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aoû

la magie du fou

Fou n’est pas pleutre, Fou est courage, ardeur, d’arrache pied ou cœur, Fou aime, caresse, dérive sur les fleuves vigoureux de la vie, Fou ne varie que dans la folie des autres, ceux qui savent mieux, Fou est seul, reste seul, unique, rempli, mais Fou sait agir, crier, bavarder, communier, derrière les mots qu’il (seul) choisit pour lui tout seul parce que personne ne comprend personne au monde, même de chinois à chinois,

Fou lit les livres qu’on lui offre, ne lit que les mots qu’il aime, qu’il veut pour lui, il saccade les lignes trop longues, déchire les reliures qui brillent trop, recolle les passages qu’il aime entre eux, brûle les autres, ou les cache sous le matelas quand il craint certains mots, de ceux qui lui amènent des suées,  

pour ne pas ouvrir les yeux trop souvent, car le monde est si vaste, Fou dort, mais rien que pour rêver, rêver de femmes, d’animaux, d’arbres, ces amis sans chantage, ces amis sans limites, ces amis sans conditions, il les caresse, les aime fort,

Fou n’économise pas ses idées, il répète les plus adorables, les plus obsédantes, il abandonne les utiles, les concrètes, développe les fécondes, calcule des tiroirs et des trappes à l’infini, il aime la multiplicité des idées, elles sont ses fourmis, ses abeilles bourdonnant jours et nuits,  Fou reconnaît ses idées après des années passées, il se souvient qu’il en est le père nourricier, le bon géniteur, il les place aussi dans ses rêves pour les protéger, les tourne dans tous les sens quand elles sont floues, il sait qu’elle sont magiques ces idées, il le dit souvent, mais les autres n’aime que la magie de comptoir, sans dimension, sans espace,

quand Fou aime, il entoure, englobe, encercle, dessine un rond autour de ce qu’il aime, il veut se nourrir d’amour, il maintient le rythme de l’instinct, il sert le membre amoureux, frotte fort pour que la sève éclate de bonheur,

Fou s’amuse avec celui qui dit l’écouter, il joue au fou, il lève un bras sans l’autre, ouvre la bouche sans paroles, attend l’inquiétude dans le regard d’en face, il rit de lui-même, avec lui-même, Fou s’amuse avec son reflet, il lui crache dessus pour le provoquer, l’autre est faible, hagard, il déjoue sa stabilité en lui jouissant dessus, Fou est heureux de jouir fort, loin, blanc, l’ignorance de leur différence rend son écho ramolli, Fou sait que le miroir est le vrai fou,

Fou adore aimer, il regarde son corps se tendre, s’étendre comme la lettre X, se tordre comme un serpent gourmand d’une grenouille, il sent ses poumons se fendre, ses mains se fendiller en cent petits doigts surpris, son envie l’avale, il hurle de plaisir,

Fou n’est pas fou, il le dit assez souvent, ils ne pigent pas, ils disent sans réfléchir, il l’a écrit noir sur blanc, clairement, il n’est pas fou, il est magique, il n’est pas dans un groupe, il ne s’assied pas autour d’une table mais à une table, il est unique et n’aime pas les questions auxquelles il n’a pas de réponses, sa folie est peut-être douce à la limite, douce et câline, il sait sa magie indivisible, indescriptible, indestructible, il la caresse, il l’aime alors que tous l’assassinent, l’éradiquent, l’éliminent, ils veulent qu’elle sorte de son corps, intoxiquée, meurtrie, Fou aime sa magie, elle lui est bénéfique, ils se respectent et s’aiment, il souhaiterait que tous l’observent de la même façon, parfois, quand il regarde sa magie dans les yeux et qu’elle pleure, acculée, accusée, recalée au stade le plus noir, il les hait, s’il n’avait pas à prendre soin d’elle, il les tuerait, l’un, l’autre, le dernier avec, mais ils l’enfermeraient dans le cratère, s’il agit contre eux, ils le coudraient dans le coton, l’entortilleraient dans le silence, et lui enfonceraient du sable dans le cerveau,

blottis l’un contre l’autre, Fou caresse sa magie, il l’aime, elle n’est pas folle, d’ailleurs, il lui promet de l’aimer toujours, telle quelle, elle ne risque rien dans ses bras, il la garde pour toujours

 

 

© Milady Renoir

(art by Jean Rustin)

 

texte écrit pendant l'atelier d'écritures sur une contrainte autour d'un "Fou trop poli" d'Eugène Savitskaya.

 

Ce texte fera partie du projet Ecritures autour du gris de la douleur (toiles de Jean Rustin)

(appel à textes toujours en cours, envoyez vos propositions (textes courts, nouvelles, poèmes, etc. autour de l'univers de Jean Rustin sur miladyrenoir@yahoo.co.uk )

10:45 09/08/2006 Publié dans Général | Lien permanent | Tags : texte |  Facebook

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