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jui

la chute comme tentative

 

Les feuilles tombantes ne sont pas des jeunes filles en fleurs. Il n’est jamais question d’aborder la chute comme l’absence ou l’innocence. Ça n’a rien à voir.

Le temps que les choses tombent, l’espace s’esclaffe, la pesanteur s’exclame et la vie ricane. C’est dur mais c’est vrai.

C’est très violent de quitter un lieu connu en haut pour atterrir en bas, aussi soyeux ou humide soit-il. Ce n’est pas parce qu’on dresse la table du sol depuis la naissance qu’il faut omettre l’importance de chaque affaissement, de chaque glissade, de chaque éboulement, de chaque fin de marche.

textes,humoeurs

Si on écoutait les choses de la nature qui tombent constamment, on relativiserait.
Pensez seulement l’incommensurable étendue de notre amertume à vivre, l’impalpable mélancolie qui nous abattrait si on s’entendait être aussi fragile, aussi dérisoire qu’une feuille morte, qu’un point de poussière, qu’un de ces petits principes de vie exterminés par leur propre nature.

Je dois vous dire, je suis beaucoup tombée. J’ai aussi beaucoup vu de choses tomber. Des hommes comme dit une chanson, mais aussi des cailloux lourds, des corneilles pimpantes, des arbres entiers, des exocets brillants, des idées précieuses, des élans et des erreurs, de l’eau en liberté, des étoiles aussi, comme tout le monde.  J’ai toujours été très sensible à la chute, dès le début de mes yeux.

(c) Milady Renoir

 

15:54 08/07/2014 | Lien permanent | Tags : textes, humoeurs |  Facebook

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