilus stream
I watched the desert stars arise;
My lover, he who dreamed the Sphinx,
learned all his dreaming from my eyes.
I bore in Greece a burning name,
And I have been in Italy
Madonna to a painter-lad,
And mistress to
a Medici.

And have you heard (and I have heard)
Of puzzled men with decorous mein.
Who judged--the wench knows far too much-
And hanged her on the Salem green.

 

Adolescence is a time when witchcraft exercises a great fascination. Disempowered by society and overwhelmed with physical changes, teenage girls fall in love with the idea of forming covens. Whatever bric-a-brac of magic is around, they will pick up and shape to their own uses.

This book has made me a heroine to my friends' daughters. It has also been the most banned of all my books -- probably because the idea of female godhood is still anathema to many people. Once, I received a Polaroid picture of this book showing it burned around the edges. The letter accompanying it said: "My father burned this book. Could you send me another copy?" So much for the efficacy of censorship.

The more disempowered people are, the more they long for magic, which explains why magic becomes the province of women in a sexist society. And what are most spells about? Usually procuring love, with the hexing of enemies running a close second. When men turn to magic, they are more likely to seek knowledge and power (Dr. Faustus), or immortality (Walt Disney). The men who spend fortunes to assure that their corpses will be frozen are not likely to be attracted to love spells. Their love is self-love. They want their own DNA to endure singly, not to commingle with a lover's.

So witchcraft remains a woman's obsession. John Updike captured the nature of the beast in his novel The Witches of Eastwick. Disempowered women use their coven to become the secret legislators of their little town. Their magic cannot be separated from their sexuality. That is, of course, the point.

I would love to be a witch. I would love to learn to control the uncontrollable by making secret spells. (Who wouldn't?) I believe I was really motivated to write Witches because I hoped I would learn to master my own fate through magick. In that I was like Fanny, the heroine of my third novel, who was also drawn into the study of witchcraft as a means of mastery. In Fanny, being the True History of Fanny Hackabout Jones, my eighteenth-century heroine is a powerless orphan, raped by her guardian, who turns to witchcraft in the hopes that it will equalize her power with men. I imagine a coven of proto-feminist witches who attempt to compensate for the female's lack of power by making spells and riding through the air. They initiate Fanny and her newfound power stays with her the rest of her life, though it helps her in different ways than she first expects. Witchcraft in Fanny proves to be the magic with which mothers inspire daughters and vice-versa. It proves to be women's wisdom -- ancient and life-giving.

We have come a long way since the days when it was impossible to imagine a female deity. Now the idea of an inspiring goddess has almost become commonplace. Yet women are still not equal to men politically or economically. Will we ever be? Is our power still the power to give life? And if so, will we never be forgiven for it? 

Since the goddess of birth is also the goddess of death, women are accused of bringing death into the world as well as life. This is why the witch is depicted both as young, beautiful and bedecked with flowers, and as a frightening crone covered with cobwebs. She represents all the cycles of life, and if she is terrifying it is because the cycles of life terrify. They are inexorable. They remind us of mutability and mortality.

In certain periods it seemed less disturbing to worship the beautiful young male -- Michelangelo's David, the perfect boys of Platonic discourse -- because they could be seen as detached from change and decay. Periodically, our belief systems go through this cataclysm, from the worship of the female cycles of birth and decline to the isolated perfection of young maleness. The Socratic notion that true love was only possible between males represents denial of woman and denial of death. The rejection of females' bloody cycles, mewling infants, and cthonic vendettas reasserts itself in many cultures. Woman is made the scapegoat for mortality itself, for nature red in tooth and claw, for the mutability that is human fate. Then she is punished as if she were responsible for all nature's capriciousness, as if she were Mother Nature incarnate -- which of course is partially true.

Since we inherit a worldview that sees man as reason and woman as nature, we are still in the grip of the beliefs that fostered witchburning. We have to understand the witch to understand misogyny in our culture. We  have to understand the witch to know why women have been denigrated for centuries. The witch is a projection of our worst fears of women. Whether fattening children for food in "Hansel and Gretel" or disappearing into a puddle of ooze in The Wizard of Oz, the witch inhabits a dimension where the primitive fears of children become the wishes of reality.

Love is only a love poppet away. Mountains of gold glimmer beneath the earth. Enemies disappear with one magic formula while blossoms spring up with another. The witch can vaporize people at will, keep spring on earth all year long, make the lion lie down with the lamb. She can fly and enable others to fly. She can abolish death.

