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écrire lire musique clavier sons et lumières

Claviers à écrire et à lire la musique
Article de Jean Haury


Le levier à bascule est le principe mécanique sur lequel sont établis tous les instruments à clavier, de l’orgue antique grec jusqu’au synthétiseur. Chaque touche n’est que la partie apparente d’un intermédiaire mécanique complexe mettant en relation gestes du musicien et production sonore. Les mécaniciens ont cherché à détourner cet intermédiaire pour créer de nouvelles fonctions musicales. La fonction « play » (lecture), inventée à la Renaissance, permettra l’écoute répétée de musiques notées sur tambours ou cylindres pour être lues par un clavier. En 1746, Jacques Creed formalisa le premier projet d’une machine à écrire la musique, capable de capter le jeu des doigts de l’artiste au travers du mouvement des touches. Chaque touche du clavier à noter était appareillée d’un stylet inscripteur destiné à laisser une trace visible sur un support papier en défilement régulier. Johann Friedrich Unger présentait un projet similaire de machine à noter à l’Académie Royale des Sciences de Berlin en 1752. Ces machines, conçues pour effectuer le notage automatique de la musique, apparaissent comme des outils d’analyse du jeu, et n’écrivent pas la partition. La lecture musicale automatisée existe depuis longtemps sur les instruments de musique mécanique. Tous ces instruments automatiques sont conçus sur le principe d’un tambour ou cylindre noté, recouvert de caractères en relief : les picots ou les ponts. La musique à exécuter automatiquement est reportée note à note à la surface du cylindre par un noteur musicien. Le cylindre, mis en rotation régulière, actionne par ses reliefs les touches d’un clavier de rapport. Chaque caractère musical en relief agit comme le ferait le doigt d’un musicien sur une touche. Théoricien du caractère graphique mis en relief, Engramelle écrit en 1775 La Tonotechnie, où il enseigne l’art de noter les cylindres et crée des règles du notage destinées à simuler le jeu digital. L’évolution du support de la mémoire musicale est telle qu’en un siècle, le cylindre rigide en relief limitant la durée musicale à quelques révolutions devient une bande plane et souple de papier à perforations pouvant conserver jusqu’à dix minutes de musique. Un premier appareil automatique capable de jouer les pianos carrés de l’époque à l’aide d’une feuille de papier perforée sera breveté en 1841 par Seytre. Charles Cros fut le premier à réaliser l’enregistrement et la reproduction de l’interprétation d’un musicien au clavier. Il mit au point, avec son collaborateur Jules Carpentier, le mélographe répétiteur, un dispositif capable de faire automatiquement ce qu’Engramelle avait fait manuellement, c’est-à-dire convertir les caractères graphiques du support receveur en caractères relief du support émetteur. En outre, le mélographe permettait la répétition immédiate de ce qui venait d’être joué. En 1882, deux raisons rendaient possible une telle conversion : la nature du support, un rouleau de papier perforé, et la puissance et la rapidité de la nouvelle énergie, l’électricité. Le mélographe répétiteur était composé d’un clavier, émetteur pendant l’enregistrement, d’un système inscripteur/lecteur sur rouleau de papier défilant à vitesse constante et du même clavier mis en réception pendant la reproduction. Sous chacune des touches d’un harmonium, un interrupteur électrique ouvrait ou fermait le circuit selon que la touche était abaissée ou relâchée. Sur le mélographe répétiteur, le clavier était utilisé pour deux nouvelles fonctions, enregistrer et reproduire l’interprétation. L’enregistrement automatique des nuances dynamiques fut réalisé en 1925 au moyen d’une machine opérant sur le principe du chronographe. Mais dans les années trente, l’enregistrement phonographique sur vinyle concurrença et détrôna l’enregistrement mélographique sur rouleau. Tous les instruments à clavier fonctionnent sur le principe d’une mécanique relais entre le clavier qui reçoit les gestes du musicien et l’instrument qui déclenche les sons. Synthétiseurs, orgues et pianos numériques fonctionnent également sur ce principe de relais. La liaison entre clavier de touches et générateur de sons véhicule un train d’informations codées. Entre le clavier émetteur de codes et le générateur de sons receveur de ces mêmes codes, on dispose un appareil conçu pour enregistrer les codes : le séquenceur. Par sa fonction « record » il mémorise la séquence des codes relatifs au jeu et l’émet vers le générateur de sons par sa fonction « play ». Le séquenceur n’est donc qu’une transposition moderne du mélographe répétiteur. Les développements actuels du séquenceur en font aussi un éditeur de partitions. Une pièce jouée sur le clavier peut être transcrite et imprimée automatiquement en notation usuelle. L’enregistrement et la reproduction du jeu, la lecture et l’écriture automatique de la partition, ces quatre fonctions musicales particulières du clavier qui avaient été élaborées au long des siècles, sont donc à nouveau exploitées et développées par l’informatique.

20:52 11/09/2013 | Lien permanent | Tags : arts |  Facebook

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