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aoû

L’entre-des-langues de camille toledo

Peter Fischli and David Weiss. From the «Equilibres» II.jpgL’entre-des-langues

 

Conférence donnée à l’occasion du congrès international commémoratif du 25e anniversaire de l’Association portugaise de littérature comparée, à l’université d’Aveiro, les 6 et 7 décembre 2012. Relu également lors du Cerisy Berlin, le 18 juin 2014, en présence de Heinz Wismann, Wolfgang Asholt, Cécile Wajsbrot, Patricia Oster-Stierle.




Résumé

Ce que je nomme « entre-des-langues » peut se comprendre et s’appréhender comme un pas de plus du tournant traductif /translation turn et ce, en suivant les trois propositions suivantes :


1. Afin de cerner ce que pourrait être une littérature européenne et/ou une littérature mondiale non hégémonique, au XXIe siècle, je propose de poser que la langue-monde est : la traduction. L’entre-des-langues peut s’entendre comme « antre-des-langues » et se comprendre comme un « refuge/antre » du multiple.


2. Dans l’entre-des-langues, on peut considérer « l’auteur » en suivant l’équation :
« l’Auteur = l’auteur + ses traducteurs ».
On rompt donc, dans cette nouvelle configuration littéraire, avec la construction romantique de l’original et l’idée d’authenticité, pour revenir à une conception stratifiée et rhizomique du travail d’écriture.


3. Cette poétique de l’entre-des-langues est une po-éthique de la diversité, car :
(a) en posant la traduction/entre-langues (in-between languages) comme langue-monde, elle met en mouvement des littératures multiples contre la domination d’un globish mondialisé et/ou la réduction communicationnelle.
(b) elle place les lecteurs face à l’impératif po-éthique de reconnaître un intraduisible – ce que l’on ne parvient jamais à traduire, ce que l’on nie de l’autre en traduisant (en lisant).
(c) car, enfin, elle met au cœur de l’analyse comparatiste la question du conflit et du déplacement, en déliant le couple langue/territoire.
L’entre-des-langues permet ainsi d’appréhender des écritures à l’âge d’une déterritorialisation générale des histoires, des contextes de langues et des cultures.
C’est afin de promouvoir ce nouveau territoire sans territoire et sans maître-mot que la Société européenne des auteurs a été créée au printemps 2008.

*


Avant d’entrer dans cet espace instable de « l’entre-des-langues », je voudrais dire un mot sur le moment politique de cette intervention. L’Europe traverse une crise profonde et l’Union européenne est en train de transformer ce qui fut un idéal (passer outre les identités figées des nations pour construire une citoyenneté européenne) en une machine réactionnaire où les champs les plus cruciaux de l’activité humaine – les arts, l’éducation, la recherche, la médecine, les programmes de solidarité – sont délaissés au profit de réalités comptables dépourvues de vision et d’imagination. Cette situation de crise s’accompagne de mouvements de ré-armements identitaires qui prennent bien souvent, hélas, des formes xénophobes et violentes. C’est dans ce contexte que je m’adresse à vous, et c’est parce que je tiens en très haute estime les puissances de la littérature que je me permets d’évoquer cet état des choses. La pensée comparatiste et les études littéraires ne sauraient être dissociées ou isolées de ce fond-là. Vous comprendrez ici que je m’inscris en rupture avec ce qui fut, je crois, une tentation bien française d’isoler la littérature. La Bovary, c’est fini ! pourrait-on dire.
Je ne veux pas signifier par là que la littérature soit forcément engagée, au contraire. Mais la question du temps et du lieu de l’écriture (autrement dit, le moment physique, social, scientifique, politique où nous nous tenons) est indissociable de la question littéraire : nous ne pouvons pas écrire ou lire de la même manière avant et après Auschwitz, comme nous ne pouvons pas écrire ou lire aujourd’hui après le triomphe de Hollywood, du divertissement et du jeu vidéo. Nous ne pouvons pas penser la littérature sans tenir compte, de même, de la dématérialisation du livre, du bouleversement des conditions techniques et industrielles de la circulation des œuvres. Nous avons besoin pour repenser la place de la littérature de prendre en compte toute l’économie narrative contemporaine. Autrement dit : voir et comprendre la littérature comme un mode parmi d’autres de mise en récit, en concurrence avec d’autres modes de récit plus déterritorialisés tels que le cinéma, les médias, le jeu vidéo, et comprendre ce que peut la littérature que ces autres modes de récit ne peuvent pas.
Avant d’en venir à l’entre-des-langues, dans ce texte qui est pour moi une première tentative de définition d’un espace que j’ai d’abord exploré dans mes œuvres de fiction ou dans des textes poétiques, je tiens à évoquer trois qualités du champ littéraire qui devraient remettre la littérature, la lecture, et l’écriture au cœur du XXIe siècle :

Première qualité : le non-scopique.

La littérature – et la lecture – est un art et une pratique qui maintient de l’intériorité – du non-scopique – dans une époque qui veut tout voir, tout extérioriser. Cela place nos disciplines et nos pratiques dans un rapport de conflit et de résistance par rapport aux flux dominants de la monstration, de l’exhibition. Quelque chose, en littérature, s’oppose à la vue, et cela doit nous réconforter quant à la position que nous occupons. Nous ne sommes pas du règne du visible ou, si nous y entrons, c’est en interrogeant le régime de la présence et de l’absence : une relation entre le visible et un texte de plus en plus marginal, qui survit et se maintient comme trame, dans, sous et derrière les images. Contre ce régime dominant de la vue, la littérature maintient des états d’intériorité. Les complicités qui se tissent autour d’une œuvre, surtout lorsque celle-ci relie des lectures par-delà les langues – en traduction –, offrent un modèle de contre-société : une politique et une poétique qui échappent au regard et donc, d’une certaine façon, au contrôle. Car la vue est, comme vous le savez, le sens premier des tyrans.

Deuxième qualité : le « hors-monde ».

Dans un temps de colonisation de l’imaginaire – ce que nous nommons productions de virtualités – et de quadrillage, de séquençage technique des activités humaines, la littérature maintient une fonction que je qualifierais de « respiratoire » car, en elle, persistent des hors-mondes, des lieux de langues qui échappent à la cartographie des espaces réels et virtuels. La littérature est une extra-territorialité – un hors-monde /outer-world – s’incarnant dans une langue-territoire. À cet égard, on peut considérer la traduction comme l’art qui déplace, dans une autre langue, des poches de « hors-monde » qui font dissidence avec le régime de la vue, de la présence et du contrôle. On peut se représenter la configuration littéraire – un texte + ses lectures – comme des brèches dans l’écosystème balisé du visible. Un texte littéraire n’a pas la même matérialité et n’occupe pas la même place que d’autres régimes fictionnels comme le cinéma ou le jeu vidéo. Étant en marge du régime des images – de l’hypnose fictionnelle où nous sommes tenus –, la littérature préserve des hors-mondes. On dit souvent qu’elle est en « marge » ou « marginalisée », mais il faut entendre le mot « marge » moins comme une relégation du littéraire que comme un rappel à ce qui court toujours à côté du récit principal : la marge d’un livre, la marge d’une page, dans la marge… C’est le lieu depuis lequel le récit principal – en l’occurrence, le réel médiatisé et fictionnalisé – est excavé et mis en tension. Si l’on accepte de se représenter le XXIe siècle comme un temps dominé par l’image, et l’écosystème médiatique comme une confiscation quotidienne du sentiment de l’existence, la fiction littéraire est, en rapport, une marge depuis laquelle il est possible d’entailler le réel, de percer la bulle fictionnelle où nous vivons. Voilà pourquoi vous trouverez toujours dans mes œuvres de fiction – Vies pøtentielles (2010), Vies et mort d’un terroriste américain (2007), En época de monstruos y catástrofes (première édition en 2004) – une forme d’excavation ou d’exégèse. Depuis le hors-monde qu’elle crée et entretient, la littérature est un des rares lieux depuis lesquels nous pouvons continuer d’interpeller le régime de l’hypnose : notre servitude de voyants.

