30
déc

mort (ou dieu) esquivée

L’absence du membre la rendait fébrile, irritée par un squelette sans pavillon, l’errance de ses cœurs perpétuait la pénurie d’essence. Bien sûr, elle était née, au creux d’ovaires, de plasma, d’engeances, mais aucunement elle aurait pu déceler l’instant de la respiration. Son expiration sans effluve n’inspirait ni peur, ni amour. L’exhalaison de ses armatures rappelait l’acier ou la ouate.
Pourtant, un maelström sourd résonnait entre le pic de son humilité maladive et la profondeur d’une malédiction fatidique. La quête, nuisible à sa force primale, artificielle et contrainte par une humanité en mal de mimétisme.


Et si seulement, le choix n’était pas si fatal, et si décider de ne pas vivre rendait la mort grotesque, comme glisser en une sortie bouffonne vers le neuvième cercle se faisait sur un toboggan jaune plutôt que plantée sur une quenouille assassine.
L’homicide volontaire infligé à sa douleur est bénéfique à la non-existence, il serait donc possible de tromper la mort en dépaysant la vie.

Alors, la condamnation universelle la quitte enfin, ni ascendant, ni matrice, ni sein, ni dessein, elle crève son corps d’un doigt insensible, dégonfle tout son être. L’invisible rit à la face de la camarde, du fond d’une bouche qui ne suggère rien, mais qui balaye l’intensité.

 
(art by Alois Kolb "sex & character")

09:02 30/12/2005 | Lien permanent |  Facebook

28
déc

des racines et déserts

Les racines, trempez les dans l’huile, trempez les dans l’âme, elles feront un escarre gros tout chaud. Les principes de vie indignes de la perpétuation sans regret dérivent au fond des lampes. Les miroirs sur les quatre murs bien fermés sifflent quand on les effleure. On voudrait renaître ailleurs, danser mieux, crisper ses doigts de liberté… mais rien n’y fait. On replonge dans le sang béni, on s’immerge dans le plasma sensible avec une délectation nostalgique.

 

Attention, lui va mourir… on prend l’instrument contre son tympan, on rassure la parole d’une pensée équivoque malgré le temps qui a passé au creux de ses bras, on libère les vocables cachés, on joue avec le bonheur oublié, les malheurs convexes, puis on dit, allez, continue à vivre, parait que ça tient bien, le cœur, quand on le soutient. J’ai deux p’tits bras ingrats, de ceux qui n’ont jamais voulu se tendre vers vous, prends tout, les mains et la tension de l’épaule, tout vers toi, comme ça, tu pourras dire, après, dans la tombe, que j’ai finalement essayé, essayer pour moins payer, peut-être.

 

Et l’autre, paralysée comme un stalagmite effondré dans une grotte de lasse cause… elle gît déjà et m’appelle « belle », comme si elle reconnaissait un être vivant, naturel, derrière les absences, les rancoeurs et les gisements de pétrole neurasthénique qui montent le long des pierres… Elle voudrait que je la remplace, dans la fosse aux survivants, que je prenne la place de la modèle, que je ris en soie et en bois, pour qu’enfin, elle repose, coincée dans ses muscles rétractés par l’égoïsme… le réveil de la matrice impose un respect du néant parce que tout périra dans les roches, ah la jolie histoire de la rédemption et de la contumace posthume … encore une naïve au pays des crédules ? Alice, tu n’es pas mère.

 

Et puis, il y a le préféré, le diabolisé par les diables, celui qui a dit « je suis poète, haïssez moi », celui qui donne plus qu’il ne peut, parce que le principe universel de don est noble, parce que racheter ses fautes est une gageure contre l’oubli. Il dérive, entre deux intestins courageux, à jouer l’eau qui dort pendant que la tempête prend des airs de fête.

La réconciliation d’un temps inouï avec l’idéal à la broche, quel beau discours pour ceux qui ne se souviennent pas.

