27
mai

Mer rousse

à Lisbonne, il y a plus ou moins un an, Norma et moi avons pris un peu de frais dans une église suite à une longue marche errante et joyeuse.
Dedans, quelques kitscheries, bondieuseries et du frais, du silence et des femmes-rondes-petites-habillées-de-noir qui priaient ou papotaient entre elles de celles qui ne viennent plus.
Sous une chaire, un moment de protection.
Un Jésus lilliputien et une longue femme océanique aux cheveux de nid.
Ma transposition m'a laissé croire à une force céleste (je suis athée) enrobant l'humanité, cherchant à jouer avec ses joies et ses déceptions. Sans ironie, sans jugement. Sans faute, surtout.
Quelque chose qui nous dit combien nous sommes des riens organisés, des néants juxtaposés et tout autant des végétaux animaux corps humains âmes esprits minéraux en attente de complétude.


Au delà des croyances, l'image nous a fait du bien, à Norma et à moi. Nous avons souri aux grenouilles de bénitier.
Après, nous avons été dévoré quelques pasteis... pour nous remettre de la métaphysique.

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11:24 27/05/2016 | Lien permanent | Tags : humoeurs, textes |  Facebook

22
mai

eau bénite

de quel jus ai-je été tirée. ce lien fébrile entre un homme à deux visages et une femme sans corps. un tissu orange drapant une Renault 5 deux portes et un cocker femelle portant le nom d'אוּרִיאֵל l'archange radieux. une claque dans la gueule de la femme. des quiproquos non-dits mensonges silences intimes. la route est longue jusqu'à l'enfance. on met le colis piégé chez les grand-parents. dépôt dégoût indécence de l'irresponsabilité. trop rude l'après bonheur. l'homme à deux visages banni interdit monstroïfié. 'il n'entrera pas ici'. un berceau sur une rivière molle, je 'grandis'/grossis entre mégots de cigarettes sur un sol linoléum d'un café de banlieue parisienne. des demis servis à la tirette comme une tombola du désastre. café-calvas et croissants et les devoirs à faire dans l'arrière salle. je suis bonne à l'école. je suis bonne souriante gentille polie comique pas comme d'autres. (ah oui?) les hommes-clients-piliers qui pissent passent derrière moi et trament le début de la femme. regards sur peaux et yeux attendris par l'innocence parfois complice, fillette testant le diable, parfois accomplie, admettant ce même diable. désirs du corps étranger. désirs d'être plus que ça. eux, chacun en mains yeux ventres. je vois ce qu'ils creusent en eux. le cantonnier, l'éboueur, l'ouvrier de VolksWagen, le chauffeur de la RATP, le gestionnaire du garage BMW, le cadre de chez IBM, l'entrepreneur de maçonnerie, le comptable chez AXA - aphorismes incestueux et acronymes de la foulure. les règles à dix ans. les seins (nénés) poussent. une vieille goudoue copine de la femme sans corps jettera un jour un coup d'oeil, ouvrant le col du T-shirt Snoopy pour voir l'avancée de la fébrile féminité "ça pousse dis donc". je lui ai piqué un Delacroix et offre une partie des frais à une copine congolaise violée par un oncle qui avorte chez une cousine. mûrir entre des murs, des cages d'immeubles et des tiroirs caisses, assise entre des dépits et les cruautés. mes cousins seront congolais, gabonais, marocains, algériens, portugais. tout grouille. la vie, en somme. dans le café-famille-cocon noir, des corps bannis de désir, frustrés comme des vieux fruits. pertes et fracas dans les familles. dans un café, tout se joue, tout se perd. W. -15 ans vient chercher sa mère bourrée à 21h39 avant que le père rentre. elle lui hurle qu'il n'est pas le fils. il lui répond qu'elle n'est pas la mère. S. -14 ans, fille de chasseur Lepeniste et de secrétaire de redirection, que je coince dans les toilettes à la turque contre les murs glacés et salis par les seins. griffures adolescentes, toute puissance du début des choses comprises. c'est moi qui décide l'entrée et la sortie. c'est moi qui ponce la peau, qui décape son duvet. des nuits sur le minitel à faire jaillir des hommes creux, des papas maris papis. partout. un après-midi, un égyptien vieux beau caresse pendant dix minutes au jardin des tuileries les poils qui vont de mon auriculaire au poignet. 'la quintessence du bonheur' souffle-t-il dans mon cou en sueur tel un hongre aux naseaux chauds. tout le temps. et à la maison, c'est foutu. le sexe flou d'un arrière grand-père à qui l'infirmière vide la sonde. le cul frileux d'une grand-mère qui se lave au lavabo avec le gant qui passe comme un train dans un tunnel. sans lenteur, sans sens. la femme sans corps qui se paralyse, son corps rigide qu'il a fallu laver partout pour lui éviter les infirmières à domicile. laver son corps de mère et lui dire que c'est pas grave, que ça fait rien. rien est tout. le souvenir crispé des poils incarnés des ongles oubliés et des veines violettes qui pètent à la surface des dermes. peaux blanches des draps. escarres nécroses plaies. la maladie comme anti-corps. le désir bien loin derrière. alors la compensation dans les lectures, Miller, Nin, Bukowski, Lunch, Gira, les choses sombres. Mishima, Bataille plus tard. pour sentir la douleur d'être au fond, comme des relents de ce qu'ils sont. mais pour mieux passer dessus. avant de crever, leur dire. qu'il y a un corps qu'ils ont foutu dans le monde. leur dire que je vais pas laisser le délétère le mortifère et le toxique s'emparer de mon sang de ma cyprine de mes glaires de mes sucs de ma salive oui mes larmes bien sûr. vitalité du surplus. désirs d'absolue nécessité d'aimer. ce texte comme un ferrofluide comme un jus de coeur fil tendu entre tripes et monde. 

