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aoû

retour de danse...

du 23 au 29 juillet, dans une salle des fêtes au parquet non flottant, dans un village dont le nom porte goûts et rossignol, dans une Dordogne vibrante ou morne, selon l'ouverture de l'obturateur, nous avons dansé.

Claude Magne est un danseur moine (ZEN) Pierre Richard homme de taille moyenne et de mains crues. Doux et maladroit, juste et infini. C'est lui qui DONNAIT le stage.

Il a donne (de) l'air. Nous avons respiré.
Nous? un groupe de trop de gens à mon petit goût mais chacun était de trop donc nous étions tous là pour une bonne raison. De totue façon, on se fait à la foule tant qu'elle ne nous écrase pas les genoux.

Cinq jours de roulades, de chamboulements, de tentaculaires approches de soi, de confrontation à l'autre comme passerelle ou comme obstacle.
J'ai été l'observatrice, je crois, celle qui aime le groupe de loin, le conçoit mais ne l'avale pas. (trop de gens vus, sentis, attendus cet été). Je suis restée à côté mais ne suis sortie que pour pisser dans le pré, pas pour m'extirper du monde. J'ai donc été dans ce groupe, emplie d'une unité volontaire et agréable.

Il a fallu que je regarde pour voir. J'ai cependant senti les choses simples monter et descendre dans le corps pendant la semaine. J'ai aimé comprendre que ça vient (présent de généralité) de dedans, vous savez, le geste. Et que parfois, s'il émerge, ce n'est pas de toute notre responsabilité, de toute notre volonté.

Par exemple. D'abord, m'assoir. Prendre les deux jambes à mon cul, tenter de comprendre la chute volontaire.
Lever les bras, ne pas les lever pour dire je suis grande mais bien pour atteindre un point d'ancrage invisible. Former une puissante cloche exponentielle autour de soi et dire: j'y suis. (ou mieux, j'y vais).

Bien sûr, il n'y a pas que le collectif que j'ai observé de "loin", j'ai aussi rejeté la danse, celle qui se voit, celle qui se procure en chorégraphie, en organisation (remake de Fame, Flashdance... le geste qui lance le corps en l'air sur un air de Priesner. cliché), en gestes suivis, au suivant, 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, ...9. Du tout cuit (apparemment).

Suivre, être derrière, faire comme, à la manière de... parce que quand le geste est dit, il vient plus vite. Oui mais moi, en manque d'être seule, en manque d'être loin, c'était un peu trop. J'ai regardé, l'ironie sous l'aisselle mais les yeux dans ma vision. (égoïste de mes élans, peureuse d'être à l'aise dans un schéma, trouillarde de danser comme les autres, aussi, de réussir, quelque part à être parmi/avec/comme...).
On apprend de son ridicule, parfois, juste après de souffrir.

Ce que je retiens, là, après un peu de vide et de trop plein (familles, patrie...), c'est une conscience du geste quotidien, un état de danse pour les phalanges, les genoux et le périné.

S'étirer dans le lit est danse.
Prendre mon enfaon par la main est danse.
Embrasser un autre que soi est danse.
Enfiler une robe est danse.
Marcher sous le soleil est danse.
Croire en son pas est danse.
Danser "mal" est danse.

Cette liste... Une évidence pour ceux qui dansent, un détail pour les élégants, les talentueux, les instinctifs... un labeur paysan, un travail à la chaîne en usine des corons pour moi.
Une sculpture de l'âme... sans évoquer le corps, mon pauvre corps, que je lamine, auquel j'assène tant de coûteuses infamies.

De quand date les doutes du bien fait? Je me rappelle le martinet, la gifle et la honte, ils n'étaient pas danse mais vipères au poing. Mais ils étaient des gestes et quand je danse parfois, je me lève comme l'aspic et fonce sur la vitre de la voiture qui m'emporte chez le pharmacien, me retirer ma sève... souvenirs d'enfance et répercutions répétitives, comme un passage à vide à fond de Terry Riley.

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Claude n'a pas été un maître pour moi, mais un guide encourageant, chercheur et attentif. Les autres du groupe ont alterné de fragilités en puissances, d'aboiements en soupirs, de rires en fusions.
Je suis sortie avec l'onde qui provoque les résolutions. Depuis, l'oscilographe perdure, un peu, en soutien face aux retours malhabiles à une forme de réalité.

Je regrette cependant (ici, je parle en tant qu'animatrice de groupe) qu'il faille "toujours" terminer sur une apogée de l'intime, une apothéose du parcours. Une transe obligatoire après un cheminement et une fatigue ne conclue pas nécessairement pour moi. Le dernier exercice a eu trop l'allure du dernier exercice. Du coup, les pleurs fondent sur le bois, l'émotion à son comble, les mots et les yeux troubleraient même un corps de pierre.
Oui, j'aime qu'on m'accompagne dans la possible descente de l'après "tout ce qui a été vécu" mais pas dans la largeur, plutôt le rétrécissement, (quitte à me faire faire des gammes ou du Qi Qong
氣功 pour me calmer l'âme, bref, qu'on ne monte pas la sauce juste à la fin, ça me rappelle B-/H-ollywood....

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Voilà, la danse entrée dans mon corps riche de nature morte, la danse comme outil de propagation de ma pensée, la danse comme évitement du psychique omnipotent, la danse comme vertèbre sensuelle, la danse comme parade sexuelle, la danse comme nombre premier.

Mais encore, une flagellation de dernière minute:
J'ai encore bien trop peur de danser depuis que je m'use en trops de corps et peu de sens... (suis corporelle pas physique, voici la conclusion en dernier mot entre Claude Et moi sur le parking)... Pourtant, je sens la verve de la chimie se taire dans le thorax avant que la main ne la frotte, cette rage de danser n'émerge qu'en cas d'extrême urgence.
Je devrais danser. Je devrais danser seule ou accompagnée, en fond et improvisé mais je...
C'est ailleurs, avec d'autres, avec un moi ultérieur que je sens la danse aux premiers temps de la valse.
Je ne trouve pas ici la base d'un travail à effectuer, et ceci ne concerne pas que la danse mais la sacrifier me ronge. (procrastination/paresse/peur/manque... et autres épines sempiternelles).

J'ai depuis fait de nombreux rêves de danse, d'allégresse, de transport aérien, d'enthousiastes sauts à travers l'eau, le feu et l'autre. Des élans fétiches, des rages décomposées, des libertés d'herbes fraîchement coupées, d'herbes d'eau claire. Ces rêves viennent du début de ma sensation, celle de faire comme je veux.

Je dois trouver d'autres lieux pour apprendre à apprendre. L'acquis est une quenouille. Le doute, son venin. Je cherche le fil tissé.

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(photo prise par un apprenti voyeur, ceci n'est pas un gibet mais un filet de secours)


22:55 21/08/2011 | Lien permanent | Tags : ego trip-e, arts |  Facebook

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