21
fév

en lumineux

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" Ce pays n’est qu’un vœu de l’esprit, un
contre-sépulcre

Dans mon pays, les tendres preuves du printemps
et les oiseaux mal habillés sont préférés aux buts lointains.
La vérité attend l'aurore à côté d'une bougie.
Le verre de fenêtre est négligé.
Qu'importe à l'attentif.

Dans mon pays, on ne questionne pas un homme ému.
Il n'y a pas d'ombre maligne sur la barque chavirée.
Bonjour à peine, est inconnu dans mon pays.
On n'emprunte que ce qui peut se rendre augmenté.
 
Il y a des feuilles, beaucoup de feuilles sur les arbres de mon pays. 
Les branches sont libres de n'avoir pas de fruits.
On ne croit pas à la bonne foi du vainqueur.
Dans mon pays, on remercie."
 
René Char (Qu'il vive / Les matinaux, Poésie Gallimard)

09:04 21/02/2018 | Lien permanent | Tags : textes |  Facebook

emportée par la foule ...

Le Nutella et l’image des foules

Une promotion de pâte à tartiner Nutella ayant entraîné quelques bousculades le 25 janvier dernier, a fait l’objet d’une critique virulente, par la voix des médias traditionnels et sociaux. Cette mise à l’index (à laquelle je consacre ma chronique vidéo pour Arrêt sur images, temporairement en accès libre) résulte de l’association de trois ingrédients socioculturels.

Il y a bien sûr le caractère iconique d’un aliment connu de tous, qui a pris la succession du Coca-Cola au pilori de la malbouffe. Symbole d’une industrie alimentaire qui fait peu de cas de notre santé, Nutella incarne de surcroît la destruction de la biodiversité par la culture de l’huile de palme, cause de la disparition des orangs-outans en Indonésie. Comme le soda, il n’est pas difficile pour un adulte de se priver de cet aliment-phare de l’enfance, ni de condamner une consommation évidemment substituable, ou encore de flétrir la tyrannie des marques.

Une analyse plus sensible aux conditions économiques montre en revanche que les ménages modestes trouvent dans les marques alimentaires l’occasion d’accéder à bon compte à une demande enfantine qu’ils sont le plus souvent obligés de décevoir.

Le deuxième facteur est notre mauvaise conscience face aux diktats du marché, matérialisés par une publicité omniprésente. Les micro-adaptations personnelles permettant de se convaincre qu’on n’est pas l’esclave des processus qui dominent les sociétés productivistes jouent un rôle essentiel dans notre acceptation globale de ces mécanismes. L’opposition d’une conscience individuelle libre face à une aliénation généralisée participe donc du schéma qui atténue le sentiment de notre soumission.

Franquin, L’Ombre du Z, 1962.

Le troisième élément, le moins remarqué, est l’existence d’une imagerie narrative1 de la frénésie des soldes, déclinaison tardive de la figure de la foule pulsionnelle de Gustave Le Bon, qui accompagne après-guerre l’essor de la consommation de masse.

Devenue un marronnier des journaux télévisés, la course des acheteurs franchissant les portes du magasin est le plus souvent filmée de l’intérieur – preuve que cette vision est une coproduction journalistico-commerciale. Evénement anticipable, l’ouverture des soldes fournit à la fois un sujet pittoresque par son action spectaculaire, une peinture sociale de la modernité et l’occasion d’une condamnation morale à peu de frais de la marchandisation – carton plein!

Lorsqu’un dessinateur comme Steve Cutts, adepte d’une satire sociale qui rencontre un accueil chaleureux en ligne, emblématise cette figure dans le dessin animéHappiness (2017), on peut observer la version achevée du stéréotype. Le groupe uniforme où les rats ont remplacé les humains rétablit le lien visuel avec les motifs de l’émeute ou de la panique, et révèle la violence animale cachée derrière le vernis social.

 

Le succès viral des bousculades de janvier est de même  propulsé par deux vidéos d’attroupements, dont celle filmée par l’animateur radio Kenny Le Bon à Bordeaux fait l’objet de milliers de rediffusions en ligne et sera reprise jusque dans les colonnes du New York Times.

