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Foire.

Chaque année, à la foire du livre (et dans des bureaux sérieux, des lieux néo-/post-cultureux), un éditeur ou une éditrice (*ex-promoteur immobilier requin ou VRP murène en encyclopédies) rappelle à l'un ou l'une auteur-e débutant-e qu'un livre apporte la légitimité, une sorte de mélange entre AmourGloireBeauté et Dallas. Être publi-é-e serait une avancée de type Rolex à la cinquantaine, un siège entre St Pierre et Dieu le Père, une promesse d'un blason ou d'une toison doré-e.
Paroles, Paroles, Promesse, Inconvenance.

Derrière cette idée persiste encore les relents des préceptes (souvent très français/francophones) du "talent", de l'inné, de l'inspiration (cette sorte d'extase réservée aux premiers), de don, d'élite.

Pour moi, écrire souvent, par fulgurances et par dépendances, écrire à des moments clés ou creux ou crus, écrire un peu quand on peut, écrire-réécrire, retravailler, relire, devenir lecteur de son texte, assumer l'édition de soi à soi dans le texte, accepter le deuil de morceaux entiers et de brindilles, visiter la défragmentation de son texte, qu'il soit court, long, hybride, mosaïque, fleuve, ru et terminer, finir, rassembler, définir, circonscrire sans fermer, sans enfler.

C'est le sens du texte pour soi et le lecteur en soi qui "prévaut" puis le sens du chemin vers "un" lecteur, idéal et sensible qui "vaut".
C'est l'écrit traversé du sang, de la chair, de la raison et du phénomène du monde dont il faut prévoir la légitimité.
Un livre n'est rien s'il n'a que la mise en page et le contenant pour corps.
Un livre n'est rien s'il n'a pas la revendication d'un soi pluriel, dense et épaissi de regards stratifiés, modestes et singuliers.

L'obscénité du tout-parvenu, la vulgarité du vite-fait, le prosaïsme du qu'en-dira-ton, la grossièreté de l'à-tout-prix ne doivent pas annihiler les visions fondamentales des travailleurs et des travailleuses du texte, qu'ils soient autrices, qu'elles soient auteurs, qu'ils soient éditeurs, qu'elles soient éditrices.

Courage (Cou & Rage) à ceux qui arrivent...

 

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* je n'ai évidemment rien contre les professionnels qui exercent ces métiers.

11:43 02/03/2015 | Lien permanent | Tags : lis tes ratures, textes |  Facebook

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