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TAP on WATERWHEELS - Pascale Barret / Suzon Fuks with Milady Renoir's texts

Une eau / des eaux : un monstre, une question. IMG_0183.jpg

à l'abordage de la question de l'eau, Suzon Fuks propose depuis un an des ouvertures (des robinets) sur la question de l'eau. Des artistes, des scientifiques, des chercheurs, des gens questionnent, trouvent, vagabondent et dénoncent.

Pascale Barret et Suzon Fuks m'ont commandé un texte qui évoquerait la question du monstre marin.

La performance élaborant nos visions a été faite en ligne le 22 août. Une version enregistrée du livre est visible pour quelques temps (mais pas toujours) sur le lien suivant: http://activelayers.net/movies/WW/less-than-6feet.mov

Des extraits du texte écrit s'y trouvent en diapositives.
Des extraits du texte écrit se collent ci-dessous.

" Suite à cette découverte singulière (hallucinée ou hallucinante), des enquêteurs, des chasseurs, des scientifiques parcourent le monde des hommes, des livres et des pensées afin de cerner, d’approcher au moins, les hypothèses les moins fébriles quant à l’existence et l’importance de cette créature. Plusieurs hypothèses s’élaborent, se frottent, s’additionnent, s’annihilent. Emergent de nombreuses observations, lesquelles rappellent inlassablement nos ritournelles écrites à propos de monstres, qu’ils soient connus, reconnus, pressentis, anéantis.
Mais qui sont ces monstres qui soufflent sur nos terres et dans nos mers ?


Qu’est ce que c’est ? Un rocher souterrain formant une ombre sous l’onde ?

« C’est comme un être composite. Du genre de ceux dont on a lu les récits à l’école : les Faunes, les Centaures, les Griffons, les Chimères, les Sirènes, les Sphinges… je crois qu’on se rapproche des origines d’un monde, lequel a bien trop besoin de mystère. Vous savez, on ne croit plus en Dieu, on ne croit plus aux esprits, il faut bien qu’on se raccroche… On ne peut plus s’étonner du succès d’Harry Potter, par exemple. Il y en a qui retrouvent la trace de Jésus dans un morceau de fromage fondu ou l’icône de la Vierge Marie dans une tranche de pain grillée. On s’accommode du plus piètre mystère que l’on peut trouver de nos jours. En tout cas, moi, je n’ai pas l’impression qu’on doive craindre quoi que ce soit, à part l’interprétation utilisée à mauvais escient de gourous en mal de reconnaissance ou d’abus de pouvoirs de scientifiques trop proches des Etats. J’aurais en tout cas été bien content de tomber face à lui, ou à elle, moi »
- Anonyme interviewé dans un dossier d’enquête du New York Post du 16.07.1952
"

(...)

Qu’est ce que c’est ? Un tourbillon des fonds marins repris à l’unisson par les strates et les airs ?

« Et si ce monstre gardait un bien précieux, un trésor cosmique ou radicalement concret, typiquement vulgaire, de l’ordre monétaire ou foncier. S’il gardait mieux que l’épave du Titanic, mieux que les joyaux d’une Monarchie décatie, mieux que les dernières gouttes d’eau. Au pire, une énigme, une confidence ; au mieux une clé, une résolution. Si cette créature était une merveille, un prodige et qu’elle détenait un savoir réservé à quelques initiés. Sait-elle ce que sont devenus les gènes sans dérégulation endocrinienne des générations passées ? Connait-elle l’emplacement des graines des derniers arbres peut-être rescapés de nos atomisations ? Permettrait-elle à notre espèce de recouvrer l’usage de la reproduction « naturelle » ? Nous devrions nous pencher sur sa raison d’être plutôt que de persévérer dans nos schémas d’extermination. Si ses défauts nous renvoyaient la lumière, le reflet d’un nous plus abominables qu’elle. Et si, de notre rencontre, de notre confrontation à elle, nous tirions un enseignement, nous déduisions une transformation, une métamorphose jusqu’en nous en dégager plus grands, au sens de la puissance de l’agir, du changer. Etre autre ne serait pas une forme de célébration alors que nous n’avons cessé de vouloir être meilleur, ce qui nous a valu plus de déconvenues que la mort elle-même ? »

- déclaration de Milady Renoir, écrivaine métaphysico-papéticienne, pas encore morte, devant le parterre intergalactique de l’UNESCOP le 13 février 2146.

(...)

Qu’est ce que c’est ? Une absence de forme fécondée entre ciel et mer ?

« Cyclope ou Sphinge, Monstre des Eaux, pars. Quitte les sols des fonds
Prends ton être aux mille sourcils, au souffle profond et à l’envie démente
Fuis l’écho puissant, Océanide Perverse, Epouvantail à humains, Sein malade et noir
Dévastatrice néphélocentaure ou stupide Anémodrome
Retrousse tes pas et ta fureur, coupe les ailes de ton envergure,
n’offense plus ni la Voie Lactée ni le Sillon Central,
Furie enflée et frondeuse, tes senteurs de mort, charme le néant
fuis, pars, quitte, retire-toi, rebrousse chemins et halètements,
Nous, semblables à ce qui est nécessaire, n’acceptons pas ta venue.
 »     

– Intervention à échelle cosmique d’Ala Roza, Chaman déchue# de la Tribu des Nénètses suite à l’angoisse mondiale d’une invasion d’anguilles géantes en 1964.

Faut-il craindre ? Faut-il ameuter ? Faut-il combattre ? Faut-il geindre ? Faut-il assouvir ? Mauvais présage ou bonne fortune, qui saura lire ? Le futur, seul, dénoncera ou énoncera ce qu’il reste de secret dans l’horizon et le sous-terrain. Autrement dit, qui vivra verra."

14:03 29/08/2012 | Lien permanent | Tags : act-u, arts, lis tes ratures |  Facebook

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