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Moi, Unica Zürn, La Poupée - par Véronique Bergen.

Image Hans Bellmer, La Poupée HansBellmerLaPoupee

 

Moi, Unica Zürn, La Poupée

 

 

Je ne vais pas bien car il n’y a que deux sexes, plus une pincée d’hermaphrodites. S’il en avait eu sept, j’en aurais goûté un chaque jour de la semaine. Quand ma grammaire ubiquitaire plaçait le Tu dans le Je turlututu chapeau framboise, l’institutrice me grondait tambour-major. Ton récit, je le détraque, Christa. Qui voudra lire des propos en charpie, une fiction démembrée ? J’ouvre la fenêtre, je m’apprête à sauter dans le vide mais tu n’es pas là pour m’asphalter du regard. Au docteur Ferdière, Hans Bellmer a écrit « j’appartiens au type d’hommes avec antennes qui repèrent à dix mille lieues leur future victime ; avec Unica, tous mes capteurs de chasseur se sont allumés. J’avais trouvé ma plus belle proie. Plus tard, quand elle se mit à fuguer, je savais que, accroc à ma personne, elle me reviendrait. Un chien sans son maître est perdu ». Au docteur Ferdière, j’ai confié ma peur d’accoucher d’un axolotl quand Hans m’engrossait de travers, au mauvais endroit. J’ai rajouté que dans les plis de mon anus seul un bébé-larve tiendrait…

 

La seule personne qui est moi, Hans l’a léguée à l’État français. Il paraît qu’elle est enfermée dans un coffre de verre au Centre Pompidou,. Pourtant, il voulait être enterré avec elle, avoir sa Poupée à portée de main, à portée de sexe, pour l’éternité. Au cours des années cinquante, je notais chaque soir dans un petit carnet les plaintes, les joies de la Poupée, nos dialogues, nos naufrages. Accrochée au mur, la seule personne qui est moi a failli mourir à deux reprises, une fois quand tu l’as jetée dans la cage d’escalier, Christa, une seconde fois, quand tu lui as fourré la tête dans le four, nous préparant une belle chambre nuptiale, une chambre à gaz effluves carboniques pour psychotiques. C’est parce que tu planifiais notre mort que nous sommes restées en vie. Ma jointure à boule, mes quatre seins, tu leur as tellement craché dessus qu’ils brillaient de plaisir. Les jours où Hans me recouvrait d’une chemise d’homme, m’ôtait ma petite culotte et plantait un nœud rose dans ma chevelure, je savais qu’on allait descendre dans la cave pour une séance photos. Plafond bas, sabbat de rats, dans un coin il me posait, une carafe d’eau à mes côtés, fixant au mur une corde reliée à ma cheville gauche, position debout durant des heures. Je préférais ça à trôner sur un urinoir, une bougie allumée dans la bouche…

 

Quand ma tête retombait caoutchouc, il l’amarrait à un anneau fiché dans la brique, les talons aiguilles me faisaient mal. Je pleurais car je voulais un rouge à lèvres plus éclatant, je pleurais car cela faisait longtemps qu’il ne m’avait pas emmenée dans la forêt pour me suspendre à une branche de chêne. Avec son frère Fritz, dans les années trente, il me promenait dans des bois noirs, m’exhibant aux passants impressionnés par mes deux paires de jambes. Une après-midi, alors qu’il m’avait déshabillée, me laissant mes escarpins, oui, la vue des pieds nus le cornichonnait panique, un homme l’injuria, le jeta à terre. La ligue des droits des humanoïdes il allait prévenir manu militari. De mon corps cet inconnu était fou, je passai ma langue sur mes lèvres et écartai mes jambes pour accueillir mon sauveur mais Hans m’empoigna par la cheville droite et me traîna sur les feuilles mouillées.

