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Le mot, le reste, les choses, évidences.

andrew-fairclough-06.jpg"De fait, je marche comme attirée vers le haut par l'infini, comme tirée par des fils dont l'origine se serait perdue au-delà de la voûte céleste. De fait, mon corps, alors, qui ne peut pourtant plus courir, se rappelle délicieusement la course et retrouve comme une ivresse du mouvement, en même temps qu'une assurance du point d'appui.

Les pierres, disait-on au XIXe siècle, avaient une âme végétative, mais insensible ; et quoi qu'il en soit, un roc impose une borne à l'infini.

C'était aussi le lieu d'où je pouvais, pistant obstinément ma proie du regard, fixer un oiseau en vol et le suivre des yeux jusqu'à ce qu'il ne soit plus qu'un point final à l'histoire.

Quand j'ai commencé à écrire un jour, dans un passé lointain, des fantômes me tourmentaient, la condition humaine me révoltait, mais j'ignorais à quel point elle me révolterait plus encore.
J'ai pensé que l'écriture serait mon appui définitif, mais il n'y a aucun point d'appui dans l'écriture. On a du mal à s'en passer, comme un enfant a du mal à se passer de jouer pour s'affronter au merveilleux.

Là, je m'oppose à ce qui veut que l'on vive loin, où il fait beau et chaud ; là, je m'oppose à ce qu'on vive là où il y a de la richesse et de la jeunesse à dévorer ; là, je m'oppose à ce qui veut que  l'on vive là où les choses sont faciles et où il n'y a plus de stupéfaction ; là je m'oppose à ce qui veut que l'on s'installe où l'existence va plus vite, où, de l'amour même, on a fait un étranger à soi-même. (...) Je ne comprenait pas que  l'on pût oublier la poésie du monde.

La poésie, la Nature et l'amour sont à jamais les abîmes les plus ardents où peut se jeter l'être."

Carnets de la côte d'Opale, Nadine Ribault, Le mot et le reste, 2016

 

(illu d'Andrew Fairclough)

17:29 09/12/2017 | Lien permanent | Tags : lis tes ratures |  Facebook

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