23
aoû

La parole (sage) est à Bernard Noël

Bernard Noël

Bernard Noel

Incursions, Irruptions.
La Culture du mépris en Israël, par Bernard Noël

Le mot "incursion" sert à désigner, dans les derniers bulletins d'information de France-Culture, les opérations militaires israëliennes au Liban. Ce mot saisit parce qu'il est original par rapport au vocabulaire des autres chaînes. D'après Littré, "l'incursion est une course; par conséquent celui qui la fait passe seulement sur le terrain qu'il ravage". Bien que vieille d'un siècle et demi, cette définition décrit assez bien l'action d'Israël, sauf que la "course" viole cette fois l'espace aérien et que le "ravage" tombe ainsi principalement du ciel.
Littré renvoie au mot latin incursio qu'il traduit par "invasion". La consultation du Gaffiot donne "choc , attaque" pour incursio, puis "se jeter sur" pour incursito et "fondre sur, attaquer" pour incurso. Il ne faut pas, dit le Dictionnaire analogique, confondre "incursion" , qui est le fait de pénétrer momentanément dans un domaine qui n'est pas le sien, avec "irruption", qui consiste à pénétrer de vive force et à s'installer...
L'aviation, est l'instrument parfait de "l'incursion" puisqu'elle "se jette sur" son objectif et retourne aussitôt vers sa base. Les chars , les commandos, l'infanterie, par contre, sont obligés de faire "irruption" même si, officiellement, leur commandement n'a pas l'intention de s'installer. L'armée israëlienne, dénommée Tsahal, combine de toute évidence depuis un demi-siècle "incursion" et "irruption" pour le plus grand dommage de ses voisins.
L'histoire de cette période prouve en effet que l'existence et le comportement de Tsahal font de l'incursion et de l'irruption une méthode d'intimidation brutale dont l'exercice est sans cesse nourri d'actions violentes. Cela va du "bouclage" toujours arbitraire à la confiscation des terres, de la destruction des oliveraies et des maisons à l'assassinat ciblé, du bombardement des infrastructures civiles au bombardement des civils, de l'enlèvement et de la séquestration des responsables politiques à l'emprisonnement et à la torture de quiconque a l'infortune d'être au mauvais endroit au mauvais moment. Tout cela au nom d'un droit à l'autodéfense et à la sécurité dont le résultat est de créer une insécurité générale, non seulement autour d'Israël mais dans tout le Moyen Orient.
Devant tant de violences, dont le seul succès est d'en appeler et d'en rappeler d'autres aux références totalitaires fâcheuses, il semble que le simple bon sens aurait dû conduire à demander à la paix ce que ne peut obtenir la guerre. Mais non, l'Etat d'Israël s'obstine à entretenir l'oppression, la peur, la menace quand il ne passe pas à des actes qui visent à terroriser l'ennemi qu'en réalité il fabrique. Pourtant, ces jours-ci, les actes en question ont atteint un degré où l'injustifiable le dispute à la sauvagerie. Une sauvagerie masquée par la technologie guerrière qui métamorphose les tueries en une affaire inhumaine que les communiqués qualifient de "dégâts collatéraux".
L'humanité a sans doute besoin du contact, de la vision directe ou du face à face pour que le tueur ait conscience du droit de mort dont il dispose. On peut croire que tel n'est pas le cas de l'artilleur ou de l'aviateur qui tirent sur un "objectif", mais comment accorder cette circonstance atténuante aux généraux, ministres et chef de gouvernement dont le moins qu'on puisse attendre d'eux est qu'ils sachent ce qu'ils font ? Quand on compare l'importance des "dégâts" et la justification qu'en donnent les responsables israéliens, on se demande ce qui l'emporte chez eux du mensonge ou du racisme dans leur empressement à pousser au crime.
Bien sûr, une bonne partie de leur arrogance dans le déni des faits tient à l'aide constante et à la conduite exemplaire de leur soutien américain, qui a si brillamment réussi la démocratisation de l'Irak et de l'Afghanistan. Les crimes de guerre, la torture des prisonniers, les massacres changent de nature dès lors qu'on les qualifie de lutte contre le terrorisme: ils tirent même de cette qualité une sanctification. Et puis, de toute évidence, les victimes de cette lutte n'ont pas droit à ce statut: il suffit de vous étiqueter "terroriste" pour que vous cessiez d'être un humain.
Depuis des années, et les témoignages abondent à ce propos, on assiste en Israël à un entraînement au mépris. Au mépris du Palestinien, jour après jour humilié aux check-points, privé de travail, privé d'eau, d'électricité, de nourriture, malmené pour un oui pour un non, emprisonné sans jugement... Encore n'est-ce là que les formes les plus douces d'une oppression qui n'hésite pas à recourir aux obus, aux bombes, aux fusillades à Gaza ou au fameux "Mur" qui est en train de transformer la Cisjordanie en camp de concentration.
La gravité de la situation ainsi créée s'accompagne de milliers de morts avec un fort pourcentage de femmes et d'enfants. Tout cela a été dénoncé en vain par des articles, des documentaires, des livres, mais rien ne dénonce la dégradation morale qu'entraîne chez les Israéliens l'exercice régulier de l'oppression. Si l'artilleur et l'aviateur ne voient peut-être pas ce qu'ils font, l'oppresseur le voit fort bien quand il laisse des malheureux attendre des heures durant un passage, quand il enfonce les portes, casse les meubles, quand il écrase une maison avec son tank ou son bulldozer, quand il tire sur des enfants. Pour supporter ce face à face, il faut avoir pratiqué longuement le mépris et même en avoir fait sa culture. On sait à quel point il faut déshumaniser l'Autre pour le traiter comme un être inférieur.
Le gouvernement israélien organise cette déshumanisation et le mépris raciste qui en découle. Il s'étonne de la résistance qu'il rencontre dans le temps même où il s'efforce d'en finir avec elle. D'où ce redoublement de violence, qui prouve un désir de génocide latent, et la rage de ne pas oser l'accomplir. Cette rage aveugle monsieur Olmert et sa clique puisqu'elle les fait agir à l'inverse de l'intérêt de leur peuple également aveuglé par leur propagande. Ainsi, après la destruction du Liban avec des bombes américaines dans le but de provoquer le rejet du Hezbollah cause, soit disant, de tout ce malheur, un sondage révèle aujourd'hui que 87% des Libanais voient dans le Hezbollah un mouvement de résistance qui les honore.
La bêtise politique est criminelle: on le voyait en Irak, en Afghanistan, on le voit hélas en Palestine et au Liban. Le plus accablant est que cette bêtise ne rencontre aucune opposition dans un Occident qui se déshonore en lui trouvant des motifs respectables. Les pays arabes ne font pas mieux mais ils ont l'excuse, grâce encore à l'Amérique, d'avoir des gouvernements qui sont étrangers aux aspirations de leurs peuples. Il n'est pas nouveau de traiter de terroristes des mouvements de résistance, mais les utilisateurs de cette rhétorique apparemment inusable devraient savoir qu'il est dangereux de précipiter la résistance dans le désespoir.
L'honneur n'a jamais été le fort des diplomates et des commerçants, mais il fut longtemps la règle du jeu des militaires. Quel honneur pourrait-il y avoir à bombarder une usine de lait, les pistes d'un aéroport civil ou les immeubles de l'autorité palestinienne? Il est dommage que Tsahal et ses généraux n'aient jamais eu à méditer ce vers classique devenu proverbial: "A vaincre sans péril, on triomphe sans gloire". L'honneur d'Israël ne tient plus qu'aux quelques "refuzniks" qui refusent de massacrer des innocents, mais pour Tsahal, il est trop tard, cette armée d'élite n'est entraînée qu'à écraser plus faible qu'elle aussi doit-on la considérer désormais comme la plus lâche du monde.