La troisième qualité littéraire : Slow motion art

Ce qui conteste, enfin, le régime de nos sociétés, c’est le temps littéraire : son tempo propre. Art, je l’ai dit, d’une territorialité linguistique (l’ancrage dans la langue) créant une extraterritorialité spatiale (des hors-mondes/hors-champs), la littérature est non seulement une entaille, une percée, mais elle est aussi un réservoir de temps longs. Traduire, c’est se placer hors du monde de la vitesse, c’est demeurer dans le souci du corps des mots. Lire, c’est se délier, se séparer, pour expérimenter une autre forme de lien in absentia. Si l’on compare cette qualité littéraire à d’autres formes de l’industrie narrative ou à d’autres arts, comme la musique, le cinéma, ou encore à d’autres modes d’identification comme le jeu vidéo, on doit reconnaître que le champ littéraire a une inertie plus forte.
En termes physiques, on peut considérer les livres comme des masses plus épaisses, des corps lourds qui, par le simple fait qu’ils sont là, font obstruction ou déjouent des procédures d’accélération émotionnelle et dramatique. Le livre est une masse. Le texte une distance. L’existence littéraire tranche avec l’accélération des flux. C’est ici que nous devons observer, avec attention, les techniques qui dématérialisent les supports de lecture. En quoi l’industrie informatique qui s’empare des contenus littéraires est-elle en train de remettre en cause ce tempo littéraire – qui était en accord avec un certain rythme humain ? Comment, face à cette transformation, nous rendre maître et possesseur du code informatique pour faire perdurer le hors-monde littéraire et sa masse ? C’est pour répondre à cette question que nous avons lancé, il y a quatre ans, le projet TLHUB, translate the wor_d, afin de construire un hub pour les auteurs, les traducteurs, les éditeurs : un espace coopératif où lire, travailler, présenter ses œuvres et traduire. Ce réseau devra donner un corps technologique à ce que j’ai nommé : l’entre-des-langues. Œuvrer, écrire, traduire, penser dans l’entre-des-langues.

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1. Une hypothèse de travail :

L’entre-des-langues est une hypothèse de travail. Une hypothèse qui postule qu’il n’y a qu’une seule langue-monde. Cette langue-monde, c’est la traduction. La traduction est une langue sans mot, sans verbe, sans adjectif. C’est une pratique et un art – je parle de la traduction humaine – qui naît de la tension entre deux contextes intraduisibles, irréductibles à un sens, deux contextes, deux différences, ancrés dans les mots. La traduction est donc une langue à la fois une et multiple. Elle est une, car elle désigne toujours une même position de médiation. Mais elle est multiple, car elle suppose au moins deux territorialités différentes. On peut dire aussi que son espace, sa nécessité, se déploient dans le fossé d’intraduisible qui sépare deux langues. En ce sens, nous ne la définissons pas comme un métier, un procédé ou un simple art du déplacement consistant à remplacer un plein (une langue) par un autre plein (une langue). Nous la définissons comme la Langue du trou, de l’interstice. La Langue portant la conscience de la séparation et de la différence. En tant qu’elle agit dans l’entre-des-langues, elle est aussi la Langue en laquelle se conservent et se perpétuent les langues. L’espace qu’elle dessine – son hors-monde, hors-champ, sa marge et sa lenteur – est aussi le lieu depuis lequel il est possible d’observer les implicites, les oublis, les fragilités dont les littératures et les écrivains ont la charge. Elle devient, dès lors, la langue principale d’une humanité souhaitant maintenir en son sein de l’altérité, de l’irréductible, de la diversité, du fragile, de l’humanité, contre des véhicules techniques, des flux, des procédures qui voudraient évacuer, vider l’humanité de sa langue, de son éthique, de sa politique.

2. Il s’agit d’un lieu : ou plutôt d’un non-lieu.

Il s’agit donc d’un lieu. Ou plus exactement d’un non-lieu. Entre, zwischen, entra, in-between languages. J’ai commencé à travailler sur cet entre-des-langues il y a maintenant huit ans. En 2004. Le terme a vu le jour, dans mon travail, à la fin du Hêtre et le Bouleau, essai sur la tristesse européenne. Puis l’expression est revenue dans un long poème, L’Inquiétude d’être au monde, où j’ai ausculté l’état de l’Europe après le massacre perpétré par Anders Behring Breivik en Norvège. L’entre-des-langues est d’abord le non-lieu de notre habitation, au XXIe siècle, après un siècle de meurtres, d’exils, de déplacements forcés.
Cette réalité – entre-les-langues – est palpable, dans les métros, les bus, les avions. Je l’ai encore observée à Berlin, où les Européens du Sud, d’Italie, d’Espagne, migrent pour trouver du travail et se trouvent dans l’obligation de se dire dans la langue de l’autre. Nous habitons entre une ou plusieurs langues-sources et une ou plusieurs langues-cibles. Ce non-lieu – zwischen las lenguas – est autant le fruit de l’histoire politique que de l’histoire économique et sociale. Nous vivons dans cet écart, dans la contrainte de ce déplacement, et la territorialité des langues fait de nous des déplacés, des exilés, jusqu’à ce que nous devenions – parvenions à devenir – les traducteurs de nos propres émotions, de nos propres sensations. Ce qui était, finalement, un corpus chez Steiner – la reterritorialisation linguistique de Nabokov, de Kundera – est en fait une réalité sociale du XXIe siècle, et c’est en cela, aussi, que nous pouvons nommer « l’entre-des-langues » comme Langue principale dans laquelle s’écrit le XXIe siècle.

3. L’entre-des-langues dans une Europe postcoloniale.

Nous vivons dans une réalité de l’entre. Et cette langue dans laquelle s’écrit la réalité du XXIe siècle s’oppose d’emblée au monolinguisme de la mondialisation en ce qu’elle repose sur une unité-multiple : elle est à la fois langue-monde et langue de la multiplicité des mondes, en ce qu’elle repose sur la conscience des territorialités poétiques divergentes des langues. Cette désignation « entre-des-langues » est née chez moi d’une réflexion sur l’Europe (quel est le commun poético-politique de l’Europe ?) en même temps qu’elle prend acte d’une réalité postcoloniale (quelle langue peut créer du commun entre des récits, des cultures, que l’Histoire a opposés et oppose toujours ?) L’entre-des-langues opère donc un double déplacement. Pour les pays d’accueil, reconnaître cet espace d’écarts où nous vivons, c’est diminuer l’hégémonie implicite de la langue d’accueil et se déplacer là où je suis aussi peu maître des mots que l’autre, où il me manque les mots pour me dire. Pour les déplacés, être accueillis à cet endroit, dans l’entre, c’est reconnaître l’effort qui a été fait par la langue-hôte pour se déplacer, et donc devoir s’astreindre à un effort semblable pour se traduire pour l’hôte et entrer dans sa langue. L’entre contraint ainsi à deux formes du déplacement.
L’entre-des-langues est une exigence à la fois postcoloniale, européenne, et humaine, car il se présente comme une fin de non-recevoir à toute tentation ou implicite hégémonique. (L’impératif du « Tu dois parler ma langue, car tu es dans mon pays » devient un « Nous devons nous efforcer de nous tenir dans l’entre-des-langues, là où nous sommes également “déplacés”. »)

4. Une question poétique et politique : Wo ist Europe, in welche idioma ?

L’entre-des-langues révèle en effet le grand impensé (l’angle mort) de l’Europe. L’absence de commun poétique. (Je renvoie ici à la Lettre aux nouvelles générations parue dans El País, Le Monde, Süddeutsche Zeitung et The Guardian, ainsi qu’au texte L’Utopie linguistique ou la pédagogie du vertige dans Le Hêtre et le Bouleau, éd. du Seuil, 2010.)
Les États européens ont jusque-là cru pouvoir construire un édifice institutionnel sans se poser la question de ce qui relie des gens qui ne parlent pas la même langue. La question est ici celle du commun nécessaire à toute construction politique.
L’« entre-des-langues » est donc, dans ce cadre, une expression qui désigne autant la réalité de l’Europe que le point aveugle, son point de faiblesse, à partir duquel tout doit être repensé et reconstruit : l’absence de commun linguistique.

