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jui

Real Windows - texte

 

6 6 2015
141
22h37
… voilà…

 

quelque chose s’allume…

 

quelque chose émerge.

 

quelque chose de clair se définit devant vous

 

nous ne savons pas encore

 

nous ne sommes pas encore

 

nous n’avons pas d’idée de nous devant vous

 

quelque chose à distinguer

 

une esquisse à estimer

 

nous arrivons devant vous

 

corps, signes, encres, mots

 

doucement, nous venons à ET vers vous

 

de signes en sens, de sens en signes… bonsoir.

 

 

 

d’un moment précis dans le temps, nous retiendrons que vous et nous avez été reliés

 

avons été reliés

 

nous pourrons situer dans le temps ce moment souvenir étape diapason… octaves de degrés serrés dans un temps précieux.

 

Nos corps, à l’unisson, entendus comme groupe, comme entité, développés devant vous… nous là, vous ici.
quelque chose se dessine, quelque chose s’évalue, quelque chose arrive et nous n’avons aucune envie d’en savoir plus.

 

Et vous, ça va? Pouvons-nous vous entendre? Pouvons-nous nous entendre ?

 

Pouvons nous vous voir? Pourriez vous nous crier que vous avez les yeux rivés sur nous? Que vous avez de la voix et des gorges ? êtes vous attentifs sur nos corps en mouvement? Et autour de nous, qui fait quoi ? Avez-vous un œil dans le feu et un œil dans un vagin?

 

Le rouge est il partout? Avez vous une idée de ce qui est en train d’être évacué? Auriez-vous une quelconque idée de ce que la transmission permet? Nous regarder vous permet d’exister en nos vœux. Vous penser nous permet de perpétuer l’élan.

 

Que pouvons-nous donc vous donner? Vous laisser voir? ici, en haut, pas loin de vous, finalement…

 

nous avons du silence quand vous avez des sons …

 

nous avons des signes quand vous avez des images, nous avons un corps chacun quand vous avez des émotions différentes… émotions… e-motion…

 

êtes-vous statiques?

 

êtes vous dans un mouvement végétal ou animal?

 

êtes vous poreux?

 

avez vous des os à montrer? connaissez vous les articulations qui vous configurent? Connaissez vous le nom de votre première vertèbre ?

 

avez vous une vague idée de ce que la tenségrité osseuse autorise ?

 

La pesanteur et la légèreté sont sœurs… la flexibilité et la liberté sont jumelles.

 

 

 

Voyez-vous ce que nous tentons de vous montrer ?

 

 

 

Des ombres . comme des formes abstraites… en fait, nous sommes des morceaux d’humains, de corps… dans les ombres de nous mêmes… dans une lecture vivace d’une face assombrie. des bribes de nous émergent. et nous ne donnons pas grand chose finalement… JE (un des trois corps d’ici) aimerait que vous soyez là, avec nous, dedans, dans un chaud lumineux, proche de nos considérations premières, aimer, vous aimer…

 

Nous sommes dieu(x) à vous dire des choses sans qu’on vous entende.

 

Nous sommes dieu(-x) à vous montrer le meilleur vrai “meilleur” de nous-mêmes sans attendre de retour de vous, sans vous le permettre surtout… à force d’être seuls, nous deviendrions égoïstes, divinement inopportuns, carrément despotes.

 

à la limite, nous sommes suffisants, désobligeants, radicalement absents de vous… en haut, là haut, nous nous éclatons, nous éclatons… nous ne permettons rien de ce qui arrive, ‘ça’ nous arrive… en plein corps pour vous en pleine gueule…

 

et tout ce ça, cette absence de plan, de programme, ce choix de ne pas avoir déterminé les choses avant nous laisse dans l’improvisation, dans la subtilité de l’évènementiel… du ponctuel…

 

alors voilà, finalement, nous sommes éphémères et fiers de l’être…

 

“papillons de lumières” comme dirait Cindy… est-ce que vous riez? est-ce que vous aimez être là? est-ce que le moment que vous vivez là est différent de ce que vous avez déjà vécu? Vécu jusqu’ici ? de ce que vous connaissez? est ce que quelque chose dans ce que vous voyez vous permet d’être quelque chose d’autre? Vous sentiriez-vous altéré ensuite ? Augmenté ? Amplifié ?