 

Les accuser est un délice astringent, couvert de larves salvatrices et autres sangsues libératrices de salives putrides. Il faudrait qu’ils portent tout pour que je sois vaporeuse, pourtant, ils lancent les chaînes à travers les plaines, clouant moutons et poussière en un jet de pierre. A col d’oiseau, je pourrais leur ressembler, le bassin fier, la tête empaillée et les pieds déformés, tout ça posé sur une étagère de conserves dans un garage garde-manger.

Parait que les gens gris finissent gris aussi, ils traversent le monde sur une trajectoire rigide dans des régions tempérées ignorées et ils signent d’un sang livide le testament des pas si méchants… en riant, toujours, comme si rien d’avant n’avait d’importance.

 

 

 

Art by Pedro Isztin « Raphaëlle »


15:44 28/12/2005 | Lien permanent |  Facebook

27
déc

compte noël

Un conte pour les choses qui ont une fin...

Et c'est tant mieux.

 

merci à Teodoru Badiu

(ici pour les achats et ventes de l’homme)

 

pour les jolies histoires… qu’on se le lise.

15:09 27/12/2005 | Lien permanent |  Facebook

21
déc

(un)easy mood...

Rem – Leave

 

Nothing could be bringing me closer.

Nothing could be bringing me near.

Where is the road I follow?

Believing, leave.

 

It’s under, under, under my feet.

The scene spread out there before me.

Better I go where the land touches sea.

There is my trust in what I believe.

 

That’s what keeps me,

That’s what keeps me,

That’s what keeps me down,

To leave it, believe it,

Leave it all behind.

 

Shifting the dream

Nothing could bring me further from my old friend time

Shifting the dream

Charging the scene

I know where I marked the signs

Suffer the dreams of a world gone mad

I like it like that and I know it

 

I know it well, ugly and sweet

A temper man who said believe in his dream.

 

That’s what keeps me

That’s what keeps me

That’s what keeps me down

I sent it on an airline plane

I sent it off in an airplane

That never left the ground.

 

That’s what keeps me,

That’s what keeps me,

That’s what keeps me down,

To leave it, believe it.

Leave it all behind.

 

Lift me, lift me,

I attain my dream.

I lost myself, I lost them.

Heartache calling me.

I lost myself in sorrow

I lost myself in pain.

I lost myself in gravity,

Memory, leave, leave.

 

That’s what keeps me,

That’s what keeps me,

That’s what keeps me down,

To leave it, believe it,

Leave it all behind.

 

That’s what keeps me,

That’s what keeps me,

That’s what keeps me down,

To leave it, believe it,

Leave it all behind.

 

Midnight hands, my eyes are still

I walk into the scene

Shoot myself in a different place

Leavin’

 

Longed for this to take me,

Longed for my release

Waited for the coming

Leavin’, leave.

 

Leave, leave.

Leavin’, leavin’

 


 

Asking ego self why…

 

 

(Art by Diane Arbus)

12:15 21/12/2005 | Lien permanent |  Facebook

20
déc

Enfermée dans demain

La parodie d’une éternelle renaissance m’envisage dans un lieu moderne. Je créée la notion du demain pour envisager la création. La geôle d’un lendemain neuf, dont les murs, construits en sable de clepsydre, perpétue la vie. La liste des aïeux donne confiance en un temps à voir. Le concept du temps enferme les habitudes dans une grille blême, transparente. La peur du non-contenu amène l’angoisse d’un déclin sans amour.

Et si je mourrais demain, qui aurait conscience que ce demain n’a pas le goût si lointain.

D’aujourd’hui à l’éventuel, je sifflote un aria divin. Des millions d’années avant moi, et demain, je suis la seule, là, à le considérer, ce possible dans l’idéal. Alors pour éviter la claustration d’un avenir sans fond, je chute constamment, tête en avant, laissant à l’imagination sa plénitude infantile.

La perfection du rêve contenu dans une conséquence heureuse perturbe l’horizon bien intentionné. Je détermine la limite, embrasse la postérité d’un baiser aventureux et signe mon nom « prochain », plantant mes pieds présents dans une terre de l’au suivant.