Surely we would like to be like her, and a book can only be a beginning. Like all secret arts, witchcraft is learned by apprenticeship. Its deepest secrets are printed nowhere. One witch hands down her grimoire to her successor, who alone can decipher its coded spells and recipes. If a true witch were to publish her secrets for all to see, she would immediately lose her powers. "Power shared is power lost", say the witches. Legend has it that true books on witchcraft have at times been published, but the pages spontaneously combusted before they could be bound. So I have had to be very careful with Witches. Like the weaver of a great rug who does not wish to arouse the wrath of Allah, I have had to introduce small errors. I have had to code certain messages and print my recipes and spells with missing ingredients or missing steps. Otherwise the book would go up in smoke before it could be read. But the clever reader, the witch-to-be, the natural adept of magick will read this book holding in her hand a pen dipped in invisible ink. Guided by the unseen force, that hand will supply whatever is missing. With practice, with deep concentration, the hand of the proficient will fill in the missing formulae. Just as the Delphic Oracle uttered words whose import she could not divine, the hand of the true adept will scribble the truth. Watch for those words. They are all the witchcraft you will need to know."

+

www.reclaiming.org/

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12:59 13/08/2014 | Lien permanent | Tags : girlz, humoeurs |  Facebook

12
aoû

RITUELS (by Collectif H/F Couple): ce que je vis n'est rien.

Une aventure de jour comme de nuit.

HFdeuxyeux.jpg

Voyez là.

Des galets derrière. Des routes devant.
Un interstice entre deux temps réels.
Un inventaire minéral et humain.
Un rapport qualité prix équitable.
Une dimension amplifiée.

Là.
Un duo formé d'amoureux et de visions parallèles ou ambivalentes - une vidéo pour dire un peu du monde qu'ils traversent, avec amour et falaises, naïveté et rugosités.


Collectif H/F Couple est composé de UnVraiSemblant & Milady Renoir et vice-versa.

21:48 12/08/2014 | Lien permanent | Tags : act-u, humoeurs |  Facebook

16
jui

The Man by G. Akechi (Black Magazine - Japan, 1971)

The Man by G. Akechi, scanned from Black Magazine (Japan, 1971).jpg

The Man by G. Akechi, scanned from Black Magazine (Japan, 1971) II.jpg

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20:15 16/07/2014 | Lien permanent | Tags : humoeurs, arts |  Facebook

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jui

tensions variables.

Andreas Vesalius .jpgà force de rage, on implose sur une table.

15:57 08/07/2014 | Lien permanent | Tags : humoeurs |  Facebook

la chute comme tentative

 

Les feuilles tombantes ne sont pas des jeunes filles en fleurs. Il n’est jamais question d’aborder la chute comme l’absence ou l’innocence. Ça n’a rien à voir.

Le temps que les choses tombent, l’espace s’esclaffe, la pesanteur s’exclame et la vie ricane. C’est dur mais c’est vrai.

C’est très violent de quitter un lieu connu en haut pour atterrir en bas, aussi soyeux ou humide soit-il. Ce n’est pas parce qu’on dresse la table du sol depuis la naissance qu’il faut omettre l’importance de chaque affaissement, de chaque glissade, de chaque éboulement, de chaque fin de marche.

textes,humoeurs

Si on écoutait les choses de la nature qui tombent constamment, on relativiserait.
Pensez seulement l’incommensurable étendue de notre amertume à vivre, l’impalpable mélancolie qui nous abattrait si on s’entendait être aussi fragile, aussi dérisoire qu’une feuille morte, qu’un point de poussière, qu’un de ces petits principes de vie exterminés par leur propre nature.

Je dois vous dire, je suis beaucoup tombée. J’ai aussi beaucoup vu de choses tomber. Des hommes comme dit une chanson, mais aussi des cailloux lourds, des corneilles pimpantes, des arbres entiers, des exocets brillants, des idées précieuses, des élans et des erreurs, de l’eau en liberté, des étoiles aussi, comme tout le monde.  J’ai toujours été très sensible à la chute, dès le début de mes yeux.