 

Sentez-vous un mouvement de lymphe, de sang ou d’eau vriller en vous?

 

Est-ce que la peau qui fait cuirasse vous donne des frissons?

 

Libérez-vous des endorphines? êtes-vous dopés à la dopamine? quels yeux avez-vous ouvert? quelle distance avez-vous pris avec hier?

 

ce matin, avez-vous bandé assez fort pour que le corps posé là ce soir s’en rappelle à l’énoncé de ce que vous voyez? avez-vous quelque part, n’importe où une trace de jouissance qui vous tient le corps, là?

 

êtes-vous prêt à vous embarquer pour une extase, un orgasme à n’importe quel moment? hic et nunc?

 

êtes-vous heureuse, madame? monsieur, avez-vous dit bonjour à cette fille? au mec qui vous tape dans l’oeil? qui vous tape dans l’entre cuisse?

 

tsunamisez-vous… atomisez-vous…

 

incluez-nous dans votre parabole physiologique… sentez les creux et les reliefs des envies qui vous habitent… si, y en a… y en a… y en a … y en a… y en a…. y en a… parTOUT… par tous?

 

comme à la messe à la fin, embrassez-vous… dansez des slows, embrassez nous… … et après, ça suffit… assez… interstices et armistices. Réfléchissons… chaque geste effectué vers un corps est acte social. Pourtant nous sommes des êtres a-sociaux d’amour… nous avons la peur et l’amour comme moteur. a chaque geste…

 

A CHAQUE GESTE un acte politique… un acte de trahison ou un acte de permission. chaque geste est un acte religieux. un lien entre les corps.

 

Chaque geste est un acte poétique… une portion d’éternité. 

 

 

 

où en êtes-vous avec vous? où avez-vous mis votre vous?

 

et toi au milieu des vous, tu te sens comment? y a un toi qui se prend pour un JE au milieu des autres.

 

Y a des JE perdus dans les gens qui attendent qu’on les prenne pour des gens.

 

Y a des Superman et des Wonder Woman dans la foule. peu nombreux ou toutes les mêmes? Y a des râclures, des enflures aussi… parfois dans la même enveloppe… dédoublements. perverses attitudes doubles.

 

vies plurielles. nous sommes des corps mélangés aux morts.

 

les morts nous en veulent d’être si vivants et si cons à la fois. les messages de l’au-delà d’en dessous d’à côté sont des SMS actes manqués. Ecoutons.

 

 

 

Pour palier à notre connerie, il nous faudrait des morts vivants.

 

 

 

 

 

J’ai encore des questions pour vous, j’ai pas mal de réponses mal trouvées, aussi… tout ça me vient du fait que je ne vous vois pas… si je vous voyais, je me tairais, assurément.    Je serais enflée d’un tourbillon, le tourbillon … les gens foutent toujours le tourbillon dans le ventre des autres..

 

Eux

 

Nommés société… la société est tourbillon, virage, toboggan et nous sommes dans une vertigineuse chute invraisemblable et réaliste. ce qui chute est aussi valide que ce qui retient.

 

 

 

ceux qui chutent ont une tendance à comprendre mieux que les autres.  ceux qui ont tendance à comprendre mieux que les autres chutent de plus haut.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

ne quittez pas, une opératrice va vous donner le la et le bip après le gong.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

GONG. GONG. GONG.

 

 

 

des corps sont éparpillés dans le cadre.

 

il y a quelque chose de navrant à être un corps dans un espace aussi précis, aussi déterminé. comme dans nos chambres, nos lits, nos bureaux, nos jardins, nos champs, nos parcs, nos tables, nos chiottes, nos caves, nos routes, nos impasses, nos virages, nos falaises,

 

cadrés dans nos petits corps tout déjà morts ou flétris ou densifiés… mis à mal par le vent, l’iode et la glaise… avec le temps, va tout s’en va… sempiternelle mortalité des veines saphènes. héritage en jachère.

