28
mar

lettre fermée à Madame Hachmaoui, mère de son fils

Madame Hachmaoui

 

Une lettre écrite avant (pendant ?) et ‘envoyée’ plus tard.

 

Petite femme dorée au teint beur, au corps ranci par l’ennui, bourrée aux arts beaux de la représentation, de la conversation, trempée dans un manuel de savoir vivre, vous souvenez vous de moi ? La bru à la conversation distrayante, au corps singulier, à l’intelligence diversifiée et à l’obédience adorée. Vous m’aimiez bien, disiez vous, je devais lui donner un fils, vous offrir une suite, vu que leur première tentative, à lui et à cette fille dont vous m’affubliez de son prénom, prénom si joli, que leur bout de sexes a été mis en bière, qu’il est tombé dans les toilettes un soir de mort subite du nourri son. Ah oui, j’allais ramener l’espoir. Le ramener à la vie, votre si gentil fils.
Evidemment, je n’avais pas cet air dégourdi si susceptible de générer votre admiration mais j’avais des possibles avantages et une famille de propriétaires derrière le cul. Oui, vous m’aviez alors séduite dans le cœur de votre idée claire.

Vous souvenez vous de ce vingt janvier 1964 lorsque vous donniez délivrance à un de ces suppôts, lorsque vous décrochiez le fils prodigue du fond de vos ovaires caverneux, vous souvenez vous de son premier cri ? Celui qui strie le revêtement du palais, qui jure contre les dents, ce cri a-t-il marqué votre mémoire ?

Alors peut-être sauriez vous reconnaître l’analogie de ceux qu’il a provoqué à toutes celles qui vous ressemblent par le genre. Cet enfant avarié, imbibé de luxure et d’aisance si bien acquise avec votre statut d’assistance de princesse. Ah le cul dans le beurre permet de chier mou, évidemment… Pardonnez mon ton, il se peut que je sois amère… parce que vous ne les avez pas crues, ces filles éplorées devant votre interphone, couchées derrière votre combiné platiné. J’en ai compté plus que de nombreuses mais vous n’habitiez pas au rez de la chaussée, l’histoire des pavés ne préoccupe que ceux qui les arpentent… c’est bien entendu. La tonalité ne vous a pas donné le ton ? Soit.

 

Mais l’excès d’argent ne rend pas libre, ne le saviez vous pas ?
Voici une déclaration, Madame Hachmaoui, votre progéniture m’a violé la jeunesse, chère ex-Belle Mère, il m’a pris la quiétude et la rage, pourriez vous lui demander - car vous seule, croyez vous, savez lui parler - lui demander, donc, qu’il me rende ma vie qu’il m’avait alors empruntée - espérons encore qu’elle ne soit pas aussi déglinguée que ce corps qu’il m’a laissé délabré.
Heureusement pour vous, le nombre a formé le silence, d’autres (tant de…) ont été brûlées par le crachat du taureau velléitaire que vous avez laisser courir dans nos rues. Une existence tranquille vaut bien quelques vies sacrifiées, bien sûr, ceci n’était pas réel, tout est mythe quand la violence dépasse l’acceptation… au panthéon de vos cuirs, la famille a payé le prix, vous êtes issue d’un peuple qui a beaucoup souffert, et depuis votre avènement, les esclaves peuvent bien se noyer dans le sang de bœuf, aucun maître ne pleure. Vos livres de psychologie métropolitaine ne vous ont alors pas ouvert le premier œil ?

Saviez vous qu’il injurie les femmes pour se nourrir le cœur, qu’il offre des bottes aux belles pour qu’elles frappent le pavé plus fort ? Bien sûr, votre oreille cachée derrière une boucle Dior, celle la même qu’il vous aurait offert après un deal clément… Sûrement tirée d’une libellule cloutée sur un mur de plâtre, un insecte écrasé qui n’a plus besoin de son étincelle.

Fétichiste des emprises, il a collectionné les ailes, les ardeurs et les rires pour que vous le trouviez splendide et pimpant, madame Hachmaoui. Un vampire romanesque, auriez vous pu déclamer au milieu d’un dîner bien coquet.

 

Saviez vous qu’il n’éjaculait que les yeux fermés, s’excitant uniquement sur le trou soumis, ignorant la tanière amoureuse ? Que son sperme a le goût du ravin ? Que sa bite ne bande que trempée dans la farine des boîtes branchées ? Aviez vous compris que, jusque dans vos lits, il trayait les femelles de toute sa rage inculquée à coup de honte dissimulée, de frustration décuplée.

Une bonne nouvelle, Madame Hachmaoui, nous avons retrouvé votre identité, si, si, houlah, je vous jure, vous êtes algérienne, de ce territoire africain que vous avez tant fantasmé dans un idéal démuni de vérités, je jure que vos cousins sont noirs et que vos filles sont juives, vous l’aviez oublié ? Caressez votre vagin avec votre amulette pour vous rappeler le vrai temps… Un château cuivré avec vue sur la Tour Eiffel, pensiez vous que la géographie oublie les fuyards ? Pourquoi avoir déporté votre mari alcoolisé dans une maison de vieux fous en plein cœur du vide dans un village oublié ?

Ah bien sûr, selon vous, la bienséance ne s’allie qu’avec l’élite opaline, le pain blanc se mange avec des gants, vous avez préféré l’or blanc à l’huile ambrée… mais ne saviez vous pas qu’on vous trouvait un air de Massa Bouchafa, non, soyez sérieuse, vous n’avez jamais eu le teint pâle de Catherine Deneuve… vous avez donc pêché la balise de votre nom, oui à La Hachma, ce mot qui rappelle une langue que vous avez préféré ignorer ?