(c) Milady Renoir

19:21 22/05/2016 | Lien permanent | Tags : textes |  Facebook

20
mai

éphémère

la place près de la rivière, la place sur le trottoir, la place dans le lit, la place dans le ventre, la place entre le mur et la table, la place devant son miroir, la place pêle-mêle, la place face à sa mère, la place dans l'immense creux, la place derrière le père, la place dans l'année, la place pour la peur, la place sur le planisphère, la place dans le son du piano, la place dans le cadre photo, à droite au fond, la place sur le banc, la place dans les rangs, la place sous la pulpe, la place du mort, la place dans l'idée, la place du silence dans le geyser, la place derrière la commode, la place contre la mort, la place de dieu, la place entre les algues vertes, la place de second, la place de la lampe de chevet, la place de l'écran dans la famille, la place sans poussière, la place du pied dans la sandale, la place de l'oeil dans le cyclone, la place du virage et du pointillé, la place de la virgule, la place de l'ongle dans le prépuce, la place, la place du sang entre les lèvres, la place de la mauvaise note, la place sous les montagnes, la place de la plante morte, la place du chien près du radiateur, la place dans le canyon, la place de la vague et de son flux, la place des livres lus, la place de l'hémisphère droit, la place du lézard sur la pierre, la place de l'immondice, la place du tétin sur le sein, la place des yaourts dans le réfrigérateur, la place du cancre, la place du panda devant les visiteurs du zoo, la place du rythme dans le couple, la place de l'horreur, la place du ciel dans le hasard, la place du colvert sur l'îlot, la place de l'entête dans la lettre d'huissier, la place du silence dans les yeux, la place dans le bus l'été, la place de l'été dans le désir, la place du désir dans la cité, la place de la cité dans les strates, la place de la bouche d'égout, la place de la voix dans le viol, la place du violon dans les publicités, la place des ratés dans la société, la place perdue, la place de concert épinglée dans la chambre, la place des étoiles à la naissance, la place du monde dans ce monde, la place du rasoir dans le verre à dents, la place contre soi, la place devant soi, la place derrière moi.