5. Déplacer et décentrer la Weltliteratur.

L’entre-des-langues me permet aussi de repenser l’espace littéraire mondial contre les prétentions hégémoniques de la Weltliteratur ou de la World Literature. En mettant au cœur de l’attention la diversité des territorialités littéraires et poétiques – les langues, les déplacements, les oublis, les omissions, les intraduisisibles –, il s’avère en effet impossible d’effacer, de gommer ou d’ignorer les conflits, les rapports de forces qui sous-tendent la géopolitique mondiale des lettres, que le concept de littérature-monde ou de Weltliteratur tend, au contraire, à dissoudre. C’est en désignant l’entre – l’espace qui s’ouvre avec la traduction – que l’on peut appréhender avec plus de justesse un « comm-un » qui ne nie pas la multiplicité, la diversité et le conflit. L’entre-des-langues tient ensemble la déterritorialisation (le marché mondial de l’édition, les traductions, la nouvelle économie dématérialisée du texte) et la reterritorialisation des littératures (à rebours du marché, exigeant des efforts de traduction pour que les œuvres passent les frontières) qui survient chaque fois qu’un texte passe en une autre langue.

6. Saint Jérôme désanctifié

J’ai commencé à travailler sur cet entre-des-langues après un événement intime, dont j’ai mis du temps à voir quel rôle il avait pu jouer. Ce fut quelques mois après la mort de mon frère ; c’est-à-dire après l’évènement contourné, impensable, de la mort de mon frère aîné. Il avait pour prénom « Jérôme ». Jérôme est, comme vous le savez, le saint patron des traducteurs, celui qui fut chargé de traduire, c’est-à-dire, aussi, de trahir la Bible. Saint Jérôme fut donc l’un des premiers traducteurs à être confronté au paradoxe et à l’infirmité de l’Universel. Traduire le verbe d’un Dieu réputé Un en travestissant une langue (inspirée) en une autre langue (expirée). Jérôme est, dans cet ordre des choses, le prénom de l’écartèlement. En termes contemporains, il fut partagé entre l’aspiration déterritorialisante de transmettre le sens et l’impératif de reterritorialiser le sens dans une langue (Je renvoie ici aux travaux d’Antoine Berman, à l’insistance chez lui sur la « traduction de la lettre »).
Lorsque j’ai compris ce lien inconscient qu’il pouvait y avoir entre la mort de mon frère Jérôme et mon engagement pour explorer ce lieu de l’entre-des-langues, qui est le non-lieu où travaille le traducteur, j’ai ressenti un grand bouleversement. Ce fut pour moi comme si je découvrais la mécanique par laquelle nous fuyons l’intime pour lui substituer de la pensée ou une forme d’expérience poétique.
Il me semble que nos sociétés, nos littératures, nos cultures, linguistiquement centrées, pourraient faire un même type d’expérience en se pensant du point de vue de cet entre-des-langues, à l’endroit de l’infirmité, du fragile, à cet endroit aveugle où nul n’est maître de la langue (autrement dit, du réel), où chacun redevient l’ignorant, en même temps que celui qui doit faire l’effort de se traduire et d’être traduit (pour l’autre). Cette émotion qui m’a saisi, je la crois porteuse d’une poétique et d’une politique pour le XXIe siècle : une po-éthique de l’entre-des-langues. Cette éthique pourrait produire, il me semble, d’importants échos dans les disciplines des études comparées, car elle déplace cette frontière à laquelle se heurtent toujours les analyses comparées, c’est-à-dire la territorialité de la langue et la difficulté qu’il y a à relier des œuvres sans avoir accès au « back office » du traducteur, à l’exégèse que constitue une traduction.


7. Une hypothèse de recherche


Cette formule me conduit à proposer une hypothèse de recherche :
Il n’y a plus, au XXIe siècle, qu’une littérature dans l’entre-des-langues.
C’est-à-dire s’écrivant dans la Langue déterritorialisante et reterritorialisante, une et plurielle, qu’est la traduction.

Si je déplace cet énoncé, j’obtiens une situation conflictuelle nouvelle. Non pas des langues (diverses et défensives) contre Une langue (globish ou technique), mais Une langue porteuse d’un multiple, d’une éthique, d’une politique (la traduction comme langue) contre une langue ignorant le multiple, l’implicite, le fragile, la nuance, l’exil, le conflit. En ce sens, la traduction comme langue, ou l’entre-des-langues comme langue-monde dans laquelle se maintient et s’écrit l’humanité, ses cultures, ses attachements, ses territoires, s’opposent au tout-communicationnel et/ou à l’utopie technique d’une traduction automatique réduisant la diversité linguistique à un seul sens commun. Le champ littéraire, à cet égard et parce qu’il a conscience des contextes, des significations implicites, constitue un contre-monde.
Si, contre ce tout-communicationnel – ou sa réduction en globish –, nous nommons cet entre-langues et nous le définissons comme une attention humaine aux territorialités, aux corps des mots, aux rythmes, aux sonorités et à ce qu’ils produisent comme polysémies, nous obtenons une situation nouvelle où la multiplicité des poétiques fait front commun sur un mode offensif. Une langue-monde (la traduction) contre une langue mondialisée (le globish).
Chaque langue, dans sa territorialité, peut donc se reconnaître et se penser comme une branche de « l’entre-des-langues ».