 

Avenir en sursis.

 

heureusement qu’il reste l’intention et le désir et le plaisir… qu’on est, de manière innée, obligé de se relever, de lever les yeux vers les ciels, de tremper nos organes dans du sang chaud, verticale survie…

 

heureusement qu’on a le noyau dur et le disque vide… heureusement qu’on a les odeurs, les sucs et les vapeurs pour se mettre au clair avec nos corps…

 

 

 

heureusement qu’on a la tendance à se gourer dans nos démarches… à refaire les mêmes conneries…  encore et encore.

 

 

 

Avant et après, même combat… un début sans sens… sans aucune fin. sans règle, sans paramètre, nous avons des chutes enregistrées dans l’histoire de nos corps mais rien ne s’arrime, rien ne s’affirme…

 

 

 

quelqu’un a mis le verbe au commencement mais en fait, c’est la chute le commencement…

 

 

 

tombons, tombez, tombe…

 

tombes

 

rien n’a plus d’importance que la chute, l’erreur, la connerie, la subtile erreur…

 

 

 

 

 

le bon interstice entre la réalité et la vérité…

 

putain, que c’est bon de tomber, c’est bon d’être con en recommançant… poupon très con recherche répétition.

 

OH

 

coquille, faute, connerie… putain de merde, écrire sans faute est une erreur magistrale.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

manipulez nous

 

voyez dans ce que vous voyez la totale imperfection

 

vagues, ombres, directions…

 

à chaque cliché, produisez une parabole, une métaphore… à chaque mouvement, prenez de l’élan.

 

SAUTEZ NOUS

 

SAUTEZ nous avec vos corps, les cons, les sons, sautez et dites aïe en retombant, en fauchant le sol, en vrillant vos nerfs, en simulant la mort… allez, amusez vous à jouer à la mort avec nous.

 

HOP. 

 

y a des gens qui vont pas se souvenir de ce qu’ils sont dans quelques temps… history repeats itself…

 

y a des gens parmi nous qui n’auront aucune idée de ce qui s’est passé…

 

y a des gens qui ne sont même pas des gens… alors…

 

imaginez une suite à votre vie… après là, comme ça. rien n’est drôle quand on a aucune idée de ce qui va se passer mais ça serait bien jouissif de continuer quand même… pour tester, défier, affronter, se tromper, encore. n’avoir qu’une chance et se tromper.

 

flux. flux. reflux. incommensurable flux. Marée humaine.

 

avoir une idée de la fin mais continuer… ça monte

 

ça monte, bordel

 

 

 

cette idée de terminer fait monter les choses

 

23h31

 

c’est comment avant l’apogée, cette extraordinaire pulsion de fin… cette bête histoire de fin… allez… ça va aller… on va continuer à vivre comme ça. ça va daller, hein. on va continuer à… peu importe la chute… on va continuer…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

HOP.

 

Hop

 

Hop

 

Hophophopopohopohopopohpoohophop

 

HOP.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Ceci est le texte écrit en direct hier soir lors de la performance Real Windows de la Cité Mommen qui fêtait ses 141 ans. Les fenêtres des ateliers étaient occupées par divers artistes, lesquels affichaient vidéos, corps dansants, images, ombres chinoises, ... entre 22h30 et 23h30.
Philomène Zeltz et NIcolas Marchant occupaient une des deux fenêtres de l'atelier de Philomène avec leurs corps en ombres avec signes et dessins animés réalisés en direct tandis que j'occupais l'autre fenêtre avec une écriture improvisée. Ce texte est donc l'impression signe et sens de ce que je voyais / vivais de l'atelier et le public en bas pouvait lire et faire ses liens. Pendant ce temps là, le groupe Why the Eye donnait du son.

 

 

11:48 07/06/2015 | Lien permanent | Tags : textes, act-u, arts |  Facebook

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