(c) Milady Renoir

textes

08:39 20/05/2016 | Lien permanent | Tags : textes |  Facebook

17
mai

FB 4 ever

ici, là, oui, je parle de moi, facebook et moi on parle de moi, avec ego et surmoi, cogito ergo sum, sub- et in-conscient, copains comme cochons, nous, on parle de moi, on est comme ça, nous tou-te-s, on évoque sa vie, ses cuisses, son éros, son thanatos, son vis-ta-vie et son vis-à-vis, ses rides et ses bourrelets, vagues à l'âme, oui, ça parle de soi en moi et ça sort de moi en ça, c'est ainsi la vie d'ici, virtuelle assise devant présentielle, y a de l'obsession, bien sûr, assurément, y a de l'addiction, du temps perdu à ne pas écrire, à ne pas contempler, à ne pas faire silence, à ne pas marcher dans la ville, on le sait, on le sent, la nuit, parfois, on a envie d'un mot de passe et du bleu pas Klein pas clean, on pense à ce papyrus infini qui donne du monde, qui donne du leste, des nouvelles légères, des pétitions pour des gens qu'on croisera pas mais qu'on espère sauver, ah oui, bonnes actions en un clic, mais si, c'est de soi qu'on parle quand on fait ça, on précise qu'on existe, on invite aux miroirs, alouette cacahuète, c'est du lien, ici, c'est du vivre ensemble, c'est l'entre-soi qu'on choisit, site de rencontres et de deuils, huggy les bons tuyaux et trolls des montagnes, on se souhaite les dates importantes par murs et par MP, on s'aime quand même, on se parle en vrai des choses qu'on a posté en faux, on dit tout, caca pipi sexy baby, on avale tout aussi, on digère peu, ça va vite, le soi s'en prend plein la gueule, on dit oui à qui veut venir, on accepte, on refuse, on éjecte, on reprend, on s'invite, on cherche la petite bête, on débat ou on s'ébat, on se brouille ou on s'ébroue, c'est de moi de toi de nous d'eux, un monde en soi, avec des limites de l'impossible, société de spectacle et spectacle de société, micro marché et macro cosmos, ici, là, tout le temps, 24/7, 365, archives d'un soi vieillissant, saisi par le froid de l'écran, des nous attendris par chats bébés dauphins humains dans le désordre, strates de soi et de voix, tout est nul tout est bon, on vrille le réel, on crache pas dans la soupe parce qu'on aime ça, on s'aime pas d'aimer ça mais on aime, et on écrira sa propre épitaphe par un statut mortel que tout le monde likera, ça sera comme ça et ça passera.

10:13 17/05/2016 | Lien permanent | Tags : humoeurs |  Facebook

16
mai

pentecôte

ce que c'est de ne pas avoir d'avant, pas une mère vraiment, pas un père pourtant, ce que c'est, c'est une sorte de pointillés des valeurs, de hachure entre je sais et je sais pas, alors évidemment comme tout enfant c'est apprendre des gens toxiques, sentir quelque part qu'ils ne sont pas parents frères soeurs mais s'y accoler quelques minutes années pour sentir la crise le retrait le non à un moment et puis de virages en reculs, apprendre à subsister. lire des histoires des récits intérieurs et étrangers, leur voler les généalogies et les fictions dérogatoires. aux "grands" moments de sa vie, la tentation de rejoindre le nid, le oui, le et si et puis prendre les flèches recevoir les murs et les mots surs. sans croissance ni fenêtre on cherche les gens du banc de remplacement les joueurs en touche. substitutions et projections. qui veut être qui peut être qui saura sera tout ça. cercles vagabonds des miroirs. parades injustes d'attendre tant de ceux qui n'ont pas le même sang... mais âme soeur? ce que c'est de ne pas avoir de lignée, de tracés et de souvenirs changeants. photos figées dans un cadre plaqué or. lien kitsch veine crue. à des moments stratégiques, on joue à je suis, on plait à qui conforte, on donne à qui enrobe. au risque d'étouffer, au risque de se désosser. violences multiples de se cogner dans des entre corps tests. machine à gober. dévorance anti oubli. et puis il y l'après parfois qui surgit. un corps sorti de soi cherchant à dessiner l'arbre l'entreterre. graine de désordre à la recherche d'une logique. pour lui, on simule des vérités des principes des gammes. on se trompe de version, on égare les choix. exprès. invention d'un conte qui tient sa morale dans sa main. recréation des puissances. équilibrage mensonges / réalités. la force est de trouver son chaos valeureux, oui, imaginer Sisyphe heureux. pencher son écriture comme une relecture. valide. sa voix comme antre. son coeur comme cocon. on espère que l'avenir se taira moins. et on tatillonne les yeux moins bandés. 

" Le jour de la Pentecôte, ils étaient tous ensemble dans le même lieu. Tout à coup il vint du ciel un bruit comme celui d'un vent impétueux, et il remplit toute la maison où ils étaient assis. Des langues, semblables à des langues de feu, leur apparurent, séparées les unes des autres, et se posèrent sur chacun d'eux. Et ils furent tous remplis du Saint Esprit et se mirent à parler en d'autres langues, selon que l'Esprit leur donnait de s'exprimer."

