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Atelier MICHAUX (21&22/01/08) – Animé par Marie-Andrée Delhamende (CONSIGNE 25 min.) - Texte "Arme de guère"

                          nitsch hermann RED         
Arme d'insubordination.
Torture et débarras.
Un JE armé d'un équipement imaginaire.
L'essentiel se montre, ça fonctionne, c'est utile, c'est important.
 

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Il ne m'appartient pas, je le possède.
Il ne sait rien, quand j'arrive, il me reconnaît.
Je suis la chair malléable, il est mon métal hurlant.
Enrayé, en réparation, vide, surpeuplé, il survit à travers mon intention. Je l'approche, son rouage glisse.
Je le pense, l'engrenage expectore.
Je suis heureux, souvent, dans les villes d'assistance publique, ma machine divinatoire y est ubiquiste, patientant à chaque coin du carré organisé.  Je peux dévoiler mon pouvoir le matin, le soir, aux heures de pointe, dans le creux de la vague humaine. L'escalator sardonique, communément nommé l'escalier électrique, tranche. Mon moulin à corps humain tourne, la simplicité du système de la roue au service d'une humeur malhabile. Poulie de luxe pour qui sait sentir l'huile anémique.

Il ne m'appartient pas, je le possède. 
L'escalator public, emprunté par tout citadin paresseux, alliant l'utile à la vitesse, ce commis voyageur empathique de ses congénères blafards, cet escalier à crans porte sur lui le poids de la consommation, de la procédure.
Cet outil d'assistanat, pour moi, il broie. Dans le vif, menottes d'enfants sur poussettes porte-drapeau, chevillettes ornées de gourmettes plaqué or, cannes d'aveugles et labradors dociles, mères castratrices, pères tyrans, vieillards cacochymes, adolescents lourdauds, la mécanique n'échappe pas à sa spirale, elle persévère, ma nettoyeuse de désenchantements, mon dictateur inculte ruant dans les brancards des armées de soldats inconnus.
Spectateur démiurge, j'admire l'incontournable force de l'engin, tout ravive en moi les bonheurs phréatiques, du plus profond de ma source, le sang noir comble le défaut; j'aime qu'ils disparaissent afin d'obtenir mon dû - une place de choix.  
Hermann NITSCH MALAKTION
Il ne m'appartient pas, je le possède.
Je suis l'organisme mortel, il est mon accessoire d'éternité.
Je chéris l'instrument, son impalpable charisme est un prodige que je tais. Ils meurent, je renais.
La journée continue.
Je m'éloigne du charnier, revigoré, soulagé. Je savoure alors le cliquetis des marches qui digèrent, je marche encore plus loin, sans me retourner, léchant une vitrine, mes doigts ou l'air chargé de fer. Je compte quelques pavés, quelques nuages, le monde s'éclaircit pendant que le compost sensible s'épand entre les entrailles de la ville.

J'attends demain. Les arbres, des fleurs repousseront peut-être. Des mains et des jambes fouleront encore ce sol, je l'arroserai de sérum exaltant, trop chanceux que je suis de réutiliser encore mon motoculteur sacré.
Il ne m'appartient pas, je le possède.
Il ne sait rien, encore, mais quand j'arriverai, il me reconnaîtra.  
Hermann NITSCH norm-galeriee
© Milady Renoir – Janvier 2008
(Illustrations de
Hermann Nitsch

13:57 24/01/2008 Publié dans Général | Lien permanent | Tags : atelier, texte |  Facebook

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