8. Une po-éthique de la traduction, à rebours des langues universalisantes

L’Histoire occidentale a été, dans sa monstruosité, une succession de tentatives pour imposer une langue universelle. Chaque système idéologique d’exportation ou de domination culturelle, qu’il soit chrétien et normatif, capitaliste et communicationnel ou, comme au XXe siècle, communiste et historicisant, ou autrement, fasciste et biologisant, repose sur une forme de monolinguisme essentiel : celui par lequel une nation cherche à imposer des idées et des croyances valant pour le monde et pouvant s’étendre et s’appliquer au monde.
Dans les dernières années du XXe siècle, à la suite d’Edward Saïd et des pensées postcoloniales, un premier décentrement a eu lieu : ce fut le retour de flammes d’un texte occidental exporté, intégré et retourné contre lui-même par des penseurs et écrivains de territoires anciennement colonisés. Première entaille dans la manière qu’ont eue les langues occidentales de se penser porteuses de vérités universelles tout en véhiculant un système de domination. Il y eut un deuxième décentrement au cours des dix dernières années ; un décentrement qui intègre aujourd’hui la critique postcoloniale, mais qui a commencé de façon autonome comme une critique de l’essentialisme de la pensée occidentale et de la dichotomie entre le sens et le signe. C’est ce qui a pris le nom de « translation turn » et que l’on peut trouver à l’état d’ébauche dans les textes d’Antoine Berman, ou aujourd’hui dans l’œuvre collective dite des « Intraduisibles » initiée par Barbara Cassin.
Je ne peux m’empêcher de lire ce qui se passe là – le translation turn – comme une façon pour l’Occident d’expier ses volontés de puissance universalisantes. Car que nous dit Antoine Berman ? Que nous disent les Intraduisibles ? Nous devons être attentifs au corps de la lettre, au corps du mot. Nous devons être attentifs à ce qui se déplace, ce qui s’omet, ce qui s’oublie, quand nous passons d’une langue à l’autre, d’un système de signes à l’autre.
Ces travaux redessinent le rapport de l’Occident au monde. Ils désessentialisent la pensée. Ils remettent les sens – multiples – (et non pas l’essence) à l’intérieur des mots et les arrachent à ce ciel de pureté où la Grèce les avait mis. Ces travaux sont pionniers en ce qu’ils reterritorialisent les idées dans les langues. Ils font ce que l’Église n’a pas fait avec saint Jérôme : l’aveu de sa douleur, de son écartèlement. L’aveu qu’il trahit autant qu’il traduit. Cette conscience d’un Jérôme désacralisé, rendu à l’effort pour ne pas trahir, ne pas omettre, ni nier la part d’autre qu’il ne parviendra jamais à rendre dans sa langue – le latin – est une éthique du multiple, de la diversité et de l’altérité : une éthique de l’autre langue. Cette éthique du traduire, c’est aussi ce que je nomme : po-éthique de la traduction, car elle s’attache à penser ce que le traducteur ne cesse de nier en traduisant. Voilà en quoi il me semble que le translation turn est à la fois épistémologique, littéraire et éthique.


9. Histoire et éthique de l’entre : une langue fantôme

Il y a, en Europe, une histoire de « l’entre-des-langues », et cette histoire coïncide en partie avec l’histoire du judaïsme et de sa présence en Europe, puis de sa lente et finalement brutale destruction. J’en trouve des résonances dans mon nom, de Toledo, qui est celui des juifs d’Espagne et de Tolède, haut lieu de la traduction, et je me demande jusqu’à quel point, plus encore que par le prénom de mon frère, Jérôme, je n’ai pas été mis à cette place-là, dans l’entre, dès le premier jour où j’ai décidé de prendre le nom de ma famille juive pour écrire. Sur une période longue, les juifs d’Europe ont été les précieux échangeurs de signes, tant pour les monnaies que pour les langues. Ils ont assuré cette médiation nécessaire entre des espaces qui cherchaient, au contraire, à établir, repousser, contester des frontières, à renforcer, cerner, construire des États, à défendre et à promouvoir des identités et des langues nationales. L’Europe a donc mis le monde juif – mais aussi le monde tsigane – à la place où elle ne parvient jamais à se tenir. Dans l’entre.
À cet égard, ce qu’il est advenu du yiddish, langue européenne qui était parlée par des populations d’un bout à l’autre du continent, de la Russie à la France, est exemplaire. Si nous observons le XXe siècle et que nous nous demandons : en plus de ceux qui ont été exterminés, quelle langue a été anéantie ? Nous trouvons le yiddish.
La mort d’une langue n’est pas un événement sans suite. La langue morte laisse des fantômes, des spectres, des formes d’appréhension du monde qui ne trouvent plus de corps pour s’incarner et errent parmi nous. La mort d’une langue redouble la mort de ceux qui la parlaient, car elle emporte avec elle tout le monde de sensations, de souvenirs qui est attaché à ses mots, à la façon de prononcer les mots, de les écrire.
Les langues mortes hantent longtemps les langues vivantes, elles s’y taillent une place, y trouvent des refuges (antre). C’est ainsi que j’ai suivi la lettre h, que l’on retrouve dans le mot « honte » et la « hontologie » de Lacan ou chez Derrida, dans son hantologie, et dont j’ai fait cette forme de l’H-être européen : un être hanté par sa mémoire, un h-être. Le yiddish est cette langue disparue qui h-ante l’Europe du XXIe siècle. Elle est une langue hybride, pétrie de mots allemands, polonais, russes, ukrainiens, et s’écrit dans un alphabet hébraïque. C’est donc cette langue de l’entre qui a été anéantie.
Elle se tient, pour moi, à la place du h. Elle a laissé un h muet qui est désormais aspiré et expiré. C’est ce h oublié – l’absence de médiation, de langue commune – qui est aussi à l’œuvre dans le processus de désintégration du projet européen. Si l’Europe peine à s’incarner comme espace littéraire – et donc comme espace politique –, si elle peine à se territorialiser autrement que par la force de ses polices, de ses décrets, c’est parce qu’elle a laissé ce h inaperçu. Elle n’a pas voulu se poser la question de son incarnation poétique et de ce qui viendrait en remplacement de la langue morte. Elle est devenue cet espace abstrait, sans autre corps que celui de la mémoire et du fardeau. Je renvoie ici à ce que j’ai pu en dire dans Le Hêtre et le Bouleau, essai sur la tristesse européenne.


10. Penser, écrire, dans l’entre-des-langues.

Il ne s’agit pas, bien sûr, de reconstruire ou de sacraliser la langue anéantie ou une identité plutôt qu’une autre. L’Europe souffre d’un trop-plein de mémoire, d’un rapport de plus en plus touristique à sa propre histoire. Il s’agit au contraire, à la suite du translation turn, de mettre au cœur de nos pensées, de nos écritures, de nos cadres d’analyse, ce qui, jusque-là, a toujours été ignoré ou méprisé ou violemment oppressé. Penser, écrire, à partir de l’entre ou autrement, dans l’antre : refuge du fragile, de l’hybride, de ce qui se croise. Entre où nous sommes, de plus en plus souvent, condamnés à vivre, au XXIe siècle, dans une réalité mobile des exils successifs et du déplacement. Entre de ce qui fait conflit, dans le rapport à l’autre, à la langue de l’autre, à l’autre langue.
On représente souvent saint Jérôme à sa tâche, paisible, touché par la lumière divine, au milieu de ses livres. Mais on ne le voit pas à la peine ou s’excusant ou portant en plein jour la conscience du traducteur, son fardeau et sa tâche : tout ce qu’il trahit, tout ce qu’il lisse, les aspérités, les particularismes, tout ce qu’il choisit d’ignorer pour universaliser, à la suite de saint Paul, le récit biblique, tout ce qu’il n’avoue pas et dont il a peut-être peur (son maître, Dieu, la volonté de puissance de l’Église, qui cherche, par cette traduction, à s’emparer de textes disparates).


Non, saint Jérôme, dans les représentations picturales [1], ne tremble pas. Il est comme les nations, comme les États, sûr de son geste. Il est là, au milieu de ses livres, dans sa bibliothèque, comme un prophète inspiré par la grâce et écrivant sous la dictée d’un Dieu qui soudain, par un retournement du pouvoir, aurait voulu s’exprimer en latin ! Il est important ici de comprendre à quel point l’entre-des-langues est, à cet égard, un espace de contestation de toute forme d’hégémonie culturelle, idéologique ou linguistique. C’est Jérôme désanctifié : un traducteur qui ne se présente plus comme celui qui sait faire de l’un avec l’autre, mais comme celui qui sait qu’il menace de tuer l’autre en se l’appropriant. (Je renvoie ici aux textes de Henri Meschonnic sur la traduction de la Bible et son exigence de rendre le rythme du texte original).
Il faut imaginer saint Jérôme éclairé, non par la lumière divine, mais par les travaux de Meschonnic. Ce ne serait plus alors le tableau d’un homme sanctifié, touché par l’inspiration divine, serein, au milieu de ses livres. Ce serait un homme paradoxal, écartelé, figure humaine se disputant lui-même pour tenter de se rapprocher du texte original, mais sans y parvenir.
Une conscience malheureuse redevenue une force créatrice.