— Actes 2:1-4

11:23 16/05/2016 | Lien permanent | Tags : textes |  Facebook

12
mai

Souffle 3.2 - Lecture performée hier soir au PianoFabriek dans le cadre du FiEstival #10 (Maelström)

Le texte "SOUFFLE" était une réponse à l'invitation de la revue PAPIER MACHINE.
Le texte "souffle" a été joué en corps-images avec Nicolas Marchant (qui a travaillé les photos aussi) et mise en page par Paul Marique pour la revue.
textes,agendada,lis tes ratures,luvLe texte "SOUFFLE", je l'aime bien. Je le joue à taux variable.
Il a été écrit pour être déconstruit, réhabilité à toutes les sauces, pour être lu par des gens et/ou par moi selon les états atmosphériques.
Le texte "souffle" prend les teintes de mes humeurs, il s'adresse à la vie que j'ai, il est donc oscillatoire, fluctuant, con et sublime (pour moi), radical ou commun. Souvent, en train de le lire, je pense à ce que j'ai voulu écrire originellement, d'autres fois, j'y trouve des nouvelles correspondances. 

Hier soir, au PianoFabriek, il a été lu-vécu-déclamé en hommage à toute forme de lien mortifère en amour, en sexualité, en lien. La toxicité de la non-réponse, de l'invisible trame que certains jouent pour écraser, vriller, anéantir le désir. Je n'y ai finalement pas mis de prénom ou nom dans mon corps, "ça" a tourné comme ça. Et comme c'était en public et que je me sentais à l'aise, j'y ai ajouté une chute, une finalité pour rire-pleurer-clôturer. 

(merci à Tom Nisse pour l'invitation - merci aux autres poètes (j'étais la seule gonzesse) et musiciens: Omar Youssef Souleimane, Antoine Boute, Tom Nisse, Fabrice Caravaca, Mathieu Gratedoux, Charles Dreyfus, Christophe Manon...)

Ce texte "SOUFFLE" n'est que ce texte réécrit pour hier, dans lequel j'ai glissé in situ des boutades, des borborygmes, des regards, des emphases, des adresses à des corps du public et des coupures pour être totalement là.

La version la plus loyale (mais pas fidèle) à hier:

"