Alors qu’un examen plus attentif de la séquence montre qu’on est loin de l’émeute, l’existence de l’imagerie narrative de la foule consumériste permet d’y projeter le stéréotype du désordre collectif, et démultiplie sa force illustrative.

Incarnation de la déshumanisation et de la barbarie, l’imagerie de la foule constitue un repoussoir dont il est facile de se différencier – offrant ainsi une parfaite illustration du mécanisme de Distinction décrit par Bourdieu, qui permet à un groupe de marquer sa supériorité sur un autre. Tout ce qui est figuré sous la forme d’une agrégation indistincte contredit les attributs de la personnalité. Pourtant la déshumanisation prédite par certains modèles de psychologie sociale n’est pas ressentie à l’échelle individuelle par celui qui participe à l’action. Des études récentes montrent au contraire que même les individus confrontés à des situations extrêmes continuent à effectuer des choix rationnels et à manifester leur solidarité2. L’image des foules n’est qu’une image – une caricature qui nous permet de croire à notre liberté.

  1. André Gunthert, «Comment lisons-nous les images? Les imageries narratives», L’image sociale, 18/05/2015. [↩]
  2. Guillaume Dezecache, «Les paradoxes de la peur panique», La Vie des idées, 16/05/2017. [↩]

08:58 21/02/2018 | Lien permanent | Tags : poly-tiques, society |  Facebook

18
fév

Atelier d'écriture créative - Femina Corporis + Spectacle I-Clit à la Balsamine - 3 mars

 

Samedi 3 mars: journée créative à la Balsamine

atelier

 

 

A l'occasion de la dernière du spectacle i-clit, un solo danse de Mercedes Dassy
qui sera présenté du mardi 27 février au samedi 3 mars 2018 à 20h30

 

Journée d'écriture autour du corps de la femme
Programme du samedi 3 mars 2018:
De 10H30 à 19H00: " Femina corporis": atelier d'écriture animé par Milady Renoir
De 19H00 à 20H30: repas du soir
De 20H30 à 22H00: I-Clit + rencontre avec la performeuse

Intitulé de l'atelier:
"Ecrire le corps, et le corps féminin, tant qu'à faire. Beaucoup en ont extrait un fragment, un imaginaire, un désir pour le transformer, l'annexer, le réduire, l'augmenter, le parfaire, le maudire, le décrire, ...
Cet atelier d'écriture propose un itinéraire à travers quelques unes des oeuvres littérales, littéraires, plastiques, numériques qui ont abordé le corps féminin, à l'orée de l'intime ou dans un contexte extime."


Profil de l’animatrice
 Milady Renoir, l’animatrice, écrit, lit, lutte, photographie, performe, invite, incite, s’intensifie en vieillissant, fait écrire, fait lire, relit des projets d’écriture, ouvre sa bibliothèque, organise des évènements dans des contextes féministes, intersectionnels, de lutte contre les discriminations, auprès de personnes sans papiers mais pas sans droits et tente indéfiniment de placer l’écriture du désir au centre des propos du monde.

Tarif atelier:
Tarif plein: 35 euros
Tarif réduit: 20 euros (étudiant.e.s, enseignant.e.s, pensionné.e.s, artistes, demandeur.se.s d'emploi)

Tarif repas:
Repas midi: repas partagé : chacun amène quelque chose
Repas soir: repas sur place cuisiné par notre chef  Tio Gusto:
Soupe: 4 euros- Repas: 12 euros (végé ou carne)

Tarif  spectacle: I-Clit de Mercedes Dassy
Tarif plein: 10 euros-Tarif réduit: 7 euros-Tarif étudiants en art: 5 euros

Atelier limité à 10 personnes - Inscription obligatoire - article 27 bienvenu.

 

Infos et réservations: Noemi Tiberghien - Médiation culturelle - Théâtre la Balsamine
02 737 70 18 - noemi.tiberghien@balsamine.be
Avenue Félix Marchal 1, 1030 Schaerbeek

 

09:43 18/02/2018 | Lien permanent | Tags : atelier |  Facebook