8
déc

Marche, marche, marche...

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Aujourd'hui, j'ai marché dans Bruxelles, manifestant seule ET avec tous ceux qui veulent que "ça" s'arrête...

Deux heures de marche du nord au sud de la ville, pour voir comment les autres avancent et reculent, survivent et s'entrevoient.

Deux heures au moins, en marchant et en réfléchissant aux régressions et aux éternels faux-semblants de progrès que le libéralisme pénétrant et son arborescence putréfiée ont pu faire miroiter.

Le futur n'existe pas, le présent a besoin de nous.
Il n'y a jamais mieux mais il peut y avoir pire.

Au delà de ma mélancolie post-gothique néo-Romantique, j'entends des bottes et des Charentaises, le son des machines à produire, le bruit lourd des engrenages, le cliquetis des rétrécissements cérébraux et psychiques, le fracas de la peur qui, seule, relie les êtres effondrés du même monde, je reçois les ondes restrictives et fumantes des despotes peu éclairés.

Qui sème le néant récolte le néant.
Et puis, marchant...

Le long de la Toison d'Or, côté Ex-Hilton, les fourrures, les dorures, les enflures (si, si, ...) déambulaient, les sacs et les gestes "purs" de leurs mains manucurés en pleine curée de fin d'année, entre des carcasses noires aux vitres teintées et chauffeurs cheveux gominés pour atténuer leurs crolles et leurs accents.
Le long de la Toison d'Or, côté The Hotel, quelques miséreux adoptent des postures dramatiques pour titiller l'impôt des riches avec des cartons Lidl comme pancartes de ravitaillement.

Il y a des contrastes néphrétiques.

Arrivée dans les Marolles, je vois la pluie et le vent retirant les affiches No Parking des vitrines des commerçants anti-plan-Mayeur et cons-frères.
A la clé d'Or, côté gens vivants, une brochette de japonaises, deux vieux sentant le sapin et l'urée, des jeunes et vieux (d')à côté(s), quelques infiltrés. Soupe et pistoleis, boulettes et croques. Jean Ferrat à fond, un chien dansant.
A la clé d'or, côté gens d'avant, se dilue et se diffuse l'idée d'un îlot radeau perdu dans un océan aseptisé, la buée sur la vitre refusant de donner l'image probable que "ça" va s'arrêter.

Il y a des contrastes synthétiques.

Sensation plurielle d'être à la bonne et la mauvaise place, souvent.
Émotion purement informelle d'une marche à pieds et à poings fermés.

C'était une bien trop courte marche.

 

(art by Matsui Fuyuko)

16:59 08/12/2014 | Lien permanent | Tags : humoeurs |  Facebook

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