Saviez vous que votre fils vous échangeait ses sourires contre vos petites feuilles de monnaie ? Que, quand il riait, sortaient de sa bouche, transformés, tous les spasmes qu’il engendrait dans d’autres bouches de mères détournées ?

Votre joli pot de fleurs séchées de chez HABITAT n’a pas couvert l’odeur du vomi, lequel je déposais sur ses cuisses chaque matin, à chaque fellation feintée, j’ai vomi ma hargne, mon manque de survie, même votre pot pourri Roses et Violettes n’a rien dissimulé… pour vous assurer la quiétude, vous aviez le papier d’Arménie, l’encens à 27 francs le bâtonnet, évidemment l’âcre bile qui me faisait foi, ne fit pas la guerre à vos filtres. Je fus assise sur votre parquet, la bouche contre le rebord de votre balcon, mais vous croyiez que je prenais l’air, oui, Paris est si pollué…

Saviez vous, vieille pythie, que le Feng Shui n’autorise pas les cambriolages ? Que le déplacement des objets ne signifie pas les sortir de leur lieu de prédilection ? Saviez vous alors qu’en guise de cadeaux, il vous ramenait ses larcins tel un épagneul vérolé qui pisse de joie sur la curée? Et vous étiez si fière qu’il ait du goût pour les jolies choses. Dommage que je n’ai jamais atteint ce statut.

 

Vous souvenez vous de cet appel désespéré, celui que je vous lançai, là-bas, dans votre précieux F3 du XVème arrondissement, ce si joli quartier, empli jusqu’au coude de vieilles truies de votre espèce, vous souvenez vous alors de ce couvre-feu malhabile que vous m’offrîtes alors ? La résignation n’a même pas été votre acte de défense, vous avez fardé la mort pour la vie se trouve une bonne raison de continuer. Et je vous ai crue bonne.

 

Vous l’aimez tant, ce fils, ce beau tatoué, ce tendre percé, qui consomme ce qui ne se consumerait pas de bonne guerre, vous l’adorez, évidemment, vous lui donnez le change pendant qu’il encule votre réputation… mais remarquez, vous ne risquez rien, tout a été très discret. Je n’ai pratiquement pas pleuré en public.

 

Madame Hachmaoui, bien sûr, d’autres adages veulent qu’on ne cuise pas le chevreau dans le lait de sa mère, mais saviez vous aussi le vilain petit canard n’a jamais rêvé que d’être cygne que pour épaissir le poitrail que vous ne cessiez de reluquer ? Vous avez si gentiment branlé chacune des plumes de ce coucou voleur de nids…

N’avez-vous jamais réalisé combien le portrait à cracher de votre époux délaissé fût bien essuyé par votre rejeton ? Savez vous que l’amour sans concession que vous pensiez lui avoir inculqué n’est en fait qu’une emblème de la trouille dont vous lui gonfliez les couilles ?

 

Diffamation, dites vous ? Accusations mensongères, hurlez vous ? Inepties paranoïaques ? Névrose hallucinatoire…

 

MAIS

 

Votre fils est un monstre, Madame la vieille folle. Votre trio de filles vous l’aurait presque dit si elles avaient jamais reçu de vous autre allure qu’une écoute éteinte, pourtant si pétrifiée d’extase devant votre bouture mâle… Les témoignages furent tels que vous changeâtes de ligne rouge chaque année… Voici que je vous écris, tardivement, véhémentement… au titre de rien, pour un gros tout. Vous aviez du passé ? J’ai de l’avenir… la maxime est simple. Mais, soit, je vous conçois, usée, emballée dans du cellophane émotionnel, je vous appréhende car j’ai grandi, madame Hachmaoui, même murée entre mille murs de glaise (= ma boue + son venin). Oui, la colère n’amène que la colère, je comprends que votre acquis ne peut contenir cette accusation, votre corps si petit ne devrait plus souffrir ces appels… pardonnez mon éloquence, j’ai l’égoïsme astringent, j’ai du prendre appui sur votre touche courtoise pendant quelque temps… je ne recommencerai pas, chère mère.

Pour me faire pardonner mon éloquente insolence et en guise de testament, je vous envoie (ci-joint) la dernière photo que je pris de votre fils, un jour qu’il ne se préoccupait pas de plumer une jeune héritière ou de tirer quelques larfeuilles dans un bar surpeuplé… ou de me coller la porte contre le corps afin que je ne puisse goûter l’extérieur… regardez son air fier, il tient ça de vous… Ah oui, j’y ajoute aussi une autre photo, plus ancienne, du temps où il m’avait conviée à vire dans la rue, cette photo montre ses tatouages Maori, ceux qui arborent les guerriers qui veulent être reconnus au royaume des morts, ceci vous aidant peut-être un jour si vous avez à le reconnaître à la morgue et que sa gueule soit défoncée suite à une quelconque méprise de rue…

 

Mais… vous pleurez, madame ? Ce n’est rien, tenez… un soupçon de compassion me traverse l'air… prenez ce beau sac en plastique, placez le autour de votre brushing… serrez les anses… oui, exactement, c’est comme un lifting. Fermez le tout, fortement, Madame Hachmaoui, inspirez solide et loin, je suis sûre que ça va passer, tout passe toujours avec le temps.

 

E***** (censuré après coût 8/4/2006)

Alias Milady Renoir

13:25 28/03/2006 | Lien permanent |  Facebook

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