Halète halète toi halète moi une partie de mon corps se détache prends ton temps aspire moi mais ne suis pas maison de paille loup où te crois tu ton haleine de tapir mort ne suffit pas à déporter mes organes en moi t'sais en moi chacune dent chacune mords mors fort t’sais tu cherches aux abois aux aguets dès l’orée t’sais pas comme ça qu'tu vas pénétrer mon corps pas frêle pas brêle ne suis pas petite cochonne t’sais amour suis gourgandine et glorieuse t’sais j’suis plutôt amoncellement de sillons sensoriels t’sais tu as beau être beau t’as beau ouvrir grand ta bouche imiter l’appel de la forêt houuuuuuuuuuuu tes miroirs de l’arme plantés dans ma saphène droite t’sais ma conscience est tendue vers les libertés désolée j’annihile toute géométrie d’écueil t’sais je suis pas un algorithme de l’échec t’sais ah mais ok ok un matin un matin seulement un matin cher loup mon lapin un seul matin ah oui ok un matin tu m’as surprise baudruche boursouflée les ovaires en nénuphars le cartilage autophage en mode tribulations en mode élucubrations d’un mental débordead de type coincé dans un corpus subdivisé mais t’sais t’inquiète pas loup loup si tu y es tu n’y es en fait pas t’sais t’inquiète c’était juste une mise au point (c) Jackie Quartz juste une équation purement éphémère une inadéquation même t’sais un truc on ne peut plus caduque t’sais parce qu’après t'sais dès le maquillage synthétique repouponnant repoumonant dès une cautérisation brute mais spirituelle c’était bye bye la sensation d’érosion bye bye la prise d’otage de la tête et après je suis partie dans la ville dans la vie haleter haleter haleter t’sais haleter à donf' garder la pression vers le haut t’sais retenir le cortex dans une confortable assise j’suis restée en marche le corps en marche t’sais le corps debout nuit debout et matin debout t'sais pour traverser les rues t’sais j’suis bien née t’sais je suis née des pieds à la tête je connais bien mes extrémités t’sais je connais bien le progrès de la marche t’sais et les logiques de survie en milieu hostile t’sais un matin tu me jettes un matin je cherche le fond du ciel mais t’sais après ben après je te pends au pieu t’sais et t’as du mal à remonter monter toujours t’sais tu penses qu’à ériger tes racines qu’à danser ta croissance végétale loup ton Priape généreux de tensions le petit oiseau veut sortir t’sais allez écoute chou tu t’prends pour un clocher d’église pénétrant dieu tu crois que tes bras en croix entuberont des vierges t’sais ta verge dans l’eau bénite ça reste un bois flotté bois bandé de la mer du Nord t'sais tu cherches l’émancipation via la trique et le podium t’sais moi je reste couchée sur l’horizon et les terres confortables j'me fais à l’idée du oui t’sais j’ai déjà vacillé t’sais j’ai beau être vaste la mort n’aura plus rien à aplatir t’sais j’ai déjà eu les nuques tordues dans les terriers j’ai déjà nagé même dans la boue dans l’argile dans les marnes et puis encore matin venant battu c’est le vertical qui l’emporte la gravité ascensionnelle t’sais je suis comme les gens des gens qui marchent certains golems de faïence certains loups à tête de caniches ou à caractère d'épagneuls t’sais ou des gens qui volent sans lever le pied vers le haut les gens ça monte ça descend ça jacasse de ventre à gorge moi aussi je suis les gens je marche à côté d'eux mais je voudrais qu'on fasse autre chose je voudrais qu'on glisse qu'on coule moi je coule souvent pleurs sueurs pisse cyprine prolactine glaire cervical toi tu coules pas assez allez fuis pffffuit vas-y fuis un coup que ça s’échoue autour de nous de toi moi nous ils elles eux on qu’il ne reste que nous toi moi en bas en pleines fuites d’eaux allez t’sais histoire que ça baigne dans le soi que ça suinte que ça exsude que ça s’épanche dégorge ta matière première éjacule tes fondations salvatrices vrille ton expansion sans contours sans arête ni angle ni orifice coule corps loup caniche épagneul donne du plat à ton ego allez t’sais ça sera que d’la coulée d’la lave serre dents fesses mords chavire et lâche conflue pleut pisse dans toute ma gorge au bord de nos corps hop hop hop rien n’est dit qui vient du plus loin t'sais les gens se diront tiens ça monte chez eux mais ça coule aussi tiens c’est bizarre c’est étrange c’est SWAG c’est cool c’est curieux c’est con c’est désir les gens prendront tout au premier dégré mais nous on s'ra au dessus des bombances existentielles en pleines jubilations escaladantes on niera les déclins exsangues t'sais on va s’rejouer la généalogie de la cellule photosynthétique ah t’sais loup regarde un peu le paysage viens loin l’horizon a du bon c’est con un horizon ça se pose pas la question de l’existence ni envers ni endroit surtout pas droit ça continue nous on va plonger allez mets toi tout nu admets toute mon envie d’être là t’sais c’est dingue ce que je déborde d’Eros ma mère disait déjà de moi petite que je séduisais que je voulais vivre face aux gens que je cherchais le regard je sais pas où tu viens toi t’sais mais moi je sais d’où je vais absolument t’sais si je te jure que t’auras beau me faire douter de ma place avec moi derrière moi y a ivresse colère recul gouffre extase avec moi y a de quoi faire et défaire en moi on est nombreux en termes d’armée de la vie viens t’sais loup chavirons je suis le portrait craché de personne ne m’en veux pas je suis pas le vide le trouble t’sais non pas du tout mes mots c'est du pur jus bio de terreau t’sais tire moi le corps étires nos intervalles tu verras je suis en jeux je dis je pars je quitte j’ai le vertige ça m’agace la mouche et la culotte mais c'est parce que ça fait dedans moi des flocons des grumeaux des geysers faut que la pâleur s’évacue dans les artères l'amour c’est une opération chirurgicale t'sais la naturel c’est des couilles la nature tout ça on s'en fout t'sais nous on va s'autodéterminer on est des esprits de lutte des forces coincées dans une arène ça s'ra pas simple mais ça s'ra humain c’est une démarche que d’exister en même temps qu’un autre surtout toi t’as tout pour toi mais t'as rien pour les autres alors t’sais laisse aller le sort de ma langue se faufiler dans ta salive ouvre ta bouche bien grand rond AAAA je vais venir tout pourrir dans ton royaume de la glotte t’sais le chaos c’est bon pour le karma (dédicace aux Saint-Gillois) et moi là je sens que si tu viens pas je vais avoir le sentiment qui se bouche je vais avoir la touffe qui s’effrite je vais avoir la dépouille conquérante t’sais loup c’est un calcul que d’avoir la vie comme chance tout ne sera pas comme avant alors là face à tes poils et ta queue je respire là je vomis ou avale couleuvres mais c'est pour sortir des caves t'sais l’air ambiant c’est le venin c’est l’amour viens loup t’sais je vais couler le cidre dans tes oreilles je vais mater le corps le cul la cicatrice que tu as et es bandons les arcs ciblons fatiguons nos foins nos fougères trompons nos enveloppes alourdies d’existence t’sais fuyons la pestilence de l’usure la déviance de l’habitude rien ne vaut la mort véritable nous obsessions je te souffle amour loup espèce de con redisposons nos organes tourne encore un peu dans mes colons oublie tes ailes archaïques dans mon foie déclame ta fragilité à l’embouchure de mon antre vire à l’absence escamote mon tremplin râle contre la boue collée à mes chaussures fais pas ton Icare imbécile j'ai sucé ton agneau j'ai ouvert mes cuisses vers le ciel nous sommes deux pendants d'une chair atroce vivace nous faisons ce que nous pouvons pour regarder au dessus des grilles dansons joute contre joute t'as réussi ton coup emportée la falaise sous tes ongles tu es debout t’sais cesse de me regarder avec tes yeux prêts à ronger ronge moi et tais toi tes yeux dans mon vivier joue pas l'apostolat de la disparition nous marchons nous courons vers le souvenir de toi et moi je suis euphorique de ne pas savoir qui tu es t’sais retire ton emballage enfile l’émanation sans aval sans aviron allons plutôt bien je te hurle je te jette par-dessus agrafe tes cheveux au pilon la balance des blancs est correcte t'inquiète les orgues jouent du vieux tu gigotes comme un cœur tout juste greffé t’sais j'expectore je remords phase zéro alpha je retrouve ta main sur ma bite tout joue retire le cadenas je vise l'écharde t’sais blasphème juste expier/expulser d'un coup de rein oublier ensuite le sperme qui sèche je respire ton aisselle je gratte je cherche je trouve  t’sais

