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jui

récit d'envie

antigone par la ligne de désir

quelques jours que la porte se ferme, sans cesse. mouvement perpétuel tueur, d'abord silencieux, la porte se ferme, devant, la porte se ferme derrière, la maison est cernée. le vent flotte sur le voile. j'entends des pétards, des éclairs mais le ciel ne vibre pas. l'aubaine est morte, la maison se ferme sans interruption. la lumière gigote et c'est autant la nuit que le jour. j'ai mis une robe à fleurs, un foulard noir sur les yeux, des ballerines ouvertes, comme ma bouche, un lacet entre les dents qui court jusqu'aux orteils. la robe remue. mon corps suit le balancier des chambranles. ouvert/fermé. ouvert/fermé. le cliquetis d'une gouttière dehors entrecoupé de chuchotements. je regarde la vitre s'ébrécher, c'est sûr, elle va casser. la fleur dessinée sur mon sein saigne un peu, joli coquelicot, mesdames, gentil coquelicot, messieurs. j'annule les rendez-vous, je filtre les appels, je donne des non aux gens qui demandent, la boule s'arrête sur la case rouge, numéro 5. le croupier endormi relance un tour. la porte se ferme. il pense que je ne gagnerai pas ce soir. la porte s'ouvre. j'ai joué le numéro 3, rien ne va plus. ma robe à fleurs est tache dans le velours des costumes de scène. chacun, derrière le masque, s'étonne qu'on ait laissé entrer quelqu'un comme moi. les portes se parlent. je reste assise. je ne gagne rien. je reste. la maison s'enfume, des gens soufflent leur goudron contre les murs. j'ai l'air joli pourtant, je boude. mes mains sèchent accroche le tapis feutre. les dents grincent. ils font mine de rien. mon doigt écrit "vite" sur l'once de bois qui fait le tour. je m'appuie sur le billard. je récite une parole creuse. je donne à manger aux cochons. la paille s'enflamme. il faudra sortir. ma robe à fleurs me fait un gros cul, je reste assise. ils grognent. les portes cognent. je mange les fourches de mes cheveux. un petit tas se forme sur la moquette à fleurs géantes. les masques tombent, ça sent le roussi. les poils rétrécissent, et ces portes qui jouent avec l'air. mes fesses se pétrissent, je remue le cul, je reste assise. ils partent, profitant des allers et venues des portes capricieuses. je reste seule. ma robe à fleurs a fondu. la banque est fermée. des jetons roulent sur le sol. la maison sent la carne faisandée. dehors, ils ricanent, je vais flamber, je reste assise. une mouche s'occupe de moi. ils tirent un feu d'artifice, par les fenêtres, les couleurs jaillissent. je n'y crois pas, au ciel ou au sol. le croupier met la musique à fond. des guerriers Tutsi clapotent des pieds sur le bord de la scène. leur chevelure de foin élargit le cercle des feux. les rideaux s'embrasent, il ne fait plus nuit que dans la tête. je reste assise, les portes claquent encore. les flammes lèchent mes cuisses, je sens la chair grésiller, je reste assise. les cendres acquièsent, il n'y a plus de saison, ma bonne dame. les débris de la maison s'empile, je suis au milieu, assise et brûlée, rien ne va plus.

15:22 02/06/2009 Publié dans Général | Lien permanent | Tags : texte |  Facebook

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