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Compte-Rendu de la 57ème soirée filles avec un cerveau (chacune) + invitation à la 58ème

Compte rendu de la soirée fille 57 à Lambermont (Gaume) chez Christine écrit par Christine. (La première sans la présence de Milady captive de son sac volé dans le train).

Ce fut une soirée numineuse, vraiment !

Selon Rudolf Otto et Carl Gustav Jung, le numineux, c’est ce qui saisit l'individu, ce qui venant « d'ailleurs », lui donne le sentiment d'être dépendant à l'égard d'un « tout Autre ». C'est « un sentiment de présence absolue, une présence divine. Il est à la fois mystère et terreur.

Annie : s’astreint à écrire une page A4 par jour. Elle nous en lit une : Fenêtre ouverte sur / garder les vivants dans son cœur / une chanson de Simon and Garfunkel / le couple vu comme un château : ceux qui y vivent veulent en sortir, ceux qui sont dehors veulent y entrer. Elle nous montre une statuette Mapuche (Chili) dont le socle se détache pour montrer le bas d’un corps féminin.

Françoise (Fu) : évoque un groupe qu’elle a créé avec d’autres « artisans de notre vieillir » (qui aurait pu s’appeler… VIPO… vi’ peaux). Il réunit des habitants de villages proches (pour faciliter les services et les trajets) dont Gérouville et Avioth de plus de 60 ans (en général plus de 70). De 12 ils sont passés à 8 (deux sont partis parce que trop émus de se projeter comme morts. Réunions à thèmes. D’abord, les aspects formels : prix aux km, cagnotte pour acheter, par ex, des lunettes à celui qui ne peut pas assurer financièrement. S’énoncent le fait d’accepter qu’on est vieux, récapituler chaque journée chaque soir, les manières de mourir dans le monde, se réconcilier avec son entourage, formulaires à remplir pour le droit de mourir dans la dignité (qui décide si on perd la boule ?). Lors d’un tour pour ou contre l’euthanasie tout le monde a voté contre, mais contre aussi l’acharnement thérapeutique. Françoise a présenté une conférence gesticulée sur la mort. Moments numineux, stades qui suivent la mort, la mort fait partie de la vie (groupe à Mons), ENEO…

Christine D conseille « Chroniques de mon crématorium » de Caitlin Doughty... Sans oublier les superbes papiers végétaux, orties et soude caustique que Françoise nous montre… 

Marie : Jephan de Villiers Elle nous amène un «cerveau », morceau de mémoire, créé par lui, en papier, cordes. Installation des cerveaux sur des barques / petits personnages en mie de pain qu’il confectionnait quand il était petit et malade (Annie)…

Karyne : Vacances particulières en Gaume (elle est bruxelloise) depuis un mois / père décédé récemment de la maladie d’Alzeimer / pour qu’il puisse aller « sous la douleur », elle lui racontait des histoires de mers chaudes, l’emmenait en « natation » / Il est mort en essayant de garder ses yeux ouverts le plus longtemps possible comme un enfant qui ne veut pas s’endormir et qui voudrait qu’on continue à lui raconter une histoire /Enterrement dans la collégiale de Nivelles, elle dit un texte comme il aurait offert un verre, l’impression d’avoir des siècles derrière elle, de sentir les pierres la pousser dans son dos, acoustique de l’église. Lors de son séjour à Orval, le Jardin de pierres, marche sur les pas de son père (petit séminaire, aimait l’Orval…). La vierge de l’abbaye d’Orval pas sympa, menaçante, le chant des moines qui permet que l’édifice ne tombe pas. Redonne forme en arrachant les orties au jardin de Patricia chez qui elle loge. Des vacances où elle se laisse porter par ce qui vient, ce qui arrive.

Françoise L : Allers-retours dans sa maison, une pièce dédiée au dessin, 30’ par jour, certains réalisés à hauteur de cuvette de WC… / Partage de ses dessins / Ses photos ne sont pas ses états d’âme, projections des amis qui les regardent.

Christine V : partage d’un projet d’école de devoirs (relancé par Véronique) à Lambermont, la difficulté de recruter des bénévoles, la contrainte qui fait peur quand on n’est pas toujours disponible, ni présente, la peur de se voir envahies par les enfants sans pouvoir assurer. Appel à l’équipe qui retourne ceci : ne pas appeler ça « école », trouver une autre dénomination, un jour semaine pour commencer, à deux. Voir si la sauce prend, si d’autres villageois s’ajoutent plutôt que de faire de la retape, rester dans le plaisir, ne pas se forcer à « sauver » les enfants. Mettre des livres, jeux à disposition. Moment de détente.