(c) Milady Renoir

 

15:54 08/07/2014 | Lien permanent | Tags : textes, humoeurs |  Facebook

30
jui

au bord d'un temps

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Le solstice a l'éternelle manière d'être un point de repère. Un entre deux appaisant ou aléatoire, mais un interstice diluant l'amont et l'aval.
Là, comme vous le voyez, au sein d'un sanctuaire de mouettes, sur un chemin sans balise, interdit aux inconnus, j'ai marché. Je me suis assise face à la mer, puis remise debout, comme une femme de marin. J'ai trouvé un chant, un espace entre la gorge et le ventre. J'ai murmuré. Rien n'a été entendu par personne. Ou tout le monde. Mon corps a eu peur. Il était question de vents, de falaise, de mon vertige du haut d'une chaise mais pas de cette.
Il y avait le coucher de soleil, des adolescents nus dans un bain d'avant minuit, et des amoureux sur les galets sous des plaids.
J'ai pris mes images intimes. Poussées dedans, elles sont agi. Sur moi, sur ma vision. La peur de tomber est arrivée. Je l'ai laissée passer. Un homme a crié du parapet à une cinquantaine de mètres de là, m'interdisant de. Je n'ai eu aucune envie de sauter, ni de le rassurer. Je me suis échappée des terres. Les mouettes dérangées striaient le ciel au dessus de mon scalp. Je suis descendue par l'herbe quand j'étais montée par le blé barbu et les ronces.
Ecrire le sauvage, l'intime, la densité n'est pas anodin; ça dit de soi de la manière la plus simple et la plus vulgaire. Sans le filtre du faire beau, ce sont des mots peu valides.
Je place ce contenu là pour ne pas l'oublier, surtout. Je me suis aimée au bord de ce temps.

23:43 30/06/2014 | Lien permanent | Tags : humoeurs, ego trip-e |  Facebook

17
jui

Once again and for ever, Saul Williams

Broadway’s Rebel, Tellin’ You to Hear It: A Portrait of Saul Williams

The mainstream Tupac musical Holler If Ya Hear Me is, in some ways, an act of defiance for the poet-actor-musician Saul Williams. Artists, after all, are here to disturb the peace.

Saul Williams, wearing a tattered long-sleeve shirt, his short dreads tilting off the right side of his head, is looking at a black-and-white photo of the late writer James Baldwin. The picture is leaning on the corner shelf inside Williams’s third-floor dressing room, tucked away in the south side of the Palace Theater in midtown Manhattan. In the photo, Baldwin is staring longingly into the camera, his eyes like two giant marbles, his chin resting in his hand.

“I don’t know if I have to read Baldwin right now,” says Williams, as he continues to gaze at the picture. “I feel like I sleep in the bed of Baldwin. I’ve read so much. So now I just look at him and everything comes at this point.”

Below Baldwin’s portrait are two paintings Williams did himself. One is of Tupac, the other of Miles Davis. Both are filled with vibrant blues, greens, yellows, and reds––a cornucopia of color, as varied as the additional artists and authors he’s selected to accompany him in his dressing room, from Allen Ginsberg to August Wilson to Howard Zinn. They’re all here to help inspire him and keep him occupied as he prepares for a new chapter in his constantly shifting oeuvre. This time, it’s for the lead in a Broadway musical called Holler If Ya Hear Me, a production that many have referred to as the “Tupac Musical.” But that’s a bit of a misnomer. The show, opening June 19, is not about the late rapper’s life. There is no character named Tupac, nor is there a Suge, a Dre, a Snoop, an Afeni, or a Biggie. Instead, Holler If Ya Hear Me is its own tale, one soundtracked by Tupac’s music. At the center of it all is Williams, a 42-year-old actor, poet, and activist.

Williams is a seasoned performer. He’s recited poems on thousands of stages, from the Sydney Opera House to London’s Queen Elizabeth Hall; released four full-length albums and five books; and collaborated with the likes of Trent Reznor and Rick Rubin. But Holler If Ya Hear Me is his first Broadway musical. The casting choice by Tony Award-winner Kenny Leon speaks to the magnitude of Williams’ previous work. Normally, if you’re casting a virgin Broadway lead, you go for a big-name actor who can sell tickets. While Williams may have a wealth of experience on stage and in front of the camera, he’s never been considered mainstream. (He’s had bit roles in major movies, like Lackawanna Blues and K-PAX, and one of his songs showed up ina now-infamous Nike commercial from 2008, but that’s about it.) The casting itself—and Williams’s acceptance of the show—has a rebelliousness to it, bringing to mind the words of Baldwin: “Artists are here to disturb the peace.”

