14
nov

Allez, avant.

 

Le parcours du combattant devant, j’avance et me débride, je me prends pour ce qui vient, je montre mes muscles, je regarde mes muscles, je ne divague pas, je suis une drôle de dame à tout prix, une sacrée nana, une vrombissante berline, je prends la route, je vais frôler les falaises, je gonfle les seins, j’écarte les cuisses, je vais marcher, Hannibal, Jésus, Moïse, je tapote mes talons, clapote les quadriceps, je vais y aller, vas-y, je vais franchir le Styx, le Rubicon, la Meuse, le ruisseau, traverser d’ici à là-bas, approfondir mon for intérieur, vaquer à la rencontre des gens du monde, par là-bas, errer et serrer les liens, Gandhi, Mère Teresa, Théodore Monod, Jonathan Livingstone, Commandant Cousteau, je lis vos pas, je quitte le nid, l’antre, je vais me paraboler, m’ampouler, me métaphoriser, m’ellipser, me faire pousser les ailes du désir, regarder ce qui est plus haut que ce qui est à ma hauteur, je vais aller de l’avant et du dehors, Lilith plutôt qu’Eve, chaque seconde sera une envie, chaque minute une surprise, toute la rage du monde, je veux la concevoir, je l’attends, la désire, je veux les chemins sinueux, les pentes abruptes, les vallons verdoyants, les passages escarpés, allier les bas et les hauts, être aimée d’un à la fois et de tous finalement, copier les muses, les égéries, je veux choisir sans piocher, je vais sortir, tellement sortir que le retour n’existe pas, et toute cette lumière, tout cet horizon qui promet, qui attend, qui vit sans moi, plus pour longtemps, je suis vaillante, corsaire, Jeanne d’Arc, Liberté, République, Révolution, ma porte cette barricade, je l’explose, le seuil ce gouffre,  sleeping wolf.jpg je le supplante, les murs ce Cerbère, je l’abas, j’avance, bottes de sept lieus et mille et une nuits, chatte bottée sur un toit brûlant, chienne hardie peu fidèle, jument verte sans peur, sans reproches, je fais des efforts de guerre, j’avance, j’avance, je ne m’assieds pas sur une chaise, je ne m’enfonce pas le corps dans le feutre et la peur, je ne place pas mon cul dans la peur et la mousse, au nord ou au sud, je file, je ne ferme pas les yeux, ni n’ouvre la bouche, je ne laisse pas le cri sortir, je ne réponds pas au noir, j’ai toutes mes pattes blanches, mon visage à découvert, je sors, je vais sortir, je ne vide pas mon sac de nœuds de vipère au poing, je ne reste pas là, comme ça, vide de sens, j’avance,  j’avance, je lère les jambes et leurs pieds, je lance le tout sur le sol, je ne perds pas l’équilibre, je ne vacille pas, je ne suis ni marionnette, ni équilibriste, je ne joue pas avec mes pieds, Alice, Cendrillon, Blanche Neige, remonte enfin, replace ton corps face au départ, je suis la sirène qui marche, je suis la reine des élans, je ne subis pas le rêve qui coule, j’attrape le chemin, je quitte les poils et les ongles, j'en veux de l'après, battement de cils et d’ailes, d’un coup, je m’élance, allez, allez, je vais flotter tellement j’en ai envie de ce succès, je ne serre pas ma gorge entre mes phalanges, je n'ai pas le choix du choix, je ne suis absolument pas éreintée, bien entendu que non que pas plus que ça, allez, va, allons, va, je place mes pions devant, je ne suis pas à bout mais au bord, j’avance, j’avance… enfin… je crois.

 

© Milady Renoir - @Chantier(s) – Nov2013

23:30 14/11/2013 | Lien permanent | Tags : textes |  Facebook

Commentaires

Toutes ces énergies de battante pour dépasser les postures de la soumission tellement bien intégrées chez la plupart d entre nous les femmes, mais avec quel objectif de transformation autre qu individuelle?bravo pour le tour de force littéraire quelle que soit l issue

Écrit par : Francesquaw | 14/11/2013

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