11
jan

Jean-Michel Devésa - Joyeux Bordal

C’est difficile de témoigner des vivants, d’abord, parce que ça rend l’éloge commode, puis le/la ciblé(e) pourrait répondre, pour polir la bonne éducation, par exemple, ou astiquer une représentation… l’éloge ou l’attention positive provoque une recherche d’échange de même niveau, voire de pratique à même hauteur (mal)honnête.
Surtout, les vivants sont tellement peu romanesques !

Quoique…

Il y a un an à peine, je tombe, comme de mes nombreux hasards, sur un énoncé aguicheur : « De L'Anatomie de l'enfer au paradis de la sublimation », les lignes des sujets à aborder provoquent en moi une fébrilité proche de l’apoplexie… en vue du projet de stage d’écritures que je mettais en place à l’époque, autour du thème du Corps, ce titre m’évoqua plus que tout autre énoncé que j’aurais pu déceler. J’envoie alors un courriel au « responsable », lui demandant l’autorisation d’utiliser son appellation pour mon atelier d’une semaine (lequel a finalement été annulé par faute de nombre suffisant de participants au mois d’août dernier). Aucune réponse.

Septembre. Je renvoie un message digne d’une adolescente devant un physio d’une boîte branchée parisienne « combien ça coûte ? » & « qui peut entrer ? »

Jean-Michel Devésa (JMD) répond que le colloque est ouvert à tous, qu’il est gratuit (Ô merveille !) et que nous (une tribu d’écriveurs de Belgique) serions les bienvenus. JMD use de zèle et de gentillesse (la gentillesse, rappelez vous ce terme ancien, noble qui semble désuet et obsolète aux yeux des plus cons) en proposant de nous aider pour trouver un logement.

 

Je m’emballe, j’envoie les liens des blogs de  mes  potes  intéressés (+ 2 sans blogs), je me sens concernée, motivée, en partance pour Bordeaux. La patience dans le collet, la sublimation dans les pieds, nous attendons.

Décembre. L’arrivée en euphorie et délectation… être ailleurs, être là-bas, être en attente.

 

Pendant le colloque, il y a eu des centaines de choses indicibles, des gaucheries subjectives, des énoncés compliqués, des intuitions canalisées, des versions d’idées transformées, bref ou en mieux, une assimilation complexe de sentiments envers les humains, les élites, les artistes, les concepts, les choses… quelque chose a changé. Quelques choses se sont bouleversées, se sont transfigurées. Pas de révolution grandiloquente, non, du moins en ce qui me concerne, mais une insistance vers une initiation au mélange, au réfléchi. Ce colloque (JMD, je te cause) ne m’a pas appris des données, ni des actes, mais ouvert des espaces, proposé des écarts, fait revisiter mes coordonnées et c’est une perception inédite (puisque je n’ai pas fait de « hautes études), laquelle, depuis, ne m’a pas quittée. Ou comment se sentir valorisée par la simple existence des valeurs des différences exposées pendant ce colloque !

J’ai adulé Jacques Abeille, sa voix, ses répliques, ressenti Renaud Camus, aperçu Nelly Arcan, fantasmé (FORT) sur Pascal Tourain, admiré Rennie Yotova, bu les dires de Jonathan P.E.Burne, salué le discours d’Andréa Oberhuber, eu des envies de meurtre verbal envers Mercedes Montoro Araque, ai été émotionnée devant Katlin Kovacs, été impressionnée uniquement par les cheveux de Gilles Berquet, ai été interpellée par Kate Conley, ai eu des chansons d’Hervé Vilard dans la tête grâce à Alexandre Yterce, reçu confirmation de Hugues Marchal de ce que je pensais sur Nicole Tran Ba Vang, été renversée par la vérité pudique de Marie L., caressé mon homme devant les œuvres de Mirka Lugosi, été parasitée par l’attitude de Jean Allouch, ai été intriguée, remuée en écoutant Takeshi Sakaï, ai repensé au Best of des « Bronzés font du ski » en observant Régine Bruneau-Suhas, eu envie d’aller à l’Université en dégustant les phrases de Ricard Ripoll De Villanueva, ri très fort pendant la présentation des « organes de confort » de l’Institut Benway, et fessé LaPlaie, mais ceci est une toute autre histoire.

 

Mais qui est JMD ?

L’homme mage, vêtu de cuir et de micro, balance son regard autour des autres, c’est le prof libertin et « cool » qu’on hallucine, qu’on aurait voulu avoir à la fac en guide alternatif vers la Poésie ou la philosophie. Dépareillé face à un corps ensAignant perdu dans la pratique douloureuse du jargon de bois et de la pensée unique, JMD est un alien(é) chez les ploucs qui humanise les méthodes et aime les artistes plus que les Arts. L’erreur ou la maladresse ne sont pas chez lui des poisons, mais bien des teintes, des variations. J’ai apprécié l’homme derrière la profession. Une de ses phrases autour d’une assiette gourmande sur une table Vichy rouge compose son appréciation envers mon allure « mais, dites, Milady, vous devez faire tache au sein des institutions pour lesquelles vous travaillez » ou l’art de faire un compliment en employant les pires mots… Oui, Jean-Michel, c’est en cela que nous nous ressemblons peut-être, nous faisons taches (d’encre, tant qu’à faire) au sein des pingouins et des palmipèdes. Au royaume des éclopés, nous serions lépreux ! Ne justifiez plus d’être, soyez.

 

Jean-Michel (et Sophie, intangible femme dentelle au vouvoiement érotisant et délicat arborant vision franche et affection sibylline), merci (à vous deux) pour la libéralité.

 

A bien tôt !

12:47 11/01/2006 | Lien permanent |  Facebook

Les commentaires sont fermés.