Et si demain n’arrivait pas, nous l’aurions tous inventé, bordant notre lit, arborant tête de maton et mains de bourreau.


09:52 20/12/2005 | Lien permanent |  Facebook

19
déc

Les artistes se vendent bien...

La spéculation de l’art bourgeois ou la nouvelle vie économique des artistes.

La scène de l'art a toujours été un terrain d'expérimentation où se sont exprimées toutes les recherches et toutes les revendications. Du Cloaca de Wim DELVOYE à la merde en boîte de PIERO MANZONI, des galeries de sexes crus d’Oliviero TOSCANI (alliant image publicitaire à contexte artistique) en passant par une polémique mise en scène dans « ART » de Yasmina REZA où un tableau blanc (vierge ?) exulte les passions; la provocation, le cynisme, la remise en cause et l’ironie du sort des révolutions artistiques, des positionnements novateurs se sont avérés moules féconds des perceptions contemporaines de nos mœurs et visions d’avenir.
L'affirmation du droit à la jouissance, la libération de la femme, celle du corps en général et des pratiques sexuelles font du sexe et des tabous, un terrain exploratoire permanent de formes, de registres, d’attitudes qui sont à la base de notre société moderne (principalement occidentale).

Après les événements déstructurant les acquis, qu’arrivera t-il à l’art ? Du moins, qui sont les artistes de demain ?

Les iconoclastes, aujourd’hui, ne dérivent plus forcément d’une révolte socioculturelle, d’un principe artistique ou d’un collectif underground. Aujourd’hui, on nous vend le « concept », le « brouillon », l’art sauvage. Les Midas touchent leur merde, la transforment en or, et les taux en bourse des galeristes ne dévaluent jamais.

Pour exemple d’une cause possible ?
L’affaire François PINAULT, collectionneur averti, une des plus grosses fortunes du pays et un ami personnel de Chirac, (…), Propriétaire des magasins du Printemps, de la Fnac, de La Redoute, de Conforama, de Gucci, Saint-Laurent, Boucheron, Château-Latour, actionnaire de Bouygues (…) amateur d'art, plus particulièrement d'art contemporain (…) les œuvres d'art ne sont pas prises en compte dans le calcul du patrimoine imposable et la fortune du propriétaire augmente en même temps que la cote des œuvres qui, dans le cas de l'art contemporain, est susceptible de grimper très vite.
« Pour les anciens Grecs, l'économie était l'art de bien gérer sa maison et sa cité. Aristote pensait que la richesse ne devait être que la limite atteinte pour le bien-être général. Il y a à ses yeux un art naturel d'acquérir des biens pour la communauté politique ou familiale et "la quantité suffisante d'une telle propriété en vue d'une vie heureuse n'est pas illimitée". ARISTOTE était très sévère à l'endroit de la spéculation, qui lui apparaissait comme un détournement des véritables fins de l'économie. La richesse avait jadis une connotation morale. De nos jours, elle est réduite à l'indice du succès, succès illimité si possible. La frénésie spéculative est si ridicule que le grand économiste John Kenneth GALBRAITH écrivait récemment ces mots que n'aurait certes pas désavoués Aristote : "La hausse même des valeurs fait main basse sur la pensée, les capacités mentales de ceux qui en tirent profit. La spéculation achète, au sens strict de ce terme, l'intelligence de ceux qui s'y adonnent."
(Extraits de la spéculation de Jocelyn GIROUX dans l’Agora Magazine.)

 

(…)

 

La suite de cet article sur Eclipshead (rayon Humeurs), puis son écho fidèle, tout aussi noble sur LeMague.

Les mercis liés et les chemins déliés grâce à Moon, Or.Hal, puis FREDERIC VIGNALE. (Projets du cité et jamais rencontré (encore) ‘ignomable’ FV : http://fredericvignale.de-france.org/ 

 

 

(Art by David Buckingham : « kill all artists »)

09:42 19/12/2005 | Lien permanent |  Facebook

16
déc

ECLIPSHEAD...

