22
fév

Tas des lieux

Le cervelet tasse mes vertèbres au fond de l’emballage. La serrure rouillée entoure la lumière projetée en arrière sur un mur de lézards. Petit triton de réglisse pétrolé s’échappe par ma narine. Sale amende autour des paupières. Les osselets, tripotés sous l’effluve du vague à l’âme, se déplacent, cahin-caha.

 

Je ne l’ai pas ouverte, l’armoire à glaces.

 

Le linge lin gît entre gousses et écorces, je sers le coin du mouchoir d’olives contre ma canine, je serai lavandière, maman. Mais la vieille vie n’aboie plus. Assise sur le rebord d’une jugulaire, je calcule les cicatrices en bons points – divisions d’anges en sucre, soustractions de cuillers à granules, multiplications de pains au lait caillé, additions d’addictions.

 

Je n’ai plus peur des pochettes surprises.

 

Tout est mémoire ; le souffle du brûlant, l’haleine engrossée, la respiration aigre. 1-Cuire 100 grammes d’arbre dans un pot de fer tanné. 2- Battre le beurre dans une cave humide. 3- Crever le beignet avec une pioche converse. 4- Sabrer la guimauve à coup de hache. 5- Préchauffer les tous à l’étouffée et attendre que la poche d’ozone éclate.

 

Simulacres de plaisir dans un élan d’erreurs. Bête de pioche à chats. Chat dans sacs à viande. Mains au cul-de-sac. Culs à culs. Si on m’avait dit que je serais comme ci, j’aurais pas né.

 

Je ne crains plus les genoux de Grand’-Paire.

 

La caresse du citron lancine mes pupilles. L’avarice du sang cisaille ma langue. Je retiens l’alarme sur le pinacle de ma chevelure confisquée. « On ne peut jamais s’agripper aux cheveux des eaux ». Pansée pour ma mère confite, pour mon père en gelée. Souriez, mes œufs, bientôt, vous serez mûrs.

 

L’imposture du vrai se retrouve dans la gloire du plaisir. Redonnez moi un rien quotidien. Passez moi l’aisselle. Grondez la boulangère écervelée. Attachez ce charcutier malhabile à sa erse première. Désincarnez ce postier des forêts verges, le frigo ne conte plus rien de nuit et je n’aime pas les métiers.

 

Je ne jouis jamais le mercredi après-midi. JAMAIS !

 

La foi en la vitamine du souffre m’envahit, je suce des rochers saumâtres. A l’orée de chaque veine, gambadent des pilules saines, des globules vains, des fritures de cacao, des sirènes de ganache, des chimères en praline. Il faudra consulter, ma bonne sœur.

 

La bête est dans la corne d’abandonce, aussi proche que la langue contre un palais en ruines. Mes dents cerbère ne croisent ni feu, ni terres, je suis un agrume tuberculeux, une racine sidéenne, un pot de chagrin. La cène est triste, l’aura, toute obèse. Ils ont signé l’arrêt de bus.

 

Je ne descends plus aucune pente à quatre pattes.

 

La banquise plante sa quenouille dans ma cuisse droite, mes restes s’échappent alors par le tuyau de la mangeoire, couverts d’eaux de pluies de mous sons. Je reste seule avec ma mort, à contempler l’histoire qui s’efface dans le limon. Et j’ai crié…

 

© Milady Renoir

13:48 22/02/2006 | Lien permanent |  Facebook

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