31
déc

à chacune sa suite

texte publié dans la revue Espace de Libertés un été.

Qui sont ces femmes qui soufflent dans nos têtes ?

Mélusine, Jeanne d’Arc, Sœur Emmanuelle (ou Sourire), Lilith, Colette, Hildegarde de Bingen, Madame Claude, Hatchepsout, Cléopâtre, Aung San Suu Kyi, Camille Claudel, Pauline Kergomard, Emmeline Pankhurst, Louise Michel, Grisélidis Réal, Pénélope ne se sont pas rappelées à l’ordre. Elles, ces mâles ratés[1], ces morceaux peu choisis de la côte d’Adam. Elles n’ont pas écouté la distribution, la devise, l’ordre : « Tu devras toujours porter le deuil, être couverte de haillons, et abîmée dans la pénitence afin de racheter la faute d’avoir perdu le genre humain… femme, tu es la porte du diable. »[2]

On le sait, on le dit depuis belle lurette, elles sont des (…).Des fautes par millions, de leurs paroles à leurs actes. Des faits par milliers, de leurs bouches trop rouges à leurs vagins trop bavards. Naturellement, leurs menstrues empêchent les plantes de pousser, font rouiller le fer, donnent la rage aux chiens, c’est connu. Le pape Jean XII[3] a dressé la liste des cent deux vices des femmes (bavardes, criardes, querelleuses, insensées, désobéissantes, impudiques, inconvenantes …). Ces femmes, ces succubes, sont des corps ; des animales, des sensuelles, des tentatrices, des faible(sse)s.
das magazin.jpg
Et nous parlons ici des plus jeunes car dès qu’elles sont engrossées, qu’elles mettent bas, il faut encore les supporter vieillir. Leurs humeurs dangereuses non évacuées (ménopause… men, ô pause ?) les rendent plus nocives que les pires poisons, qu’elles sont. Vieilles, elles revendiquent parfois des droits à l’autorité, à la sagesse, à la gnose, ce qui profitablement n’est pas considéré, encore moins avalisé.

Heureusement qu’il y a eu des dociles, des convenables, des accommodantes, des gentilles. Les élégantes de Venise montées sur des semelles de cuir de dix-huit centimètres - deux servantes assistent la dame pour marcher, les Précieuses Ridicules parfumées au musc et aux petites fleurs afin de combler l’éros et la rose, les geishas, les concubines, les Vestales, les Sabines, les Loana, … Quelques Vierges à l'enfant ayant donné et donnant encore des dauphins infantiles, recherchant le sein nourricier qu'une image maternelle toute-puissante voudra bien leur donner. Quelques Vénus « bien » proportionnées (ou callipyges en d’autres temps et lieux), des icônes intouchables ou violables, entre les deux, les corps balancent.

Pourtant, rien ne résout le mystère (encore une notion religieuse). Qui sont ces hommes qui réussissent-ratent à tour de bras (deux plus un), qui doivent sans cesse re-conquérir, réentreprendre, entrer en formation, faire le Chemin… leur Passion est le Silence[4] de la femme. Cet appel du vide, ce vertige des profondeurs insondables (sauf pour les Deep Throat[5] les plus honorées) ne demande qu’à être comblé. La jouissance des femmes est une vision de l’esprit, un territoire flou, une ombre tapie dans les cuisines, le monstre des placards (à balais). S’épancher ou s’étancher, les femmes ne savent elles-mêmes pas toujours, alors les Autres, pensez donc. L’aliénation a encore des beaux jours devant elle(s).

© Milady Renoir – août 2012

 



[1] Propos d’Aristote.

[2] Tertullien v230 – 240 - Genèse.

[3] En 954, Jean XII devient pape à l'âge de 18 ans. Il ne pense qu’à faire la cour aux femmes, à festoyer et à participer aux parties de chasse. Surnommé par les chroniqueurs de l’époque, l’Antéchrist siégeant dans le temps de Dieu.

[4] Synonyme de l’extase chez les moniales

[5] Deep throat (Gorge profonde), film pornographique États-Uniens - Une jeune femme, Linda, consulte un médecin pour lui faire part de ses difficultés à atteindre l'extase lors des rapports sexuels. Il l’informe que sa frigidité s’explique par le fait que son clitoris est localisé au fond de sa gorge. Le remède prescrit est simple : il lui suffira d'avaler un organe masculin pour atteindre la satisfaction - http://fr.wikipedia.org/wiki/Gorge_profonde_%28film%29

 

20:01 31/12/2014 | Lien permanent | Tags : girlz, humoeurs |  Facebook

Les commentaires sont fermés.