22
déc

Global Orgasm to save the World... TODAY, have a good one!

orgasmSuivant cette maxime latine, un groupe d'utopistes lance une nouvelle révolution sexuelle. Sa mission : rassembler un maximum d'orgasmes simultanés sur la planète afin de lui faire prendre un nouvel essor, plus fraternel et plus pieux.

Il semblerait, pour le groupe Global Orgasm, que la jouissance ait des vertus évanescentes sur l'agressivité. Découlant d'un raisonnement assez simpliste, ils souhaitent voir se répandre ainsi un volume record de foutre sur la planète ce 22 décembre afin d'y noyer la violence humaine. Ils prient donc naïvement les habitants des pays exportateurs d'armes de destructions massives de charger cons et anus volontaires de vits rédempteurs. Il semblerait selon Global Orgasm qu'il devienne de plus en plus urgent de libérer nos désirs de menaces apocalyptiques. Ils craignent par exemple que le développement nucléaire de l'Iran deviennent un nouvel axe du mal qui menacerait - il va de soi - la jouissance.  
(...)

 L'université de Princeton (U.S.A.) a effectivement remarqué que la conscience humaine, à échelle globale, pouvait être affectée lors d'évènement capable de toucher toute la planète. Citons par exemple la façon dont une bonne partie de la planète s'est prise d'émoi pour la tragédie du WTC ou du Tsunami qui a ravagé quelques années plus tôt l'océan indien.


Et comme dirait mon amie Patricia

 

"Je ne trouve pas ça débile du tout : hormis le référentiel apocalyptique, je crois effectivement que baiser pacifie (les mecs principalement)...Et que la frustration alimente la violence. Charles Fourrier, le chantre du socialisme utopiste, proposait d’ailleurs d’ériger la prostitution en institution de salut public....
Et puis, les bonobos sont là pour confirmer tout ça : c’est une société matriarcale où tous les individus s’adonnent à des pratiques sexuelles en tous genres en guise d’exutoire : quand la chef sent que ça va gazer, elle orchestre une grande séance de sexe. Résultat : les bonobos sont la seule espèce pacifique parmi les hominidés"

Bref le spectacle risque d'être grandiose. Ouvrez les oreilles (et le reste, hum!)

 

Lien : http://www.globalorgasm.org/

 

Qui sont-ils?

Donna Sheehan et Paul Reffell ont fondés l'organisation pacifiste Baring Witness (www.BaringWitness.org), un collectif mondial des activistes de paix qui sont assez alarmés pour orthographier la paix publiquement avec leurs corps nus. L'orgasme global est une manière pour bien plus d'hommes et des femmes à changer la manière en laquelle les affaires humaines sont conduites aujourd’hui.


13:38 22/12/2006 Publié dans Général | Lien permanent | Tags : place net |  Facebook

21
déc

une phrase de Frédéric Berthet & une photo de Tuen Hocks pour une pensée d'avant No-ël

Tuen Hocks man on ice"Alors je ne sais pas ce qui arriva, mais je fus saisi soudain de désespoir, et, chose étrange, d'étonnement également. Ces deux sentiments étaient aussi violents l'un que l'autre, et intimement mêlés. Je ne sais pas si je fus d'abord près du désespoir, puis submergé par l'étonnement ­ par l'étonnement d'avoir accès si brièvement à un désespoir d'une telle qualité ­ ou bien si l'étonnement vint à moi d'abord, que quelque chose ou quelqu'un, une pensée ou une révélation, me plongèrent dans la stupéfaction, et qu'immédiatement après le désespoir lui succéda. Je ne sais pas. J'aurais peut-être dû mourir ainsi, à ce moment précis : j'aurais gardé sur mon visage quelques indices de mon état, qui seraient devenus autant d'énigmes."

 

Frédéric Berthet

16:08 21/12/2006 Publié dans Général | Lien permanent | Tags : ego trip-e |  Facebook

20
déc

Moonchild - Concert 28 novembre - Article dans Eclipshead numéro 15

moonchildLire ça avec une version parallèle de Silent A. ou ici, en fils dénudés.