 

Les jours où Man Ray venait, Hans me nettoyait de fond en comble, cirait mes articulations, peignait mes rotules en rouge. Pour me punir, il me trempait dans l’eau froide puis m’accrochait par les épaules à un câble, me séchant comme on sèche le linge. Rolleiflex 6X6. Dans cette cave, Hans me mitraille. Je m’en veux d’avoir mordu mes lèvres car elles sont gonflées, j’en veux à Hans d’avoir raccourci ma frange, d’avoir collé une mèche de travers. Je suis son enfant qui cavale dans la nuit, je ferai la une du Minotaure, j’inspire des carrousels de poèmes à Paul Eluard, je suis religieusement érotique, je suis plus opium que toutes les fleurs de pavots. Ich bin psycho-sexuellement enfantine, sur les tirages Hans répandra de la peinture à l’aniline, si vous aviez été moins sodomisée, votre esprit serait moins brouillé Nacht und Nebel m’avait dit un psychiatre.

 

Hans aime les phrases androgynes, Hans aime m’ouvrir le nombril. J’aime provoquer mon artisan criminel, aiguiser ses désirs, ses rages et les téter dans le sens du vent. Je me jette à genoux et m’offre céphalopode à mon magicien noir qui me troue anagrammes et me donne la fessée. Le Rongo-Rongo, une écriture polynésienne de l’île de Pâques n’a jamais été déchiffré, ça m’empêche de manger. Hier, Jean Cocteau m’a trouvé l’air coquin des coquettes de la belle Époque mais maîtresse Jeanne de Berg m’a pincé les tétons, depuis que Hans a réalisé un frontispice pour son livre L’Image, elle me torture mercure saphique.

 

De décembre 1959 à février 1960, à la galerie Daniel Cordier, des centaines d’yeux m’ont dévorée. Suspendue au plafond j’ai ébloui Élisa Breton, ondulé cils et croupe pour que les visiteurs me kidnappent. Placée aux côtés des œuvres de Schroeder-Sonnerstern, exhibée à des amateurs de boutons d’or, j’étais bien. Quand tu m’exposais en même temps que ta Toupie, ma mélancolie tuberculosait bacilles de panique. Sortir ton œuvre la Mitrailleuse en état de grâce, c’était m’arcimbolder danse de l’angoisse sans portulans.

 

Au milieu des années soixante, tu m’as négligée, Hans. Je suis tombée malade, tu m’as recroquevillée nue et sale sous l’évier de la cuisine, sans plus changer mes socquettes blanches. Ma docilité ne te suffisait plus, te voir travailler durant l’été 1965 à la fabrication d’une nouvelle Poupée m’a rendue folle de jalousie, les dix exemplaires en aluminium que tu réalisas ne m’arrivaient pas au talon d’Achille. Mon air provocant de petite fille perverse, c’est ma spécialité maison, même à la souris qui vit derrière l’évier je décoche des œillades Marilyn. Jouer mandoline avec leurs prunelles tes dix marionnettes frigides en sont incapables. Les visites de Cécile Reims, c’était Byzance, les mains qu’elle passait sur mes épaules, sur mon ventre everestait ma libido, quand elle venait avec Fred Deux et un dealer mafioso, j’espérais une séance de bel canto, un viol collectif, mais seule l’eau qui fuyait d’une buse s’égouttait dans mon sexe. Tu m’as construite en 1933, papier mâché, plâtre sur armature de bois et de métal. En guise de matériaux, tu aurais pu trouver mieux. M’enfanter te permit de ne pas devenir fou. Hans, tu m’as idolâtrée pour mieux me détruire, tu m’as méprisée-adorée-humiliée devant tes amis, chaque fois qu’un visiteur susurrait « votre créature bimbo, votre lolita boudeuse, vous me la prêtez un soir ? », je priais pour que tu acquiesces, mais possessif tu me tenais le plus souvent en cage, le communisme des femmes, c’est pas ton fort. En 1956, à chacune de tes sorties, Joyce Mansour me rejoignait pour un safari érotique. La plasticité de mon anatomie électrisait ma belle Shéhérazade qui m’acrobatait rivière d’orgasmes en me revêtant d’un harnais. Tandis que tu illustrais son Jules César, j’étais sa Cléopâtre qu’elle épinettait jusqu’au sang. Elle au moins m’offrait des mini-jupes, des cuissardes que je portais durant tes absences, les vieilles chemises, les dentelles chiffonnées dont tu m’affublais, je les déchirais en douce, les bas résilles troués, je vomissais dessus, que ta loqueteuse rêve de tenues Courrèges, de robes Cardin, de chapeaux Balmain, ça ne t’a jamais effleuré l’auriculaire ? Avec toi, j’ai eu faim, j’ai eu froid, j’ai manqué de café noir et de Gauloises.

