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aoû

la légitimité d'une colère

Chère Colère,

tu es comme dedans et comme dehors à la fois. Contre le contour qu'on nomme peau, le long des dermes et des poils, tu hérisses, tu t'échines, tu entames, tu traverses. Tu as appris les détours, les angles morts car il est souvent question de dominer ses passions, de revisiter la tension sous un rapport social, familial... attendrir les viandes, peaufiner le regard jusqu'à extinction des feux.
Finalement, pourquoi te nier. Comment te nier.

Entre les dents et les cordes vocales, souvent, je t'ai sentie gronder. Il y a vingt ans, aucune gêne ne me retenait. Je savais te mettre au service de l'inutile, du vertical et de l'immédiat. La salve était le moyen. Le suc, ton chemin. J'ai craché pour expectorer. Finalement, ce n'était ni venin, ni remède. Une simple question d'être exacte et juste à l'endroit du corps.

Là, tu vois, je te sens, derrière ou devant. J'ai reconnu tes émissaires, tes envoyés spéciaux. Dans la mère, dans l'homme, dans l'enfant, dans le moment, je te sens ourdir. brasser, tresser mes nerfs. Je te tais pour la paix, je te situe, je t'analyse, je te maîtrise, comme j'aime croire que je t'annihile. Je te vois encore, ne te méprends pas. Ne me vois pas endormie. En réalité, je t'aperçois et te perçois beaucoup mieux qu'avant. Je sais tes racines, tes conséquences et tes impondérables. Je pourrais te justifier à chaque poussée, à chaque germination.

Rien ne t'isole, rien de te camisole. Même pas les jouissances, même pas les intermèdes heureux, les délassements. Tout semble filtrer ton flux. Le leurre est sain, sûrement, même.
Mon corps te sait, virevolte de l'intérieur aux soubresauts de ta menace.
Si, c'est moi qui t'applatis, te mets au sol et te piétine, avec toute la bienséance vitale que l'esprit établit.

Tu arborres sûrement une couleur connue, une bile savante. Tu as la langue bien pendue. Les éclairs, ta foudre, ta lumière manquent, finalement. Finalement, je te préfère au moment où tu es plutôt que dans un formol que je chiade, bocal, feuille d'or pour l'étiquette. A chaque étouffement, déjà, mon regard de dessus de l'armoire te décortique, te défibrilise.

Ce soir, je t'écris, pour te dire que je t'aime, que je te désire violente et intense, pour te rappeler à moi, à tout ce qui fait moi. Que la tristesse ne t'arrive pas à la cheville, ni le pardon d'ailleurs.

Je te loue,

M.

3-viola-acceptance.jpg (art by Bill Viola - acceptance)

23:16 25/08/2014 | Lien permanent | Tags : humoeurs, textes |  Facebook

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