Articles publiés sur http://www.eclipshead.net/ , Lisez ça et les restes, c’est bon pour la santé :

 

Philippe Ramette allie génie scientifique, humour Monty-Python et art conceptuel sans, une seule seconde, oublier de considérer l’art comme une solution au désastre.
Depuis 15 ans, Ramette exploite les angoisses de l’humanité et implore le spectateur de bien vouloir agréer l’expression de sa considération la plus haute. Ses objets, pourtant, dénotent souvent de noirceur, d’appels au secours, de dérives continentales. Le balcon au gré du fleuve, le socle de réflexion (un cube pèse personne jeté au fond de l’eau en hommage à la mafia, tous ses attributs sont des supports à l’élaboration d’un destin contradictoire d’une humanité qui ne s’écoute plus respirer.
Dénonçant ici une tyrannie du plaisir, ou là, un narcissisme ordinaire, Ramette collectionne les miroirs de l’âme avec une insoutenable légèreté de l’être à la portée de chaque tête pensante.
En renversant les éléments naturels, il pratique le surréalisme, et s’amuse de l’absurde de nos questionnements sur des « où », « quand », « comment » qui se délient en de perpétuelles alarmes et drames humains.
Ses attentions ressemblent au monde de Panamarenko dans ce qu’elles ont de technicité mathématique et à l’univers de Gilbert Garcin (article à venir sur cet artiste) dans leur conception singulière, insolente et dérisoire.

(…)

to be continued ici

 

&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&

 

« After Dark » de Bianca Sforni à la Galerie Éric Mircher jusqu'au 7 Janvier 2006.
Aux grandes questions de « l’art est il prostitution ? » ou « l’exhibitionnisme de l’artiste est-il satisfait par le voyeurisme du spectateur ? », il y a les grands réponses philosophiques qui renient finalement, pour la plupart, l’intention créatrice et le regard sur l’autre, dans son acte le plus primaire, le plus sain, le moins calculé. « qui es-tu ? » resterait donc la plus valeureuse justification de l’art…

Alors, il y a les « action artists », au-delà d’un Jackson Pollock qui réagissait à la peinture et non le contraire, ceux qui vivent leur art pour le montrer ensuite par accident. Ces artistes vivent avec les sujets, s’imprègnent d’un quotidien qu’ils dénonceront ou sublimeront.
Bianca Sforni a étanché plusieurs comptoirs, ratissé de nombreux caveaux des mégapoles américaines pour chercher la femme. Mais les seins nus, les cuisses ouvertes et les cheveux longs n’en disent pas clair sur les femmes. Le regard de l’Oncle Sale sur un papier vert griffonné assourdit les filles qui s’agrippent aux barres de fer comme à un hypothétique jupon de leur mère.
Que l’artiste ait utilisé une technique datant du XIXème siècle, où chaque couleur primaire est exposée sur une couche de gélatine et les couches sont ensuite assemblées pour donner un aspect tridimensionnel, relève de la surexposition.
(…)
to be continued 

 

(merci à Moon & Or.Hal pour leurs agréables dons d'existences)


13:30 16/12/2005 | Lien permanent |  Facebook

15
déc

a woman in a bar

Sa culotte vibre, ses petits poils noirs pendent le long de ses membres, l’humus du tube brille. Tout luit, tout suinte. Elle veut. Elle veut.

Les mains râleuses effacent les froids, essuie les regards au fond du café. Son rouge à lèvres en poids sans mesure s’effrite contre sa coupe purpurine. Son petit ballon s’envole presque, l’alcool est la montgolfière. Elle déverse son haleine lourde sur le dos des voisins de zinc, sûr qu’elle veut. Elle voudrait être touchée. Touchez la. Bande de sourds aveugles. Une main, un doigt, un poing, qu’on la touche.