T'SAIS 

 

 

....

finalement je ne fais pas ce geste pas en fait pas pas cet élan pas le besoin en fait pas l'envie mon sexe fermé t'sais toujours la même chose non en fait c'est écoutilles bouchées l'union fait l'effort mais j'ai pas envie en fait résine solstice musée cérémonie rétention évitement silence lâcher de lest tentative sève souche fissure trêve déchéance inaccessibilité reptation échange anniversaire gâchis vision entreprise deuil vacuité injure compensation détresse velléité doppelgänger âme soeur ta mère virulence rage incompatibilité libation masochisme retrait silence encore potentiel dépression lutte bof entrailles point final ou d'interrogation souffles.

Non, écoute, finalement, je me casse.

© Milady Renoir – souffle revisité le 10 mai 2016

 

09:43 12/05/2016 | Lien permanent | Tags : textes, agendada, lis tes ratures, luv |  Facebook

11
mai

Désobéissance nécessaire de Christine Van Acker

Par Ouï-Dire

La désobéissance nécessaire

On nous répète que nous vivons dans un monde libéral. Et pourtant que de règles et de codes, de répression et d'obligations... La liberté ne passerait-elle pas, à tout âge et en tout temps, par la désobéissance ? Christine van Acker questionne des militants d'hier et d'aujourd'hui sur cette question essentielle qu'il est urgent de poser à nouveau. La désobéissance nécessaire compte trois volets. Dans cette première partie, Christine Van Acker se concentre sur les déclencheurs, intimes ou sociaux, qui décident à se lancer dans l'action. Avec, parmi d'autres, Anne Morelli et Milady Renoir
Mixage : Thierry Van Roy
Une réalisation soutenue par le Fonds D'aide à la Création Radiophonique
 
http://www.rtbf.be/lapremiere/emissions_par-oui-dire?programId=272
 
Les trois épisodes de "La désobéissance nécessaire" seront diffusés respectivement les 23 mai, 30 mai et 6 juin  sur radio Campus, pour commencer : http://www.radiocampus.be/
Et, les 25 mai, 1er et 8 juin, sur la Première (RTBF) dans Par ouï dire, à 22h : http://www.rtbf.be/lapremiere/emissions_par-oui-dire?programId=272