 

***

Saul Williams was born in 1972 in Newburgh, New York. His mother was a schoolteacher and his father was a preacher. (Legend has it that his mom went into labor while at a James Brown concert.) Williams was interested in acting from an early age. Growing up outside New York City, he would often travel to Manhattan with his mother to watch some of the biggest shows of the era.

“I saw everything on Broadway in the ’80s,” says Williams, “so it’s always been something I’ve been connected to.”

 

140616-suskind-tupac2-embedHoller If Ya Hear Me (Joan Marcus)

Even before he was a teenager, Williams harbored dreams of being an actor. His goal was always to perform at Shakespeare in the Park, a production done each summer at the Public Theater. Williams continued to pursue that goal after high school, studying acting at Morehouse College in Atlanta, and then at New York University, in the Graduate Acting program at Tisch. At NYU, Williams finally felt like he was in his element—a place where he could study acting for 12 hours a day.

 

“I remember Saul as a very charismatic actor with a highly individual style and a poetic soul,” says Ron Van Lieu, a teacher of Williams’ at NYU and the current acting chair of the Yale School of Drama. Van Lieu, however, admits that the rigors of college may not have always coexisted with his student’s individuality. “I don't know that he was always happy with the rather narrowly prescribed curriculum of a classical theater training program,” he says. “There was a lack of opportunity for him to express his own unique artistry. Of course, many young artists find themselves through rebellion against the status quo.”

 

For Williams, that rebellion came through poetry and music. He soon began performing at open mic nights in the East Village. In 1996, after graduating, he was crowned the Nuyorican Poets Cafe’s Grand Slam Champion, which opened up even more avenues, and led to his role in Slam, an indie film that he helped co-write.

 

“I stand on the corner of the block slangin’ Amethyst Rocks / Drinkin’ 40s of mother earth’s private nectar stock dodging cops,” Williams’ character, Ray, screams in one of the movie’s most memorable sequences. The poetry, written by Williams himself, was raw and energetic. It had a rhythm that stuck to your bones.

 

“Saul’s poetry is in an elite class,” says Sonja Sohn, Williams’s co-star in Slam, who went on to star as Kima Greggs in HBO’s The Wire. “A lot of people miss what he’s saying because they don’t know where he’s pulling stuff from. You’ve got to know history, you’ve got to know Egyptian mysticism, you’ve got to know Dogon cosmology, you’ve got to know African-American history and literature, you’ve got to know so much to actually read into all of Saul’s work. He cross-pollinates references like no one I know, and then can still give it to you in a way where you can jump on the bike and ride it.”

 

‘Oh c’mon, they’re gonna cast Will Smith. The fuck do they care about authenticity?’

Slam went on to win the Grand Jury Prize for a Dramatic Film at the Sundance Film Festival, as Williams seemed poised to move to the next level of his acting career. However, he never did. While the number of roles he was offered increased, the parts and projects always felt like insults, more about the paycheck than the art.

“The number of opportunities I had to play drug dealers or detectives was absurd,” he says, matter-of-factly. “It was not necessarily work to sink my teeth into. And that kind of freaked me out, because I always loved acting, and the so-called opportunities that came were opportunities just to make money. But because of my publishing and speaking engagements and recording, I was making money.”

 

By then, Williams had moved down a different path. Soon enough, Rick Rubin was calling about producing Williams’s first album, Amethyst Rock Star.

“My life was hijacked by music and poetry,” he says with a smile. “In a cool way. In a very cool way.”

***

Williams first got a call about Holler If Ya Hear Me in April. It was 5 p.m. on a Thursday. The casting agent asked him whether he was interested in auditioning for the role the next morning. But Williams had a show that night, with the poet Carolyn Forché, and said he would only be able to give them a cold reading.

Williams wasn’t sure about the idea of a Tupac Broadway musical in the first place. At that point, he was mostly jaded about the industry, equating it to the Hollywood nonsense he had scraped the surface of years earlier. What does a major Broadway production care about getting Tupac right? he thought. What do they care about his music and his message? Williams mostly saw the audition invite as lip service.

“I was very much like ‘Oh, c’mon, they’re gonna cast Will Smith. The fuck do they care about authenticity?’” says Williams. “Not to say that he’s not authentic in the roles that he plays, but, you know what I mean?”

