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fév

Bruissement, langue, Roland.

Alfred Gescheidt - Untitled, 1973.jpg (art by Alfred Gescheidt)


"Le bruissement dénote un bruit-limite, un bruit impossible: le bruit de ce qui, fonctionnant à la perfection, n'a pas de bruit: bruire, c'est faire entendre l'évaporation même du bruit: le ténu, le brouillé, le frémissant, sont reçus comme les signes d'une annulation sonore. Et la langue, elle, peut-elle bruire? Parole, elle reste, semble-t-il, condamnée au bredouillement; écriture, au silence et à la distinction des signes: de toute manière, il reste toujours trop de sens pour que le langage accomplisse une jouissance qui serait propre à sa matière. Mais ce qui est impossible n'est pas inconcevable: le bruissement de la langue forme une utopie. Quelle utopie? Celle d'une musique du sens. Bruissante, confiée au signifiant par un mouvement inouï, inconnu de nos discours rationnels, la langue ne quitterait par pour autant un horizon de sens: le sens, indivis, impénétrable, innommable, serait cependant posé au loin comme un mirage... le point de fuite de la jouissance. C'est le frisson du sens que j'interroge en écoutant le bruissement du langage - de ce langage qui est ma Nature à moi, homme moderne. "


R.Barthes.(plaisir du texte?)

22:06 05/02/2012 | Lien permanent |  Facebook

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