10:42 11/05/2016 | Lien permanent | Tags : lis tes ratures, agendada |  Facebook

10
mai

les pages comparées

il y a deux livres sur ta table. l'un en allemand, l'autre en français. ah et aussi un Petit Robert avec scotch corné, brisures de reliures et pages ébouriffées. chaque ligne de chacune des deux livres est auscultée, tu la suis sous une tranche de revue (Le Point). chaque phrase, chaque fragment pénètre tes tempes. lecture, analyse, considération, ponctuation, décision. c'est bon ou c'est pas bon? je t'ai entendu à plusieurs reprises marmonner non, non, non, pas du tout et souffler aussi, et évoquer entre tes lèvres quelque chose qui n'a de sens que pour ta bouche. je me pose la question de ta question. que fais-tu? cette traduction datant de 1958 est-elle meilleure que celle de 1967? je te demande, donc je te dérange. mais tu dis un peu sans me regarder, parce que les choses sont en cours. ce sera ta question fondamentale pour les deux ou trois semaines (tu évalues ça à vue de nez) qui arrivent. c'est ça que tu fais. chaque matin, dès au plus tôt, tu poses séance ici, dans ce café qui n'est pas que bruit et fureur. ce sera les pages, les interstices, les similitudes. tu t'immisces dans les comparaisons, les variations et vérifies si oui ou non, pour ou contre, avec ou sans. deux "mêmes" livres mais deux objets différents. je suis coite. ce qui m'étonne c'est que tu ne notes rien. que deviennent tes calculs, tes commentaires. tu le dis toi même, c'est pour la forme. pas question d'en faire quoi que ce soit, tu vérifies pour toi. l'auteur est mort ou le livre est commis, de toute façon. puis les traducteurs sont des auteurs libres, des adaptateurs comme tu m'expliques. parfois, on sent qu'ils sont auteurs à la place du calife, parfois tu sens qu'ils sont au service de la langue de l'autre. grand débat de la traduction, lequel on peut transposer à d'autres paradigmes que celui de la littérature. alors ce temps que tu passes n'est pas celui des moines copistes (même si ta tonsure et ton vêtement modeste pourraient évoquer les ordres), des correcteurs censeurs ou des éditeurs scrupuleux, non, ce temps n'est qu'à toi, qu'au temps qui passe et qui s'échappe. et personne ne profite donc de tes recherches. tu t'en fous peut-être de quitter l'ordre des choses, le quotidien et les urgences, les rendements, l'utilitarisme, l'organisation sociale et technique du monde. tu évoques que tes seules emplettes sont des livres, mais la quête est plus complexe, tu cherches les publications diverses, qu'elles soient dans la même langue, en traductions, en rééditions. tu cherches à savoir ce que c'est que le travail de la pensée des auteurs, tu décortiques les intentions, les époques et les courants. tu ne vas jamais à la mer du nord, ni même trop loin de Bruxelles. il y a tant pour toi déjà ici. c'est comme si ta grotte était voûte céleste ou Champs Elysées. peu importe les thèmes des livres, dis tu (je ne te crois pas). l'Histoire, la philosophie, les récits, les sciences ... sauf les biographies qui sont bien entendu trop subjectives que pour jouer à les comparer. tu fais une pause. ton meilleur souvenir si tu veux bien me répondre. une sorte de relecture de Don Quichotte il y a quelques années. tu l'avais lu, quand tu étais étudiant, tu en avais gardé un souvenir dense, lequel s'était figé dans tes références. bien entendu, tu avais lu une traduction, déjà et une version modernisée aussi, mais une énième traduction il y a quelques années t'a été offerte et ça t'a permis de relier Don Quichotte au monde moderne, d'y sentir les paraboles et ça t'a foutu un coup. tu n'en reviens encore pas du talent de Cervantès, de son universalité et de sa "modernité" - (je sens que ce mot t'énerve ou t'angoisse). tu n'écris pas, non, pas la peine quand on lit tant. je te déclare que quand je lis "trop", plus, je n'écris plus, je suis comme imbibée de ce que je lis et du coup, je crains le à la manière de (en toute modestie) mais qu'en même temps lire me rend impatiente d'écrire, me pousse à tisser derrière le livre en lecture un récit rien qu'à moi, un texte que pour le plaisir du texte. surtout que la publication autre que le blog ne m'intéresse pas ou je suis trop impatiente ou trop paresseuse. tu n'écoutes pas vraiment mon bavardage. tu écris "tout de même" des lettres, depuis toujours, à des correspondants et correspondantes un peu partout, des anciens étudiants avec qui tu as gardé contact et des détenus aussi. des gens pour qui la lecture rappelle le monde, quel qu'il soit. et les lettres parlent souvent de livres, hein? non, je projette et romantise. chacune de tes paroles m'atteint. tu es singulièrement étrange, anhistorique et fiction à la fois, anachronique et ancestral en même temps. ton verre d'eau plate est vide, tu suçotes le citron avec entrain. je te laisse replonger dans ta bibliothèque portative. en fait, tu as deux dictionnaires, un Petit Robert sur la cuisse gauche et un Larousse français-allemand sur la droite. tu es logiquement dans ton rituel, ton travail intérieur et je te remercie de m'insuffler, involontairement, un fragment de retrait, un morceau de silence. 

