9
mai

seulement après

ce sont les choses les plus anodines applatissent le faciès contre terre, l'âme contre amère. un rendez vous trahi, un horizon caché, une main tordue, un sourire creux.

 

mais

 

ce sont les choses les plus horribles qui ont coulé du haut du crâne vers le front, en même temps que la sueur et le suc, sans que l'on ne s'aperçoive de leur acidité, crudité, amertume,

ce sont ces profondes et tenaces choses qui recrutent dans l'avenir, dans le sang. Ce sont elles qui évanouissent l'envie.

mais

c'est après - car pendant ou avant, on ne tend pas son regard assez loin - c'est en ce moment de rencontre avec la mort, juste après l'humidité de la tendresse ébahie, après la moiteur de la naïveté, après, encore, passée la compresse du calcul dissimulé, c'est pendant cette lourde seconde retenue en l'air que la souffrance étend sa largeur, c'est juste après tous ces encombrements obsolètes de jeune vie étanche à la disparition, c'est seulement après quelques décennies ou quelques minutes, c'est après que le ton devient noir et que la langue se coupe, que tombe ce petit muscle de chair vive brûlée par le ver blanc - Car souvent ils ont pattes blanches et sexes noirs.

c'est après

 

qu'

on apprend

 

que quand

la barrière est un clou dans le pied, on s'en plaint parce qu'on boite, pourtant on marche encore.

mais c'est le moment où le mur est une quenouille et que ni le vagin, ni le cou, ni le bassin ne tient plus, qu'on sait que l'avalanche a été rude et que l'oxygène s'évapore avec le sel, l'essence.

 

c'est juste après que ces horribles choses poussent dans les doigts, comme une arthrite vibrante, synthétique... et on a beau courir dans les champs, en frisant avec le chemin droit, doux, qu'on avale les orvets par mégarde, qu'on tente de se rapprocher du souvenir d'un premier jour, d'une première fois, c'est quand on espère revenir à la peau, qu'on tente de re-devenir - alors que rien n'est plus frustrant que le devenir - c'est quand on se dit qu'on est un éternel naissant, un enfant au bord de la foi, un être humble avant la corruption du monde, c'est quand on se leurre qu'on se rend compte que l'herbe sous les talons n'aura plus jamais le goût du vert.

 

et cet après est pire que Dieu.

23:29 09/05/2006 | Lien permanent |  Facebook

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