30
oct

Skhizein (short film by Jeremy Clapin

shikzein-jeremy-clapin.jpg

Shikzein - à voir/regarder/aimer. (issu de ...)

11:03 30/10/2012 | Lien permanent |  Facebook

29
oct

Me (and my hair) by Yun

Me by Yun.jpg

Yun dessine, parle, écrit, se tait et regarde. Là, elle m'a eue en plein vent.

16:07 29/10/2012 | Lien permanent | Tags : ego trip-e |  Facebook

Le Café de l'amour (thème : Le rire de l'amour) - 23/10/2012

Le Café de l'Amour' - à l'invitation de Jacki Zielinski, 5 auteurs parlent d'Amour /Yaël André, Mohamed Ben Merieme, Lorent Corbeel, FaBian De Brier, Valérie Vanhoutvinck/
/Lecture-Perf textes VaL Vanhoutvinck: avec Sylvie Bourguignon, Judith Faraoni, Bwanga Pilipili, Milady Renoir, Valérie Vanhoutvinck/
/23.10.2012 - Supermercado (B)XL (photos prises par Juana Valiente)

 

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10:59 29/10/2012 | Lien permanent |  Facebook

16
oct

Naturellement emballant

Gertrude Käsebier, Pastoral, 1905.jpg (Gertrude Käsebier, Pastoral, 1905)

Les choses de la nature et la nature des choses s'allient depuis quelques heures,
entre ventre et coeur (grands et doux).
Une perceptible envie de vents, de grandiloquence et d'intentions telluriques me traverse depuis le lever de la pluie. Si jamais vous entendez une tempête ou un rendez-vous sans calme, renseignez-moi.

10:05 16/10/2012 | Lien permanent | Tags : hum |  Facebook

8
oct

écrits du 8 octobre 2009

3 ans avant ou après:

Liana Filimonov letter.jpg

Cette première fois, la première fois que, c’était un dimanche ou un samedi, peu importe, ou presque, enfin, non, je ne crois pas que c’était la fin d’une semaine, à moins que ce fût pendant des congés, donc la première fois que j’ai écrit autrement, que j’ai changé d’abord, la première fois que j’ai senti l’écriture comme un engagement, une volonté propre, sans inconsistance, l’écriture comme un engagement au même titre qu’un vote ou qu’un don du sang, l’écriture sans intention de délestage, dans dimension d’exutoire, l’écriture comme une prise de risque extime, bref c’était un dimanche, oui, ça vient, ça me revient, un dimanche sans pluie, ni soleil, un jour neutre, un jour de petits riens, un peu de télévision, un peu de musique, un peu d’œufs sur le plat, un dimanche blanc, peut-être ai-je fait l’amour au réveil, je ne sais plus trop, faire l’amour le week-end, on dirait une chanson cruche, enfin c’était sûrement un bon dimanche avec un chouette samedi derrière, un week-end, mais pour raconter précisément, disons que je pense qu’il y eut d’abord l’écran, puis la tour de l’ordinateur, avec leur petite lumière, leur petite étincelle, oui, c’est pas très romantique l’électronique, j’ai depuis longtemps abandonné le Moleskine, sauf pour mon agenda, quant à l’éternel stylo plume qui crache son venin dans le sac quand on le ferme mal, oublions, on est d’une génération électronique ou on ne nait pas, donc, devant le PC, j’ai dû vouloir m’assoir confortablement mais finalement m’assoir n’importe comment, je prends toujours des positions de fakir pour écrire, je ne me rends pas compte, je me lance dans un texte, je perds la pesanteur, les membres contorsionnés finissent par « mourir », on se lève avec une hémiplégie éphémère, enfin, c’était un dimanche, oui, sûrement, comment j’ai fait pour écrire autrement ? Ai-je relu des vieux textes ? oui, j’ai dû vouloir retaper, reformater des textes écrits dans le carnet noir de l’âme, dans le journal de l’ado, des textes prophétiques dans lesquels on voit le tunnel, le tunnel, le tunnel et jamais son bout, oui, jeune et conne ou conne et jeune, abusant de mots déclamatoires creux comme mystérieux, bizarre, fou, curieux, alliés aux mots dramatiques, mort, suicide, masse, peuple, corps, veine, gorge, univers, rouge sang, noir corbeau, enfin ces connotations du creux de la vague, citant Monsieur Ducasse de Lautréamont dans des cahiers à spirale, bref, j’ai dû vouloir faire ça, retravailler, formuler, apaiser ou catapulter des perceptions obscures, il se peut même que j’ai eu envie de viser quelqu’un, la cible vivante, quelle bonne idée, lapider un « personnage » en chair et en os, on lui enlève le pyjama, comme aux lapins, oui, j’ai dû vouloir expectorer, j’aimais ça, vider les bronches et la gorge sur une victime virtuelle, faut pas croire que ça n’amuse pas d’écrire noir, sombre, gothique, exalté, l’écriture comme une régurgitation, le principe d’inimitié qui fait foi et loi, c’est bon, bon, un dimanche ? Oui, j’arrête de chercher, un dimanche, un dimanche où j’avais peut-être fait une tarte aux pommes avec de la compote de rhubarbe dessous les quartiers de pomme, je réussis bien cette tarte, et certains dimanches, je prends le temps de faire une tarte souvent, j’aime bien couper les pommes en quartier, j’aime un peu moins les éplucher, mais la tarte vaut la peine, un peu de cannelle, de cassonade, pas besoin d’avoir des invités, juste pour mon homme et moi, la tarte du dimanche, comme une recette du bonheur, tiens, d’ailleurs, était- ce un dimanche avec un homme ? Un dimanche de célibataire ? Peut-être que j’étais seule à ce moment là, être seule ou en couple n’a pas forcément influencé mon écriture, j’ai écrit des choses angoissantes en temps de félicité, et des récits doucereux en temps d’orages, alors ? Un dimanche avec ou sans homme, avec ou sans tarte, mais un dimanche, assurément, je n’ai plus de doute, à moins que c’eut été un mardi mais au mois d’août quand tout le monde est en vacances parce qu’un dimanche d’octobre égale un lundi d’août, alors la première fois que j’ai écrit autrement, oui, un dimanche de farniente ? Au mois d’août ? En hiver ? le souvenir de la chaleur n’est pas fort, même si en Belgique, la canicule est un mythe, bref, ça a dû être à peu près comme d’habitude, juste après ce moment imprécis, indécis, gonflé d’urgence, quand je mets la musique fort, que je visualise un passage d’un livre juste terminé, ou d’un film juste adoré, j’ai dû faire ça à ce moment là, « me mettre en route vers l’écriture », « me mettre en écriture », on dit ça, ici et là, et puis un dimanche est un bon jour pour la mise en route, tout débuter les lundis, c’est d’un ennui, voilà, un dimanche, un vrai bon dimanche, pur et dur, un dimanche bien trempé ça devrait être ça, sauf que là, il a dû se passer quelque chose, un objet familier qui grince ou un chat qui miaule, j’ai été happée dans un vortex, le temps d’un moment d’inattention, je ne sais pas trop, il y a bien eu une différence, une cassure, un non-retour, enfin, une charnière, bref… mais à part que… enfin c’était un dimanche, je n’ai plus tous les jalons de la situation, mais en tout cas, ce dimanche là, j’ai cessé de dire JE, j’ai abandonné l’ego, provisoirement, j’ai su y reprendre goût après, avec le choix en bandoulière, mais là, ce dimanche là, un débit nouveau a jailli, un flux non plus gastrique mais hystérique, une logorrhée proche de l’autohypnose a percé ma bouche, on peut visualiser une déviation sans panneau, un virage sans gouffre, tout ça, ces métaphores bien crues, tout ça pour un dimanche, c’était bien un dimanche, j’en suis persuadée à présent, mais pourquoi ce dimanche là, pourquoi à ce moment là ai-je décidé de changer de Je, de dire tu/vous/ils/on ? Parce qu’autant je suis sûre que c’était un dimanche, autant je ne sais plus si je l’ai décidé, je ne décèle pas la prise de position, à savoir si la conscience a joué un rôle dans cette nouvelle propension, la surprise a dû venir avec le résultat, j’ai dû m’échapper, creuser un trou noir avec une pioche flamboyante, les images sont arrivées sans que je me sente exposée, j’ai sûrement senti la liberté de ce dimanche, ce jour de messe où je n’ai prié ni Dieu, ni Diable, ni Sainte Rita, ce dimanche là, en tout cas, il y a eu un écho sans égo, une petite particule élémentaire sans neurone primordial, un électron libre nageant dans la gorge, j’ai sûrement perdu la trace du temps, de la forme, de l’écran, de la tour de l’ordinateur, ça m’arrive sciemment maintenant, c’est même devenu un rituel, une mise en condition, mais ce dimanche là, peut-être était-ce un tour de passe-passe avec les mots, peut-être en ai-je eu marre d’utiliser les mêmes empreintes, revisiter les chemins balisés, ai-je été dépassé par une émotion ? Mais dire que c’était un dimanche est la seule trace tangible de l’expérience, c’est bête enfin, comme ça, je voulais le raconter, mais je ne me rappelle juste que c’était un dimanche, un con de dimanche comme beaucoup de dimanches dans une vie, y coller une date, un contexte, un débroussaillage, vous donner une preuve, tout ceci m’est impossible, peut-être qu’un de mes chats était sur mes genoux, comme dans les photos d’écrivains prises au début du siècle dernier, c’est toujours bien vu pour un écrivain d’avoir un chat, surtout s’il est noir (le chat, pas l’écrivain), et que ce chat noir soit stoïque, c’est bien, ça, un chat stoïque et noir allongé nonchalamment sur un bureau, avec des étagères enflées de livres de toutes sortes, l’écrivain fume une cigarette qui n’est pas allumée, l’image idéale, l’image d’Epinal esquissée un dimanche, on peut dire, même si ce n’est pas sûr que j’avais un chat sur les genoux, mon chat noir qui vit encore aujourd’hui, par exemple, que l’appartement était embaumé de relents de pommes et de rhubarbe, bordé de ce soupçon de cannelle… avais-je brûlé du papier d’Arménie dans le salon, et d’ailleurs, était ce à l’époque où l’ordinateur était dans le salon ou dans le bureau, je ne sais plus, était-ce un de ces dimanches où j’avais d’abord fait le ménage, parce que j’aime faire le ménage le matin, tôt si possible, même le dimanche matin, la journée semble alors longue comme une semaine, un dimanche propre, prêt à l’emploi, donc, ce dimanche, un dimanche avec ou sans amour, avec ou sans ménage, avec ou sans tarte, mes activités dominicales favorites dévoilées, je ne mentionne pas la sortie en forêt, l’exposition artistique, le brunch entre potes, mais là, j’extrapole, je voulais, je devais vous raconter la première fois que j’ai écrit autrement, c’était un dimanche… c’était un dimanche… un bon dimanche de… j’ai écrit autrement un dimanche… ou un lundi… mince, un lundi, ça aurait été un lundi ? 