11:49 10/05/2016 | Lien permanent | Tags : textes |  Facebook

9
mai

C.U.M.A.A.I.T au Cocq'Arts Festival (1er juin)

CUMAAIT 3

Taillez tôt, taillez tard !

En 1936, Maxime Gorki proposait à tous les écrivains de décrire un jour dans le monde. Quand le journal Izvestia relance l’initiative en 1960, Christa Wolf répondra à cet appel et continuera, jusqu’à sa mort, à décrire chaque 27 septembre.
S’inspirant à son tour de l’appel de Gorki, le CUMAAIT propose à 6 autrices de décrire leur journée du 18 mars dans un texte de 6 minutes. La proposition est aussi faite à une photographe et à une créatrice sonore.
Au Moyen-Âge, on croyait que le monde avait été créé le 18 mars. En ce jour anniversaire du premier jour du monde, il était suggéré de tailler la vigne :Taillez tôt, taillez tard !

* Fondé en 2014, le C.U.M.A.A.I.T est le Collectif Utopique Militant d’Autrices et d’Auteurs Interplanétaire et Transgénérationnel. Composé de 13 articles, le manifeste du CUMAAIT interroge et répond à leurs besoins. Le CUMAAIT compte actuellement plus de 100 auteurs issus de la Francophonie mondiale.

Artiste: CUMAAIT
Lieu: POLY
Autrices: Céline Delbecq, Natacha De Pontcharra, Veronika Mabardi, Layla Nabulsi, Milady Renoir, Virginie Thirion
Photographe : Alice Piemme
Création sonore : Carine Demange
Crédit : Aurore Merlin 

21:23 09/05/2016 | Lien permanent | Tags : agendada, act-u |  Facebook

6
mai

FiEstival Maelström - d'autres moments dont le jour 3

DAY 3 : Samedi 14 mai 2016

fiEstival 10

ENTRE LES DEUX ARBRES DE L'EDEN, III

Roue des poètes, Banquet des artistes, Big FiEsta et Rassemblement, Slam-Jam finale
Boutique maelstrÖm, piétonnier de la place Jourdan, salle 1900 du Senghor
 

16h00 > La Roue des PoètesEntre les deux arbres de l'Eden
Textes dits en français, néerlandais, italien, anglais, turc, arabe, espagnol, hébreu et albanais...
Plus de 30 poètes pendant 1h30 se réuniront dans une vaste Roue composée de 9 emplacements qui constitueront autant de "stations" pour un itinéraire poétique pour le public circulant d'un emplacement à l'autre. La Roue des poètes aboutit au dixième et dernier emplacement à 18h dans les jardins du Senghor, avec Serge Pey et Chiara Mulas, poésie d'action dédiée à Antonio Bertoli

 18h30 > Banquet poÉthique
Buffet préparé par l'équipe de maelstrÖm et par les artistes et poètes invités, buffet qui bénéficie également d'une participation grandissante des commerçants (restos, snacks, etc.) du quartier Jourdan. Un grand classique et un moment de convivialité.

 20h30 > Méga Slam-Jam Finale
La Slam-Jam, présentée par Milady Renoir (FR-BE), sera lancée par le quatuor Ripostes composé de Mike Ladd (USA)Serge Teyssot-Gay (FR), Michel Bulteau (FR) et Krzysztof Styczynski (FR) qui présenteront en première belge leur livre-CD.
La Jam est également ouverte au public, par inscription sur place ! Avec accompagnement musical par la Troupe Poétique Nomade.

 

 Prix plein : 7€ - préventes et prix réduit : 5€ (Buffet compris!)

 voir le programme complet du fiEstival *10 :

DAY -2

> DAY -1

> DAY 0

DAY 1

> DAY 2

> DAY 4

18:10 06/05/2016 | Lien permanent | Tags : act-u, agendada |  Facebook