 

 

Moonchild

Mardi 28 novembre - Extrait d'un journal intime fantôme. Titre provisoire : « A l'Ancienne Belgique, le projet Moonchild s'expose. »

 

"F. vient de se faire larguer par sa copine le matin même, cette copine qui voulait convoler de mariage en bambins après deux semaines ; la tendre, la dévouée, la câline, la bonne bru. Mais elle ira vivre en Afrique, lassée de la société moderne. Il est seul mais à la chasse, me demande toutefois pourquoi il n'y a que les chieuses qui sont attirées, à moins que ce ne soit que les chieuses qui l'attirent. Il reçoit un texto d'une femme de 42 ans, rencontrée avant le concert dans une pizzeria. Elle convoite F., jeune érudit ex-gothique néo-dandy, il est beau ce soir, je lui dis "tu es beau, F.".
La « vieille » sera vraisemblablement l'amante du mardi soir.

 

(La basse : Trevor Dunn, bassiste de Mister Bungle, Fantomas, Electric Masada... violent, massif, virulent, sorcier, élevé.)

 

Ad. Et Ar. sont calmes, vigilants, dans l'attente. Ils parlent le langage de la rencontre, entre anglais patenté et français ralenti. Ils citent le son bien sûr, mais s'entourent de références littéraires pour comparer deux approches géographiques, de Paul Auster, de Jonathan Coe, d'Eric-Emmanuel Schmitt et d'autres lieux littéraires parallèles. Ils s'apprécient, je suis témoin. Nous attendrions encore, si seulement...

 

(La batterie : Joey Baron, le « jazzeux » du trio. Il déleste, s'enrage, s'épuise. Radical, eurythmique, voluptueux, pandémique.)

 

Tina, étudiante malaysienne, 21 ans. Elle est à Bruxelles dans une école de commerce international. Sa jupe en cuir dénote avec son serre-tête en velours rouge. Elle est à côté de moi, l'air perdu, l'anglais chétif. Elle me demande "où est le saxophone ?" Je ne sais pas, moi, je ne suis pas spécialiste. Et je me prends assez d'ondes infernales dans les écoutilles pour ne pas avoir envie de répondre à Julienne Lepers, Made in Kuala Lumpur.


(La voix : Mike Patton, chanteur de Tomahawk, Faith No More, Mister Bungle, hurleur bricoleur dans Fantomas... comparse de Zorn pour les albums Elegy, Weird Little Boy... le Patton hurle, éructe, pleure, intente un procès à la raison, invoque, le fils spirituel d'Antonin Artaud et d'Aleister Crowley).

 

M., souriant transi, est déjà soûl. Quelques bières, une soupe chinoise et le cri de Patton font de lui un shaman. Il danse de son corps musculeux sous son bonnet tricoté par une veuve des Carpates. Il remue les bras, les dents, les jambes, il est heureux d'être là. A moins qu'il ne soit plus vraiment là.

 

(Le son : les respirations haletantes entrecoupées de virevoltes perçantes. Patton ingère l'audience, il la recrache. Le brouhaha est mort. Vive le chaos. La récréation n'aura pas lieu, imaginez la fin du monde. Imaginez le début du monde.)

 

Ad. a vu Faith No More, Masada, Fantomas, les Melvins plusieurs fois, il est un fanatique serein. Il va partout là où les choses changent. Son prochain concert est Sonic Youth (ou une formation alternative du groupe). Puis il partira à New-York, découvrir les petits groupes qui deviendront grands avec sa nouvelle amoureuse, celle qui prépare le concours pour intégrer les Nations Unies. « Je rêvais d'un autre monde » ou « un jour j'irais à New York avec toi ». Je regrette de ne pas mieux apprendre à connaître Ad. . Sa timidité paradoxale et mon temps parfois gaspillé aux outrages sociaux ne nous donnent pas l'occasion de percer nos distances.

 

(Les éclats sont disséminés dans la foule. Entre étages et barricades, le monde présent est fustigé, piqué par les sons du chef d'orchestre omniscient, ce Zorn, colosse imperceptible derrière les machines monstrueuses. Les poitrines s'oppressent. « Moonchild » brutalise, cogne contre nos têtes. Je n'ai jamais rien entendu de pareil, outre un brame de cerfs dans une forêt brumeuse ou une exhortation porcine avant l'abattoir d'un jour de fête rustique (http://www.pigsinpain.be/)

 

Je ferme les yeux. Mes gencives tremblent, j'ai pourtant chaud. Le virage dans le monde de « l'enfant lune » (titre éponyme) m'abrutit. Je ne pense plus à rien, pour quelques minutes, encore. Mes pieds se balancent au bord de la falaise.
PUIS.
Le noir s'épaissit. Les gens invectivent la scène. Le trio est déjà derrière le rideau.
Il parait que c'est déjà fini. Les sifflements, les réclamations, les « bis » dévalent la pente de la salle rougie. Une heure animale s'abat là.