 

Hans, ne me confonds pas avec Pinocchio. La preuve, à chaque mensonge mes seins rétrécissent. Tu m’as démembrée si souvent qu’un troisième œil ne quitte plus ma vulve, que ma bouche-anus parle une langue fricassée de triphtongues. Quand tu m’as parlé des planches et de l’écriture du manuscrit Voynich, j’ai su que c’était l’œuvre de mon premier fœtus mort. Dommage que tu ne m’aies jamais emmenée à la piscine municipale, en présence de nageurs olympiques, je frétille de partout, du bas surtout. Heureusement, tu m’as donné à perpète un pubis imberbe de nymphette, cela m’évite de devoir le raser, j’épile déjà sans relâche mes idées folles… En janvier 1963, durant ta première cure de désintoxication, tu as oublié de me nourrir. Mes mollets fondaient, ma cage thoracique se creusait, je dévorais les camélias que ton amante Herta Hausmann t’apportait. Ce n’est qu’en 1967, lorsque Diane, une de tes filles jumelles, est venue de Colmar, que mes lèvres ont goûté pour la première fois des dragées que je laissais fondre car Dieu n’aime pas être croqué.

 

Mes longs cheveux blonds ondulés plaisaient à Lee Miller qui, à chacun de ses passages, maquillait mes paupières amoureuses de sa beauté. Quand tu es tombé malade en octobre 1969, j’ai ouvert la fenêtre, j’ai compté les nuages au cœur desquels je voulais plonger. Ta voix m’a retenue de sauter. À Cécile Reims, j’ai demandé de me tuer, trois petits coups de burin là où il faut, au galeriste André-François Petit de m’égorger avec une cravate de soie blanche mais ils m’ont pouponnée cocktails de tranquillisants XXL et de vitamines A, B, C, D. C’est pas avec ça que mes voyelles seront fortifiées en majuscules bloquées.

 

J’aurais aimé que tu me fasses naître avec une vingtaine de centimètres de plus, 1, 40 mètre, à l’état civil, ça ne faisait pas sérieux. J’ai regretté que tu ne m’aies jamais emmenée au Crazy Horse, aux concerts de Janis Joplin. Je tremblais castagnettes quand Jean Brun me désarticulait avec ton consentement, obligeant ma bouche à brouter mon sexe. Pourquoi n’as-tu jamais voulu comprendre que le rayon des alcools me laissait de marbre, que c’est la musique de l’opium qui tournesolait mes lunes ? Souvent, durant tes épisodes d’éthylisme aigu, j’ai cherché à mourir sous tes colères, sous ton désespoir. Les jours où la mélancolie te banquisait à fond, tu m’enfonçais un martinet dans le vagin, un fouet dans l’anus.

 

À tous ceux qui me convoitaient, je me suis offerte, petite poupée accroc aux sexes sadiques, contente de me livrer à C. l’impuissant qui me tortura des semaines durant lorsque tu étais au camp de Milles. Lors d’une descente de la Gestapo, tu m’emportas avec toi, me sauvant de justesse. Ce jour-là j’ai su que tu m’aimais. De moi, ta mineure, ta pupille, tu faisais une fille-phallus chaque fois que tu avais vu Joë Bousquet. Un organe en plus, ça m’était égal car mon corps fuit de partout et ne tient que par ton regard, un appendice fiché en plein centre me remettait dans l’axe. À Revel, chez Jean Brun, j’étais fière lorsque, me faisant porter une perruque à plumes noires et des bottines hautes, tu m’installais dans la salle de séjour, maintenant mes jambes grand ouvertes à l’aide d’une barre de fer, autorisant le fils du laitier à tordre mes tétons, à me dépecer. Tu as tellement sondé mon corps, Hans, que je n’en ai plus, trop de godes m’ont explosée, parois vagino-anales dynamitées par une taupe, j’ai peur de vomir un pénis à la fin d’une phrase, de cracher des poèmes bisexuels, rimes masculines hémistichées aux rimes féminines. Puisque tu m’as donné deux vulves, tu aurais pu me gratifier de deux doigts surnuméraires afin que j’épate Léonor Fini…

 