Enfin.

Ses phalanges courent sur ses filaments gris, ses autres cheveux noirs parcimonieux s’évadent avec les heures. Elle gratte les racines, frotte son crâne trop lourd pour une nuque décharnée.

Mais elle se cambrerait encore si on la touchait.

Personne ne baise plus personne, rien que de la torture, on les entend, les loups, mais ils rôdent en dehors des villes. Les bars ne sont plus ce qu'ils étaient.

Elle attrape l’instrument d’abondance qui délivre la liqueur blonde avec véhémence, la mécanique de la pression l’amuse. Puis elle s’injecte les fumées émétiques dans les narines. La dose contre le désastre. Le choc contre la lucidité. Il serait si simple qu’on la bouscule, même sans but.

Mais elle chute sans assistance. Ses cuisses amerissent sur la tomette fissurée, les losanges l’entraînent, et ses genoux rocailleux embrassent la barre de laiton. Ses joues rencontrent les pieds, les mégots, les vieux chiens.

 

« What’s new pussycat... Whooowhoooooo… »

 

R.A.S. tous les docteurs sont absents, personne ne la touche, ni ne la ramasse.

Les gens survivent, tout autour d’elle, dans des élans frénétiques de quotidien délavé. Elle ravale un remord, bouffe un sanglot et tente une enjambée qui la sauverait du sol. Les pas dans le néant s’enchaînent. Le barman ignore la misère de ceux qui ne peuvent plus s’accouder. Le Bodybuildé du bras droit la contemple, la méprise. Il paie le verre mais pas la nuit. Le squatteur du radiateur rit gras, il aime les femmes à terre, celles qui marchent debout l’ont toujours terrifié.

Elle gît. Sur un mur, elle devine une épitaphe se dessiner sur une plaque émaillée. Elle s’émerveille deux instants devant l’affichette qui lui rappelle sa vie « La maison ne fait pas crédit ».

Assise sur son désespoir, elle ouvre la bouche. Puis, ses dents feintent la bonne humeur, histoire d’attraper un œil, ce doigt, ce bras… son futur périple, retrouver l’errance qui la désarçonne de ses relents d’éveil.

La besogne de l’alcool traître mine sa conscience. Et si sa mère la voyait.

Personne ne la voit, c’est heureux. Elle n’ira plus aux bois, son gosier tout crotté. Un clou rouillé pénètre sa hanche. C’est drôle, cette douleur, si petite, si vive... intensité éphémère.

Emportez la, touchez la, chopez son aisselle et faites la marcher au moins jusqu’au kiosque à journaux, jouez la béquille. Vous pourriez même lui dire qu’elle sent la vinasse, qu’elle a prit un coup de vieux. Touchez la. Juste un doigt, un bout de bras.

 

© Milady Renoir

 

(art by Eric White « Intermezzo »)


13:56 15/12/2005 | Lien permanent |  Facebook

14
déc

Arbres d'Hiver

Les axes de mon séjour ici-bas s’étalent en deux arbres d’hiver qui s’étirent dans mes veines, bâillent tendrement à l’orée de mes traits.

Premier, cet arbre d’hiver a le faciès d’un caniche joufflu, il préside une butte dans le giron d’une vallée défraîchie de bosquets. Les lièvres sont des pleutres, et je ne déteste pas la chasse. Il y a mon grand-père, l’élémentaire homme robuste, l’heureux campagnard, son nez terreux scrutant des mâchefers  tortueux. L’orage est une femme, le tonnerre, son bourreau. Il parle fort, roulant des « r » comme des mécaniques. Sa langue est plus vigoureuse que son érudition, mais les comètes lui parlent. Il déprécie les étrangers (parce qu’il ne reconnaît plus ses terres, et parce qu’il n’a pas eu/pris le temps d’apprendre sur autrui), tue des sangliers à l’aide de poudre grise qu’il confectionne sur la table de cuisine, et il joue, toujours, avec les quetsches, son visage, des femmes, ses fleurs, mes radis. Il lève son bras forteresse quand je fuis Colin Maillart, il massacre le frelon qui m’égorge, il déchire la nuit avec des artifices de pompier quand je crains le fond de l’horizon.

