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fév

LES ECRIVAINS S'AUSCULTENT...

 A l'occasion de la sortie du «Journal d'un corps» de Daniel Pennac, des écrivains écrivains pensent de leur enveloppe. Aujourd'hui: Chloé Delaume.

Ecrivain. Dernier livre paru : "Une femme avec personne dedans" (Seuil) (Sipa/Sipa/Photomontage)

Ecrivain. 

 

 

Mon corps m'appartient, soit, les organes, ça, j'en doute. Parfois, régulièrement. Je n'ai pas la formule pour ralentir mon coeur, ni faire taire les entrailles, c'est autonome à l'intérieur. La viande souvent appelle, impose un ressenti, méfiance des tripes, de la barbaque, on peut dire c'est l'instinct, je crains que ce soit bien pire. Mon corps, une entité, en soi, plus qu'une enveloppe.

 

La carcasse de mon Je est, je le crains, déjà débordante d'autres voix caverneuses spongieuses et palpitantes, ont-elles besoin de moi, ces voix qui parlent du sang, je n'en suis pas certaine. J'habite une terre hantée, la chair est mémorielle, je ne peux rien y changer. L'épiderme porte la trace de menues ecchymoses, s'est cogné au réel, mon corps qui m'appartient alors que tout m'échappe.

 

Des poumons à la rate, nous sommes en désaccord, et cela très fréquemment. Nous ne faisons plus qu'un face à une seule question, maternité, reproduction. Corps et âme nullipare, jamais je n'ai accouché, jamais je n'enfanterai. Mon dedans, je le sens, acquiesce en soulagement: d'un point de vue physiopathologique, l'embryon est un cancer.

 

Chloé Delaume

(*) Vient de publier "Une femme avec personne dedans" (Seuil).

19:56 13/02/2012 | Lien permanent | Tags : lis tes ratures, society |  Facebook

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