21
fév

Femme qui parle avec les genoux - ...

As_time_passes_by_____by_D_Me.jpgJe connais des mots. Je sais que parler est signe de vie. Lalala-lallation, articulations, déferlement, siphons, alcools, grosse, rosse, os… Je dis les mots qui me font, les mots que je suis, exemples: j’ai-quarante-et-un-ans-si-si-on-dirait-plus-mais, j’ai soif, j’ai froid, j’ai pas faim, je voudrais, non, oui, putain de bordel, il y a des mots disparus, des mots que je sais prononcer mais que je dis plus, ils sont plus nombreux que ceux que je dis encore, je compte pas mais je sens leur manque, leur absence bien là, y a plus moyen de les récupérer, plus je m’accroche à ceux qui restent, plus les autres effacent leurs pas dans ma neige, j’ai plein d’place dans ma tête, pour les vapeurs, la pollution, les salauds et pour de l’amour bien sûr, ce n’est pas que ces mots qui me quittent deviennent flous, ils sont juste morts, enterrés sous les pierres, parfois l’accident, du jour au lendemain, ou c’est à force de les prononcer, de les balbutier, de leur manquer, que je ne sais plus les reconnaître, comme quand on a la jambe morte, pas les fourmis, d’la vraie mort, j’ai connu des longs, des forts et des étrangers, des mots comme les attouchements, comme les murmures ou comme des rugosités, là, à force de traîner par terre avec tout ce corps qui tient plus que couché, mon dictionnaire fond, les mots persiflent en dehors de ma bouche, ils s’cassent comme du cristal, trahissent, quand il m’en sort un, j’suis saisie, je le crie, je le bave, les gens m’entendent mal, m’écoutent pas, prennent peur ou alors j’ai rien dit, je l’ai senti monter mais il a freiné, palais fermé, je gobe un moucheron, j’laisse le vent m’fuir. Je me retiens ici, du midi au minuit, monticule serré sur trois carrés de ma chambre à nerf conditionné. Fermez les portes! Aux heures de pointe, c’est Waterloo (dép.05:19 arr. 05:37 – voie 11),  un vivier de crabes aux pinces dehors, ils marchent droit, frottent leurs chaussures sur mon tapis dur, laissent des traces que Berta lèchera. Quand vous passez, passez, balancez le sel par d’ssus votre épaule, ça réduira votre mauvais sort. J’mendie pas, j’observe. Gavée d’allers, regavée de retours, j’suis dans mon train train, bien calée, le mur froid dans le dos. Élevée au sol, veillée au grain, grosse, folle (mais j’ai mes papiers).

Là pour...

10:40 21/02/2012 | Lien permanent | Tags : textes |  Facebook

Les commentaires sont fermés.