22:28 08/10/2012 | Lien permanent | Tags : lis tes ratures |  Facebook

bords de mondes recueil de textes et photographies • maelström éditions

  1. la galerie sandrine heerebout et les éditions maelström
    vous invitent à la présentation de

    bords de mondes
    recueil de textes et photographies • maelström éditions
    > textes de luc baba • marianne bastogne • pascal blondiau • francis dann
    emark •
    théophile de giraud • rony de maeseneer • vincent de raeve • xavier deutsch • sandrine emmery • alain helissen • paul hermant • corinne hoex • virginie holaind • jean jauniaux • michèle lenoir • françoise lison-leroy • veronika mabardi • daniel martin-borret • michèle m gharios • serge noël • colette nys-mazure •
    kenny ozier-lafontaine • patrick placentino • milady renoir • luc-andré rey • dana shishmanian • vincent tholomé • christine van acker • catherine ysmal 

     > photographies de martine cornil
    le jeudi 18 octobre 2012 de 18h à 22h.
    galerie sandrine heerebout • 120 av. th. vander elst • 1170 bruxelles

    r.s.v.p. par email : bordsdemondes@gmail.com
    http://www.sandrineheerebout.com/








    PS : Vous trouverez le plan d’accès à la Galerie à :
    http://www.sandrineheerebout.com/crbst_3.html
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bords de mondes
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théophile de giraud • rony de maeseneer • vincent de raeve • xavier deutsch • 
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13:02 08/10/2012 | Lien permanent | Tags : act-u |  Facebook

7
oct

Des correspondenses toujours en cours...

Karen Guillorel marche encore et moi, je cause toujours. Notre blog de correspondance s'entretient, pas à pas.

http://correspondenses.tumblr.com/.