(J'ai perçu du EMO-tif, du western, du cartoon, du rituel, du jazz, du classique, du psychédélique, du minimaliste, de l'orthodoxe, du sombre, du clair, du vibrant, de la mortuaire, du fabriqué, du renouveau, du magique, du symbolique, du perpétuel, de l'épileptique, du larsen prescrit, de la souffrance, de l'émérite ...).

 

Tina me rejoint, malgré mon regard froid. Elle touche mes cheveux, me complimente, me dit même que je ne fais pas mon âge (merci). Je ne lui donne pas ma marque de shampoing. Je n'aime pas les copines. Je n'aime pas les égarés de fin de concert.
Je ne sais plus si je peux aimer ou détester quelqu'un après cette audition. Ma langue goûte le désir d'en recevoir encore, de me nourrir de la sueur vocale de Patton.

F. me rejoint. Je lui dis, naïve et amusée, que je n'aimerais pas que Patton jouisse dans moi en rugissant ainsi.
Je mens. Je le dis à F. « Je mens ! ». Il rit. (Il comprend). Je suis sexuée, durcie par ce concert. Je suis un corps érigé, posé sur le parquet ciré.
Mes oreilles gigotent dans le brouhaha revenu. Les gens sortent, la bière trop chère coule à flots. Je suis une éponge qui nage dans sa surface. Je vais couler. Je dois couler. (Rebondir une autre fois). M. me touche le cul. Il est béat. Je ne suis pas vraiment devant lui.
Depuis, je ne dors toujours pas. Je ne dors toujours pas."

Et pour les "déçus" potentiels qui voulaient du concret, du rendu, voici un petit don de la place NET: Ici.mike-patton 

13:35 20/12/2006 Publié dans Général | Lien permanent | Tags : arts, muse-hic, ego trip-e |  Facebook

19
déc

piège à conviction

red

Désolée (?) famille, je vous hais, même dans votre plus simple appareil.

La tournure de l'événement mortuaire a ravivé votre véritable pourriture. Les faussaires qui comblent votre arbre tombent comme des fruits talés, vous n'avez pas créé le monstre que je suis. Je suis d'une toute autre réserve de sentiments. Le vieux aurait pissé dru dans vos soupes froides, je le jure.

La compassion, d'abord remontée dans ma gorge, me donna l'espérance (oui, cher papa, qul beau nom) puis je vous observai, les autres du clan, je vous regardai, parlant de billets durs quand les mots doux auraient pu provoquer l'enjeu, la véritable décence.

Vous étiez fébrile de moralisme, engorgée de rondes précieuses et ridicules.

Vous ne mourrez jamais ensemble, aucun caveau ne vous réunira, aucun crématorium ne fera votre communion.

Les autoroutes qui nous séparent sont les frontières que je trace dans votre dessein. Je ne serai pas des vôtres à votre ripaille situationniste.

Vos affaires me blessent, vos enfers me stressent,

j'aimerais être la révolte rouge qui vous assassine.

 

http://www.youtube.com/watch?v=qFVuYEfksh0

 

(Merci pourtant à mon Homme, Myriam, Pierre D., Michel, Alain, Fernande, Anne-Marie et à l'ambre volée dans un grenier qui sera le souvenir de vie de celui qui n'avait pas (heureusement) tout compris)

09:23 19/12/2006 Publié dans Général | Lien permanent | Tags : ego trip-e |  Facebook

14
déc

Matin Chagrin

 
Octobre 06 066

 

Parti vers un hiver moins froid, le grand-père, qui m'a appris à reconnaître le charme du hêtre ou l'apion de la lucane ou le cèpe du bolet ou du tuyau d'arrosage de l'aspic ou le loir de la martre ou le rire taquin du regard vengeur, celui-là, est mort.