 
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mardi 15 août 2006

13:07 23/08/2006 Publié dans Général | Lien permanent | Tags : poli-tique, act-u, lis tes ratures |  Facebook

18
aoû

Bernard Rapp s'est éteint...

"Elégant. Toute sa vie télévisuelle, c'est l'adjectif qui aura collé à la peau du journaliste et cinéaste Bernard Rapp, mort hier à l'âge de 61 ans. Un décès «des suites d'une longue maladie» annoncé dans le JT de 20 heures de France 2 hier soir, ce même JT qu'il présenta entre 1983 et 1987 quand la Deux s'appelait encore Antenne 2.

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Bernard Rapp rejoint la chaîne publique en 1976 en tant que grand reporter avant de devenir correspondant à Londres. C'est sur fond de Big Ben et en plein thatchérisme triomphant que les téléspectateurs découvrent sa haute stature et sa célèbre minivague blonde. En 1983, Pierre Lescure, alors directeur de l'information d'Antenne 2, doit trouver un successeur à Patrick Poivre d'Arvor, parti bouder, car vexé de devoir partager le siège du 20 heures avec Christine Ockrent. «Je suis allé rencontrer Bernard Rapp à Londres, raconte Lescure à Libération,  et j'ai été immédiatement séduit. On cherchait quelqu'un qui ait cette simplicité et cette touch of class qu'avait Poivre pour faire le passage en douceur. Bernard Rapp avait un petit sourire ironique, pas dupe, un côté britannique. Très bon, précis, simple, clair et séduisant. Je vais utiliser une expression qu'on n'utilise plus beaucoup aujourd'hui : c'était un honnête homme.» Son JT se distingue par ses qualités d'écriture. Et l'audience ­ la Deux distance alors TF1 ­ est au beau fixe, même quand il est le premier à commettre ce crime de lèse-majesté cathodique : laisser tomber la cravate pour raconter le monde au téléspectateur.
En 1987, Bernard Rapp quitte le 20 heures mais pas le petit écran : de l'information, il passe à la culture. Cet anglophile acharné ­ à son actif un livre de voyage sur la Grande-Bretagne ainsi que Quality, objets d'en face , un ouvrage sur les objets mythiques d'outre-Manche ­ sert au téléspectateur sa fameuse Assiette anglaise , savoureux plum-pudding de chroniques culturelles (prononcer aujourd'hui talk-show), puis Tranche de cake et autres littéraires Caractères ou Jamais sans mon livre . On lui doit aussi Un siècle d'écrivains, la série de 257 documentaires sur les écrivains du XXe siècle diffusée sur France 3 . Puis il a fini par quitter la télé pour, disait-il avec malice, «l'envie de faire de la fiction» ."
Source: Libération
 
 
 
et pendant ce temps, Patrick Sébastien tient toujours la route... pas de justice dans ce monde de quantités...

12:44 18/08/2006 Publié dans Général | Lien permanent | Tags : act-u |  Facebook