4
jui

Le dépeceur des noces blanches (hommage au pire)

Le dépeceur des noces blanches

 

Il avait tenté de lui révéler son appétit, en caressant l’enfant qu’elle n’avait pas eu avec lui. Il est beau, cet enfant qui n’est pas de moi - il pensait en revisitant l’histoire.

Si nous avions été entité, je ne t’aurais jamais abandonnée, moi.

 

Il a haï chacune des visites éphémères, chaque membre de famille bienveillant, chacun des amis tactiles et fidèles. Il a exécré les regarder l’embrasser, la cajoler, la gâter, lui rendre ce qu’il se devait de lui donner tout seul, entièrement.

Elle s’était mise à revivre, petit à petit, après la cassure de cet homme ignorant. Lui, il l’aurait éliminé, ce pleutre, ce puits d’angoisse, ce pilier craintif.

Lui, fort et bon, l’aimait, elle, avec l’enfant, le quotidien naissant, l’habitude de la présence, ça le fortifiait, le durcissait. Ses mains plus lestes, ses doigts plus serrés, ses gestes plus transparents.

Elle lui donnait des mots d’ordre, des listes de choses à faire, aimer, visiter, dire.

Leur lien était un fil à retordre.

 

Le scalpel est entré dans le blanc. Il a craqué les nerfs, décimé les envies, rattrapé le sang qui coule vite. Il a aimé ce corps inabordable, cela lui coûte tant de couper court à cet amour vierge.

Il a tiré la substance adulée sur la mousse, au passage, déraciné quelques arbrisseaux, écrasé quelques champignons. Il a entouré son euphorie de précision chirurgicale mais bientôt, la passion du geste amoureux l’a rendu tremblant. Tout a dû disparaître, des vêtements aux pouces, des vaisseaux aux charpentes, des synapses aux entrailles.

Il pensa à cet homme qui venait parfois entre ses draps pastel, touchant ses pointes, ses creux et ses devises qu’il adorait, dissimulé derrière son personnage latent.

Il trempa son doigt dans ses cheveux pour oublier l’affront de cet Autre horripilant et se promit de lui faire payer son imprudence.

Après avoir piétiné ce qui n’était plus qu’un tas de chairs et d’os désarticulés, il s’assit sur le bord de l’autoroute et signa sur le sol , du sang qu’elle lui avait laissé lécher: je t’ai tant aimé.

Il reprit son vélo, tourna à gauche au rond-point, prit la direction du centre ville et alla s’asseoir sur le banc en face de l’Autre en attendant l’astre blanc. Il faisait chaud. Sa chemise collait à ses poils. Il retira son deuil de ses paupières et frôla dans sa poche la pique d’acier de son index pour évaluer son endurance.

L’œuvre allait bientôt s’accomplir dans son intégralité.

 

 

© Milady Renoir (même si les faits divers sont souvent ce que nous craignions déjà !)

art by David Ho

12:51 04/07/2006 | Lien permanent |  Facebook

Les commentaires sont fermés.