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nov

Coup de coeur (et poing dans ce même coeur)

Au nom du père

"Consacrer une exposition personnelle à l’artiste Éric Pougeau à la Maison n’est pas anodin. Outre le caractère monographique communément entendu, il s’agit de convoquer dans un espace d’exposition singulier, un appartement, le rapport complexe qu’entretient l’artiste dans son travail artistique à l’intime, à la sphère personnelle comme lieu pour questionner, parler et critiquer des systèmes de pouvoir, d’autorité, d’enfermement, de manipulation et d’abandon, ainsi que notre propension à digérer la violence, qu’elle soit morale, institutionnelle ou médiatique.

Dans l’exposition “Au nom du père” point de couronnes et de plaques mortuaires aux inscriptions lapidaires, mais un glissement des signes et des rituels religieux (la confession, la prière, le rapport à la chair et au sang) vers la cellule familiale tout en préservant l’imbrication de ces deux entités à travers les travaux d’écriture de l’artiste qui transcendent (transgressent) les liens du sang, le rapport au corps et à l’esprit de famille conventionnel. Le “Nom du père” implique le fils, cet enfant fictif prenant la plume, le petit Éric Pougeau, mais aussi Les enfants, l’œuvre centrale de l’exposition. “Le nom du père”, enfin, est une expression utilisée en 1951 par Jacques Lacan pour désigner un concept psychanalytique sur les psychoses infantiles, où le “nom” renvoie spécifiquement au langage et à l’inscription de l’être dans le réel. L’Hôpital Marquis de Sade fantasmé par l’artiste dans une œuvre de 2004 n’est plus très loin.

Depuis Ne me cherchez pas je suis mort (2004), Éric Pougeau a fait de l’écriture son matériau, la chair de ses fictions dont il a réuni pour l’exposition à la Maison, les plus récentes et les plus importantes. La série de 33 mots Les enfants, présentée dans “le salon”, recense un corpus de petits mots que les parents laissent habituellement à leurs enfants sur la table de la cuisine. L’écriture appliquée et manuscrite est portée sur du papier à lettres :
“Les enfants, nous allons vous enfermer.
Vous êtes notre chair et notre sang,
À plus tard, Papa et Maman”.
La messe est dite. Dans une seconde salle, c’est l’écriture enfantine sur des pages de cahier d’écolier qui prend la parole, une parole silencieuse J’ai peur, je veux être la peur, une prière Mon Dieu, faites que je n’espère plus, Eric, et ces objets pour lesquels l’on pourrait presque éprouver une forme de nostalgie, si les extrémités de ces trois règles en fer n’étaient pas dangereusement acérées, et la chemise d’écolier consciencieusement suspendue sur un cintre avec Éric Pougeau amoureusement brodé, une camisole taille 6 ans.

Les œuvres d’Éric Pougeau, écritures et objets, abordent sans complaisance par l’entremise de la famille et de la religion, la mort, la violence, la morale, avec une insolence radicale, avec humour, économie, et d’une certaine manière pureté. J’entends ici pureté de la forme, l’artiste ne fait pas le jeu de l’image choc ou sanglante, les médias remplissent fort bien cet office. Dans ses différents travaux d’écriture, la violence est entièrement contenue dans le pouvoir des mots, nous ne sommes pas dans un art de l’outrance ou de la vulgarité, nous devenons le témoin d’échanges secrets entre parents et enfants, entre l’enfant et lui-même, sans considération morale, sans parti pris, ni jugement."

Texte de l'exposition

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Exposition réalisée à la Maison, galerie singulière
5, rue Jacques Offenbach – 06000 Nice
Du 7 février au 18 avril 2009

 
Eric Pougeau, Les enfants  (série de 33 lettres encadrées), 2004. Stylo sur papier, 21 x 15 cm. Courtesy Galerie Olivier Robert, Paris.
Eric Pougeau, Les enfants (série de 33 lettres encadrées), 2004.
Stylo sur papier, 21 x 15 cm. Courtesy Galerie Olivier Robert, Paris.

Eric Pougeau, Les enfants  (série de 33 lettres encadrées), 2004.

Eric Pougeau, Les enfants (série de 33 lettres encadrées), 2004.

Eric Pougeau, Les enfants  (série de 33 lettres encadrées), 2004.

Eric Pougeau, Les enfants (série de 33 lettres encadrées), 2004.

Eric Pougeau, Ne me cherchez pas je suis mort, 2005. Photographie et stylo sur papier, 29,7 x 21 cm. Courtesy Galerie Olivier Robert, Paris.

Eric Pougeau, Ne me cherchez pas je suis mort, 2005. Photographie et stylo sur papier, 29,7 x 21 cm. Courtesy Galerie Olivier Robert, Paris.

Eric Pougeau, Camisole du petit Eric Pougeau, 2005. Tissus. Taille 6 ans. Courtesy Galerie Olivier Robert, Paris.

Eric Pougeau, Camisole du petit Eric Pougeau, 2005. Tissus. Taille 6 ans. Courtesy Galerie Olivier Robert, Paris.

Eric Pougeau, J'ai peur, je veux être la peur, 2007. Stylo sur papier, 22 x 16 cm. Courtesy Galerie Olivier Robert, Paris.

Eric Pougeau, J'ai peur, je veux être la peur, 2007. Stylo sur papier, 22 x 16 cm. Courtesy Galerie Olivier Robert, Paris.

Eric Pougeau, Mon Dieu, faites que mes parents meurent, 2006. Stylo sur papier, 22 x 16 cm. courtesy Galerie Olivier Robert, Paris.

Eric Pougeau, Mon Dieu, faites que mes parents meurent, 2006. Stylo sur papier, 22 x 16 cm. courtesy Galerie Olivier Robert, Paris.

Eric Pougeau, Mon Dieu, faites que je n'espère plus, 2006. Stylo sur papier, 22 x 16 cm. courtesy Galerie Olivier Robert, Paris.

Eric Pougeau, Mon Dieu, faites que je n'espère plus, 2006. Stylo sur papier, 22 x 16 cm. courtesy Galerie Olivier Robert, Paris.

Eric Pougeau, Mon Dieu, faites que je pourrisse, 2006. Stylo sur papier, 22 x 16 cm. courtesy Galerie Olivier Robert, Paris.

Eric Pougeau, Mon Dieu, faites que je pourrisse, 2006. Stylo sur papier, 22 x 16 cm. courtesy Galerie Olivier Robert, Paris.

(merci lesGrandsLunaires)

 

20:22 28/11/2013 | Lien permanent | Tags : arts |  Facebook

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