Catherine : Lit l’un de ses textes où il est question d’un couple de prisonniers politiques chinois (Liu XiaObo et Liu Xia Xiaobo, artiste qui n’a pas pu aller chercher son prix Nobel. Sa femme a disparu. Catherine aimerait que l’une de ses lettres puisse l’atteindre, mais où ? D’où lui vient son intérêt pour cette femme ? Ne supporte pas l’idée qu’on puisse oublier des personnes, se souvient du papier collant qu’on lui mettait sur la bouche quand elle était petite…

Chantal : coup de gueule au sujet du magazine Wilfried  où il n’est question que d’hommes. Poubelle ! Savoir dire non à sa voisine alcoolique qui devient envahissante / histoire de son petit-fils Hugo et de l’arbre qu’elle lui demande de se choisir. Il en élit un, ils vont près de lui et « font ce qu’on fait quand on rencontre un arbre », l’arbre est ensuite reconnu par la mère du gamin (moment numineux !) / histoire de l’achat ou non d’un chapeau melon (tout prend de la place dans une yourte), de la robe de princesse pour danser avec un mec un peu brut de pommes. Elle lui demande s’il sait ce que c’est une robe de princesse, il répond « ben ouais, c’est une robe avec une princesse dedans… ». Chantal se regarde dans la glace et dit : « si j’étais un mec, je me draguerais ».

Véronique : montre des cordes avec des nœuds, emmêlées, qui la suivent partout. Chaque nœud est une femme initiatrice, amie. Un lien avec ces femmes. Un autre bout de corde vient de l’île de Macronissos. Véronique découvre dans « Journal de déportation » de Yannis Ritsos » l’existence d’un camp de déportation en Grèce, à Macronissos, bâti en 1947 par les anglais et les grecs sur le même modèle que les camps qu’on venait de vider après la guerre... S’y trouvaient des femmes et des enfants (même ration d’eau pour une femme seule ou avec enfants, eau dans des contenants dégueulasses, beaucoup meurent de soif). On entendait du continent (5km), les cris des détenus torturés. Mais, personne ne semble se souvenir sur le continent, aucun travail de mémoire. Un homme politique a un jour nié qu’il y avait eu des femmes et des enfants, choc pour une ancienne déportée qui le voit à la télé. Véronique est allée sur place avec son compagnon et une amie. Difficulté de trouver un bateau qui accepte de les y conduire (courants forts qui ne permettaient pas aux prisonniers de s’évader). Sur l’île, des serpents, quelques ruches, des ruines du camp d’une cinquantaine de centimètres de haut, les latrines, pareilles à celles d’Auchwitz, le plus en état. Et ce bout de corde qui sentait le mazout… Dans cette île on a retrouvé des poèmes mis dans des bouteilles et enterrés pour ne pas que les matons les trouvent. Lecture d’un texte de Ritsos où il est question d’un fils mort dans un camp, personne ne mange sa part alors que tout le monde meurt de faim : « nous nous aimions » (texte joint).

Voir le film « Comme des lions de pierres aux portes de la nuit » - On peut l’acheter ici : http://olivierzuchuat.net/fr/dvd-vod.php

Annie conseille deux livres : « Une journée avec Denisovitch » de Soljenitsyne

et « L’écriture ou la vie » de Jorge Semprun 

Christine D dit avoir ramené une fleur, séchée, d’Auschwitz. « Quelles fleurs peuvent encore pousser là ? »

Christine D : son compagnon originaire de l’Orégon, là où il y a encore des forêts primaires, où dix arbres peuvent pousser sur une seule souche, où des routes passent à travers les séquoias. Elle nous lit « The giving tree » (l’arbre généreux) de Shel Silverstein (dont la figure déçoit Chantal qui l’imaginait un peu plus… « slave »).

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...

Prochaine soirée filles avec un cerveau (chacune), la 58ème chez Milady à Schaerbeek (adresse sur requête) le vendredi 6 octobre de 19h01 à ... - Chacune bienvenue.

(concept énoncé après un autre compte-rendu, ici)

 

19:56 17/08/2017 | Lien permanent | Tags : girlz |  Facebook

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