 

Though Williams was asked to audition the next day, the crew eventually pushed it back; Williams wouldn’t be seen until Friday the following week. However, the time he spent in between proved to be beneficial, as he began crawling through Tupac’s catalog, listening to old songs and dissecting his lyrics. His re-acquaintance with Pac, along with the few pages of the script he’d been handed, helped illuminate the show’s potential. “The first big surprise was they didn’t take any of the ‘niggas’ and the ‘motherfuckers’ out,” Williams says of the story. “So I was like ‘Fuck yeah, that’s what I am talking about.’”

By the time the audition came, he was hooked.

“I told [my wife], ‘I think I am in a position right now that if I don’t get it, it’s going to fuck me up.’ And I never wanted to be in that position,” says Williams. “I had a week to prepare. And by that time I am thinking ‘Who the fuck else are they gonna choose?’‘

 

He never got a chance to find out. The Monday after he auditioned, Leon asked Williams if wanted to play the role of John, a recently released prisoner who returns to his Midwest hometown and attempts to reintegrate himself into the community. When he heard the news, he did what any human being who’s just reached a lifelong career milestone would do. He cried.

***

One of the many books Williams keeps with him in his dressing room is called Atlas of the Transatlantic Slave Trade, which is described as “the first comprehensive, up-to-date atlas” of the 350-year history of slavery. It’s a large, detailed book, featuring hundreds of maps and lists recounting the path of the millions of kidnapped Africans who were brought in ships across the ocean. Of all the books he has on hand, Williams seems most enamored with this one.

“Every country where slaves came from, how many died on the ships, where they went in the Americas—we thought we didn’t have this stuff. Turns out we have all of it,” says Williams, as he flips through the pages. “And no one has seen it because this book has gotten no press in America. I have it here really for the people who come through, just so they can see it.”

 

Williams himself has spent plenty of time in Africa. In 1994, he traveled with his mother around the continent. While they were in Gambia, the country experienced a coup d’état. Williams and his mother were told to seek shelter with the American ambassador. However, instead of protection, they encountered hostility.

“I was there with the delegation of African-American teachers, and the CIA guy opened the door and was like ‘May I help you?’ And we were like ‘We’re American, we’re supposed to come here,’” recalls Williams. “He said, ‘Oh, well if I knew you guys were coming I would have put all the grits out the pantry.’ And we said, ‘Fuck you,’ and went back to our place.”

 

That revolutionary state of mind went hand-in-hand with Tupac’s message––an unwillingness to bow down to racists and hypocrites. Williams already understood the power of Tupac before he went overseas (that power was bolstered by the fact that images of Pac were all around Africa when Williams was there). While at Morehouse, Williams met the daughter of Assata Shakur. Assata, a former Black Panther currently on the FBI’s Most Wanted Terrorist List for her role in the murder of two New Jersey state troopers, was the sister of Tupac’s stepfather, Mutulu Shakur. Williams had read Assata Shakur’s biography when he was 18, but had never made the family connection until he got to school.

 

“When I realized more about his family around that time, then I really started paying attention,” says Williams. “This guy, his parents were Black Panthers. So when he talks about the criminal justice system, it’s not just because he’s been to prison, he’s learned extensively what has happened… That’s someone who’s reading the fuck out of a book and understanding extensively what Howard Zinn is talking about or Noam Chomsky or any of these characters... I was always enamored by [Tupac]. I thought he was brilliant.”

 

Like Tupac, Williams has spoken extensively about slavery and the systemic discrimination of blacks in America. In “Panther Power,” Tupac raps, “They kept my ancestors shackled up in slavery / And Uncle Sam never did a damn thing for me / Except lie about the facts in my history.” For Williams, in “Amethyst Rocks,” he states “Stealing us was the smartest thing they ever did / Too bad they don’t teach the truth to their kids.”

After joining the show—and before he had met the rest of the cast—Williams began to worry about his co-stars’ ability to recite Tupac’s lyrics on stage. Pac may not be as verbose as other rappers of his time, but his flow is intricate, and complicated to replicate. Fortunately for Williams, he “fell in love with the ensemble immediately.” He even found a kindred spirit in co-star Christopher Jackson, who trades many of the rapper’s most cherished verses with Williams during the show.

 

“This guy, his parents were Black Panthers. So when he talks about the criminal justice system, it’s not just because he’s been to prison, he’s learned extensively what has happened.”