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21:55 07/10/2012 | Lien permanent | Tags : lis tes ratures, act-u |  Facebook

2
oct

Bewitched...


humoeurs,lis tes ratures (art: Lilith by John Collier)

Sprenger dit (avant 1500) : « Il faut dire l’hérésie des sorcières, et non des sorciers ; ceux-ci sont peu de chose. » — Et un autre sous Louis XIII : « Pour un sorcier dix mille sorcières. »

« Nature les a fait sorcières

. » — C’est le génie propre à la Femme et son tempérament. Elle naît Fée. Par le retour régulier de l’exaltation, elle est Sibylle. Par l’amour, elle est Magicienne. Par sa finesse, sa malice (souvent fantasque et bienfaisante), elle est Sorcière, et fait le sort, du moins endort, trompe les maux.

Tout peuple primitif a même début ; nous le voyons par les Voyages. L’homme chasse et combat. La femme s’ingénie, imagine ; elle enfante des songes et des dieux. Elle est voyante à certains jours ; elle a l’aile infinie du désir et du rêve. Pour mieux compter les temps, elle observe le ciel. Mais la terre n’a pas moins son cœur. Les yeux baissés sur les fleurs amoureuses, jeune et fleur elle-même, elle fait avec elles connaissance personnelle. Femme, elle leur demande de guérir ceux qu’elle aime.

Simple et touchant commencement des religions et des sciences ! Plus tard, tout se divisera ; on verra commencer l’homme spécial, jongleur, astrologue ou prophète, nécromancien, prêtre, médecin. Mais au début, la Femme est tout.

Une religion forte et vivace, comme fut le paganisme grec, commence par la sibylle, finit par la sorcière. La première, belle vierge, en pleine lumière, le berça, lui donna le charme et l’auréole. Plus tard, déchu, malade, aux ténèbres du moyen âge, aux landes et aux forêts, il fut caché par la sorcière ; sa pitié intrépide le nourrit, le fit vivre encore. Ainsi, pour les religions, la Femme est mère, tendre gardienne et nourrice fidèle. Les dieux sont comme les hommes ; ils naissent et meurent sur son sein.

Que sa fidélité lui coûte !… Reines, mages de la Perse, ravissante Circé ! sublime Sibylle, hélas ! qu’êtes-vous devenues ? et quelle barbare transformation !… Celle qui, du trône d’Orient, enseigna les vertus des plantes et le voyage des étoiles, celle qui, au trépied de Delphes, rayonnante du dieu de lumière, donnait ses oracles au monde à genoux, — c’est elle, mille ans après, qu’on chasse comme une bête sauvage, qu’on poursuit aux carrefours, honnie, tiraillée, lapidée, assise sur les charbons ardents !…

Le clergé n’a pas assez de bûchers, le peuple assez d’injures, l’enfant assez de pierres contre l’infortunée. Le poète (aussi enfant) lui lance une autre pierre, plus cruelle pour une femme. Il suppose, gratuitement, qu’elle était toujours laide et vieille. Au mot Sorcière, on voit les affreuses vieilles de Macbeth. Mais leurs cruels procès apprennent le contraire. Beaucoup périrent précisément parce qu’elles étaient jeunes et belles.

La Sibylle prédisait le sort. Et la Sorcière le fait. C’est la grande, la vraie différence. Elle évoque, elle conjure, opère la destinée. Ce n’est pas la Cassandre antique qui voyait si bien l’avenir, le déplorait, l’attendait. Celle-ci crée cet avenir. Plus que Circé, plus que Médée, elle a en main la baguette du miracle naturel, et pour aide et sœur la Nature. Elle a déjà des traits du Prométhée moderne. En elle commence l’industrie, surtout l’industrie souveraine qui guérit, refait l’homme. Au rebours de la Sibylle, qui semblait regarder l’aurore, elle regarde le couchant ; mais justement ce couchant sombre donne, longtemps avant l’aurore (comme il arrive aux pics des Alpes), une aube anticipée du jour.

Le prêtre entrevoit bien que le péril, l’ennemie, la rivalité redoutable est dans celle qu’il fait semblant de mépriser, la prêtresse de la Nature. Des dieux anciens, elle a conçu des dieux. Auprès du Satan du passé, on voit en elle poindre un Satan de l’avenir.

L’unique médecin du peuple, pendant mille ans, fut la Sorcière. Les empereurs, les rois, les papes, les plus riches barons, avaient quelques docteurs de Salerne, des Maures, des juifs, mais la masse de tout état, et l’on peut dire le monde, ne consultait que la Saga ou Sage-femme. Si elle ne guérissait, on l’injuriait, on l’appelait sorcière. Mais généralement, par un respect mêlé de crainte, on la nommait Bonne dame ou Belle dame (bella donna), du nom même qu’on donnait aux Fées.

