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La (TV) Réalité est parfois pompeuse

Ses pensées l’avaient toujours déçue. Souvent, elle tirait sur sa tête pour allonger l’ouverture, l’ampleur, mais rien ne la satisfaisait.

De frustration et d’ennui, elle se mit à voler les idées des autres. Une fois attrapées, les idées étaient trempées dans l’huile de son bain, dans les sucs de son sexe clair, dans la lymphe de ses genoux tailladés, toutes mêlées au sang. Elle se prêtait au jeu du Golem avec une habilité divine. La boue des autres serait son masque de beauté. Elle décidait ensuite la catégorie du concept, avec des échelles de mesure philosophique, théologique et sociologique, parfois, juste affectives - La chair est faible.

Quand les idées la nourrissait suffisamment, elle soustrayait également leurs images ;  quelques souvenirs par ci, quelques annales par là. Elle prenait un plaisir intense à reconstituer des familles fictives, énoncer des réputations transformées, tronquant les évidences communes et évinçant les particularités médicales – les irrégularités physiques la mettant mal à l’aise.

 

Encore, elle dérobait l’innocence de leurs enfants, les symboles de leurs autels, l’origine de leur naïveté, les devises de leurs frontières, composant, dans son F2 parisien, des armoires d’emblèmes et d’histoires. Toute une artillerie de notions empruntées aux plus valeureux, classée dans des fichiers de couleurs pastel, alignés dans des boîtes en carton. Quelquefois même, au risque de dévoiler son vide, elle les affrontait de face, piétinait leurs orteils pour les immobiliser, et embrassait leurs bouches, aspirant leur espace vital, par brefs à-coups, par souffles courts pour enfler ses entrailles. Une fois sa poche cérébrale et son antre émotionnelle emplies à bloc de substances métaphysiques et telluriques, elle s’enfuyait sans ombre, sans empreintes.

La presse parla d’elle comme un fantôme malsain, une endémie venimeuse… les hôpitaux recensèrent quelques cas de cœurs froids, de cerveaux lents et parfois même de têtes creuses. Les gens prirent peur. La panique se mit à les rendre méfiants, agressifs, belliqueux…

 

La suspicion excusa de nombreux crimes, les délations honorèrent de nombreuses familles, parfois déjà victimes de ses larcins. La crainte d’être avalé par une ombre était dans les masures. Beaucoup firent installer des systèmes de sécurité prototypes contre le vol d’idées. D’autres convoquèrent de très anciennes divinités païennes, trop longtemps évincées de la vie sociale pour cause d’aveuglement commercial.

 

Un homme voulut se trouver une autre personnalité afin de ne pas de faire chaparder la sienne. Alors, il prit la vie de son voisin, il ne le tua pas, non, juste, il prit toutes les aventures, les énoncés, les données biologiques et affectives, d’une manière brutale et cruelle. Et le mimétisme fit des affaires. Chacun y alla de son « originalité » dans le crime, d’autant tentaient de vider les viscères en renversant les corps, certains inventèrent des robots équarisseurs d’âme, les plus riches purent s’enorgueillir d’appuis politiques pour obtenir un asile politique dans des états dits neutres. Mais bientôt, plus aucune cachette ne fut disponible, tous étaient à la merci de tous. Des associations de victimes purent établir, avec terreur, de l’étendue des dégâts en présentant des rapports de crimes de guère perpétués jusque dans des contrées reculées.

 

Pendant ce temps, elle surplombait le monde, dotée des premiers concepts. Elle avait établi une chronologie des concepts et était parvenue à acquérir les plus beaux spécimens de personnalités, les champions des caractères ambitieux, les syndromes des personnages les plus romanesques du monde.

Rien ne pouvait plus la renverser, ni le chaos, ni l'alliance, ni le sol, ni le ciel.

 

Tout cela parce qu’une touche n’avait pas été pressée assez fermement.

 

 

Art by Gardabelle, inconnue et batailleuse

14:13 10/01/2006 | Lien permanent |  Facebook

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