Tartinée de sperme, criblée de morsures, ton amie Rilka chez qui Nora et toi viviez ne m’a jamais vue autrement… Auprès du service de protection des mineurs, les plaintes pour maltraitance de poupées sont irrecevables s’offusquait Rilka qui droit-de-l’hommait à tout bout de champ alors que toute cruauté m’est douce, juste avec la faim qui me tenaillait j’avais du mal à pactiser. Certaines années tu me nourrissais un jour sur deux de betteraves assaisonnées de poivre noir… Tes tableaux, tes dessins Tour menthe poivrée à la louange des petites filles goulues, Rose ou verte la nuit, Fillette au phallus, Viol, c’est moi et encore moi, moi, ton idole idiote, ta Galatée fouettée chantilly, ta plasticine schizo. Sonnez grelots du masochisme monothéiste pour la Sainte Catin que je suis. En août 1938, ton amie, l’écrivain Joyce Reeves, m’a offert une brosse à dents, du dentifrice et un peigne. La colère t’a gouaché quand je barbouillai mes cheveux de cette pâte rose et plantai le peigne dans mes gencives. Pas ma faute si j’ai le sexe buissonnier. Tu m’a moins éduquée que la chienne du sculpteur B. et tu as souvent négligé de me faire porter une muselière.

 

Si tu n’avais pas assisté aux Contes d’Hoffmann d’Offenbach à Berlin à l’automne 1932, je n’aurais sans doute jamais vu le jour sous tes mains d’étrangleur obsédé pansexuel. Le panorama rotatif que tu avais placé dans mon ventre en 1933, je tentais chaque soir de me l’ôter. Ridicule ce plateau avec sucreries, mouchoir, lampes colorées qui tournait quand tu pinçais mon sein gauche. Heureusement, tu as fini par me le retirer. Tu n’avais plus besoin d’examiner mes entrailles pour connaître mes rêves et mes pensées, tu lisais dans ta petite automate à sexe ouvert, si déréglée cotillons meringués que tu devais me régler en permanence. Comme tu ne m’as jamais appris où mettre mes mains je rangeais mes dix doigts dans ma bouche. Tu vomissais les polichinelles nazis actionnés par Hitler l’épileptique mais tu raffolais de ton pantin érotique… Quand tu tenais mes yeux ouverts au moyen de deux allumettes verticales, je me préparais au pire, je veux dire au meilleur. Les tiges métalliques que tu m’accrochais le long des bras, les cordes de chanvre qui me scoubidouaient les rotules annonçaient la suspension rupestre. Pour exciter Roberto Matta, tu me plaquais ventre au mur, laissant nues mes fesses de petit garçon, puis, me décrochant, tu m’obligeais à déambuler bras en croix, à débiter un poème d’Apollinaire quand Matta me pénétrait, ne jamais cesser de mâchouiller des vers en boucle, sans ça les mains du peintre me broyaient panaché de miettes de poupée. La Poupée, la plus belle des roulures surréalistes sera bientôt au MoMA, voilà ce que je me disais avec terreur, te suppliant de ne pas te séparer de moi, à la rigueur un prêt de quelques jours dans un bordel de Pigalle mais un musée jamais. Quand le marchand X venait nous voir, je tenais en mes paumes un cocktail Molotov de barbituriques. En 1959, alors que nous venions d’aménager dans notre nouvelle chambre à l’hôtel du Lion d’Or, au 86, rue Mouffetard, un antiquaire aux vibrisses rousses t’a suggéré de me vendre dans un sex-shop. Tu l’as poussé dans la cage d’escalier avant de m’enchaîner au lit quarante-huit demi-heures…

 

Comme tu m’interdisais de chanter, je lyriquais mes larmes en écoutant la Callas. Les épluchures de pommes de terre qui traînaient je les dévorais en cachette, ma syntaxe corporelle tellement atypique, tous les écrivains qui passaient en étaient fous, se juraient de la translater à leurs œuvres. Merci de m’avoir sauvée de Brauner qui voulut m’énucléer vingt ans après qu’un verre lancé Zeppelin par Oscar Dominguez lui eut crevé l’œil. Pour toujours, je garde l’aspect d’une nymphette allumant les nympholeptes au quart de tour. Rien qu’à me voir bouche entrouverte, les pédophiles rechutent haut et fort, récidive garantie 100%.