Il y a si peu, les blouses amidonnées ont implanté en sa maison une prothèse plastique, cent agrafes l’emprisonnent dans un corps reconstitué. Les escarres grimpent le long de sa peau tannée, au creux d’un lit qui ne lui donne plus le sommeil.
Je partage notre absence en craignant que l’arbre canin ne lui arrive plus au regard.

 

Deuxième, cet autre arbre pétri d’ondulations géologiques me rend ma poussière d’enfance. Celui-ci, avec son corps de cerf à l’essence de cèdre imbibe mon origine. Au centre du grand parc, une maison bourgeoise, des personnes grabataires, parfois séniles, déambulent, nourrissent les cols verts, parlent de genres que je n’assimile pas. Les bras de mon fondateur sont chauds, éloignés par une diabolisation vagabonde, depuis une séparation des biens en une unité du mal, et craignent l’étreinte comme la guerre. Le quotidien s’exaspère de ne pas être journalier, et c’est toute une débandade de confusion affective qui nous tient loin de nos archanges. Mon père n’est pas prophète, ses poèmes lassent les individualistes, énervent les crabes du quotidien, mon père aime maladroitement, mais sûrement. Je l’ignore alors. Pendant ce temps, incrusté dans mes emblèmes claniques, le cèdre aux branches de cobalt régnait encore en maître sage sur les vies et les morts des passants malhonnêtes. Je l’oublie un jour, jusqu’à ce qu’il brûle. Tombé pour ma France, l’éclair le fusilla, tout comme cette cellule froide de mon amour gisant.
Mon père aujourd’hui repousse dans mes loges, entre rides d’eaux et jardins parcellés.

 

Troisième, mon arbre d’hiver prend racine dans mes antres assidues. Il prend la forme de brindille tandis qu’il a les racines d’un orme. Il n’y a pas de meilleurs souvenirs que les actions présentes, je garde une pose contemplative et aimante au creux du faîte de cette éminence animée, et compose les patelles d’une pointe d’ignition qui engendra les bras d’un dernier quatrain.

 

© Milady Renoir

 

 

 (Art by Amie R. Gilligham)

11:04 14/12/2005 | Lien permanent |  Facebook

12
déc

c'est celui qui le lit qui y est...

"...there is a certain insurmountable limit to what one is permitted to tell people about people..."

 

Il y en avait un, un premier, un dernier, un de ces cruels qui crèvent les années d’une dague vampirique, de ceux qui déciment après coups, et coûts, un devis d'avenir. Il y eut celui-ci, avec lui, ma promesse de n'en retrouver plus jamais aucun. Le gage de reconnaître ses congénères, ses locataires de l’enfer, ses attroupés au creux des tranchées. L’avoir cité mille fois, le rend mort et dévivifié. Je l’ignore quand je vis.

 

Entre temps, un bon, un beau, un vrai me donne le vrai ton. Celui qui le conjure, l’essore et le calcifie. Celui là est gardé dans ma crinière aguicheuse, dans mon violon d’angoisse, dans ma joue d’émotion.

Je le tais pour mieux l’aimer. Refaisons le propos premier.

 

Mais le premier, ce dernier eut un fils, un descendant d’outre trombes, tel un aïeul renversé, abject. Les pieds pétris dans un mystère de miel et de frelons, il fut le deuxième second, le mousse du navire fantôme. Ses cheveux maïs, son odeur crispante, ses ongles rangés, ses parties satinées, tout avait le contraire du premier, du dernier, sauf que le loup revêt la peau de l'agneau quand il faut sustenter la manie. J’avais lu le conte, avalé la couleur, mais ignoré la morale. Pauvre d’émoi.

