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Si je perdais mes oreilles... Je deviendrais aveugle

Ecoutez l'émission 59 minutes

Si je perdais mes oreilles... Je deviendrais aveugle 2

par Kaye Mortley, réalisation Manoushak Fashahi

prise de son et mixage: Jean-Baptiste Etchepareborde, Bernard Lagnel

Si je perdais mes oreilles... Je deviendrais aveugle © K.Mortley

Le son vient à l'oreille

L'oreille se tend vers le son...

dit le koan.

Et naît, ainsi,  à l'esprit (à l'âme, dirait Aristote).

Mais sous quelle forme...?

Rythmes... grands espaces... horizons... ciels... routes... plans... taches...couleurs....

Ou bien une image qui n'est pas une image... un film invisible qui compose à l'infini avec le réel inscrit en nous...

disent les uns.

Soit.

Mais... grâce à quelle alchimie...?

Un jour, il y a des années, j'ai rencontré une phrase dans une émission de radio qui parlait de la radio: 

Si je perdais mes oreilles, je deviendrais aveugle.

Je pensais l'avoir comprise.

Je pensais, en fait, qu'elle avait dit le dernier mot - de façon belle et paradoxale - sur le processus alchimique qui transforme son en matière sensible.

J'ai rangé la phrase dans ma tête.

Elle m'a souvent servi de guide dans ces pays hors champs que la radio me fait fréquenter.

D'autres années sont passées.

J'ai fait de nouvelles rencontres, rencontres singulières.

Des gens qui ne voyaient pas.

D'autres qui n'entendaient pas.

Et je me suis mise à réfléchir. 

Alexandre classe les sons selon des couleurs qu'il distingue à peine:

"Du plus grave au plus aigu, l'ordre serait rouge, jaune, bleu, vert"...

Marie (suite à un implant cochléaire) apprend à déchiffrer les sons qu'elle découvre:

" Est-ce que ça existe, des sons humides...?"

 

13 série 2014 © A. de la Selle

Quand Aurélie pose  sa main sur le corps du violoncelle elle entend "l'aiguille qui danse et le vent sur la dune du désert".

 Aurélie, vit dans le silence.

" Comme si j'étais aveugle... aveugle d'oreilles". 

Et voilà que la phrase qui dort au fond de ma mémoire se remue, se réveille, me taquine, me toise, me pousse sur le chemin accidenté/périlleux qui mène vers le royaume de la représentation.

                                    La représentation se distingue de la sensation et de la pensée.

                                   Mais sans représentation il n'y a ni sensation ni pensée.
                                   La représentation serait, toutefois, plus proche de la sensation.

                                   Et, ainsi, susceptible d'être vraie ou fausse.

                                   (Aristote, De l'Ame)

avec:

Aurélie de la Selle / Marie Sage / Roxane Jeseck et

Pierre, Mohammed, Alexandre et d'autres élèves de l'Institut National de Jeunes Aveugles

 Marion de Bergh (orthophoniste à l'Hôpital de la Pitié Salpetrière)

Françoise Michaelis / Michel Créis / Julie Berthier / Hélène Coeur / Emilie Mousset / Aline Pentitot / Chloé Sanchez

voix:

Véronique Brindeau / Chloé

textes:

Aristote: de l'Ame / Aurélie de la Selle: Rien ne sert de parler si fort / Marie Sage: des Bourdonnements

musiques

Improvisations pour violoncelle et voix: Julie Mondor/ Aurélie de la Selle

Arvo Part: Alina / Artur Zimjewsky: Tauber Bach

Lien(s)

Aurélie de la SelleAurélie de la Selle (diplômée de l'école Camondo en 1990) artiste plasticienne et poète De la main droite je manipule le pinceau... Je nage dans un mélange de pigments... Je cherche à rendre visible mon absence de bruits.
Marie SageMarie Sage (diplômée des arts plastiques, visuels et de l'espace de La Cambre, Bruxelles) est artiste plasticienne. "Des sons préhistoriques, venus je ne sais d'où, frappaient mon oreille", cette phrase de Robert Walser pourrait définir son travail en cours, sur sa surdité et sa découverte de nouveaux sons.

 

 

 

10:46 03/03/2015 | Lien permanent | Tags : society, arts |  Facebook

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