Il lui advint ce qui arrive encore à sa plante favorite, la Belladone, à d’autres poisons salutaires qu’elle employait et qui furent l’antidote des grands fléaux du moyen âge. L’enfant, le passant ignorant, maudit ces sombres fleurs avant de les connaître. Elles l’effrayent par leurs couleurs douteuses. Il recule, il s’éloigne. Ce sont là pourtant les Consolantes (Solanées), qui discrètement administrées, ont guéri souvent, endormi tant de maux.

Vous les trouvez aux plus sinistres lieux, isolés, mal famés, aux masures, aux décombres. C’est encore là une ressemblance qu’elles ont avec celle qui les employait. Où aurait-elle vécu, sinon aux landes sauvages, l’infortunée qu’on poursuivit tellement, la maudite, la proscrite, l’empoisonneuse qui guérissait, sauvait ? la fiancée du Diable et du Mal incarné, qui a fait tant de bien, au dire du grand médecin de la Renaissance. Quand Paracelse, à Bâle, en 1527, brûla toute la médecine, il déclara ne savoir rien que ce qu’il apprit des sorcières.

Cela valait une récompense. Elles l’eurent. On les paya en tortures, en bûchers. On trouva des supplices exprès ; on leur inventa des douleurs. On les jugeait en masse, on les condamnait sur un mot. Il n’y eut jamais une telle prodigalité de vies humaines. Sans parler de l’Espagne, terre classique des bûchers, où le Maure et le juif ne vont jamais sans la sorcière, on en brûle sept mille à Trèves, et je ne sais combien à Toulouse, à Genève cinq cents en trois mois (1513), huit cents à Wurtzbourg, presque d’une fournée, mille cinq cents à Bamberg (deux tout petits évêchés !). Ferdinand II lui-même, le bigot, le cruel empereur de la guerre de Trente ans, fut obligé de surveiller ces bons évêques ! ils eussent brûlé tous leurs sujets. Je trouve, dans la liste de Wurtzbourg, un sorcier de onze ans, qui était à l’école, une sorcière de quinze, à Bayonne deux de dix-sept, damnablement jolies.

Notez qu’à certaines époques, par ce seul mot Sorcière, la haine tue qui elle veut. Les jalousies de femmes, les cupidités d’hommes, s’emparent d’une arme si commode. Telle est riche ?… Sorcière. — Telle est jolie ?… Sorcière. On verra la Murgui, une petite mendiante, qui, de cette pierre terrible, marque au front pour la mort, la grande dame, trop belle, la châtelaine de Lancinena.

Les accusées, si elles peuvent, préviennent la torture et se tuent. Remy, l’excellent juge de Lorraine, qui en brûla huit cents, triomphe de cette terreur. « Ma justice est si bonne, dit-il, que seize, qui furent arrêtées l’autre jour, n’attendirent pas, s’étranglèrent tout d’abord. »

Sur la longue voie de mon Histoire, dans les trente ans que j’y ai consacrés, cette horrible littérature de sorcellerie m’a passé, repassé fréquemment par les mains. J’ai épuisé d’abord et les manuels de l’inquisition, les âneries des dominicains (Fouets, Marteaux, Fourmilière, Fustigations, Lanternes, etc., ce sont les titres de leurs livres). Puis j’ai lu les parlementaires, les juges lais qui succèdent à ces moines, les méprisent et ne sont guère moins idiots. J’en dis un mot ailleurs. Ici, une seule observation, c’est que, de 1300 à 1600, et au-delà, la justice est la même. Sauf un petit entr’acte dans le Parlement de Paris, c’est toujours et partout même férocité de sottise. Les talents n’y font rien. Le spirituel De Lancre, magistrat bordelais du règne d’Henri IV, fort avancé en politique, dès qu’il s’agit de sorcellerie, retombe au niveau d’un Nider, d’un Sprenger, des moines imbéciles du quinzième siècle.