“I got to make sure I eat my Wheaties every night,” says Jackson, about performing with Williams on a daily basis. “When he’s spitting you feel like you’re in the presence of greatness. His writing voice is so dynamic and filled with so much power and heart and passion and truth. He just goes in and you can’t help but stand there in awe.”

Jackson has been following Williams’ career for years (he admitted to watching Slam an estimated 10 times). The chemistry came easy between them. A bonus for Jackson is the privilege of collaborating with an artist whose work he’s always admired. In fact, during one of the last rehearsals, Jackson and the cast got a special treat, as Williams recited “Ohm,” a meditative account of life and hip-hop culture, along with Jackson’s favorite piece. A brief excerpt from the poem:

 

Through meditation I program my heart

To beat breakbeats and hum basslines on exhalation

Ohm

I burn seven day candles that melt

Into twelve inch circles on my mantle

And spin funk like myrrh

Ohm

“I wish I could rewind that moment at that time,” says Jackson. “It captured everything that we as a company were feeling as we were about to head into the theater and leave rehearsals to start tech. I couldn’t think of a more fitting verse than he recited. It was exactly what we needed to hear and move onto the next stage collectively.”

 

***

For Williams, the road after Holler If Ya Hear Me is already partially mapped out. After the show closes, Williams plans to continue working on his own hip-hop theater piece, one he’s worked on for a year and a half. Called Martyr Loser King, it’s a multimedia work that includes a performance component, original music, and a graphic novel with illustrations from artist Ronald Wimberly.

 

Though Williams spent the last four years of his life living in Paris and moved back to New York to do work on Martyr Loser King, he’s once again taking a detour. In the meantime, he will continue to use the same training and techniques that he learned when he was in school. Even as a poet, Williams considered himself an out-of-work actor creating a musical character, like he does in his third album, the Trent Reznor-produced The Inevitable Rise and Liberation of NiggyTardust!  

 

"I always felt like that’s what informed me in the poetry world, my theater training," he says. "I have never been shy on stage, and I knew everything about presence and connecting about your audience... basically how to rely on technique when the muse doesn’t strike. Otherwise you just learn how to be free and open and not fall into the traps of constricting your voice or losing connection."

 

Of course, like anything Williams has trained for, it’s about repetition. For now, he is using it to recite some of the greatest rap lyrics ever written eight times a week. The goal is to teach Broadway audiences about the message of Tupac Shakur and to continue to showcase the influence and authority rap can have on the masses.

“It’s like the power of prayer,” Williams says of hip-hop. “There is a reason priests say a million Hail Marys, because the process of saying that mantra, the idea of saying it aloud, and the sound vibration has that sort of effect. And hip-hop is so much about Say it with me, say it again, put your hands up and say it again!”

from http://www.thedailybeast.com/articles/2014/06/17/broadway-s-rebel-tellin-you-to-hear-it-a-portrait-of-saul-williams.html

22:34 17/06/2014 | Lien permanent | Tags : arts, humoeurs |  Facebook

31
mai

en chiffres, en lettres

Emmeline 1981.jpg1981

mi2013.jpg 2013

Lieux de vie(s):

13-02-1975: Sucy-en-Brie
1975-1976: Champigny-s/Marne
1977: Lailly-en-Val / Dry / Beaugency
1978: Chelles / Montfermeil / Gagny / Fossoy
1993: Paris
Juin 1995: Londres
1er juin 2000: Bruxelles

39 ans partout / nulle part - 14 ans ici.

21:37 31/05/2014 | Lien permanent | Tags : humoeurs |  Facebook

26
mai

Résumé de la 45ème soirée filles avec un cerveau (chacune) – 23 mai 2014 @ Amélie’s & Milady’s

Chaque fois que c’est coloré&souligné, c’est qu’un lien vers quelque chose attend son clic… cliquez donc et hop, le monde s’ouvre.

