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jui

Oxygène Jaune

suspens by NM

Nous ne sommes pas des piscines, ni des marécages, à peine des plongeoirs étroits, des cruches d'eaux enflées, encore, mais peut-être les petits poissons incolores, inodores jusqu'à ce que nous échouions-mourions. (Là, la pestilence fait terreau).

Bouffies d'orgueil-étalage, nous sommes surtout des emballages de plancton, des baleines à crosses, des orques martiaux, des mammifères chalutiers. Aussi, des pêcheurs de fonds, des passeurs de néant. Mieux-pire, nous sommes les charognards de nos propres portions-différences.

Alors que proches de nous, vulnérables, adhèrent aux rochers-excès, la légèreté, la fragilité. Petites sœurs du Rien, elles vagabondent, comme une bêtise cachée dans un placard froid, elles flânent avant d'être annihilées. Nous sommes tous des couvercles-assassins.

Quand une bulle brève nous monte à la gorge, c'est le cachet délicieux, c'est l'extase-minute puis l'oubli-fuite.

Le corail-coeur, lui, vestige d'une saine incertitude, couché dans la cale du ventre, craquelé de rouge cruor, veiné d'algues inertes, tout avarié, sali, dévié, il s'écarte dans l'eau, sans se dissoudre vraiment (encore). Il diffuse une vague-furie au compte-gouttes, dans cette canule omnisciente, seule juge de nos actes caverneux.

Un jour, c'est sûr, nous ne saurons plus que le squelette mou, que la carcasse insensible que nous charrierons, exista autrefois en os et cartilages.

Pour sûr, nous déploierons le mythe de la force au bout de nos armes salées, de nos engins incendiaires, prétextant l'ignorance comme un éclaircissement.

La mer-misère ne reconnaît pas son propre fond.

 

© Milady Renoir

 

(Art by Nicolas Marchant)

11:36 22/06/2007 Publié dans Général | Lien permanent | Tags : texte, arts |  Facebook

Commentaires

Si tu t’arrêtes un instant de penser avec le bruit, si tu regardes sous un autre œil (oui, le tien) le carnage, extrait de la masse, alors que ton souffle te guide vers des choses à plus petite échelle, tu verras par exemple une bulle moins insipide que celle du médicament-immédiat, puis un homme comme une éponge animé de la volonté de l’Air, puis encore une intention, un don, encore quelques mots-visions ténues, autres cycles, individus, et toutes ces choses se relient et forment un réseau invisible au sein de la Fureur, une toile pas si fragile, mais dont l’unité ne se mesure pas avec un décompte.

Écrit par : Nicolas | 23/06/2007

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