11. Transmission, contestation, création dans l’entre-des-langues

Il y a là, dans cette désignation du non-lieu où nous sommes, où nous sommes appelés à vivre, à écrire, à lire, à penser, au XXIe siècle, une politique, une poétique, et une éthique triple de la transmission, de la contestation et de la création.
(a). La transmission, c’est celle de la langue fantôme, du spectre qui hante toute langue et tout texte. Nous écrivons donc in memoriam, en faisant de ce spectre un compagnon de l’écriture, une forme d’humilité. Nous faisons du passé un avenir. Nous faisons du fardeau historique de l’Europe une possibilité de renaissance culturelle non hégémonique, passant par la traduction, ou plus justement, par le fait de se tenir dans l’entre-des-langues.
(b). La contestation, c’est celle qui naît de la tension entre ce non-lieu et les règnes multiples de la maîtrise auxquels la langue nous initie. Il y a plusieurs fronts ou plusieurs édifices qui se mettent à trembler, si nous les observons du point de vue de l’entre-des-langues. Le premier, c’est celui de l’« auteur », qui soudain cesse d’être cette figure solitaire, romantique, mais redevient plutôt un multiple, hanté par des textes lus et des états antérieurs et/ou expérimentaux de sa langue, qui ont sédimenté en lui, et qu’il rend, à sa manière, en le ré-agençant. Le deuxième édifice qui tremble, c’est l’État qui voudrait s’approprier la langue – en faire une langue nationale –, mais qui dans l’entre est violemment mis en cause. Il cesse d’être cet édifice des certitudes pédagogiques imposées au nom de l’assimilation, de l’intégration, pour devenir un espace polyphonique, une collectivité reliée autour d’une citoyenneté de traducteurs, par l’effort de relier des identités multiples. Enfin, contre les langues à prétentions universelles, idéologiques, techniques, communicationnelles, l’entre-des-langues pense le tremblement, la faille, l’interstice, le déplacement.
(c). Enfin, la création : c’est là, à partir de cet entre, qu’une expérimentation peut avoir lieu, in-between languages, zwischen las idiomas, à la frontière du lisible et de l’illisible. Je m’y emploie, à ma manière, en m’entourant de mes traducteurs pour écrire directement en traduction, pour hybrider le texte original et chercher les voies d’un créole européen : un mélange de langues qui soit aussi l’héritier de cet espace-trou, hanté, de la Mitteleuropa, là où les frontières n’ont cessé de se déplacer.


12. Ce que je nomme entre-des-langues…

Je nomme entre-des-langues ce qui est à la fois une mémoire de la destruction (le h), une éthique de la traduction et une poétique pour le XXIe siècle, qui soit une réponse et une résistance à l’hégémonie de la langue anglaise ou à toute tentative universalisante et/ou hégémonique. Je nomme entre-des-langues une attention à la figure d’un Jérôme désanctifié, et il faut voir ici le jeu de substitution, chez moi, entre le corps de mon frère, Jérôme, et le corps des morts, des victimes de l’Universel. Je vois l’entre-des-langues comme une attention au geste longtemps caché, longtemps oublié, de la traduction conduisant à un regard nouveau porté sur ce qui est nié de l’autre en traduisant. Je nomme entre-des-langues une façon de tenir en même temps une géopolitique littéraire contestataire, et une écriture et une poétique de l’hybridation.


Camille de Toledo
Art by Peter Fischli and David Weiss. From the «Equilibres» II

23:32 25/08/2014 | Lien permanent | Tags : lis tes ratures |  Facebook

la légitimité d'une colère

Chère Colère,

tu es comme dedans et comme dehors à la fois. Contre le contour qu'on nomme peau, le long des dermes et des poils, tu hérisses, tu t'échines, tu entames, tu traverses. Tu as appris les détours, les angles morts car il est souvent question de dominer ses passions, de revisiter la tension sous un rapport social, familial... attendrir les viandes, peaufiner le regard jusqu'à extinction des feux.
Finalement, pourquoi te nier. Comment te nier.

Entre les dents et les cordes vocales, souvent, je t'ai sentie gronder. Il y a vingt ans, aucune gêne ne me retenait. Je savais te mettre au service de l'inutile, du vertical et de l'immédiat. La salve était le moyen. Le suc, ton chemin. J'ai craché pour expectorer. Finalement, ce n'était ni venin, ni remède. Une simple question d'être exacte et juste à l'endroit du corps.

Là, tu vois, je te sens, derrière ou devant. J'ai reconnu tes émissaires, tes envoyés spéciaux. Dans la mère, dans l'homme, dans l'enfant, dans le moment, je te sens ourdir. brasser, tresser mes nerfs. Je te tais pour la paix, je te situe, je t'analyse, je te maîtrise, comme j'aime croire que je t'annihile. Je te vois encore, ne te méprends pas. Ne me vois pas endormie. En réalité, je t'aperçois et te perçois beaucoup mieux qu'avant. Je sais tes racines, tes conséquences et tes impondérables. Je pourrais te justifier à chaque poussée, à chaque germination.

Rien ne t'isole, rien de te camisole. Même pas les jouissances, même pas les intermèdes heureux, les délassements. Tout semble filtrer ton flux. Le leurre est sain, sûrement, même.
Mon corps te sait, virevolte de l'intérieur aux soubresauts de ta menace.
Si, c'est moi qui t'applatis, te mets au sol et te piétine, avec toute la bienséance vitale que l'esprit établit.

Tu arborres sûrement une couleur connue, une bile savante. Tu as la langue bien pendue. Les éclairs, ta foudre, ta lumière manquent, finalement. Finalement, je te préfère au moment où tu es plutôt que dans un formol que je chiade, bocal, feuille d'or pour l'étiquette. A chaque étouffement, déjà, mon regard de dessus de l'armoire te décortique, te défibrilise.

Ce soir, je t'écris, pour te dire que je t'aime, que je te désire violente et intense, pour te rappeler à moi, à tout ce qui fait moi. Que la tristesse ne t'arrive pas à la cheville, ni le pardon d'ailleurs.

Je te loue,

M.