* Dorothée : Berty Albrecht – en vue d’un spectacle (Cf. revue féministe « Problème sexuel »

* Alice : CLAIR DE FEMME de Romain Gary – extrait : " On rencontre un type, on essaie de le rendre intéressant, on l'invente complètement, on l'habille de qualités des pieds à la tête, on ferme les yeux pour mieux le voir, il essaie de donner le change, vous aussi, s'il est beau et con on le trouve intelligent, s'il vous trouve conne, il se sent intelligent [...] s'il est mufle, vous vous dites qu'il est nature, et vous continuez ainsi à faire des pieds et des mains pour nier l'évidence, alors que ça crève les yeux et c'est ce qu'on appelle les problèmes du couple, le problème du couple, quand il n'est plus possible de s'inventer l'un l'autre, et alors, c'est le chagrin, la rancune, la haine, les débris que l'on essaie de faire tenir ensemble à cause des enfants ou tout simplement parce qu'on préfère encore être dans la merde plutôt que se retrouver seule. Voilà. "

* Catherine : LE SUICIDE ET LE CHANT, recueil de poèmes très courts appelés 'landays' / Poésie populaire des femmes pashtounes recueillie par Sayd Bahodine Majrouh.

* Perrine D. : LIGNES DE FAILLE de Nancy Huston

* Virginie : avait apporté qqch du fond de la mer…

 

girlz,humoeurs,poly-tiques

 

* Suzy : Tarot de Marseille… question(s) / réponse(s) / états des lieux.

* Sarah : bagues faites maison

* Amélie : Le jour où j’ai arrêté de me laver les cheveux (avec du shampoing)

* Perrine L: un cyclope et autres « monstres » / catalogue du musée Dupuytren, musée d'anatomie pathologique à Paris.  + LE PLANCHER (éditions les doigts dans la prose) + Le plancher de Jeannot (œuvre et texte)

* Pauline Yun : cartes noires à gratter avec scalpel et abstractions sonores.

* Nathalie : Livres de cuisine (Phaidon)

* Milady : tabatière cosmologique Dogon / Bouteille peut-être sacrificielle de bois et caïmans venue de Haïti / Wilder Mann ou la figure du sauvage de Charles Freger… zoomorphie et sauvagerie + cultures, légendes d’ici, du proche, de l’à côté.

girlz,humoeurs,poly-tiques


+ références extra-personnelles :
RENCONTRE DU TROISIÈME GENRE...
+ Problèmes éthiques posés par l’Assistance Médicale à la l’Assistance Médicale à la Procréation /
+ L’anonymat des dons d’engendrement est-il vraiment « éthique » ? /
+ SI PAR UNE NUIT D'HIVER UN VOYAGEUR, Italo Calvino
+ l’histoire par les femmes

girlz,humoeurs,poly-tiques

PROCHAINE EN SEPTEMBRE... chez...?

18:24 26/05/2014 | Lien permanent | Tags : girlz, humoeurs, poly-tiques |  Facebook

27
avr

Chant de moi-même

Disks Bearing Spirals (1923) DUCHAMP.jpgWalt Whitman, un cosmos, de Manhattan le fils, Turbulent, bien en chair, sensuel, mangeant, buvant et procréant,

Pas sentimental, pas dressé au-dessus des autres ou à l’écart d’eux
Pas plus modeste qu’immodeste.

Arrachez les verrous des portes!
Arrachez les portes mêmes de leurs gonds!

Qui dégrade autrui me dégrade
Et rien ne se dit ou se fait, qui ne retourne enfin à moi.

A travers moi le souffle spirituel s’enfle et s’enfle, à travers moi c’est le courant et c’est l’index.

Je profère le mot des premiers âges, je fais le signe de démocratie,

Par Dieu! Je n’accepterai rien dont tous ne puissent contresigner la copie dans les mêmes termes.
A travers moi des voix longtemps muettes

Voix des interminables générations de prisonniers, d’esclaves,

Voix des mal portants, des désespérés, des voleurs, des avortons,
Voix des cycles de préparation, d’accroissement,
Et des liens qui relient les astres, et des matrices et du suc paternel.
Et des droits de ceux que les autres foulent aux pieds,
Des êtres mal formés, vulgaires, niais, insanes, méprisés,
Brouillards sur l’air, bousiers roulant leur boule de fiente.

A travers moi des voix proscrites,
Voix des sexes et des ruts, voix voilées, et j’écarte le voile,
Voix indécentes par moi clarifiées et transfigurées.

Je ne pose pas le doigt sur ma bouche
Je traite avec autant de délicatesse les entrailles que je fais la tête et le coeur.
L’accouplement n’est pas plus obscène pour moi que n’est la mort.
J’ai foi dans la chair et dans les appétits,
Le voir, l’ouïr, le toucher, sont miracles, et chaque partie, chaque détail de moi est un miracle.