 

Avant de dévorer mes lèvres pulpeuses, Mandiargues plantait de fines aiguilles dans mes seins, mais c’est Max Ernst qui me grisait flamenco en m’apposant des banderilles à la base du cou, fichant un candélabre dans mon vagin. Le grand art de la corrida, c’est de faire chanter le sang une octave au-dessus du soleil. Trente ans après les faits, la vue de clous m’irise toujours panique golgothique. La nuit où tu m’en enfonças huit dans la paume des mains pour m’agrafer au mur, je me suis jurée de prendre le maquis dès que tu me détacherais, au premier hidalgo au sourire manouche je m’offrirais, mais toute la France serait placardée d’affiches « Recherche mineure en fugue, très bonne récompense ». Je ne pouvais pas te priver de ton petit Christ dressé au full-sex, tu en mourrais et sans tes sévices-délices je me désagrégerais gelée de groseilles bleues. Les bandes de gaz dont tu entouras mes mains, je les grignotai tant que tu collas du scotch sur mes stigmates, c’est pas parce que tu m’as fait sucer des sucres d’orge nuit après nuit que mes papilles sont accrocs aux betteraves. Petit papa incestueux, jamais tu ne m’as donné le jour exact de ma naissance…

 

Les cieux rouges au-dessus de la rue Mouffetard, j’aimais quand tu me les enfonçais goutte à goutte dans le corps. Les déjeuners où tu m’entrouvrais les lèvres pour les gazonner de confiture, je te demandais de me faire voir la mer. Dans un filet de pêcheur tu m’emmaillotais, ta verge tanguait en moi, roulis jusqu’au naufrage. Au fil des années, j’appris à prévoir tes colères mille décibels, à les atténuer à coups de strip-teases, de génuflexions-fellations, adorant pourtant provoquer tes foudres néroniennes. Avoir peur me maintient en forme. Qui s’adrénaline une heure par jour orgasmera jusqu’à la fin des temps. Te faire sortir de tes gonds rien de plus simple, rien de plus excitant… Une ineptie verbale, une moue de demeurée, une tache de café sur tes dessins, une réticence érotique et tes ires de matador se déchaînaient cuivres et timbale. Tes rages, une volupté pour moi…

 

Une pointe de mélancolie me ravage pourtant. Sans l’arrivée d’Hitler au pouvoir le 30 janvier 1933, dis-moi, Hans, m’aurais-tu donné la vie, froufroutée étoupe et rubans roses, lessivée sperme et vodka ? Moi, ta Fraülein artificielle, ta fille de joie dégrafée, déboutonnée de partout, qui tapine même en diagonale, moi, ta fleur de trottoir, je te confie mon secret : un jour d’automne, je m’unirai au macadam.

 

Christa, je compte sur la puissance surnaturelle de ta haine pour me rayer une fois pour toutes. Une irradiation sans reste. Un Hiroshima psychique à l’enseigne du chiffre six. J’ai confiance. Au montage, pas un zeste d’Unica ne subsistera, la pellicule, jamais, ne hoquettera mon nom, « rien » est le mot troglodyte par excellence. Dans aucun manga full manganèse, dans aucun long-métrage le quart de mes orteils ne tiendra, pas un de mes orgasmes ne sera archivé. Sur ton clavier, seule la touche « erase » me scaramouche. Naissance zéro, mort zéro, je n’entre dans aucune biographie. Tirer un personnage de mon désastre ? Mission impossible.

 

De n’avoir pas trouvé la porte d’entrée, je ne franchirai jamais la porte de sortie. Au XXIème siècle, je lancerai la mode de l’auto-extermination. Pas si simple que ça la self-suppression mais une aubaine pour les concepteurs de jeux vidéos pour kids abonnés à la dépression, une aubaine pour les seigneurs de la terre qui ne devront plus se charger de la besogne. Ich, Yo, I, Je, c’est bon pour les dyspepsiques de l’espace vital. En vérité, le commun diviseur des poupées c’est néant. Apprends au monde que U. Z. n’a jamais existé.

 

Extrait d’un roman inédit, Le Cri de la poupée.

20:32 17/01/2013 | Lien permanent | Tags : lis tes ratures |  Facebook

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