 

Tombé du lit, dans le pipi, tombé du lit pour toucher la terre.

 

Réparateur

de fusils qui tuent des lapins des matins,

de cannes à pêches pour gardons frétillants,

de scies à bois mort,

de motoculteurs à charrue vrillée,

de bols en chocolat chaud,

de journées grises en campagne,

d'orgues électroniques Bon tant pis,

de mini chaîne hifi d'adolescente fébrile,

d'accordéons de strass chromatiques...

 

Tombé du lit, dans l'oubli, tombé du lit pour retrouver les racines.

 

Ce grand-père reposera dans les cendres, lundi, 

nous déposerons les traces de ce patriarche paysan au coeur de son jardin entretenu jusqu'au bout, entre les fleurs (cosmos, gueule-de-loup, roses trémières, passiflores, nids de passereaux) pour ma grand mère et les radis, les fraises, les Reine Claude pour moi. Son terrain, dernier vestige d'un autre siècle.

 

Mon grand-père crapaud sauteur coq joueur est parti le premier, le meilleur, le plus droit. Le lapin de garenne n'attend pas la tortue.

 

Sur la tombe de ses parents, (mes arrière-grand-parents) jonchent des fleurs de marbre, des messages en plastique, des gravillons colorés.

Lui, il préférera brûler, couler dans la friche et le mâchefer, nourrir et rendre l'essence à Celle qui l'a créé. Lui, l'enfant du sol et du territoire, emporte avec lui le radeau de mon enfance.

 

De l'amour, (un amour de petite fille émerveillée, éloignée, préférée), je vais t'en balancer dans la tronche, mon grand-père, que tu sauras plus comment de dépétrer.

11:22 14/12/2006 Publié dans Général | Lien permanent | Tags : family tree |  Facebook

13
déc

Lyzane Potvin - news

même si elle mange parfois des frites sauce blanche comme une fille, elle est aussi une sacrée truie! actu_lyzane_Potvin[1]

 

15:38 13/12/2006 Publié dans Général | Lien permanent | Tags : arts |  Facebook

11
déc

Exposition de Ghalia BenAli

Expo GhaliaBenAli boucle dor

Le vernissage de l'exposition de Ghalia BenAli est le samedi 16 décembre. Infos sur la chanteuse danseuse collagiste poètesse déesse:

 

http://www.theatredenamur.be/saison20032004/event.php?id=107

&

http://www.kfda.be/archief/chicosalvak/fr/bio/bio_09.html

10:29 11/12/2006 Publié dans Général | Lien permanent |  Facebook

8
déc

demain soir, demain soir, demain soir, demain soir, demain soir, demain soir, demain soir, demain soir, demain soir, demain soir, demain soir, demain soir, demain soir, demain soir, dema...

Zarathoustra Variations de la Cie Ariadone & Carlotta Ikeda de Ko Murobushi et Carlotta Ikeda
Présentation & Photos

Zarathoustra Variations En 1980, nous découvrions au 140 cette discipline chorégraphique née du mouvement étudiant des années 70 à Tokyo. En conflit avoué avec les arts traditionnels japonais, du Nô au Kabuki. Ils s’appelaient Sankai Juku, Ariadone, un art qui découlait de l’enseignement du vieux maître, Kazuo Oono. Que l’on vit danser au théâtre 140 à l’âge de 80 ans !
Mais celles-ci et ceux-là pratiquent une même technique révolutionnaire pour ne pas dire tout-à-fait la même chose.
Kazuo Oono, c’était la mémoire, Sankai Juku et Amagatsu, une ode quasi religieuse à l’univers masculin et Ariadone, la complexité, la beauté-laideur et l’hystérie de la femme livrée au carcan d’une culture millénaire.

Le bûto, assez mal jugé par l’aristocratie japonaise, est né dans des lieux marginaux, des cabarets, des arrière-salles. Il utilise délibérément le mauvais goût mais pour le transcender, la musique des rues, le show en tant que matériau, objet de transformation.

Aussi l’Europe des années 68 s’y est reconnue dans son ouverture multiple au langage du corps. Carlotta Ikeda vient fêter ses soixante ans au 140, avec ses six nouvelles danseuses. A cette occasion, elle renoue des liens avec Ko Murobushi, co-auteur de son premier spectacle. Et son solo aux lenteurs sublimes vous est proposé comme une pure méditation.