3-viola-acceptance.jpg (art by Bill Viola - acceptance)

23:16 25/08/2014 | Lien permanent | Tags : humoeurs, textes |  Facebook

22
aoû

petit celles qui

entre celles qui ne sont pas rentrées, celles pas sorties, celles pas baisées, celles embrassées, celles boudeuses, celles râleuses, celles prêtes à tout, celles à cheval sur les principes, celles déterminées, celles en doutes perpétuels, celles peroxydées, celles qui ont le permis de conduire, celles qui ont été choisies, celles qui ont été élues, celles qui ont été maintenues à la surface, celles en chasse, celles en retard, celles en avant-garde, celles à gros arrière-trains, celles avec qui on aime prendre le train, celles qui dévient, celles qui viennent, celles qui vivent,celles qui sont en partance, celles qui n'obtiennent crédit qu'en remontrances, celles qui errent, celles qui gèrent, celles qui subsistent, celles qui résistent, celles qui ont le teint pâle, celles qui varient comme des femmes, celles qui causent comme des hommes, celles qui se foutent de la gueule du monde, celles qui se donnent un genre, celles qui annulent à la première minute, celles qui croisent les chemins comme du tricot, celles qui baisent à tire larigot, celles qui causent cru, celles qui préfèrent le vin cuit, celles qui ont des prunelles, celles qui font des étincelles, celles qui mangent de la merde, celles qui écorchent leurs chairs, celles qui prennent l'air, celles qui s'en donnent à corps joie, celles qui n'aiment rien, celles qui se contentent de peu, celles qui aiment mieux, celles qui aiment celles, celles qui boivent à la bouteille, celles qui creusent avec leurs mains, celles qui préfèrent les seins en poire, celles qui donnent le change, celles qui bouffent des yaourts après la date, celles qui se contrarient au moindre coup de vent, celles qui sont coupables, celles qui sont valables, celles qui ont envie de faire pipi chaque minute, celles qui pissent debout, celles qui ont des poils drus, celles qui pardonnent quand c'est mou, celles qui chantent des berceuses, celles qui se balancent sans réfléchir, celles qui sont fébriles à chaque battement de cil, celles qui n'ont aucune idée, celles qui terminent tout, celles qui ne savent pas dire oui, ...

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19:23 22/08/2014 | Lien permanent | Tags : girlz, humoeurs |  Facebook

13
aoû

let's be witches of modern times... (Thanxxx Violaine / Nathalie / Catherine)

Witches by Erica Jong / 1981, Harry N. Abrams:

(...) Erica Jong’s association with second-wave feminism or her best-known, controversial book Fear of Flying. In Witches, she uses poetry and prose to collect some of witchcraft’s mythology, spells, and rituals, and finds in its history a source of women’s power. It’s not the most thorough Wiccan resource (take a look at books by Starhawk or Scott Cunningham (...).

Ladies sharing a secret. French postcard, 1910.jpg

 

I N T R O D U C T I O N

" When I was researching Witches fifteen years ago, it was considered rather kinky to talk about the female aspects of divinity or to attempt to rehabilitate witches from the libels perpetrated on them by their inquisitors. Witchcraft was a bog of myth, misinformation and Halloween gear. There were people who called themselves contemporary witches or Wiccans -- and I met plenty of them -- but they seem as confused about their origins as anyone else. Some called themselves goddess -- worshippers or contemporary pagans. Some were feminists rediscovering the female roots of divinity, and their rituals were as muddled as they were sincere. Nobody could quite decide whether to be a white witch and do good with herbs or -- more exciting -- to be a bad witch and go to bed with devils.

The popular image of the witch reflected this confusion. There were both good and bad witches in picaresque movies like The Wizard of Oz, and only bad witches in scary movies like Rosemary's Baby. Did witches worship Satan or did they worship a benevolent mother goddess? Hardly anyone would have posed the question that way. It fell to this book to put the question to a popular readership for the first time -- and that has been a large part of its appeal.

The truth is that the witch is a descendant of ancient goddesses who embodied both birth and death, nurturing and destruction, so it is not surprising that she has both aspects. But when religions decay and gods are replaced, there is a consistent dynamic: the gods of the old religion inevitably become the devils of the new. If serpents were once worshipped as symbols of magic power, they will later be despised as symbols of evil. If women were once seen as all-powerful, they will become relegated to obedience to men and feeling pain in childbirth. The symbols remain but their values are reversed. The snake in Genesis is now the devil. The first female, Eve, has gone from being a life-giver to a death-bringer. Good and evil are reversed. This is the way the politics of religion work.

The contemporary image of the witch incorporates detritus from many religious sects over many millennia. Like the wall of a Crusader castle in the Middle East, it rests upon a foundation of remnants from a variety of periods. Like Hecate and Diana, the witch is associated with the moon and lunar power. Like Aphrodite and Venus, she can make love potions and fly through the air. Each attribute of the witch once belonged to a goddess. 

All over the ancient world goddesses were worshipped. These goddesses represented womanhood distilled to its ultimate essence. Ishtar, Astoreth, Aphrodite (as she was eventually known) held sway over love, procreation, fecundity -- and most of the gods obeyed her urgings. Many-breasted, in love with flowers, wheat, all blossoming, she echoed something primal in the human heart. Born of woman ourselves, we find godhead natural in womanhood. Any faith that renounces the mother is bound to see her creep back in another form-as Mary perhaps, the mother of the sacrificed god.

Witchcraft in Europe and America is essentially this harkening back to female divinity within a patriarchal culture. If you insist long enough that God is the father, a nostalgia for the mother-goddess will be born. If you exclude women from church-rites, they will practice their magic in the fields, in forests, in their own kitchens. The point is, female power cannot be suppressed; it can only be driven underground.

Take a little honey in a jar. Write your deepest wish on a bit of brown paper and hide it in the honey. Focus all your energy on your intention (which must be sweet) and eventually your wish will be granted. Intention counts for everything. It must be positive. And the more witches there are sitting in a circle practicing communal intention, the more potency the magic will have. The desire for magic cannot be eradicated. Even the most supposedly rational people attempt to practice magic in love and war. We simultaneously possess the most primitive of brainstems and the most sophisticated of cortexes. The imperatives of each coexist uneasily.

We may even prefer to see the witch as an outsider, a practitioner of the forbidden arts because that makes her even more powerful. Perhaps we are slightly ashamed of our wish to control others and would rather pay a maker of magic than confess to these wishes ourselves. Perhaps we would rather not be in charge of magic that might backfire.

Since we believe witches can make wishes real, we both need and fear them. If they have the power to kill our enemies, couldn't they also kill us? If they have the power to grant love, couldn't they also snatch it away? Witches remind us of the darkness of human wishes. That is why we periodically find reasons to burn them. 

In The White Goddess, Robert Graves asserts that all real poetry is an invocation of the triple goddess of antiquity -- she who controls birth, death, procreation -- and that it is the poet's fealty to her that determines the authenticity of his work. "The main theme of poetry" Graves says, "is the relations of man and woman, rather than those of man and man, as the Apollonian classicists would have it." The male poet woos the goddess with words in order to partake of her magic. He is at once her supplicant and her priest. Where does this leave the female poet? She must become an incarnation of the triple goddess herself, incorporating all her aspects, creative and destructive. This is why it is so dangerous to be a female poet. It is a little like being a witch.

Adelaide Crapsey's poem "The Witch," evokes this well:

When I was a girl by Nilus stream
I watched the desert stars arise;
My lover, he who dreamed the Sphinx,
learned all his dreaming from my eyes.
I bore in Greece a burning name,
And I have been in Italy
Madonna to a painter-lad,
And mistress to
a Medici.

And have you heard (and I have heard)
Of puzzled men with decorous mein.
Who judged--the wench knows far too much-
And hanged her on the Salem green.

 

Adolescence is a time when witchcraft exercises a great fascination. Disempowered by society and overwhelmed with physical changes, teenage girls fall in love with the idea of forming covens. Whatever bric-a-brac of magic is around, they will pick up and shape to their own uses.

This book has made me a heroine to my friends' daughters. It has also been the most banned of all my books -- probably because the idea of female godhood is still anathema to many people. Once, I received a Polaroid picture of this book showing it burned around the edges. The letter accompanying it said: "My father burned this book. Could you send me another copy?" So much for the efficacy of censorship.