On est saisi d’étonnement en voyant ces temps si divers, ces hommes de culture différente, ne pouvoir avancer d’un pas. Puis on comprend très bien que les uns et les autres furent arrêtés, disons plus, aveuglés, irrémédiablement enivrés et ensauvagés, par le poison de leur principe. Ce principe est le dogme de fondamentale injustice : « Tous perdus, pour un seul, non seulement punis, mais dignes de l’être, gâtés d’avance et pervertis, morts à Dieu même avant de naître. L’enfant qui tète est un damné. »



Jules Michelet

Extrait de : La sorcière

23:03 02/10/2012 | Lien permanent | Tags : humoeurs, lis tes ratures |  Facebook

Ordures

Lissy Elle Laricchia skull.jpg (art by Lissy Elle Laricchia)

Les perturbations, les anxiétés, les dépravations, la mort, les exceptions dans l’ordre physique ou moral, l’esprit de négation, les abrutissements, les hallucinations servies par la volonté, les tourments, la destruction, les renversements, les larmes, les insatiabilités, les asservissements, les imaginations creusantes, les romans, ce qui est inattendu, ce qu’il ne faut pas faire, les singularités chimiques de vautour mystérieux qui guette la charogne de quelque illusion morte, les expériences précoces et avortées, les obscurités à carapace de punaise, la monomanie terrible de l’orgueil, l’inoculation des stupeurs profondes, les oraisons funèbres, les envies, les trahisons, les tyrannies, les impiétés, les irritations, les acrimonies, les incartades agressives, la démence, le spleen, les épouvantements raisonnés, les inquiétudes étranges, que le lecteur préférerait ne pas éprouver, les grimaces, les névroses, les filières sanglantes par lesquelles on fait passer la logique aux abois, les exagérations, l’absence de sincérité, les scies, les platitudes, le sombre, le lugubre, les enfantements pires que les meurtres, les passions, le clan des romanciers de cours d’assises, les tragédies, les odes, les mélodrames, les extrêmes présentés à perpétuité, la raison impunément sifflée, les odeurs de poule mouillée, les affadissements, les grenouilles, les poulpes, les requins, le simoun des déserts, ce qui est somnambule, louche, nocturne, somnifère, noctambule, visqueux, phoque parlant, équivoque, poitrinaire, spasmodique, aphrodisiaque, anémique, borgne, hermaphrodite, bâtard, albinos, pédéraste, phénomène d’aquarium et femme à barbe, les heures soûles du découragement taciturne, les fantaisies, les âcretés, les monstres, les syllogismes démoralisateurs, les ordures, ce qui ne réfléchit pas comme l’enfant, la désolation, ce mancenillier intellectuel, les chancres parfumés, les cuisses aux camélias, la culpabilité d’un écrivain qui roule sur la pente du néant et se méprise lui-même avec des cris joyeux, les remords, les hypocrisies, les perspectives vagues qui vous broient dans leurs engrenages imperceptibles, les crachats sérieux sur les axiomes sacrés, la vermine et ses chatouillements insinuants, les préfaces insensées, comme celles de Cromwell, de Mlle de Maupin et de Dumas fils, les caducités, les impuissances, les blasphèmes, les asphyxies, les étouffements, les rages, devant ces charniers immondes, que je rougis de nommer, il est temps de réagir enfin contre ce qui nous choque et nous courbe si souverainement.

Isidore Ducasse, Comte de Lautréamont

Extrait de Poésies I

22:10 02/10/2012 | Lien permanent | Tags : humoeurs |  Facebook

Face au silence...

 

En arriver à ne plus apprécier que le silence, c’est réaliser l’expression essentielle du fait de vivre en marge de la vie. Chez les grands solitaires et les fondateurs de religions, l’éloge du silence a des racines plus profondes qu’on ne l’imagine. Il faut pour cela que la présence des hommes vous ait exaspéré, que la complexité des problèmes vous ait dégoûté au point que vous ne vous intéressiez plus qu’au silence et à ses cris.

carcasse du Zuiyo Maru.jpg

 

La lassitude porte à un amour illimité du silence, car elle prive les mots de leur signification pour en faire des sonorités vides; les concepts se diluent, la puissance des expressions s’atténue, toute parole dite ou entendue repousse, stérile. Tout ce qui part vers l’extérieur, ou qui en vient, reste un murmure monocorde et lointain, incapable d’éveiller l’intérêt ou la curiosité. Il vous semble alors inutile de donner votre avis, de prendre position ou d’impressionner quiconque; les bruits auxquels vous avez renoncé s’ajoutent au tourment de votre âme. Au moment de la solution suprême, après avoir déployé une énergie folle à résoudre tous les problèmes, et affronté le vertige des cimes, vous trouvez dans le silence la seule réalité, l’unique forme d’expression.

 

 

 

Cioran

 

Extrait de Sur les cimes du désespoir (1934)

21:26 02/10/2012 | Lien permanent | Tags : humoeurs |  Facebook