Jo Dekmine :
“Visuellement splendide, avec cette robe rouge sang sous les projecteurs, avec un miroir comme horizon, avec ces cascades de sable sur les corps nus des femmes, en sept tableaux, la pièce ne semble procéder d’aucune dramaturgie. Les images s’enchaînent, les corps grimacent. Une étrange torpeur saisit, qui fait perdre et le sens et la durée et l’exigence de logique. On accepte aussi bien ces sorcières très drôles et grotesques, que cette figure féminine et solitaire, abandonnée sous la lumière dans une lenteur hiératique. La force de cette pièce est là, en ce qu’elle n’est pas complètement un spectacle, mais aussi une expérience de plongée dans l’ambiguïté des corps, attirante et repoussante à la fois, sans pour autant renoncer à être un spectacle.”
 
 
dank u p.

12:35 08/12/2006 Publié dans Général | Lien permanent | Tags : arts |  Facebook

6
déc

F A I M

adam szrotek breadRecroquevillé sur ses tendons, le corps poreux, il avance, de pavés en déchets, de rocailles en barbelés. Son pauvre corps pétri par des vents et des pluies sans honte. Il avance, tant mal que pire. Un petit carton mental coincé entre les omoplates, son chapeau vissé sur son désespoir, il ne s’aperçoit pas son piteux état. L’errance n’est plus une sentence, c’est son devoir.

Hier, un chien lui a parlé. Lui et le chien se sont racontés leurs déboires, tous deux assis sur un banc, dans le grand parc à coureurs. Les autres survivants qui passaient ont cru voir une scène bien banale, un vieux monsieur promenant son vieux chien. Personne n’aurait pu se rendre compte qu’il n’y a pas eu d’histoire entre le chien et l’homme. Après plus d’une heure dépensée à lâcher leurs vannes, le chien et l’homme sont partis chacun de leur côté, sans se retourner. Se retourner, c’est regarder en arrière, il faut faire attention, parfois, le cœur, accablé, ne reprend pas son souffle.

 

Les rues sont des putains qu’il emprunte tous les jours, gratuitement. Elles mangent ses ongles sales, ramassent ses cheveux morts, lui massent la plante des pieds, lui laissent des sons dans la tête pour la nuit silencieuse. Des amours.

Il aime particulièrement les vitrines des shops. Chaque néon est un clin d’œil, chaque objet est une histoire, chaque visage cristallin est une ombre. Il reste parfois planté plusieurs minutes, les yeux dans le verre. Il avale les récits, les illusions de ceux qui vivent derrière, de l’autre côté, au chaud, au cœur du monde.

Dans l’étalage, parfois, il revoit un faciès connu ou une trouvaille familière dans la chose qu’il vise, un repas de famille dans un bijou, un prénom aimé dans une chaussure, un moment d’amour dans une plante jaune. Il ne se souvient plus du nom, celui qui lui servait de repère, encore hier. Personne ne l’appelle, ni ne le nomme. Sa naissance n’aurait de trace que sur un papier défraîchi ? Dieu que le silence est mort. Il craint le silence comme la peste alors il avance. Il marche.

 

Une jolie vitrine en or.

Il pose sa main sur la poignée…

 

il poussera la porte vitrée la petite clochette tintinnabulera la boulangère accourra le saluera il indiquera poliment un pain au fromage la quiche aux oignons et le sablé laiteux au miel la boulangère enveloppera tous ces petits délices soigneusement lui demandera s’il désire autre chose il hésitera pour prendre une brioche bien molle mais non il répondra non pas pour cette fois merci heureux qu’il sera alors de se gâter un peu il paiera avec un billet frais la boulangère lui rendra la monnaie en petites pièces brillantes lesquelles il placera nonchalamment dans sa poche les anses du sac en plastique blanc entoureront bien fort ses doigts forts il sentira le léger poids de ses mets il salivera même en pensant à la table sur laquelle il dégustera cette collation la table à quatre pieds avec une nappe en tissu un verre de vin bon marché des couverts qui claquent en cadence avec les aiguilles de la pendule sur un mur dans une pièce chauffée lumineuse il pourra sourire puis se reposer repu et calme