The more disempowered people are, the more they long for magic, which explains why magic becomes the province of women in a sexist society. And what are most spells about? Usually procuring love, with the hexing of enemies running a close second. When men turn to magic, they are more likely to seek knowledge and power (Dr. Faustus), or immortality (Walt Disney). The men who spend fortunes to assure that their corpses will be frozen are not likely to be attracted to love spells. Their love is self-love. They want their own DNA to endure singly, not to commingle with a lover's.

So witchcraft remains a woman's obsession. John Updike captured the nature of the beast in his novel The Witches of Eastwick. Disempowered women use their coven to become the secret legislators of their little town. Their magic cannot be separated from their sexuality. That is, of course, the point.

I would love to be a witch. I would love to learn to control the uncontrollable by making secret spells. (Who wouldn't?) I believe I was really motivated to write Witches because I hoped I would learn to master my own fate through magick. In that I was like Fanny, the heroine of my third novel, who was also drawn into the study of witchcraft as a means of mastery. In Fanny, being the True History of Fanny Hackabout Jones, my eighteenth-century heroine is a powerless orphan, raped by her guardian, who turns to witchcraft in the hopes that it will equalize her power with men. I imagine a coven of proto-feminist witches who attempt to compensate for the female's lack of power by making spells and riding through the air. They initiate Fanny and her newfound power stays with her the rest of her life, though it helps her in different ways than she first expects. Witchcraft in Fanny proves to be the magic with which mothers inspire daughters and vice-versa. It proves to be women's wisdom -- ancient and life-giving.

We have come a long way since the days when it was impossible to imagine a female deity. Now the idea of an inspiring goddess has almost become commonplace. Yet women are still not equal to men politically or economically. Will we ever be? Is our power still the power to give life? And if so, will we never be forgiven for it? 

Since the goddess of birth is also the goddess of death, women are accused of bringing death into the world as well as life. This is why the witch is depicted both as young, beautiful and bedecked with flowers, and as a frightening crone covered with cobwebs. She represents all the cycles of life, and if she is terrifying it is because the cycles of life terrify. They are inexorable. They remind us of mutability and mortality.

In certain periods it seemed less disturbing to worship the beautiful young male -- Michelangelo's David, the perfect boys of Platonic discourse -- because they could be seen as detached from change and decay. Periodically, our belief systems go through this cataclysm, from the worship of the female cycles of birth and decline to the isolated perfection of young maleness. The Socratic notion that true love was only possible between males represents denial of woman and denial of death. The rejection of females' bloody cycles, mewling infants, and cthonic vendettas reasserts itself in many cultures. Woman is made the scapegoat for mortality itself, for nature red in tooth and claw, for the mutability that is human fate. Then she is punished as if she were responsible for all nature's capriciousness, as if she were Mother Nature incarnate -- which of course is partially true.

Since we inherit a worldview that sees man as reason and woman as nature, we are still in the grip of the beliefs that fostered witchburning. We have to understand the witch to understand misogyny in our culture. We  have to understand the witch to know why women have been denigrated for centuries. The witch is a projection of our worst fears of women. Whether fattening children for food in "Hansel and Gretel" or disappearing into a puddle of ooze in The Wizard of Oz, the witch inhabits a dimension where the primitive fears of children become the wishes of reality.

Love is only a love poppet away. Mountains of gold glimmer beneath the earth. Enemies disappear with one magic formula while blossoms spring up with another. The witch can vaporize people at will, keep spring on earth all year long, make the lion lie down with the lamb. She can fly and enable others to fly. She can abolish death.

Surely we would like to be like her, and a book can only be a beginning. Like all secret arts, witchcraft is learned by apprenticeship. Its deepest secrets are printed nowhere. One witch hands down her grimoire to her successor, who alone can decipher its coded spells and recipes. If a true witch were to publish her secrets for all to see, she would immediately lose her powers. "Power shared is power lost", say the witches. Legend has it that true books on witchcraft have at times been published, but the pages spontaneously combusted before they could be bound. So I have had to be very careful with Witches. Like the weaver of a great rug who does not wish to arouse the wrath of Allah, I have had to introduce small errors. I have had to code certain messages and print my recipes and spells with missing ingredients or missing steps. Otherwise the book would go up in smoke before it could be read. But the clever reader, the witch-to-be, the natural adept of magick will read this book holding in her hand a pen dipped in invisible ink. Guided by the unseen force, that hand will supply whatever is missing. With practice, with deep concentration, the hand of the proficient will fill in the missing formulae. Just as the Delphic Oracle uttered words whose import she could not divine, the hand of the true adept will scribble the truth. Watch for those words. They are all the witchcraft you will need to know."

+

www.reclaiming.org/

haka women.jpg

12:59 13/08/2014 | Lien permanent | Tags : girlz, humoeurs |  Facebook

12
aoû

RITUELS (by Collectif H/F Couple): ce que je vis n'est rien.

Une aventure de jour comme de nuit.

HFdeuxyeux.jpg

Voyez là.

Des galets derrière. Des routes devant.
Un interstice entre deux temps réels.
Un inventaire minéral et humain.
Un rapport qualité prix équitable.
Une dimension amplifiée.

Là.
Un duo formé d'amoureux et de visions parallèles ou ambivalentes - une vidéo pour dire un peu du monde qu'ils traversent, avec amour et falaises, naïveté et rugosités.


Collectif H/F Couple est composé de UnVraiSemblant & Milady Renoir et vice-versa.

21:48 12/08/2014 | Lien permanent | Tags : act-u, humoeurs |  Facebook

10
aoû

Feminist Science Fiction

Feminist Science Fiction Is the Best Thing Ever

Written by

Claire L. Evans

Futures Editor

Hello, ladies. Are you into science fiction? 

Consider The Female Man, a 1970 science fiction novel by the late Joanna Russ, which takes place in four worlds inhabited by four different women who share the same genotype and whose names all start with the letter J. There’s Jeannine Dadier, who lives in 1969 in an America that never recovered from the Great Depression; Joanna, also in 1969, but in an America like ours; Janet Evason, an Amazonian beast who lives in an all-female world called Whileaway; and Alice Reasoner, or “Jael,” a warlord from a future where women and men have been launching nukes at each other for decades.

The first time I read The Female Man, I felt like the hotel room carpeting had been ripped out from beneath my feet, revealing a glittering intergalactic parquet that had somehow been there all along. After all, I considered myself to be a sci-fi buff of the highest order, but I had come to it, like many young readers, through the space operas and adventure tales of Isaac Asimov, Arthur C. Clarke, and Ray Bradbury. I still love these writers, of course, but the idea that science fiction—my genre of choice—could actually be written to me, about me, was unknown.

Those were boy stories. The Female Man is not a boy story.

Instead, The Female Man is one of the many wonderful, provocative, and maddeningly nonlinear science fiction novels which emerged alongside second-wave feminism in the 1960s and 70s. It might seem outré, but few mediums are as effective at articulating the aspirations of feminism. Science fiction is, after all, defined by its capacity to construct believable alternate realities: among these, why not worlds free of sexism, or utopias beyond gender? Such fabulations can be as exotic as lunar colonies and cities populated by androids. And, of course, women are aliens—who better to write alien stories?

Two classics of the feminist science fiction canon. 

Science fiction tells us more about the present than the future; any Trekkie will attest to the truth of this statement. For all its forays where nobody has gone before, the primary conflicts of the original Star Trek series were the conflicts of the 1960s: race relations, imperialism, and the Cold War. The same goes for feminist science fiction. Novels by Joanna Russ, Marge Piercy, Ursula K. Le Guin, and Octavia Butler were the literature of a movement, speaking to the fears and desires of women in the final decades of the 20th century. 

