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jan

mon écriture

La transe m’apporte l’écriture, elle m’amène à l’écriture. Je la reconnais, l’apprivoise, imbibe mes sens avidement, et débute un procès contre le silence et la réalité commune. Les vases communiquant entre mon intérieur cuir et la page externe s’agitent. Seul, le regard, passif, témoin, suit la controverse, l’automatisme plongé dans une technique tacite, mais connue de tant de nombreux. J’utilise les arrivées humaines, les ajouts des lieux, je compose en musiques synthétiques, en silences pathétiques autour d’un acte léger et abscons. Chaque levée de doigt rappelle l’angoisse de la Suite, souvent la volonté d’écrire beau et/ou bon transperce la transe naturelle, me voici alors jetée, peu fière, devant la bouche d’égout, avalant éther de reconnaissance, vapeur chauffante, ou gelée d’ego malappris. Je m’énerve, rejette le parasite, le truc qui dévergonde mon attention, à moins que ce soit plus l’inattention qui me pousse vers l’exaltation propice à mon oreille interne.

 

L’écriture me sauve, bien souvent, elle m’a sauvée, de moi et des autres. Elle me rend mes pensées, témoigne de mes présences tout autant que de mes absences. Sans autre possible trace dans la mémoire, l’écriture me rend justice, pourtant, en même temps, elle me trahit par un vocable aléatoire, réduit, frustré, sans possiblement aimer ce que je suis. Mon écriture ne m’aime pas, elle me sert, tout au plus, parfois, nous nous accouplons dans une macabre symbiose de chose et d’humanité, toutes deux ternies de crainte et d’appréhension face à notre éphémère, rougies aussi par la colère et la dépossession de ne pas être qu’une, originellement.
Le duel des ces êtres complexes, rudimentaires rend mon écriture infidèle. Tantôt déversant l’exact but, visant la parfaite cible, caressant mon sens le plus premier, tantôt oubliant son gage, déféquant sous elle (sous moi ?), perpétuant un besoin d’emblème, l’écriture s’assassine plus souvent que je la tue.

Malhonnête écriveuse que je suis… mes chairs sont faibles, j’arrête quand je perds mon auto-hypnose… « Il faut des acteurs d’intensité, pas d’intention » dit un autre, j’approuve et dénigre mes faux élans, demandant pardon à mon écriture.

 

Text by Milady Renoir

Art by Jules White

13:43 09/01/2006 | Lien permanent |  Facebook

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Écrit par : Noé | 10/01/2006

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