 

Il pose sa main sur la poignée…  La boulangère le regarde de travers, il cherche le courage au fond de sa poche, il mendiera, il osera cette fois. Mais au fond de sa poche, il y a un trou qui le happe. Derrière le trou, tout au fond, un tourbillon, un vide. Il lâche la manette de la porte-machine, fait un pas en arrière. Dans la vitrine suivante, il y a des viandes rouge vif, lascives, dégoulinantes de feu. Il cogne son front contre la vitre, fixe une découpe de porc. Il l’exècre. Il l’adore. Il la désire, voudrait toucher cette tranche écarlate, lui planter les doigts, les dents, lacérer les nerfs, mordre le plaisir, sentir la vie gonfler dans sa gorge. Le boucher, un gros mâle possessif, tient le couteau dans une main et sa proie dans l’autre. Des petits lambeaux rouges collent sur la peau de ses mains massives. Le vieil homme convoite les miettes enflammées. D’un coup sec, le boucher assomme un animal déjà mort.

 

L’homme s’enfuit. Il court. Il s’envole. Il s’échappe de la tentation, du doute, de la vrille, de la conscience. À peine deux pavés dépassés, son corps s’agenouille. Rien ne s’acharne plus que la fatigue. Il laisse sa tête tomber en arrière. Il ouvre la bouche, laisse entrer une écharpe de fumée noire sortie d’un bus qui parade sur la route, puis il aspire un nuage d’éther blanc. Il mange, enfin. Alors il vit puisqu’il mange. Il mange.


© Milady Renoir

Texte écrit sous contrainte d'atelier

Art by adam szrotek

22:31 06/12/2006 Publié dans Général | Lien permanent | Tags : atelier |  Facebook

4
déc

Journée anti-SIDA + 3

December 06 002Gare Centrale - vendredi 1er décembre 2006 - 18h12.

 

Un adjudant, non pas de mes fesses, mais de l'armée de terre est planté devant un char. Il distribue des préservatifs camouflage et répète, avec un charmant accent flamand, à qui veut l'entendre:

"Il faut prévenir les jeunes que le SIDA est une pandémie, il faut les prévenir, les informer!"

Interloquée par l'association des faits (armée + message franc ou armée + action humanitaire), je remarque (enfin) la banderolle au dessus du char "même avec un char, vous ne pouvez pas lutter contre le SIDA".

Je vérifie avec l'homme à la moustache rouge et rigide (déformatrion professionnelle sans doute), ces soldats ne sont pas des membres d'Act Up ou de AIDES en pleine performance dénonciatrice, non, ces soldats font carrière dans la lutte contre je ne sais qui/quoi mais ici, ils sont sur le terrain en arborrant ce message de lutte, frappant, véritable et plus que nécessaire.

 

un DVD du film DEAD END est également distribué . "Dead End", film de prévention contre le SIDA de 29 minutes, réalisé par Mark Damen et commandité par le Ministère de la Défense Belge, remporte le Grand Prix du Festival Européen « les Ecrans de l’Entreprise », ainsi que le prix de la catégorie « santé, forme, hygiène, environnement ». Comment sensibiliser les jeunes militaires de 16 à 22 ans à la prévention du Sida ? C’est ce que réalise parfaitement Mark Damen, jeune réalisateur. Max ouvre ses mails et découvre un nouveau jeu virtuel… Il doit se battre contre le virus du Sida. On découvre tout au cours de la partie l’intelligence du virus et la difficulté à l’éliminer, comment ne pas se faire contaminer, les mesures de prévention… Lorsque Max sort du jeu, il applique les règles. Ce film fait partie d’un kit pédagogique : diapositives, test de connaissance, post -test.

 

voilà, une minuscule chronique qui aura pour seconde raison, que je dise pour la première fois de ma vie, du bien de l'armée... (même si j'ai pas pu m'empêcher de penser que c'est un avantage pour l'armée de ne pas voir ses soldats mourir du SIDA avant de se prendre une roquette dans la tronche sur le front, mais bon, j'ai gardé ça pour moi, ou presque!!)

 

leur site: http://www.mil.be/aids/index.asp?LAN=fr

12:27 04/12/2006 Publié dans Général | Lien permanent |  Facebook