Science fiction has long been a boy’s club. Consider what endures from its first major appearance in popular culture, as lurid genre fiction printed in pulp magazines and paperbacks: zap guns, rockets, virile space colonists, and abducted women, caught in the writhing tentacles of some interchangeable extraterrestrial foe. The derring-do of Buck Rogers and the steely resolve of John Carter were sold to young men reading Popular Mechanics and pulp comics—not to their sisters or mothers. For the feminist science fiction writers of the early 1970s, the temptation to break in and subvert this playground, to tweak its phallic rockets and intergalactic imperialism, proved irresistible.   

It wasn’t without precedent, incidentally. Frankenstein, which according to many critics is the first true science fiction novel, was written by a 21-year-old woman named Mary Shelley. Women penning utopian literature in the nineteenth and early twentieth century often addressed the issues relevant to first-wave feminism; in the 1905 novel Herland, a single-sex utopia is described as the ideal social order, free from war.

Which is to say that there’s nothing objectively masculine about science fiction. There’s nothing objectively anything about it; science fiction is a blank slate. It often takes place in the future, after all, a place to which no gender, nation, doctrine, or technology can stake a true claim. 

Sure, there have always been women in science fiction, but they were frequently of the "damsel in distress" persuasion. Image via Pulp Covers.

Back to The Female Man. Although some of the book takes place in the future, no single woman’s reality is “our” past or “our” future. Rather, they’re all manifestations of the same woman, spread out over time. They are potentialities, the multitudes contained in every woman. As Russ writes, “to resolve contrarieties, unite them in your own person.” It’s a good metaphor for what literature does, too, which is give us access to the manifold strangeness of the world and its possibilities, to say nothing of the possibilities of a world without constraints determined by gender. 

Science fiction in particular offers us worlds so different from our own that we, as readers, can feel suddenly nauseous and disoriented; genre critics call this sensation “cognitive estrangement.” And yet it always crashes back down to confront the problems of the present in a specifically cognitive way.

That is its function. Its strangeness clarifies our normal—and makes it, too, seem strange. By giving us glimpses into alternate worlds, places where the cultural physics we take for granted are skewed 180 degrees, science fiction helps us to see our actual position without bias. “Feminist science fiction is a key,” writes the critic Marleen S. Barr, “for unlocking the patriarchy’s often hidden agendas.”

Alice B. Sheldon, a female science fiction writer who wrote under the male pseudonym James Tiptree, Jr. for decades. A literary prize is now given in her name for books that explore gender through science fiction and fantasy. Photo via NPR.

One particularly effective way to unlock those hidden agendas—or simply to worldbuild outside of the constraints of male-dominated society—is to imagine single-sex worlds. Beginning with the Amazons of Classical antiquity, there is a long tradition of female-only places in literature and mythology, and many canonical books from the slim but robust canon of mid-70s feminist SF take place in such worlds: 

The Female Man, of course, Marge Piercy’s Woman on the Edge of Time, Jayge Carr’s Leviathan’s Deep, where men are hapless concubines and errand boys, Sally Gearhart’s The Wanderground, where women have fled male-dominated cities for the wilderness, and the oeuvre of Suzy McKee Charnas. Other novels from the period, like Ursula K. Le Guin’s transformative The Left Hand of Darkness, about a planet of sexless androgynes, take a more fluid approach to gender. 

In all of these cases, the question is the same: what happens when men are removed from the equation? Perhaps there is world peace. Perhaps lesbian relationships become the norm. Perhaps dense matrilineal rituals replace our existing societal customs. Perhaps the reproduction of the species is achieved in a different manner, sexlessly—or through a new kind of sex. Perhaps it’s a dystopia.

There’s no way of knowing for sure, but the simple speculation forces us to reconsider the things we take for granted about our world. For example, imagine living in an all-female colony your whole life, raising only female children, accustomed to a government and an economy run by women, and seeing a man for the very first time. He would appear to be an alien, as in this description from Joanna Russ' iconic story When It Changed:

They are bigger than we are. They are bigger and broader...They are obviously of our species but off, indescribably off, and as my eyes could not and still cannot quite comprehend the lines of those alien bodies, I could not, then, bring myself to touch them...I can only say they were apes with human faces.

Talk about cognitive estrangement! It’s not surprising that science fiction has been variably discovered, in wave after wave, by communities seeking a creative tool for cultural critique. Its boundaries lie wherever the last person left them. Before the feminists, there were the New-Wavers, who ported literary techniques and the psychedelic insights of the early 60s over to the genre, in the hopes of refracting some light around the uptight establishment.

After them, the deluge: Afrofuturistscyberpunks, countless subgenre writers tinkering with the tropes of alienness to make a point. Regardless of the agenda, however, science fiction writers always use the same mechanism: change the world in some significant way, tip it on its side. What tumble loose are our preconceptions. Where they land, the ground is never quite so solid again.

 

00:17 10/08/2014 | Lien permanent | Tags : place net |  Facebook

9
aoû

witch and craft

The Malleus Maleficarum (Latin for “The Hammer of Witches”, or “Hexenhammer” in German) is one of the most famous medieval treatises on witches. It was written in 1486 by Heinrich Kramer and Jacob Sprenger, and was first published in Germany in 1487. Its main purpose was to challenge all arguments against the existence of witchcraft and to instruct magistrates on how to identify, interrogate and convict witches.

Some modern scholars believe that Jacob Sprenger contributed little if anything to the work besides his name, but the evidence to support this is weak. Both men were members of the Dominican Order and Inquisitors for the Catholic Church. They submitted the Malleus Maleficarum to the University of Cologne’s Faculty of Theology on May 9, 1487, seeking its endorsement.

While general consensus is that The Catholic Church banned the book in 1490 by placing it on the Index Librorum Prohibitorum (“List of Prohibited Books”), the first Index was, in fact, produced in 1559 under the direction of Pope Paul IV. Therefore such claims are dubious, at best. I believe people are confusing the fact that the Inquisition reportedly denounced Heinrich Kramer in 1490 as being a ban upon the Malleus Maleficarum. Thus far, I’ve yet to find the Malleus on any Index Librorum Prohibitorum (copies of which are available on the Internet – most notably the 1559 and 1948 editions).

The papal bull, which appeared at the beginning of the book, could rightly be said to be misleading, because it addresses Kramer’s and Sprenger’s authorities as Inquisitors in certain lands, not the creation of the Malleus Maleficarum. The Catholic Encyclopedia states “Innocent’s Bull enacted nothing new. Its direct purport was simply to ratify the powers already conferred upon Henry Institoris and James Sprenger, inquisitors, to deal with persons of every class and with every form of crime (for example, with witchcraft as well as heresy), and it called upon the Bishop of Strasburg to lend the inquisitors all possible support.” So Kramer treated the bull as if it was an endorsement of his book, but it was not. However, the inclusion of the bull certainly gave the impression that the Malleus Maleficarum had been granted approval by Pope Innocent VIII.

Some believe that the Letter of Approbation from The Faculty of Theology of the University of Cologne was a falsified document. General consensus is that Heinrich Kramer brought the Malleus Maleficarum before the University of Cologne requesting an endorsement, but was rebuffed. Tradition has it that Kramer forged the document that he included with his work, that he and James Sprenger parted ways on bad terms, and that Kramer was denounced by the Inquisition in 1490. One would expect, however, that had such a document been forged, Mr. Kramer would not have subsequently been able to conduct very popular lectures in Venice starting in 1495, much less be empowered to proceed against the Waldensians and Picards in 1500.

http://www.malleusmaleficarum.org/

13:27 09/08/2014 | Lien permanent | Tags : lis tes ratures, place net |  Facebook