Divin je suis au dedans et au dehors, et je sanctifie tout ce que je touche ou qui me touche.
La senteur de mes aisselles m’est arôme plus exquis que la prière,
Cette tête m’est plus qu’église et bibles et credos.

Si mon culte se tourne de préférence vers quelque chose, ce sera vers la propre expansion de mon corps, ou vers quelque partie de lui que ce soit.
Transparente argile du corps, ce sera vous!
Bords duvetés et fondement, ce sera vous!
Rigide coutre viril, ce sera vous!
D’où que vous veniez, contribution à mon développement, ce sera vous!
Vous, mon sang riche! vous, laiteuse liqueur, pâle extrait de ma vie!
Poitrine qui contre d’autres poitrines se presse, ce sera vous!
Mon cerveau ce sera vos circonvolutions cachées!
Racine lavée de l’iris d’eau! bécassine craintive! abri surveillé de l’oeuf double! ce sera vous!
Foin emmêlé et révolté de la tête, barbe, sourcil, ce sera vous!
Sève qui scintille de l’érable, fibre de froment mondé, ce sera vous!
Soleil si généreux, ce sera vous!
Vapeurs éclairant et ombrant ma face, ce sera vous!
Vous, ruisseaux de sueurs et rosées, ce sera vous!
Vous qui me chatouillez doucement en frottant contre moi vos génitoires, ce sera vous!
Larges surfaces musculaires, branches de vivant chêne, vagabond plein d’amour sur mon chemin sinueux, ce sera vous!
Mains que j’ai prises, visage que j’ai baisé, mortel que j’ai touché peut-être, ce sera vous!

Je raffole de moi-même, mon lot et tout le reste est si délicieux!
Chaque instant et quoi qu’il advienne me pénètre de joie,
Oh! je suis merveilleux!
Je ne sais dire comment plient mes chevilles, ni d’où naît mon plus faible désir.
Ni d’où naît l’amitié qui jaillit de moi, ni d’où naît l’amitié que je reçois en retour.

Lorsque je gravis mon perron, je m’arrête et doute si ce que je vois est réel.
Une belle-de-jour à ma fenêtre me satisfait plus que toute la métaphysique des livres.
Contempler le lever du jour!
La jeune lueur efficace les immenses ombres diaphanes
L’air fleure bon à mon palais.
Poussées du mouvant monde, en ébrouements naïfs, ascension silencieuse, fraîche exsudation,
Activation oblique haut et bas.
Quelque chose que je ne puis voir érige de libidineux dards
Des flots de jus brillant inondent le ciel.

La terre par le ciel envahie, la conclusion quotidienne de leur jonction
Le défi que déjà l’Orient a lancé par-dessus ma tête,
L’ironique brocard: Vois donc qui de nous deux sera maître!

Walt Whitman (Traduction d’André Gide) - art by MARCEL DUCHAMP (Disks Bearing Spirals (1923

15:33 27/04/2014 | Lien permanent | Tags : humoeurs, lis tes ratures |  Facebook

Kosmos

Who includes diversity and is Nature,
Who is the amplitude of the earth, and the coarseness and sexuality of the earth, and the great charity of the earth and the equilibrium also,
Who has not look’d forth from the windows the eyes for nothing, or whose brain held audience with messengers for nothing,
Who contains believers and disbelievers, who is the most majestic lover,
Who holds duly his or her triune proportion of realism, spiritualism, and of the æsthetic or intellectual,
Who having consider’d the body finds all its organs and parts good,
Who, out of the theory of the earth and of his or her body understands by subtle analogies all other theories,
The theory of a city, a poem, and of the large politics of these States;
Who believes not only in our globe with its sun and moon, but in other globes with their suns and moons,
Who, constructing the house of himself or herself, not for a day but for all time, sees races, eras, dates, generations,
The past, the future, dwelling there, like space, inseparable together.
 
 
Walt Whitman
Inka-Järvinen.jpg
 
Une dispersion dans le cosmos peut sûrement être plus véritable que celle dans la ville.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
(Art by Inka-Järvinen)

14:17 27/04/2014 | Lien permanent | Tags : humoeurs |  Facebook

26
avr

la nuque est un relief sans détour

Je suis Conne
mais
je n'aime que l'horizon.

(celui que tu offres entres dedans).

nuque montante.gif

sauve qui sait.

15:54 26/04/2014 | Lien permanent | Tags : humoeurs, luv |  Facebook