 

Et

 

L’ogre mystère usa de son orgueil maléfique pour convaincre la chose dominée que je fus, encore cette fois, il cria à l'ennui dans la tour, le désastre de la Dernière et la crainte de la Prochaine, la haine de toutes celles qui… Tout pour amenuiser son délire pervers de conquête affolé au milieu des gésiers féminins. L’idiome alangui d’onguent antiseptique, de gratin analgésique, couvrit les boues dormant sous un nénuphar soyeux, à la carnation passionnée. J’ai senti les coins du dé pipé s’enfoncer dans mes rayures. Sans fermer le nez, j’ai irrigué mes ondes des pincées de ce narcisse fanant. L’océan gris prit les devants. Je fus bercée par les ressacs vagabonds. Mais l’eau use de ce sombre et macabre canevas – abreuver d’abord pour finalement tout noyer –

 

La souillure prit son pied dans la confiance aveugle, je fermai les yeux d’apprentissage vertueux, pensant fleur bleue quand barbe bleue équeutait déflorée pâquerette. Je l’aime, lui non plus.

 

La dérive entraîna les rats, les souris, petites ouailles de laboratoire, tous déambulèrent devant le chat étirant ses griffes jusqu’aux limites de la cage ouverte.
Et je pris partie d’être de son parti. Cinglante Sirène reconvertie en Taciturne Brebis. Son auréole sulfureuse monta dans mes veines. Je jouai de craintes et de sourires tenaces. On admire le preux, le romantique, l’indomptable quand on a la disette pour souvenir primordial.
Et c’est au tour de l’agaçante légèreté du mal être d’évider le recul. Les résolutions ramollirent, je tins mes colères en étendard sans jamais déceler le massacre. Il était donc un second, plus obtus, plus sot, mais tout autant, récalcitrant à la liberté. Je méditais une retraite, espérais un écart, mais la lancinante guérilla tardée de l’ode à l’avant-hier, de la nostalgique avant-première me firent indécise.

 

Et

 

Il y eut cette action malsaine, ce regard perfide, le seul lucide qui donna le coût d’envoi, son cri infecté ressuscitant l’autonomie fusillée. Il y eut enfin, la déclaration de répugnance, l’ultime éveil en l’absence d’ignorance. Enfin, il eut la main putride qui siffla au dessus de ma tête découronnée.
Ce second tourmenté, arborant ombre vile et abîmes ontologiques, fut finalement dissolu dans un mépris qui me rend digne, à nouveau. Dans son obscène narcissisme déviant, il se gorgea de luxure dans son incapacité d’autrui, dans sa radicale extension d’ego aliéné, de Soi omnipotent. Puis il se gonfla d’un chant de coq piétinant les acquis au dessus d’un fumier hors feu astral, et partit en grief contre un monde qu’il exècre. Et vice-versa. (le jugement est d’ici)

 

Je fus terrestre et brouillée, il succomba (peut-être) à son maelström trop organisé.

 

Et

 

Il retourne définitivement jouer aux cubes, grognant de n’avoir pu tenir le rôle de l’éclopé pendant si peu de mesures. Qui écoutera les jérémiades d’un zélé sourd-muet dans un monde ému ?

 

Je suis une courbe à virages, ce tournant là me rend la montagne, l’edelweiss et la neige reconquises, je moque le gouffre qui s’étale derrière mes pas, et qui gît aujourd’hui entre ses bras évidés de boucher trop ambré. Je m’épargne la parole d’un geyser venimeux, je réside dès à présent dans l’invalide choix de ne pas ratifier mon état d’esprit d’un quelconque mot d’ordre toutefois j’opine vers une souche ingambe et vertueuse.

 

La valeur de la vie n’attend pas les années, quoiqu’elle aspire aux pensées de clémente volonté.

Bulle à bulle, je recrache le savon. Le trottoir me rend belle, bien plus qu’un piédestal cynique.

 

© Milady Renoir

 

(Art by Ivan Pinkava )


19:57 12/12/2005 | Lien permanent |  Facebook